Bonjour, bonsoir à tous !

Tout d'abord ... BONNE ANNÉE ! Pleins de bonnes choses, tout ça, tout ça !

En vue du chapitre précédent, je vous propose de continuer sur la lancée !
Et de monter un comité pour qu'on aille dire à la mère de Daiki ce qu'on pense de son comportement... Mais ça, c'est une autre histoire !

Merci à Haru-Carnage, miss Neko Tenshi, Archess84, Yukio4, Futae, Oohfemmeluxieuse, Alsco-chan, Cookiiie, Paphilionne et Ghin pour vos reviews !
Merci à ceux qui mettent en favoris et ceux qui suivent cette fiction !
Merci à ma bêta de me corriger !

Sur ce, je ne vous ennuie pas plus longtemps !
Bonne lecture !


~ CHAPITRE 18 ~


Je frappe à la porte, en espérant sincèrement que quelqu'un m'ouvre. J'ai pas énormément de solutions pour mon problème. J'ai beaucoup pensé à Ryouta, mais je ne veux pas le mêler au conflit avec ma mère. Il en a déjà assez vu.

Alors, ça m'a paru comme une évidence de frapper à cette porte.

Le battant s'ouvre devant moi et c'est une femme d'une quarantaine d'année qui m'ouvre avec un grand sourire.

- Dai-chan ! Ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu par ici ! Qu'est-ce que je peux faire pour…

Elle pose ses yeux sur ma joue et voit l'énorme bleu qui a dû se dessiner depuis que je suis partie de la maison. Elle fonce sur moi et pose une main sur mon visage, la mine inquiète.

- Mon dieu Dai-chan, qu'est-ce qu'il t'es arrivé ?!

De sa petite taille, je la sens me tirer par le bras et se mettre sur la pointe des pieds pour examiner ma blessure. Je ne peux pas empêcher un sourire fatigué se dessiner sur mes lèvres à l'entente de cette appellation.

- Viens, entrons Dai-chan, tu m'expliqueras tout ça autour d'un bon dîner !

Je suis cette femme qui a presque été comme une deuxième mère dans mon enfance. Ses long cheveux attachés, d'une couleur peu habituelle, et ce tablier qui ne semble jamais la quitter me rappellent des souvenirs...

Elle me fait m'installer sur le canapé et appelle la personne que j'étais venu voir, à l'origine.

- Satsuki ! Ma chérie, tu peux venir s'il te plait ? Dai-chan est ici !

J'entends des bruits de pas dans l'escalier et mon amie apparaît sur la dernière marche, surprise de me voir ici à cette heure.
Elle s'approche de moi, sans que je ne la quitte du regard et elle a vite fait de voir le problème.

- Mon dieu, Dai-chan ! Qu'est-ce qu'il t'es arrivé ?

Je souris à cette phrase. Telle mère, telle fille, hein ?
J'ai a peine le temps d'esquisser un geste ou de prononcer une parole qu'elle reproduit à l'identique les gestes de sa mère, quelques minutes plus tôt.

Une poche de glace atterrit sur ma joue et la mère de Satsu s'installe en face de moi, tandis que mon amie reste à mes côtés. Elles ne disent rien attendant que je me mette à parler.
Je soupire. Je n'ai pas forcément envie d'expliquer quoi que ce soit. Mais connaissant les deux femmes, elles ne me lâcheront pas avant que je crache le morceau.

- Je…

Je déglutis. Je suis presque tenté de mentir et de partir pour trouver une autre solution que de les affronter. Mais ça me donnerait mauvaise conscience. Après tout, Satsu m'avait prévenu. Enfin, elle a essayé de me prévenir. Encore une fois je ne l'ai pas écouté. Je lui dois bien le droit de me balancer un "Je te l'avais dit"...

- Je me suis embrouillé avec ma mère.

Les deux femmes se regardent et je sens qu'un échange de regard se fait. Elles ont toujours eu un lien très fusionnel que je ne peux pas m'empêcher d'envier un peu, surtout maintenant…

- Dai-chan… Je peux te demander la raison de cette dispute ?

