Hey ! Bonjour ou Bonsoir à tous et à toutes !

Me revoici pour la deuxième partie du chapitre 22 de "Son monde à lui", avec beaucoup de retard... Je m'excuse sincèrement pour le temps d'attente.

Merci à Haru-carnage, Enonyma, Alsco-chan, miss Neko Tenshi, Aokaga168, NekoCornelia, SianaDesliura, satokooo, KeraZK, Oohfemmeluxieuse, Futae, Ghin, agathe ch, Typone Lady, , Lys de Pandore et Cookiiie pour vos reviews !

Merci à ceux qui follow et/ou mettent en favoris cette fiction.

Je vous laisse découvrir ce nouveau chapitre, en espérant qu'il vous plaira !

Sur ce, Bonne Lecture !


~~ CHAPITRE 22 PART 2 ~~


- Aomine, je pourrais te parler ?

Généralement, cette phrase n'annonce jamais rien de bon.

Je me retourne vers le brun, sans vraiment savoir à quoi m'attendre. Je me repose contre le plan de travail, bras croisés, lui montrant de par ma position que je suis attentif, mais méfiant. C'est la première fois que je le vois, je ne le connais pas.

La plupart du temps, les gens n'osent pas m'approcher, ils cherchent même plutôt à me fuir. Lui, c'est comme s'il n'avait aucune hésitation à venir me faire face. Je ne suis pas forcément le gars le plus observateur du monde, mais j'arrive facilement à cerner les gens. Enfin, j'y travaille de plus en plus. Mais là… Je suis incapable de deviner à quoi il peut bien penser...

Il a l'air de le comprendre mon message implicite, laissant s'échapper un petit sourire au coin de ses lèvres, presque énigmatique.
Mais… Pour moi, ce gars est une énigme à lui tout seul. Je pensais qu'on connaissait le roi du poker face avec Tetsu, mais Himuro n'a pas l'air de lésiner non plus.

Impossible de savoir à quoi il pense. Même si je me doute un peu du sujet dont il veut parler, je ne sais pas du tout à quoi me préparer. Tout dans son physique et dans son comportement laisse penser qu'il est mystérieux. Je suis sûr que c'est le genre de gars qui sait beaucoup de choses, mais qui ne dit jamais rien. Un peu comme Akashi. Le mec un peu manipulateur, un peu fourbe, qui pèse ses mots, qui fait attention à tous ses gestes et toutes ses paroles pour en dire le moins possible sur lui. Calme mais franc. Et je pense que la conversation qui va suivre va être de cet acabit. Pas de faux-semblant.

En clair, c'est mon total opposé.

N'empêche que je suis sûr que son attitude mystérieuse plaît aux nanas…

Je ne dis rien, le laissant entamer la discussion. Je n'essaye pas de faire des suppositions, je me prépare juste à tous les sujets possibles.

Il s'approche de moi, laissant un certain espace de sécurité entre nous. Probablement une distance à la portée d'un coup dans la tronche, si l'envie me prenait de lui en coller une, au moindre truc qui ne me plaît pas. Lui, il m'a cerné, ça, je n'ai aucun doute là-dessus.

- Je voulais d'abord m'excuser pour Taiga. Je me doute que tu es déjà passé au-dessus de ça, mais je voulais que tu comprennes qu'il est un peu idiot, mais pas méchant.

Ah… Le fameux "Jean-Jacques". De ce que j'ai compris, ils sont frères de coeur, donc ça ne m'étonne pas plus que ça qu'il essaye de le défendre. Mais ça sert à rien de venir la bouche en coeur et avec une gueule d'ange, j'ai déjà défini mon avis sur la question.

- Idiot, j'ai aucun doute là-dessus. C'est qu'un Bakagami. Mais j'pense pas que ça soit à toi de t'excuser pour lui.

- Ça reste mon petit frère, Aomine. Je prends aussi ses erreurs comme ma responsabilité. Je t'avoue que nous n'avons pas compris sa réaction.

Je comprends un peu ce qu'il veut dire, puisque je fais exactement la même chose avec Ryouta. Sauf que moi, je ne le vois pas comme mon petit-frère. Et encore heureux, parce que notre relation serait sacrément glauque… Mais là, je m'égare, la situation est différente. Ryouta ne se rend pas forcément compte quand il fait une erreur ou quelque chose qui peut déranger, alors c'est normal de lui expliquer et de s'excuser pour lui. Bakagami a pleinement conscience de ce qu'il fait, et même s'il a un QI d'un crustacé décérébré, il est responsable de ses actes. M'envoyer quelqu'un pour s'excuser me fait juste comprendre que c'est un lâche. Sauf si Himuro a décidé de faire ça de lui-même, auquel cas, c'est honorable de sa part, mais inutile.

- Moi non plus. Les ricains sont pas censés être plus ouverts d'esprit ? J'sais même pas pourquoi il a pété un câble.

- Alex, notre professeur, et moi, on a été très choqué de son comportement. Il s'est pris une sacrée rouste de la part d'Alex, si tu veux tout savoir. C'est vrai qu'aux Etats-Unis, c'est courant des couples homos, alors, je ne sais pas…

- Surtout que, tu m'en voudras pas hein, mais il n'a pas l'air d'avoir si mal réagi pour toi.

C'est quelque chose que je n'arrive pas à me sortir de la tête. La réaction de mon entourage, et même de tout le monde en général. Je sais bien que l'homosexualité, ce n'est pas le truc le mieux vu au monde… Mais ça commence à ressortir, et même si les moeurs veulent qu'on ne montre pas son intimité en public, y'a quand même une évolution des mentalités, surtout chez les jeunes. Pour Murasakibara, personne n'a réagi négativement dans la GM… Donc, comme je l'ai dit une fois, c'est juste que c'est moi. Et que Ryouta est spécial. C'est tout, et c'est encore plus rageant que si c'était juste de l'homophobie.

- Non, c'est vrai...Peut-être qu'il était jaloux ? Peut-être que ce n'est pas comme ça qu'il t'avait imaginé ?

Pardon ? Nan, nan, il se fout de ma gueule. Le pauvre chou, il est déçu, c'est ça ? On va me sortir qu'il m'idéalisait et que la réalité l'a fait redescendre sur terre ? On va me dire qu'il a jugé Ryouta de débile profond, sans l'avoir jamais vu, parce qu'il m'imaginait d'une autre façon ? Non, ça ne marche pas comme ça.

- Attends, attends… Genre, ça va être de ma faute ?! On se parle que pour se foutre sur la gueule et tu vas me dire qu'il est déçu de moi ? Nan, c'est bon, ça je veux même pas l'entendre, j'ai assez donné. C'est pas parce que j'aime un mec qu'il fait la gueule, c'est parce que Ryouta est spécial, qu'il est autiste, c'est tout, y'a pas à chercher plus loin. C'est juste un connard. -Dis-je d'un ton ferme, sans lever la voix pour ne pas interpeller les autres, dans la pièce d'à côté.

