Hey ! Bonjour/Bonsoir à tous !
Et voici le Chapitre 8 de "Son monde à lui".
Un chapitre moins fort en émotions et plus technique, si je puis-dire... La maladie de Ryouta va être beaucoup plus approfondie ici ! (Je m'excuse d'ailleurs pour certains pavés d'explications et si cela ennuie certains...). J'espère que ce petit passage de la vie de Daiki et Ryou vous plaira !
Si ce n'est pas assez clair, ou si vous avez un commentaire à faire, n'hésitez à laisser une review !
Merci à FloKNBfics, Cookiiie, Virtual Hug, Mahorin, Sei4, Vyersdra, Shirayuki Yukine, Moon-nee-chan, Guest, Nezumibook, IlonaDark et Archess84 pour vos reviews, vous êtes de plus en plus nombreux, c'est incroyable !
Encore merci à ceux qui follow ou mettent en favoris cette fiction.
Et toujours un grand merci à ma béta, qui bosse comme une dingue pour rendre mes chapitres lisibles !
Bonne lecture !
Réponse aux Guest :
Mahorin : Hey ! Merci pour ta review ! Je suis contente que l'histoire te plaise. Une fan de Aokise ! On va bien s'entendre ^^
C'est justement ce que je cherche à faire, montrer que l'un est très important pour l'autre, et je suis contente que les changements qui s'opèrent chez Aomine te plaisent. En ce qui concerne la soeur de Ryou... ça sera beaucoup plus compliqué que ça, mais je ne t'en dis pas plus, tu verras pas la suite ! Crois-moi, tu n'es pas la seule à vouloir qu'Aomine remette à sa place Nanami, mais... ce n'est pas aussi simple ^^'
Je suis contente que leur mise en couple et leur premier baiser t'ai également plu, j'avoue que j'étais moi-même contente de l'écrire !
Pour la maman de Daiki... Je comprends ce que tu veux dire, mais malheureusement, ça arrive beaucoup trop souvent. Je ne cherche pas à faire une histoire où tout se passe bien, au contraire, j'ai envie de montrer la réalité.
Ça me fait vraiment plaisir que tu me dises que je retranscris bien le caractère de Ryouta. C'est quelque chose qui me fait stresser à chaque chapitre que je publie, donc c'est toujours agréable d'avoir des retours positifs. J'espère que ce chapitre ne sera pas trop lourd niveau infos, mais je voulais vraiment recontextualiser la maladie de Kise et ce qui en découle ^^ Voilà ! Bonne lecture et à la prochaine !
Guest : Hey ! Pas de soucis ne t'inquiète pas ^^ Merci pour ta review !
Ahah... Tu t'approches d'un sujet que je vais aborder... On ne va surement pas en arriver jusque là, mais... des menaces, sûrement !
Merci pour ces compliments et je suis contente que la relation des deux boubous te plaise !
Tout à fait, Aomine est un boulet, et tu comprendras très vite pourquoi je dis ça en vu des prochains chapitres :') Mais effectivement, la maman a eu une réaction, certes, abusée, mais trop réelle... Merci et bonne lecture ! A la prochaine ;)
~ CHAPITRE 8~
- Tu veux que je vienne avec toi chez le médecin ?
- Hum ! Voir Docteur Miano !
Cette demande de la part de Ryouta me surprend un peu.
- Il y a une raison pour laquelle tu veux que je vienne ?
- Oui !
- Laquelle ?
- Je dirais pas !
Ça m'intrigue… Je ne suis ni pour, ni contre. Juste un peu sceptique sur sa demande. Mais en l'accompagnant, je pourrais peut-être trouver toutes les réponses à mes questions !
- Okey, je viendrai Ryou !
- Ouais !
Il me relance la balle et je lui souris. C'est étrange, il a réagit de la même façon que lorsqu'il arrive à faire quelque chose tout seul. Il a l'air très fière de lui, comme si il avait réussi à faire ce qu'il voulait. Est-ce que je me serais fais avoir ?