Je regarde Satsuki, surpris. Elle hoche négativement la tête, me faisant savoir qu'elle a compris ma question implicite. Elle n'a rien dit à sa mère pour Ryouta et moi. Ce qui me choque un peu. Elle a toujours tout dit à sa mère, toujours à lui demander son avis, et là… Là, elle n'a rien dit.

- Dai-chan… Je… J'ai rien dit. Parce que tu… Je voulais pas que tu.. Je...

Je passe ma main sur sa tête. J'ai compris, pas besoin d'en rajouter.

- … Merci.

Sauf que sa mère nous regarde, désabusée. Elle ne sait pas trop comment prendre mon geste, je pense.
Elle nous regarde, suspicieuse, puis elle nous montre du doigt chacun notre tour. On suit les mouvements avant de se regarder et de comprendre l'insinuation.

- Non ! Maman, pas du tout !

- Nan ! Mais nan !

- Vous savez les enfants… Vous n'avez plus 5 ans, et je peux comprendre si votre relation a… Disons évolué !

- Oui, mais non.

- Maman, ça n'a rien à voir avec moi. Ça ne concerne vraiment que Dai-chan.

- Et bien… Je t'écoute…

Je sais qu'elle veut être prévenante… Mais me dire que j'ai le risque de me faire foutre à la porte une deuxième fois - même si la première, c'était de mon plein gré - ne m'enchante pas des masses.
Je passe une main sur mon front et la laisse retomber. Je me sens grimacer lorsqu'elle passe accidentellement sur ma joue. Je ne sais pas quoi faire. J'attends de Satsu qu'elle me donne la réponse, mais elle me fait comprendre d'un regard qu'elle n'a pas vraiment son mot à dire dans mon choix.
Je soupire et essaye de reprendre mon calme.
La mère de Satsu voit bien que je galère pour m'exprimer sur le sujet.

- Dai-chan, si c'est vraiment trop personnel, je peux comprendre que tu ne veuilles pas m'en parler. Mais tu te doutes que je vais appeler ta maman pour lui faire savoir que tu es ici… Je suis sûre qu'elle s'en veut déjà et qu'elle s'inquiète pour toi, qu'importe la raison de votre dispute.

Je ricane à ces mots. Je sais que c'est dit pour être gentil, mais là… Je sais que c'est complètement faux.

- Je sors avec un mec… Non, c'est pas ça le problème. Le problème, c'est que j'aime un mec. Ça fait plusieurs mois qu'on est ensemble et ma mère ne l'a jamais accepté. Elle m'a manipulé, elle a fait l'hypocrite, elle m'a craché dans le dos, elle a tout fait pour me rabaisser… Appelle ça comme tu veux, mais elle n'a jamais cherché à comprendre et a accepté. Après, je ne pourrais pas te dire ce qui la dérange le plus. Le fait que ce soit un mec, ou qu'il est autiste.

Je sens chaque mot que je prononce se répercuter dans mon crâne. Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal à ce moment là. Me dire que je me suis planté sur ma mère depuis le début. Le fait que je prenne conscience qu'elle n'a jamais pensé qu'à elle, qu'importe l'état dans lequel j'étais. La peur de me faire rejeter une nouvelle fois. Ou simplement le fait que je suis obligé de présenter Ryou comme "le gars autiste" et pas comme simplement Ryouta, mon mec…

J'essaye de respirer calmement, mais l'attente du verdict me paraît une éternité. Je sens la main de Satsu prendre la mienne pour essayer de me détendre. Et je crois que c'est à ce moment là que mes dernières barrières tombent.
Je sens mes yeux s'humidifier, mais je les ferme, histoire que personne ne se rende compte.

Je veux Ryouta. Je veux que Ryouta soit là. Je veux qu'on se mette au lit tous le deux, qu'on se recouvre entièrement de la couette et qu'on se fasse une bulle, rien que tous les deux. Je veux que Ryouta soit là et qu'il prenne soin de moi. J'ai besoin qu'il me dise que ça va aller. J'ai besoin qu'il me dise d'arrêter de réfléchir. Je veux qu'il tape le rythme de mon cœur sur mon torse. Je veux qu'il retrace les traits de mon visage comme il sait si bien le faire. J'ai besoin de lui. Je m'en fous de ressembler à un gamin capricieux, je veux Ryouta…

Mais je n'irais pas le voir. Pas maintenant. Pas dans l'état dans lequel je suis. Il va rapidement se rendre compte que ça ne va pas et il sera triste. Et il pleurera sûrement. Je ne veux pas ça, je ne veux pas qu'il pleure, qu'il ressente ma douleur, qu'on déprime tous les deux.