- Tu es peut-être un peu dur, non ?

- Quoi ?! Nan, mais je rêve ! Il m'a quand même dit qu'on était dégueulasse. Que j'étais un gros dégueulasse. Il s'est mêlé de trucs qui ne le regarde pas et il a osé proposer à Ryouta de coucher avec lui pour faire la différence avec moi ! Il a gueulé que Ryouta serait prêt à donner son cul à tout le monde ! Et tu me trouves dur ? Dis moi que c'est une blague...

- Peut être qu'il avait des sentiments pour toi…?

Il va loin, là non ? Après avoir cru que le docteur Miano me harcelait parce qu'elle m'aimait un peu trop bien, on va me dire que Jean-Jacques était juste jaloux parce qu'il espérait une histoire idyllique entre nous ? Arrête, j'ai compris que tout le monde n'était pas à mes pieds et que ma belle gueule ne faisait pas tout. Avec Kagami, on ne se connait pas, alors s'il a des sentiments pour moi, c'est parti d'une image faussée de moi. Si c'est le cas, il s'est fait un délire tout seul. Et ça, je n'y peux rien ! Ça n'excuse rien !

- Même si c'était le cas, il a réagi comme une merde. Vouloir me descendre moi, c'est une chose, mais tu veux savoir où est le problème ? C'est qu'il s'en est pris à Ryouta. Et ça, je lui pardonne pas.

- Je comprends… Je t'avoue que je ne fais que des suppositions, quand je lui ai demandé pourquoi il avait fait ça, il s'est totalement muré dans le silence. J'en viens à me demander s'il sait lui-même pourquoi il a fait ça…

- Ça, c'est pas vraiment mon problème.

- Mais si un jour, il revient vers toi pour s'expliquer, t'accepterais de l'écouter ? De lui pardonner ?

- Non.

- Non ?

- Non. Parce que, ce qu'il m'a dit, ça m'a touché, ok. Mais je m'en fous. C'est pas à moi qu'il doit des excuses, c'est à Ryouta. Et ça, je changerai pas d'avis.

Il hoche la tête comme seule réponse, nous faisant comprendre que c'est la fin de cette discussion. Je suis peut-être affaibli par pas mal de trucs en ce moment, qui me détruisent, mais c'est pas pour autant que je vais devenir naïf et accorder le pardon à tous ceux qui le demandent. Pas de bol, en plus, je suis rancunier. Et merde, on ne touche pas à Ryouta, c'est tout, y'a pas à chercher plus loin.

Kagami commence à comprendre son erreur. C'est bien pour lui. On fait tous des erreurs, ok. Mais on peut dire que Nanami a fait des erreurs, on peut dire que j'ai fait des erreurs… Kagami, lui, il a juste été méprisant. Ryouta pardonne à tout le monde… Je l'ai bien vu avec moi et toutes les fois où j'ai dépassé les bornes. Et… Je ne peux pas. Je ne peux pas accepter des excuses aussi plates et sans fonds, qui ne sont même pas de sa part. Si un jour, il vient me parler, peut-être que je l'écouterai. Peut-être.

Malgré la fin de cette discussion concernant Jean-Jacques, Himuro reste dans la pièce, me faisant implicitement comprendre que lui, il a encore des choses à me dire. Et mon petit doigt me dit que je ne vais pas apprécier certains aspects de ce que je vais entendre. Enfin… Mon petit doigt, mais surtout le léger pas en arrière qu'il a fait, en essayant d'être discret, comme pour agrandir son espace de sécurité.

Vu qu'il ne dit rien, et que le silence commence à être très dérangeant, je décide moi-même de couper court au silence.

- Maintenant que tu sais ça, de quoi tu voulais me parler ?

- … Je ne peux rien cacher, n'est-ce pas ?

- Tu caches bien ton jeu, mais tu tâtes le terrain avant de passer aux choses sérieuses. Me prends pas pour un débile, ça prend pas avec moi.

Il sourit de nouveau très légèrement, en baissant les yeux, ce qui rajoute un côté malicieux à son comportement. Je n'ai pas l'habitude de côtoyer ce genre de personne, et j'avoue que ça me met un peu mal à l'aise, même si rien ne se lit sur mon visage.

- Je n'oserai pas. Je voulais te parler de Ryouta…

Mon regard doit valoir plus que des mots, et en dire long, puisqu'il ne perd pas de temps avant de préciser sa pensée.

- Plus particulièrement de sa maladie…

- Je t'arrête tout de suite. On a tendance à dire que l'autisme est une maladie, mais nan. C'est au pire un handicap, au mieux une spécificité. Il est pas malade, il va pas en crever.

- D'accord, d'accord… Donc sur son handicap. Tu vois, j'ai déjà rencontré plusieurs personnes autistes. Un pour être exact et… Il n'avait pas un comportement comme celui de Ryouta.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?… Précise, je comprends que dalle.

- Ce que je veux dire, c'est que la personne autiste que j'ai rencontré… S'il ne me l'avait pas dit, je ne l'aurais jamais deviné. Ryouta, ça se sent qu'il a un problème, à sa façon de parler, de se tenir… Ce n'est pas forcément dans son physique, mais dans son comportement… Tu vois ce que je veux dire ?

Oui, très bien. T'es en train de dire que Ryouta ressemble à un gogole. Ce que je m'efforce d'effacer de son vocabulaire. A ma façon de froncer les sourcils, il semble comprendre qu'il se dirige vers un terrain très glissant et qu'il a intérêt à faire très attention à ce qu'il dit.

- Non.

- … L'homme que j'ai rencontré, pour résumer, il n'y avait pas du tout d'indices concernant son...handicap. C'est juste qu'il avait des difficultés à comprendre et décrypter les sentiments et n'arrivait pas à saisir les nuances existantes des expressions de chacun. Enfin, c'était un peu plus compliqué que ça, mais c'était très subtile. Ryouta… Je ne pense pas me tromper en disant qu'il a des problèmes d'élocution, de comportement et d'apprentissage. Donc, je me demandais… Est-ce que Ryouta est vraiment aspie ?

Qu'est-ce que je fais ? Je prends le temps de lui expliquer ou je prends sa tête pour lui faire embrasser la table, de façon peu amicale ?

Laissons-lui le bénéfice du doute sur sa maladresse…. Je vais juste lui recracher tout ce que j'ai appris du Docteur Miano. Non sans soupirer un bon coup pour lui faire comprendre à quel point ses mots sont à deux doigts de me faire perdre mon calme.

