Hey ! Bonjour/ Bonsoir à tous !

Je reviens pour le 19ème chapitre de "Son monde à lui "!

Merci à Shirayuki Yukine, Alsco-chan, Sazawen, Kwailys, miss Neko Tenshi , Oohfemmeluxieuse , Ghin, Haru-carnage, Archess84, Paphilionne, Futae et satokooo pour vos reviews !
Merci également à ceux qui mettent en favoris et/ou follow cette histoire !

Un chapitre qui m'a mis beaucoup de pression et que j'ai dû recommencer plusieurs fois pour être satisfaite (ceci explique l'attente...) !
Merci d'être aussi présents et d'être toujours au rendez-vous ! J'espère que ça vous plaira, que vous n'allez pas me détester...
Désolée si des fautes sont passées, une deuxième correction sera faite ! ( \!/ Deuxième correction faite, normalement !)

Je ne vous embête pas plus longtemps !

Bonne lecture !


~ CHAPITRE 19 ~


- Dai-i-ki, pourquoi tu es là ?

On a passé un petit moment tous les deux, à se perdre dans les bras de l'autre. Puis il s'est levé et a commencé à ranger, ouvrir et fermer ses tiroirs et autres armoires. Il vérifiait la place de certains objets et les tournait, jusqu'à ce que ça lui convienne. Il continue son manège devant moi, sans faire attention à ma présence. C'est peut-être un rituel du samedi matin, avant d'aller voir le docteur Miano. Je ne sais pas, j'avoue que je ne l'ai jamais vu faire et il ne s'est jamais permis de faire ça chez moi. Ou du moins, pas quand j'étais là.

Là, il fredonne une chanson, en continuant de plier du linge, qui était d'après moi, déjà plié. Mais bon, je le laisse faire.

Sa question me surprend. Déjà, parce que depuis qu'il s'est levé, il ne fait plus forcément attention à moi. Puis, parce que… La façon dont il me l'a posé était étrange.

- Tu ne veux pas que je sois là, Ryou ?

Il secoue la tête avant de me répondre, sans pour autant se tourner vers moi.

- Non, Non, mais c'était pas, pas trop au pro-gramme !

- … Désolé si ça te perturbe Ryouta…

Ou alors, il range parce que ma présence le stresse. C'est vrai que je ne l'ai pas prévenu.

- Tu restes long-temps ?

Ouais, ça le dérange sûrement…

- Je vais rester tout le week-end Ryouta, aujourd'hui et demain. Nanami le sait et elle est d'accord.

Ça fait combien de fois qu'il replie ce tee-shirt ? Ça n'a toujours pas l'air de lui plaire, puisqu'il recommence.

Je me suis promis de lui dire la vérité concernant la raison de ma venue. Je n'ai pas envie de lui mentir, ni de le garder pour moi, même si là, il n'a pas l'air réellement prêt à m'écouter.

- Ryou… Je suis parti de chez moi. C'est pour ça que je suis là.

- Je sais, c'est pour ça que Dai-i-ki est là.

Il me balance cette phrase comme une évidence, sans même me regarder. Non, je crois qu'il n'a pas très bien compris.

- Ryou… Tu peux venir t'asseoir ? S'il te plait…

- Discuter ?

- Oui, j'aimerais parler avec toi, c'est important.

Il laisse ce qu'il était en train de faire pour venir s'asseoir sur son lit, en face de moi. Il se met dans la même position que moi, et une fois que son regard s'accroche au mien, je sais qu'il est prêt à m'écouter.

- Je suis parti de chez moi Ryouta. Quand je dis ça, ce n'est pas simplement que je suis parti pour venir chez toi. Je ne vais plus retourner chez moi.

- Pourquoi ?

- Parce que je me suis engue… - Je me reprends, me disant qu'il ne comprendra peut-être pas ce mot - Parce que je suis en colère contre ma mère. Elle a dit des choses qui ne se disent pas et je ne veux pas la revoir pendant un moment.

- Dit quoi ?

- Elle ne veut plus que je te vois… Et moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Donc je suis parti…

Je ne vais sûrement pas lui dire mot pour mot ce qui s'est dit.

- D'accord, d'accord. C'est triste.

