Hey ! Bonjour, Bonsoir à tous !

Me revoici, après encore une longue absence, pour le chapitre 25 de Son Monde à Lui !

Merci à Miss Neko Tenshi, satokooo, arthygold, Oohfemmeluxieuse, Futae, Kuro-Hagi, Typone Lady et J. Evalinh pour vos reviews !

Merci à toi Futae, pour m'avoir conseillé et pour m'avoir donné ton avis sur ce chapitre !

Merci également à Alsco-chan pour m'avoir corrigé !

Je n'ai pas grand chose à dire de plus pour ce chapitre... A part que... S'il vous plait, ne me jetez pas des cailloux !

Sur ce, je vous souhaite une Bonne Lecture !


~ CHAPITRE 25 ~


- Dai -chan ! T'es en retard !

- Ouais, je sais… Mais t'inquiète, je suis prêt dans même pas 5 minutes !

- Là-dessus, je crois que tu ne changeras jamais, Dai-chan… - Soupire-t-elle, amusée.

Oui, bon, ça va ! Ce n'est pas QUE de ma faute !... Ryouta était très câlin. Et je n'avais pas trop envie de partir non plus. Et faire le chemin à pieds était plus difficile que prévu. Breeeef… L'important, c'est de faire comme si de rien n'était.

Je fonce dans la chambre que je partage avec Satsuki pour prendre mes affaires de cours et enfiler mon uniforme à la va-vite. On a pris une douche hier soir, donc ça devrait être bon, niveau odeur.

Quand on s'est réveillé avec Ryouta hier, dans la soirée, on s'est regardé, un sourire aux lèvres et on s'est enlacé. Je ne voulais plus le lâcher. C'était comme si on avait tous les deux pris conscience en se voyant qu'on n'avait rien rêvé de ce qui s'était passé. Pour notre plus grand plaisir !

C'était moins marrant par contre, quand on a dû se lever et se rhabiller pour aller manger. Je vais être franc, on avait tous les deux mal au cul. Moi plus que lui, bizarrement. Injustice !

Je n'imagine même pas la tête que je devais avoir quand je me suis baissé pour récupérer mes fringues. Ça ne devait pas être glorieux, vraiment.

On est allé prendre une douche, en toute innocence, pour essayer de calmer le jeu et la douleur qui me/nous vrillait les reins. Nan, sérieux, c'était quand même vachement inconfortable. Question d'habitude, j'imagine… Enfin j'espère, parce que sinon, c'est cher payé pour prendre son pied !

Bref, Nanami est rentrée un peu plus tard, au moment où on faisait à manger. Et c'est con, mais ça m'a rassuré de savoir qu'elle n'avait pas assisté involontairement à nos moments intimes. Donc, qu'elle n'est au courant de rien. A moins que notre comportement lui ait mis la puce à l'oreille, mais si elle a compris, elle a eu la décence de ne faire aucun commentaire et de faire comme si de rien n'était.

Ce qui ne sera pas le cas de la tête rose qui m'attend en bas, si elle devine quoi que ce soit. Donc aujourd'hui, c'est mission camouflage. Je dirais même : mission FESQSNDR. Faire en sorte que Satsuki ne devine rien. Ouais, je sais, c'est long et imprononçable, sans commentaire.

Bref, mes affaires prêtes, je dévale les escaliers de l'immeuble en m'empêchant le plus possible de grimacer et en priant pour que Satsu ne presse pas trop le pas sur le chemin du Lycée.

- Enfin, Dai-chan ! - Me dit-elle, les poings sur les hanches et portable à la main.

- Ouais, ouais… Allez, on y va.

Je commence à avancer, tout en espérant qu'elle ne remarque pas trop ma démarche. Non, parce que, j'ai regardé ce matin dans le miroir et… Je donne vraiment l'impression de ne pas être à l'aise sur mes deux jambes. Ce n'est pas que je boite, c'est juste que… J'ai mal.

Parce que ouais, j'ai été un peu naïf. Je me suis bêtement dit qu'après une bonne nuit de sommeil, ça irait mieux ! Et bien, que nenni, je peux aller me faire voir ailleurs ! Parce que ce matin, c'était pire. En plus de la douleur, j'avais des courbatures. C'est limite si je n'ai pas découvert l'existence de certains muscles que je ne connaissais pas !

Ce n'est pas vraiment descriptible comme gêne… C'est comme si… Comme si je ressentais un vide à cet endroit et qu'en même temps,mon corps tenait à me faire savoir qu'à l'origine, mon cul n'était pas fait pour y insérer quoi que ce soit.

Et c'est du foutage de gueule. Je tiens à rappeler à mon corps que certes, ça faisait bobo, mais qu'on a quand même vachement pris notre pied, alors venir me dire à moi, qu'on n'est pas censé y insérer quoi que ce soit, c'est vachement hypocrite !

Et si vraiment, c'était qu'un trou de sortie, la nature n'y aurait pas ajouté quelque chose qui peut littéralement nous envoyer au 7ème ciel ! Voilà !

Oui, je m'engueule souvent avec mon corps, vous avez un problème avec ça ?

- Tu n'as pas l'air d'être dans ton assiette, Dai-chan. Ça s'est mal passé avec Ryouta ?

Nope. Pas du tout. J'ai juste bobo fesses. Et toi, ton week-end ?

- Nan, j'suis juste crevé. Tout se passe bien avec Ryou. - Dis-je, en massant la nuque de gêne.

- Vraiment ?

- Vraiment.

Elle me fixe suspicieusement encore quelques secondes, avant que mon regard n'ait l'air de la convaincre. Le reste du trajet se fait en silence, Satsu me donne l'impression d'être plus intéressée par son portable que par l'idée de discuter avec moi. J'avoue que ça ne me dérange pas plus que ça, je dirais même que ça m'arrange. Parce que si elle venait à me demander ce que j'ai fait ce week-end, je ne suis pas sûr que je pourrais garder mon précieux secret très longtemps.

Je l'entends glousser à côté de moi, alors que le portail du lycée est en vue. J'hausse un sourcil, dans une question silencieuse, mais elle secoue la tête pour seule réponse. Sauf que son petit sourire en coin ne m'échappe pas. C'est ma marque de fabrique ça, et je sais pertinemment ce que ça veut dire. Autant dire que ça ne me plaît pas. Elle me cache quelque chose et je sens que la finalité de cette histoire risque de ne pas me plaire...

Il faut que j'arrête d'être parano, c'est peut-être juste une de ses amies qui lui envoie un mail drôle. Une private-joke que je ne comprendrais même pas.

Alors qu'on arpente les couloirs du bâtiment vers nos classes respectives, je sens mon portable vibrer dans la poche de mon uniforme. Inconsciemment, un petit sourire se dessine sur mes lèvres, et je me surprends à espérer que ce soit un message de Ryouta.

Je déverrouille mon écran, et une notification m'indique un mail de Tetsu. Tetsu ?

Je regarde suspicieusement derrière moi, Satsu ne prononce pas un mot, et n'a même pas l'air surprise de mon action. Son air curieux et son faux air innocent ne me rassurent du tout.

J'ouvre le message, voulant la signification de tout ça. Moi aussi, j'aimerais bien me marrer, vous voyez ?

Je lis les lignes qui se dessinent sous mes yeux, sans en comprendre le sens à la première lecture.

De : Tetsu
" Félicitation Aomine-kun, Momoi-san m'a annoncé la bonne nouvelle. J'espère pour toi que tout s'est bien passé avec Ryouta-kun."

C'est quoi ce message tout pourri ? Je n'ai rien compris.

De quoi il parle quand il dit "la bonne nouvelle" ? Il s'est passé un truc dont je ne suis pas au courant ?

Attends… "La bonne nouvelle"... " Avec Ryouta"...

Mon expression change du tout au tout, pour passer de curieuse à choquée. Je blanchis à vu d'oeil et je sens mes mains trembler sur mon portable et dans ma poche. J'essaye de prendre une grande inspiration, mais ça ne suffit pas à me calmer.

Il se fout de ma gueule ?

Non.

Ils se foutent de ma gueule ?

Je me tourne vers Satsuki, une expression complètement vide peinte sur le visage. Ses yeux à elle pétillent de malice. Je crois qu'elle ne se rend pas compte de l'énorme connerie qu'elle vient de faire.

Comment elle a pu me faire ça ? Comment a-t-elle deviné ? Et surtout, comment elle a pu se permettre de prévenir des gens ? A ce que je sache, c'est encore ma vie intime, elle n'a pas à l'étaler devant tout le monde !