- Y a pas qu'un type d'autisme. Et très souvent, les personnes autistes cumulent plusieurs symptômes ou maladies, mais ça dépend. Ryou est autiste, syndrome d'asperger, mais il a aussi un retard mental et des tocs. Même s'il s'améliore avec le temps et qu'ils disparaissent petit à petit, ils sont toujours là. Pt'être que ton pote, là, il était juste aspie, mais d'une très bonne autonomie. Pt'être que lui, il a eu la chance d'être pris en charge très tôt, ou qu'il n'en a même pas eu besoin, contrairement à Ryouta. Faut pas faire de généralité, l'autisme, c'est presque à prendre au cas par cas. Tu vas en avoir qui vont se cogner la tête dans les murs, qui ne vont jamais parler de leur vie etc… et t'en as d'autres qui ont la possibilité d'évoluer et d'apprendre pleins de trucs pour devenir autonome. Comme Ryouta. Et ouais, pt'être qui y'en a qui n'ont pas besoin de suivre un médecin toute leur vie, parce qu'ils s'en sortent sans. Ça dépend de la façon dont ils ont été pris en charge, ont été éduqué, de s'il y a une accumulation de maladies, de pleins de trucs au final. T'peux mettre deux autistes côte à côte, y a beaucoup de chance que tu ne trouves aucune similitude chez les deux. Ou peu de points communs. C'est comme ça. Mais ne juge pas Ryouta, t'imagines même pas les progrès qu'il a fait en peu de temps et tu connais rien de lui, alors te permets pas d'insinuer qu'il est gogole. Il a assez morflé dans sa vie, pas besoin d'en rajouter.

Il soutient mon regard, mais tout ce que je viens de lui dire a l'air de faire son chemin dans son esprit. Je ne suis pas un pro de l'autisme, c'est vrai. Pourtant, le fait de vivre avec Ryouta m'apprend beaucoup des choses au quotidien. Puis, rappelez vous, je suis un génie de la psychiatrie sans le savoir. Bref, tout ça pour dire que… Je sais mieux que lui. C'est tout.

- Je vois. Merci pour tes explications. Je ne savais pas… Je m'excuse aussi, si pour toi, certaines de mes paroles étaient déplacées, ce n'était pas mon but.

- Ouais, ouais…

Je me détourne, me relevant comme il faut sur mes deux jambes, pour quitter la pièce sans un mot de plus. J'ai juste envie de retrouver Ryouta.
C'est quand même amusant cette réaction que j'ai… A chaque fois qu'il y a un truc qui me déplait, qui me met en colère, qui me rend mal… J'ai ce besoin irrépressible de voir Ryouta et de le serrer dans mes bras. Comme si être à ses côtés, simplement ça, rendait ma vie plus belle et lui donnait plus de sens. Ce mec… Mon mec est un trésor, brillant, lumineux, qui parvient d'un battement de cil ou d'un sourire, à chasser toutes mes idées noires.

Malheureusement, une main sur mon épaule m'empêche de rejoindre celui dont j'ai besoin.

- Aomine… Vraiment, je ne voulais pas être irrespectueux ou blessant… Je ne pense rien de mal de Ryouta, c'est…

- Si ça avait été un mec lambda, ou même une fille, tu serais venus me poser des questions ?

- … Non.

- Voilà.

Je m'arrache doucement à son contact, ne voulant pas le blesser, mais lui faisant comprendre que la discussion se terminait là pour moi.

- Aomine, c'est normal qu'on se pose des questions, que ce soit moi ou les autres. Je comprends que ça doit être énervant pour toi de répéter toujours la même chose, ou même d'avoir le sentiment que tu ne peux pas être tranquille. Mais c'est normal que les gens s'interrogent. L'autisme n'est pas très connu, peu de gens se renseignent, et quand on se retrouve confronter à la situation, on ne veut pas faire d'erreurs et on veut comprendre. Ça n'excuse pas le fait que c'est énervant pour toi, mais ça l'explique.

Je comprends où il veut en venir. Et c'est légitime, je le conçois aussi. C'est juste… Une accumulation qui fait que… J'en ai marre. Mais, ouais, je prends conscience que les gens ne posent pas des questions juste pour être intrusif ou pour pouvoir juger mes choix. Ils ne veulent pas faire d'erreurs, et il faut que j'essaye de garder en tête que pour beaucoup de personnes, ça part d'un bon sentiment, et qu'ils n'ont pas de mauvaises intentions...

- Tu sais que Ryouta peut également répondre à vos questions ? Il est mieux placé que moi pour parler de lui-même…

- On n'ose pas forcément. On a peur de faire des conneries, et je pense que toi le premier, tu peux comprendre ce sentiment.

- Ouais…

- J'ai mes réponses, je t'assure que je ne viendrais plus t'importuner. Atsushi m'avait expliqué avant de venir, mais tu le connais, il n'aime pas les longs discours. Alors… Je me suis permis, mais je me rends compte que ça pouvait être mal venu. Dans tous les cas, je vous souhaite beaucoup de bonheur, à tous les deux…

Jetant un simple regard en arrière, je le regarde quelques secondes pour voir pour la première fois depuis le début de notre discussion, une expression totalement sincère.

- Merci.

Ça sert à rien de m'embrouiller avec d'autres personnes. Même si c'est quelqu'un que je ne vais pas voir souvent. Même si c'est quelqu'un que je ne connais qu'à peine. Je me suis déjà assez battu avec tout le monde. Himuro essayait juste de réparer des pots cassés et de comprendre la spécificité de Ryouta. Maladroitement, mais pas méchamment.

Alors… Sans mot, juste par un léger sourire, je lui fais comprendre que je ne lui en veux pas. Il me le rend et nous quittons tous les deux la cuisine, sans tensions palpables. Ce qui n'est pas plus mal, je l'avoue, je n'ai vraiment pas besoin d'un problème en plus, alors que cette soirée est censée me faire du bien.

Arrivé dans le salon, je vois Murasakibara affalé sur un fauteuil, en train d'ouvrir un nouveau paquet de chips, entouré d'autres paquets d'amuses-gueules, morts au combat.

Midorima et Akashi sont côte à côte, observant la scène devant eux, l'un avec un regard blasé, l'autre avec un sourire en coin et un air amusé.
Mais ce qui attire vraiment mon attention, ce sont les autres. Satsu et Tetsu sont installés chacun d'un côté de Ryouta, et Takao sur un fauteuil, penché vers eux.

Je vois du coin de l'œil Himuro rejoindre Murasakibara et s'assoir sur un accoudoir, jusqu'à ce que le titan le tire par le bras pour le faire s'installer sur lui, en travers du fauteuil, les pieds qui dépassent.

J'essaye de me concentrer pour voir ce que la petite bande de fouineurs fait, mais finis par me rapprocher pour prendre conscience de la situation.

Ça pue la merde. Moi, je vous le dis, ça pue la merde.

Ils sont tous les quatre avec leur téléphone et à ce que je comprends, ils sont en train de s'échanger leurs numéros. Nan, vraiment, ça pue leur truc.

Ryouta m'aperçoit et laisse tomber les autres pour venir s'asseoir à côté de moi et se blottir contre mon torse.

- Regarde Dai-i-ki ! C'est joli !

