Hey ! Bonjour, Bonsoir à tous !

Je reviens pour le Chapitre 23 de "Son monde à lui" !
Après... Plusieurs mois d'absence, effectivement. Je m'excuse d'ailleurs pour ça...

Merci à Oohfemmeluxieuse, Futae, satokooo, miss Neko Tenshi, Nezumibook, Alsco-chan, Aokaga168, Cobra, Drennae, PerigrinTouque, Guest et cookkinodoradoco pour vos reviews !

Un merci tout particulier à Alsco-chan, qui accepte de corriger mes torchons et qui est toujours là pour me harceler, pour avoir la suite !

Merci pour votre patience et de continuer à suivre cette histoire.

Sur ce, je vous dis à la prochaine !

Et bonne lecture !


Réponses Guest :

Cobra : Hey ! Merci pour tes reviews ! C'est vrai que si Daiki existait, il ne saurait plus où donner de la tête avec toutes ses fangirls et tous ses fanboys ! Il finirait mort étouffer sous le poids de notre amour, le pauvre ! En tout cas, merci d'avoir laisser ta trace, et à la prochaine !

Guest : Merci pour ta review ! Je suis contente que l'histoire te plaise :)


~ CHAPITRE 23 ~


Bordel, que le temps passe vite. Dans quelques jours, nous entamerons le sixième mois de l'année. Ça me parait dingue tout ça...

7 mois que je connais Ryouta.

5 mois que nous sommes ensemble.

1 mois que je vis chez Satsu.

Enfin, je devrais plutôt dire que je vis entre chez Satsu et Ryou. Non, parce que je passe la moitié de mon temps là-bas, donc bon...

Qu'est-ce que je pourrais raconter sur ces dernières semaines ? Pouah, tellement de trucs !

Déjà, la soirée avec le reste de la GM. Ça a failli finir en meurtre. Quand je me suis rendu compte que Satsu et Tetsu prenaient tranquillement des photos de nous pendant qu'on dormait, j'ai eu envie d'exploser leurs portables. Mais je n'avais pas le courage, j'étais crevé moi ! C'était pas l'heure de se lever !... Je commence à parler comme Ryouta, tiens. Mais, bref, il était beaucoup trop tôt. Alors je me suis rendormi, leur laissant le champ libre.
Je me disais qu'ils allaient se lasser... Grossière erreur de ma part ! Ils sont partis tellement loin dans leur délire de fangirls qu'ils avaient comme idée de créer un blog à notre effigie, pour partager le merveilleux couple que nous sommes. Comme si j'avais besoin de ça ! Heureusement pour nous, ils ont vite laissé de côté cette idée… Jusqu'à ce qu'ils trouvent mieux...

Bref, ils me gonflent un peu parfois, mais c'est supportable. J'ai l'impression que c'est plus pour me taquiner que pour réellement me faire chier, donc pour le moment, ça passe.

Sinon, concernant les autres, ils sont restés fidèles à eux-même. La matinée s'est passée tranquillement, et ils sont repartis les uns après les autres, nous laissant seuls, Satsu, Ryou et moi. J'ai ramené Ryouta chez lui en fin de journée en lui faisant la promesse que ce n'était pas la dernière soirée que l'on faisait tous ensemble. Mais il faudra que je parle avec lui de ses limites, histoire de ne pas les dépasser ou de ne pas abuser de sa patience. Il a été parfait, mais à certains moments, il faisait du forcing pour ne pas craquer, et ça, je refuse que ça se reproduise.

Ensuite… Oh, bah si ! Devinez-quoi ?! Nan, vous n'allez pas deviner, trop chiant et vous aurez sûrement la flemme de réfléchir…
Germaine… On se souvient tous de Germaine, alias Sumi… Elle est revenue.

En fait, je tiens toutes ces infos de Nanami. En gros, on a fait la soirée pour que Ryouta échappe au retour de ses parents. Et de Sumi. Je l'avais presque oublié, elle… Quand j'ai ramené Ryouta chez lui, après que sa soeur m'ait envoyé un message pour me dire que c'était bon, elle m'a précisé que Sumi était encore là. J'ai un peu voulu le garder plus longtemps avec moi, mais ça ne servait à rien de retarder la séparation, de toute façon elle allait rester au moins une journée de plus. Est-ce que je ne serais pas en train de vouloir que quelqu'un dégage de sa propre maison ? Si, si, c'est totalement ce que je veux.
Le seul point positif que je voyais avec le fait qu'elle revienne, c'est que ça annonçait également le retour de Charles ! Sauf que… Non. Il a démissionné. Il n'en pouvait plus des caprices de Sumi et a décidé de partir pour ne plus avoir à subir son comportement de princesse mal éduquée. A l'origine, il s'occupait de la famille, certes, mais surtout des besoins de Ryouta. Il a préféré partir, plutôt que de continuer à endurer ça. Apparemment, il aurait même balancé à Sumi que Ryouta était peut-être autiste, mais qu'au moins, lui, il était humain et qu'il avait du respect pour les autres, contrairement à elle. J'aurais tellement aimé voir sa tête à ce moment là… Mais au moins, Charles avait vraiment de la sympathie pour Ryou et ça, ça fait plaisir à entendre. Dommage qu'il soit parti…

Mais bon, ce qui est bien à savoir, c'est que Sumi n'est pas restée longtemps, et n'a pas pu emmerder Ryouta comme elle le voulait. Nanami prenait le parti de son frère, sans plus aucune hésitation. Ryouta m'a raconté certains trucs et j'étais content de voir l'évolution de leur relation. Ça fait vraiment plaisir à voir.

Après…. Je pense qu'on va éviter les sujets qui fâchent. Ça ne sert à rien de retourner sur les autres trucs, il n'y a rien de nouveau. Et tant mieux dans un sens, je pense. Quand je parle de sujets qui fâchent, je parle bien évidemment de ma mère, hein. Enfin, ma génitrice. Je ne sais même plus comment l'appeler, mais je n'ai vraiment pas envie de me prendre la tête avec ça. Ah, et faut éviter de me parler de mon père aussi. La mère de Satsu le fait déjà assez, alors qu'elle sait que c'est le calme plat. Je veux dire, pourquoi je l'appellerai ?! Ouais, ouais, je sais, il prend de mes nouvelles, tout ça, il ne doit pas avoir un mauvais fond et surtout, je ne sais rien de ce qu'il s'est passé pendant la séparation de mes parents. C'est vrai. Mais la flemme, je suis bien, là. Certes, techniquement, j'ai abandonné mes parents (ou est-ce que c'est eux qui m'ont abandonné ?) mais ça va, je vais bien. Puis y a la famille de Satsu pour le moment, et y'a Ryouta. Alors tout va bien, j'ai le temps avant de me prendre la tête avec ces histoires d'adultes. J'ai juste envie d'être un ado normal, avec des histoires normales, pendant quelques temps. J'ai besoin de reprendre le contrôle de tout ça, de mes émotions, et même de ma vie entière ! Le reste, on verra plus tard.