Quelques jours plus tard, le samedi matin, nous sommes dans la salle d'attente du médecin. Ryouta est beaucoup plus serein que moi. Il est entré comme un habitué dans un bar et a salué tout le monde de loin avant de se diriger vers la salle d'attente. Je suis resté un peu con sur le coup, alors il a été obligé de me tirer par le bras pour que je le suive. J'avais pas l'air fin tiens…
Depuis on attend qu'on nous appelle. Ryouta est collé contre moi et me raconte des anecdotes sur le médecin que nous allons voir. Ça me détend de l'entendre parler. J'ai l'impression que les rôles sont un peu inversés, maintenant, c'est lui qui me rassure. Je n'ai aucune raison de paniquer, mais je n'aime pas les médecins de base, et là, je ne sais pas du tout pourquoi je suis venu.
- Ryouta ?
- Oui !
Ryouta se lève et me tire par le bras. Nous disons bonjour au médecin, avant de nous diriger vers le bon bureau. Le docteur Miano est une femme, très belle et qui m'a l'air bien jeune. Ses cheveux bruns et lissent, tombent en cascade dans son dos et ses yeux claires me paraissent très amicaux. C'est une femme très élégante, il n'y a pas à dire ! J'ai l'habitude de voir des vieux médecins rabougris, ça change !
Elle nous laisse passer en nous tenant la porte et nous prenons place. Le bureau est plutôt grand, lumineux et bien garnit. Des dessins, des lettres et autres posters sont accrochés sur les murs. Sûrement des cadeaux de ses patients. Elle nous regarde d'un air satisfait avant de prendre la parole.
- Bien, Ryouta, tu me présentes ton ami ?
- C'est Dai-i-ki !
- Oh ! Je vois…
Ça veut dire quoi ça ? "Oh je vois", c'est jamais très sympa quand on dit ça généralement…
- Je suis le docteur Miano, la psychologue de Ryouta. Vous êtes Aomine-kun, c'est bien ça ? L'ami de Ryouta ?
- Euh… ouais…
- C'est mon amoureux !
Malaise…
- Je sais Ryouta, tu me l'as déjà dit. C'est pour ça que je t'ai demandé de le faire venir avec toi lors d'une visite ! C'est bien, tu as réussi à le convaincre !
Donc oui, je me suis fait avoir. Je me tourne vers Ryouta et le regarde avec méfiance et lui ne trouve qu'à me sourire en réponse.
Ils discutent un petit peu de ce qui s'est passé dans la semaine de Ryouta, le médecin lui demande comment il va… On dirait presque deux vieux amis qui discutent au croisement d'une rue. Je me sens un peu exclu, je ne comprends toujours pas ce que je fais là, mais ça me permet de voir une nouvelle facette de Ryouta. Donc je prends mon mal en patience.
- Et comment ça va avec Aomine-kun, Ryouta ?
- Bien ! On est allé voir les poissons... avec la maman de Da-i-ki !
- Oh, vous êtes allés à l'aquarium ?
- Oui ! Da-i-ki a dit que j'étais cour-a-geux !
- C'est vrai ça Ryouta, c'est très bien que tu acceptes de sortir. Et si tu te poses la question Aomine-kun, oui, nous parlons beaucoup de toi dans nos séances !
Euh...ok…
Et ils disent quoi sur moi ?! Qu'est-ce que Ryouta dit par rapport à moi ? Si c'était censé me rassurer, ce n'est pas du tout le cas !
Ils continuent de discuter, le docteur Miano détourne de temps à autre le regard pour me fixer du coin de l'oeil. Ça me met très mal à l'aise mais j'essaye de faire comme si de rien n'était. J'ai l'impression d'être en face de la mère de Ryouta, qui juge ou non si je suis digne de son fils. C'est le gros malaise…
- Ryouta, tu es toujours d'accord pour que je discute seule à seul avec Aomine-kun ?
- Hum ! Oui ! Il faut que je parte ?
Hein ?! Ah non non non, ça c'était pas dit dans le contrat ! Je ne veux pas me retrouver tout seul avec la psy ! C'est peut-être l'occasion pour moi d'avoir des réponses à toutes mes questions, l'occasion d'en savoir plus sur la maladie de Ryouta, mais je sais d'avance que ce n'est pas moi qui vais avoir le contrôle sur la discussion !
- Oui Ryouta, tu peux aller voir Ebiko si tu le souhaites !
- D'accord, d'accord !
Ryouta se lève et m'embrasse avant de partir. Il me fait un dernier signe de main avant de fermer la porte. LÂCHEUR !
Je me décide à tourner la tête vers mon interlocutrice. Le docteur Miano a posé son coude sur le bureau et soutient son menton avec son poing fermé. Je suis sûr qu'elle veut me taper. Pourtant elle me sourit doucement. Les mains dans les poches et avachi sur ma chaise, j'ai l'air d'un gamin qui a peur de se faire engueuler. J'aurais jamais réagi comme ça avant. Mais dès que le sujet Ryouta est mis en jeu, je n'ai plus aucun prestige ! Je suis déjà préparé aux réactions que les autres peuvent avoir, notamment avec ce qu'il s'est passé avec ma mère, et les regards qu'on peut se prendre avec Ryouta… mais là, c'est encore différent.
- Bien, je voulais discuter avec toi de la relation que tu entretiens avec Ryouta. Tu as l'air d'être un garçon sérieux avec lui et tu n'as pas l'air de jouer un double jeu. Mais je préfère m'en assurer. Je n'ai jamais vu Ryouta aussi heureux et épanoui et je ne veux pas découvrir plus tard que c'était un jeu pour toi. Tu peux comprendre ?
- Je comprends très bien ce que vous dites, et je peux vous assurez que je ne joue pas avec Ryouta, je n'aurais aucun intérêt à faire ça.
- Bien… J'ai beaucoup de questions à te poser, et j'imagine qu'il en va de même pour toi. J'accepte d'y répondre si tu es également prêt à coopérer.
- Je vous écoute.
J'ai plus l'impression d'être chez les flics que chez le médecin là… Mais je peux voir que le docteur Miano tient beaucoup à Ryouta et s'inquiète vraiment pour lui. C'est rare de voir des médecins s'investir autant.
Un petit blanc se fait, tandis que nous nous regardons. La psy à l'air de me scruter de fond en comble en cherchant comment formuler ses questions. On dirait ma mère…
- Donc tu es le petit ami de Ryouta, c'est bien ça ?
- Euh… oui.
- Tu as l'air d'hésiter.
- Non, c'est pas ça. J'ai pas vraiment eu l'occasion de présenter Ryou comme tel, alors l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre, ça me fait bizarre. Et les seules fois où j'ai pu le dire, ça s'est mal passé. Mais oui, Ryouta et moi sommes ensemble.
- Bien… Et qu'est-ce que tu attends de cette relation ?
Ce que j'attends ? J'en sais rien ! Tout s'est fait très rapidement, je sais que je veux que ça continue, mais est-ce que j'attends quelque chose de particulier ? Je comprends pas sa question…
- C'est-à-dire ?
- Et bien, comment vois-tu évoluer ta relation avec Ryouta ? Est-ce que tu imagines un futur avec lui ?
- … J'en sais rien. Je prends les choses comme elles viennent.
- Tu n'es pas avec Ryouta juste pour l'argent, par curiosité ou pour le sexe ?
- NON MAIS ÇA VA PAS !
Je pique un énorme fard. J'ai déjà du mal avec mes propres pensées, c'est pas pour qu'un médecin vienne me questionner sur le sexe ! J'aurais peut-être pas dû crier, certes, mais là, je n'ai pas pu réagir autrement ! Je suis un mec, je suis jeune, je suis bourré d'hormones, évidemment que je pense au sexe ! Mais je suis pas sorti avec Ryouta pour ça !
La psy marque un truc dans son carnet. Je n'aime pas ça du tout. Je ferme les yeux et me passe une main sur le visage pour reprendre mes esprits.
- Non, je ne suis pas avec Ryou pour l'argent de sa famille. Si vous saviez comme je m'en fous de ça. Évidemment que quand j'ai rencontré Ryouta, j'ai été curieux de sa situation. Mais je ne suis pas sorti avec lui pour ça. Si c'était juste de la curiosité, je n'aurais pas mis ma vie sociale de côté et je n'aurais pas risqué ma réputation, ma fierté, ou tout ce que vous voulez. Je n'aurais surtout pas oser tenir tête à ma mère ! Je suis tombé amoureux d'un mec, qui aime les mecs et qui est handicapé. Je sais bien que c'est très mal vu et que je risque gros, surtout à mon âge où les autres ne sont pas forcément conciliants. Alors non, ce n'est pas de la simple curiosité. Et pour le… sexe… je ne sais même pas si Ryouta à conscience de ce que c'est. Je ne suis pas dans sa tête, et... je le crois quand il dit qu'il tient à moi, je crois à toutes ses marques d'affections, mais je ne sais pas s'il comprend tout ça. Alors, même si ça m'arrive d'y penser, je ne ferai rien qui puisse nuire à Ryouta. On a toujours fait à son rythme et ça continuera, et si ça doit arriver un jour, tant mieux, sinon je m'en fous !