Sur son fond d'écran, je peux voir une photo de nous deux, en train de dormir dans les bras l'un de l'autre. Aucun doute que c'est l'une des photos que Satsu a prise ce matin.

Nan, sérieux, je tourne le dos deux minutes et ils en profitent, les enfoirés ?

- Ouais, c'est joli Ryouta…

Tu parles, j'ai une tête de con sur la photo. Vraiment, je ressemble à rien. Pourquoi personne ne m'a jamais prévenu que j'étais super moche quand je dormais ? La bouche ouverte, les sourcils froncés (sûrement une photo où je me rendais compte que Satsu était en train de faire des conneries), on dirait que je suis constipé.

- J'aime bien… J'aime bi-en la photo… C'est avec Dai-i-ki ! Et je peux voir tout le temps Dai-i-ki, comme ça ! Et dessus… Dessus on di-rait que je suis normal…

Pfff… je peux rien répondre à ça.

J'avoue que si on passe ma tête de con… La photo est belle. Ryouta est vraiment magnifique dessus, avec sa bouche légèrement entrouverte et les traits totalement détendus. Je regrette presque de ne pas voir ses yeux et son sourire sur la photo, mais… Il est beau. Plus photogénique que moi, ça c'est sûr. Puis même, notre position révèle clairement toute la complicité et la tendresse de notre couple… Alors ouais, la photo est belle.

- Mais j'ai quand même une tête de con dessus…

Il faut vraiment que j'apprenne à faire la différence entre parler à voix haute et parler dans ma tête.

- Nan ! Dai-i-ki est beau !

Il m'embrasse sur la joue, avant de retourner fixer l'écran, un sourire béa sur les lèvres. Il m'explique que c'est Satsu qui lui a envoyé et il prend le temps ensuite de me montrer toutes les photos et de les commenter. Je l'écoute attentivement, sans l'interrompre, en jettant des petits coups d'oeil autour de moi. Eux même nous regardent furtivement, au détour d'une conversation, ou nous fixe tout simplement, sans même chercher à se cacher. Si il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est que je ne veux même pas savoir ce qu'ils leur passent par la tête…


PDV MIDORIMA SHINTARO

Bon, d'accord. Aujourd'hui, je ne suis plus ni pour, ni contre leur relation. Ce n'est pas pour autant que je cautionne, mais cela ne me dérange plus de les voir ensemble. Ça n'a rien de choquant, je trouve même leur relation très naturelle…

Bakao m'a quand même été utile pour faire le point. Ne lui dites jamais que j'ai pensé ça. Il a crié, tapé du pied, m'a traité de tous les noms d'oiseaux pour me faire comprendre que je n'avais pas mon mot à dire et qu'à part souhaité du bonheur à mes amis, qu'importe leur goût et préférence, je n'étais pas en droit de les juger. Oha San a toujours dit que les Scorpions étaient de bon conseil pour les Cancers… Ça non plus, il ne doit jamais être au courant.
Je ne serais jamais au stade de Kuroko ou Momoi, à les idolâtrer comme de parfaites groupies, et si un jour ça arrivait, je préfère qu'on me tue, mais… Je pense qu'aujourd'hui, cet Ahomine n'a pas besoin de nos commentaires désobligeants, ni de notre avis. Il a d'autres chats à fouetter. Non, le seul problème que j'ai aujourd'hui, c'est que cet abrutit de Takao ne trouve rien de mieux à faire que de me rappeler à quel point ils sont "beaux" ensemble et je n'ai pas d'autres choix que de supporter toutes ses jérémiades et ses déclarations qui me sont destinées ! Et ça...ça c'est insupportable.


PDV AKASHI SEIJURO

Tout est bien qui finit bien, même si Daiki a encore pas mal de choses à régler dans sa vie. Mais il ne veut pas d'aide. Il veut s'en sortir seul, ce qui est honorable, mais stupide et destructeur. Il continue à faire les mêmes erreurs, même s'il estime avoir appris de ses dernières bêtises.

Heureusement que Ryouta est là… Je ne pensais jamais à avoir à le dire un jour, mais Ryouta est bénéfique pour lui. Daiki s'acharne à vouloir le rendre heureux… Sans se rendre compte qu'ils ont juste besoin l'un de l'autre.
Nous avons tous changé à la fin du collège. Chacun est parti de son côté, et c'est ce qui nous a aidé à nous recentrer sur nous mêmes et à prendre du recul sur ce qu'il s'était passé… Mais pour Daiki, ça a été différent. Pendant que tout le monde arrivait à se remettre sur pieds et à avancer à son rythme, Daiki continuait de sombrer et à chercher une solution à taton, sans vraiment comprendre ce qu'il devait trouver. Après sa rencontre avec Ryouta, le changement s'est opéré très vite. Il a appris à s'occuper de quelqu'un d'autre que lui-même, à devenir plus humain et plus à l'écoute… On peut presque dire qu'il a piqué un sprint pour nous rattraper, jusqu'à nous dépasser. Il a prit conscience qu'il était au bord d'un précipice, et il a choisi de s'en éloigner volontairement. Même si aujourd'hui, certains le poussent pour qu'il retourne à la limite de se jeter dans le vide, il tient bon, et une simple bousculade ne le fera plus tomber de haut.

A côté de ça… Ryouta est très intéressant… Que ce soit dans sa façon d'être, sa façon de se comporter… Ces petites choses surprenantes qu'on découvre petit à petit.
C'est assez amusant de voir que quand il parle avec d'autres personnes, Ryouta met du temps à répondre, il répète parfois les questions qu'on lui pose pour se laisser le temps de réfléchir, il ne réagit pas toujours du premier coup quand on l'appelle... Il faut savoir être patient. Alors que quand Daiki est là… Quand Daiki lui parle, il réagit tout de suite. D'ailleurs, il réagit même quand ce n'est pas à lui que Daiki s'adresse. En fait, je dirais qu'il s'éveille à la voix de Daiki, tout simplement, comme si c'était un repère pour lui. Un repère physique également, vu la façon dont il avait de jeter des coups d'œil à la cuisine, attendant sagement le retour de son amant.

Je peux comprendre pourquoi cette personne a autant intrigué Daiki.

Mais je n'oublie pas que tout n'est pas encore réglé.

Maintenant… Il va falloir que Daiki fasse des choix. J'ai entendu de la part de Satsuki qu'il avait des nouvelles de son père, mais qu'il fallait qu'il fasse le premier pas. Et je sais qu'il ne le fera pas. Daiki a besoin d'un électrochoc pour agir, un événement extrême doit se passer pour qu'il se rende compte qu'il doit faire quelque chose. D'ici là, cette histoire restera en suspend, j'en suis persuadé...

En attendant… Je souhaite qu'il ne se passe que du bon entre eux.


PDV MOMOI SATSUKI

ILS SONT TELLEMENT MIGNOOOOONS !

J'ai déjà complètement pardonné à Dai-chan la scène de cette après-midi, dont j'ai été témoin (in)volontaire !