Je le vois se lever et retourner à sa tâche, comme si de rien n'était.

C'est tout ? Non, attends, je veux dire… C'est tout ? J'ai le droit à un "c'est triste", et rien d'autre ?

- Ryouta, tu comprends ce que ça veut dire ?

- Oui !

- Et ça ne te fait rien ?

Il me regarde étrangement en entendant la suite de ma phrase, je suppose, qui ne vient pas. Et voyant que je ne prends pas la peine de continuer, il retourne à son ménage.

Il s'en fou. Mais carrément. Il en a rien à cirer des mes états d'âme. Il en a rien à foutre que j'ai quitté mon foyer, que je l'ai défendu lui et notre relation devant ma mère et tous ceux qui ont essayé de nous barrer la route. Il en a rien à faire que je me sois mis dans un état lamentable pour lui, que je me sois apitoyé sur mon sort. J'ai l'impression de m'être fatigué pour rien. Il s'en carre complètement de tout ce que j'ai fait pour lui !

Je crois que je vis la plus grosse désillusion de ma vie.
J'ai tout donné pour lui. Je suis limite prêt à tuer père et mère, et lui, ça ne lui fait rien. Il a aucune réaction à ça. J'étais prêt à lui offrir le monde, à prouver au monde entier qu'il avait tort, pour finalement me rendre compte, que c'est peut-être moi qui me plante depuis le début. Encore.

- Ryouta ?

- …

Il m'ignore en plus… De mieux en mieux.

- RYOUTA !

Il sursaute à mon ton brusque et sévère. Il se retourne mais n'ose pas me regarder.

- Tu t'en fous ? Dis le moi clairement si tu t'en fous de ce que je raconte !

- Dai-i-ki … ?

- Non, pas de Dai-i-ki qui tienne, ça fonctionnera pas là !

- Dai-i-ki !

Non, mais j'espérais quoi ? Qu'il me court dans les bras en me serrant fort contre lui, me suppliant de pas lâcher, pour nous, qu'on allait tenir, que ça s'arrangerait ? Qu'on allait trouver des solutions ensemble, pour vivre un avenir radieux ? Tsk...

Putain, hier encore, je ne voulais que lui à mes côtés pour me rassurer. Mais il n'est même pas capable de faire ça.
Mais à quel point je suis con ?! Il est autiste, j'ai trop tendance à l'oublier. Il est autiste, et ça, ça changera jamais. Ouais, il aura toujours besoin d'aide. Et je suis pas sûr d'accepter d'être un larbin toute ma vie, à attendre qu'il se décide de se bouger. Je suis pas sûr d'être prêt à toujours être là quand lui ne va pas bien, sans avoir la même chose en retour.

Il me regarde avec des larmes aux bords des yeux. Je crois que je lui fais peur. Mais là je m'en fous, je crois que j'ai trop longtemps refoulé mon côté sanguin et ma frustration. Lui m'a bien caché ce côté nonchalant et complètement je-m'en-foutiste. Le docteur Miano m'avait même parlé d'un côté manipulateur. Combien de fois il a joué de son handicap pour se foutre de ma gueule ?! Hein ?!

- Tu peux pas me dire ça Ryouta, pas comme ça. C'était évident que j'allais perdre mon calme, et je suis sûr que tu le savais très bien.

- Dai-i-ki, tu fais peur…

- Je m'en fous. Je m'en fous autant que toi tu te fous de ma gueule !

- Je fais pas ça !

- Si Ryouta, c'est exactement ce que tu es en train de faire !

- Non !

Il commence à se diriger rapidement vers la porte, en prenant quelque chose sur sa commode, mais je le retiens par le poignet. On a pas fini. Il essaye de me faire lâcher prise en utilisant sa main libre, ses ongles, en me poussant… Mais c'est peine perdue.

Ouais, je veux bien croire que je lui fais peur à cet instant. Mais ma colère m'aveugle complètement. Je crois que je pète un plomb.

- Reviens, on a pas fini de discuter.

- Je veux pas parler !

- Je m'en fous que tu me parles ou non, je veux que tu m'écoutes !

Il tire sur son bras pour pouvoir partir et je le vois exploser en sanglot en comprenant que je ne le lâcherai pas.