Parlons d'un sujet plus joyeux, tiens ! Mon adorable petit-ami qui me surprendra toujours. Non, mais sérieux, l'autre fois, il pleuvait, et j'ai dit à Ryouta qu'il pleuvait des cordes. Bah après avoir regardé par la fenêtre, il m'a regardé comme si j'étais fou en me disant que, non, il n'y avait pas de cordes. Il était déçu et il a cru que je me moquais de lui. C'était vraiment trop mignon. Mais je me suis senti un peu con aussi, parce que tout ça, je le sais. En ce moment, je baisse un peu ma garde. Plus je me sens à l'aise avec Ryou, moins je fais attention à ce que je dis ou à ce que je fais, sans me préoccuper du fait qu'il peut comprendre mes mots ou mes gestes de travers. Au moins je m'en rends compte, ça serait bien maintenant de me re-concentrer un peu, et ne pas trop me laisser aller dans ce que je dis ou fais. Je n'ai pas dis que je devais me bloquer ou me restreindre, mais juste faire attention à Ryouta, comme je l'ai toujours fait.

Sinon, notre couple va très bien. Je ne vois pas quoi rajouter. Quand tout va bien, est-ce qu'il y a vraiment besoin de s'éterniser pour étaler son bonheur à la gueule des gens ?
… Ouais, y a besoin ! Ryouta c'est mon homme et c'est un amour ! Non, je déconne, je n'ai rien à ajouter. Mais Ryouta est vraiment un ange.

Bref, il va peut-être falloir que je me reconcentre un peu là, parce que sinon, je ne vais jamais le mettre ce panier. Bon, je suis mauvaise langue, tout le monde sait que je ne loupe jamais un panier. Ja-mais. Mais bon, ça serait bien de rester concentré quand même. Surtout que Ryouta me regarde du coin de l'oeil, donc ce n'est pas le moment de se planter.

En ce moment, nous sommes à notre terrain. Je ressentais le besoin de me défouler. C'est tellement rare, que ça mérite d'être souligné ! Les beaux jours sont vraiment de retour, alors on en profite ! Enfin, surtout moi, parce que Ryouta n'est pas décidé à jouer aujourd'hui. Il a dit qu'il préférait me regarder. Ce qui est un mensonge parce qu'il n'a presque pas levé le nez de son bouquin ! Et non, je ne suis pas jaloux d'un bouquin, faut pas déconner. Je ne quémande pas son attention non plus ! Mais je ne comprends pas comment son bouquin peut être plus intéressant que moi…

Apparemment, c'est un cahier d'exercices. Je l'avais déjà vu chez lui, ça lui arrive de d'y jeter un oeil, mais généralement, quand je suis là, il le laisse de côté. Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert, ni ce qu'il veut réellement dire par "exercices". Je me suis toujours dit que c'était comme une cahier de vacances, en quelque sorte. Ce qui est assez drôle, c'est de voir que lui, il prend du plaisir à le remplir, alors que moi, je fuis tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à des trucs de cours.

Je vais quand même aller voir en quoi consiste son bouquin. Vu la sueur qui me coule dans le dos, et qui commence à me faire frissonner, ça fait un moment que je l'ai laissé pour m'entraîner, et j'ai envie de retourner auprès de lui. Il ne manquerait plus qu'il me rejette en me disant qu'il est occupé… Naaan, il ne fera pas ça !

Je m'avance vers lui, là où toutes nos affaires ont été laissées en plan, et m'assois à ses côtés. Il s'est posé sur un coin d'herbe, au pied d'un arbre au tronc impressionnant. Ryouta est fasciné par ce qui est impressionnant.

Je jette un regard sur son cahier, qui est ouvert sur une double page avec sur celle de gauche, un texte, et sur celle de droite, des lignes vierges que Ryouta rempli au fur et à mesure. Bon… Qu'est-ce que c'est ?

- Ryou… ?

- Hum ?

- Tu fais quoi ?

Il relève les yeux vers moi, et me regarde fixement.

Je jette un autre coup d'oeil pour lire rapidement l'intitulé, mais Ryouta me prend de court en répondant à ma question, après quelques secondes de silence.

- Des ex-er-cices !

- Ouais, mais… ça consiste en quoi, ce que tu fais ?

- Et bah… Bah… Des exercices… Là, je lis. Je lis le texte et après… Après là -Me dit-il en pointant du doigt la page vierge - j'écris ce que j'ai com-pris !

- Ah… C'est un peu comme un commentaire de texte ?

- Un quoi ?

- C'est quand tu lis un texte, et que tu travailles dessus pour...pour...donner les idées principales et… Les expliquer. 'Fin, j'crois.

- Bah c'est tout pareil ! Et après, là, je sou-ligne les mots que j'ai...que j'ai pas compris et le Docteur Mi-ano m'explique.

- Ah ok. Et t'aimes bien faire ça ? - Je lui demande, un peu surpris.

Nan, parce que moi, sérieux, faut limite me donner un coup de pied au cul pour me faire faire un truc comme ça.

- Oui ! J'aime bien lire, moi !

- Ah ouais ?

Il hôche juste la tête pour me répondre.

J'avais déjà remarqué qu'il portait une attention particulière aux bouquins. Ma logique imparable n'avait absolument pas fait le lien avec le fait qu'il pouvait potentiellement aimer les lire. En même temps, c'est pas faute d'avoir essayé de me foutre un bouquin dans les mains, mais généralement avec moi… Il disparait toujours mystérieusement. Rien à voir avec le fait qu'il se décompose au fil du temps ou que je l'oublie quelque part sans regret. Non, vraiment aucun rapport. Enfin, bref, tout ça pour dire que les livres ne font pas partie de ma définition de l'amusement, alors… Alors, bah, mon cerveau ne m'a pas fait comprendre que Ryou pouvait aimer lire. Tout simplement.

- Donc… T'aimes bien lire des livres, Ryou ?

- Hum. J'aime bien. J'aime bien parce que…Parce que c'est plein d'histoires et… Des fois dans les livres, les mots disent plein de choses et moi, je peux com-prendre des choses. Oui, ça m'aide à comprendre des choses.

- A comprendre quoi ?

- Des choses. - Insiste-t-il, sans me donner plus de précisions.

- Comme quoi ?

J'adore quand il fait son radin de la conversation. Parce que je ne comprend absolument pas où il veut en venir et que ça me pousse à lui poser des questions et à en savoir plus sur lui. Je crois que c'est aussi pour ça qu'il fait ça, pour que je lui prouve que je l'écoute. Ou alors parce que pour lui, c'est clair comme de l'eau de roche et qu'il pense que ce qu'il dit est suffisant. J'sais pas. Mais en tout cas, il ne prend pas mal le fait que je lui demande d'être plus explicite, et ça, c'est une bonne chose. Ça montre qu'on évolue.