Il a tellement changé en peu de temps… La preuve, il nous a assez fait confiance pour laisser Ryouta seul avec nous ! Y a encore quelques temps, il n'aurait jamais laissé ça se produire !

Pendant son absence, on a pu échanger nos numéros avec Ryouta… Comme ça, si un jour il a envie de discuter avec nous, ou que nous on a envie, on pourra le faire, sans passer par Dai-chan ! Ryouta n'est pas quelqu'un de méchant, et je ne pense pas qu'il va nous harceler de messages ou d'appels… Je dirais même qu'il est trop timide pour ça !

Mais peut-être… Peut-être qu'un jour, il pourra nous considérer comme ses amis et… On pourra faire des sorties ensemble, ou juste discuter, sans qu'il n'ai besoin de Dai-chan près de lui. Quand nous, on sera exactement comment réagir face à Ryouta, comment interpréter ses gestes et ses mots, que Dai-chan serait prêt à lâcher du leste et que Ryouta se sentira vraiment bien avec nous… Ça fait quand même beaucoup de contraintes. Mais un jour, ça sera sûrement possible ! J'y crois !

J'en ai profité pour lui envoyer les photos que j'ai prise ce matin. Il était vraiment heureux. Son regard s'est illuminé, c'était vraiment adorable !

Nous savons bien que tout notre cirque énerve un peu Dai-chan, mais il faut bien qu'on le bouscule un peu, sinon il ne ferait que nous fuir et nous cacher des choses !

On aime bien embêter Dai-chan, mais c'est notre petite vengeance pour tout ce qu'il a fait… Puis ce n'est pas méchant, on sait bien qu'on ne le blesse pas...


PDV RYOUTA

Je suis content…

Les amis de Daiki sont gentils avec moi. Et moi...moi je suis gentil aussi et je fais pas honte à Daiki. Je veux que Daiki soit content de moi...C'est quoi le mot déjà ? Fier ! Je veux qu'il soit fier de moi. C'est pas facile, facile, y a du monde et moi j'aime pas trop. Mais y a que Satsu et Tetsu qui sont proches, c'est bien ça.

Les photos… Elles sont jolies ! J'ai pas avec Daiki, des photos, et j'ai jamais pris de photos avec ma famille… Ils voulaient pas que… Quand ils faisaient une photo, j'avais pas le droit d'être dessus. Là, je peux avec Daiki…

Là, ils ont mis un film. Mais moi, j'aime pas trop, donc je regarde Daiki… J'aime bien le regarder. Parce qu'il est beau et que… Il trouve pas ça bizarre quand je le regarde beaucoup. Il fait des câlins et j'aime bien quand il touche ma tête comme ça ! Je me sens… important.

Satsu dort sur Tetsu, je trouve ça drôle… Tout le monde regarde la télé.

Sauf Mukkun...Il mange ! Et il touche Himuro ! Pas là où c'est intime, mais il touche quand même.

Moi, j'aime bien quand Daiki me touche… Ça fait du bien et après… après je me sens plus calme. Des fois, j'ai très très envie que Daiki me touche… Mais que lui. Je veux qu'il me touche partout, parce que... J'ai besoin. Et je veux toucher Daiki aussi, parce que c'est agréable… J'ai pas tout le temps conscience de ce qu'il y a autour de moi. Des fois j'ai pas trop conscience de moi non plus. De mon corps. Mais… Quand Daiki me touche ou que moi je touche Daiki, je me sens bien parce qu'il y a pas de barrière. Y a pas de distance entre moi et mon corps… Y a juste moi.

Alors… Même si c'est pas bien, je passe ma main sous le tee-shirt de Daiki… Il a la peau toute chaude !

Daiki tourne la tête et me regarde. J'aime ses yeux ! Ils sont bleus ! Un bleu tout sombre !

- Qu'est-ce qui se passe Ryou ?

Je me serre un peu plus contre Daiki. Je veux qu'il fasse attention à moi… J'aime bien "Ryou". C'est gentil… C'est tout doux avec la voix de Daiki… On donne des surnoms aux gens qu'on aime. On m'a dit ça une fois. Et Daiki, il m'aime, alors il me donne un surnom… Et c'est gentil…

Je laisse ma main sous le tee-shirt parce que… Je veux pas lâcher Daiki…

Il rigole, mais il ne se moque pas… Y a une main dans mon dos maintenant, sur ma peau et je soupire...Parce que ça fait du bien…

Daiki me fait un bisou sur le front… Mais moi je veux pas ça, alors… Je lève la tête… Parce que je veux un vrai bisou d'amoureux…

Daiki a compris je crois. Daiki il comprend mieux que moi. Quand je le regarde, je sais pas ce qu'il veut, faut faire des gestes ou dire les choses ! Mais lui il sait ! Et c'est bien comme ça…

Daiki ferme les yeux, et je fais pareil parce que c'est mieux et j'ai le droit à un vrai bisou d'amoureux, même s'il y a des gens. Daiki, il aime pas quand y a des gens. Moi, c'est pas grave, mais des fois les gens sont méchants et j'ai envie de partir. Là, non...Parce qu'ils sont gentils, et ils ne disent rien.

Je veux faire des câlins avec Daiki… Comme dans le lit ou à la douche, ou comme il fait quand j'ai peur… Collé contre lui… J'ai été bien, alors… On fera des câlins, avant de dormir, hein ?

- T'es en manque d'affection, Ryou ?

- Hum…

C'est pas… pas facile quand y'a du monde… Je suis fatigué…


PDV AOMINE DAIKI

Le film se termine tranquillement, et je profite du fait que tous les autres soient concentrés à ne pas s'endormir ou à regarder l'écran, pour cajoler mon homme. Il est très demandeur depuis qu'on a lancé le film, il s'en ait vite désintéressé et a préféré s'accaparer mon attention. Loin de me déranger, mais je me demande quand même pourquoi maintenant. Sûrement qu'il fatigue et qu'il n'a pas l'habitude de voir du monde aussi longtemps. Il a besoin un peu de force pour tenir, un peu de soutien. De toute façon, vu l'état du groupe, on va pas mettre beaucoup de temps avant d'aller se coucher.

Ce qui ne tarde pas à arriver, alors que le générique de fin vient à peine d'apparaître.

- Bon, aller les gosses, au dodo ! - Dis-je, en me frottant un peu les yeux.

Satsu se réveille tranquillement, comprenant qu'elle a loupé tout le film, et se lève en s'étirant et en effaçant discrètement le petit filet de bave qu'elle a au coin des lèvres. Je fais comprendre à Ryouta qu'on va bouger pour aller dormir, lui prenant délicatement les mains pour l'aider à se relever.

Mais avant ça… On va devoir relever le défi des matelas dans la chambre. Mon amie n'a déjà pas une grande pièce, mais avec nous tous dedans… Ca va être très compliqué. Mais qui ne tente rien, n'a rien !

