Bonjour, Bonsoir à tous/toutes !
Je sais, je sais, je suis en retard. J'ai pu pendant un moment être régulière dans mes publications, mais là, ça devient un petit peu plus difficile. J'ai beaucoup de retard dans l'écriture de mes chapitres, et ma bêta n'est plus aussi dispo qu'avant, donc on fait en fonction de nos emplois du temps ! Je suis désolée pour ça, j'espère que vous serez compréhensifs.
Mais me voici pour une nouveau chapitre ! ... En fait, non, c'est quasi un Hors-Série (Je ne peux pas dire Hors-Sujet, vu que c'est totalement dans le sujet, c'est juste que ça fait une coupure dans l'histoire). Ce chapitre se passe bel et bien entre la rencontre avec la GM et le prochain match de Daiki. Donc voilà... A vous de voir si vous voulez lire ou non, mais ça reste important pour la suite de l'histoire. A l'origine, je ne devais pas le caser là, je voulais le mettre un peu plus tard. Puis finalement, ça me parait plus logique de le poster maintenant, avec pas mal de modifs sur ce qui était prévu au départ, pour que la suite soit plus claire. Et parce que la suite va être haute en couleurs !
Au rendez-vous aujourd'hui : De l'amour, de la discussion, des explications, des révélations... Vous allez bien voir !
Ensuite... Les fans de Kagami... Vous êtes toujours là ? *PUT HANDS UP IN THE AIR*
Je sais que beaucoup ont voulu me tuer pour ce que j'ai fait de ce personnage... J'ai pris le risque ! Vous avez été choqué ? Tant mieux ! :D
Merci à Archess84, Bastou, Jinka-san, Nezumibook, Futae, Cookiiie, Virtual Hug, Haru-carnage, Sazawen, Flomangafics, Rin-BlackRabbit, Super-mocchi et Shirayuki Yukine pour vos reviews !
Merci à ceux qui follows cette fiction et/ou la mettent en favoris !
Vos reviews, vos remarques m'aident à faire le point sur ma fiction, donc n'hésitez pas à me donner votre avis !
NB : Le chapitre n'a pas encore été corrigé par ma bêta. Il a été corrigé, mais il se peut qu'il y ai encore pas mal de fautes ou de mots manquants. Je m'excuse pour cela ! Et n'hésitez pas à me dire si c'est illisible ! Je mettrais peut-être plus de temps pour publier, mais vous serez sûr d'avoir des chapitres propres !
NBbis : CHAPITRE CORRIGE ! Ouais, deux semaines plus tard, mais au moins il est corrigé ! Et, bon dieu, il en avait bien besoin... Je ne sais pas comment vous avez fait pour le lire dans cet état !
Sur ce, Bonne Lecture !
~ CHAPITRE HS - ENTREVUE ~
Bon… Ça fait, genre, le quatrième message que je reçois du docteur Miano depuis ce week-end avec Ryou et les gars. Ça devient du harcèlement, là ! Non, mais en plus, c'est vraiment pour rien me dire. Enfin, si, elle me pose beaucoup de questions, elle me demande quand est-ce que je reviens avec Ryouta, elle m'a même demandé mes disponibilités pour qu'on puisse organiser un rendez-vous tous les deux ! Ça devient étrange… Très étrange… Bon, peut-être que si je lui répondais, elle arrêterait, c'est vrai. Ou peut-être que ça sera pire ! Elle va m'appeler matin, midi et soir et elle va finir par me stalker ! On ne sait pas !
Ou alors… Ou alors, elle est amoureuse de moi. Non, mais sérieux ! Je ne plaisante pas ! C'est même probable ! Déjà, parce que je suis génial. Je suis charismatique et attentionné ! Ouais… Ouais, ça se trouve, elle est tombée folle amoureuse de moi !
Je regarde mon portable, qui m'indique que j'ai reçu un autre message de la part du docteur. Il va falloir qu'on se voit… Il va falloir que je lui dise que ça ne va pas être possible entre nous. J'aime Ryouta. Ouais, il va falloir que je lui dise…
Je suis dans la salle d'attente du docteur Miano. On est mercredi et on a convenu un rendez-vous après mes cours. Ryouta n'est pas au courant de cette entrevue, je ne veux pas lui faire de peine si effectivement, son médecin a des sentiments pour moi.
Comment je vais pouvoir lui dire, à cette femme, que ça ne sera pas possible entre nous ? Certes, elle est jeune, elle est belle, elle a une taille de bonnet plus que respectable, mais elle ne m'attire pas… Puis elle est trop vieille pour moi. Et j'aime Ryouta ! C'est surtout ça le truc ! J'aime Ryouta ! Je suis vraiment dans une situation délicate…
- Aomine-kun ! Tu peux me suivre !
Je me lève, un peu stressé par la conversation que nous allons avoir. Ça ne va pas être agréable, je le sens…
On se salue avant de se diriger vers son bureau. Ça me rappelle la première fois, quand je suis venu avec Ryouta. J'étais un petit peu dans le même état, mais pas pour les mêmes raisons…
Nous nous installons, et nous ne perdons pas de temps avec des futilités, le docteur n'a pas un emploi du temps à rallonge.
- Bien, Aomine-kun, je suis contente que tu aies enfin accepté qu'on se voie ! Tu te doutes de ce dont je veux te parler, non ?
- J'ai ma petite idée en effet…
- Tu me rassure, nous sommes sur la même longueur d'ondes ! Donc, comment se passe ta relation avec Ryouta en ce moment ?
- Bien… Très bien même. C'est pour ça que j'ai été assez étonné de recevoir tous ces messages.
- Je m'en doute ! Tu sais, Ryouta ne me parle que de toi en ce moment, donc j'ai ma petite idée de comment ça se passe entre vous, mais je voulais confirmation de ta part avant de continuer. Donc ! Dans tous les cas, si nous sommes là, c'est pour parler de Ryouta !
- ...Hein ?
Comment ça de Ryou ? Enfin, pas que ça me dérange, au contraire, mais, elle n'était pas censée me faire une déclaration d'amour là ?
- … Ah, donc non, en fait, on n'est pas sur la même longueur d'onde… Tu pensais à quoi, Aomine-kun ?
- Euh…
- …
- Rien. J'ai imaginé des trucs, je crois. Mais c'est à cause de vous ! Vous n'arrêtez pas de me harceler !