Je sors de mes pensées au contact de deux mains fraîches qui se posent sur mon visage. Une chose est sûre, ce ne sont pas celles de Ryouta. Trop petites, trop fines…

J'ouvre les yeux pour voir la mère de Satsu me regarder avec le regard le plus sincère que je n'ai jamais vu.

- Tu es heureux, Dai-chan ? Est-ce que tu es heureux avec lui ?

- ...Oui - Ma voix est rempli de toutes les émotions qui me traversent et que je ne peux canaliser.

La mère de Satsu me sourit, avant de m'embrasser le front. Sa main droite se déplace vers mon crâne pour me caresser les cheveux. Le même geste qu'elle faisait quand j'étais gamin, pour me rassurer quand j'avais peur des fantômes ou quand je me blessais.

- Tant mieux. C'est le plus important…

Son sourire se fait plus grand, tandis qu'elle se relève pour aller vérifier le repas.

C'est… Sa réaction … C'est exactement ce que j'ai toujours attendu de ma mère. Mais elle n'a jamais été capable de me l'offrir.

Je ne sais pas exactement dans quel état je suis actuellement. Je sais juste que si je ne me retenais pas, je chialerais comme un gosse.

Satsu se sert contre moi et pose sa tête sur mon épaule. Mais je n'ai même plus la force de réagir. Je ne sais pas non plus combien de temps je suis resté comme ça, sans bouger.

Je sais juste qu'au bout d'un moment, la mère de Satsu est revenue de la cuisine, le téléphone dans la main.

- Le repas est presque prêt, mais j'ai quelque chose à faire avant ça. Vous devriez aller vous reposer dans ta chambre, ma chérie…

Elle hoche la tête, semblant comprendre le sous-entendu de sa mère.

Je la suis, comme un automate. Je ne réfléchis même plus à ce que je fais. Même une fois la porte de sa chambre refermée, je ne sais pas quoi faire de mon corps. Alors je reste en plein milieu de la pièce, à regarder Satsu mettre un futon près de son lit. Pour moi, je suppose.

Elle me tend les mains et s'approche de moi pour que je la suive et que je m'installe sur le lit avec elle. Je m'assis le dos contre le mur, une jambe repliée où je pose mon bras, sans vraiment sortir de ma léthargie. Satsu me laisse, sans savoir trop quoi faire, je suppose.

Mais quelques minutes plus tard, c'est sa voix qui me fait sortir de mon mutisme.

- Tu devrais répondre Dai-chan…

Je la regarde sans vraiment comprendre de quoi elle me parle. Jusqu'à ce que je réalise que mon portable sonne dans la poche de mon pantalon. C'est Ryouta.

- Dai-i-ki ?

- Oui Ryou ?

J'espère juste que ma voix ne me trahit pas. Même si je pense que je ne peux tromper personne.

- Ça va ?

- Oui… Et toi Ryou ?

Je sais, je sais… C'est moche de mentir.

- Hum ! J'ai passé une bonne journée avec Dai-i-ki !

Le souvenir de cette après-midi coquin me revient en mémoire et me ferait presque sourire. Si le souvenir de ce qu'il s'est passé après ne m'était pas revenu en mémoire aussi rapidement pour effacer l'autre.

- Puis après… Même après, après ! Nani a fait à manger et on a mangé tous les deux !

Sa voix me fait autant de bien que de mal. Son ton enjoué me donne envie de rester fort. Mais une multitude de questions se frayent un chemin dans mon esprit.

- Tant mieux Ryou, je suis content pour toi ! C'est bien que Nanami soit là pour toi…

Qu'est ce que je vais faire maintenant ? Est-ce que je vais pouvoir lui mentir longtemps ? Et si un jour, il se lasse de moi, comme a dit ma mère ? Et si un jour il part… Qu'est-ce que je vais faire ? J'ai l'impression d'être plus rien sans lui !