Je reprends mon souffle. Je n'ai pas du tout réfléchis avant de parler, c'est sorti tout seul. Je lève les yeux vers le docteur Miano, qui me regarde, abasourdie. Je ne pense pas qu'elle s'attendait à ça. A vrai dire, moi non plus. Je suis toujours aussi paumé, j'ai un million de questions à poser… Mais si je dois à chaque fois me justifier pour avoir mes réponses, je préfère rester dans l'ignorance.
- Et bah… J'en perds mes mots. Tu as ôté tous mes doutes, je ne peux que m'incliner face à ça. Ryouta à beaucoup de chance de t'avoir…
- … Si vous le dites…
- Ryouta n'arrête pas de parler de toi depuis qu'il t'a rencontré. Toutes les semaines, il me raconte ce que vous faites. Je suis très contente que Ryouta s'ouvre enfin à quelqu'un. Maintenant que j'ai ma réponse, tu peux poser toutes les questions que tu souhaites. On a encore du temps avec que Ryouta ne perde patience et revienne…
Par quoi je peux commencer ? J'aimerais savoir comment ça fonctionne dans sa caboche, savoir si Germaine a raison ou si elle a tord de traiter Ryouta comme elle le fait. J'aimerai savoir comment Ryouta voit notre relation, s'il sait exactement ce qu'implique une relation amoureuse. Mais j'aimerais surtout en savoir plus sur sa maladie…
- Qu'est-ce qu'a Ryouta exactement ?
- Tu ne sais pas ?
- Je suis presque sûr qu'il est autiste. J'ai fait beaucoup de recherches par rapport à sa maladie et c'est ce qui me semble le plus cohérant. Mais il y a beaucoup de termes que je ne comprends pas, et je sais qu'il existe différents types d'autisme… Je suis un peu perdu pour tout dire.
- Ryouta est bien autiste. Il est atteint du Syndrome d'Asperger. C'est l'un des types les plus courant d'autisme. C'est également celui pour lequel nous voyons plus d'évolution chez les patients. Ryouta est de ces personnes qui s'adaptent vite et qui ont la possibilité de devenir complètement autonome un jour, j'en suis persuadée. Malgré ça, il aura toujours besoin d'un suivi et d'un soutient.
Daiki 1- Germaine 0.
- Il n'y a pas de guérison possible ?
- Non l'autisme n'est pas guérissable. On peut voir beaucoup d'améliorations mais pas de guérison totale. Pour beaucoup de patients, un traitement accompagne les visites médicales pour aider au développement. Quand il était petit, Ryouta prenait des neuroleptiques, mais j'ai rapidement arrêté le traitement, qui avait des effets très négatifs sur sa santé. Les neuroleptiques ont beaucoup d'effets secondaires, donc je suis contre d'utiliser cette méthode en premier recours. Ryouta n'en avait pas besoin de toute façon..
- Vous connaissez Ryouta depuis longtemps ?
- Ses 10 ans. La maladie de Ryouta a été diagnostiquée très tard, malheureusement. Pour tout te dire, à l'époque, il ne savait ni lire, ni écrire et ne parlait pas. Les parents de Ryouta sont… disons qu'ils ne sont pas très présents. Mais la prise en charge tardive n'a pas aidé à son développement et il a dû s'habituer rapidement à sa nouvelle condition. Ça n'a pas été facile pour lui. Pour être franche, tu as réussi à le faire s'épanouir plus facilement en quelques mois que nous en quelques années. Il a une possibilité de grandir et de s'affirmer avec toi, comme une personne normale.
Je réfléchis à ce qu'elle me dit. C'est inconcevable qu'un enfant ne parle pas à 10 ans. Les parents auraient dû se rendre compte depuis longtemps qu'il y avait un problème ! Mais en vu de ce que me raconte Ryouta sur sa famille, ça ne m'étonnerait pas qu'ils l'aient laissé de côté toute sa petite enfance par… honte ? C'est horrible à dire…
- Vous pensez vraiment qu'un jour il pourra être... autonome ?