- Bah… Comment fon-ctionnent les gens. Où comment… Comment fonctionne le monde. Tout ça ! - Me dit-il en faisant un geste du bras qui englobe ce qui se trouve autour de nous.

Il fait une petite pause, et j'en profite pour réfléchir à ce qu'il vient de me dire.

- Mais d'autres trucs ont l'air encore plus biz-arres…

- Ah ? Quoi ?

- Hum… Comment fonctionnent les gens où...où comment fonctionne le monde…

Et là, je ne peux pas m'empêcher de rire. Je ne me moque pas de lui, loin de là. Et je ne ris pas non plus parce que ce qu'il dit n'est pas cohérent. Au contraire, je vois totalement où il veut en venir et c'est plus que normal qu'il voit les choses comme ça.

Le monde est bizarre et étrange, mais ça, ce n'est pas nouveau. Je pense qu'il doit voir certains comportements, certaines émotions dans ses bouquins et ça lui permet de se familiariser avec tout ce qu'il a du mal à concevoir. Il les interprète pour se les approprier. Je pense que des fois, ça doit fonctionner, et à d'autres moments, pas du tout. Alors, ça lui paraît étrange, puisque pour lui, si c'est écrit, c'est que ça doit être vrai. Ça peut même devenir une vérité absolue !

C'est une logique enfantine, mais on fait tous ça. Encore plus quand on est gamin, et que nos parents nous expliquent un truc, c'est forcément la vérité. Si en grandissant, on voit que c'est faux, on est paumé.

Tiens… Le psy en herbe est de retour ! Paye ta psychologie de comptoir...Sérieux.

J'espère juste une chose, c'est qu'il ne lit pas trop de bouquins fantastiques ou trop intellectuels pour ma petite personne… Nan, mais, ça serait un mal de crâne assuré d'essayer de lui expliquer le vrai du faux. Genre, lui dire qu'on ne peut pas voler sur un balais, qu'on ne peut pas vraiment lire dans la tête des gens, qu'on ne peut pas se perdre dans une armoire… Vaut mieux ne pas penser à ça.

Et merde… Maintenant je suis curieux de savoir comment il réagirait devant un film fantastique. Qu'est-ce qu'il en penserait et comment il verrait les choses après avoir vu le film…. Idée à garder dans un coin de ma tête pour une soirée où on se ferait chier. Et si je le fais, penser à garder le téléphone à proximité pour appeler le Docteur Miano en cas d'état d'urgence !

Je divague complètement. Je ne suis absolument pas concentré ! … 'Fin, si, techniquement je réfléchis à la situation, et à de potentiels projets, ce qui en soit, change complètement de mes pensées salaces habituelles.

...Pourquoi j'y ai pensé ?! Je dois absolument chasser les images qui se forment dans ma tête concernant tout ce que j'ai envie de faire de pas catholique à mon adorable petit-ami. Plus particulièrement à une certaine partie de son anatomie. La vache, comment j'ai pu arriver à penser à ça ! Je suis parti d'une pensée philosophique sur la façon dont Ryouta interprète le monde pour finir sur ce que j'ai envie de faire à son petit cul ?!

Mais retournons plutôt à la situation.

- Et sinon, il y a quoi d'autre dans ton cahier d'exercices ?

Voilà, reprenons plutôt le contrôle de tout ça.

Ryouta ne me répond pas directement de vive voix et préfère tourner un peu les pages, à une vitesse qui ne me permet pas de distinguer quelque chose. Il tourne les pages jusqu'à la fin du cahier, puis le reprend depuis le début pour ouvrir la couverture et arriver aux premiers exercices.

Il pointe le titre du premier folio et je comprends vite que chaque page correspond à une "matière", qui se distingue par une couleur au niveau des lettres, mais aussi des décorations. C'est vachement plus pratique et sympa que mes cahiers tout pourri !

Il tourne les feuilles une à une, m'expliquant au fur et à mesure ce qu'il doit faire et comment il le fait. Rapidement, je comprends qu'il prend plaisir à le remplir et qu'il essaye d'ouvrir son cahier au moins une fois par jour, quand il le peut.

Je suis… assez surpris de voir toutes les matières et tous les exercices qu'il doit faire. Et surtout par le fait qu'il répond juste à toutes les questions, pour ce que j'ai pu en voir. Il y arrive, tout seul, et je ressens une certaine fierté à ce constat. Je sais depuis longtemps qu'il est loin d'être bête. Il est même très intelligent, et je ne pense pas m'avancer trop vite en pensant qu'il peut être plus intelligent et réfléchi que moi. Sans aucun doute même. Quelque part, c'est juste qu'on ne réfléchit pas et on n'aborde pas les choses de la même façon.

- Et y a quelqu'un qui corrige ton cahier ? Les erreurs que tu as pu faire, ou … ?

- Oui ! Le docteur Mi-a-no !

Le docteur, encore et toujours…

- Elle… Elle… Le docteur Mi-ano, elle corrige les cahiers, et quand je fais des erreurs, elle explique et je refais. Mais...Mais celui-là, c'est un nouveau !

- Un nouveau cahier ?

- Hum.

Il continue de tourner un peu les pages, sans trop savoir quoi me dire sur les exercices en question, puis d'un coup, je le vois se raidir et se mordiller la lèvre. Il hésite.
Mais arrête de faire ça, Ryou, c'est trop sexy et ça me perturbe.

- Qu'est-ce qui se passe, Ryou ? - Dis-je en m'approchant de lui et en passant une main sur son bras pour attirer son attention sur moi.

Il me regarde, puis baisse les yeux sur un planisphère. Je cherche à savoir ce qui peut le chambouler autant, mais ne voyant pas de réponse claire, je préfère attendre qu'il se décide à me parler. Lui laisser un peu de temps, parfois, et ne pas le brusquer, ça le met en confiance.

Il lui faut quand même quelques minutes, qui me paraissent très, très longues, mais je prends sur moi pour le laisser réfléchir et pour ne pas le presser. Et pour éviter de mal lui parler quand il reprendra la parole, à cause de ma patience limitée…. Rester zen, ça fait de mal à personne !

- Dai-i-ki ?

- Oui ?

Voilà… Juste un peu de patience...

- J'ai une ques-tion ! La planète, ici… Elle est toute ronde ?

- Euh, ouais, la Terre est ronde, pourquoi ?

- Alors, pourquoi, là c'est tout plat ? Pas logique !

Il me montre la carte du monde dans son manuel et … La vache, la question piège !
Ah si, je sais !

- Bah, parce que c'est dans un livre. Alors ils ne peuvent pas la faire ronde.

Réussite de la mission.

- Alors pourquoi ils font pas des livres ronds ?

Échec de la mission.

- Parce que…

Je suis à court d'arguments là.

- Parce que c'est comme ça.

Il repose son livre sur ses genoux, sans m'accorder un regard de plus. Il reprend son crayon comme entre ses doigts et continue ses exercices dans le silence. J'ai dit une connerie ? Réfléchis deux minutes Daiki, ça risque d'être utile.