Je me donne l'impression d'être une jeune pucelle énamourée, comme celles dans les dramas que ma mère regarde ! Ma mère… Pourquoi mes pensées se tournent toujours vers elle ?...

J'entends Ryouta me parler, et je réponds plus par automatisme qu'autre chose. Je sens mes forces se vider au fur et à mesure de mes pensées, mais je fais tout pour garder bonne figure. C'est lui, qui quelques minutes plus tard, écourte notre échange.

- Dai-i-ki, je vais à la douche !

- D'accord Ryou.

- Je t'ai-me Dai-i-ki !

- … Moi aussi Ryou…

Ma voix se fait traînante sur mes dernières paroles. Ryouta raccroche et je laisse mon bras retomber sur le matelas, le téléphone toujours à la main. Je sens qu'il y a quelque chose qui cloche, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Je veux Ryou…

Je sens deux bras m'encercler et une main me caresser le dos. Je sais que ce n'est pas Ryouta et je crois que cette constatation m'enfonce encore plus dans mes pensées sombres.

- Chut… Dai-chan … ça va aller … Chut …

Satsu passe une main sur mes joues, et je comprends d'où vient mon malaise. Des larmes ont décidé de couler sans que je ne les y autorise, sans que je ne m'en aperçoive. Je prends conscience du fait que je suis en train de pleurer silencieusement dans les bras de ma meilleure amie.

J'entends des cries qui viennent d'en bas. Et je crois que c'est ce qui m'achève pour de bon. J'explose en sanglots en serrant le tee-shirt de Satsu. Si elle est surprise, elle n'en dit rien, elle se contente d'attendre que je me calme de moi-même en me caressant le dos, dans un va et vient régulier.

J'ai juste l'impression de me vider de tout. J'ai la sensation de relâcher toute la pression accumulée, d'oublier les mots et les regards blessants et tout ce qui a rendu ma vie si compliquée depuis plusieurs semaines, voir plusieurs mois.

Satsu essaye de me rassurer en me murmurant des phrases réconfortantes à l'oreille. Et je pense que ça me calme plus que ce que je ne voudrais me l'avouer. Je crois que c'est la première fois que l'on se retrouve dans une situation comme celle-là. Les rôles sont échangés en quelques sortes.

J'essaye de me concentrer sur son odeur pour me calmer. Elle n'a pas changé depuis qu'on est gamin et ça me ramène plusieurs années en arrière, quand je la consolais quand elle tombait, qu'elle n'allait pas bien… Puis toutes les fois où je pleurais devant elle mais je faisais comme si de rien était pour lui prouver que j'étais un bonhomme. Où même, les souvenirs un peu plus joyeux, quand j'essayais de lui apprendre le basket, mais qu'elle était nulle à chier. Ou les moments qu'on passait à pêcher des écrevisses et que je lui courais après avec une grenouille dans les mains pour la faire flipper. Et après… après je suis devenu un connard et je l'ai lâché comme si elle n'était plus rien pour moi. Ce qui était complètement faux. Pourtant, malgré toutes les crasses que j'ai pu lui faire, elle est toujours restée. Elle est restée forte pour nous deux et elle a continué à croire en moi, quand moi même je ne croyais plus en rien. Et encore aujourd'hui, elle me prouve qu'elle sera toujours là.

Voyant que je me calme, Satsu s'éloigne un peu de moi pour voir dans quel état je suis. Elle desserre son étreinte, jusqu'à me lâcher et s'installer à côté de moi. Je pense qu'elle s'est souvenue que je n'appréciais pas spécialement les marques d'affections et qu'elle ne veut pas me brusquer. Mais loin d'être de cet avis, je m'allonge, la tête sur ses jambes et pose l'une de ses mains dans mes cheveux et l'autre sur mon épaule. Là, plus que jamais, j'ai besoin d'un peu d'attention.

Elle entame des frictions qui me détendent. Le silence s'installe, reposant. Je ferme les yeux et je me concentre pour reprendre un souffle serein, me permettant de retrouver mes esprits. J'essaye de faire le point, mais tout reste encore brumeux dans ma tête.

