Hey ! Bonjour, bonsoir à tous !
Me revoici pour le chapitre 27 de "Son monde à lui" !
... Je suis désolée ? Je ne vois pas trop ce que je peux dire d'autre pour mon absence non-justifiée. Rappelez-moi de ne plus jamais faire de promesses concernant les délais, ça ne me réussit encore moins...
Je me suis auto-créée une angoisse avec cette fiction, qui se rapproche de plus en plus vite de la fin (très très vite, même...), et je me suis sentie incapable de reprendre l'écriture de mon chapitre. Je l'ai écrit en plusieurs fois, sur une longue période, entrecoupée par la vie qui m'a pas mal accaparé ^^'
Donc, je m'excuse sincèrement, et j'espère que vous apprécierez cette suite !
Merci à Kuro-hagi, Arthygold, InSilent, Denisevncnt, satokooo, Clmence, Archess84, Oohfemmeluxieuse, Samantha Guery, kama-chan59, Futae, Vaalgus, MlleSRL68 pour vos reviews !
Je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !
A la prochaine !
Réponse Guest :
Clmence : Hey, merci pour ta review ! Et désolée pour le délai de publication, je ne m'arrange pas avec le temps. Merci pour ces compliments et oui, je l'avoue je suis un peu sadique… PapaAo et Ao se ressemblent beaucoup, comme tu vas pouvoir le voir dans ce chapitre ;) Merci pour ton soutien et j'espère que tu apprécieras cette suite !
RÉSUMÉ DU DERNIER CHAPITRE
Aomine, au pied levé, doit trouver une solution pour le financement de son école, alors que sa mère a décidé de lui couper complètement les vivres. Il décide d'appeler son père, la dernière personne à vraiment pouvoir l'aider. Son père est tellement heureux qu'il prenne contact avec lui, il accepte de l'aider immédiatement. Il lui propose même de se voir, venant sur Tokyo un week-end. Daiki accepte.
Ryouta le cherche avec Momoi, et ils finissent par le trouver sur le terrain, ce qui rassure son amant. Daiki et Satsuki s'expliquent, se pardonnent. Cet appel avec son père lui permet d'avoir beaucoup de déclics, d'accepter pleinement sa relation avec son blond, ce qui se ressent dans leur vie intime... Maintenant, Daiki doit se préparer pour le rencontre avec son père...
~ CHAPITRE 27 ~
Samedi.
Ça passe trop vite.
J'ai l'impression que le temps est un peu comme un bâton de dynamite. C'est impossible à contrôler une fois que le chrono est lancé. Tu peux essayer de souffler sur la mèche enflammée, y a peu de chance pour que ça l'éteigne…
Mais je divague complètement.
Ce matin, j'étais vraiment pas dans un bon état. Déjà que j'ai eu beaucoup de mal à m'endormir, malgré toutes les attentions de Ryouta pour essayer de calmer mon stress. Je n'ai pas réussi à sombrer avant une heure avancée de la nuit, après avoir tourné en rond pendant un temps indéterminé.
Puis je me suis réveillé avant Ryouta. D'habitude, c'est lui qui me tire de mon sommeil, mais là… Je sais juste que je l'ai gardé très longtemps dans mes bras, à le regarder dormir, en me posant un million de questions.
L'insistance de mes caresses a finit par lui faire ouvrir les yeux, et sans me poser de question, il s'est frotté le visage en me serrant contre lui. On en a assez discuté hier soir pour qu'il se doute de ce que je ressens.
On s'est levé, puis on s'est tranquillement préparé. Ryouta ne m'a pas lâché d'une semelle, m'inondant d'attentions que j'ai savouré comme un assoiffé.
Ça n'a pas été une mince affaire pour m'habiller… J'hésitais toutes le deux secondes à changer de tenue, demandant l'avis de mon amant, qui ne m'aidait pas du tout. Je me suis présenté à lui dans différentes tenues, et le commentaire était le même à chaque fois.
Bien sûr que ça fait plaisir d'entendre que je suis beau, quoi que je porte… Mais je suis sur qu'il pourrait me trouver stylé avec des crocks.. Alors… Au final, j'ai décidé de faire simple, même si je ne suis pas forcément satisfait...
Je l'ai ensuite accompagné pour son rendez-vous hebdomadaire avec le docteur Miano. Après un dernier baiser d'encouragement, je l'ai observé s'éloigner, jusqu'à ce que je ne puisse plus le voir à l'intérieur du bâtiment.
J'ai déambulé dans les rues, un peu au hasard, en attendant l'heure pour rejoindre mon père. On a décidé de se retrouver dans un petit restaurant de quartier… Il m'a dit que s'il faisait beau, on mangerait sûrement en terrasse, histoire de prendre un peu le soleil.
Mon père… Il a tenu deux jours avant de me rappeler, comme je lui avais autorisé à le faire. On a passé un très long moment au téléphone, encore une fois, à discuter de tout et de rien. Ryouta m'a laissé seul pour discuter avec lui, mais… Ça n'a pas empêché mon géniteur de comprendre qu'il m'a rejoint à un moment...
FLASH-BACK
Ça fait au moins une heure que je suis au téléphone avec mon père.