Bordel. Bien sûr que j'ai dit une connerie.

"Parce que c'est comme ça."

C'est exactement le truc à ne pas dire. Ça ne veut strictement rien dire pour lui ! "C'est comme ça" ? Je sais qu'il aurait voulu me demander pourquoi c'était comme ça. Mais il ne l'a pas fait. Il n'a pas voulu insister. Finalement, je n'ai peut-être pas été assez patient. Et pas assez honnête non plus.

Si à chaque fois qu'il pose une question, personne ne lui donne de réponse, ou préfère l'envoyer balader, ça se comprend qu'il n'insiste plus. Autant être sincère avec lui.

- Ryouta ?

- Hum ?

- Je suis désolé, je sais que ça ne veut rien dire pour toi si je dis "c'est comme ça". Le truc, c'est que je n'aurai pas dû dire ça. J'aurais dû tout simplement dire que je ne sais pas la réponse. Je ne sais pas pourquoi les livres ne sont pas ronds.

- Tu ne sais pas ?

- Non.

- Moi non plus. Peut-être parce que... Parce que ce n'est pas très, très prati-que.

- Ça doit sûrement être pour ça, ouais…

Il tourne la page, ne nous donnant pas la peine de continuer sur le sujet, qui de toute façon, n'aura pas de réponse plus développée. Je le regarde reprendre son crayon et continuer ce qu'il faisait, tout en me jetant des regards de temps en temps. Ouais, effectivement, ça ne doit pas être super agréable de bosser avec un mec à côté qui te fixe sans rien dire. Ça doit même être assez flippant !

Je pose mon regard sur ce qu'il y a devant moi, en rougissant un peu. Je peux vraiment être bizarre des fois, moi aussi…

J'ai pas envie de retourner m'entraîner. J'ai pas envie de partir. J'ai pas envie de le laisser travailler. Ouais, je sais, c'est totalement égoïste, mais je m'en fous. Je veux qu'il continue de me parler. Et de faire attention à moi. Je décrète, en cet instant solennel, que je suis en manque d'affection. Et que je compte bien aller chercher mon dû.

Ouep, totalement égoïste, mais je m'en fous !

- Ryou ?

- Hum ?

- Tu veux bien arrêter de travailler pour continuer de discuter avec moi ?

- De quoi ?

- De tout, de rien… De toi.

- Pas… Pas savoir quoi dire, moi. Sur moi ?

- Hum, me raconter un peu comment tu vois le monde, comment était ta vie avant qu'on se rencontre, des histoires de quand tu étais petit… Des trucs comme ça…

- Tu veux… Tu veux… Da-i-ki veut parler de moi ? Tu veux entendre ça ?

- Ouais… Totalement.

- Oh ! D'accord !

Il est trop mignon ! C'est limite s'il n'a pas jeté ses affaires sur l'herbe pour se tourner vers moi.

- C'est toi, tu poses les questions ?

- Ouais, pas de problème… Laisse moi réfléchir….

Je regarde ses jambes sans pouvoir m'en empêcher. Nan, pour une fois, je n'ai pas une violente envie de lui écarter, je dirais plutôt que j'ai envie de… de m'allonger. Ouais, j'ai envie de poser ma tête sur ses jambes et l'observer. J'ai envie de plonger mon nez dans son ventre et respirer son odeur et… Oh ouais, putain, je suis totalement en manque d'affection, je délire complètement !

Mais bon… Qui ne tente rien n'a rien ?

- Je peux m'allonger sur tes jambes Ryou ?

- Hm, hm ! Non, ça va faire mal...

… Ok, on reformule.

- Je peux poser ma tête sur tes jambes ? C'est ça que je voulais dire par m'allonger sur toi. Tu sais, comme quand je pose ma tête sur ton ventre. Bah, c'est pareil, mais sur tes cuisses.

- Oh ! Oh bah, d'accord, d'accord. Mais si Dai-i-ki est lourd ?

L'amour fou entre nous, je vous jure. Le gars il va me dire que j'ai une grosse tête, trop lourde ! Peut-être trop remplie par mon égo… Peut-être.

- Bien sûr, Ryou, si je te fais mal, tu me dis.

-Hum. D'accord, d'accord…

Yeah ! J'ai gagné !

Je le fait se décaler un peu, pour que son dos se retrouve contre le tronc de l'arbre près de nous, pour qu'il évite de se fatiguer.

Je ne perds pas de temps avant de m'allonger comme une merde, et de bien me mette sur lui, en faisant en sorte de ne pas trop m'appuyer pour qu'il ne me jette pas dans les 5 minutes qui suivent. Oh, ouais, je suis bien là… Je bouge plus.

Je me laisse un peu aller, laissant mon corps se détendre tranquillement, retenant un gémissement de bien-être.

Ryouta me regarde faire et attend. Je ne sais pas ce qu'il attend, mais il attend. Il passe une main dans mes cheveux et commence à caresser mon crâne, tandis que son autre main se pose sur mon torse et accompagne la mélodie de mon coeur de ses doigts fins. Et il attend.

… Ah bah, ouais, il attend sûrement que je lui pose une question !

- Donc… Ça fait longtemps que tu fais des cahiers d'exercices ?

- Hum… Un petit... petit moment. Depuis que je sais parler !

- Ah oui, donc ça fait un moment… Et ça t'ennuie jamais ?

- Non ! J'aime bien app-rendre ! C'est bien, c'est intéressant !

- C'est quoi que tu préfères apprendre ?

- Euh…

Il réfléchit, prenant son temps… Il peut, de toute façon, j'ai tout le mien… Lorsqu'il reprend la parole, je sais que j'ai déjà un peu décroché de ce qu'il me dit. Je continue d'écouter, de lui répondre, de lui poser des questions, mais je ne suis plus vraiment là.

Je l'observe plus que je ne l'écoute me parler de son apprentissage et de ses difficultés. Pas que ça ne m'intéresse pas, mais… Bordel, il est trop mignon. Ça me donne envie de le bouffer. Ses yeux brillent, content de pouvoir parler de tout ça avec moi, de pouvoir me raconter ce qu'il sait et ce qu'il fait. Son petit sourire s'agrandit au fil de ses explications, et parfois il fronce les sourcils, essayant de se rappeler de quelque chose, ou juste pour prendre le temps de réfléchir à ce qu'il va dire. Et moi… Moi je l'écoute que d'une oreille. Sa voix est douce et c'est un détail qui me frappe à cet instant. Je me sens bercé par ses mots, sa douceur, et pourtant, je n'ai pas envie de dormir. Je suis juste… Bien.

Mes envies de le posséder entièrement, de le garder que pour moi, reviennent en force, mais je me contrôle et sa voix m'aide à calmer les sentiments forts qui bataillent en moi. Trop forts.

Ce sont ces émotions qui me poussent à vouloir me barrer avec lui, partir loin et me cloîtrer sous la couette avec lui pour toujours. Nu, de préférence, mais ça, c'est un plus.