J'ai bien conscience que cette réaction n'est pas digne du Grand Aomine Daiki. Mais là, le Grand Aomine Daiki, comme vous dites, il s'est fait laminer la gueule, et en beauté. Je fais un burn-out, et j'en viens à me demander comment j'ai fait pour ne pas remarquer que ça allait arriver. Que ça devait arriver.

Au bout de quelques minutes, je sens Satsu se pencher pour me regarder dans les yeux. Je détourne le regard pour cacher mes yeux rougis. Même si là, je n'ai plus grand chose à lui cacher.

Elle va vouloir qu'on en parle, c'est une évidence…

- Dai-chan…

Elle caresse le derrière de mon oreille de ses doigts, comme on le ferait avec un animal apeuré.

- Dai chan, n'ait pas honte, d'accord ? Tu n'as pas à avoir honte de ce que tu ressens. Tu as le droit d'aller mal Dai-chan. Alors, ne me dis pas que ce n'est pas digne d'un homme de pleurer comme une fillette, ou quelque chose comme ça… Alors…

Elle franchit la distance qui nous sépare encore pour poser son front contre le miens. Je sens ses cils me caresser la peau, dans un geste lent et paresseux.

- Alors, pleure autant que tu veux, si tu en as besoin. Parle moi, raconte moi… Ça restera entre nous...

Je ferme les yeux et me détends au son de sa voix. Je suis sûr que dans une autre vie, on aurait pu être frère et sœur. Voir même, j'aurais pu tomber amoureux d'elle. Mais là… Je prends juste tout ce qu'elle peut me donner ce soir, en espérant pouvoir lui rendre un jour, à ma manière.

- Parle moi Dai-chan… Dis moi ce qui ne va pas…

Ce qui ne va pas ? J'ouvre la bouche, mais aucun son n'en sort. Je ne sais ni par où commencer, ni ce que je suis censé dire. J'ai la gorge nouée, ma respiration s'accélère, comme si quelque chose me maintenait et serrait au niveau de mon cou, soit pour m'empêcher de parler, soit au contraire, pour me faire cracher le morceau. Comment je peux expliquer ça ?... Je…

- Je suis fatigué…

Ma voix rauque et morne me donne l'impression d'être brisé de l'intérieur. Je ne me rends même pas compte des mots que je prononce. Je déballe tout, sans réfléchir à ce que je dis.

- Je suis fatigué Satsu… Fatigué parce que c'est constant, tout le temps, partout. J'ai l'impression que je ne peux plus faire un geste sans que quelqu'un trouve quelque chose à y redire.

- Qu'est-ce que tu veux dire Dai-chan ? - Sa voix se fait douce pour m'inciter à parler.

- C'est partout. Dans la rue quand je suis avec Ryouta, chez moi, au lycée, à l'entraînement... Que ce soit des amis, ma mère, des connaissances ou juste de putains d'inconnus… Tout le monde regarde, tout le monde critique… Je ne peux pas faire un geste sans être jugé ou sans qu'on nous regarde comme des foutus bêtes de foire… J'ai rien demandé, j'en veux pas de leurs avis, mais tout le monde me l'impose. Et ce sont toujours les mêmes mots… Les mêmes sujets… Ça a commencé avec les gens dans la rue, qui nous regardaient noirs et qui faisaient des messes basses comme quoi "C'est dégueulasse", "Mon dieu, mais ça devrait être interdit", "Leurs parents les laissent faire?!"... Bah non, justement. Ça a continué avec ma mère, qui a eu honte de moi et de ma relation, qui me traite comme un attardé et qui n'a pas arrêté d'insulter Ryouta… Je ne veux même pas parler d'elle.. Puis y a eu la GM, où ils m'ont imposé leur choix, l'autre Jean-Edouard là, qui est venu foutre la merde, et même s'ils ont accepté pour la plupart, je devais encore une fois me justifier… Encore et encore. Je pense pas que c'est le fait que ce soit un mec qui les a choqué, parce qu'ils ont rien dit pour Murasakibara… Ni même que c'est parce que Ryouta est autiste. C'est juste parce que c'est moi et que c'était sûrement la suite de ma déchéance. P'têtre même qu'ils pensaient que c'était parce que je savais plus quoi faire pour attirer l'attention. J'en sais rien… Y'a la famille de Ryouta aussi avec les parents qui sont jamais là et que je ne veux sincèrement jamais rencontré. Et y'a sa sœur, Sumi, qui le frappe et qui le traite comme la pire des sous-merdes… Y a les gars de l'équipe qui parlent de notre relation comme si c'était un de mes points faibles, les gens du lycée qui parlent sur mon passage, ricanent, chuchotent… J'en peux plus Satsu, je suis tellement fatigué… C'est tout le temps… A chaque fois qu'il se passe quelque chose de bien, j'ai l'impression qu'un autre obstacle arrive. Plus je suis heureux avec Ryouta, plus le truc qui me tombe sur la gueule est énorme.