- Oui, aucun doute. Ryouta n'est pas la première personne autiste dont je suis le parcours. Pour te donner certains exemples, l'un de mes patients était un peu dans le même cas que Ryouta étant enfant. Aujourd'hui il est professeur d'université, il parle huit langues et a fait le tour du monde seul. Il ne sait juste pas faire ses lacets. Une autre de mes patientes a toujours été à l'école, à une vie comme les autres, le seul problème, c'est qu'elle ne sait pas comment se comporter en société et a des problèmes d'émotivité. Elle ne ressent pas la joie quand on lui offre un cadeau, la pitié n'existe pas chez elle et elle dit tout ce qu'elle pense. Son cas n'a été diagnostiqué qu'a ses 19 ans, et pourtant elle n'a jamais eu de problème pour vivre sa vie. Il y a beaucoup de grade dans le syndrome d'Asperger. Ryouta est très autonome, ce n'est pas le cas de tous, certains ne peuvent pas parler, ont du mal à marcher, font des crises d'angoisses, de colère… C'est vraiment très différent selon les personnes. On dit souvent que cela se voit sur les visages que les personnes sont handicapées. J'ai la preuve avec certains de mes patients, dont Ryouta, que pas du tout. Si Ryouta avait été pris en charge plus tôt, sa maladie n'aurait pas été aussi marquante. Il va lui falloir un peu de temps, il aura toujours certaines séquelles, mais il pourra avoir une vie comme tout le monde. Il aura toujours certaines difficultés dans la vie quotidienne et quelques problèmes comportementaux, mais cela s'effacera petit à petit…
Ce qu'elle me dit me donne vraiment espoir. Je n'imagine pas Ryouta faire un tour du monde demain, mais peut-être qu'un jour, on ne le regardera plus bizarrement dans la rue.
- Qu'est-ce que je dois absolument savoir sur Ryouta et sur sa maladie ? Dans le sens, est-ce qu'il y a des choses que je ne dois pas faire ? Des choses que je ne pourrais pas deviner tant que je ne l'ai pas vécu avec lui ?
- C'est vague comme question, assez complexe, mais je vais tenter d'y répondre. Pour ce qui est de la maladie de Ryouta, en général, il ne supporte pas les lumières artificielles trop vives, ni les bruits trop forts. Donc tout ce qui est concerts, feux d'artifices, c'est clairement à bannir. Il faut essayer d'éviter la foule au maximum, ça lui fait peur. L'inconnue lui fait peur. Même s'il s'habitue très vite à un nouvel environnement, il peut ne pas apprécier qu'on lui fasse subir ça. Il aime découvrir de nouvelles choses, mais ne supporte pas qu'on chamboule ses habitudes, donc il faut parvenir à trouver un juste milieu. Aussi, il ne supporte pas qu'un inconnu le touche ou lui parle trop directement. Je pense que si tu lui présentes des amis ou ton entourage, il se cachera derrière toi ou restera collé à toi. Ça ne sert à rien d'essayer de l'éloigner, il paniquerait à coup sûr.
La psy fait une pause et me laisse gérer toutes les infos qu'elle vient de me dire. Donc, si je résume : Pas de bruits assourdissants, pas de lumières trop fortes, pas de gens. Bon bah, ça tombe bien j'aime pas la foule non plus, et les gens me fuient. Où je fuis les gens ? Bref, c'est la même chose, je vois personne. Une fois toutes les informations comprises et assimilés, je relève les yeux vers le docteur Miano, sachant pertinemment qu'elle n'avait pas terminé.