Elle a deviné. Moi qui voulais être discret, je me suis loupé. Mais de là à envoyer un message à Tetsu pour lui partager la nouvelle...

Là, je me sens horriblement mal. Trahi. Presque humilié.

Ça ne la regardait pas, elle… Elle n'avait pas le droit. A aucun moment. C'est comme si elle me volait une partie de mon intimité.

J'ai l'impression de me retrouver encore une fois dans cette pharmacie avec ma mère. Ce moment où j'ai voulu croire que c'était une façon pour elle de se rapprocher de moi et de s'amuser. Au final, ça l'a amusé elle, à mes dépends. C'était juste humiliant, intrusif, rabaissant…

Et là, encore une fois, j'ai le sentiment d'être ce petit garçon qu'on pointe du doigt dans la cours d'école, mais qui ne comprend pas pourquoi on lui fait ça. C'est personnel… C'est… Non, je ne peux pas. Je ne peux pas laisser passer ça.

- Satsu… Pourquoi t'as fait ça ?

- De quoi tu parles Dai-chan ?! - Me dit-elle, sans se rendre compte de l'état intérieur dans lequel je suis.

- Arrête de te foutre de ma gueule, putain…

Je crois qu'elle ne s'attendait pas à recevoir ma hargne en pleine gueule. Mais elle s'attendait à quoi ?! Que j'allais faire la bonne copine et que j'allais lui donner tous les détails de ma nuit et qu'on allait s'amuser ensemble de ma première expérience sexuelle ? Non ! Ça ne la regarde pas, bordel !

Les poings serrés, je m'approche d'elle, laissant très peu d'espace entre nos deux corps. Mon instinct essaye clairement de me rendre intimidant, et vu le pas en arrière qu'elle essaye de faire discrètement, ça fonctionne.

- Tu vas pas le gueuler dans les couloirs, non plus ? Prévenir tout le lycée ?! Si tu veux, la prochaine fois je prends des photos, comme ça, tu pourras les afficher où tu veux...

- Hein ? Mais Dai-chan, pourquoi tu réagis comme ça ?! On n'a rien dit…

"Pourquoi tu réagis comme ça ?" Elle me pose sérieusement la question ? Une rire jaune m'échappe qui a l'air de la terrifier. Pour la première fois depuis très longtemps, je crois que je lui fais peur. Et je ne compte pas m'arrêter là dans mes paroles.

- Tu en as déjà beaucoup trop dit, Satsuki. T'avais pas à envoyer un message à Tetsu, en lui disant je ne sais quoi ! Si j'avais eu envie de lui en parler, ça devait venir de moi, pas de toi ! T'as pas à te permettre de parler dans mon dos, et surtout pas de ça !

- Mais, Dai-chan, ne t'énerves pas, on est juste contents pour toi…

- Et il t'es pas venue à l'idée de m'en parler d'abord avant d'aller en parler à tout le monde ?! Tu ne veux pas prévenir ta mère pendant que tu y es ? Bordel, Satsu, ça ne te regarde pas, c'est ma vie privée, t'as pas à t'immiscer là-dedans ! T'as remarqué que je marchais bizarrement et t'as sauté sur l'occasion pour faire ta commère et aller prévenir Tetsu que je me suis fait enculer. C'est ça, parce que c'est ce que tu veux, hein ?! Des détails ! T'attends que ça de toute façon, sans même me demander si moi, j'ai envie de t'en parler ou non !

- Tu es cruel, Dai-chan…

- Cruel ? Non là, tu vois, j'essaye de garder mon sang-froid. Je ne suis pas encore cruel. T'es allée trop loin Satsu, et j'ai l'impression que tu m'as trahie.

Elle me regarde, les larmes aux yeux. Peut-être que j'ai été dur, mais pour une fois, elle va comprendre. Elle ne peut pas intervenir dans ma vie comme bon lui chante.

Je décide d'arrêter la conversation ici, avant de vraiment devenir horrible.

Je préfère m'éloigner. M'éloigner de tout et de tout le monde. Je ne veux pas la voir, ni elle, ni personne. Je veux qu'on me laisse tranquille.

Je n'ai aucune raison de rester ici. Je veux éviter le plus de gens possible. Parce que si Satsu a pu voir ma démarche, je me dis que c'est trop visible, et que tout le monde va pouvoir lire sur ma tronche ce que j'ai fait avec Ryouta. Et ça, je ne veux pas. Je ne suis pas sûr de pouvoir l'assumer si quelqu'un me pointe du doigt au détour d'un couloir.

Ce qu'elle a fait va presque me rendre parano, putain…

Faut que je sorte. Je ne me sens pas bien, pas à l'aise, j'ai l'impression d'avoir la gorge serrée et d'avoir du mal à respirer. Merde, je fais vraiment une crise de panique à cause d'un truc comme ça ?! Je ne devrais pas, je veux dire… J'ai juste fait l'amour avec Ryouta… Alors pourquoi je le prends aussi mal que Satsu me le fasse remarquer ou en parle ? Pourquoi je me sens honteux ?...

Je prends le chemin de la grille, ayant vraiment besoin de prendre l'air. Mes pas m'emmènent chez Satsu, où je me retrouve avec ma solitude. Ses parents ont dû partir travailler…

Mes yeux ne savent pas où se poser et j'ai l'impression que mon esprit tourne en rond, à contrario de mon corps qui semble ne plus vouloir faire aucun mouvement.

Je me rends rapidement compte que je ne veux pas rester là. Je ne veux pas avoir à expliquer la situation ou avoir à croiser Satsu ce soir… Je ne me sens pas à ma place, ici. Là, maintenant, j'ai vraiment la sensation d'être un intrus et de ne pas avoir le droit d'être là.

Et à ce constat, la boule dans ma gorge m'assaille et j'ai l'impression que je vais pleurer. Je déteste cette sensation de faiblesse…

Cette impression que mon état émotionnel peut basculer d'un moment à l'autre à cause d'une pichenette. Merde, je suis plus fort que ça, normalement ! Pourquoi un rien me met dans tous mes états ? Ça allait, tout allait bien, pourquoi maintenant j'ai l'impression que le monde entier me veut du mal ? Pourquoi j'ai l'impression que le monde est dangereux ? Pourquoi je suffoque ?...

Je ne peux pas rester ici. Je ne peux pas.

Je fonce dans la chambre de Satsuki pour prendre mon sac, toutes mes affaires et je ferme la porte de l'appartement de cette famille qui m'a si gentiment accueilli quand j'en avais le plus besoin. Mais là, je ne peux pas, je ne peux plus…

Je dépose la clé dans la boîte aux lettres. Pas de retour en arrière possible.

Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. J'ai une partie de moi qui me dit que ce que je fais est extrême, que ça ne sert à rien de réagir comme ça, que je craque complètement… Et une autre partie qui souffre. J'ai mal, je ne l'explique pas, mais je n'arrive pas à réfléchir et je fais ce que cette souffrance me dicte de faire…

Dans les rues de Tokyo, je me retrouve seul.

Retour à la case départ.

Est-ce que je peux réellement demander de l'aide à la seule personne avec qui j'ai envie d'être maintenant ? Est-ce qu'il va comprendre ? Est-ce qu'il va accepter ?

S'il me rejette, je ne sais pas comment je réagirais. J'ai besoin de lui, encore une fois.

Portable en main, je m'arrête près d'une ruelle et m'appuie contre le mur, mon sac à mes pieds. Je ferme les yeux en laissant mon visage s'exposer au soleil. La chaleur matinale se fait ressentir et je capte le bruit environnant qui m'entour. C'est quand même drôle de voir que le monde continue de tourner, alors que j'ai l'impression que le mien s'effondre à longueur de temps.

Une première tonalité, une seconde… Et j'entends la voix de mon amant de l'autre côté du téléphone. Je sens mes épaules se contracter, mon regard se fige sur du vide.

- Dai-i-ki ?

- Ouais… Ryou… Je…

Je me mords la lèvre, ayant beaucoup trop de mal à formuler une simple phrase. Une simple demande…

- Dai-i-ki ? Ça va ?

- … Je… Ryou… Est-ce que je te dérange ?

- Non, non, Dai-i-ki me dérange ja-mais !

- Est-ce que tu es libre, tout de suite ? Est-ce que je peux venir te voir ?

- Dai-i-ki...

Je ferme les yeux, incapable de retenir le peu de fierté qu'il semble me rester.

- Dai-i-ki, ça va pas ?

- Nan… Nan, Ryou, ça va pas…

- Dai-i-ki ? Dai-i-ki, t'es où ?

- Est-ce que je peux venir, Ryouta ? S'il te plait… Je peux venir ?