- Tu dis ça parce que tu as vu Ryouta aujourd'hui ?

- Ouais. Et je suis parti de chez moi à cause de ma mère.

Est-ce que je me sens mieux d'avoir déballé tout ça ? Oui, quand même...La pression est un peu descendue et je sens mes épaule se décontractées. Même la boule que j'avais dans la gorge me semble moins importante.

Mais je sais que la discussion n'est pas terminée.

- Dai-chan… Tu ne m'as jamais dit tout ça. Tout ce que tu ressentais par rapport à nos amis. Tu sais, je ne pense pas qu'ils aient voulu agir en mal. Puis… Tu avais le droit de refuser Dai-chan…

- On ne refuse rien au grand Akashi Seijuro, tu le sais aussi bien que moi…

- Sauf que c'est ta vie privée Dai-chan. Et tu ne m'as jamais parlé de la famille de Ryouta, sauf de "Germaine". Mon dieu, ça doit être dur pour lui…

- Hum…

On se prend un temps pour réfléchir à tout ça et je la sens reprendre son massage capillaire.

- Dai-chan… Ce que je vais dire ne va sûrement pas te plaire mais… Si tu es si malheureux…

Ne le dis pas…

- Tu n'as jamais envisagé de… de ne pas continuer votre relation ?...

Je me relève, furieux d'entendre ça. J'ai l'impression qu'on vient de me jeter du verre pilé à la gueule.

- Non, mais Satsu !

- Dai-chan… - Me dit-elle, avec des yeux apeurés...

Je n'y ai jamais pensé. C'est vrai que si je le quittais, je n'aurais plus tous ces problèmes avec moi-même…

- Tu te rends compte de ce que tu dis ?!

Je n'aurais plus à supporter les regards des autres et je pourrais reprendre ma vie ou je l'ai laissé, avant lui.

- Je n'y ai jamais foutrement pensé avant que tu le dises !

Ma mère ne me haïrait plus, elle n'aurait plus honte de moi.

- C'est..

Les gens oublieraient et moi… Moi…

- C'est…

Moi, je ne pourrais pas oublier.

- Non…

Son sourire. Sa façon de m'appeler.

- C'est pas sa faute… C'est les gens qui...

Son odeur, sa présence constante. Son attention. Cette façon qu'il a de me regarder. Cette sensation d'être important pour quelqu'un. D'être irremplaçable. D'être quelqu'un de bien.
Le voir évoluer et s'épanouir avec moi.
Le toucher, le regarder. Le sentir près de moi, en sécurité.

- J'ai besoin de lui…

Je suis accros.

Je passe mes mains sur mes yeux pour essuyer les larmes qui ont coulé. Satsu me serre contre elle avec une force dont je ne lui connaissais pas.
Perdre Ryouta c'est… inimaginable. Rien que d'y penser, ça me met dans un état lamentable. Je ne peux pas… Je…

- Je veux Ryouta… -Dis-je pour la première fois à haute voix.

Satsu me serre plus fort encore et nous fait glisser jusqu'à être allongés sur le lit. Je l'entends renifler de temps en temps, signe qu'elle pleure aussi. On a pas l'air de deux cons.

- Pourquoi tu chiales ?...