- Après, je pense que tu parles aussi de ce qui concerne votre relation. Je comprends, c'est nouveau pour toi et il vaut mieux que tu saches certaines choses. Ryouta peut prendre facilement peur, donc, il faut veiller à ce qu'il soit toujours bien, à l'aise. Quitte à lui poser la question plusieurs fois dans la journée, ça reste important. Lui demander la permission également pour certaines choses, notamment l'embrasser, surtout que votre relation est toute récente. Surtout ! Si tu veux le toucher, évite les petites caresses, les frôlements… n'utilise pas le bout de tes doigts, mais plutôt le plat de la main, la paume et va y franchement. Un frôlement, un frisson, c'est une torture pour Ryouta. Il est hypersensible à ce genre de contacte, et loin de lui plaire, ça le fait presque souffrir. Après je pense qu'il y a certaines choses que tu as déjà pu voir de toi même, mais je préfère préciser cet aspect. Je pense que le dernier conseil que je pourrais te donner, c'est de ne pas essayer de le dominer. Il a besoin de se sentir protéger, soutenu, aimer… mais pas soumis. C'est assez délicat, surtout dans l'intimité. Je ne peux pas forcément t'en dire plus là-dessus, seul Ryouta sait, alors parles en avec lui…
Woaw. Okey. Ça fait beaucoup de choses à retenir… J'aurais jamais pu me douter de tout ça. Je pense qu'avec ça, beaucoup de conneries vont pouvoir être évitées. Mais pourquoi elle a direct enchaîné sur l'intimité ? J'ai rien demandé là-dessus, enfin je crois pas… Bref…
- Qu'est-ce que je peux faire pour l'aider ?
Je la vois sourire doucement.
- Continue de faire ce que tu fais. Tu n'imagines même pas à quel point tu aides Ryouta à le considérer comme quelqu'un de normal et à lui donner une chance. Il n'a jamais connu ça avant toi. Depuis qu'il te connaît, je ne l'ai jamais vu aussi vivant. Alors ne le traite jamais comme un enfant, ou comme quelqu'un de différent. Il comprendra que tu t'adaptes à lui, mais il ne faut pas en faire trop. Ryouta à cependant besoin qu'on lui rappelle certaines règles, qu'on lui pose des limites. Ça le rassure et ça l'aide à comprendre ce qui est bien et mal. Et si je pouvais te donner un conseil… laisse le faire les choses. Il y a dû avoir des moments où tu as fais des choses à sa place, alors qu'il était tout à fait capable de le faire. Est-ce qu'une situation comme ça te vient en tête ?
Je réfléchis… des situations où je ne l'aurais pas laissé faire ? Où j'aurais fait des gestes basiques à sa place ? Des choses qui me paraissaient étranges… Oh…
- J'en vois plusieurs… Quand j'ai passé un week-end chez lui, je suppose qu'il vous en a parlé, je l'ai aidé à se moucher. Il m'arrive de lui essuyer la bouche après qu'il ait mangé. Je lui ai lavé les cheveux aussi…
- Mmh Mmh… Pour ce qui est des cheveux, ça ne m'étonne pas, Ryouta à peur d'avoir de l'eau dans les yeux et n'aime pas avoir la tête sous l'eau. Mauvaise expérience avec le shampoing aussi… Mais pour ce qui est de l'aider à se moucher et lui essuyer la bouche… tu t'es fait avoir. Ryouta est complètement capable de le faire seul. Il a tendance à laisser les autres faire pour lui, pour avoir de l'attention et qu'on s'occupe de lui. Fais attention à ça, ça ne l'aide pas. Au contraire, il faut essayer de le stimuler à faire des choses seul, des tâches de la vie courante par exemple. L'encourager et le soutenir ne pourra que l'aider à être autonome. Si par exemple, il te demande de l'aider à mettre un vêtement, au lieu de le faire pour lui, incite le à essayer d'abord tout seul. S'il commence à s'énerver ou à être frustré de ne pas réussir, montre lui comment faire et essaye de le convaincre de réessayer. S'il voit que tu ne te moques pas de lui et que tu le soutiens, il continuera d'essayer. Laisse le s'exprimer et laisse le faire les choses comme il le sent. Il a besoin d'apprendre de ses erreurs aussi, il ne faut pas l'enfermer dans une cage dorée. Tu comprends ce que je veux dire ?
- Oui…
Oh le petit con… En même temps, je lui en veux pas, il a tellement peu d'attention de la part des autres qu'il veut faire en sorte que je m'occupe de lui. Je vais suivre les conseils de la psy, pour sûr. Si ça peut l'aider, je le ferai. Après, il faut juste que je reste comme maintenant ? Okey, ça c'est pas trop dur.
- D'autres questions ?
Oui, beaucoup.
- Quand vous m'avez demandé les raisons de ma relation avec Ryouta, pourquoi vous m'avez demandé si j'étais avec lui pour le sexe ?
Elle rie jaune en face de moi. J'ai dit une connerie ?