Je cache mon nez dans son bas-ventre, comme je le désirais un peu plus tôt, et respire calmement son odeur. Ryouta sent toujours aussi bon. Je suis sûre que même quand il pue, il sent bon.

Je relève ensuite les yeux vers lui, et regarde ses longs cils se balancer à ses clignements de yeux, son petit nez droit, qu'il retrousse quand il réfléchit, et ses lèvres toutes roses qui me font perdre la tête. Ses lèvres qu'il mordille, qu'il pince quand il se perd dans ses pensées ou dans ses réflexions. Ses lèvres qui me sourient toujours avec la même intensité, et qui ne cessent de me narguer.

Ses lèvres, que là, maintenant, j'ai envie d'embrasser.

Mais comme je suis quelqu'un de poli et que je n'ai pas envie de me faire griller en flagrant délit de non écoute à personne qui parle, je vais attendre qu'il ait fini. Du moins, je vais essayer. Enfin, je vais essayer de déterminer à quel moment il aura réellement fini de me parler. Alors, autant être un mec attentif et écouter ce qu'il me dit. J'ai bien retenu qu'il adorait le français et la biologie, mais n'aimait pas trop les maths, ni la géographie. Ces dernières sont compliquées d'après lui, parce que les maths, ce n'est pas assez logique, il y a trop de nombres, trop de choses à retenir, et la géo, ça lui fait peur. Il y a trop de choses qu'il ne connait pas dans le monde, et de le voir si vaste, ça le terrifie. Ça se tient, je peux comprendre son point de vue. Bref, la preuve que je l'écoute quand même.

Il repose sa main sur mon torse, qu'il avait enlevé pour pouvoir faire des gestes pour m'expliquer ce qu'il disait, et je comprends que je vais pouvoir lui demander ce que je veux.

- Je peux avoir un bisou ?

- Oh ? Hum !

C'était totalement gamin ma façon de lui demander, mais je m'en fou ! Je vais avoir mon bisou !

Il s'approche de moi et dépose ses lèvres sur les miennes… Puis s'éloigne un peu de moi et me regarde sans vraiment me voir.

- Encore !

Ouais, nan parce que c'était clairement pas suffisant pour me contenter.

Il recommence encore une fois et recommence exactement la même chose, légèrement plus appuyé…

- Encore...

Il me sourit et recommence encore une fois. Je ne le laisse pas vraiment le temps de se retirer, je me relève un peu et capture ses lèvres dans un baiser qui se fait très vite plus passionné que je ne le voulais. Ma main est juste posée sur sa nuque, lui laissant le loisir de me repousser s'il ne veut pas. Même si j'avoue que je ne préférais pas. Je voudrais juste que ça dure encore un peu plus longtemps...

J'ai trop d'amour à donner, ok ?!

Ma langue vient demander l'accès en territoire conquit, et Ryouta me laisse faire, sans hésitation. Ma passion se calme, et le baiser devient plus langoureux, plus tendre… Je pourrais faire ça toute ma vie tellement j'aime ça. J'aime ces moments qui n'appartiennent qu'à nous, qu'importe que les autres comprennent ou non notre relation, nos envies, nos besoins... Ces moments de pures connexions avec l'autre, personne ne pourra les comprendre, parce qu'ils ne le vivent pas avec nous. Alors, forcément, pour moi, c'est précieux. Plus précieux que tout ce que j'ai.

Je me détache doucement de lui, gardant une main sur sa nuque pour l'empêcher de trop s'éloigner de moi. Je baise sa bouche dans de petites pressions, sans aller plus loin, ce qui le fait rire.

On se réinstalle normalement, même si j'ai le sentiment de ne pas en avoir eu assez. De toute façon j'en ai jamais assez, donc…

- Dai-i-ki… va bien ?

- … Ouais, pourquoi ?

- Tu fais beaucoup de câlins…

- Ah… Ça te dérange ?

- Non, mais pour-quoi ?

- Parce que j'ai envie, Ryou… Et que j'ai plein, plein d'amour à te donner !

Je crois que j'ai les nerfs qui lâchent. Encore. Parait que l'amour est une drogue, et moi, je sniffe dur !

- Oh ? Faire l'amour ?- Me-dit-il avec des yeux tellement innocents.

- Me tente pas Ryou…

- Je peux… Je peux me mettre tout nu !

- Hein ?!

J'ouvre les yeux, ébahi. Mais qu'est-ce qu'il est encore allé chercher ?! Explique-moi comment il en est venu à cette conclusion ! Y'a pas que moi qui déraille apparement !

- C'est pas trop le moment Ryou… On est en public.

- Oh. Vrai. Hum. Plus tard...

Argh ! Mais que voulez-vous que je fasse devant lui ?! Il me tente ! C'est un tentateur ! Voilà, c'est ça son vrai visage ! Et moi, je suis toujours un pervers.

Putain, je l'aime ce mec.

Je lève mon bras pour passer ma main dans ses cheveux et laisser à mes doigts le loisir d'aller cajoler sa nuque, juste à la naissance de ses cheveux. Ça le détend, et j'avoue que ça ne me laisse pas indifférent de le voir dans un état second. Et puis, autant se calmer avant que ça parte en cacahuète total. Voilà...On respire calmement et tout va bien se passer.

Je prends le temps de le regarder, de l'examiner pour être plus précis. Beaucoup de questions me passent par la tête, sur lui, sur moi, sur nous… Sur ce qu'il vient de dire… Sur l'évolution de notre relation, de notre intimité… De tout ça… Mais je rejette tout d'un geste mental, préférant me tourner vers des questions que j'ai envie de me poser sur le moment.

Je me demande si d'autres que moi connaissent ce genre de choses sur lui. Comme ses endroits sensibles, les parties de lui qu'il ne faut pas toucher, ou au contraire, qui lui font se sentir bien. Pas sexuellement, hein ! Ça je le sais que je suis le seul… Enfin je crois… Mais voilà, je parlais pas de ça.

Ma vraie question est de savoir si un jour, sa famille a prit soin de lui. C'est vrai, au final, à part ce qu'ont pu me dire le docteur Miano et Nanami, je ne connais rien de son passé.

- Dis Ryou… Raconte moi un peu ton enfance…

- Pas compris…

- Comment ça se passait quand tu étais petit avec les autres ? Comment tu voyais le monde ? Est-ce que tu parlais avec des gens ou est-ce que tu restais tout seul ? … Des choses comme ça.

- Je parlais pas, Da-i-ki…

Ah… Ouais… Merde, la boulette. J'avais oublié ce détail.

J'appuie plus fortement sur sa nuque, dans mon massage improvisé pour m'excuser de lui rappeler ça…

- Mmh…-Gémit-il en fermant les yeux.

- Naaaan, là tu triches Ryou….