Elle me tape la tête pour me faire comprendre que la question ne lui plait pas. Ou du moins la formulation.

- Parce que je ne pensais pas qu'il était si important pour toi. Et c'est…

- Ne dis pas que c'est trop mignon…

- … Je suis contente que tu ais trouvé quelqu'un de bien Dai-chan…

Je la serre dans me bras, lui rendant vraiment son étreinte.

- Hey, Satsu ? J'espère que tu trouveras toi aussi…

Elle cache sa tête dans mon cou et on reste comme ça, sans bouger, pendant je ne sais combien de temps.

C'est un toquement à la porte qui nous ramène à la réalité. La mère de Satsu passe la tête et nous regarde, un sourire attendri aux lèvres.

- Le repas est prêt si vous avez faim, les enfants…

On se lève, essayant d'être présentable, mais à mon avis, c'est peine perdue.

A table, sa mère ne fait aucun commentaire sur ce qui a pu se dire, ce qu'elle a fait, sur nos yeux rougis ou même sur mon manque d'appétit. Elle ne fait que nous sourire doucement, en nous racontant des petites anecdotes de la vie.

Une fois le repas fini, elle nous dit de filer, qu'elle débarrassera. Elle m'embrasse le haut du crâne, avant d'embrasser la joue de sa fille et nous fait signe d'aller nous reposer.

On va tour à tour à la douche et une fois apprêté pour la nuit, je m'allonge dans le lit de Satsu. Vu les yeux qu'elle me fait en regardant successivement son lit et le futon, elle a quelques doutes concernant mes intentions.

- Viens. J'ai pas envie de dormir tout seul.

Je la vois hausser les épaules. Elle monte sur le lit avant de rabattre la couette sur elle et s'allonger à côté de moi. Je la prends dans mes bras, tout en cherchant une position confortable pour dormir. Je ne la sens pas très à l'aise, mais je ne m'inquiète pas, elle va se détendre.

- Dai-chan ?

- Hum ?

- Demain matin, je pars avec mes parents pour le week-end… Je ne savais pas quand te le dire, mais je préfère te prévenir...

Ah. Nouveau problème à l'horizon. Sincèrement ? J'y réfléchirais demain.

- Ton père aussi ?

- Oui, ce soir il termine tard le travail, il nous avait prévenu.

- Ok.

- Dai-chan… En parlant de mon père…

- Hum ?

- Tu as pensé à essayer de contacter le tien ? Peut-être qu'il pourrait…

- Il est parti et il n'a jamais essayé de m'appeler. Il n'a jamais pris de mes nouvelles. Fin de l'histoire.

- Oui, mais…

- Satsu. S'il te plait…

- Comme tu veux Dai-chan…

Ça remonte a quelques années maintenant. Je n'ai jamais su la raison de la séparation de mes parents. Ma mère me disait toujours que ce n'était pas mes affaires et m'a dit qu'il ne méritait pas mon attention. J'avais quoi ? 8 ans ? 10 ans ? Ouais, un truc comme ça. Puis je n'ai plus eu jamais de nouvelles de lui. Ma mère refuse de parler de lui, sauf quand c'est pour lui cracher dessus ou l'accuser de ma mauvaise éducation quand je faisais une connerie.

C'est vrai que je n'ai jamais cherché à comprendre. Mais c'est un peu tard maintenant…

Je sens Satsu s'endormir contre moi et je me dis que je ferais bien de fermer les yeux moi aussi. Demain, la famille Momoi se lève assez tôt et je n'ai pas envie d'être un boulet en la retardant. Pas après ce que les femmes de la famille ont fait pour moi ce soir.


Je frappe à la porte, en espérant sincèrement que quelqu'un m'ouvre.

J'ai réussi à ne pas rendre Satsu en retard, et je suis parti après les avoir remerciés de m'avoir accueilli pour la nuit. Sa mère m'a proposé de rester chez eux en leur absence, mais j'ai refusé. Il ne faut pas que j'abuse non plus. Par contre, je vais sérieusement réfléchir à leur proposition de revenir pour la semaine prochaine. Ça me fait une porte de secours, même si je ne pourrais pas déserter la maison jusqu'à ma majorité.