- Rho ! Tout de suite, les grands mots ! … - Elle prend une pause dans sa réponse, tout en me regardant fixement. Je sens mon visage chauffer au fil du temps qui passe, dans un silence de plomb. - Attends… Tu pensais que… - Dit-elle avec un sourire tremblant…
… Ouais, c'est ça marrez-vous ! Vous marrez pas, je vous dis que c'était plus que probable qu'elle tombe amoureuse de moi !
- Oh non… - Se reprend-t-elle doucement, en s'essuyant le coin des yeux. Heureusement que j'avais laissé ma fierté sur le sol de son bureau la dernière fois, je n'ai pas eu à la reperdre encore une fois. - Non, mais, comment as-tu pu imaginer ça ?
- Mais j'en sais rien ! C'est vous qui n'arrêtez pas de vouloir qu'on se voit ! Ça devenait flippant ! J'avais même préparé ce que j'allais vous répondre pour… Ouais, bon, c'est bon, je me tais…
En même temps, avec le fou rire qu'elle se tape, je ne suis pas sûr qu'elle entende le moindre truc que je lui dirais. Bref…
- On va oublier ça, Aomine-kun, n'est-ce pas ? … Ça vaut mieux pour tout le monde ! … Oh mon dieu, ça faisait longtemps que je n'avais pas autant rit dans ce bureau !
- Ouais, bon ça va...
Je l'avais dit que cette discussion n'allait pas être agréable. Mais finalement, c'est pour ma gueule encore !
- Bien, bien, bien ! Revenons au vif du sujet !
- Ouais vaut mieux… Et arrêtez de vous marrer !
- Oui, donc… Est-ce que tu as des choses à me faire part ? Des éléments qui montrent que Ryouta évolue, qu'il apprend, qu'il se sent plus à l'aise… Tout et n'importe quoi me va ! C'est important pour moi, pour la suite, pour savoir ce qu'il doit ou peut corriger, par où je dois mener la thérapie…
Elle n'a pas plus vague ? En voyant ma tête confuse, elle reprend, non sans en sourire.
- Tu peux commencer par la rencontre avec tes amis. Comment ça s'est passé de ton point de vue ? Comment Ryouta a réagit ?
- Entonnement, bien. Mieux que ce que je pensais. Je me disais que Ryou allait avoir du mal, qu'il allait vouloir partir au bout d'un moment, mais finalement, non. Il s'est bien entendu avec certains, il a même discuté avec eux, je ne pourrais pas dire de quoi.
- C'était comme ça, dès le début ?
- Nan, au début, il était caché derrière moi quand ils se sont présentés. Puis à un moment, il est parti faire sa vie, et il est revenu chercher une amie pour lui montrer un truc, et ils ont discuté. Je ne les ai pas suivis. En fait, il était trois au final, Ryouta et deux amis. Je sais juste que quand je suis arrivé, elle et Ryou était en pleure et apparemment, c'est parce qu'il m'aurait fait une déclaration d'amour…
- Intéressant, comme tu dis, c'est étonnant… Est-ce que tu as fait attention à ses tocs pendant cette journée ? Est-ce qu'ils étaient plus présents, où est-ce qu'il a réussi à outrepasser ça ?
C'est presque flippant de la voir prendre des notes sur tout ce que je dis. Je pense que c'est important pour elle, mais j'ai l'impression de faire une thérapie, ce qui n'est pas censé être le cas ! Je ne suis pas un patient moi ! C'était quoi la question déjà ? Ah ouais, les tocs. Euh… Bah...
- Je… J'y fais plus trop attention, en vérité. Je me souviens qu'il tapotait dans mon dos quand mes… amis se présentaient. Je pense qu'il essayait de retenir les noms en comptant les syllabes.
- Oui, c'est ça, tu as bien compris ça. -Dit-elle en me pointant de son stylo - Ça lui permet d'assimiler plus rapidement les choses et de s'en souvenir. Ça sonne plus musical dans sa tête, il compte, il pianote soit dans le vide, soit dans ton dos dans ce cas-là, et il mémorise comme cela. Est-ce qu'il y a autre chose ?
Je prends un temps pour essayer de me rappeler de la journée. Ce n'est vraiment pas évident comme question, je ne suis pas forcément un mec qui analyse les choses, donc là… Je me force à réfléchir, à essayer de me souvenir… Paye ton mal de crâne à la fin de la séance tiens...
- Bah… Il avait du mal à les regarder dans les yeux par moment. C'était forcé, ou il ne le faisait pas du tout.
- Il ne les connaît pas, c'est pour ça. On en avait déjà parlé la dernière fois qu'on s'est vu, de ce qui concerne la façon dont il voit les éléments autour de lui. Ça lui fait peur de regarder les gens parce qu'il a beaucoup de mal avec la physionomie, à remettre les éléments à sa place dans son esprit. C'est un peu trouble, tu comprends ?
- Ouais, je vois…
- Toi, ça ne lui fait pas peur, parce qu'il te trouve rassurant.
- C'est peut-être le seul à penser ça…
- Peut-être, je ne sais pas… Sinon, est-ce que tu as eu affaire à une crise ? J'ai entendu parler d'un "idiot de Kagami"...
Ouais, comme je me disais, ils ont déjà parlé au téléphone de cette journée. Je pense qu'après tout ça, Ryouta a eu besoin de se confier à quelqu'un. Il s'est passé beaucoup de choses en peu de temps et Ryouta a dû avoir besoin de remettre tout ça en place pour comprendre tout ce qu'il s'est passé.
- Ah, ça… Ouais, faut pas s'en occuper. Je préfère ne pas m'en occuper. Il a foutu la merde dès le début, donc, c'était évident. Il s'en est pris à Ryouta, physiquement et verbalement, mais j'ai réussi à calmer le truc. Ce n'est pas de sa faute s'il a fait une crise.
- D'accord… Et ça va toi, par rapport à ça ? Et Ryouta, il a réussi à passer au-dessus de ça ?
- Ouais, pour les deux. Comme je dis, je ne préfère pas m'en occuper, c'est un peu tant pis pour sa gueule, et Ryouta, je crois que ça va. Dans tous les cas, il n'en parle pas.
- D'accord, j'essaierai quand même de revoir ça avec lui à notre prochain rendez-vous… La crise a duré longtemps ?
- Nan, pas vraiment, j'ai réussi à le calmer rapidement, et j'ai essayé de changer de sujet en proposant une partie de basket.