Nan, mais il abuse, le salopiot ! S'il commence à gémir alors que je suis en plein émoi hormonal et sentimental, ça va pas le faire !
Mais bon, au moins, ça l'a fait sourire…

- Raconte moi, mon ange… Dis moi comment tu voyais le monde, avant. Quand tu ne parlais pas…

- C'était… C'était pas facile. Je pleur-ais beaucoup, parce que… parce que je ne pouvais pas dire ce que je vou-lais… Ou des fois j'étais… j'étais en colère…

- Parce que tu te sentais frustré de pas pouvoir dire ce que tu pensais ?

- Hum, c'est ça…

On m'a tellement répété que Ryouta et les aspies en général ne concevaient pas les émotions de la même façon que les autres que des fois, j'oublie qu'ils ressentent des choses comme nous. Enfin, non, je m'exprime mal, disons plutôt que j'oublie qu'on ressent tous la même chose. C'est juste qu'on ne les extériorise pas de la même façon. Certaines émotions sont assez abstraites pour lui, même s'il maîtrise de mieux en mieux le langage non verbal… mais d'autres sont très claires et il sait en parler et faire comprendre aux autres ce qu'il ressent. Il peut partager ses émotions.

Et sincèrement, rien que l'idée que des gens l'ont fait pleurer parce qu'ils refusaient de prendre le temps d'essayer de le comprendre me rend malade.

- Mais comment tu faisais pour te faire comprendre, alors ?

- Personne comprenait.

- …. C'est triste. - Lui dis-je, en passant ma main sur sa joue.

- Hum…

- Mais toi, dans ta tête, il y avait des mots ?

- Eh ? Non ! Des images.

- … Des images ? Tu peux m'expliquer ?

- Je...Je sais pas expli-quer…

- Essaye.

- Y avait… Y avait que des images… Des bru-its des fois aussi. Mais y avait des cou-leurs et tout ça…

J'essaye de comprendre ce qu'il me dit là, mais j'avoue avoir un peu de mal. Pourtant, j'imagine que c'est la chose la plus simple du monde ! Il devait percevoir les choses comme elles étaient et juste… rajouter d'autres trucs bien à lui. Comme des couleurs qui pour lui, n'avaient pas de noms.

- Si j'ai bien compris… Nan, j'ai pas compris Ryou. Enfin, si, mais je sais pas comment mettre des mots sur ce que j'ai compris.

- Hum… compliqué. Peut-être que… Y a pas de mots. Parce que je parlais pas, alors c'est que des images, pas des mots.

- Ouais, on va dire ça.

Trop compliqué pour ma petite tête.

- Ah si. Je sais !

- Dis moi…

- Les mots, les sons, je faisais des bruitages !

- Par exemple ?

- La voiture, c'était vrr vrr. Le ca-mion aussi…

- Tout ce qui avait un moteur faisait ce bruit là ?

- Hum ! Et la pluie, et l'eau… et la dou-che… c'était… Et l'eau qui coule c'était chlechle… Et quand ça tournait, je faisait ça !- Me dit-il en en claquant sa langue sur son palais, la bouche en O.

- Pourquoi ?

- Je...Je sais pas. C'était...comme une règle.

- Un code, tu veux dire ?

- Hum ! Un code !

Et bah… C'était tout une autre langue qu'il fallait apprendre pour le comprendre. Enfin… personne ne cherchait à le comprendre. Peut-être que Nanami a des souvenirs de ça, et qu'elle serait intéressée de savoir tout ça, aujourd'hui, même si c'est un peu trop tard.

Est-ce que moi, je l'aurais fait ? Prendre le temps de l'écouter et de le comprendre ? Du moins essayer ? … J'en sais rien. C'est vrai que j'ai toujours mis sur le dos de la famille de Ryouta le fait qu'ils n'aient pas cherché à comprendre… Mais est-ce que moi, je l'aurais fait ? Aujourd'hui, c'est différent, Ryouta s'exprime clairement. Mais avant ? Avant tout ça ? Est-ce que moi aussi, j'aurais été un salop ?
J'aimerai pouvoir dire non. Mais y a une époque, j'étais vraiment un sale con. Un sale gosse, comme ils disent. Je n'aurais pas eu la patience.

J'en viens à me dire que si j'avais connu Ryouta avant, je l'aurais peut-être détesté. Maltraité. Je me serais peut-être foutu de sa gueule. Et si je veux vraiment être sincère, il n'y aurait pas de peut-être.

J'ai dû prendre en maturité à un moment, c'est vrai, les autres ont sûrement raison. Mais le fait de me dire tout ça, de me dire que j'aurais pu agir comme le parfait connard que j'étais, avec Ryouta… Ça remet en question beaucoup de choses, notamment les comportements que je jugeais alors inadmissibles. Intolérables. J'aurais pu faire parti de ces gens là.

Mais non, je suis tombé amoureux de ce gars là. Heureusement. Parce que là, je me déteste pour quelque chose que je n'ai pas fait, mais que j'aurais pu faire.

Ryouta a profité du silence entre nous deux, pour s'appuyer contre l'arbre, et fermer un peu les yeux. Je ne sais pas à quoi il pense, mais je suppose qu'il a besoin d'une petite pause. Ça fait un moment qu'on discute, et je sais bien que ça le fatigue plus qu'il ne veut me le montrer. C'est épuisant pour lui de mettre des mots sur ce qu'il veut dire, de se souvenir, de chercher la bonne façon de m'expliquer sans que ce ne soit trop méli-mélo. Alors je lui laisse un peu le temps de recharger ses batteries. Et je prends le temps de recharger les miennes au passage.

On pourrait finir la discussion là-dessus. Mais je n'ai pas envie. J'ai envie d'en apprendre encore plus sur lui. Mais je sais rester patient…. Non, là, je ne suis pas crédible. Disons que je ne m'oppose pas à l'idée de lui laisser un petit temps tout seul dans sa tête. Ouais, c'est plus ça.

Au bout de cinq ou dix bonnes minutes, j'en sais trop rien, je le vois ré-ouvrir les yeux et fixer un point neutre en face de lui. C'est sûrement le signal pour me dire qu'il est prêt, même si ce n'est pas très clair.

- Mon ange ?

- Mh ?

- T'aimais bien ce qui tournait ?

Il plisse un peu la bouche, comme s'il ne comprenait pas le sens de ma question. Mais je pense plutôt qu'il cherche le fil de la conversation, qu'il a dû perdre avec notre petite pause improvisée. Il réfléchit, je le vois plusieurs fois ouvrir la bouche et la refermer, avant de l'entendre me répondre sans trop d'hésitations.

- C'est pas que j'aime ou...que j'aime pas. Y a tout qui tourne ! La Terre, elle tourne. Le ciel et les nuages, ils tournent. Les aiguilles de l'ho-rloge, elles tournent… Et quand j'étais pe-tit… Je… Je comprenais pas pourquoi je tournais pas.

- Comment ça ?

- La Terre elle tourne. D'accord ? Mais moi non. Je me sens pas tourner avec… Avec la Terre.