- Je sais très bien que t'es autiste, mais que t'es pas débile. Tu comprends très bien ce que je dis ! Tu sais ce que je vis à cause de toi ?! J'ai dit adieu à ma petite vie tranquille, j'ai tout laissé tomber, je me suis battu pour toi. Et toi, tu as fait quoi pour moi ?!

- … - Seuls ses sanglots me répondent.

- TU AS FAIT QUOI TOI ?! Rien, tu m'as créé que des emmerdes ! C'est à cause de toi que j'en suis là ! Alors tu pourrais faire un effort !

Il protège sa tête avec son bras valide et s'accroupit sur le sol pour cacher son visage entre ses cuisses. Replier sur lui-même, il parait tellement faible face à moi.

- J'ai pas fait, c'est pas moi… J'ai pas fait mal… Stop...Dai-i-ki... Stop ...

Je le relève en le tirant par le col de son pull. Il me parait tellement léger sur le coup que j'ai l'impression de pouvoir le faire valdinguer où je veux.

- Regarde moi.

- …

- Regarde moi ! - Répétais-je en lui prenant le menton dans une main pour le forcer à me regarder.

- J'ai peur…

Il pose sa main sur mon épaule et je la sens trembler en affirmant sa prise sur mon haut. Quelque chose tombe au sol et me fait détourner le regard.
Je le reconnais ce truc. C'est…

- Où t'as eu ça ?

- … Je...

Je le laisse reprendre son souffle, alors qu'il s'essuie les yeux et peine toujours à retrouver l'air dont il a besoin.

- Réponds. - Dis-je d'un ton ferme. Trop ferme.

- C'est… A Dai-i-ki…

- Quoi ?!

- Pas énervé… Je voulais… Dans la chambre de Dai-i-ki…

Il respire très fort par la bouche et de mon côté, je tente de comprendre ce qu'il essaye de me dire.

- La montre… c'est comme les cheveux de Dai-i-ki… Le Tee-shirt, c'est comme l'odeur de Dai-i-ki… Et ça… Je voulais pour être avec Da-i-ki… Faire comme Dai-i-ki…

- Donc, c'est à moi…

- Pas crier, je voulais pas… Je voulais Da-i-ki un peu avec moi… Pas méchant, j'ai pas fait mal...

J'arrive à entendre ses suppliques entre ses sanglots et je crois que son état et ses mots me court-circuitent le cerveau. Je lâche son poignet, que je tenais toujours, d'un geste vif, comme si son contact me brûlait la peau. Je recule d'un pas face au choc. Je me rends compte que ma respiration est hachée et j'ai du mal à reprendre mon souffle.

Je n'ai pas fait ça. Dites moi que je n'ai pas fait ça. Je n'ai pas dit ça. Je n'ai pas PENSÉ CA ?!

J'ai l'impression de me réveiller d'un cauchemar et de prendre conscience d'où je suis. Ce n'est pas moi qui l'ai mis dans cet état. Ce n'est pas moi. Je n'ai pas fait ça.

Un sanglot plus fort et le bruit de ses ongles qui grattent son jean me font prendre conscience que je ne suis pas en train de rêver. Ryouta s'agenouille et récupère le porte clé qu'il serre dans sa main, avant de s'éloigner le plus de moi, autant que la pièce le lui permet.

Merde, merde, merde ! Quel monstre je suis en train de devenir ? Nan, je peux pas y croire… Je ne vaux pas mieux que toutes les personnes que j'ai pu insulter jusque là. Je le vois jeter des regards vers la porte, essayant de juger si je vais chercher à le rattraper ou non.

Je m'approche de lui, m'accroupis à mon tour et tente de le serrer dans mes bras. Mais je ne suis même pas surpris de son rejet.

Je force le passage pour le serrer contre moi. Malgré les coups, les éraflures, je ne le lâche pas. Je ne vais pas en ressortir indemne, mais je le mérite, clairement.

- Pardon… Je suis désolé… Je voulais pas… Ryou… Pardon…

Il continue de me pousser pour que je le lâche.

- C'est pas moi… Je suis gentil...