- Oui, viens Dai-i-ki !

Je raccroche, laissant tomber mon bras tenant mon portable le long de mon corps. Je me sens… Fatigué…

Il n'a pas dû apprécier que je raccroche comme ça… Je vais l'inquiéter. Et cette pensée me donne la force de prendre mon sac et de courir jusqu'à chez lui, malgré la douleur qui me lacère le bas de mon corps.

Je ne contrôle rien. Du moins, j'ai la sensation de ne plus rien contrôler. J'ai l'impression de faire un cauchemar et de ressentir des émotions beaucoup trop fortes, sans réellement pouvoir y faire quoi que ce soit. Comme si mon cerveau était en pause et n'était plus capable de raisonner logiquement.

La maison de mon amant se distingue enfin dans mon paysage, et je me surprends à accélérer une dernière fois le rythme de ma course pour combler les derniers mètres qui me séparent de lui.

Je passe le portail, et j'ai à peine le temps de frapper à la porte que le battant s'ouvre sur Ryouta.

Il se décale pour me laisser entrer, et prend le temps de regarder longuement son allée comme si un danger allait arriver pour l'attaquer. Une fois son inspection finie, il referme la porte violemment, la faisant claquer.

Il sursaute, met ses mains sur ses oreilles à cause du bruit sourd et se tourne vers moi en fermant les yeux. Il s'est fait peur tout seul, mais j'ai un peu de mal à comprendre sa brusque réaction.

J'oublie un peu ce qu'il vient de se passer de mon côté, je pose mon sac pour le prendre dans mes bras et le calmer. Une de mes mains se perd dans ses cheveux, alors que mon bras enserre sa taille pour le maintenir contre moi. J'attends doucement qu'il se détende, le laissant se cacher dans mon cou et reprendre un peu ses esprits.

Il est… Aussi perdu que moi, je crois. Je ne sais pas si c'est mon appel qui l'a stressé, ou s'il y a autre chose, mais il ne va pas bien non plus.

Ses paumes finissent par se décoller de ses oreilles pour se poser sur mes omoplates, serrant doucement mon tee-shirt. Je le laisse sangloter silencieusement contre moi. Ça ne me surprend pas plus que ça qu'il se mette dans cet état, il s'est vraiment fait peur. En plus de ça, il s'est sûrement fait un peu mal avec le bruit de claquement.

D'ailleurs, ce dernier a alerté Nanami, qui débarque en trombe dans la pièce, en appelant son frère. Sa bouche se referme quand elle nous voit tous les deux dans l'entrée, accrochés l'un à l'autre.

Ses yeux se baisses sur mon sac à mes pieds, et elle remarque rapidement mes affaires posées dans un coin. Elle n'a pas besoin de mots, elle a compris.

- Encore ? - Me dit-elle, sans reproche, juste comme une constatation.

- C'est compliqué…

Elle hoche doucement la tête, sans me poser plus de questions. Je crois qu'elle n'a pas vraiment envie de se mêler de mes histoires et de tout ce qu'il se passe. Elle sait qu'elle ne peut pas réellement m'aider, et ce n'est pas le genre de personne très adroite avec les mots. Je ne me confierais pas à elle, et elle le sait. Ni à elle, ni aux autres.

Elle regarde doucement son frère, cherchant sûrement la raison de son état. Je lui réponds simplement qu'il a claqué la porte, et elle n'a pas besoin de plus pour assimiler le bruit qu'elle a entendu à la réaction de Ryou. Je me rends compte encore une fois des progrès qu'elle a fait, et ça me donne un peu d'espoir pour la suite, malgré tout ce qu'il se passe.

Nanami commence à tourner les talons, nous laissant seuls. Avant de s'éclipser, elle me précise juste une chose.

- De toute façon, tu sais où est la chambre de Ryouta.

Une autorisation implicite de rester chez eux pour un temps.

J'embrasse la tempe de Ryouta, le berçant contre moi. Ça me fait autant de bien qu'à lui, donc je ne m'en prive pas. Il finit par doucement se détacher de moi, sans pour autant se défaire de mon étreinte.

Ses deux mains se posent sur mes joues, et j'ai l'impression qu'il cherche quelque chose dans mes iris. Un mot, une explication… Son regard me scrute, passant de mes yeux à mes lèvres, dans une incompréhension silencieuse. Je sais que ce n'est pas tentative anodine, que ça n'a pas la même signification qu'avec d'autres personnes… Ryouta essaye juste de faire des efforts pour garder le contact visuel entre nous, sans détourner les yeux. Essayer de comprendre ce que mon regard transmet comme émotions, même si ça reste abstrait pour lui.

Je passe ma main sur sa nuque et y exerce des petites pressions pour attirer son attention.

- Mon ange…?

Je ne sais pas pourquoi je chuchote. Peut-être pour ne pas le brusquer et ne pas le sortir de ses réflexions trop brutalement. Il pose un regard un peu brumeux sur moi, mais ne bouge plus la tête pour s'échapper, mêmes quelques secondes, à notre échange.

Sans que je ne m'y attende, ses doigts se font plus fermes sur ma mâchoire et il approche son visage du mien. Ses lèvres prennent d'assaut les miennes, dans un baiser à la fois tendre et fougueux. Et j'en profite. Je profite tellement de ce moment.

C'est si rare qu'il prenne l'initiative de m'embrasser comme ça. En règle générale, il dépose juste un baiser plus ou moins appuyé sur mes lèvres et il me laisse ensuite prendre les devants. Mais cette fois, c'est différent. Je lui laisse totalement le contrôle sur ma bouche, sur mon esprit, mes émotions… Sur tout.
Comme… Comme hier, en fait.

En repensant à ça, je perds un peu mon entrain à lui répondre. Ce qui était un baiser mémorable devient rapidement douloureux pour moi, presque maladroit et désespéré. Je ne me décolle pas de lui pour autant, mais je reprends les rênes, ressentant un besoin irrépressible de lui montrer par ce geste pourquoi je suis ici, avec lui.

Je me sens trahi. J'ai l'impression que Satsu a joué avec la confiance que je portais en elle, pour se foutre de ma gueule.

Et je m'accroche à mon homme. Je m'accroche à Ryouta parce que lui, je ne veux pas qu'il me tourne le dos. Je ne le supporterais pas si lui, il m'abandonnait. Surtout maintenant. Il ne le fera pas, je sais que c'est dans ma tête. Tout ça, c'est dans ma tête. Je sais que je suis extrême dans mes réactions mais… Je n'y arrive plus. Je n'arrive plus à savoir quoi faire, quoi dire, à qui… Je tourne en rond et me ressasse la matinée en boucle, comme un mauvais mantra qui me rappelle que j'ai un karma de merde.

Des bruits de fond me parviennent, que je n'arrive pas à distinguer. Jusqu'à ce que je comprenne que Nanami vient de nous rejoindre dans l'entrée. Et vu sa tête, elle n'a pas loupé notre échange.

- Oh… Merde. Bah… Désolée de vous interrompre, hein, mais je sors. - Dit-elle en détournant les yeux et en rougissant légèrement.

- D'accord, D'accord. - Répond mon amant, les lèvres rouges et brillantes de notre baiser, l'air un peu perdu.

- … Il va falloir que vous vous poussiez de l'entrée pour ça.

Je le tire par la taille pour nous décaler et la laisser passer. Elle se tourne vers nous, la poignée dans la main, pour nous donner des dernières précautions, j'imagine.

- Je sais pas quand je rentre, j'envoie un message.

- Ok. - Dis-je, aussi gêné qu'elle.

- Faites gaffe, comme d'hab, j'ai pas besoin de me répéter…

- Ouais, nan, t'inquiètes, on commence à avoir l'habitude.

- Ouais, Ouais...Ah si, une dernière chose. Si vous avez moyen de changer les draps sales… Parce que, clairement, je ne le ferais pas. J'y vais, à plus.

Et elle referme la porte, sur ma tronche qui doit être impayable.

Donc… Elle aussi, elle a compris.

Je soupire, fatigué et lassé. Je me passe une main sur le visage pour chasser ce sentiment trop contenu, que je ne parviendrais pas à vraiment nommer. Ce mélange entre l'épuisement et la mélancolie… Et ce vide.

Je ne comprends toujours pas pourquoi je ressens tout ça. Je veux dire… Ce n'est pas pire que ce que j'ai vécu avec ma mère. Loin de là. Et dans les deux cas, c'est moi qui ai choisi de partir et d'ignorer tout le monde. Alors pourquoi cette fois, j'ai l'impression que je ne trouverais pas de solutions à mes problèmes ?