- Et ça l'a calmé ?- Me demande-t-elle, suspicieuse.
- Bah, ouais. Il a réussi à se calmer et n'en a pas reparler, donc je suppose que c'est bon.
Je la vois poser son stylo et froncer un peu les sourcils. Qu'est-ce qu'il se passe ? J'ai encore fait une connerie ?
- Il faut se méfier de ça Aomine-kun. C'est bien de changer de sujet et de lui faire oublier ce qu'il s'est passé. Il peut très vite passer d'une chose à une autre, sans vraiment qu'on puisse comprendre comment c'est possible, parce qu'il a du mal à poser un mot sur les situations, les émotions… Mais, il faut faire attention à ce que ça ne l'a pas choqué. Il n'a pas forcément compris pourquoi ce garçon a réagi comme ça, pourquoi il a essayé de lui faire du mal, pourquoi il a crié, pourquoi il était en colère… Et tant qu'il n'a pas les réponses, ça peut lui rester en tête des jours, voir des semaines. Parce qu'il n'aime pas ne pas comprendre. Parce qu'il veut des réponses. Tu comprends ce que je veux dire ?
- Ouais, je crois...
- Mais je vois quand même une énorme avancée déjà, rien qu'avec ce que tu me dis là ! Petit pas, par petit pas, mais les changements sont là ! Il arrive à communiquer avec d'autres personnes que toi, il s'intègre un minimum, il m'a dit que vous aviez joué au basket tous ensemble, et c'est vraiment bien… Sinon, dans votre couple, tout se passe bien ? Je t'ai déjà posé la question, mais je souhaite plus de détails.
- Qu'est-ce que vous voulez savoir ?
- Comment tu ressens ta relation avec Ryouta ? Que ce soit au niveau relationnel, sentimental ou au niveau de l'intimité ?
- …
- Ne fais pas ta prude Aomine-kun ! C'est important !
- Je vais me faire engueuler parce que je ne raconte pas ma vie sexuelle… Nan, mais… Ça se passe bien. Je… Je me sens à l'aise avec Ryouta, son handicap… Enfin, ce n'est pas envahissant. J'oublie parfois qu'il est autiste, j'ai vraiment pris l'habitude. Au début, ouais, y avait des trucs qui me semblaient bizarres, et je ne savais pas comment réagir. Mais là, non, ça devient naturel de réagir et de vivre avec lui…
- C'est bien, ce sont des choses très agréables à entendre ! Ensuite ?
- Ensuite bah… J'ai aucun doute sur mes sentiments pour Ryouta et je ne doute plus des siens non plus. Ouais, je le vois qu'il m'aime, qu'il me fait confiance, et j'essaye de lui retourner du mieux que je peux, avec les moyens que j'ai.
- Mmh Mmh… Autre chose ?
- … Ouais, j'ai l'impression qu'avec moi, enfin, quand on est tous seuls, qu'il a beaucoup de moins de tocs, qu'il hésite moins quand il parle… Il a toujours un temps de réflexion, il bute toujours sur les mots et utilise des phrases simples, mais, moins. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, c'est comme s'il était plus à l'aise et qu'il savait qu'il pouvait faire des erreurs, que je n'en tiendrais pas compte.
- Oui, il me le dit aussi qu'il est bien avec toi. Mais n'hésite pas, s'il fait des erreurs comme tu dis, à le corriger. Ça ne sert à rien de le laisser s'embrouiller ou se tromper.
- Ouais… Ok.
- … Mais définitivement, tu ne veux pas parler de ta vie intime, on dirait !
- Mais c'est gênant bordel ! Puis ce n'est pas comme si Ryouta ne vous en avait pas parlé !
- Oui, mais j'ai besoin de savoir ton point de vue !
Je soupire et mets ma main devant mes yeux avant de reprendre.
- … Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, à part que j'ai fait des conneries et qu'effectivement, il n'aime pas que je sois au-dessus ? D'ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi ça, je n'ai pas trouvé d'explications…
- Hé Hé… - Elle sourit, gênée-… Peut-être que c'est un petit peu de ma faute. Si tu veux, c'est moi qui lui ai fait son éducation sexuelle. Et quand j'ai commencé à lui apprendre, je ne savais pas qu'il aimait les garçons. Alors je lui ai expliqué comment ça se passait le plus simplement avec une femme. Missionnaire, tout ça… Et, je crois qu'il a gardé en tête le fait que dans cette position, c'était lui au-dessus. Et même si par la suite, je lui ai expliqué comment ça se passait avec un garçon… Bah, dans sa tête, c'est toujours lui, au-dessus, le dominant, donc… Donc il va falloir que je lui explique les choses calmement, parce que vu ta tête, tu n'imaginais pas les choses comme ça… - Me répond-elle devant mon regard ahuri.
- … Pas trop non. Et moi, je ne vois pas trop comment lui expliquer la chose…
- Je le ferais, ne t'inquiète pas. Je peux comprendre que ce n'est pas évident pour toi, surtout que tu n'es pas sûr qu'il va comprendre… Il y a des façons de lui expliquer et tu n'es peut-être pas encore adepte de ça...
Non, mais c'est surtout que je ne me vois pas lui faire son éducation sexuelle ! Je veux dire… Moi, je fais la pratique, pas les explications, c'est déjà assez mouvementé comme ça !
- Bon, bon bon… Est-ce que tu as d'autres questions concernant le comportement de Ryouta ? Ou même sur l'autisme, sur n'importe quoi qui ne te paraît pas clair ?
- Ouais, j'ai tout le temps pleins de questions…
- Si tu répondais à mes messages, je pourrais répondre à ces questions ! Mais je suis obligée de te faire venir pour que tu parles…
- Oui, bon ça va !
- Pose tes questions Aomine-kun, je te taquine ! - Me dit-elle en faisant un signe de la main, comme pour chasser les conneries qu'elle dit.
- Ouais… Vous avez dit tout à l'heure qu'il y a une façon de lui apprendre ? 'Fin… Vous faites comment vous ?
- Alors… Je vais devoir te faire un petit cours d'histoire pour pouvoir comprendre tout ça ! Ça va être long, prépare les cookies ! Tout d'abord, est-ce que tu sais d'où vient l'autisme ? Quand est-ce que ça a été découvert ?
- Absolument pas. - Dis-je avec tout le naturel dont je suis capable.