- Non, non, c'est pas toi Ryou… Je suis désolé…

Quand ce ne sont pas les autres qui me créer des problèmes, je me les créer tout seul. Comme si ça ne me suffisait pas. Ma mère a raison, c'est moi le problème.

Qu'est-ce qui m'a pris ? Nanami m'avait dit qu'il y avait des moments où elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que tout était à cause de lui, et j'ai toujours voulu penser que le problème venait des autres, pas de Ryou. Ce qui est toujours vrai, mais ça m'est sorti de l'esprit pendant un moment. Et maintenant, je ne sais pas si je vais pouvoir réparer ma connerie.

Ses coups se font moins forts, mais ce n'est pas pour cela qu'il arrête. Ses sanglots se tarissent, mais ses larmes continuent de couler.

Au bout d'un moment, je laisse Ryouta se détacher de moi. Il se ressert dans le coin où il est. Je m'éloigne de lui pour lui laisser le temps de se reprendre. Je m'en veux, à un point inimaginable, et je ne sais pas du tout comment je vais rattraper la situation. Il n'est pas rancunier, je le sais, mais là ça va au delà de tout ce que j'ai pu faire depuis le début de notre relation. J'ai entièrement dépassé les limites, et je ne mérite même pas qu'il me pardonne. Mais je ne peux pas pas m'empêcher d'espérer.

Je laisse s'échapper un soupir à fendre l'âme, je me sens trembler et je peine à rester sur mes deux jambes. Je suis limite prêt à faire comme Ryouta, me planter dans un coin et fermer les yeux, en espérant que j'ai inventé les images qui ne cessent de défiler dans mon esprit. Ça ne changerait rien... Mon regard se focalise sur son réveil, posé sur sa table de nuit. Il va être l'heure de partir si on ne veut pas être en retard à son rendez-vous.

Il est pas en état. Il n'est clairement pas en état, mais je ne me vois pas appeler le Docteur Miano pour annuler. Je ne pense pas pouvoir m'en sortir tout seul là.

- Ryou… Tu as ton rendez-vous… Il va falloir y aller...

J'essaye de prendre ma voix la plus rassurante pour lui parler. Mais je ne pense pas que ça fasse quoi que ce soit à cet instant.

Il se lève en s'essuyant les yeux et prend ses affaires avant de passer la porte, sans faire attention à moi.

Arrivé en bas, je remarque que Nanami n'est pas là. Elle a laissé un mot sur la table du salon. Sortie pour je ne sais quelle bricole.

Je regrette qu'elle soit partie. Elle aurait pu m'empêcher de faire, peut-être, la plus grosse connerie de ma vie. Elle a sûrement eu un peu trop confiance en moi sur le coup. En même temps, j'ai tout fait pour lui prouver qu'elle devait avoir confiance en moi. Je suis vraiment une sous-merde.

Je vois Ryouta qui met son manteau et ouvrir la porte d'entrée, sans même jeter un regard vers moi.

- Attends moi Ryou, je t'accompagne.

- Non.

Non ?

- Si, Ryou, je ne veux pas te laisser y aller tout seul, j'ai dit à Nanami que…

- Je veux pas que Dai-i-ki vienne ! Tout seul ! Da-i-k-i fait peur !

Je ne l'ai jamais vu me regarder comme ça. Je ne l'ai jamais vu dans cet état. Crispé jusqu'à la moelle, les poings serrés, le regard fuyant mais qui me montre toute la peur que je lui fais ressentir. Et moi, je me dis qu'i peine une heure, on était en train de s'embrasser et sourire comme les deux abrutis transi d'amour qu'on est. Qu'on était et j'espère, qu'on est toujours.

- Ryouta, s'il te plait… Je suis désolé pour tout à l'heure… D'accord ? J'ai envie de t'accompagner. J'ai besoin de t'accompagner. Ne me rejette pas Ryou, je veux juste venir avec toi…

Il se tourne et passe la porte pour sortir. Il ne la referme pas derrière lui, ce qui m'incite à avancer. Il m'attend. Je me sens soulagé rien qu'à ce constat. Je passe moi-même la porte et le vois sortir ses clés pour verrouiller l'entrée. Je descends du perron pour lui laisser de l'espace et le choix de ma présence. Il vérifie deux fois que la porte est bien fermée en abaissant la clanche, et une fois sûr, il me passe devant sans m'attendre.