Est-ce que je me sens lasse parce que je commence à avoir l'habitude de ces sentiments, qui me collent comme une seconde peau ? Ou est-ce que ça vient de mon instinct qui me hurle que là, je ne suis pas prêt pour la suite des évènements ?

Pour l'instant, je ne veux pas y penser. Je veux juste… Retourner dans notre cocon, à Ryouta et moi, me protéger du monde extérieur et… Ne plus penser à rien.

- On va dans ta chambre, mon ange ?

Je tente de m'éloigner de lui et de marcher calmement vers mon point d'ancrage… Mais mon amant me retient par le poignet, m'obligeant à lui faire face. Pourquoi a-t-il l'air aussi… Paniqué ?

- Non ! Dai-i-ki ne va pas bien ! Faut que j'écoute. Dai-i-ki va pas bien, alors il faut que j'écoute pourquoi Dai-i-ki… Pourquoi tu vas pas bien…

Ses yeux me lancent un regard indéchiffrable. Quelque chose entre la peur, la détermination, l'incompréhension... Et je comprends rapidement qu'il a en tête la dernière fois où je suis venu chez lui parce que j'allais mal. Cette fois où nous avons fini chez le Docteur Miano parce que j'ai totalement merdé. Parce qu'on s'est mal compris et que… On s'est fait du mal. Je lui ai fait du mal. Beaucoup trop.

Mais cette fois, je ne referais pas cette erreur. Plus jamais.

- On peut aller parler dans ta chambre, on sera mieux que dans l'entrée, Ryou… Où dans le canapé, où tu veux, et je t'expliquerais, d'accord ?

- D'accord… Pro… Promis ?!

Il me tend son petit doigt, un air très sérieux sur le visage. Ça remonte ça, je suis étonné qu'il s'en souvienne encore. Je lui présente mon auriculaire, qu'il se dépêche d'attraper avec le sien. Je ne peux pas m'empêcher de le trouver adorable sur le moment et de lui voler un baiser chaste.

Il me suit sans un mot, me laissant le guider vers sa chambre. J'ai vraiment besoin de retrouver un endroit qui n'appartient qu'à nous, en quelque sorte.

Je passe le pas de la porte et enlève mes chaussures pour pouvoir m'installer dans son lit. Je tire sur les draps, et remarque très rapidement qu'il reste des souvenirs de nos ébats d'hier. Effectivement, il va falloir qu'on change les draps… Mais pas maintenant. C'est le dernier de mes soucis pour le moment.

Je lui tends la main pour qu'il me rejoigne, mais contre toute attente, je le vois se diriger vers la fenêtre pour tirer un peu ses rideaux. Il se place ensuite en face de moi, et prend ma jambe pour la soulever vers lui. Mais qu'est-ce que…? Qu'est-ce qu'il fait avec mes chaussettes ?

Je le regarde enlever délicatement les deux bouts de tissus, pour les laisser choir sur le sol, sans que je ne comprenne vraiment ce qu'il fait. Je ne m'inquiète pas plus que ça, tant qu'il ne les renifle pas, tout devrait bien se passer.

Il continue son effeuillage, en tirant sur les manches de ma veste d'uniforme, pour me l'enlever et la poser sur une chaise. Il fait de même avec ma cravate, sans que je n'arrive à dire quoi que ce soit.

C'est quand il commence à s'énerver sur ma chemise, sans parvenir à défaire les boutons, que je lui prends les poignets pour l'arrêter.

- Ryou, qu'est-ce que tu fais ?

- Faut pas garder pour aller dans… Dans le lit…

- Mais d'habitude Ryou, ça te dérange pas quand on va au lit ?

- Oui...Oui… Mais pas dans le lit.

Ah. Evidemment. Toute la nuance est là. Il y a une différence pour lui, entre être sur le lit et être dedans. Je soupire, même si un sourire se dessine sur le coin de mes lèvres. Mes doigts partent défaire mes boutons, laissant apparaître le tee-shirt que je porte en dessous. Une fois enlevée, je lui tends, puis il la pose avec ma veste, dans des gestes méticuleux. Et il attend.

Il finit par me pointer mon pantalon du doigt, voyant que je ne faisais aucun geste pour continuer à me déshabiller. Il réagit plus rapidement que moi, se baissant pour défaire ma braguette...

- Woaw, minute mon ange, qu'est-ce que tu fais ? J'ai pas besoin de tout enlever… -Dis-je en retenant son poignet.

- Pas tout. Non ! Pas tout nu ! Mais pas ça !

- Ok, ok… - Je lui répond, en explosant de rire.

Je me lève pour enlever ce qui le gêne, puis rapidement, je le vois faire de même. D'abord ses chaussettes se font la malle, puis il commence à enlever son jean, le plus simplement du monde.

Puis d'un coup, il relève la tête vers moi, pantalon encore sur une cheville, avec un air triste.

- Da-i-ki ! Dai-i-ki va pas bien… C'est pas important les chau-settes… Dai-i-ki va pas bien… Faut écouter !

S'il continue comme ça, il va me faire une crise d'apoplexie dans mes bras…

- Non, Ryouta, ne t'inquiète pas… Ça va, ok ? Je vais bien. On finit d'enlever les vêtements en trop, on va dans le lit et on discute. D'accord ? Ne te mets pas la pression, ne stresse pas, je vais bien. Et tu es parfait, alors ne te reproche rien. - Lui dis-je en me levant pour le prendre dans mes bras.

Je l'embrasse sur le front, avant de l'aider à se débarrasser de son jean. Ses mains retrouvent les miennes et il s'amuse à caresser mes doigts, consciencieusement, alors qu'il se rapproche de moi, laissant très peu d'espace entre nos deux corps. Je respire tranquillement son odeur dans le creux de son épaule, tout en savourant ses attentions.

Face à face, tous les deux en tee-shirt boxer, je me sens bien. A ma place.

Je l'entraîne avec moi dans le lit et pour une fois, je me glisse dans ses bras, plutôt que de le prendre dans les miens. Il me laisse faire, un sourire heureux sur les lèvres. Heureux de pouvoir être là pour moi et que je me laisse aller contre lui, je suppose.

Son épaule me sert d'oreiller, me permettant de me coller à lui, contre son torse. Ma respiration suit le rythme de son coeur, qui vibre à mes tympans, tandis que ses bras entourent mon corps, toujours un peu fébrile de la vieille. Comme s'il souhaitait me rappeler inlassablement ce qu'on a fait il y a peu de temps dans ce lit. Ses caresses délicates sur ma peau me détendent, et je ferme les yeux pour profiter de sa douceur.

Sans que je ne le contrôle vraiment, je finis par tout lui raconter. De l'instant où je suis parti de chez lui ce matin, jusqu'à ce que je revienne en trombe. Il ne me coupe pas dans mon monologue et je ne sais même pas s'il arrive à suivre tout ce que je lui dis. Il reste juste là, à m'apporter son soutien, et je n'ai besoin de rien de plus pour le moment.

Un silence calme suit ma tirade, et j'en profite pour m'imprégner de son odeur et embrasser la peau de son cou.

Il finit par soupirer, se laissant aller sous les attentions de mes lèvres. Je sens ses doigts se faire un chemin dans mes mèches désordonnées, avant d'entendre sa voix très calme répondre à mon histoire.

- Dai-i-ki a honte de… De faire l'amour avec moi ?

C'est justement ce que je craignais. Qu'il pense que je regrette. Mais je tiens vraiment à être clair là-dessus, je n'ai pas honte de lui et je n'ai pas honte de faire l'amour avec lui… Je suis juste mal à l'aise qu'on me le souligne. Les gens ont tendances à trouver cet acte dégradant et je ne veux pas qu'on me regarde différemment à cause de ça. De mon point de vue, il y a une énorme différence entre la honte et ce que je ressens, même si je suis sûr que certains me diront que je me voile la face.

- Non… Non, Ryou, bien sûr que non. C'est pas ça.

Je me relève sur un coude, faisant en sorte qu'il se positionne sur le dos. Sa main caresse mon dos, et je pose mon front contre le sien, le temps d'organiser mes pensées pour lui expliquer clairement ce qui me dérange dans ce qu'il s'est passé.

- Ce qui m'a blessé, c'est que Satsu ne m'a pas demandé avant d'en parler à Tetsu. Mais ça ne la regarde pas, et j'ai l'impression qu'elle se fout de ma gueule. Enfin, qu'elle se moque de moi. Et c'est ça qui me dérange. Je ne regrette pas d'avoir fait l'amour avec toi, loin de là, c'est juste… Je n'ai pas envie que tout le monde sache ce qu'on fait au lit. Tu comprends ?

- Je… Je crois. C'est privé. C'est pour ça ? Faire l'amour c'est privé.

- C'est ça. Ça ne les regarde pas.

Je n'arrive pas à m'empêcher de lui embrasser le visage, tout en lui parlant. Ça n'a pas l'air de le déconcentrer de notre conversation, et heureusement, parce que je ressens un besoin viscéral d'avoir un contact avec lui. De le toucher, de sentir sa peau contre la mienne...

- Et Dai-i-ki est parti. -Continue-t-il, sans interrompre ses gestes sur mon corps.

- Voilà. Donc, je vais rester ici, avec toi, si ça ne te dérange pas. Je ne sais pas combien de temps, mais… Tu es d'accord ?

- Hum ! Oui ! Dai-i-ki peut res-ter ! - Me dit-il en me prenant dans ses bras, me faisant m'écrouler sur lui.

Je l'embrasse pour clore cette conversation. Je n'ai plus envie d'en parler pour le moment. Il a compris et ça me suffit.

Allongé sur lui, je sens une toute autre envie se réveiller. Notre… Intimité est encore récente et j'ai l'impression que mon corps appel celui de mon amant. Je n'ai plus envie de mots, j'ai besoin de gestes.

Pourtant, j'ai encore le comportement de Satsu en tête, qui m'empêche de faire quoi que ce soit. Cette impression que je n'ai pas le droit de vivre ma sexualité sans que quelqu'un m'attende de pied ferme pour me pointer du doigt, qu'importe ce que je fais.

Mais là… Je suis en dehors de cette réalité. Je suis dans les bras de mon homme, dans notre cocon, dans notre monde. Le seul regard dont j'ai envie de me soucier maintenant, c'est celui de Ryouta. Le monde extérieur attendra, il n'y a qu'ici où je peux être réellement moi-même, sans avoir être l'impression d'être jugé, observé… Et où on peut s'aimer en toute impunité.

Ryou à l'air d'être du même avis que moi. Nos regards se font écho, exprimant un désir similaire et difficilement réprimable. Ses iris dorées brillent d'une nouvelle lueur qui me ferait presque rougir. A travers ses yeux, je me sens aimé.

Nos visages se rapprochent, nos lèvres se frôlent, et je le sens frémir contre moi. Il ne veut pas d'effleurement, juste du concret. Ma bouche se presse paresseusement contre la sienne, elles s'apprennent et s'appréhendent, comme pour un premier baiser. Sa main passe la barrière de mon tee-shirt, pour me toucher à même la peau. Je le sens écarter les jambes et j'en profite pour m'y ancrer, laissant nos membres encore au repos se presser l'un contre l'autre.

La situation est excitante, je ne peux pas le nier, pourtant tout reste chaste. On prend le temps dont on a besoin. Nos lèvres continuent de se mouvoir, elles se séparent pour mieux se retrouver, dans des gestes lents et appuyés. La peau de Ryouta est brûlante sous mes caresses. Je sens ses muscles se détendre sous mes attentions, et petit à petit, mon amant se laisse aller contre moi, en toute confiance.

Le reste de nos vêtements finissent par se faire la malle, toujours dans des mouvements maîtrisés. Ces moments n'ont jamais été aussi tendres que maintenant. Je me rends compte à quel point ce mec me fait vibrer avec un rien, et que chaque attention qu'il a envers moi me fait me sentir vivant.

Nos hanches commencent à se balancer, frottant ensemble nos érections à demi-érigées. Je ne saurais même pas dire qui de lui ou de moi a commencé cette danse.

Les choses s'enchaînent naturellement. Peut-être que c'est à cause de sa règle du "chacun son tour", mais Ryouta n'a rien dit quand j'ai pris les rênes de notre échange. Et je dois bien avouer que ça m'arrange bien. Je n'avais vraiment pas envie de débattre à ce sujet. Je… Ne me sens pas près à recommencer pour le moment.

Un rire m'échappe au moment de prendre la bouteille de lubrifiant, pour le préparer à me recevoir. Elle n'a pas bougé depuis hier, très visible sur sa table de chevet. Ceci explique peut-être comment Nanami a su ce qu'il s'était passé entre nous pendant son absence… Sûrement.

Le souffle de mon homme se fait plus erratique au fil de mes attouchements et de mes doigts en lui. Je profite de cet instant pour embrasser son corps avec dévotion, me rendant compte une fois de plus de sa beauté. Sa peau laiteuse, ses yeux brumeux, ses lèvres rougies… Chaque parcelle de son corps qui réagit à mes attentions me paraît délicieuse.

Un préservatif et une supplique plus tard, je me perds entre les chairs de mon amant. Ses reins se cambrent, sa bouche s'ouvre sur une plainte muette, mais cette fois je ne vois aucune douleur sur son visage. Comme quoi, il est vrai qu'une bonne préparation change complètement la donne.

Il ne lui faut pas beaucoup de temps avant de s'habituer et de m'autoriser à continuer.

Une de mes mains vient se perdre sous sa tête, à la naissance de sa nuque, tandis que l'autre se joint à celle de Ryouta sur les draps pour entrelacer nos doigts.

J'installe une cadence lente, me permettant petit à petit d'enfoncer toute ma longueur en lui, dans des poussées flânantes. Ses soupirs se calquent sur les miens. De légers murmures lui échappent, alors que ses doigts se referment compulsivement sur les miens, au gré de mes vas et vient.

Je n'accélère pas le rythme. Celui-ci me convient parfaitement. Je sens mon membre être aspiré par l'intimité de Ryouta, je ressens chaque mouvement que je fais sur mon entrejambe et ça n'a pas l'air de déranger l'homme dans mes bras, au vu de ses gémissements. Il me supplie de continuer, dans des "encore" soupirés comme des litanies.

J'essaye de découvrir son corps d'une autre façon, bien plus précise et intime. Mes reins se creusent, me permettant de m'enfoncer bien plus loin en lui. Il me répond par un son bien plus fort que les autres. Je reste hypnotisé par ses expressions, ses réactions, laissant mes instincts répondre à ceux de mon amant. Je veux pouvoir imprimer dans mon esprit les gestes qu'il préfère, ceux qu'il aime le moins, ce qui le rend fou et tous ces points sensibles que je ne connais pas encore.

Je sens une goutte de sueur dévaler la peau de mon dos, me faisant frissonner. Ma bouche se fait câline sur la sienne, tandis que mon corps se rapproche plus encore de celui de mon homme, comme s'il n'était jamais assez proche. Toujours bien trop loin, au point de me faire ressentir un manque, alors qu'il est juste à côté de moi. Sa langue me demande l'accès pour rejoindre sa jumelle, et c'est avec surprise et plaisir que je l'encourage à continuer en maintenant plus fermement sa nuque.

Je sens le plaisir arriver à son apogée après en temps inconnu à me complaire dans notre étreinte. Déjà. Ryouta gémit de plus en plus longuement, ses soupirs deviennent suppliques, et je le sens m'emprisonner à chaque fois un peu plus en lui. Mes muscles se tendent, alors que mon homme jouit entre nous, dans un gémissement beaucoup trop érotique pour ne pas me faire craquer.

Ses yeux baignés par des larmes de plaisirs, sa jouissance et son resserrement me font venir, sans que je ne puisse le contrôler. Pendant quelques secondes, un voile blanc brouille ma vue, alors que j'ai le sentiment de ne jamais avoir vécu un orgasme comme celui-ci. Long, prenant… Tous mes muscles se détendent petit à petit, me laissant sans force sur mon amant, tout aussi apathique que moi.

Nos mains caressent la peau à leur porté, sans qu'aucun mot ne vienne gâcher le moment.

Je finis tout de même par me dégager de Ryouta, pour retourner dans ses bras, comme nous étions au tout début. Pas un mot ne vient briser notre échange silencieux.

Sa respiration calme et sereine me détend, aidée par ses doigts sur mon dos qui tracent des cercles imaginaires. J'entends son coeur reprendre un rythme normal, au fil des minutes qui passent.

Mes yeux papillonnent, je retiens un bâillement ou deux sans grande réussite. Et si je veux être honnête… Je n'ai aucune idée d'à quel moment je me suis endormi contre la chaleur accueillante de mon amant...


PDV Ryouta

Ça fait quelques jours que Daiki est à la maison, avec moi. Quelques jours, ça veut dire que ça fait plusieurs nuits.

Daiki dort avec moi. On mange tous les deux, avec Nani. On fait des câlins, on regarde la télé, des fois. Des fois, on fait les deux en même...En même temps.