- Je ne pense pas que tu sois au courant de ça, mais beaucoup de personnes en situation de handicap se font abusées sexuellement. Ce sont des personnes fragiles psychologiquement, en manque d'attention et très souvent seules. Et certains en profitent plus qu'on ne le pense…
- Merde… C'est dégueulasse…
- Comme tu le dis…
Mon dieu, mais… c'est horrible… il y a vraiment des connards qui profitent du handicap des gens ?! Je peux pas le concevoir, non mais sérieux… Jamais je ne ferai pas ça à Ryou, c'est juste impensable...
- Je suis persuadée que tu avais des questions justement par rapport à ça. Je suis sûre que tu te demandes comment Ryouta voit votre relation, comment il s'imagine évoluer avec toi et s'il pense à une potentielle vie intime. Tu dois être curieux de savoir ce que Ryouta peut me dire sur toi… Ne te sens pas comme ces hommes et femmes qui abusent des personnes en situation de handicap. Tu m'as prouvé tout au long de cette conversation que tu es digne de confiance. Certains pourront t'insulter, mais il n'y a rien de mal à entretenir une relation amoureuse avec une personne autiste. Je connais beaucoup de couple où l'un des partenaires à un handicap, et ils sont très heureux ensemble. Ne t'incommode pas des remarques, des regards, l'important c'est comment vous, vous vivez votre relation. Donc si tu as des questions par rapport à tout ce que j'ai pu citer, n'hésite pas une seconde.
-… Évidemment, je me pose beaucoup de questions. Premièrement est-ce que Ryouta à la même vision que moi d'une relation ? Je ne sais pas ce qu'il pense et j'ai toujours des doutes par rapport à ses sentiments…
- Tu n'as pas à t'inquiéter de ça. Ryouta est très amoureux de toi, ça je peux t'en assurer. Avec tout ce que j'ai pu dire, tu doutes encore qu'il ne puisse pas ressentir les mêmes choses que tout le monde ? Il comprend très bien ses sentiments, ne t'inquiète pas pour ça. En ce qui concerne sa vision d'une relation, je pense que c'est la même que tout le monde. Il veut être heureux et se sentir bien avec toi. Savoir que tu l'aimes pour ce qu'il est.
- Merci…
Je me sens rassuré. Je pense que même si je le savais, ou en tout cas, je voulais y croire, mais j'avais surtout besoin de l'entendre. Je dois croire en Ryouta, pas que sur ses capacités, mais aussi par rapport à ses sentiments. Je ne pense pas que Ryou se moque de moi, il n'y aurait aucune raison. Je dois en prendre conscience et m'investir tout entier, sans être méfiant et mettre des barrières… Ouais il faut que je fasse ça.
Le docteur Miano me regarde, en tapotant ses doigts sur ses lèvres. Ses yeux sont rieurs… Ouais bon d'accord, j'ai envie de savoir pour le sexe ! Mais j'ai pas envie d'en parler ! N'insistez pas !... J'ai dit non ! …. Bon d'accord…
- Et pour le… sexe…
- Pourquoi tu as autant de mal à dire un mot comme ça ? Sexe. Ça te dérange ? Un grand gaillard comme toi !
- C'est pas sympa m'dame…
Elle rit et s'excuse avant de faire un geste de la main, comme pour chasser les mots qu'elle a pu dire…
- Excuse moi, ce n'était pas professionnel de ma part… Est-ce que tu as déjà abordé le sujet avec Ryouta ?
- Non…
- Parle moi un peu de toi, de ton rapport à la sexualité.
Encore une fois, je pique un fard. C'est horrible ce genre de question…
- Y'a pas grand chose à dire. Y'a encore quelque temps, je pensais être hétéro. Puis, il y a eu Ryou. J'ai… pas d'expérience concrète si je puis dire. J'ai juste une idée de comment ça se passe entre deux mecs.
- Je vois… au moins, dis toi que vous êtes deux. Si vous arrivez à ce stade, vous serez deux à apprendre. Tu as déjà eu envie de toucher Ryouta ? Est-ce que tu l'as déjà désiré ?
- Avouez, en fait, vous voulez juste me mettre mal à l'aise ? - dis-je d'une petite voix, plus du tout assuré. Si jamais quelqu'un a vu ma dignité...
- Un peu, je trouve ça drôle. Mais je suis là principalement pour t'aider. Déjà, avouer que tu as déjà ressenti une certaine attraction pour Ryouta, c'est un bon point. Tu sais, il me répète souvent qu'il te trouve très beau !