- Donc, nous allons commencer par là ! Il faut savoir que la médecine ne s'est pas intéressée à l'autisme avant les années 1900. Avant cela, ils étaient enfermés à vie dans des hôpitaux psychiatriques, très souvent maltraités et traités comme des débiles profonds. Le premier à employer le mot autisme, c'est Eugen Bleuler, un psychiatre suisse, mais qui utilise cette appellation pour appeler un trouble schizophrénique particulier. On était loin du compte. Plus tard, en 1943 Léo Kanner, s'intéresse à des enfants atteints de la maladie. Il réemploie l'appellation autisme, mais précise, l'autisme infantile. C'est le premier à dire que les enfants présents dans son service son doté d'une intelligence et son capable de faire des choses. À la même période, Hans Asperger fait lui aussi des recherches et tend à faire en sorte que les enfants malades de la clinique où il travaillait puissent avoir un avenir, dans le domaine qui les passionnait. C'est de lui qu'on nomme le Syndrome Asperger, comme tel depuis 1980. Tu te rends compte à quel point c'est récent, quand on compare avec… La schizophrénie, par exemple, dont les premiers cas ont été diagnostiqués dans les années 1740 ?
- Deux siècles avant ? C'est dingue…
Ouais, non, je ne dis pas ça pour faire genre ! Je trouve ça vraiment dingue ! Tu m'étonnes que tout le monde ne soit pas briefé sur l'autisme si c'est aussi récent !
- Effectivement… C'est aux Etats-Unis que les choses ont évolué le plus vite. Dans les années 1960, Eric Shopleur a réalisé une avancée incroyable avec un programme de rééducation comportementaliste : le programme Teacch. À la même époque, Ivar Lovas, invente la technique ABA. Plus tard, en 1985, Andy Bondy invente le programme d'échange d'image pour aider les autistes à communiquer : la méthode PECS.
- Je n'ai… Rien compris.
- C'est normal ! Mais, si ça ne te dérange pas, je vais finir mon cours d'histoire avant de répondre à tes questions. Il sera plus simple de t'expliquer ces méthodes avec des exemples concrets que j'ai pu utiliser avec Ryouta. Puis, tu te sentiras surement plus concerné !
- Je ne sais pas si ça se voit, mais je suis attentif !
- Je n'en doute pas, Aomine-kun… Où j'en étais ? Ah oui, les méthodes. Donc, tu as compris que c'est ce que j'utilise avec mes patients. Certains ont des moyens plus radicaux, comme les traitements médicamenteux à vie. Je suis contre cette idée. Je pense sincèrement que ces méthodes sont les plus appropriées pour qu'il puisse grandir et se forger dans cette société. Il y en a qui utilise d'autres méthodes… Tiens, tu veux une histoire "drôle" ? Dans les années 70, Fernand Deligny, était persuadé de pouvoir guérir l'autisme en emmenant des enfants vivre une vie sans contraintes, près de la nature. Séparés de leurs parents considérés comme "toxiques", il voulait que les enfants fassent le choix de s'éduquer et de s'ouvrir au monde. Tu sais ce qui s'est passé ?
- Non…
- Ils n'ont jamais pu évoluer. Ils n'ont jamais appris à parler et ont passé leurs vies à souffrir du manque de communication et à faire des crises de colère. Ils ont été obligés de se soigner aux neuroleptiques pour se calmer et aujourd'hui, ils sont toujours en hôpital psychiatrique et n'en sortiront surement jamais.
- … Mais c'est pas drôle !
- Non ! Mais c'est ironique, tu ne peux pas dire le contraire ! Bref, je continue. Dans les années 80, un psychiatre controversé, Bruno Bettelheim, affirme que l'autisme peut être soigné par psychothérapie. C'est en fondant un environnement stable, en écoutant l'enfant autiste sur ses besoins, ses angoisses… Il a développé un sens aigu de l'impact des circonstances extérieures sur la réalité mentale des individus. Contrairement aux positions psychanalytiques antérieures, il met en avant le fait que ce n'est pas seulement le passé et l'inconscient qui jouent un rôle, mais également les expériences du présent. Malheureusement, il pensait également que la cause principale de l'autisme revenait à la faute des parents, notamment de la mère. Il créera l'école orthogénique, qui vise à séparer les enfants autistes de leurs parents. Ce monsieur avait des bonnes idées, mais il était également à côté de la plaque !
- Et qu'est-ce qu'il s'est passé pour ces enfants ?
- Bettelheim n'a jamais pu les soigner. Il cherchait à les guérir, sauf que comme tu le sais, on ne guérit pas de l'autisme, ça ne se soigne pas. On peut améliorer la condition de la personne atteinte, mais c'est tout. Ensuite ! Ce n'est qu'en 1985 que deux chercheurs américains, Bauman et Kemper découvriront des anomalies dans le cerveau d'une personne autiste par rapport à un cerveau normal. Des anomalies qui n'ont pu apparaître qu'avant la naissance. On naît autiste, on ne le devient pas. Je ne sais pas si tu conçois le progrès énorme que cela implique !
- Je ne sais pas, mais ça a l'air de vous rendre heureuse…
- Totalement ! Ça réfute un nombre incalculable d'hypothèses plus improbables les unes que les autres. Pour finir, ce n'est qu'en 1986 que le terme autisme est généralisé à toutes les personnes atteintes de cette maladie, pas seulement les enfants, et c'est en 1994 que le nom change pour TED, comme Trouble Envahissant du Développement dans la classification internationale des maladies. Puis, depuis les années 2000, les psychiatres et chercheurs se sont amusés à changer le nom et certains aspects inutiles, comme si les gens n'étaient pas assez embrouillés déjà ! Ils ont appelé la maladie TSA pour Trouble du spectre autistique, puis ils ont décidé qu'on utiliserait plus le terme Syndrome Asperger, ce qui est complètement stupide… Puisque tout le monde l'utilise encore ! Enfin… Est-ce que je t'ai perdu en route ?
On se le dit ou pas ? C'est complètement la merde dans la psychiatrie ! Après, on se demande pourquoi les gens ont tellement de mal à comprendre les maladies, mais si même les psys ne sont pas d'accord entre eux, ça ne m'étonne pas !
- Non, ça va, j'ai suivi. C'est vraiment un bordel monstre en fait la psychiatrie !
- Et encore, je t'ai fait un résumé.
- Ah…
- Ensuite ! Est-ce que tu connais un peu les causes de l'autisme, comment on classifie les degrés de la maladie ?
- Toujours pas, non.
- C'est simple pourtant ! ... En fait, non, pas simple du tout. On sait donc que l'autisme se développe avant la naissance. Il peut y avoir beaucoup de causes, comme le fait que l'un des parents est porteur du gène autistique, ça peut-être la mère qui a eu des problèmes durant la grossesse, concernant son alimentation, l'exposition à la pollution… Mais c'est quand même plus rare. C'est plus généralement génétique. On peut être porteur d'un gène autistique sans jamais le savoir ! C'est généralement les enfants qui développent la maladie par la suite. Ça n'a rien à voir avec un parent qui est soi-disant fou ou quoi que ce soit, comme on peut entendre de la part de certains de mes collègues… Ça se concrétise par un défaut des cellules nerveuses et par plusieurs autres éléments plutôt compliqués. Mais ça, ce n'est pas forcément important si tu ne veux pas faire des études scientifiques, biologiques ou médicales…
- Ouais, donc, pas besoin d'en dire plus, vous allez me paumer. Sinon, c'est quoi cette histoire de degrés ?
- J'y viens, j'y viens ! Les jeunes, aucune patience ! Pour faire court, parce que je ne vais pas te détailler tous les syndromes, aspects des TSA, etc… Parce qu'il en existe beaucoup, et je souhaite vraiment te briefer sur le Syndrome Asperger. On considère qu'il existe plusieurs degrés concernant la maladie, que ce soit par rapport à la capacité sociale, mémorielle, sensorielle, émotive et intellectuelle. À partir de ça, nous savons dans quels domaines nous pouvons aider notre patient.
- Ouais, mais comment on le sait ça ? Y a un diagnostique ?
- … Je priais intérieurement pour que tu ne poses pas la question… C'est un diagnostic assez long en vérité. C'est également différent en fonction du premier diagnostic supposé et de l'âge du patient. Je vais prendre l'exemple de Ryouta pour t'expliquer. Ryouta a été diagnostiqué à 10 ans, comme tu le sais déjà. Il a passé un entretien avec moi, où j'ai pu l'observer à travers différentes mises en situation pour pouvoir évaluer son comportement puis, j'ai également discuté avec ses parents. Il a ensuite passé des examens orthophoniques, puis un test qu'on appelle ADOS-2, adapté à son âge pour pouvoir savoir s'il était autiste et son degré. Il en existe d'autres, mais c'est celui-ci qu'il a passé. ADOS-2 permet également de voir les évolutions du patient et de voir ses progrès. Ensuite, on fait des bilans. Plein de bilans ! Sur les capacités psychomotrices et sensorielles notamment. Ensuite, Ryouta est revenu me voir et j'ai pu poser le diagnostic final par rapport au CMI-10.
-… - Je la regarde comme si elle venait de me parler une autre langue.
-Classification statistique des Maladies Internationales.
-… - Non, toujours pas, non.
-Un bouquin qui classifie les maladies de façon internationale.
-Ok. Mais, je pense à ça… Enfin… J'avais lu un truc une fois, et… Enfin, c'était sur le fait que les personnes qui ont le Syndrome Asperger n'ont pas de problème au niveau de la parole… Mais Ryou…
-Ah… Oui, tu as raison sur ce point. Mais tu sais, chaque personne atteinte de la maladie est différente. Au-delà du degré de la maladie, il y a aussi l'environnement dans lequel a évolué et été éduqué la personne qui compte beaucoup. Ryouta est atteint du Syndrome Asperger, mais on peut facilement diagnostiquer un retard également. Mais ce n'est pas de sa faute… Je ne sais pas si tu sais grand chose de son enfance ?
-Non pas vraiment, il en parle jamais, et je ne lui ai jamais posé la question…
Je la vois se redresser et reprendre contenance, le visage fermé. J'ai l'impression qu'elle se prépare psychologiquement à me parler de quelque chose qui lui tient à cœur et qui risque de ne pas me plaire.
-Je vais essayer de… D'être professionnelle et objective. Mais crois-moi que dans un cas comme ça, ce n'est pas facile. Les parents de Ryouta… L'ont abandonné. Il n'y a pas d'autres mots pour dire ce qu'il s'est passé. Quand il était petit, ses parents l'ont rejeté et ont fait comme s'il n'existait pas. Ils ne l'ont jamais éduqué en soit, ne lui ont jamais appris à parler, ni à exprimer ce qu'il ressentait. Pour faire cours, ils n'avaient pas de fils. Ils ne l'ont jamais inscrit à l'école, ne sortaient avec lui que très rarement, et ça ne m'étonnerait même pas d'apprendre qu'ils le maltraitaient. Il n'était pas digne de la famille. Ils n'étaient jamais chez eux, laissant la plupart du temps leurs enfants aux mains des "domestiques". L'aîné de la famille… Si je pouvais distribuer des baffes… Elle a toujours été mise sur un pied d'estale. C'est la parfaite. Donc autant te dire que Ryouta, elle s'en fichait complètement. Et la seconde… Je ne pense pas que ça soit la plus à blâmer. Je ne l'ai jamais vu, je n'ai presque jamais entendu parler d'elle, et je me demande si elle n'a pas vécu la même situation que Ryouta. Je ne peux rien affirmer, mais bon…
C'est à ce moment-là que je dois prendre la défense de Germaine ?! SÛREMENT PAS ! Genre, elle aurait vécu les mêmes choses que Ryouta ? Je n'y crois pas une seconde. Par contre, les parents… Je m'en doutais un peu, mais… Pas à ce point. Et ne vous en faites pas Docteur, vous, vous ne pouvez pas forcément frapper la famille de vos patients… Mais moi… Bref, Germaine n°1...
- Pour l'avoir rencontré, je peux vous assurer qu'elle n'est pas la plus à plaindre !
- Non, je m'en doute… Mais je ne sais pas, je ne pense pas qu'elle soit si mauvaise…
- Je ne peux pas m'empêcher d'en douter !
- Peut-être, je ne sais pas… Mais, voilà, vers 10 ans, il commençait à être trop bruyant. Alors, les parents sont venus me voir pour me dire de faire quelque chose. Quand ils ont entendu parler de l'hôpital de jour et l'hôpital psychiatrique, ils pensaient avoir trouvé la solution ! Je me suis battue pour ne pas que ça arrive. L'hôpital… Ce n'est pas la solution. Crois-moi, tu ne veux pas savoir ce qu'il se passe là-bas, des fois. Clairement, même l'homme le plus sain d'esprit pourrait y devenir fou. Bref, je l'ai diagnostiqué et j'ai affirmé que je m'occuperai de lui, tous les jours s'il le fallait. Au début, c'était ça, je le voyais presque tout le temps, 3 heures par jour, exactement. Et voilà, il me semble logique qu'on ne rattrape pas 10 ans de sa vie en si peu de temps. Effectivement, normalement, une personne atteinte du Syndrome Asperger n'a pas souvent de problème d'élocution. Si c'est le cas, c'est souvent que la maladie est doublée avec une autre, comme Ryouta qui a un retard et des tocs.
… Ryouta, la prochaine fois qu'on se voit, je te fais un énorme câlin. Je promets sur mon honneur que je ne te ferais jamais de mal et que je ne t'enverrais jamais chez les barges. Voir même, je vais te kidnapper et on va aller vivre sur une île déserte, tous les deux, où personne ne viendra nous faire chier et tu n'auras plus à subir le contact de ta famille. Voilà, ça s'est bien.
- Mais pourquoi vous n'avez rien fait pour éloigner Ryouta de sa famille ? Y a des trucs pour ça non ? Genre, dans la justice, tout ça…- Je pense également très fort à l'île déserte, mais je ne vais pas le dire à haute voix.
Je vois le docteur grimacer et je sens qu'elle est en colère. Pas contre moi, mais contre tout le reste.
- Parce que ça la parole d'un handicapé contre ses parents. Parce que je n'ai aucune preuve. Parce que si on en venait là, Ryouta devrait consulter un autre psychiatre pour témoigner et… Beaucoup de mes collègues sont fermés d'esprits et au final, ne connaissent rien au Syndrome Asperger. Rien que prononcer Aspies devant certains, c'est leurs parler chinois !
- … Aspi ?
Désolé, mais chez moi, un aspi, c'est un aspirateur…
- Aspies, c'est le nom qu'on donne aux personnes qui sont atteintes du Syndrome Asperger.
- Ah, ok. Ouais, je comprends ce que vous voulez dire, mais… On peut rien faire ? Comme, l'emmener loiiiin de tout ça ?
Elle me sourit pour toute réponse…
- Reste près de lui. Tu es son meilleur bouclier aujourd'hui, son pilier, son soutien… Tu le rends heureux ! J'espère sincèrement que sa situation changera un jour. Mais pour l'instant, on doit faire avec…
Un petit silence se fait, où je réfléchis un peu à tout ce qui a été dit. Je crois que je vais me taper un mal de crâne ce soir, trop d'infos d'un coup, je n'ai pas l'habitude…
Le docteur Miano se relève d'un coup et frappe un coup dans ses mains, comme pour faire la transition avec le sujet précédent. Ou pour nous réveiller, je ne sais pas.
- Bien, je vais t'expliquer les différents "stades" de la maladie de Ryouta si ça t'intéresse ?
- Bah ouais, carrément ! - Dis-je enjoué. Pourquoi je suis aussi content d'ailleurs ?! Aucune idée…
- Alors… Il faut savoir que quand j'ai rencontré Ryouta, je n'avais pas l'impression d'avoir un enfant de 10 ans en face de moi. Il ne communiquait pas, et j'avais vraiment peur qu'il reste non verbal. Il avait aussi beaucoup de mal à rester concentrer sur un point fixe, il était comme… Perdu. Complètement perdu dans un autre monde où personne n'a jamais voulu aller avec lui. Personne ne le comprenait et il ne comprenait personne. Ryouta n'était doté de la faculté d'imiter, j'ai dû lui apprendre avant de pouvoir commencer à l'aider.
- Pourquoi ?
Pourquoi ? Enfin… Ce n'est pas un singe Ryou, c'est quand même bizarre son truc !
- Quand on est enfant, les premiers réflexes que nous avons, c'est d'agir par mimétisme. Nous copions les faits et gestes, les paroles de notre entourage. Plus tard, celui des gens que nous rencontrons. Nous copions les normes sociales avant même de pouvoir y réfléchir. Sauf que, si comme Ryouta, tu n'y parviens pas, tu restes perdu dans un monde que tu ne comprends pas. Les faits et gestes des autres n'ont aucun sens pour toi. Au-delà de ça, nous copions également les émotions des autres. Quelqu'un rit, tu vas rire avec lui, quelqu'un pleure, tu vas te sentir attristé… Quand tu ne peux pas imiter, tu ne peux pas comprendre les émotions. C'est déjà une difficulté pour une personne autiste, de mettre un mot sur les émotions, de les comprendre, de lire les sentiments sur le visage des gens, de lire des expressions... Que si en plus, ils ne peuvent pas imiter, ils comprennent encore moins !
- Je vois ouais… J'avais jamais fait attention à ça.
- Je m'en doute, ce n'est pas une chose sur laquelle on réfléchit forcément. Donc, tout d'abord, je lui ai appris à imiter. Ensuite, j'ai continué avec la méthode Teacch. Ce programme est simple en fait, le principe est de délimiter des zones, des espaces visuels pour qu'il puisse comprendre que chaque chose à sa place, chaque chose en son temps… Tout à un emplacement et tout à une utilité. Cela permet de lui créer des repères dans ce monde qu'il ne connaît pas. Ensuite, avec cette méthode, on peut créer des plannings visuels, pour découper le temps. Cela permet de se dire : À telle heure, je dois faire ça, maintenant, je dois faire ça… Cela organise la journée de la personne. Pour faire court, ça permettait à Ryouta de trouver des repères dans l'espace et dans le temps. C'est le fait de créer une routine rassurante pour le patient, qui, au bout d'un moment, n'aura plus besoin d'aide pour savoir quand, comment, où et pourquoi il doit faire telle chose. Aujourd'hui, Ryouta n'a plus besoin de repères visuels, il a juste besoin d'avoir l'heure pour savoir quoi faire. Tu as dû remarquer qu'il a des horaires réguliers pour…
- Dîner, prendre la douche, dormir.
- C'est ça… Et tu sais qu'inconsciemment, tu as utilisé cette technique ?
- … Ah ?
- Son repère visuel, c'est le terrain de basket-ball. Quand il y va, il sait qu'il va te voir. Il vient toujours aux mêmes horaires. Quand vous voulez parler, vous vous asseyez. Quand vous jouez au basket, tu apportes ton ballon dans un sac. Quand vous faites autres choses, comme lire un livre, vous n'êtes pas sur le terrain, mais à côté. Pour aller manger, vous allez dans le parc… Si je ne me trompe pas et que je rassemble ce que Ryouta m'a dit, ça donne ça. C'est une forme du programme Teacch, chaque chose à sa place, chaque chose en son temps.
Donc en fait… Je suis un peu un génie de la psychiatrie sans le savoir ?!
- Ensuite, en parallèle, j'ai fait appel à la méthode PECS qui est un fait un système de communication par échange d'image. On commence avec de la communication non-verbale, en lui apprenant la signification des images. Par exemple, s'il me tend une image d'un bonbon, cela signifie qu'il en demande un. S'il me montre l'image d'un canard, ça veut dire qu'il en a vu un. Tu comprends ? Puis, petit à petit… Après un certain temps quand même, j'ai appris à Ryouta à parler. À construire une phrase. Je voyais bien qu'à force de parler, il comprenait très bien ce que je disais, mais ne parlait pas. On me disait quelquefois qu'il ne fallait pas que j'insiste, il allait rester non-verbal. Mais j'ai continué et… Ça a payé. Le premier mot que Ryouta m'a dit, c'était "Soleil". Je m'en souviens encore… Puis, après plusieurs années et un long apprentissage, Ryouta a vraiment commencé à s'exprimer. Au début, je devais toujours lui poser des questions pour qu'il parle, comme "Qu'est-ce que tu vois ? ", "Qu'est-ce que tu veux ? ", "Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui ? ".Puis ensuite, je lui ai appris à construire une phrase. Et aujourd'hui, je vois les progrès.
- Ouais, mais c'est fou, quand vous le racontez, ça n'a pas eu l'air si compliqué…
- … Tu rigoles ? Tu n'imagines même pas le nombre de crises de larmes que j'ai dû essuyer ! Au début, Ryouta s'en fichait, parce qu'il ne voyait pas l'intérêt. Puis il a compris qu'à l'aide des images, je le comprenais. On pouvait communiquer. Alors il y a mis beaucoup plus du sien, mais beaucoup de fois, il n'y arrivait pas et ça le frustrait beaucoup. Mais, tu sais… Tu as également utilisé cette technique.
… Génie, je le savais que j'étais un génie…
- Comment ?
- En montrant des photos, en l'aidant à lire un livre et en lui apprenant des nouveaux mots… Et tout simplement en parlant avec lui, en échangeant. C'est tout bête parfois, mais les gens n'y pensent pas ! Bref, la petite dernière, la plus longue, que j'utilise encore aujourd'hui avec Ryouta pour tout et n'importe quoi : la méthode ABA. Il s'agit en fait de mettre en place un projet de vie, visant l'autonomie, l'intégration sociale et professionnelle. C'est le fait d'apprendre au patient à demander les choses, à comprendre des instructions, être capable de jouer de façon adaptée, être capable de se comporter normalement en société, de construire des phrases comme il faut, de lire, d'écrire, de compter et d'être autonome à l'habillage, la toilette, l'alimentation… En résumé, c'est tout ce qui concerne le quotidien et l'apprentissage d'une personne. C'est tout ce qu'on apprend automatiquement à un enfant à qui on fait son éducation.
- Ouais, tout ce qu'on apprend quand on est gosse quoi…
- … Que Ryouta n'a pas appris. Oui, en quelque sorte. La complexité de la maladie, c'est qu'il faut TOUT expliquer. Mais vraiment tout. Si tu dis à Ryouta, "il ne faut pas faire ça parce que ce n'est pas bien", ce n'est pas suffisant. Il ne va pas comprendre tout seul pourquoi ce n'est pas bien, il faut expliquer en détail. Pour tout. Par exemple, pour l'habillage, je lui avais bien dit que son caleçon, il devait toujours le porter quand il portait un pantalon. Oui, bah, qu'il soit en pyjama, en short de bain ou autre, il portait un sous-vêtement en dessous. Parce que je n'avais pas précisé pour ces aspects-là. Ça a été la guerre pour lui faire comprendre, parce que je lui avais dit ça, donc il ne comprenait pas pourquoi je changeais d'avis !
Je rigole à ça… Ouais, c'est totalement son genre de faire ça !
- Enfin, bref. Est arrivé ensuite l'adolescence et le passage à la puberté. Il n'était pas question de pudeur quand il a été question de parler de sexualité. Quand je dis que j'ai été obligé de TOUT lui expliquer, ce n'est pas pour rire.
- Tout… Tout ?
- Tout. Détaillé. En long, en large, en travers. Et crois moi, ce n'est pas facile de parler masturbation à un garçon qui ne comprend pas encore le principe du désir.
Rougis pas, rougis pas… Et merde. Dis-toi que ça ne se voit pas, tu as gentillement hérité d'une peau bronzée, donc, ça ne se voit pas. Bon, vu son regard, si ça se voit. Mais n'y pense pas, voilà… C'est passé inaperçu. Voilà. Dans tous les cas, le docteur reprend sans faire de commentaire.
- Mais, il rentrait dans une période où, oui, il avait envie d'aller vers les autres, de se faire des amis, d'avoir quelqu'un avec lui, d'avoir du contact. Ce qui n'était pas forcément évident pour lui, puisque quand il était petit, il ne supportait pas le moindre toucher. Aujourd'hui, bien que toujours très sensible, il aime ça. Je dirais même qu'il en a besoin, ça lui permet de garder un contact avec le monde réel. C'est quelque chose de concret, si tu vois ce que je veux dire.
- Ouais, j'ai cru remarquer qu'il aimait bien le contact, surtout avec moi.
- … Serais-tu prêt à me parler sexe, Aomine-kun ? - Me demande-t-elle, malicieuse.
- NON ! Non, toujours pas, non ! - Dis-je en reprenant une couleur écarlate.
- Rho… Bref… J'en étais où ?
- Je ne sais pas… Mais quand vous dites, expliquer TOUT… C'est genre… Tout ?
- Oui, tout ! Mais ça a commencé très tôt, où j'ai dû lui expliquer le principe des parties intimes, du corps humain, de ce qu'on peut toucher ou pas, de ce qu'on peut montrer ou pas… Par exemple, on ne sort pas son sexe en plein milieu de la rue parce qu'on a envie de faire pipi, ça ne se fait pas. Quand je dis tout, c'est tout. Ryouta ne peut pas se contenter d'un "On verra" ou de "Ça dépend". Ce sont des notions qu'il ne peut pas assimiler ! Tiens, un exemple concret, et assez récent. Quand il t'a rencontré, il m'a posé beaucoup de questions sur le comportement qu'il devait avoir avec toi. Puis il est arrivé un moment où il m'a demandé "Comment on sait qu'on peut embrasser quelqu'un ? "... Question piège, non ? C'était tentant de répondre "ça dépend". Mais on ne peut pas. Il m'aurait obligatoirement demandé "ça dépend de quoi ?". Mais c'est difficile de trouver une explication à quelque chose qui reste flou pour lui. Si je lui parle d'émotions, il ne va pas tout comprendre. Si je lui parle d'expressions, de comportements d'autrui, il va encore moins comprendre ! Donc, j'ai vraiment dû décortiquer votre relation pour savoir s'il pouvait ou non essayer de t'embrasser, pour lui expliquer qu'il faut que ce soit un bon moment, où vous êtes seul… Ce n'était pas simple !
- … Vous êtes en train de me dire que ça faisait longtemps qu'il pensait à moi comme, plus qu'un ami ?
- Oh oui. Un bon moment déjà.
Je prends conscience d'énormément de choses. De un, si je veux faire en sorte que Ryouta prenne en autonomie, comprenne les choses, je dois lui expliquer. TOUT, lui expliquer. Ça va être difficile, mais je ne peux pas le laisser dans le flou. Si ça se trouve, des fois, il n'ose pas me poser des questions parce qu'il sait que je ne lui répondrais pas vraiment, et ça, je ne peux pas laisser passer ça. Ensuite, et bah… Ryouta m'aime. Depuis longtemps. Pourquoi je sens mon cœur qui s'emballe ?! Hey, oh , du calme Alfred !
- Oh et, je sais que tu ne veux pas parler sexe… Mais il faut vraiment qu'on en parle. Tu me disais tout à l'heure que tu n'étais pas prêt à t'imaginer en dessous. Je sais que vous n'en n'êtes pas arrivés là dans vos rapports intimes, mais il y a un jour où vous vous sentirez prêt à partager ça. Comme je te l'ai dit, Ryouta agit beaucoup par mimétisme aujourd'hui, parce que je lui ai appris comme ça. Tu te doutes que si tu le prépares… Tu as l'image, je ne te fais pas un dessin… Mais que lui ne peut pas faire la même chose, il ne comprendra pas pourquoi. Pourquoi, toi, tu peux, mais pas lui ? ... Tu vois où est le problème et pourquoi il faut que vous en parliez et que tu lui expliques les choses ? ...
- …
En gros… Je résume… Je dois expliquer à Ryouta pourquoi moi, je peux lui mettre un truc dans le cul, mais que lui ne peut pas le faire sur moi ? … C'est délicat, non ? Surtout que je ne sais pas vraiment pourquoi je ne veux pas ! Enfin, si, je n'ai pas forcément envie… Enfin, non, mais voilà quoi ! C'est gênant ! … Mais ça l'est peut-être pour Ryou aussi ? Arggh ! J'en sais rien ! Je veux... Ah, je ne sais pas !
- … Ne te prends pas la tête avec ça maintenant, Aomine-kun. Prends le temps d'y réfléchir, tu n'es pas obligé d'en parler à Ryouta du jour au lendemain. Prends le temps de connaitre tes limites également. Et si besoin, je lui expliquerai. Ce n'est pas évident pour toi non plus, j'en ai conscience, tu débarques un petit peu sur une nouvelle planète. Bon… Comment tu te sens après avoir reçu ce débit d'informations ?
- … Paumé ?
On se regarde tous les deux comme des cons.
- ... Je n'imaginais pas ce genre de réponse…
- Non, mais… J'étais persuadé que je touchais au but de comprendre comment fonctionnait Ryouta, sa maladie, tout ça… Et là, j'ai l'impression que je ne savais rien, et que je suis encore loin de tout savoir…
- On en apprend tous les jours Aomine-kun. Moi-même, j'apprends encore !
- Ouais, mais j'ai l'impression de me poser encore plus de questions…
- C'est normal. Et c'est bien. Il faut que tu restes curieux, c'est une qualité ! Si tu te poses plus de questions, tu feras plus attention aux détails, au comportement de Ryouta, et c'est là que tu pourras vraiment l'aider. N'oublie pas ça, ce n'est pas mal de se poser des questions.
Je ne suis pas sûr d'approuver totalement ce qu'elle dit… Mais en même temps, je préfère sa version à la mienne…
Une nouvelle fois, j'entends plus que je ne vois le docteur frapper dans ses mains pour faire la transition. Mais vu l'heure, je dirais plutôt que c'est pour finaliser cette rencontre.
- Bien ! On parle, on parle, mais le temps passe ! Nous allons devoir nous laisser là-dessus Aomine-kun. Si tu as des questions, des remarques ou même que tu as envie de rire un peu avec des anecdotes sur Ryouta, n'hésite pas à m'envoyer un message. Si tu as besoin de parler, sache également que tu peux également me joindre. N'hésite pas non plus à parler et à questionner Ryouta, il pourra également te répondre sur beaucoup de choses. C'est bien que tu sois là pour lui, mais laisse le être là pour toi.
Je réfléchis à ce qu'elle me dit. En la regardant bien, je me dis qu'elle doit savoir des choses sur moi que je ne lui aurais jamais dit de moi-même. Son regard me sonde, et j'ai l'impression qu'elle veut me dire quelque chose. Mais elle se retient.
Je me lève, avant de la saluer. Elle me demande de revenir de temps à autre, sans avoir à me forcer éventuellement.
Je commence à refermer la porte derrière moi pour laisser la place à un patient, mais j'entends la voix du Docteur Miano me retenir une dernière fois.
- Aomine-kun ?
- Hum ?
- … La prochaine fois qu'on se verra, j'aimerais qu'on parle de toi, si ça ne te dérange pas. Je pense qu'il y a beaucoup de choses que tu n'oses pas dire. Des choses qui ne semblent pas être très agréables pour toi. C'est humble de ta part de ne pas vouloir inquiéter ton entourage, mais c'est stupide de se détruire par fierté. N'oublie pas ça.