Et Daiki va à l'école, tous les jours. Mais il revient après. C'est tous les jours comme ça. Mais c'est bien, parce qu'on se voit beaucoup.

Et Daiki et moi on fait… On fait l'amour aussi. Plus qu'avant. J'aime bien faire l'amour avec Daiki, parce que c'est doux. Et j'aime bien quand c'est comme ça. Des fois, c'est moins doux, mais ce n'est pas grave, parce que c'est bon. C'est… Daiki, quand il me touche, j'aime beaucoup, il fait attention maintenant, il ne fait plus de bêtises. Alors c'est toujours bon. J'ai besoin qu'il me touche, c'est… Rassurant et je me sens bien. Je pense plus à tout ce qui se passe dans ma tête, j'ai pas besoin de faire des efforts. Quand on est tous les deux tout nus, j'ai pas besoin de cacher des choses. Je peux être juste Ryouta.

Daiki, c'est mon amoureux, et il m'aime. Alors on fait l'amour. Parce que c'est bien de faire l'amour. Mais que avec Daiki ! On s'aime, alors on fait l'amour.

Mais, il ne veut plus que je le touche. Que je touche à ses fesses. Il m'a dit… Il me dit que ce n'est pas de ma faute. Il dit que c'est parce qu'il n'est pas prêt à refaire. Mais ce n'est pas grave.

C'est pas grave, parce qu'on fait l'amour quand même. Et qu'on fait plein de nouvelles choses, tous les deux. On essaye et c'est rigolo des fois. Et ça fait toujours beaucoup de bien.

Je l'ai dit au Docteur Miano. Je l'ai appelé, plus tard, pour dire que j'avais fait l'amour avec Daiki. Le docteur Miano m'avait dit de lui dire.

Elle n'était pas en colère. Même si je l'ai pas appelé tout de suite après avoir fait l'amour avec Daiki, elle n'était pas en colère. Mais je n'ai rien voulu dire. Le docteur Miano voulait savoir ce que.. Ce qu'on fait quand je fais l'amour avec Daiki. Mais je ne veux pas dire. Parce que Daiki dit que c'est privé. Donc je dis pas. Et le Docteur Miano n'était pas… Pas très contente, je crois. Elle voulait savoir, mais j'ai dit non. Le docteur Miano dit souvent que je suis… Têtu. Tête de mule ! Ça veut dire que je ne fais pas ce qu'on me dit.

Je ne veux pas qu'elle appelle Daiki. Il ne dira pas, de toute façon. C'est privé.

Daiki est au lycée, maintenant. Il ne veut plus trop y aller, mais il y va quand même. Mais pas au tap tap… Au Basket.

Mais je ne suis pas tout seul, Nani est là. Et Nani, elle est de plus en plus gentille avec moi.

Daiki, je crois qu'il est tout seul. Pas ici, dans ma maison, mais à l'école. Je demande tous les jours à Daiki s'il a parlé à Satsu. Parce qu'elle a fait une bêtise, mais ce n'est pas grave. Faut en parler. Quand Daiki fait une bêtise, je dis que ce n'est pas bien. Et après je l'embrasse.

Mais je ne veux pas que Daiki embrasse Satsu !

Pas contre, il faut qu'ils parlent, et pas que Daiki fasse la tête. Satsu, c'est son amie, et il ne faut pas être en colère contre une amie.

...Tous les jours, il me dit que non. Qu'il n'a pas parlé à Satsu. Il fuit.
Mais moi… Moi je pourrais lui parler à Satsu. On a échangé nos numéros, quand on a fait la soirée chez elle. Alors, je pourrais l'appeler. Daiki ne m'en voudra pas.

Mais je ne veux pas déranger Satsu. Si ça se trouve, elle ne veut pas me parler.

Mais il faut aider Daiki. Lui aussi, il est… Têtu. Tête de mule. Alors il faut l'aider. Faire les choses, parce que lui, il ne le fera pas. C'est comme ça.

Je… Je veux être utile pour Daiki. Je veux pouvoir faire des choses pour l'aider. Lui, il m'aide tout le temps, alors je veux l'aider.

Mais je ne sais pas… Pas quoi faire. Parce que… C'est pas facile. Ce n'est pas facile d'aider quelqu'un.

Je sais… Je sais que Daiki ne pourra pas toujours rester ici. Dans mon lit et dans ma maison. Parce que, c'est compliqué, chez moi. Pas quand y'a Nani et moi, mais quand Sumi ou papa et maman viennent… Daiki il ne peut pas rester quand ils sont là.

Alors, il faut trouver une idée. Je ne sais pas trop faire ça, moi. Je suis là pour Daiki, pour écouter et faire des câlins. Je veux l'aider plus…

Je tourne en rond dans ma chambre… Je réfléchis. J'essaye de réfléchir à ce que je peux faire. Je n'ai pas beaucoup d'idées…

Je prends mon téléphone… Peut-être… Peut-être que je peux faire ça. Expliquer et demander de l'aide. Peut-être que je peux…

Je cherche dans la liste des numéros… Dans le répertoire, c'est comme ça que ça s'appelle. Il faut que j'aille jusqu'au "S"...

Tout va bien se passer. C'est pour aider Daiki.

J'appuie sur le téléphone vert et j'attends… Un bip, deux bip…


PDV DAIKI

A la troisième sonnerie, je me dis que je dois répondre. Si c'est Ryouta, j'ai plutôt intérêt à décrocher pour ne pas l'inquiéter. En regardant sur mon écran pour savoir d'où provient l'appel, je me redresse, surpris de mon interlocuteur.

Je suis censé être en cours, mais visiblement, la personne qui cherche à me joindre me connaît mieux que je ne le pensais. Elle sait que l'idée de passer ma journée le cul vissé sur une chaise ne m'enchante pas.

Je décroche, voulant quand même savoir le but de cet appel.

- Oui ?

- Bonjour, Dai-chan…

- Bonjour…

La maman de Satsu. Elle a l'air soulagé de me voir décrocher pour lui parler.

C'est vrai que j'ai un peu laissé la famille Momoi en plan, sans aucune information. Satsuki a dû leur raconter ce qu'il s'est passé, même sans forcément rentrer dans les détails. Puis, ils n'ont pas pu louper la disparition de mes affaires chez eux.

- Comment vas-tu, Dai-chan ?

- Bien… Enfin… Ouais, bien. Et vous ?

Quelle question à la con… Simple réflexe, soit dit en passant. Je me masse l'arête du nez, en fermant les yeux, choqué de ma propre connerie.

- Inquiète. Je ne comprends pas pourquoi tu es parti, Dai-chan… Est-ce que tu vas bien ? Où est-ce que tu vis, en ce moment ? Pas dans la rue, j'espère ! Mon dieu, dis moi que tu n'es pas dans un endroit peu fréquentable…

- Non…

- Tu as appelé ton père, c'est ça ? Ou peut-être que tu es chez un ami ? Chez ton petit-ami ? Réponds moi, Dai-chan...

Je me rends compte à cet instant, que oui, j'ai vraiment joué au con. Je ne me suis pas rendu compte un seul instant que je pouvais inquiéter les parents de Satsu, ou même qu'ils allaient me chercher…

- Je… Je suis chez Ryouta, en ce moment. Tout va bien, ne vous en faites pas, je ne suis pas allé me réfugier dans un gang ou dans un squate…

- Tant mieux, Dai-chan… J'ai eu peur… Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Satsuki m'a juste dit que vous vous étiez disputés, mais je ne comprends pas…

- Mh, c'est le cas. Disons qu'elle s'est mêlée de choses qui ne la regarde pas. Et que ça m'a blessé au point où je n'ai pas envie de la voir pour le moment…

- Je vois… Je comprends. Je suis désolée Dai-chan si Satsuki a fait une erreur qui t'a fait du mal…

- Ce n'est pas de votre faute. C'est juste que j'ai besoin de m'éloigner d'elle pour l'instant.

- J'espère que tu arriveras à lui pardonner, Dai-chan…

Est-ce que j'arriverais à lui pardonner ? Oui, je pense. Mais plus tard. Pour l'instant, je veux surtout qu'elle comprenne qu'elle a fait une grosse connerie et lui passer l'envie de mettre son nez dans mes histoires privées.

Mon silence en dit long, et elle comprend que je ne lui répondrais pas directement sur sa dernière demande implicite.

- Si tu as besoin Dai-chan… Tu peux revenir à la maison, tu sais. Tu seras toujours le bienvenu.

- …Merci. Pour l'instant, je vous avoue que j'ai besoin d'être avec Ryouta…

Je ne pense pas mériter autant d'attention. La mère de Satsu est vraiment une personne extraordinaire. Satsu, malgré ses erreurs, à quand même de qui tenir, question bienveillance.