- C'est très gênant…
- Mais non, pas du tout ! -rigole-t-elle encore une fois. Essaye d'en discuter avec lui. A mon avis, il comprend très bien le sujet. Ryouta, avant d'être autiste, reste un garçon de 16 ans, avec des envies comme les tiennes. Tu veux que je le fasse venir pour qu'on en parle ?
- NON !
- D'accord…
Elle décroche le téléphone à côté d'elle, tape un numéro…
- Ebiko ? Ryouta est avec toi ? …. Très bien, tu peux lui demander de venir dans mon bureau ? … Oui il peut revenir… Merci. Il arrive !
- Je croyais avoir dit non…
En fait c'est ça, elle adore me torturer. Le sujet sérieux éclipsé, elle décide de se foutre de ma gueule… Je me penche en avant, pose mes coudes sur mes genoux et me prends la tête entre mes mains. Je vois d'ici le sourire suffisant de la psy. Elle n'est pas méchante, je suis sûr que je peux très bien m'entendre avec elle… Ma mère aussi s'entendrait bien avec elle, tiens… Ce n'est toujours pas drôle et je n'ai toujours pas retrouvé ma dignité ! Une personne frappe à la porte…
- Je peux venir ?
- Oui Ryouta, entre ! Aomine-kun voudrait aborder un sujet avec toi !
- J'arrive !
Ryouta ferme la porte et s'installe à côté de moi. Je n'ai pas changé de position depuis l'appel. Ryouta se penche vers moi et me tapote le dos…
- Qu'est ce qui y a Dai-i-ki ?
Je me relève et me décide à le regarder. Nos yeux s'accrochent et c'est comme si une discussion silencieuse se mettait en place. Je sens le regard, presque tendre, du docteur sur nous.
- On est obligé d'en parler ?
- … Bon, comme ton copain n'a pas l'air de se décider, je vais en parler. Ryouta, tu sais ce que c'est le sexe, n'est-ce pas ?
- Oui !
- Tu peux me dire ce que tu en sais ?
Ryouta lève la tête vers le plafond et réfléchit. Il se reprend quelques secondes plus tard et lève un doigt, comme pour mieux nous expliquer ce qu'il sait.
- C'est les amoureux, ils font le sexe !
- Oui Ryouta, mais ça consiste en quoi ?
Ryouta rougit à la question. Okey, donc il sait ce que c'est…
- C'est… euuuh… Tout nu ? Dans un lit, avec son amoureux ! Et on se touche !
- Donc effectivement, tu sais ce que c'est...
C'est à mon tour de rougir et de me planquer dans mes mains. J'aurais pas dû poser la question à la psy et directement engager la discussion avec Ryouta. Est-ce que ça aurait été moins gênant ? Sûr que oui !
- Et tu as envie avec Aomine-kun ? De toucher Aomine-kun ?
- Bah oui !
Je vais m'enterrer vivant dans le bureau. Ça serait moins gênant.
- Dai-i-ki, tu veux pas avec moi ?
C'est possible d'acheter une fusée et de changer de planète ?
Les deux me regardent fixement en attendant ma réponse.
- Je… euh… si. Si j'ai envie Ryou… mais on en rediscutera tous les deux, d'accord ?
- J'arrête de t'embêter Aomine-kun. Je vois bien que ça te gène beaucoup, et comme tu dis, il vaut mieux que vous en discutiez tous les deux. La séance est terminée, je vais vous laisser partir ! Aomine-kun, merci d'être venu et prends soin de Ryouta.
- Hum…Ouais.
- Ryouta, on se voit la semaine prochaine ! Aomine-kun, si tu as des questions, n'hésite pas à me contacter !
Elle nous raccompagne à la porte, et nous nous disons au revoir. Je n'ai pas perdu ma journée, mais je suis encore dans un sale état. Ryouta me prend la main et nous sortons du bâtiment.
- Ça va Da-i-ki ?
- Ouais, c'est juste que... je me sens assez mal à l'aise de parler de sexe avec des gens. Mais on en parlera tous les deux, d'accord ?
- Hum ! Pas problème !
Il s'arrête pour me faire un câlin. Quand je disais que les rôles s'inversaient... c'est lui qui me rassure. Il faut que je reprenne contenance. Je lui souris et nous reprenons notre marche. La journée ne fait que commencer…