Tout le chemin se fait dans un silence qui me pèse. Je marche à quelque pas derrière lui pour ne pas le brusquer,mais dieu sait que ça me tue. Rien que de me dire qu'en tant normal, il me tiendrait par le bras en me racontant mille et une histoires, parfois que j'aurais déjà entendu plusieurs fois, d'autres qui me seront inédites, mais… Normalement, nous ne sommes pas aussi éloignés, aussi froid comme… Comme de parfaits inconnus. A contrario de d'habitude, je le vois se tourner vers moi avec méfiance, se triturer les doigts, se crisper et tourner la tête dans tous les sens, comme s'il était à l'affût de tout.

On arrive devant l'hôpital, et je m'arrête à quelques mètres des portes automatiques. Ryouta remarque mon arrêt et se tourne vers moi, les yeux plissés.

- Tu ne viens pas.

Ce n'est pas une question. Son ton indifférent et méfiant me serre le cœur.

Même si ce n'est pas une question, je préfère répondre comme si ça en était une.

- Non, je t'attends ici.

Ouais, je reste dehors. Parce que je sais qu'il va parler de ce qui vient de se passer au Docteur Miano. Et je n'assume pas. Je n'arrive pas à assumer ma connerie et je n'ai pas envie de me faire engueuler. Je suis vraiment un connard.

Je le vois entrer et je le suis du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse. Je repère un banc pas loin et m'y pose en me prenant la tête dans les mains.

Qu'est-ce qui m'a pris ?

J'ai beau essayé de réfléchir, j'ai l'impression de ne pas pouvoir me débarrasser de cette petite voix dans ma tête, qui a l'air de bien se marrer à mes dépends.

"T'as joué au con."
Je sais.

" T'as lâché ta mère, et maintenant c'est ton mec qui te lâche. Ironique, non ?"
Tais-toi…

"C'est ta faute aussi, t'as pété un boulon et tu l'as fait sur l'une des seules personnes auxquelles tu tiens et qui ne le méritait absolument pas."
Je le sais ça !

"T'es vraiment un connard."
Je sais !

"'Maman avait peut-être raison."
Non, non elle est en tort !

"Peut-être, mais là, c'est toi qui ressemble à un déchet ! Et c'est uniquement de ta faute."
Ferme-là ! Laisse moi réfléchir !

"Regarde où t'en es. T'es seul. T'as toujours été seul. Pourquoi ça changerait ?"

"Ça se trouve, il ne va plus du tout vouloir te voir".
MAIS FERME LA !

Que quelqu'un vienne me foutre une mandale ! Je veux qu'elle se taise ! Je veux trouver une solution, il doit y en avoir une…


* PDV RYOUTA *


Pas crier, pas courir. C'est interdit dans un hôpital.
L'ascenseur est à gauche. Faut appuyer sur le 3ème bouton. Après il faut aller dans la deuxième salle.
Les murs sont blancs dans la grande salle avec la dame au téléphone. C'est Ebiko.
Les murs sont bleus avec le docteur Miano. Le bleu, j'aime bien, parce que c'est apaisant. Le docteur Miano dit que c'est apaisant. Le bleu, c'est comme Daiki. Mais maintenant, Daiki, il fait peur. Daiki, il fait mal. Je veux pas moi, je l'aime beaucoup.

Faut pas pleurer. Faut pas pleurer. Faut expliquer avant de pleurer. Faut parler, parce qu'on peut pas aider si on fait que pleurer. Et il ne faut pas crier.

Ça fait mal dans ma tête, ça bourdonne.

J'arrive près de la porte et Ebiko me dit bonjour. Je cours vers la porte du docteur Miano et je la referme derrière moi.

J'ai pas dit bonjour, c'est pas bien.

Je cherche le Docteur Miano du regard…

- Bonjour, Ryouta ? Quelque chose ne va pas ?

Je veux pas qu'elle approche ! Elle peut faire comme Daiki ! Je suis pas méchant, j'ai rien fait de mal, je voulais pas faire mal !