J'ai eu un temps d'hésitation avant de décrocher, je l'avoue. Pas parce que je ne voulais pas lui parler, mais maintenant que je ne suis plus sur le qui-vive par rapport à mes problèmes… Je ne savais plus vraiment comment réagir avec lui. Mais j'ai répondu, et je ne le regrette pas. Je sortais de table au moment où il m'a appelé, j'ai très vite fait comprendre à Ryouta de qui il s'agissait, puis je les ai laissés en plan pour la vaisselle…
Je suis allé m'installer dans la chambre de Ryou, pour ne pas déranger le frère et la soeur dans leur soirée. On a commencé à s'organiser pour ce week-end, pour savoir quand est-ce qu'on se verrait exactement, où est-ce qu'on irait manger… Puis le sujet a rapidement changé, une fois ces quelques détails mis au point.
Il m'a posé plein de questions, s'intéressant à tout ce que je fais dans ma vie. On a très longuement parlé de basket et de mes activités en général… J'avoue que ça fait un bien fou d'avoir quelqu'un qui s'intéresse autant à ma petite personne… Ryouta ne compte pas dans cette réflexion, bien évidemment, je sais bien que mon amant s'intéresse à moi. C'est même rassurant qu'il se préoccupe de moi…
Les mots et les questions défilent et je ne m'attendais pas à ce que le temps passe aussi vite.
C'est en voyant Ryouta passer la porte et la refermer doucement derrière lui, que je comprends qu'il se fait tard. Il a l'air de sortir de la douche, seulement couvert par un boxer et autant dire que mon attention a du mal à se détourner de ce corps qui m'appelle. C'est grave, franchement, je suis toujours en manque de lui…
Mon amant ne dit rien, je l'observe simplement fermer les volets et lui fait de la place lorsqu'il décide de venir s'installer sous la couette.
J'oublie un peu la personne au bout du fil, qui maintient le silence également, ayant l'air de comprendre qu'il se passe quelque chose de mon côté.
J'ouvre un bras, laissant Ryouta poser sa tête sur mon torse, et lui caresse doucement les cheveux de ma main libre.
- T'es fatigué, Ryou… ?
- Hm… Tard, Dai-i-ki…
Il soupire doucement, et j'entends un léger rire de l'autre côté du téléphone… Merde.
- C'est ton copain ?
- … Ouais…
- C'est vrai que tu ne m'en as pas beaucoup parlé… Il est comment ?
Un sourire tendre prend place sur mes lèvres, de façon incontrôlable. Je passe ma main plus franchement dans ses cheveux, et il relève la tête pour me regarder dans les yeux, attendant de voir ce que je lui veux.
- Il est génial…
- Qui est gén-ial ?
- Toi…
Il sourit, avant de m'embrasser doucement et de se recoucher sur moi, comme si de rien n'était. Je rougis à la pensée que mon père a sûrement tout entendu… Et ouais, c'est gênant.
- Aaah lala… Les jeunes… Ça fait bizarre de te savoir amoureux… Mais, passons ! Dis-moi, tu me le présenteras quand même un jour, ton copain ?
… Oups. Je crois que j'ai oublié un détail. Et je crois que j'ai autant oublié d'en parler à mon père, qu'à Ryouta… Malaise…
- Baaaah… En fait… Euuuuh..
- Hum ?
- Est-ce que… Est-ce que ça te dérange s'il nous rejoint en début d'après-midi... ce week-end ?
Un léger silence surpris se fait, je ne sais pas trop à quoi pense mon père en ce moment… Mais il se ressaisit très vite pour me faire part de ses idées.
- Oh ! Non, bien sûr que non !
- Ok… Et toi, mon ange, ça te dérange pas ?
- De ?
- Nous rejoindre samedi, avec mon père. On s'arrangera, hein… Je pense que Nanami t'accompagnera, avant de partir à son rendez-vous…
- Oh ! D'accord, d'accord…
- Cool…
Je lui embrasse doucement le front… J'essaye d'avoir l'air assuré, mais clairement… C'est encore pire de savoir que Ryou sera là ! Pas que ça me dérange mais… Bordel, je vais présenter mon mec à mon père… Paternel que je n'ai pas vu depuis des années et dont je ne me rappelle pas du tout le visage… Mais sinon, la vie est belle, hein !
On coupe rapidement la conversation, alors que Ryouta s'endort tranquillement sur moi… Si je veux pouvoir aller prendre une douche sans le réveiller, il va vraiment falloir que je raccroche. Puis j'ai cours demain….
Ouais, non, ça je m'en fous en fait.
FIN FLASH-BACK
Au final, pour le moment, je ne sens vraiment aucune animosité de la part de mon père, concernant ma relation avec Ryouta. Et ça fait beaucoup de bien…
Je sais qu'il a appelé ma mère, aussi. Il n'a pas voulu épiloguer là-dessus, il m'en a juste informé, et m'a dit que je n'avais pas à m'inquiéter pour l'argent qu'il avait placé. Ma mère a accepté de me laisser libre accès à mon compte. Néanmoins, mon père m'a dit qu'il le gérera pour moi, ce qui, je pense, n'est pas plus mal… Je ne suis clairement pas assez mature pour qu'on me laisse remplir mes poches à outrance, je serais capable d'en faire n'importe quoi…
Et en ce qui concerne mon inscription au lycée, ça s'est réglé avant même que j'ai le temps de lui en reparler. Au moins, je n'ai plus à me préoccuper de ça, je sais que je vais pouvoir terminer mon année sans soucis... Mais maintenant, j'ai vraiment l'impression de lui devoir quelque chose… A part faire l'effort de ne pas redoubler et arrêter de glander comme un couillon, je ne vois pas comment je pourrais le remercier. Il n'était pas du tout obligé de faire ça pour moi, et il l'a fait sans même se poser de question… Je pense que je dois faire des efforts aussi… Si je venais à redoubler, j'aurais l'impression que tout ça n'aurait servi à rien…
Donc… Il va falloir que je bosse un peu. Pour les entraînements au club, ça se discute par contre… Ça me ferait chier de devoir y assister TOUS les soirs… Je veux dire… Ça fait quand même beaucoup de temps à ne pas voir Ryouta, cette affaire !
Enfin, bref… Il est bientôt l'heure. C'est bien de tergiverser sur tout ça, mais il va peut-être falloir que je me concentre sur ce qui va se passer. Je suis vraiment en plein stresse.
Comment il va réagir quand il va me voir ? Est-ce que le feeling va bien passer ?... Parce que, ouais, c'est une chose de parler au téléphone avec quelqu'un… Ça en est une autre de se confronter en face à face.
J'essaye de me dire que tout va bien se passer… Mais bordel, je vais lui présenter Ryouta !
Et je ne lui ai rien dit… Vraiment, on a un peu discuté de mon amant dans nos derniers appels mais… Non, je lui ai pas dit qu'il était autiste. Je n'ai pas pu m'y résoudre.
Donc… J'appréhende énormément sa réaction.
Vraiment.
Beaucoup.
Je ne peux pas faire machine arrière, là, c'est foutu. Ça va être quitte ou double.
J'arrive dans la rue du restaurant. Putain, mon coeur bat à une vitesse, je crois que ça ne m'est jamais arrivé…
Je suis extrêmement tendu et ma respiration est presque chaotique, alors que je ne fais que marcher, main dans les poches et tête baissée… L'horreur. J'essaye de souffler un bon coup, mais c'est encore pire. Est-ce que je peux aller me planquer dans les bras de Ryou ? Non, mais vraiment, on peut jouer à "si je te vois pas, tu me vois pas" ?
… Mes pas ralentissent au fur et à mesure que l'établissement de ma convoitise se rapproche…
J'ai envie de faire demi-tour…
Et en même temps, j'ai envie d'y aller…
Cette sensation est vraiment horrible. Si je pouvais le faire, je m'assiérais à même le sol, là où je suis, et j'attendrais que quelqu'un vienne me chercher… N'importe qui. Parce que, aller jusque là-bas me demande un effort considérable… J'ai l'impression de faire les douze travaux d'Achille en une fois ! … A moins que c'était Ulysse… Ou je sais plus qui, mais c'est pas ça qui compte !
J'arrive devant le restaurant.
Et je ne bouge plus.
Il n'y a pas grand monde à la terrasse, mais… J'espère sincèrement que mon père me reconnaîtra. Je n'ai pas beaucoup de choix, il y'a très peu d'hommes seuls… Mais assez pour me mettre le doute. Je tourne la tête, et mon regard finit par s'accrocher sur celui d'un homme qui fixe quelque chose dans ma direction. D'une main, il enlève les lunettes de soleil qu'il porte et…
Je me suis toujours dit que j'avais les yeux de ma mère. Visiblement, je me suis trompé.
L'homme que je pense être mon père se lève de sa chaise, et entame quelques pas vers moi. J'avance à mon tour, mais m'arrête très rapidement en me mordant la lèvre et en tripotant mes doigts. Bordel, je ne sais pas quoi faire…
J'aurais dû mettre mes chaussures bleues.
- Daiki ?
Le teint tout juste hâlé, les cheveux bruns à peine grisonnants, presque aussi grand que moi et d'une carrure qui me fait presque pâlir de jalousie… Sans oublier les yeux d'un bleu aussi profond que les miens… Mon père.
Je réagis instinctivement à l'entente de mon nom. Je relève le visage, droit comme si j'avais un balais dans le cul. Je suis vraiment un gamin… Ma tête doit être épique. Un large sourire se dessine sur ses lèvres… Et je n'ai pas le temps de réagir que je sens ses bras m'enlacer et me serrer contre lui. Son étreinte est tellement… Spontanée et… Rassurante. Je peine à contrôler mes actions quand je me décide à répondre à l'étreinte affective de mon père. Mes bras entourent ses épaules, tandis qu'une de ses mains se pose à l'arrière de mon crâne dans un geste horriblement paternel. Je cache mon visage contre son épaule pour ne pas qu'il me voit rougir. Ça serait carrément la honte.
Il finit par se détacher de moi, et recule doucement d'un pas, avant de prendre mon visage en coupe et de me détailler avec énormément de minutie.
- … Ouais… Va vraiment falloir que tu arrêtes de grandir, mon garçon… Ça va plus du tout là, tu commences à me dépasser… M'enfin… Allez, viens t'asseoir !
Il pose doucement une main dans mon dos, pour m'inciter à avancer, mais je n'ose toujours pas lui parler. Je n'ose pas forcément lui dire que je ne l'aurais jamais reconnu et que je n'avais aucun souvenir d'à quoi il ressemblait. Je n'ai jamais gardé une seule photo de lui, je me souviens d'avoir jeté avec beaucoup de haine la seule que j'avais quand j'étais gamin, quand j'ai compris qu'il ne reviendrait pas… Puis je n'ai jamais été du genre à regarder les albums de famille… Je ne saurais jamais si ma mère a fait disparaître toute trace de mon père, ou si elle avait gardé quelques images de lui...
Cette situation me paraît… Surréaliste. Et en même temps extrêmement plaisante. J'ai vraiment l'impression que son étreinte m'a détendu, mais m'a vidé en même temps. Mais dans le bon sens du terme.
On s'installe tranquillement à table, et je le sens me fixer, un sourire heureux sur les lèvres. Il a vraiment l'air ému de me voir, et ça me gêne un peu… Je triture doucement mes couverts sur la table, incapable de soutenir son regard.
- Comment tu vas, mon grand ?
Ma respiration se bloque quelques secondes, avant de repartir dans une grande inspiration… J'avais presque oublié que j'allais devoir parler, aussi…
- Bien… Je crois…
- Je crois que le moins qu'on puisse dire, c'est que tu n'as pas l'air très à l'aise… -Dit-il, en riant légèrement.
- … Ça me fait bizarre, ouais… -Dis-je en souriant, pour ne pas qu'il le prenne comme un reproche.
- Je te rassure, ça me fait bizarre à moi aussi. J'ai l'impression de ne t'avoir jamais perdu de vue, et en même temps, d'avoir loupé toute ta vie… C'est une sensation assez étrange…
Je hoche à la tête en me pinçant les lèvres. Il faut vraiment que je me détende, sinon, ça ne va vraiment pas être un moment agréable à passer… Alors que j'aimerais vraiment que ça soit un bon moment et ne pas tout gâcher.
Je ne sais pas où je trouve le courage de relever clairement la tête et de prendre la parole pour couper ce silence qui commence à me peser.
- Alors… Qu'est-ce que tu faisais dans le coin ?
Mon père a l'air surpris que ce soit moi qui engage un sujet de conversation. Mais pourtant il ne se dépêtre pas de son léger sourire.
Il n'a cependant pas le temps de me répondre, qu'un serveur vient prendre nos commandes. Je jette un coup d'oeil rapide sur la carte et prend le premier truc qui me vient et qui m'a l'air appétissant… Le stresse me noue un peu l'estomac, mais… Faut bien que je commande quelque chose…
L'employé du restaurant finit par se détourner, puis mon père me regarde de nouveau pour répondre à ma précédente question.
- J'avais un rendez vous pour le travail…
- Ah… Et tu travailles dans quoi ?
- Oh, c'est vrai que je ne t'en n'ai pas parlé… Je suis dessinateur. Je fais principalement des sortes d'affiches de prévention, présentées sous forme de petites BD, ou des designs que des personnes commandent… Je dessine aussi des planches de mangas et ça m'est arrivé aussi de travailler sur des dessins-animés...
- Ah ok… C'est super cool... T'as fait des trucs connus ?
- Mh… Peut-être bien…
Ok, secret professionnel, je n'en saurais pas plus sur le sujet. Même si ça m'intrigue beaucoup. Ça a l'air d'être un beau métier, et mon père a l'air passionné par ce qu'il fait, même s'il tente de rester humble.
Mais un mot me reste en tête et j'aimerais bien avoir plus de détails là-dessus...
- Qu'est-ce que t'entends par "prévention" ?
- … Alors… Comment je peux t'expliquer ça…
Mon père se pose bien contre le dos de sa chaise en croisant ses pieds sous la table avant de se pincer les lèvres. Je tente de ne pas montrer ma surprise devant sa posture…
Je fais… Exactement… Pareil.
Pas toujours, mais ça m'arrive très souvent de faire ça, pour réfléchir. Et y'a pas à dire… C'est extrêmement choquant. Il reprend, sans avoir l'air de remarquer mon étonnement.
- En gros, je travaille en collaboration avec des associations ou des entreprises pour sensibiliser les gens sur certains sujets… Ça peut être le harcèlement scolaire ou au travail, les violences conjugales, le racisme, le handicap… J'ai travaillé sur quoi, aussi ? La condition des personnes âgées… L'homosexualité… Tout ça…
C'est drôle, mais quand il a prononcé "homosexualité", il m'a regardé droit dans les yeux, pas de façon malveillante ou moqueuse… Non… C'est… Comme s'il me disait qu'il connaissait le sujet, et… C'est tout. Comme si juste à travers ce regard, il me rassurait sur le fait qu'il ne poserait aucun jugement là-dessus, qu'il n'avait pas d'idée fondée et qu'il ne me poserait pas de questions que je ne veux pas entendre…
Ouais, ce regard peut se résumer en une phrase : Il est renseigné. Il connaît.
Je tique un peu aussi sur le handicap… Mais je n'ose pas poser plus de questions là-dessus, au risque qu'il remarque mon intérêt certain pour ce sujet…
- Et donc… T'aimes ton boulot ?
- Ouais… Ouais, j'aime vraiment ce que je fais. Ça me permet de rencontrer énormément de gens, d'en apprendre beaucoup sur des choses sur lesquelles je ne me serait jamais renseigné autrement… C'est vraiment très intéressant, et je n'ai pas vraiment le temps de m'ennuyer… Et petit plus, je travaille à la maison. Ça ce n'est pas négligeable !
Il rigole et je le suis dans son rire. Effectivement, c'est un sacré bon point pour ce job.
Nos plats arrivent, et nous continuons de discuter, de tout de rien, de sa famille… Il me raconte comment il a rencontré sa nouvelle femme… Apparement, ce n'était pas gagné dès le début. Non pas parce qu'elle ne voulait pas de lui, mais parce qu'il ne captait pas ses signaux d'intérêts. De ce qu'il me confesse, c'est elle qui a fait le premier pas et depuis… Tout va bien.
Je ne peux que rire devant son air enjoué lorsqu'il me relate quelques anecdotes et je me sens parfois un peu déstabilisé par son récit. C'est tellement similaire à ma relation avec Ryouta sur certains points que ça en est presque troublant.
- Et toi, alors ? Dis moi, comment as-tu rencontré ton copain? … Ryou, c'est ça ? Ou est-ce que je devrais l'appeler… "Mon ange" ?
Ça, c'est un coup vraiment très bas. Je retiens. Mais je ne peux pas empêcher mes joues de rougir à une vitesse considérable… Sérieusement, c'est la honte…
- Premièrement, c'est pas sympa de se moquer, deuxièmement… De ce que je sais, ta femme te fous des coups de torchons, alors…
- Ok. Un point partout.
On rigole ensemble de notre connerie.
- Mais, tu n'as pas répondu à ma question…
- Ryouta. Il s'appelle Ryouta. Et on s'est rencontré sur un terrain de street-basket.
Et je lui ai volé son ballon. Ouais, non, ça, on ne va peut-être pas le dire.
- Et donc ?
- Bah, il est revenu. Souvent…. Ok, très souvent. Et un jour, je me suis incrusté chez lui et… On s'est mit ensemble. Voilà.
- … C'est pas les détails qui vont te tuer, toi, hein… Lequel d'entre vous à fait le premier pas ?
- … Lui.
- … Aaaah… On est vraiment faible, hein ?!
Encore une fois, on part dans un éclat de rire, sans pouvoir se contrôler. Lui aussi a remarqué les similitudes, avec le peu que j'ai pu lui dire….
- Et tu sais à quelle heure il va venir, ton Ryouta ?
Je rougis un peu à l'appellation de mon amant, sans pouvoir réellement me contrôler. "Mon" Ryouta… Mon amant. Je sais qu'à travers cette possession, mon père me taquine un peu, mais c'est sûrement aussi sa façon de me dire qu'il sait que Ryouta est important pour moi.
Je sors discrètement mon portable de ma poche pour regarder l'heure, avant de répondre à sa question.
- Dans… Moins d'une demi-heure, normalement…
- Ok, bah on va l'attendre pour prendre le dessert, t'en penses quoi ?
- … Ouais… Ça me semble une bonne idée…
Un léger silence se fait, mais rien de pesant.
Je comprends enfin ce qu'a dit mon père au début de la conversation… Quand il m'a dit qu'il avait cette sensation qu'on s'était jamais quittés, alors qu'on sait qu'on a loupé tout une partie de la vie de l'autre… Actuellement, je ressens exactement la même chose. Le seul stresse qui me reste est celui de la confrontation entre mon père et Ryou. Mais même pour ça, il a légèrement réussi à me détendre…
- Est-ce que par hasard, j'ai des trucs à savoir sur lui, avant qu'il n'arrive ?
Il avait réussi à me détendre…
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai cette horrible impression qu'il attend une réponse bien précise de ma part. Et soudainement, je me souviens qu'il a appelé ma mère. Qu'elle lui a peut-être tout raconté. Qu'elle a pu lui dire des trucs horribles...
- … Ma mère t'a dit quelque chose ?
Mon ton est bien plus lourd de sens que je n'ai voulu le faire transparaître. Il me regarde, un peu ébahi par mon brusque changement de comportement.
- Non, elle ne m'a rien dit… Pourquoi ?
Un faux sourire se dessine sur mon visage… C'est marrant, parce qu'on a la même façon de mentir. Il comprend très vite que je ne le crois pas une seule seconde, et que j'ai besoin d'avoir des réponses.
- Qu'est-ce qu'elle a dit ?
- … Rien que tu n'as à savoir, mon grand. Tu devrais savoir que je suis le premier à ne pas écouter ce que peut dire ta mère.
- Pourtant, tu me poses la question…
- … Touché.
- … Qu'est-ce qu'elle a dit ?
- Daiki, je ne répèterais pas ce qu'elle a pu dire, parce que tu as l'air de savoir ce qui a pu sortir de sa bouche, et je refuse de t'en dire plus. Ça ne servirait à rien.
Je lui accorde, c'est vrai que ça ne servirait à rien, à part à satisfaire ma curiosité morbide.
- Est-ce que tu peux au moins me dire ce que t'as compris de ce qu'elle a dit ?
- Rien, justement. C'est pour ça que je te pose la question.
Cette fois, c'est sincère. Il n'a pas compris ou n'a pas voulu entendre ce que lui a dit ma génitrice. J'ai comme l'impression qu'ils ont eu une discussion assez houleuse, mais que mon père essaye de m'en préserver. C'est tout à son honneur, mais… Je suis grand, maintenant. Il n'a pas besoin de me ménager autant…
… A qui je veux faire croire ça, hein ? Bien sur que non, je ne suis pas grand. Pas assez mature. Je ne suis clairement pas prêt à encaisser encore une fois des insultes.
Je soupire en me prenant la tête dans les mains. Je ne voulais pas lui dire. Je ne voulais pas en parler. Je voulais qu'il le découvre, pour ne pas avoir d'explication à donner…
Mon père a l'air de sentir que ça ne va pas, que c'est quelque chose qui me pèse. Je ne veux pas en parler, je veux juste qu'on me laisse tranquille avec ça. Je ne suis pas dans le déni de l'autisme de Ryouta… Loin de là, je suis le premier conscient des faits… Mais… Pas encore une fois…
Je sens qu'il rapproche sa chaise de moi et me tire vers lui, pour me serrer contre son torse. Je ne dis rien, je n'explose pas non plus en sanglots… Je profite juste de l'étreinte.
- Je ne te demandais pas ça pour te mettre mal à l'aise ou te faire de la peine…
- Hum…
- Ryouta est malade ?
- Nan… Nan, il est pas malade…
Je ferme doucement les yeux alors que mon père caresse doucement mon omoplate de son pouce. Il a l'air de comprendre que c'est un sujet important pour moi et c'est comme s'il voulait m'apporter un certain soutien.
J'hésite vraiment à lui avouer. Cependant, des images de mon amant se dessinent doucement dans ma tête. Je revois certains moments qu'on a vécu ensemble, comme des flashs qui n'ont aucun sens, mais qui gonflent mon coeur d'émotions quand j'y pense. Le sourire lumineux de Ryouta. Ses câlins et ses baisers. Nos moments intimes, comme nos sorties en amoureux. Son caractère bien trempé qui m'a parfois fait tourner en bourrique ou remis les idées en place. Et ses yeux tantôt malicieux, tantôt innocents…
C'est un fait, Ryouta est Aspie. Mais c'est aussi et avant tout, mon homme.
Alors, je souffle un bon coup, puis sans réfléchir, les mots sortent tout seul.
- Ryouta est autiste.
Evidemment, maintenant… J'attends le verdict. Je n'ose toujours pas ouvrir les yeux. Je ne veux pas voir les sentiments qui baignent son regard, j'ai beaucoup trop peur de ce que je pourrais y voir.
Mais encore une fois, mon père arrive à me surprendre, avec seulement quelques mots.
- Oh… D'accord.
- ...D'accord ? Juste… D'accord ?
- Et bien… Je t'avoue que vu l'air que tu as pris et les dires de ta mère, je m'attendais à plus grave que ça ! Enfin… Je sais pas, je me disais qu'il était mourant, ou qu'il avait eu un grave accident… Mais non, heureusement, rien de tout ça… Y a rien de grave.
Je m'accroche doucement au tee-shirt de mon père et profite pleinement de cette bulle de protection qu'il construit doucement pour moi. Ses mots ne portent aucun jugement, il avait l'air de vraiment s'inquiéter de ce que pouvait avoir Ryouta… Non pas pour moi. Mais pour lui. Et c'est ça le plus incroyable…
- T'es sûr de pas vouloir me faire la morale ? Ou de me demander si je suis conscient de tout ce que ça implique ? T'as pas envie de me dire que je suis en train de faire une connerie ?
Mon père rigole doucement, tout en caressant mon crâne pour me détendre et me réconforter.
- Si tu es capable de tout quitter pour ce garçon, sans même te retourner, c'est que tu sais ce que tu es en train de faire. Je me trompe ?
Je ne peux m'empêcher de m'accrocher plus fort à lui. Est-ce que sincèrement, je pouvais avoir une meilleure réponse que la sienne ? Que quelqu'un me dise ça… C'était presque de l'ordre du fantasme jusque là…
- Mais t'en penses quoi ? Honnêtement ?
- J'sais pas…. Il te rend heureux ?
- … Ouais… Ouais, beaucoup…
- Alors, tu as ma réponse.
Il me tapote gentiment l'épaule, avant de se redresser. Cependant, il reste à côté de moi, comme pour continuer cette conversation, à l'abris des oreilles indiscrètes.
Je n'arrive plus à réfléchir à rien. Je ne sais pas comment continuer cette conversation.
- Tu peux me poser des questions sur lui, si tu veux…
Dans ma tête, je me disais que mon père allait me poser des questions sur la situation de Ryouta, sur comment il réagissait… Sur sa pathologie, ses symptômes et sur sa façon d'être.
Mais en vue de son regard… Je crois que je suis complètement à côté de la plaque. Pitié… Dites-moi qu'il va pas me demander ce que je crois qu'il va me demander ?!...
- Ok… Mh… Vous avez déjà… ? - Me demande-t-il avec un regard très équivoque, et un sourire en coin.
- … PAS CE GENRE DE QUESTION !
Je pose mon front un peu violemment sur la table, histoire de bien mettre au clair mon état d'esprit concernant ce genre de questionnement.
Sauf que, je pense que je me suis fait avoir comme un bleu. Parce que ma réaction en dit très long sur la situation de ma vie sexuelle…
Néanmoins, je pense que je ne suis pas le seul à m'être fait avoir. Mon père a l'air très surpris de ma réponse… Il s'attendait sûrement à me faire une simple blague, pas à découvrir que… Que… Que j'avais déjà… Enfin, voilà, quoi.
- Ah... Et vous vous protégez bien, hein ?!
- Nan, sérieux papa, arrête...
… Tuez-moi. Je suis un boulet.
Ce mot tourne en boucle dans ma tête, comme pour me railler de ce que je viens de dire.
"Papa."
Je ne comprends pas vraiment comment ça a pu sortir aussi facilement. Je veux dire… On ne rase pas plusieurs années de sa vie en une semaine, si ? J'ai passé mon adolescence à me dire que je n'avais plus de père, à oublier ne serait-ce que la sensation de prononcer ce mot pour désigner quelqu'un… Et il suffit qu'il revienne dans ma vie pour que le mécanisme se remette en route ? Ça fonctionne vraiment aussi simplement ?
D'accord, on s'est parlé plusieurs fois au téléphone. D'accord ses étreintes me paraissent beaucoup trop paternelles pour que je ne les associent pas à la bonne personne… D'accord, il m'a horriblement manqué, et je me sens plus proche de lui en une semaine que de ma mère durant toute ma vie… Mais… Ce n'est pas un peu tôt ?
Peut-être… Peut-être qu'au fond, je n'attendais que ça. Pouvoir prononcer de nouveau ce mot un jour et que ce lapsus trahi tout simplement le fait que j'ai besoin de lui...
Je tourne mon visage vers lui, très lentement, dans l'attente de la sentence.
Mais je ne vois qu'une expression complètement choquée, que je ne sais pas vraiment comment interpréter…
- Désolé… Je…
Mon père a l'air de sortir de sa transe. Il secoue violemment la tête, puis me fixe, toujours avec un regard éberlué. Sa bouche est entrouverte, et laisse échapper un souffle posé, mais traduisant bien sa surprise.
Je vois une de ses mains frotter doucement son nez, avant de se gratter légèrement le coin de son oeil. Signe de gêne, sans aucun doute. J'ai exactement la même façon de faire.
- C'est sorti tout seul et...
- Non… Non, t'excuses pas… Sincèrement… Je n'aurais jamais pensé que tu acceptes de m'appeler comme ça un jour…
Au final, de ce que je comprends, ça a surtout l'air de lui faire plaisir… Donc… C'est une bonne chose ?
- Tu peux… Tu peux continuer à m'appeler comme ça… Si tu as envie…
Il rougit lui aussi, à cause de son embarras.
Il finit par se racler la gorge, en tentant de reprendre contenance, alors que j'ai toujours ma tête collée sur la table. Je n'ose pas me relever et je ne sais pas comment retourner à une situation normale.
- Hum… Et donc… Est-ce qu'il y a des choses que je dois savoir à propos de Ryouta ?
- Doucement, Ryouta, on n'est pas pressé !
C'est marrant parce que j'ai l'impression d'avoir entendu son nom en écho… Avant de me rendre compte que je connais cette voix un peu lointaine.
Je souris, en me disant que décidément… Il ne fera jamais une entrée normale. Mais quelque part, ça me rassure que ça soit toujours comme ça… Il y a un côté habituel qui s'installe maintenant, avec ses arrivées toujours aussi surprenantes !
Mon père me regarde un petit peu bizarrement, il doit se demander à quoi je pense pour esquisser un rictus pareil. Il n'a peut-être pas entendu la voix de Nanami, lui.
Je me tourne doucement, pour regarder l'entrée du restaurant, m'attendant à le voir débarquer d'une minute à l'autre.
- Je crois que c'est trop tard pour en parler…
- Comment ça, Daiki ?
Je jette un coup d'oeil à mon père, qui finit par détourner son regard en même temps que moi, pour lui aussi observer la scène. Il ne faut que quelques secondes de plus pour voir une tête blonde apparaître au coin de l'établissement et passer la tonnelle, hésitant une seconde avant de franchir l'entrée. Il relève ensuite la tête, tournant la tête de droit à gauche, sûrement à ma recherche. Je lui fait un geste de la main pour attirer son attention et un sourire éclaire son visage, avant qu'il entame un pas pour venir vers nous.
Je fixe Ryouta, qui slalome entre les tables pour venir nous rejoindre. Lunettes de soleil sur le nez, l'air faussement décontracté, je n'arrive pas à décrocher mon regard de lui, et je sens un petit sourire incontrôlable s'étendre sur mes lèvres à chaque enjambé qui le rapproche de moi.
A l'aveugle, je commence à tirer la chaise à côté de moi pour lui faire comprendre que c'est à cet endroit qu'il doit poser ses fesses. Ses très jolies fesses.
Mais, on parle de Ryouta, là.
Quelle était la probabilité qu'il décide d'un coup de s'installer sur mes genoux et de me faire un énorme câlin devant absolument tout le monde ?
Je ne dis rien, trop choqué de cette entrée en matière, made in Ryou. Il finit par doucement se relever, et par m'embrasser, dans un baiser presque aérien.
- C'est le docteur Mi-a-no qui m'a dit… Elle m'a dit te faire un câlin.
- Ah, ok, d'accord. Et le baiser, c'est le docteur Miano qui t'a demandé de me le faire ?
- Ah non, ça c'est moi… J'avais en-vie.
Il se retourne vers mon père, toujours installé sur moi et lui sourit grandement.
- Bonjour !
- Bonjour, Ryouta…
- Ryouta, mais t'es pas possible !
Je me tourne pour voir Nanami arriver vers nous, presque désespérée…
- Non, sérieusement, Ryouta, tu vois ton mec et PFIOU ! Tu fonces ! T'écoutes même plus ce qu'on te dit !
- Oui. Mais… Je voulais faire un câlin à Dai-i-ki.
- Je croyais que c'était le docteur Miano qui t'avais dit de me faire un câlin ?
- Oh oui. Mais je voulais aussi.
Nanami lève les yeux au ciel, pendant que je cache les miens dans ma paume… Il est vraiment incroyable…
- Bref… Je voulais juste savoir si vous rentriez ensemble, ou si tu voulais que je revienne après mon rendez-vous ?... Et Ryouta, descend de ses genoux, il va nous faire un malaise !
- … Ça va pas, Dai-i-ki ?
- ... Si… Tout va bien…
- Bah non, tu vois Nani… Tout va bien.
Mon père n'arrive décidément plus à se contenir et finit par exploser de rire. Ouais, je dois avouer que vue de l'extérieur, cette scène doit être épique.
J'essaye de faire comme si de rien n'était et décide de répondre à Nanami.
- Je sais pas… Je pense qu'on va rentrer ensemble…
- Ok. Au pire, je t'envoie un message dès que j'ai fini, Ryouta, et tu me diras si tu veux rentrer, ou pas… D'acc ?
- D'accord, d'accord !
- … Et descend de là, va t'installer sur la chaise à côté, t'es en train de tuer Daiki, là.
Ryouta me fixe avec des grands yeux avant de prendre mon visage en coupe pour accrocher mon regard.
- Dai-i-ki a besoin de… De bouche à bouche… ? Pour pas mourir ?
- … Non. Ça va aller, Ryouta. C'était une expression, je ne vais pas mourir.
Il souffle très fort, l'air rassuré.
- Bon, moi j'y vais, à plus tard.
- A ce soir Nani !
Un dernier hochement de tête vers mon père et moi, et la soeur de Ryouta s'en va, sans se retourner. J'espère que son rendez-vous va bien se passer… Je sais que c'est en rapport avec son boulot, de la création de vêtements. Elle n'a pas eu envie de m'en dire plus, elle a proclamé que ça lui porterait la poisse. Soit.
Mes yeux se reposent doucement sur mon amant, qui n'a toujours pas bougé de son perchoir. Je soulève lentement ses lunettes, pour les poser sur le haut de sa tête et établir un contact visuel avec lui.
- Tu t'assois à côté de moi, Ryou ?
Il souffle très fort pour seule réponse, faisant une moue totalement adorable. Qu'est-ce qu'il peut être bon comédien, quand il s'y met. Je sais très bien que ça l'embête et qu'il aurait préféré rester sur moi pour le reste de l'après-midi… Mais ça ne va pas être possible.
Je ne lâche pourtant pas le contact, et il a l'air de comprendre que je ne céderais pas.
Dans un mouvement paresseux, il se lève et s'installe sur son siège, presque au ralenti. Il semble tester le confort du siège, bougeant à peu pour trouver une position qui lui convient. Il n'en démord pas pour autant et décide d'attraper ma main sous la table, serrant nos mains l'une dans l'autre. Je referme l'étreinte de mes doigts sur les siens et ce simple geste semble lui redonner le sourire. Sa paume dans la mienne a vraiment quelque chose de chaleureux et de réconfortant, dont je ne peux plus me passer.
Je décide de tourner la tête de nouveau vers mon père, qui nous regarde faire en silence, sans rien dire. Un léger sourire ne le quitte pas, et je sais d'ors et déjà que ça ne lui pose aucun problème qu'on reste proche.
Mon père se réinstalle bien sur son siège, et se penche un peu vers la table, comme pour se rapprocher discrètement de nous. Pour entrer dans notre monde, sans s'imposer en quelque sorte.
- Enchanté, Ryouta. Je suis le père de Daiki…
- … Enchanté papa de Daiki ! Je suis le… Petit-ami de Dai-i-ki…
Je me mords la lèvre devant le mimétisme adorable de mon amant, qui à l'air de faire sourire mon père également. En même temps… C'est tellement lui que je ne peux rien faire de plus que d'assister à cette scène de présentation, entre les deux personnes qui ont le plus changé ma vie ces derniers temps.
- Vous avez l'air… