Bonjour, bonsoir à tous !

Je vous livre aujourd'hui le chapitre 16 de "Son monde à lui" !

J'avoue que cette fois, je n'ai pas grand chose à dire... Je commence à avoir quelques chapitres d'avances, donc j'espère ne pas à avoir vous faire patienter autant pour le prochain chapitre !

Merci à Hiaokyo, Haru-Carnage, Sazawen, Oohfemmeluxieuse, Futae, Neko Tenshi, Archess84, Cookiiie et Yume no Kagi pour les reviews !
Merci à ceux qui suivent ou mettent en favoris cette fiction.

\!/ Warning : Certains propos ou gestes peuvent être choquant dans ce chapitre. Je préfère prévenir, puisque comme ce genre d'événements sont très fréquents et que j'ai l'habitude de fréquenter ce genre de comportement, je n'arrive plus forcément à doser. J'espère que vous comprendrez. On se retrouve en bas de page pour une "petite" note ! Je ne vous oblige pas à la lire, ce n'est pas utile pour la suite de l'histoire.

Sur ce, Bonne lecture !


Réponse à Neko Tenshi : Merci pour ta review ! C'est vrai que c'est triste pour Daiki de ne pas avoir d'adversaire à sa taille, mais comme tu dis, il avait quand même une motivation pour ce match ! Tu es la première personne je crois à pointer cet aspect du chapitre ^^ Imayoshi et Wakamatsu ne sont pas tendre avec le petit couple, en effet, mais ce ne sont pas les premiers et ce ne seront sûrement pas les derniers à trouver quelque chose à redire ! Je suis contente que la fin du chapitre t'ai plu ! La suite risque d'être compliquée effectivement, c'est peu de le dire ^^' J'espère que tu apprécieras la suite et je te dis à la prochaine !


~ CHAPITRE 16~


- Dai-iki !

J'ai à peine le temps de poser mon sac que je sens Ryouta me foncer dessus. Bon, au moins, il a l'air content de me voir ! En même temps, nous ne nous sommes pas beaucoup vu ces derniers temps…

Plusieurs semaines se sont passées depuis le week-end où Ryou est venu à la n'avons pas pu nous revoir comme je le voulais ensuite. Ma mère était la plupart du temps à la maison, avec ses congés et tout ça, donc je n'ai pas pu faire en sorte qu'il vienne. J'ai compris la dernière fois, que c'était mieux pour tout le monde quand on était que tous les deux. On s'est vu, hein, mais question intimité, on repassera. Ça me rappelle un peu nos débuts de couple, mais bon, c'est pas ce qu'on préfère, ni lui, ni moi.

J'ai la drôle d'impression que ma mère le fait un peu exprès de ne pas me laisser la maison. Je deviens peut-être parano, mais bon… Son comportement ne change pas malgré toutes les promesses qu'elle peut me faire et je me demande de plus en plus ce qu'elle pense réellement de ma relation avec Ryouta.

Sinon, je n'ai pas revu le docteur Miano depuis notre discussion. Le fait qu'elle veuille parler de moi m"angoisse, parce que je ne sais pas ce qu'elle sait, ce que Ryouta a pu dire à propos de moi. Donc, je n'ai pas forcément envie d'y retourner. Mais j'ai quand même réfléchi à tout a, à ma situation et à ce qu'il se passe et… Ouais, il y a des trucs qui me soulent, mais comme tout le monde, pas de quoi en faire toute une histoire. Si ?

Ouais, bon, ok, Satsu a essayé de me parler de ma mère aussi. J'ai compris, c'est bon. Mais, j'essaye de me persuader que ma mère ne peut pas être comme ça. Elle me l'a dit, elle tolère, alors pourquoi tout le monde pense qu'elle n'accepte pas du tout la situation ? Ça me prend le choux, sérieux, j'essaye d'analyser, de voir où est-ce que ça cloche, je ne vois rien. Ouais, y a des moments où c'est pas super sympa ce qu'elle fait, mais elle m'a pas jeté de la maison non plus. Donc, y' a pas de mal. J'ai l'impression de m'embrouiller moi même, là, non ?

Puis d'autres problèmes sont entrés dans le jeu. Les rumeurs vont vite, très vite, et je ne l'ai jamais aussi bien compris que depuis ce lundi matin où je suis arrivé au lycée et que tout le monde faisait des messes-basses à mon passage. Personne n'a vraiment osé venir me voir en face, ce qui est presque plus dérangeant. Et, quand j'allais voir des mecs pour leur demander où était le problème, ils se pissaient dessus. Mais je sais de quoi ça parlait. Pourquoi je suis le centre d'attention. Je ne suis pas débile. Heureusement que Satsu était là pour m'empêcher de péter des câbles.
Les seuls qui en parlaient, c'était les gars de l'équipe. Mais ils se sont calmés, voyant que de toute façon, je ne réagissais plus. Qu'ils parlent, je m'en fous.

Bref, la saison de basket est presque terminée, ce qui devrait me laisser le temps pour voir Ryouta ! Mais non. Parce que, qui dit fin de saison, dit examens en approchent ! Et même si je n'ai pas forcément envie de m'y mettre… Disons que Satsu me colle pas mal au bask. On est déjà en mars et le mois prochain, je passe en deuxième année, normalement. Ça va être folklo…

Concernant Ryouta… Tout va bien, je crois. Sumi va et vient, d'ici et là, mais elle n'a pas trop l'air de foutre le bordel. Germaine, je ne l'ai pas recroisée, mais apparemment, c'est comme d'habitude. Toujours pas de nouvelles des parents… Ouais, je pense que lui ça va. Il se plaint beaucoup du fait qu'on ne se voit pas. J'essaye de lui expliquer ma situation, mais c'est assez difficile vu qu'il n'a jamais eu affaire au système scolaire. Mais il accepte.

J'écoute distraitement Ryouta qui me raconte des choses et d'autres, tout en pensant aux événements des dernières semaines. Nous sommes assis, en plein milieu du terrain. Ryouta n'a pas forcément envie de jouer, qu'il m'a dit. Mon attention se porte particulièrement sur ses gestes. Il ne fait pas de grands gestes comme d'habitude et pose régulièrement sa main sur son bras. C'est bizarre...

Je continue de l'écouter tout en faisant attention à ça. Mon instinct me dit qu'il ya un problème et rapidement, une sonnette d'alarme retentit dans ma tête.

Ryouta porte un pull. En hiver, c'était presque si sa famille ne le laissait pas sortir à moitié à poil par -10°C. Là, il fait bon, mais il porte un pull.

- Ryouta… Qu'est-ce qui se passe ?

- Hum ? Rien, je parlais ! - Me dit-il, surpris.

- Je sais, et je t'écoute, mais quelque chose me semble bizarre…

- Je comprends pas…

Je m'inquiète peut-être pour rien… J'ai vraiment l'impression de devenir parano et de voir le mal partout. Ça se trouve, il a juste un peu froid. J'en sais rien…
Je l'attire doucement vers moi, lui laissant toujours le choix de nos rapprochements, et il monte sur mes cuisses pour faire un câlin. Je passe mes bras autour de lui et le serre contre moi. Je passe mes mains sur ses côtes et lui caresse gentiment les flancs.

Faut que j'arrête de m'inquiéter pour un rien, ça ne me va... pas ? C'était quoi, ce couinement ?

Je le sens se raidir contre moi lors d'une caresse un peu plus poussée. Je l'éloigne de moi et reproduis le même geste. Je vois son visage se tordre sous la douleur.

- Dai-i-ki…

Je ne me pose pas plus de question et soulève ses vêtements pour voir ce qu'il me cache. Un bleu ! La taille de mon poing facilement.

- Faut pas dés-ha-biller en public Dai-i-ki…

Je ne lui réponds même pas et prends son bras pour l'examiner. Il est assez surpris de mon comportement, je dois sûrement lui faire peur, mais là, il faut que je vérifie.

Bingo. C'est ça qu'il touchait depuis tout à l'heure. Un bleu qui vire très rapidement vers le violet, jaune.

- Qu'est-ce que c'est Ryou ?

Il baisse la tête et je vois que des larmes commencent à se former aux coins de ses yeux. Il essaye de se défaire de ma prise pour se gratter compulsivement, pour se faire du mal ou pour s'éloigner de moi, je ne sais pas, mais je l'en empêche. Je ne peux pas laisser passer ça, ce n'est pas possible. Putain, mais merde, comment il s'est fait ça ?!

- Ryouta, qu'est-ce que tu t'es fait ?

J'essaye de garder un ton doux alors que des horreurs sont en train de me passer par la tête. Et j'espère sincèrement que je me trompe, qu'il est tombé, qu'il s'est pris un coin de meuble, n'importe quoi, mais je prie pour que ce ne soit pas ce à quoi je pense.

- C'est… je… Sumi a dit que j'étais un menteur !

Hein ?

- Ryouta…?

- Sumi… C'est Sumi… Elle a dit que j'étais un menteur ! Mais je mens pas moi !

- Pourquoi elle t'a dit ça Ryou ? - Dis-je en lui passant les mains dans les cheveux pour garder le contact visuel.

- Parce que… Parce que j'ai dit que j'avais un amoureux. J'ai dit que je sortais pour voir mon amoureux. Et Sumi, elle a dit que j'étais un menteur ! Nani, elle a dit elle, que je mentais pas ! Mais Sumi, elle croit pas.

C'est très louche son histoire… C'est quoi le rapport avec les marques qu'il a sur le corps ? J'avais déjà compris que Sumi était une sacré garce et autant dire que le comportement de Germaine me surprend, mais… Le rapport ?

Pitié, dites moi que je me trompe… Je respire un grand coup avant de me lancer.

- Ryou… Est-ce que c'est Sumi qui t'a fait ça ? - Dis-je en montrant la marque sur son bras.

Ryouta prend son bras dans sa main, comme pour cacher et faire disparaître la marque. Il appuie dessus et couine à cause de la douleur. Je lui reprends la main pour qu'il arrête ça.

- Ryou… Qui t'a fait ça ?

- C'est Sumi. Elle a dit que j'étais un menteur et elle a tapé.

Mes yeux s'agrandissent d'effroi pendant que je le serre contre moi. Merde, mais non ! Dites moi que c'est une blague ?! Une putain de mauvaise blague ! Je suis censé faire quoi là, hein ? Appeler les flics ? L'interdire de rentrer chez lui ? Ouais, c'est bien beau ça, mais ça s'appelle une fugue ou un kidnapping. J'appelle quelqu'un ? Le docteur Miano ? Nan, elle est au courant. Putain, elle est au courant ! Et on ne peut rien faire… Mais c'est pas possible on ne peut pas laisser passer ça !

- Dai-i-ki…

Je ne me suis pas rendu compte que je le fixais depuis tout à l'heure et qu'il commence à s'inquiéter de ma réaction. Je le serre contre moi et pose sa tête dans mon cou… Dites moi ce que je suis censé faire…


Je n'ai pas eu le choix. Hier soir, je l'ai ramené chez lui. Je lui ai promis qu'on se reverrait aujourd'hui et le plus tôt possible pour ne pas qu'il croise trop sa soeur. Je flippe. Je n'ai quasiment pas dormi de la nuit à force de réfléchir à cette histoire. Et je suis toujours autant paumé. La réaction la plus simple serait d'appeler les flics. Mais comme me disait le docteur Miano, si c'est pour qu'il finisse je ne sais où, avec je ne sais qui, sans plus aucun repère et tout aussi maltraité, ça sert à quoi ? Je me suis dit que je pouvais le ramener chez moi… Mais ma mère… Elle n'acceptera jamais, même dans ces conditions…

Je suis sur le terrain de basket. J'ai pris un peu d'avance pour être sûr d'être là quand Ryouta arrivera. Le problème… Le problème, c'est qu'il n'est toujours pas là. Il a quoi ? 2 minutes de retard ? Techniquement, ça peut arriver à tout le monde… Mais Ryouta est très à cheval sur les horaires. La routine, un besoin… Tout ça.

Je ne remarque que maintenant que je suis en train de me ronger les ongles. Si par dessus ça, je deviens un angoissé de la vie, ça sera le pompon tiens !

Je sens mon portable vibrer dans ma poche.

- Ryouta ?

- …

J'entends des pleures de l'autre côté du téléphone.

- RYOUTA ? T'es où ? Qu'est-ce qui se passe ?!

- Je… Je…

- Du calme Ryou, dis moi ce qu'il se passe...

Je l'entends renifler et reprendre sa respiration.

- Dans ma...Dans ma chambre… Dai-i-ki… Je suis puni…

- Pourquoi Ryouta ? Qu'est ce qui s'est passé ?

- C'est Sumi… Elle a dit… Elle a dit que j'ai menti et elle m'a dit de pas sortir. Elle veut pas je vienne Dai-i-ki...

Putain, je vais me la faire !

- Ryouta… Ryouta, tu m'écoutes ? Je vais venir. Tu ne bouges pas, je vais régler ça.

Je prends mes affaires et cours vers la maison de Ryouta. Je suis vraiment pas loin, et j'ai l'impression d'arriver devant sa porte en quelques foulées.
Je n'hésite même pas une seconde avant de frapper comme un dératé sur le porte en bois. Quitte à m'exploser la main, je ne partirai pas avant qu'on m'ait ouvert.

Une jeune fille que je n'ai jamais vu ouvre la porte. Blonde, les mêmes traits que Ryouta… Putain les parents ont utilisé une photocopieuse ou quoi ?

Bordel, mais c'est pas le problème ! Aucun doute que c'est Sumi que j'ai en face de moi. Elle me voit, remet ses cheveux en place avant de se caler contre le chambranle de la porte. Elle me détaille de haut en bas avant de me faire un sourire à la con. Je rêve où elle me fait du gringue ?

- Oui, c'est pour quoi ? - Me dit-elle d'une voix mielleuse.

Alors là, ça ne va pas se passer comme ça, ma grande.

- Je viens voir Ryouta.

Elle me regarde surprise.

- Il n'y a personne de ce nom ici… Mais si tu veux entrer pour discuter un petit peu, y'a pas de…

- Te fous pas de moi, je suis déjà venu.

Je ne prends même pas le peine d'être sympathique en passant la porte en la bousculant. Permission ? Je m'en fous. Là, elle a intérêt à faire clairement très attention à ce qu'elle dit.

- Mais… Je te dis qu'il n'y a pas de Ryouta ici !

Je m'avance dans la maison jusqu'à atteindre le salon. Je vois Germaine descendre les escaliers et s'arrêter net en me voyant. Et ouais, surprise, c'est moi !
Vu mon regard, elle doit savoir que je connais la situation et que là, c'est la merde.

- Mais qui es-tu ? Comment oses-tu te permettre d'entrer comme ça chez les gens ?!

- Et toi, comment oses-tu lever la main sur Ryouta ?!

Ça y est. Elle comprend. Son regard change du tout au tout et elle me lance un regard noir.

- Qui es-tu ? - Me demande-t-elle encore une fois en mettant bien le ton sur chaque mot qu'elle prononce.

- Aomine Daiki. Je suis le copain de Ryouta. Appelle le avant que j'aille le chercher moi-même.

Je me retourne en entendant du bruit dans les escaliers. Ryouta apparaît dans la pièce derrière Germaine et se met à courir vers moi en me voyant. Il se jette dans mes bras, heureux de me voir. Je lui avais dit que je viendrais, je ne lui ai pas menti.

Je vois aux réactions des deux soeurs qu'elles ne s'attendaient pas à ça. Surtout Sumi. Rien que son nom me file la gerbe.
Le silence se fait depuis l'arrivée de Ryouta, juste entrecoupé de ses reniflements.

- C'est une blague ? Dites moi que c'est une putain de blague ! NON, MAIS JE RÊVE !

- Je mentais pas ! - Intervient Ryouta.

- Oh, toi, on t'a rien demandé le gogole ! D'où tu as quelqu'un ?!

Je pose ma main sur la tête de Ryouta pour qu'il se retourne vers moi et qu'il ne fasse plus attention à ses soeurs. Je lance un regard noir à Sumi, prêt à répondre et à lui casser la gueule s'il faut.

- Fais pas comme si tu étais surprise, on arrête pas de te le répéter.

Quoi ?! Attends là, pause. C'est Germaine qui vient de parler ? C'est bien LA Germaine qui vient de prendre la défense de Ryouta ? Mais c'est le monde à l'envers ?!

- Non, mais non ! Depuis quand tu le laisses sortir ? Pourtant tu le sais Nanami qu'il ne faut pas le laisser sortir !

Attends, est-ce que quelque chose de gentil va sortir de cette horrible bouche ?

- T'imagines, si des gens le voie ? Est-ce que tu imagines la honte sur la famille si des gens apprennent qui il est ?!

Oh non, c'était trop espérer…

- Et puis même, c'est dégueulasse ! Comment tu as pu le laisser faire ça Nanami ?! Tu n'as aucune conscience ?! Et toi ! Oui, toi, Aomine ! Tu n'as pas l'impression de faire une connerie là ? Tu ne te rends pas compte que tu bousilles la vie de tout le monde en faisant… ça ? - Me désigne-t-elle en pointant du doigt mon amant d'un air dégoûté.

Pour toute réponse, je passe un bras autour de la taille de Ryouta et souris mesquinement à Sumi.

- Non, mais cautionner son handicap, on aura tout vu…

- Comme s'il l'avait choisi… - Répond Nanami.

- Oh, il ne fait rien pour changer ça ! Je suis même sûre qu'il le fait exprès ! Et même que…

Je n'écoute plus. C'est juste un flot de conneries. Je me concentre sur Ryouta qui a posé sa tête sur mon épaule et qui tapote sur mon torse, un air triste collé sur le visage. Je l'éloigne et le tire à ma suite vers sa chambre. Hors de question qu'il reste ici une minute de plus à écouter ces insultes.

Une fois arrivés dans sa chambre, il se tourne vers moi.

- Qu'est-ce qu'on fait Dai-i-ki ?

- On va prendre tes affaires, et on va sortir tous les deux, comme c'était prévu.

- Mais je suis puni Dai-i-ki…

… Est-ce que j'ai besoin de faire un commentaire ?

- Non, tu n'es pas puni. Je lève ta punition et je t'emmène avec moi ! - Lui dis-je avec un grand sourire. - Prends une veste et tes chaussures, on va aller se promener, prendre l'air un peu. Tu es d'accord ?

- Hum ! D'accord, d'accord ! Avec Dai-i-ki ! Comme c'était prévu.

Je lui souris pour toute réponse en le regardant se préparer. Même d'ici on entend les cris de Sumi qui hurle ce qu'elle pense à celui qui veut l'entendre. C'est bête, je crois que personne ne l'écoute. Elle me ferait presque pitié.

Je repense à Nanami qui a pris la défense de Ryouta. Oui, je l'ai appelé Nanami, pas Germaine. Est-ce que le Docteur Miano avait raison ? Est-ce qu'au final, elle n'a pas subi la situation de Ryouta comme lui ? Est-ce que j'aurais mal compris toute l'histoire et qu'il faut que je reprenne tout depuis le début ? J'ai l'impression de passer le temps à me planter en ce moment, donc un peu plus ou un peu moins ne m'étonnerait pas plus que ça. Mais elle a quand même laissé Ryouta seul tout un week-end. Elle le laisse sortir comme ça, parfois sans manteau dans le froid. Elle m'a clairement dit la première fois qu'on s'est vu que Ryou était un gogole. Je ne comprends plus rien...

Ryou se pose devant moi et me prend la main.

- J'ai fini !

Je regarde rapidement s'il a vraiment tout pris et un sourire se dessine au coin de mes lèvres.

- Tes lacets Ryou… Tu n'as pas fait tes lacets…

- Oh…

Il regarde ses pieds et voit qu'effectivement, il a oublié ça. Il se baisse et met ses lacets dans la chaussure, sans les faire.

- Ryouta, pourquoi tu ne les fais pas ?

- C'est Nani qui les fait ! Après je les mets dans la chaussure ! Mais j'ai enlevé et je sais pas refaire…

… Je n'ai jamais fait attention à ça. Même quand il venait chez moi, et mettait ses chaussures et je n'ai jamais regardé si ses chaussures étaient lacées.
Je me baisse pour pouvoir lui faire, je prendrais le temps de lui apprendre plus tard. Là, ce n'est pas vraiment le moment.

Une fois fait, je lui reprends la main et me décide à retourner dans le salon. Les voix de Sumi et Nanami se font entendre et je ne prends même pas la peine d'écouter ce qu'elles disent. ça pourrait être important, mais j'ai comme le sentiment qu'il ne vaut mieux pas que j'écoute ce qu'elles disent. ça va m'énerver plus qu'autre chose. Le seul truc que je prends en compte c'est : Sumi est une belle connasse, Nanami prend la défense de Ryouta malgré tout.

On arrive comme des fleurs dans la pièce, on passe à côté d'elles et j'entends la conversation se stopper. Je me retourne vers elles et leurs explique la situation.

- J'embarque Ryouta pour la journée.

- SÛREMENT PAS !

- Trop tard, considère qu'on est déjà parti ! Nanami, si tu veux venir…

Je la vois hésiter puis reprendre un air dur, comme pour se convaincre elle-même. Ou quelqu'un d'autre.

- Comme si. J'ai autre chose à faire.

- Ah bah quand même, tu n'as pas totalement perdu la raison !

- A plus tard... - Dis mon amant, faiblement.

- TAIS TOI ! - Lui répond Sumi, à la limite de lui jeter un truc à la gueule.

J'hausse les épaules et tire doucement Ryouta à ma suite et on sort de cette maison de fous. Là, je peux respirer. Je soupire, tout en m'éloignant de la maison pour nous diriger vers le parc. Pas de basket, là, je n'ai pas forcément envie.

Sur le chemin, on discute tous les deux. J'essaye de lui faire comprendre qu'il ne faut pas qu'il écoute ce que dit Sumi, qu'elle a tort sur toute la ligne et que s'il a besoin de parler de ça, je suis là. C'est le moindre que je puisse faire…
Il a un air tout triste sur le visage. ça ne me plaît pas. J'ai l'impression qu'il comprend les mots de l'autre garce, mais ne sait pas pourquoi elle lui dit ça.

Je le prends dans mes bras. Je sais qu'on est en plein milieu de la rue et que des passants peuvent nous voir. Qu'ils regardent, ça n'a pas d'importance…
Je prends son visage en coupe et l'embrasse avec tout l'amour que j'ai pour lui. Non, depuis la dernière fois, je ne sais toujours pas s'il est sensible à ça. Mais je préfère penser que oui. Il me rend mon baiser et je le sens serrer mon haut comme pour m'empêcher de partir.

Je commence à me séparer doucement de lui, mais il n'a pas l'air d'accord. Il reprend mes lèvres d'assaut avec toute la tendresse dont il est capable. Je crois que si, il est sensible à ça. Ou il reproduit ce que je fais, je ne sais pas. Dans tous les cas, je sais qu'on profite tous les deux de ces marques d'affections dont nous avons grandement besoin.

On finit quand même par se séparer pour reprendre notre souffle. Je pose mon front contre le sien et caresse ses joues de mes deux mains. Qu'importe les autres, à nous deux, on va s'en sortir…

Nous reprenons notre marche, main dans la main, en souriant comme deux idiots. Je suis assez fier d'avoir rendu son sourire à Ryouta, je ne le cache pas…
J'entends des bruits de pas précipités derrière nous, et je ne sais pas ce qui me prends, mais je décide de me retourner pour voir.

On se regarde, un peu confus. Elle tourne la tête vers la droite pour couper le contact visuel entre nous.

- J'ai dit à Sumi que j'allais faire des courses et rejoindre des amies.

Je regarde Nanami en face de moi qui ne sait pas forcément ou se mettre.

- Je crois que j'ai besoin d'explications, parce que là, je comprends que dalle

- Nani vient avec nous ? - Me demande Ryou en me regardant et en se serrant un peu plus contre moi.

- Ouais…

Je lui indique d'un signe de la tête de nous suivre. Je ne pense pas que le trottoir soit le meilleur endroit pour discuter de tout ça. Ryouta me tient la main et s'accroche à mon bras droit et Nanami se tient à ma gauche.

Le silence se fait. Le contraire m'aurait étonné. Mais heureusement, nous ne sommes vraiment pas loin du parc et nous nous installons sur un coin d'herbe où il n'y a personne. Je m'assois et Nanami en fait de même, à une certaine distance de moi. Ryouta, lui, a l'air d'en avoir décidé autrement.

- Je vais là-bas !

Cette situation me ramène quelques semaines en arrière, pendant l'après-midi avec la GM. Ryouta a bien compris que je voulais discuter avec sa soeur. Et je pense qu'il a besoin de se retrouver un peu seul aussi, au calme. Il me montre le petit coin d'eau, où d'ici, je peux voir des canards. Je crois que Satsu lui a filé son intérêt pour les piafs. Il m'embrasse, malgré la présence de sa soeur et s'en va.

- Il a toujours aimé regarder les oiseaux et le ciel. J'ai jamais capté pourquoi, mais il trouve un intérêt à des choses qui pour nous, sont banales. C'est comme ça, j'ai arrêté de chercher à comprendre.

- Je crois qu'il y a beaucoup de choses que tu as arrêté d'essayer de comprendre. Depuis longtemps. Je te le dis tout de suite, on va pas se regarder dans le blanc des yeux 707 ans, je pense que tu sais de quoi je veux qu'on parle.

Je pense qu'elle a bien assimilé, j'aurais pas besoin de lui répéter deux fois. Elle grimace et se craque les doigts de la main droite avant de retourner son attention vers moi.

- Tu veux savoir quoi ? L'histoire de notre famille ?! Je te fais pas un dessin, Ryouta n'a jamais été accepté. Les parents l'ont toujours totalement ignoré à part pour se foutre de sa gueule ou trouver une solution pour l'abandonner. C'est une sous-merde pour eux, point barre. C'est moi qui a toujours été obligée de m'occuper de lui. Ils en avaient que pour la fille parfaite. - Dit-elle avec une mimique dégoûtée.

Je le savais. Ouais, je le savais déjà, mais je ne l'avais jamais entendu avec des mots comme ça. Au final, le docteur Miano est restée assez vague dans ses explications. Là, la frangine ne pèse pas ses mots. Je reste curieux dans savoir plus.

- Développe. Comment ça tu as été obligée de t'occuper de lui ?

- J'avais 6 ans quand Ryouta est né. 10 ans quand on a compris qu'il y avait un truc qui n'allait pas chez lui. Ryouta, c'était un peu l'enfant inespéré, tu vois ? Le garçon qu'ils ont toujours voulu. Ouais, bah, pas de bol, il était pas comme ils le voulaient. Alors ils ont tourné toutes leurs attentions sur Sumi. L'enfant prodige qui réussissait dans tous. Elle a rien de plus que les autres, hein, c'est juste une sale garce. Mais voilà, rapidement, Ryouta et moi, on n'existait plus. J'avais beau ramené toutes les bonnes notes du monde, être la plus irréprochable possible, tout le monde s'en foutait. Les domestiques qu'on avait étaient aux ordres de la douce et gentille Sumi, et éventuellement de moi quand je les suppliais de m'aider à faire prendre un bain à Ryouta. Ou de lui faire à manger, ou un truc comme ça. Je comprenais pas moi, quand j'étais gamine, pourquoi Ryouta ne parlait pas, n'agissait pas comme moi, tout ça. J'étais pas en âge de m'occuper de quelqu'un d'autre que moi-même. Puis on me disait : "T'occupe pas de lui, il doit apprendre tout seul", "Tu restes avec lui aussi, comment on peut espérer quelque chose de toi ?", "Tu vas finir comme lui !"... "Considère qu'il n'existe pas". Sauf que je pouvais pas faire ça ! C'est mon frère bordel !

Putain…
Je parviens à deviner plusieurs émotions dans ses phrases. L'empathie pour Ryouta, le mépris pour l'aînée de la famille, l'incompréhension pour les domestiques et l'ironie, pour la situation dans laquelle elle a été.
Mais… Ceci n'explique pas cela. Certes, ça n'a pas dû être facile tous les jours. Les mots de sa famille ont dû avoir des répercussions sur elle. Sauf que...

- Je comprends vraiment pas… Tu dis t'occuper de lui, mais tu le laisses seul un week-end, sans aucun scrupule et tu me dis que c'est un gogole…

- Imagine, tu ne peux pas parler à tes amis de ton frère. Personne ne sait qu'il existe. Personne ne doit le "voir" avec toi. Y a que Charles qui est arrivé y a quelques années qui m'aidait ! Et le docteur qu'il voit là…

- Le docteur Miano ?

- Ouais… Bref, la première fois qu'on s'est vu, je venais de me faire larguer par mon mec. Et tu sais pourquoi ? Parce que je lui ai dit que mon frère était autiste et qu'il ne voulait pas de ça dans sa famille. Il voulait pas de gènes pourris, tu vois ? Donc, ouais, j'avais la haine. Avec du recul, c'était pas contre Ryouta ni contre toi, il y est pour rien quoi, mais sur le coup… Disons que t'étais là au mauvais moment.

Ok, sympa le gars. J'ai juste envie de lui dire qu'il a bien fait de se barrer, que c'était un abrutis, mais j'attends de voir la suite pour compatir à son malheur.

- Et pour le week-end ?

- J'ai été embarqué. Je voulais pas au début, mais j'ai rien pu expliquer à Ryouta que j'étais déjà avec mes amies. Je ne pouvais prévenir personne. Je ne savais même pas que t'étais proche à ce point de Ryouta à ce moment là !

- Ok...

Putain. C'est encore un bordel monstrueux.

- Tu sais… Je m'en suis voulu. Je voulais partir de cette soirée et revenir à la maison. Je ne pouvais pas… Puis quand elles sont venues, elles ont vu personne chez moi, ça aurait été bizarre que j'appelle sur le fixe ! Puis Ryouta n'a pas le droit de répondre au téléphone…

Son explication reste un peu bancale quand même. Je veux dire… Elle aurait pas mal de façon de prévenir son frère où dans tous les cas, de trouver une excuse. Mais elle ne l'a pas fait.

- … Je peux pas m'empêcher de douter de ce que tu dis. T'as vu comment tu m'as parlé au téléphone ce jour là ? De ce que tu as dit de lui ? Puis tu voulais qu'il s'excuse !

- Je sais ! Mais je te rappelle que je savais pas qui t'étais vraiment et que tu venais de t'incruster chez moi, avec mon frère ! Si tu voulais faire le con, ça t'aurais peut-être dissuadé ! Puis, j'allais pas bien t'accueillir chez moi, sans connaître tes intentions et te donner le code wifi et mon numéro de carte bleue non plus ! Et pour les excuses… C'est entre lui et moi, il sait pourquoi. J'ai pas forcément apprécié qu'il me dise que je ne faisais rien pour lui, qu'il était toujours tout seul et qu'heureusement, toi, t'étais là. J'ai toujours eu l'impression de tout lui donner et là…- Finit-elle de dire en serrant les dents.

- Ouais, je vois…'Fin, après je pense que t'as beaucoup de mal à t'exprimer aussi…

Je trouve ça drôle que ce soit moi qui dise ça…

- Mais genre, pourquoi tu veux pas qu'il écoute de musique ?

- De quoi ?

- Il a dit que tu ne voulais pas qu'il écoute de la musique…

Elle se tape le front de sa paume. Ok, je crois qu'il y a un malentendu.

- Je ne sais pas si c'est toi ou lui qui a mal compris, mais je ne lui interdits pas d'écouter de la musique ! Au contraire, il adore ça ! Mais je ne veux pas qu'il aille tout seul sur les sites de vidéos en lignes. Si c'est pour qu'il se perde et tombe sur des trucs qu'il ne doit pas voir, c'est hors de question. Ou qu'il écoute des chansons du style "Fuck me, lick me, move your ass bitch". Non. C'est juste non.

Je pense qu'il y a des trucs qui sont vrais. Je vois pas pourquoi elle mentirait. Mais quand Ryouta me dit qu'elle n'est pas toujours gentille, ça ne m'étonnerait pas. Elle a l'air assez bourru comme nana et un pet de travers, elle te rentre dedans. Même si j'ai du mal à comprendre comment on peut faire du mal à Ryouta, je ne pense pas que ce soit son but, loin de là. Elle ne fait pas exprès, c'est juste… son caractère ?

- Et pour le fait qu'il aime les mecs ?

- Hein ?

Ouais, je sais, j'énumère presque tout ce que j'ai à lui reprocher. Autant tout faire d'un coup et repartir sur de bonne base, si j'en vois l'utilité. Je ne sais pas si je pourrais la revoir comme maintenant pour avoir des explications. Alors, tout ce qui me passe par la tête, je le dis…

- Le fait qu'il ne doit pas le dire. Il m'a dit que tu lui as interdit d'en parler.

- Ouais. Parce que je voulais pas qu'il ait des emmerdes. Je ne comprends pas forcément votre relation, mais j'ai rien contre, je m'en fous en fait.

- …

- Enfin, non, je m'en fous pas, c'est pas ça que je veux dire. Tant mieux pour vous si ça marche bien quoi, mais ça me regarde pas.

En fait, Nanami, c'est juste une fille paumée, qui n'a jamais eu d'attention et de reconnaissance. C'est juste la nana qui a été obligée de prendre sur elle et de s'occuper de quelqu'un d'autre, alors qu'elle n'était pas capable de s'occuper d'elle-même. C'est juste la soeur qui n'a jamais eu les clés et les infos nécessaires pour s'occuper de son frère handicapé et qui a fait comme elle pouvait. Et j'ai l'impression qu'elle a beaucoup de mal à exprimer ce qu'elle ressent.

- Les quiproquos à deux balles, je te jure… - Me dit-elle en se massant la tempe.

- Je peux me permettre de dire un truc ?

- Hum ? - Elle me regarde d'un oeil sceptique.

- Je crois qu'il y a beaucoup de choses que tu ne comprends pas. Ryouta a besoin d'aide pour certaines choses, mais pas pour d'autres. Il a besoin qu'on lui explique beaucoup de choses, avec pas mal de détails, mais il comprend et tu le dis une fois, ça suffit. Tu peux le dire normalement sans parler comme à un gamin. Sauf que tu mélanges tout. Et que tu le surprotèges.

- Hein ?

- T'as pas eu les infos qu'il fallait et tu t'es occupée de lui comme tu pouvais. C'était déjà pas facile, mais en plus si on t'explique pas ce qu'a exactement ton frère, tu ne peux rien faire. Mais… Ryouta peut s'occuper de lui même. Il s'habille et prend ses douches tout seul. Il a pas besoin d'être fliqué tout le temps. Il sait comment fonctionne un micro-onde, il sait lire et écrire, et même s'il a quelque problème de langage, il sait s'exprimer pour dire ce qu'il veut ou pour raconter sa journée, tout simplement. Il connaît les heures pour faire ce qu'il a à faire. Je l'ai présenté à mes amis, et il a eu un comportement irréprochable.

- Je… Je savais pas…- La surprise se lit clairement sur son visage en entendant mes propos.

- Et tu veux savoir où est le problème ? C'est qu'avec ton comportement, il ne sait plus quoi penser. Et il est persuadé que personne ne l'aime. Ni tes parents, ni ta soeur, ce qui est vrai dans ce cas, mais ça vaut pour toi aussi. J'sais pas c'que tu ressens pour ton frère, mais...ça vaut le coup de prendre le temps de l'écouter et de passer du temps avec lui. Vraiment lui et pas le mec handicapé qui sait rien faire.

Nanami pose sa tête sur ses genoux et lâche un soupire à fendre l'âme.

- Je lui en ai voulu des fois… D'être comme ça. J'ai beau dire que c'est pas de sa faute, y a des moments, je ne ressens que de la rancune. J'ai pas eu d'enfance, pas eu une jeunesse normale, je suis toujours obligée de cacher plein de trucs, j'ai l'impression de devoir faire attention à tout, penser à tout, de toujours devoir m'occuper de tout pour lui.

- Et tu ne t'es jamais dit que ce n'était pas de sa faute, mais celle des autres ?

- J'aimerais pouvoir toujours penser comme ça… Mais y a des moments où je ne peux pas. C'est plus fort que moi.

J'espère ne jamais en arriver à penser ça. Je préfère garder en tête qu'il n'a pas choisi d'être malade et qu'il est bien trop innocent pour comprendre la haine que les gens lui porte.

- Je suis la soeur la plus horrible de la terre…

- Oh non. Y a Sumi.

On rigole jaune tous les deux. Ouais, on va être deux à se battre contre le même ennemi. Ca tombe bien, j'ai l'impression qu'on a tous les deux un caractère de merde.

- Au fait, en parlant d'elle. Elle a vraiment frappé Ryouta ?!

- Ouais. Ça arrive ouais, mais je suis jamais là, je le découvre après.

- Et Ryouta ne réagit pas ?

- Il sait pas quoi faire. Il a l'impression d'être puni, donc… Il dit rien. Il est persuadé qu'il a fait une bêtise.

- Et nous, on peut rien faire ?!

- … Tu veux faire quoi ? A part appeler une assistante sociale ou les flics, je vois pas.

- Ça serait une si mauvaise idée ?

- On a aucune preuve et Ryouta marque facilement.

- Nos témoignages, ça suffit pas ? Puis Ryou peut parler aussi…

- Parce que tu crois que les flics vont croire un handicapé ? Réveille toi, ils s'en foutent. Et nous, on compte pas. Toi encore moins que moi… Ah, et pire. Je te rappelle que ma famille est blindée de thune et que l'argent achète n'importe quoi, même le silence.

Génial. Ce doux sentiment d'impuissance parcourt mes veines. On a plus qu'à espérer un effet papillon pour que tout le monde s'en prenne pour son grade, non ?

- … Vive la justice, hein ?

- Ouais, ça fait des années que je me dis que le karma est une sacrée pute.

Je vois Ryouta se diriger vers nous. Il me regarde comme pour me demander la permission de revenir puis s'installe tranquillement entre mes jambes, son dos contre mon torse. Je dirais même qu'il s'affale sur moi, comme une grosse loque.

Il passe ses mains derrière ma nuque et penche la tête en arrière pour me regarder.

- Vous avez discuté ?

- Hum, ouais.

- D'accord, d'accord…

- Et toi tu as fait quoi ? - Je lui demande en lui embrassant le front.

- J'ai vu des canards. Y'en a un, il était vert. Et je… j'ai vu un garçon avec un… C'est froid, c'est une glace. Oui, une glace. Maintenant, j'ai envie d'une glace !

Je rigole et pose ma tête contre la sienne.

- Les glaces sont là-bas !

Il me pointe du doigt un camion de glace. Si ce n'est pas une façon très mignonne de me dire qu'il veut aller acheter une glace, je n'y comprends plus rien !

- Tu veux venir avec nous ? J'offre la glace. - Je propose à Nanami.

- Nan, merci, je vais vous laisser tous les deux.

On se lève et j'aide Ryouta à se remettre sur ses deux jambes en lui expliquant le plan pour les prochaines minutes.

- Tu veux pas venir Nani ?

- Non, je te laisse entre de bonnes mains.

- Dai-i-ki a des bonnes mains, oui.

- … Ok.

Je rougis à sa phrase. Il a un don pour mettre l'ambiance, c'est pas possible. Nanami hésite entre être gênée et rire je crois.

On s'apprête à se saluer, quand Nanami me retient encore quelques secondes.

- Sumi part dans la soirée normalement. Je t'envoie un message pour te dire. Tu ramènes Ryouta ou il rentre tout seul ?

Je vois bien qu'elle est gênée. Genre, ça y'est, elle veut rattraper les conneries qu'elle a pu faire. Je pense que cette discussion nous a permis de comprendre beaucoup de choses, tous les deux.

- Ca marche. Je le ramènerai, comme d'habitude.

- Ok. Salut.

Elle regarde Ryouta, sans savoir trop quoi faire. Je ne peux pas trop l'aider, je ne sais pas quel contact Ryou accepte avec elle.
Mon amant me regarde avant de poser son regard sur sa soeur.

- A plus tard ?

Elle sourit. Je ne pense pas qu'elle déteste Ryouta. Je ne pense pas non plus qu'elle ait vraiment de la rancune envers lui.

- Ouais. On se retrouve à la maison.

Elle se détourne dans un dernier signe de main et Ryou continue à lui faire coucou jusqu'à ce qu'on ne la voit plus.

On se dirige vers le marchand de glaces et on commande pour nous deux. Enfin, Ryouta a mis un certain temps à se décider, mais c'est ce qui était drôle. Le mec perdait un peu son calme, mais mon regard lui a clairement fait comprendre de lui laisser le temps.
De retour sur l'herbe, c'est Ryou qui relance la discussion.

- Parler de quoi avec Nani ?

- De toi…

- Pas méchant, hein ?

- Non, on a rien dit de méchant. Elle m'a expliqué beaucoup de choses et je lui ai parlé de tout ce que tu savais faire.

- Je suis bien moi ! Je veux être aut-o-nome !

- Ouais… Je sais. Je suis sûr qu'il y aura pas de problème pour ça ! Et tu sais quoi ?

- Non ?

- Nanami, elle t'aime beaucoup.

- Pour vrai ?

- Hum. Alors, tu n'as pas à t'inquiéter, d'accord ?

- D'accord, d'accord !

Sur que je ne peux rien faire pour Sumi. Ni pour les parents. Mais si chez lui, Ryouta peut entièrement compter sur Nanami et que cette dernière prend conscience des réelles capacités de Ryouta, tout le monde vivra beaucoup mieux la situation...


## La "petite" note ##


Voilà ! J'espère que le chapitre ne vous a pas trop "dérangé". Si les mots ou les gestes de Sumi vont ont choqué (même si je pense avoir fait soft), j'ai envie de dire... Tant mieux ?

Je tiens à préciser une petite chose. Parce que je pense que certains vont peut-être tiquer à l'annonce de Nanami sur le fait qu'ils ne peuvent rien faire pour Ryouta.
Certes, il existe des associations, des services sociaux spécialisés dans le handicap. Mais il faut les connaitre et savoir que cela existe. Et ils ne prennent malheureusement pas toujours les bonnes décisions.

\!/ J'ai quelques histoires à vous raconter. Les personnes sensibles peuvent sauter les phrases qui ne sont pas en gras.
J'ai connu une dame trisomique qui s'est fait abuser sexuellement par un gendarme à plusieurs reprises. Gendarme qui s'introduisait chez elle sans permission. Elle est même tombée enceinte.
J'ai rencontré un homme qui a une belle-sœur handicapée mentale. Cette dernière a eu un cancer et le médecin a demandé à la famille "si ça valait vraiment la peine de la soigner".
J'ai connu un homme avec un retard mental qui s'est fait maltraiter par sa famille. Vous savez, le genre, je te mets une claque non-méritée, mais tu es idiot, donc j'ai le droit.
Vous savez le point commun entre ces trois personnes ? L'autorité publique n'a rien fait.
Pour la première, on ne l'a pas cru. Ce n'était sûrement pas un viol, elle était sûrement consentante, mais elle dit le contraire pour se donner de l'importance.
Pour la deuxième, les propos du médecin ont dû être mal interprétés, une personne du corps médical ne dirait jamais ce genre de chose.
Pour le dernier, il a fini en foyer de vie, suivi par un psychiatre qui l'a mis sous anxiolytique, avant de finir dépressif et très anxieux. Il a fait plusieurs tentatives de suicide.

Je ne dis pas ça pour vous déprimer ou pour vous choquer gratuitement. Ce ne sont pas forcément des généralités non plus. Il y a des personnes en situation de handicap mental qui vivent très bien leurs vies, qui n'ont aucun souci, qui ont des tuteurs (quand ils ont un handicap assez lourd) adorables, d'autres qui se débrouillent très bien seuls et qui sont très bien intégrés à la société...
Et il y en a d'autres pour qui la situation n'est pas simple. Et parfois, ils ne se rendent pas du tout compte qu'ils subissent de la maltraitance ou de la discrimination. Voir, on ne les croit pas.

Voilà ! Je ne sais pas si mes propos sont appropriés, cinglants ou autres... Mais je tenais à vous dire que ça me tenait à cœur de vous faire part de tout ça.

Si vous avez quoi que ce soit à me faire part à propos de ça, ou de n'importe quoi d'autres, je suis toujours ouverte à la discussion !

A la prochaine !