- Tu avais l'impression que toi, tu ne bougeais pas, c'est ça ?

- Hum ! Papa…. Papa il disait que je tour-nais pas rond, c'est pour ça.

Outch. Ça, ça fait mal.

- Tu le penses ? Que tu ne tournes pas rond ? Tu sais ce que ça veut dire ?

- Mh… Un peu. C'est que je suis biz-arre. Et je tourne pas très, très rond, c'est la vé-ri-té.

- Mouais. Je te rassure alors, personne ne tourne rond.

- Dai-i-ki tourne pas rond ?

- Oh non ! Moi c'est clair que je tourne pas rond du tout ! - Dis-je en explosant de rire, en repensant à tout ce à quoi j'ai pu penser depuis le début de notre conversation.

- Oh… Alors c'est pas mal de pas… Pas tourner rond ?

- Nan… C'est normal.

Un énorme sourire éclaire son visage. Il rit sous cape et chuchote plusieurs fois que c'est normal, comme pour se convaincre qu'il n'a pas inventé ce que je viens de dire. Je crois que j'ai fait un heureux.

Allez… Il est temps de passer à un sujet un peu plus drôle. Enfin pour moi.
Peut-être que pour lui, ce sont des souvenirs qu'il essaye de refouler, mais j'aimerai qu'il apprenne à en rire avec moi. Et si je dois m'afficher aussi, ressortir les dossiers de mon enfance, je le ferais.

- Dis moi Ryou… Tu faisais quoi comme trucs bizarres, quand tu étais petit ?

- Hum… Sais pas...

- Moi, par exemple… Quand j'étais petit… Je courais tout nu dans ma maison, parce que j'aimais pas les vêtements. Et je me souviens que mes parents me couraient après pour m'habiller.

- Et maintenant, Dai-i-ki court plus... tout nu ?

- Nan, j'ai arrêté, j'ai compris que c'était pas très correct… Puis je voulais plus que mes parents me voient à poil, c'est privé.

- Hum… C'est rig-o-lo ! - Dit-il en riant.

Peut-être qu'il m'imagine plus petit en train de gambader dans la baraque entièrement nu, ou alors qu'il m'imagine moi, maintenant, en train de me trimbaler à poil et ça lui plait bien… J'sais pas.

- Et toi, tu faisais quoi ?

- … Huuuuuuuuum…. Je… Je voulais pas manger des...de la nourr-i-ture quand...Quand c'était chaud. Parce que sinon… Je pensais que j'allais ex-plo-ser.

Je me retiens deux secondes de rire, avant de ne plus pouvoir me retenir et de me laisser aller. Il me rejoint dans mon hilarité, sans être gêné de ce qu'il vient de m'avouer. Je crois qu'il a comprit le concept de cette discussion. Parler de choses qui peuvent paraître bizarres ou ridicules et apprendre à relativiser. On se calme rapidement, et Ryouta reprend la discussion, toujours avec un sourire au coin des lèvres.

-En vrai, c'est pas vrai… Je sais maintenant que… C'est pas vrai. C'était biz-arre. Je fais plus tout ça, et je parle plus de tout ça par….Parce que je veux pas êt... êt-re bizarre. Je veux être normal. -Me dit-il, les mains légèrement tremblantes.

- Je m'en doute que maintenant tu le sais…Mais, t'sais, on pensait tous des trucs bizarres quand on était petit. C'est parce que quand on avait pas la réponse à une question, on l'inventait et… Bah ouais, ça donnait du n'importe quoi, mais c'est pas grave, on peut en rire aujourd'hui.

- Mais des fois, je le fais tou-jours…

- Parce que t'as pas les réponses à tes questions… Et parce que t'as une perception du monde différente des autres, mais c'est pas pour ça que t'es bizarre. T'es juste unique.

C'est beau ce que je dis, putain !

- Hum ! … A toi !

- Ah… Attends, je réfléchis… Ah si. Quand j'étais petit…

Et on a continué un moment comme ça. Juste à se raconter des anecdotes de gamins. Je ne m'étale trop sur nos petits secrets d'enfances, tout simplement parce que je n'ai pas envie que tout le monde soit au courant de tout ça… Vous savez bien assez de choses sur nous, faut pas déconner ! Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus, vous avez compris le principe de toute façon…

Au bout d'un moment, on voit le soleil commencer à se faire la malle et c'est notre signal pour nous dire qu'il va falloir rentrer. Ce week-end, je reste chez Ryouta... Comme tous les week-ends, en fait.

On prend nos affaires, en continuant de parler et de rire de nos croyances farfelues. Dans les rues jusqu'à chez lui, on est totalement dans notre monde, main dans la main, sans faire attention à ce qui nous entoure. C'est rare de nous voir aussi complices en public. Proches, oui, attentionnés aussi, mais notre complicité se voit généralement beaucoup plus dans nos moments privés. J'aime en découvrir plus et toujours plus sur lui, me sentir encore plus proche de mon amant, plus que n'importe qui.

Et c'est mort de rire qu'on passe la porte de chez lui. Nanami nous rejoint rapidement dans le couloir, les bras croisés, un sourcil relevé, dans l'incompréhension totale.

- Et bah… Vous avez l'air de bonne humeur. Vous parliez de quoi pour vous bidonner autant ?

Nos rires se calment petit à petit et on se décide à lui répondre. Enfin, je lui réponds.

- Des trucs qu'on était persuadé quand on était gosse mais qui sont complètement à côté de la plaque. Ryou me raconte un peu sa vision du monde en fait. Tu savais que quand il était petit, il était persuadé qu'on appelait un saule-pleureur comme ça, parce qu'il était triste, et il ne comprenait pas pourquoi il pleurait pas vraiment ? - Dis-je en repartant dans un rire attendri.

- … Ryouta… C'est pour ça que tu t'asseyais toujours à côté de cet arbre là, dans le jardin ? Parce qu'il était triste ?

- Hum ! Fallait le...Le ré-con-for-ter.

- Ah…

Un petit sourire se dessine sur ses lèvres, laissant voir son amusement. Elle fini par nous embarquer dans la cuisine pour préparer le repas tous ensemble. On continue de se raconter notre enfance, mais on se concentre surtout sur les idées de Ryouta. Nanami lui pose beaucoup de questions, et il y répond sans gêne.

C'est comme ça que Nanami apprend que si Ryouta n'aimait pas rentrer dans la baignoire, c'est parce qu'il avait peur de rentrer dans un autre monde. Mais qu'au final, il ne voulait plus en sortir parce qu'il se sentait bien et qu'il lui arrivait même de mettre la tête sous l'eau, juste parce qu'il n'entendait ni ne voyait plus rien et il appréciait cette sensation de… néant. En quelque sorte.

Le dîner se fait toujours dans une bonne humeur, on parle de sujets et d'autres. Ryouta a failli m'éborgner deux fois en faisant des trop grands gestes pour expliquer des trucs, mais bon, ça ce n'est qu'un détail.