Je vais dans un coin de la salle. Les coins c'est bien, parce qu'on peut voir tout, et que les gens nous voient plus.

Pourquoi les gens, ils veulent pas parler avec moi ?
Je… Je suis handicapé, j'ai un retard dans ma tête. Je parle pas bien à cause de ça, mais je comprends !
Pourquoi Daiki il est en colère ? J'ai fait une bêtise ? Daiki, il va faire comme les gens ?

J'ai mal dans ma tête, c'est tout flou. J'entends la voix du Docteur Miano, mais je ne la vois pas. C'est tout flou. Le docteur dit que c'est une crise. Je sais pas moi. Je vois plus.

J'ai mal dans ma tête et à mon cœur. Trop vite, tout va trop vite...

C'est comme avec Sumi. Sumi elle tape et ça fait mal dans ma tête. Daiki, il a pas tapé. Mais il a crié. Comme moi, quand je fais les crises.
Daiki il va me laisser tout seul ? J'ai peur. Je veux pas qu'il approche. Je veux pas qu'il parte. C'est mon ami, mon amoureux, c'est le seul qui veut comprendre...

- Ryouta… Ryouta, calme toi, ce n'est rien. Lâche ton bras, et détends-toi. Je vais m'approcher Ryouta, tu es d'accord ? Je vais poser mes mains sur tes épaules, et tu vas reprendre ton souffle, tu es toujours d'accord ?

Il est où Daiki ? Il est parti ?

- Dai-i-ki…

- Ryouta, on va aller s'asseoir là-bas, comme on le fait d'habitude. Je sais qu'il y a quelque chose qui te tracasse, donc on va en discuter, et on va chercher une solution à ton problème. D'accord ? Ne te mets pas dans tous tes états, je sais que ça peut-être difficile pour toi quand c'est une situation que tu ne comprends pas, donc on va y aller à ton rythme…

Je me lève et je vais m'asseoir sur mon siège. Il faut discuter pour plus avoir de problème.

J'ai envie de partir. Je veux pas discuter. Ça fait mal.

- Raconte moi Ryouta…

- Je veux pas parler !

- Ryouta, s'il te plait. Ça ne sert à rien de te braquer, je suis là pour t'aider. Tu sais bien qu'on ne peut pas laisser les problèmes s'agrandir, il faut en parler pour pouvoir les résoudre et que tout revienne dans l'ordre.

Ça fait mal sur mes bras. Je regarde et je vois qu'il y a des marques. C'est moi qui ai fait ça ? Ça pique un peu. Daiki, il aime pas quand j'ai des marques, ça le rend triste.

Je veux pas parler. Alors je me lève et je marche. Je ne sais pas quoi faire.

- Ryouta… Calme toi, s'il te plait, il faut que tu te détendes et que tu organises tes idées, comme on le fait d'habitude…

Je mords mon doigt. J'aime pas ce qu'elle me dit.
Non, faut pas faire ça. Daiki, il aime pas, faut pas faire ça.

- Dai-i-ki est en colère…

- Pourquoi Ryouta ?

- J'ai peut-être fait un bêtise, peut-être… Je sais pas moi… - Je serre mes mains, fort. Je sais pas pourquoi je fais ça. Mais ça détend…

- Viens t'asseoir Ryouta s'il te plait…

Ça va mieux. Je vais m'asseoir pour discuter. C'est mieux d'être assis pour être concentré..

- Bien… Qu'est-ce qu'il se passe Ryouta ?

- C'est com-pli-qué… Dai-i-ki il est en colère… J'ai fait une bêtise ?

- Raconte-moi depuis le début Ryouta, tu as vu Aomine-kun ce matin ?

J'appuie sur mes doigts pour masser. Comme il fait Daiki pour que je sois calme.

- Oui, il est venu à la maison. Il a parlé à Nani et il est venu dans ma chambre. Après… Après, je rangeais, parce que c'était le dés-or-dre et Dai-i-ki voulait discuter… Il a dit… Il a dit qu'il était parti de sa maison. Et il s'est mis en colère et il a crié.

- On va s'arrêter là pour le moment. Aomine-kun est parti de chez lui…

- Bah oui, pour venir à ma maison, il est parti de chez lui !