On se dirige vers la chambre de la seule demoiselle présente, chacun avec ses affaires sous le bras et j'explique rapidement à Akashi le soucis de Ryouta, sur le fait de tous dormir au même endroit. Il monopolise alors l'organisation pour essayer de faire au mieux.

Et après avoir déplacé des meubles, changé plusieurs fois l'angle des matelas, joué à tetris et essayer de bourrer le tout… On a reussit. A mon plus gros étonnement. Et au bonheur de Ryouta.
Bon après, clairement, y'a plus de place où marcher, donc si y'en a un qui se lève pour pisser cette nuit… Bah il est pas dans la merde.

On part chacun notre tour dans la salle de bain pour s'apprêter pour la nuit, et Ryouta et moi y allons ensemble. On aurait dû y aller les premiers, ça aurait logique, vu que le lit est le plus éloigné dans la chambre et qu'ils sont obligés de nous attendre pour aller se coucher, mais bon… Je ne vais pas chercher à comprendre leur façon de réfléchir.

Mais bon, quitte à les faire patienter, je vais y aller jusqu'au bout. J'ai deux trois choses à voir en priver avec Ryouta. Et non, rien de sexuel, désolé, pas à chaque fois !

Les affaires calés sous le bras, Ryouta m'attend pour refermer la porte. Une fois fait, je commence à me déshabiller, mais mon amant bloque mes gestes en se jettant dans mes bras. Je passe mes deux mains dans ses cheveux, avant de le serrer contre moi et l'entendre soupirer d'aise. Définitivement, il est en manque d'affection…

- Ryou… Tout va bien ?

- Mhh… Mieux.

- C'était dur ce soir, pour toi ?

- Du monde, tout le temps… Mais j'étais gentil, hein ?

- Oui, mais t'es toujours gentil Ryouta… Tu étais stressé au début, non ?

- Oui…

- Ça c'est senti… Pourquoi tu n'étais pas à l'aise ?

- Mais… J'ai fait des, des efforts et… les copains de Dai-i-ki… Je voulais pas être biz-arre… Je voulais, je voulais pas que Dai-i-ki ait... Dai-i-ki ait honte…

- Honte de quoi, Ryou ?

- Moi ! Je voulais pas être gogole…

Je le serre contre moi, aussi fort que je peux, sans lui faire mal… Je ne veux pas qu'il pense que j'ai honte de lui, jamais.

- Ça fait… Ça fait un peu peur et, un peu, un peu mal des fois….

- De quoi Ryouta ?

- Les efforts… C'est dou-lou-reux de tout le temps ré-flé-chir…

- Alors ne fait pas autant d'efforts Ryouta… Je suis content et fier de toi, sache-le, tu as été génial ce soir… Mais ne te fais pas du mal Ryou, ça sert à rien. Les autres te connaissent maintenant, et ils ne vont pas te juger. Je veux que tu restes toi-même, c'est le plus important. D'accord ?

- D'accord, d'accord…

Je lui sourit avant de l'embrasser délicatement. Je m'éloigne doucement de lui, pour commencer à me changer, mais je vois du coin de l'oeil que lui, ne bouge pas d'un centimètre. Je lui laisse le temps de reprendre ses esprits, et de tirer ses conclusions aux mots que je viens de lui dire, sans le déranger. Dos à lui, je tends le bras pour prendre mon tee-shirt pour la nuit, mais une main qui ne m'est pas étrangère me bloque dans mes gestes. Ryouta passe ses doigts sur mes muscles, passant par mes omoplates, jusqu'à mes côtes, puis recommence ses gestes. Je le laisse faire, sans bouger, me faisant bercer par ses caresses plus qu'agréables et qui me détendent petit à petit.

La soirée s'est bien passé, on s'apprête à aller dormir, je ne vois pas pourquoi je devrais encore stresser. Tout s'est bien passé.

Je finis par me retourner pour prendre Ryouta dans mes bras. Il me sourit avant de passer sa main sur mon torse, la remonter jusqu'à ma nuque et accrocher ses doigts à mes cheveux. Je comprends le message sans un mot de plus et sans broncher, je lui donne ce qu'il veut. Je pose mes lèvres sur les siennes, m'appropriant sa bouche, sans aucune opposition de sa part. Il soupire, se rapproche de mon corps et nous nous laissons tous les deux envelopper par cette tendresse qui nous a manqué pendant cette soirée. Puis, je sais pertinemment qu'on ne pourra pas se câliner des heures lorsque nous serons au lit, comme nous le faisons d'habitude, alors autant en profiter maintenant.

Je quitte ses lèvres quelques secondes, le temps de lui enlever son haut et mon amant ne perd pas de temps avant de retrouver ma bouche, qui a l'air de lui avoir manqué pendant ces quelques instants de séparation.

On aurait presque dit que le temps s'était arrêté entre nous. Malheureusement, les choses sont différentes de l'autre côté de ces murs. Et les autres ont l'air décidé à bien nous le faire savoir.

- Hey ! Hey ! Vous en mettez du temps ! Vous faites des bébés ?!

La douce voix moqueuse de Takao et ses coups frénétiques sur la porte nous ramène très vite à la réalité.

- C'est possible ? -Me demande mon amant, curieusement surpris.

- Nan, Ryou…

- C'est...C'est ce que je me di-sais...

Mon homme hausse les épaules avant de se détacher de moi et de se diriger vers la porte. Il l'ouvre sans se poser plus de questions, pour se retrouver face à un Takao surpris, toujours le poing en l'air, près à frapper sur le pan de bois.

- On peut pas faire bébé Ta-ka-o ! Parce que... Parce qu'on est deux gar-çons !

Et il referme la porte. Je me retiens vraiment de rire, alors que le brun ne se gène pas du tout pour exprimer son amusement. Je crois même l'avoir entendu s'écraser sur le sol et rouler.

Ryouta, lui, revient tout fier vers moi, reprenant mes lèvres sans se poser de questions. Je l'embrasse délicatement, puis stoppe le baiser en douceur, en posant furtivement mes lèvres sur les siennes, à plusieurs reprises. Je caresse ses joues, le regardant droit dans les yeux, un sourire attendri sur les lèvres.

- On va se mettre en pyjama, mon ange, les autres nous attendent. D'accord ?

- D'accord !

On commence chacun à se déshabiller de notre côté, quand Ryouta se retourne d'un coup, me faisant sursauter.

- Comment… Comment tu m'as appe-lé ?

- Euh… Hein ?

- T'as dit… T'as dit...

Ryouta rougit d'un coup, sans finir sa phrase, ce qui ne m'aide pas à comprendre la situation.

J'ai dit quelque chose de particulier ?

Ok, bon, puisqu'il n'a pas l'air de vouloir m'en dire plus, je vais devoir deviner. On rembobine… J'ai dit qu'il ne devait pas faire plus d'effort qu'il ne s'en sentait capable, on s'est embrassé, donc je n'ai rien dit à ce moment là… J'ai dit qu'on allait se mettre en pyjama, parce que les autres allaient finir par se toucher la nouille en nous attendant, et c'est tout…

Oh… OH !