Malgré ça, je ne lui mens pas quand je lui dis que j'ai besoin de me retrouver un peu avec Ryou. Près de lui, je me sens à ma place, je n'ai pas l'impression de déranger… D'être de trop ou d'être un poids.

Je ne dis pas que tout le monde me fait ressentir ça, c'est même tout le contraire pour la famille Momoi… Mais j'ai l'impression d'abuser, de toujours trop en demander. De ne pas être raisonnable. Et c'est une sensation extrêmement désagréable, surtout quand je me dis que je ne peux rien faire de convenable pour les remercier.

- Je comprends, Dai-chan… Seulement, si tu as besoin de quelque chose, n'importe quoi, n'hésite pas à m'appeler, d'accord ? Et donne moi de tes nouvelles, s'il te plait, ne serait-ce que pour me rassurer et pouvoir transmettre à… Enfin, je pense que tu m'as comprise, mais je ne veux pas t'embêter avec ça pour le moment. Est-ce que tu peux juste m'appeler de temps en temps, ou même envoyer un message, pour me dire que tu vas bien ?

- Oui… Je ferais ça… Promis.

- Merci, Dai-chan. Je vais te laisser… Prends soin de toi, d'accord ?

Après une dernière promesse de ma part une dernière salutation, nous raccrochons tous les deux.

Je sais, je sais… La personne dont elle voulait me parler, encore une fois, c'était mon père. Je ne suis pas stupide. J'ai bien conscience des efforts qu'elle fait pour essayer de me convaincre de contacter mon géniteur, sans pour autant que je me sente forcé.

Elle espère juste que je change d'avis.

Mais… Pour moi, je n'ai pas besoin de lui.

Je veux dire, j'ai réussi à vivre des années avec son absence. Même si on essaye de me persuader qu'il ne m'a pas abandonné et qu'il a toujours fait attention à moi, d'une façon ou d'une autre, je n'arrive pas à le croire.

Le contacter, c'est comme donner la possibilité à quelqu'un de me tourner le dos, encore une fois, alors que je demandais juste de l'aide. Il ne sait rien de ce qu'il s'est passé avec ma mère, de ma relation avec Ryouta… De ma vie entière, en fait. Ce n'est pas parce que la mère de Satsu lui donne de mes nouvelles qu'il me connait, loin de là.

Parfois, je reste quand même un peu curieux de savoir où il est. Qui il est. Ce qu'il fait et ce qu'il est devenu. Parce que, je dois avouer que je n'ai plus beaucoup de souvenirs de lui. Je me souviens de mon enfance avec lui, mon père n'a pas toujours été absent. Je me souviens d'avoir eu une relation presque fusionnelle avec lui. Mais en vérité, je suis incapable de me rappeler distinctement de son visage. Mon père est devenu un inconnu pour moi.

Alors, non, je n'ai pas besoin de le contacter. Ça ne servirait à rien.


(...)


Vous savez ce que c'est, qu'une bonne journée de merde ?

C'est quand une emmerde n'arrive jamais seule.

Je commence par quoi ? Peut-être par le fait que Nanami m'a fait comprendre, au saut du lit, que je pouvais rester tant que je le voulais dans sa demeure, mais qu'elle n'allait pas pouvoir tout payer pour moi. Et que surtout, si Sumi ou ses parents venaient à débarquer, il valait mieux pour tout le monde que je dégage.

Encore, ça je peux le comprendre. Je veux dire, je m'en serais douté au moment venu. Mais je n'y ai pas du tout pensé en m'installant chez Ryouta et me le rappeler aussi frontalement était assez dur de sa part. Cependant, il fallait bien que quelqu'un me le dise d'une façon ou d'une autre...

Néanmoins, le pire aujourd'hui, ce n'est pas ça. Oh non, ce que m'a dit Nanami, c'était charmant et mignon à côté du reste.

En début d'après-midi, j'ai été convoqué par l'administration de l'école. Je pensais naïvement que c'était à cause de mes absences à répétition ou de mes notes, quelque chose du genre… Ça ne m'aurait pas paru étrange, je sais bien qu'il ne me dise rien parce que je suis l'As de l'équipe de basket, et que je permets une belle réputation à notre club, malgré mes frasques.

Cependant… Ça n'avait rien à voir avec tout ça.

Ma mère n'a pas payé mes frais de scolarité pour l'année. Enfin, elle a payé la moitié, au moment de l'inscription, quand j'étais encore chez elle. Par contre, la deuxième partie, qu'on doit payer dans le mois après la rentrée…

Ils m'ont dit qu'ils ont tenté de la joindre, mais que le téléphone qu'ils avaient n'était plus le bon. Ce qui me laisse à croire qu'elle a changé de numéro… Ils ont tenté d'envoyer des lettres depuis le début d'année, à l'adresse inscrite sur mon dossier, mais elles sont restées sans retour.

Donc, ma mère me laisse dans la merde. C'est sa réponse à ma rébellion.

J'ai tenté de leur expliquer la situation, pourtant, ils ne m'ont pas écouté. La secrétaire m'a clairement fait comprendre que si je ne payais pas, ils n'auraient pas d'autre choix que de me mettre à la porte. Que je ne pourrais plus étudier dans leur établissement…

J'ai croisé Satsu, au détour d'un couloir. Elle a tenté de m'approcher pour discuter avec moi, et à en croire sa tête, elle savait que j'avais été convoqué. Je ne lui ai pas laissé le temps de me rejoindre, et j'ai continué mon chemin.

Je ne suis pas assez rancunier pour l'ignorer à cause de ce qu'elle a fait. Je pense qu'elle a compris, et même si je lui en veut toujours, ce n'est pas la raison principale pour laquelle je suis passé à côté d'elle sans la regarder. A croire que je ne retiens jamais les leçons qu'elle me donne… J'ai l'impression que c'était hier, le moment où elle m'a balancé sa chaussure à la tronche, en m'engueulant parce que je refusais de voir qu'elle était là pour moi. Sauf que là, la situation est différente...

J'ai traversé la cours jusqu'aux grilles du lycée et j'ai rejoint le terrain de basket, près de chez Ryou. J'avais besoin de faire le point, seul.

Allongé dans l'herbe qui borde notre terrain, je me sens juste… Vide.

J'ai essayé de me convaincre que la situation n'était pas aussi désastreuse qu'elle paraissait. En vain.

Ryouta est à mes côtés. C'est le seul point positif que j'ai réussi à trouver. Dans un monde parfait, je dirais même que c'est la seule chose qui compte pour moi. Heureusement que la vie est là pour me foutre un coup de boule dans la tronche et pour me rappeler qu'il y a une différence entre rêves et réalité, n'est-ce pas ?

Maintenant, on récapitule ce qui ne va pas ?

Je fais la gueule à ma meilleure amie, parce que j'ai l'impression qu'elle m'a trahie. Sauf que je me sens seul.

Je n'ai nul part où aller. Je n'ai plus de maison, et je sais pertinemment que ce que voulais me dire Nanami, c'est que je pouvais mettre Ryouta en danger si ses parents venaient à savoir que je squattais chez eux. Et si mon amant a des ennuis à cause de moi, je ne me le pardonnerais jamais. Nanami ne me vire pas de chez eux. Elle a juste voulu que j'ouvre les yeux sur ce que ma présence impliquait pour elle et son frère.
Mais ça ne change rien au fait que je n'ai pas d'endroit fixe et sûr où vivre. Je suis SDF, tout simplement. Et c'est absolument horrible de me dire ça.

Ensuite… Je n'ai pas un rond. Pas un sou en poche. Alors, quoi ?
Je ne rêve pas, même si j'adorerais pouvoir vivre d'amour et d'eau fraîche, la vie, ça ne fonctionne pas comme ça.

Même si je le voulais, je n'aurais aucun moyen de prendre mon indépendance, de louer un appart, ou quoi que ce soit. Et même si je pouvais faire ça, je ne pourrais pas payer mon année au lycée. Ni la prochaine.

Je n'ai jamais été un bon élève, certes, je ne vais pas spécialement en cours, je ne fais pas beaucoup d'effort… Ça, je le sais. Mais j'ai toujours tout fait pour passer d'année en année, sans vraiment de problèmes, et malgré tout ce que j'ai pu faire, je tiens à avoir mon diplôme. Je veux pouvoir choisir des études qui me plaisent, que ce soit dans le basket ou dans un autre domaine, je m'en fous, mais faire quelque chose que j'ai envie de faire. Je ne veux pas arrêter le lycée et travailler pour pouvoir vivre, c'est… C'est impossible. Je veux avoir le choix !