Le battant s'ouvre sur une jeune fille blonde, surprise de me voir dans cet état. C'est vrai que la mine défaite, le bleu sur ma joue et mon bagage sur le dos ne présagent rien de bon.

- Salut Aomine…

- Salut.

- ...Entre, t'as besoin de te poser là, on dirait un zombie.

Je souris à sa remarque, même si je me doute que je dois faire peur à voir. Je passe la porte, qu'elle referme derrière moi. Je m'avance jusqu'au salon, où je ne vois aucune trace de Ryou. Sûrement dans sa chambre. Je sais que j'avais dis que je ne voulais pas le mêler à ça. Mais, très égoïstement, j'ai besoin de lui. J'avais besoin de le voir.

Nanami s'avance vers l'escalier et se stop avant de faire ce que je redoutais.

- RY…

- Non, attends, faut que je te parle d'abord !

Elle me regarde, incertaine. Elle se retourne complètement vers moi et croise ses bras sur sa poitrine, méfiante.

- Je t'écoute…

Je soupire avant de lui expliquer la situation. A la fin de mon monologue, c'est à son tour de soupirer.

- Bah… Je vais pas te jeter à la rue. Tu peux rester là pour une ou deux nuits si tu veux, ça fera plaisir à Ryouta. Par contre, je te préviens, tu te gères tout seul, j'suis pas ta mère !

- Encore heureux que t'es pas ma mère… - Je lui répond, avec un regard qui veut tout dire.

- … Ouais, désolée, mauvaise tournure… Mais t'as compris ce que je voulais dire.

Elle appelle Ryouta qui finit par descendre tranquillement les escaliers.

En me voyant, un grand sourire illumine son visage et il se jette sur moi. Je ne peux pas m'empêcher de le serrer contre moi, plus fort qu'à l'accoutume. Il ne dit rien et se contente de poser sa tête sur mon épaule. Je respire son odeur et profite de sa chaleur pour me détendre. Ouais… Je ne pourrais pas me passer de lui.

Je relève la tête quelques minutes plus tard, et c'est là qu'il aperçoit le bleu sur ma joue. Il pose une main sur ma joue, avant d'y poser ses lèvres et de me regarder.

- Un bi-sou magique…

J'ai un bug. Ce geste me renvoi au moment de notre première nuit ensemble et… Je ne peux m'empêcher de l'embrasser à pleine bouche.

On se sépare un peu essoufflé et Ryouta commence à me questionner.

- Dai-i-ki, tu n'as pas dit que tu venais !

- Non, je sais… C'était une surprise…

Il me regarde en fronçant les sourcils.

- Pas beau mentir, Dai-i-ki…

- Je sais…

- Tu es triste…

J'ouvre la bouche pour lui répondre, mais il ne m'en laisse pas le temps. Il me prend dans ses bras et me sert contre lui en me caressant le dos.

- Ça va aller...Ça va aller…

Putain, sérieusement, qu'est ce que je ferais sans lui ?

On se sépare à nouveau, puis il prend mon visage entre ses mains avant de m'embrasser chastement.

- Bisou magique…

Je colle mon front au sien en souriant.

C'est un tube non identifié que je rattrape à la volé qui nous sort de notre bulle.

- Pour ta joue.

Je la remercie avant de bouger et de regarder Ryouta.

- On va dans ta chambre Ryou ?

- Hum !

Je prends mon sac que j'ai laissé sur le sol et Ryouta me prend la main pour nous traîner vers sa chambre.

Mais Nanami nous arrête en chemin.

- Aomine, Ryouta à rendez-vous vers 11h chez son médecin.

Je la regarde en attendant de savoir ce qu'elle veut. Mais, rien, je pense que c'était juste pour me prévenir, même si je le savais déjà.

- Je sais, je l'emmènerai. T'inquiètes pas de ça.

Elle hoche la tête et Ryouta me tire la main pour que je le suive.

Pour une fois… Je vais écouter ce qu'on m'a dit. Je vais en parler à Ryouta. Je vais lui expliquer mon problème et la raison pour laquelle je vais rester chez lui ce week end. Et je vais lui faire confiance.

Ouais… Ça va aller...