Ok. Je lui ai donné un nouveau surnom, sans même m'en rendre compte. Au passage, mon inconscient a bien choisi.

- Je t'ai appelé mon ange. C'est ça qui te dérange Ryou ?

- NON ! Non, ça dé-range pas ! C'est… C'est…

Ryouta recommence à jouer avec ses doigts, sans que ses joues ne perdent leur teinte. Je lui laisse le temps de formuler ce qu'il veut me dire, en le regardant jouer avec ses doigts. Il baisse un peu plus le regard, n'osant pas forcément me regarder, et croise ses doigts pour serrer ses deux mains ensemble. Ca faisait longtemps ça, tiens…

- C'est… C'est joli. Et gentil.

Je m'avance un peu vers lui, pour prendre ses mains, les délier et les poser sur mon torse nu.

J'attends qu'il relève la tête de lui-même vers moi, pour poser mes lèvres sur les siennes.

- Alors je vais continuer à t'appeler comme ça, mon ange

Il me sourit et laisse tomber sa tête contre mon épaule, me laissant le loisir de le câliner encore un peu.

Je deviens niais non ? "Mon ange…" C'est ce qui le représente le mieux.

Je me souviens de l'époque où je me foutais de la gueule des couples qui se donnaient des surnoms ridicules, clichés et débordants de niaiserie. Je me disais que ça ne voulait rien dire, que c'était comme un code que les amants utilisaient pour marquer leur territoire. J'étais prêt à tuer le/la premièr-e qui oserait m'appeler "chéri". Pour moi, c'était presque répugnant, rabaissant, emprisonnant…

Et maintenant… Je me surprends moi-même. J'y ai jamais réfléchi, ça ne m'a même jamais traversé l'esprit de l'appeler comme ça. C'est sorti tout seul, sans que je donne mon avis. Et je ne me rends compte que je n'avais pas complètement tort à l'époque. C'est juste que je ne le voyais pas du bon oeil. Si je donne des surnoms à Ryouta, ce n'est pas pour marquer mon territoire, c'est pour exprimer le fait qu'on soit complice, qu'on a des sentiments l'un pour l'autre, qu'on se fait confiance. Je ne l'emprisonne pas, je ne cherche pas à le rabaisser, bien au contraire.

Je respire l'odeur de ses cheveux, mes mains passant dans son dos sans arrières-pensées. … Mensonge.
L'avoir contre moi à demi nu me donne des idées, je l'avoue. Si les autres n'étaient pas là , ça ferait longtemps que je lui aurait fait des avances. J'ai… Trop de sentiments qui bataillent en moi, qui me bloquent la poitrine et qui m'empêchent de respirer normalement. Je ne sais pas comment relâcher ce trop plein d'amour que j'ai pour lui. J'aimerais le serrer contre moi à l'en étouffer, mais je risque de lui faire peur. J'aimerais l'embrasser à en perdre haleine, mais on finirait tous les deux frustrés. Je voudrais lui faire l'amour, là, maintenant, tout de suite, lui montrer à quel point je tiens à lui, à quel point j'ai besoin de lui et que je le désire, tellement fort... Mais je sais bien que je ne peux pas. J'ai plus qu'à ronger mon frein et prendre ce qu'il peut me donner maintenant.

Alors, ouais, je deviens niais. Une vraie boule d'amour.

Je vais aller casser la tronche du premier mec que je croise dans la rue pour racheter mon image de bad boy.

Nan, j'déconne.

La respiration de Ryouta me caresse la base du cou, et je crois que si je ne bouge pas, il va s'endormir sur mon épaule.

- Allez, Ryou… On va y aller…

- Mmmh...

Il relève un regard un peu perdu vers moi, m'embrasse du bout des lèvres avant de retourner se préparer…
Si je me retenais pas, je ferais un caprice. Et je taperais des pieds pour montrer ma frustration et mon mécontentement. JE VEUX RYOU !

Mais non, il faut que j'agisse comme un homme qui contrôle ses pulsions. Donc je continue de me préparer sagement, sans quitter les fesses de mon amant du regard. J'ai bien le droit à un prix de consolation, quand même…

Une fois apprêté, on sort enfin de cette fichue salle de bain. Les autres doivent vraiment se poser des questions… Ou alors imaginer pleins de choses. Tant pis.

Sérieusement, on les entend piailler dans le couloir… Qu'est-ce qu'ils sont en train d'inventer encore comme connerie ?

Toutes les discussions s'arrêtent à notre entrée dans la chambre, sans vraiment que je ne comprenne pourquoi. Qu'est-ce qu'ils cachent encore ?...

- De quoi vous parliez ?

- Oh non, rien, je disais juste que Ryouta était bien foutu ! - Me répond Takao, sans aucune gène.

Au calme les gars. Sans pression.

- Ça veut di-re quoi ?

- Que tu es beau, Ryou…

- Oh… Merci…

- Tu nous fais un petit strip tease, Ryouta ?! - Continue Takao, toujours pas gêné.

Mon amant se tourne vers moi, son incompréhension se lit sur son visage. Je lui explique en lui chuchotant à l'oreille ce que signifie "strip-tease".

Il regarde fixement les autres, avant de reprendre la parole.

- Non ! Faut pas désha-bill-er en public ! Que avec Daiki !

Il place ses bras autour de mon cou et se serre contre moi. Je lui rends son étreinte en jetant un regard équivoque aux autres, avec un petit haussement de sourcil suggestif.
Et puis quoi encore ? Ils s'attendaient à quoi ? Par contre, j'avoue que si un jour l'envie lui prend de me faire un strip tease, je ne serais pas contre… Faut que j'arrête.

- Tu me feras un strip tease alors ? Rien qu'à moi ?

Il me regarde, en plissant un peu les yeux et en reculant un peu la tête, incertain de ce qu'il doit répondre. Un petit air malicieux s'affiche sur son visage, et d'un petit mouvement de tête, il me fait comprendre que je peux encore rêver…

Je suis déception.

Je secoue la tête, sous le rire des autres. Je le lâche de ma prise et lui donne une petite tape sur les fesses pour l'inciter à bouger.

- Allez, au lit jeune homme !

Ryouta se retourne, et je fais une légère pression sur sa hanche pour l'inciter à passer en premier. Ceux qui ne sont pas encore passer par la case salle de bain se décident enfin à y aller.

Ok, nouvelle question, comment Ryouta va décider de s'y prendre pour aller jusqu'au lit ?
Réponse ….

D'une façon bien à lui.

Je le vois poser un pied entre les ridicules espaces entre les matelas et continuer son chemin, sans jamais poser un pied sur les lits de fortunes. Comme quelqu'un qui traverse un passage piéton que sur les lignes blanches, pour ne pas mourir, Ryouta décide de se compliquer la tâche.