Si j'arrête mes études maintenant, je ferais un boulot de merde toute ma vie, et ça, je ne peux pas m'y résoudre…Et je ne vais pas aller faire la manche, bordel ! Ni même me prostituer, faut arrêter de déconner !

J'ai bien un compte en banque, mais je suis mineur et il est au nom de ma mère. Puis si ça se trouve, elle a totalement retiré l'argent qu'il y avait dessus… Enfin, ça ne changerait pas grand chose pour moi, parce que je n'y aurais pas accès à cause de mon âge.

Alors, qu'est-ce que j'ai comme solution ? Quand j'essaye de réfléchir à qui pourrait m'aider, je ne vois personne !

Je prends mon téléphone pour faire défiler les noms dans mon répertoire… Je n'ai pas le temps de traîner, il faut que je trouve une solution, maintenant. Parce que dans une semaine, je ne serais plus le bienvenu dans mon propre établissement. Mes yeux scrutent les noms qui s'affichent sur mon écran, n'omettant aucune possibilité.

Ryouta ? Ah… Il n'a pas plus d'argent que moi. Je sais qu'il me fera toujours une place dans son lit, mais là, ce n'est pas suffisant… Je l'aime, je ne suis même pas sûr de pouvoir lui rendre un jour tout ce qu'il fait pour moi. Je ne lui reprocherais jamais la situation dans laquelle je suis aujourd'hui, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Ce n'est pas du tout de sa faute, et mes choix, je ne les ai pas tous faits pour lui. Pour beaucoup, je les ai faits pour moi. Mais, pour le moment, il ne peut pas vraiment m'aider, il est tout aussi impuissant que moi…

Les gars de la GM ? Bien sûr que non. Ils ont mon âge, je ne vois pas comment ils pourraient m'aider financièrement. Puis ils habitent tous chez leurs parents, alors, ça reviendrait au même que de vivre chez Ryouta, mon amant en moins.

Le docteur Miano ? Nan, impossible. C'est la psy de mon homme, rien d'autre. Même si elle m'a écouté quand j'en avais le plus besoin, ce n'est pas son rôle. Je ne la remercierai jamais assez de m'avoir ramassé à la petite cuillère quand je ne savais plus quoi faire, mais là, c'est autre chose. A part me proposer de voir une Assistante sociale, de me placer en maison d'accueil ou quelque chose du genre, qu'est-ce qu'elle pourrait faire pour m'aider ? Rien du tout. Sauf l'inquiéter, je ne n'obtiendrais rien…

Les parents de Satsuki ? Je ne pourrais jamais leur demander ça. Ils ont déjà fait tellement pour moi… Puis ils ont déjà une fille ! Ils ont sûrement économisé depuis qu'elle est gamine pour pouvoir lui payer ses études et tout le reste… Je ne pourrais jamais me pointer devant eux et demander l'aumône pour vivre. Ce n'est pas une question de fierté, c'est juste… J'aurais tellement honte de leur demander ça. Je ne suis pas leur fils ! Ils n'ont pas les moyens pour m'entretenir, pour m'aider…

Ma mère ? Me faites pas rire, merde ! Elle a choisi de définitivement couper les ponts avec moi en changeant de numéro de téléphone. Ça ne m'étonnerait même pas d'apprendre qu'elle a déménagé !
Elle a fait le choix de me laisser dans la merde. Et le pire… C'est que je suis sûr que pour elle, c'est juste un moyen de pression. Elle s'imagine que si je n'ai plus d'endroits où aller, ni aucun moyen de vivre, pas de quoi payer mes études… Je reviendrais vers elle pour m'excuser et expier mes fautes… Conneries, elle est en tort !

Et je ne veux surtout pas entendre de la part des autres que je dois être raisonnable et faire ce qu'elle veut. Je ne lui laisserais pas le contrôle de ma vie ! Je ne la laisserais pas gagner. J'ai été aveugle trop longtemps et je refuse d'être hypocrite et aller à l'encontre de ce que je pense pour pouvoir manger demain matin. Si elle est capable de laisser son fils se noyer sous ses problèmes pour se prouver qu'elle a raison, elle ne mérite même pas que je fasse attention à elle. Je ne pense pas ça pour la démystifier, ça, elle a réussi à le faire toute seule. Avec le temps, j'ai compris comment elle fonctionnait, j'ai eu le temps d'analyser ses comportements avec moi, et elle a toujours été comme ça. Tant que je ne faisais pas de vague, tout allait bien, mais dès que j'allais à l'encontre de ce qu'elle voulait, elle me le faisait payer d'une façon ou d'une autre. Donc, oui, elle est tout à fait capable de me couper les vivres, comme moi j'ai coupé les liens, juste pour que je me mette à genoux devant elle.

Au final, il ne me reste pas beaucoup de solutions. Il ne me reste qu'une seule personne. Mais je ne vois même pas comment je pourrais la contacter.

Sérieusement, comment après des années, je pourrais l'appeler, et juste lui dire que je suis dans une impasse.

Comment... Comment il réagirait ?!

Putain… Je ne sais pas quoi faire…

Mon doigt passe sur le contact, laissant afficher sa fiche que je n'ai jamais vraiment pris le temps de détailler. Ce n'est pas comme s'il y avait grand chose à voir, autre qu'un nom et un numéro de téléphone.

J'essaye de me mettre une claque mentale, pour faire quelque chose de réfléchi, pour une fois. Une partie de moi me dit que je n'ai pas besoin de lui, que j'ai toujours réussi à m'en sortir seul. Elle essaye de me convaincre que je retomberais sur mes pattes, comme je l'ai toujours fait, que ça ne sera pas facile tous les jours, mais que j'y arriverais…

Et l'autre partie de moi me fait comprendre que… Pas cette fois. Là, le gouffre est trop près, et tous les choix que je ferais seul ne seront pas bons pour moi… Qu'ils finiront par me détruire.

Mes yeux se ferment, je sers mon portable dans ma main. Qu'est-ce que je dois faire ?...

Pour une fois, j'ai envie d'écouter cette voix qui me dit de faire confiance aux gens et de ne pas tout porter sur mes épaules… Que je ne dois pas imaginer le pire.

Je m'assois, amorphe. J'avais déjà l'impression de ne plus rien contrôler dans ma vie, mais à cet instant, c'est comme si mon corps m'échappait également.

Je laisse le contrôle à cette petite voix dans ma tête que j'aurais dû écouter plus souvent.

Je stresse. J'ai peur. Je l'avoue, je suis terrifié. J'essaie de me dire que ça va bien se passer, et qu'au pire, s'il m'envoie balader, ce n'est pas si grave. Mais je n'y arrive pas. C'est comme si je plaçais mes derniers espoirs sur cette personne, et que si je me faisais rejeter, je serais capable de tout laisser tomber et me résoudre à abandonner tout le reste.

Mes doigts agissent tout seul, alors que ma main tremble comme jamais. Je ne sais même pas comment je fais pour bouger, et je ne sais pas si je serais capable de sortir un seul mot s'il décroche.

Je me mords violemment la lèvre alors que je vois l'écran d'appel s'afficher.

Je porte mon téléphone à mon oreille, alors que ma respiration se fait saccadée et que je sens mes yeux s'humidifier sous le stress.

Chaque seconde est un supplice, mais je suis incapable de raccrocher.

Mon esprit n'a même pas le temps d'analyser l'arrêt soudain des tonalités lancinantes, qu'une voix que je n'ai pas entendu depuis très longtemps me parvient.

- Allô ?

Je n'arrive pas à répondre du premier coup. Je sens ma bouche s'ouvrir et se refermer compulsivement, sans pouvoir sortir un son. J'ai l'impression d'être tétanisé par cette voix qui me rassurait tellement, autrefois. Quand je n'étais encore qu'un gamin.

- Allô ? Il y a quelqu'un ?

- Ouais...C'est…

Je déglutis, sans pouvoir continuer ma phrase. Et je me rends vraiment compte à cet instant que je suis toujours un gamin. Il est patient. Il ne me presse pas et me laisse le temps de reprendre mes esprits, alors qu'il ne sait même pas à qui il a affaire.

Je pourrais raccrocher. Me dire que j'aurais au moins essayé, pour ne pas culpabiliser. Mais je ne peux pas. Cette voix, c'est comme si… Elle avait fait naître un nouvel espoir en moi, auquel je ne voulais plus croire. J'ai envie, non, j'ai besoin d'entendre encore cette voix.

Et c'est la seule chose qui m'incite à continuer de parler.

- C'est Daiki.