- Je ne pense pas qu'il voulait dire ça, Ryouta, mais je n'en suis pas sûre. Qu'est-ce que tu lui as répondu ?

- Que c'est triste. -Je dis, après avoir réfléchi un peu.

- Pourquoi tu lui as dit ça ?

- Il a dit… Dai-i-ki a dit qu'il est en colère contre sa ma-man !

Le Docteur Miano prend des notes. Elle écrit tout le temps quand je parle, mais je sais pas pourquoi elle fait ça.

- Est-ce que tu sais pourquoi il était en colère contre sa maman ?

- Je sais plus… Si… Il a dit… Que c'était parce que…Elle a dit qu'il fallait plus me voir !

- Et Aomine-kun n'était pas d'accord avec ça, je me trompe ?

- Non !

- Donc tu lui as dit que c'était triste… Ensuite, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce que tu as fait ?

- Je voulais ranger…

- Et Aomine-kun t'en a empêché ?

- Hum ! Il a dit… Il a dit que je l'écoutais pas et il a crié. Je voulais partir et il a pas voulu. Je sais plus ce qu'il a dit… Mais j'ai fait tomber le... ça !

Je sors l'objet de Daiki de ma poche. Je sais plus le nom. Alors je montre ! C'est à Daiki ! Je serre dans ma main pour pas que le Docteur Miano le prenne.

- ...Et il a plus crié. Mais j'ai eu peur ! Dai-i-ki faisait peur !

- Est-ce qu'il t'a frappé Ryouta ?

- Non…

- Il a juste crié ?

- ...Un peu…

- D'accord… Et…

- Dai-i-ki, il est parti ?

J'ai coupé la parole. C'est malpoli… Mais j'ai besoin de savoir si Daiki est parti…

- … Je ne sais pas Ryouta… Est-ce qu'il est venu avec toi ?

-Hum. Mais Dai-i-ki va revenir ?

- Est-ce que tu veux qu'il revienne Ryouta ?

- Je veux pas que Dai-i-ki parte…

- Mais tu as peur de Aomine-kun ?

- Il a dit qu'il attendait…

Je me lève. Peut-être que si je regarde par la fenêtre, je verrais Daiki ! Faut tirer sur la ficelle pour que le rideau se lève.
Dai-i-ki !

- Il est là ! Da-i-ki attend, comme il a dit !

Le docteur se lève et regarde. Comme ça, elle voit que j'ai raison !

- Ryouta… Est-ce que tu veux bien qu'on finisse de discuter ? J'ai encore quelques questions à te poser et ensuite, on va voir ce qu'on peut faire, d'accord ?

- Hum...

Je retourne m'asseoir, et après on verra.

- Bien… Ryouta, est-ce que tu as peur d'Aomine-kun, maintenant ?

- … Un peu… Mais c'est pas facile de vivre avec moi, tout le monde crie, c'est normal !

- Non, Ryouta, ce n'est pas normal de te crier dessus, d'accord ? A partir de maintenant, Ryouta, je vais te demander de m'écouter attentivement, et de m'arrêter s'il y a quelque chose que tu ne comprends pas. Tu es prêt à m'écouter ?

- C'est important ?

- Très important Ryouta.

- Ça parle de Dai-i-ki ?

- Oui, Ryouta.

- Alors oui, c'est important… J'écoute !

- Bien… Aomine-kun a des problèmes avec sa maman, mais ça tu le savais déjà…

- Hum !

- Je crois que hier, ils se sont disputés. Ils se sont peut-être même crier dessus tous les deux.

Je fronce les sourcils. Quand on crie c'est qu'on est en colère ou qu'on a peur. Daiki devait être très en colère…

- Et Aomine-kun… Quand il dit qu'il est parti de chez lui… Ça veut dire qu'il n'a plus de maison. Quand il dit qu'il ne veut plus voir sa maman, tu peux considérer ça comme s'il n'avait plus de maman non plus.

- Mais c'est grave ! Va aller où Dai-i-ki ?

- Je ne sais pas… Pour l'instant, il voulait rester avec toi ce week-end, je pense. Mais tu vois, si Aomine-kun a crié contre toi, même si c'est très mal, je crois que c'est parce qu'il pensait que tu t'en fichais, que tu pensais que ce n'était pas important.