- Tu peux marcher sur les matelas Ryou, tu sais ?

- Hum, hum ! - Me répond-t-il en levant son index dans un signe de négation.

J'ai envie de lécher son doigt pour le déconcentrer, tiens.
Il faut vraiment que j'aille me coucher, je commence à avoir des pensées étranges…

- Tu vas tomber, Ryou…

- Mais non !

Je le suis, à son rythme d'escargot, ne le pressant pas le moins du monde. Les autres nous regardent sans faire de commentaires. Même si j'ai l'impression, rien qu'au regard de Takao, que s'il avait un chronomètre dans les mains, il ne se serait pas gêné pour compter le temps qu'on a mis à arriver jusqu'au lit.

Les gestes de Ryouta sont minutieux, presque élégants… Enfin, jusqu'à ce qu'il arrive à notre couche et se jette sur les draps sans aucune grâce. Sacré Ryou… Il s'enroule dans les draps et prend toute la place, ce petit con…

Je le pousse un peu du pied, pour l'inciter à se décaler et il se décide enfin à me laisser une petite place. Je m'installe, lui volant la couette au passage.

Entre temps, tout le monde est revenu et est prêt à se coucher. Murasakibara s'est déjà endormi, il n'a absolument pas perdu de temps.

J'éteins la lampe de chevet, seule lumière qui éclairait la pièce, après qu'un bonne nuit général ait été lancé à la volé.

Ryouta se cale contre moi, en soupirant doucement et pose une main sur mon torse, sous mon tee-shirt.

Je lui dis que ce n'est pas trop le moment pour me chauffer ?

- Ryou, tu peux enlever ta main ? - Je chuchote, pour que ça reste entre nous.

- Mais… Mais… Je fais tout, tout le temps ça ! - Dit-il, sans même prendre la peine de baisser la voix.

- Ah ouais ?

- Hum !

- Ah.

Ah.
Bon, bah, c'est que d'habitude ça ne me gène pas du tout. Maintenant que j'y pense, c'est vrai qu'il le fait systématiquement.

- Ah d'accord.

J'entends d'ici Satsu glousser dans son oreiller. Saloperie…

Ryouta profite de mon étonnement pour m'embrasser et je lui réponds par réflexe, oubliant complètement ce que j'avais dit concernant la présence des autres.

- Doucement Ryou...

- Ne vous gênez pas pour nous, faites comme si nous n'étions pas là.

Trop aimable Tetsu.

Satsu rigole comme une dinde, et je ne crois pas me tromper en disant qu'il en va de même pour Takao. Akashi rigole doucement aussi, mais ne ris pas comme une dinde. Akashi n'est pas une dinde.

- La ferme Tetsu !

Je jette mon oreiller, un peu au hasard dans la pièce en espérant toucher ma cible…

- Mauvaise pioche. - Me fait savoir Akashi.

… Oups ?

Retour à l'envoyeur, et en plein dans la tronche !

Je ne cherche pas à jouer plus longtemps, et me fait tout petit. C'est vrai quoi, on ne joue pas avec Akashi, il pourrait mettre du ciment dans l'oreiller, juste pour que ça fasse plus mal. Et pour gagner la partie.

Donc, je remets doucement mon oreiller à sa place, et reprends Ryouta dans mes bras. Le silence règne en maître dans la pièce, et j'embrasse le haut de la tête de mon amant, avant de relever les draps sur nous.

- Dors, mon ange…

Je pose confortablement ma tête sur mon oreiller fraîchement retrouvé et ferme les yeux, espérant pouvoir trouver le sommeil du juste.

- Hey, Shin-chan, pourquoi tu ne me donnes jamais de surnoms romantiques, comme ça ?!

Vu le bruit que je viens d'entendre, je dirais que "Shin-chan" vient de commettre un crime passionnel à coup d'oreiller dans la tronche.

- Mais vous voulez pas dormir, bordel ?! - Je gueule, exaspéré...

- Tellement de Yaoi dans cette si petite pièce…

- La ferme Satsu ! -Dis-je en me relevant, faisant grogner mon amant…

- Calme Dai-i-ki, il faut dor-mir !

- Tu devrais écouter ton mari, Aomine-kun.

Ma tête doit être impayable. Le léger rire endormi de Ryouta me fait doucement reprendre conscience, et j'ignore totalement la sortie de Tetsu.
Je ramène la couette sur nous, nous enterrant complètement dessous, ne laissant pas le loisir aux voyeurs d'assister à nos légères caresses et nos baisers discrets.

Le silence se fait, les respirations ralentissent et j'observe Ryouta s'endormir contre moi, sans le lâcher des yeux. Je lui embrasse une dernière fois le front, laissant un soupir de bien-être passer la barrière de mes lèvres, et ferme les yeux pour un repos bien mérité…


- Aïe !

- Mince désolé… Faut que j'aille faire pipi !

- Mais fais attention, Bakao !

- Tch… Ca c'était mon pied…

- Arrêtez de prendre toute la place aussi !

J'entends vaguement la porte s'ouvrir, et des bruits de pas qui s'éloigne de la pièce. La lumière du couloir éclaire légèrement la chambre, laissant passer la lumière nécessaire à nous faire chier. Je jette un coup d'oeil pour voir que tout le monde se recouche, en grognant ou en soupirant de mécontentement. Ryou, lui cache sa tête contre mon torse, pour se rendormir comme si rien ne s'était passé.

Je l'avais dit que celui qui se lèverait dans la nuit pour aller pisser serait dans la merde…


- Vas-y doucement Tetsu-kun, ils vont se réveiller…

- Mais non, ne t'en fais pas Momoi-san...

Les rideaux filtrent les premiers rayons du matin, de ce que je peux constater de mes yeux toujours fermés. Ryouta bouge un peu contre mon dos, passant un bras autour de ma hanche. Je serre mes doigts entre les siens avant d'entendre encore une voix qui va finir par me tirer de mon sommeil.

- Ils sont tellement mimis….

- Chuuut, il ne faut pas les réveiller.

Je me retourne, voulant m'échapper à ces voix qui me tapent sur le système. Face à Ryouta, je sens ses cheveux me chatouiller le nez. Je respire un grand coup, m'imprégnant de son odeur avant de me sentir repartir dans les limbes du sommeil, mon amant serré contre moi…

- Oh, vas-y ! Il faut les prendre comme ça !

- C'est fait…

- Vous allez vous faire tuer. - Intervient la voix de Midorima.

- Mais non, Aksahi-kun nous sauvera. - Répond Tetsu.

- Que tu crois… Je ne bougerai pas le petit doigt.

- Bouh ! Méchant Akashi-kun… - Reprend Satsu.

Ils me font tellement chier…

J'ai la flemme d'ouvrir les yeux…

Je les engueulerai plus tard…

Et j'exploserai leurs portables.

Simple et efficace.