Après le repas, mon amant nous laisse pour aller ranger ses affaires et mettre un peu d'ordre dans sa chambre. De mon côté, j'aide Nanami à faire la vaisselle, en bon invité bien élevé que je suis. Un petit silence se fait, reposant, après toute l'énergie mise dans la conversation d'avant.

Elle fini tout de même par briser le silence, entamant une discussion d'une voix basse, comme pour me faire une confession que seul moi doit entendre.

- J'ai l'impression de redécouvrir Ryouta depuis que t'es là… Des fois, j'ai vraiment l'impression d'être plus proche de lui, comme ce soir. Il s'ouvre beaucoup plus au monde et… Ouais… Ça fait du bien de le voir comme ça. Et pas recroquevillé contre l'arbre dans le jardin toute la journée…

- Il a fait ça pendant longtemps ?

- Mouais… Quand même. C'était pas tout le temps, mais… Dès qu'il était brusqué, il y allait, qu'importe le temps qu'il faisait dehors. Quand je voulais aller le chercher, il se débattait et refusait totalement de me suivre. Il faisait la même chose dans la baignoire. Quand je voulais le sortir parce que l'eau était froide, il hurlait. Quand je voulais lui faire sortir la tête de l'eau parce que, merde, c'était dangereux, il pleurait et faisait tout pour que je le lâche, quitte à me frapper. Et il recommençait. Des fois, ça m'énervait, des fois, j'avais juste...Tellement peur. A côté, tout le monde s'en foutait, donc je… Je savais jamais quoi faire. Le laisser faire, au risque qu'il se fasse du mal, ou l'empêcher et nous faire mal à tous les deux et me faire engueuler parce que les parents voulaient pas l'entendre hurler. Surtout que… Bah ouais, je comprenais pas pourquoi il faisait ça. Ça me fait bizarre d'avoir la réponse 10 ans plus tard. C'est étrange, mais… J'ai l'impression de le comprendre et de voir les choses autrement. Si j'avais eu la réponse avant, je n'aurais sûrement pas réagit de la même façon… Tu vois ce que je veux dire ?

J'hoche la tête pour simple réponse. Ça rejoint la discussion que j'ai eu avec moi-même un peu plus tôt dans l'après midi. Quand je me demandais comment j'aurais réagi si j'avais connu Ryouta à cette époque où il ne parlait pas et ne faisait rien comme tout le monde. Est-ce que j'aurais pris le temps d'essayer de le comprendre ?

Au final, pour Nanami, c'est vraiment l'incompréhension qui a prit le dessus, au delà de la colère ou même de la haine. Elle n'a jamais vraiment haïe son frère, j'en suis sûr.

- Aujourd'hui… Ouais maintenant, j'arrive à voir les progrès qu'il fait. Les efforts aussi. Avant je me penchais que sur le négatif, sur ce qui bougeait pas. Alors que, y'a pas à dire, il… J'aime pas ce mot, mais on va dire qu'il s'améliore.

- Ouais, aucun doute là-dessus.

Ça me fait plaisir d'entendre ça de sa part.

J'entends Ryouta qui descend les escaliers, de sa façon bien à lui, c'est-à-dire, en faisant un temps d'arrêt léger entre chaque marche. Le fait de pouvoir parfaitement l'imaginer en train de le faire me fait sourire. Je n'ai même plus besoin de le voir pour savoir comment il fait certaines choses.

J'essuie la dernière assiette et la range et Ryou entre dans la cuisine au moment où je referme la porte du placard. Il s'approche de moi pour me serrer contre lui, et je pose le torchon pour pouvoir lui rendre son étreinte.

La suite du programme est simple : douche, dodo.

Et non, pas de sexe sous la douche, il est totalement crevé. Et autant le faire alors que Satsu est à côté, c'est une chose, autant savoir que Nanami est là… Ça m'aide pas à bander. Pas que Satsu me fait bander, hein, ne dites pas ce que je n'ai pas dit ! C'est la vengeance qui m'excite. Et Ryou. Surtout Ryou.

Il est grand temps que j'aille dormir.

Ryouta se décolle de moi et prend ma main pour m'entraîner à sa suite vers la salle d'eau. Mais Nanami nous coupe une dernière fois dans notre élan.

- Au fait, les gars, je ne serais pas là demain. Je pars le matin pour toute la journée, j'ai des trucs à voir avec des amies… 'Fin, bref, j'serais pas là.

- Ah, ok.

- Tu prends soin de mon frère, je te fais confiance. - Me dit-elle d'un oeil mi sceptique, mi amusé.

- Ouais, ouais, comme d'hab. Bah j'attendrais que tu rentres le soir pour rentrer chez moi, donc on se recroisera.

- Ça marche, bonne nuit les gars.

- Bonne nuit Nani !

Ryouta me traîne dans le couloir, et j'avoue que je ne fais aucun effort.

Demain, on sera tout seuls. Est-ce que c'est une bonne nouvelle ? Oui… Non...Oh putain, j'ai envie de me cogner la tête dans le mur.

Les hormones, on se calme.

Demain, on sera tout seuls, et on pourra rester nus toute la journée si on le veut.

Merde…

En plus, c'est dimanche, et généralement, le dimanche on reste à rien faire toute la journée… Et on sera tout seuls… Mes yeux se perdent sur le chute de rein devant moi et ne se décollent pas de cette vue qui me rend toujours aussi dingue…

WOAW, les hormones ! ON SE CALME J'AI DIT !

Là, on va prendre une douche et on va se coucher, gentillement, sagement, et pas de débordement. Nanami est toujours là, merde.

Le reste on verra demain. Arrivera ce qui arrivera.

Oî ! Le cerveau, t'y mets pas avec tes images salaces, là ! … La soirée, va être longue. Je le sens.

Ryouta ferme la porte de la salle de bain derrière nous et commence à se déshabiller en me souriant.

… Mini-Daiki, ne t'y mets pas, steuplait. Tu restes sage.

Mon homme s'approche de moi, et je le prends dans mes bras, pour respirer son odeur qui me calme directement. J'ai juste besoin de le serrer contre moi pour pouvoir rester sensé.

Voilà… Demain est un autre jour.

Vous y croyez si je vous dis que c'est super dur ? La situation, hein. Pas mini-moi. Enfin, pas encore. Je le serre contre moi tout en essayant de ne penser qu'à des moments mignons qu'on a passé ensemble, de chasser toutes les images très plaisantes pour ma circulation sanguine, que mon esprit n'arrête pas de créer.

Et ça a fonctionné.

Même quand j'ai vu ses petits fesses me faire de l'oeil. Même quand il m'a lavé. Même quand on s'est couché l'un contre l'autre dans le lit et qu'il a passé sa main sous mon tee-shirt. Je suis resté raisonnable. J'ai réussi à me contrôler. Bien Daiki, fier de moi.

Bizarrement, mes rêves de cette nuit étaient peuplés de Ryouta nu. Allez savoir pourquoi…