- NON ! C'est important ! Dai-i-ki est triste ?

- Je pense que oui.

- Je veux pas que Dai-i-ki soit triste…

- A mon avis, Aomine-kun avait besoin de réconfort… Et il a été blessé que tu ne l'écoutes pas…

- Je veux pas faire du mal…

Ça fait mal… J'ai vraiment fait une bêtise… Daiki il est tout triste… Il a besoin de câlins et que j'écoute… Mais j'ai pas écouté… Daiki n'a plus de maison… J'ai mal, ça serre… Faut pas faire de crise, faut que je reste fort !

- Ryouta…

Je relève la tête quand j'entends mon prénom.

- Ce n'est pas de ta faute. D'accord ? Aomine-kun ne t'a pas expliqué et tu ne pouvais pas deviner ce qu'il s'est passé. Alors, tu ne dois pas t'en vouloir. Je te promet que ça va s'arranger…

- Hum…

Ça bourdonne encore dans ma tête… Avant je tapais pour que ça bourdonne plus ! Mais Daiki il dit que c'est… C'est quoi le mot ?... Inutile. Oui, inutile et que ça fait mal pour rien. Alors je fais plus. Mais j'ai quand même envie de faire pour arrêter les bruits...

- Ryouta ? Ce matin, ça t'as dérangé qu'Aomine-kun vienne chez toi, sans que c'était prévu ?

- ...Non… Mais je crois que ça m'a fait tout bizarre… J'étais content de voir Dai-i-ki ! Mais je savais pas quoi faire…

- Est-ce que ça a perturbé ton emploi du temps ?

- Hum, un peu…

- Je vois...

Elle écrit un peu dans son cahier et elle le ferme. C'est fini ?

- Ryouta… Est-ce que ça te dérange d'aller un peu avec Ebiko ?

- Pourquoi ?

- Je sais que tu ne vas pas apprécier, mais j'ai besoin de parler un peu avec Aomine-kun. Je vais aller le voir, et j'aimerais qu'en nous attendant, tu ailles voir Ebiko. Ensuite, on va parler tous les trois et tu pourras rentrer avec Aomine-kun. Est-ce que ça te convient ?

- Pourquoi ? Parler de quoi ?

- De ce qui s'est passé exactement avec sa maman. Je te dirais après ce qu'on s'est dit, d'accord ?

- Hum…

- On y va ? Plus vite ça sera fait, plus vite tu pourras voir Aomine-kun !

- Hum !

On va dans la salle blanche tous les deux et je m'assois près de Ebiko.
Et j'attends.


* PDV DOCTEUR MIANO *


BORDEL ! Non mais c'est pas possible ! Comment on peut laisser partir son gosse de même pas 17 ans, comme ça, sans rien ?!

S'il y a bien une chose qui m'a convaincu d'aller le rejoindre, c'est de le voir assis sur ce banc, comme le gamin paumé qu'il doit être.
Si je ne le connaissais pas, je n'aurais jamais toléré qu'il crie sur Ryouta. Jamais je n'aurais pu laisser passer ça. Mais c'est Aomine-kun. Le garçon qui m'a prouvé à deux reprises qu'il était digne de confiance et qu'il tenait vraiment à Ryouta. Je ne le connais pas assez pour me permettre de le laisser entièrement gérer l'avenir de notre tête blonde, mais assez pour lui laisser du lest.

Je me dépêche de descendre les escaliers, c'est toujours plus rapide que d'attendre l'ascenseur, pour avoir le temps de discuter avec Aomine-kun sans que Ryouta ne s'impatiente.

Je ne me pose même pas la question de comment je vais aborder le sujet, on verra ça en temps voulu.

Je le vois, toujours assis sur le même banc, et je ne perds pas de temps avant de m'installer doucement près de lui. Il a l'air perdu dans ses pensées, et je ne préfère pas l'interrompre brutalement.
Je prends le temps de m'allumer une cigarette pour calmer la tension qui m'habite et pour me préparer à ce qui va se dire.

Une cigarette. J'ai le temps d'une cigarette pour parler avec lui sans que Ryouta ne débarque….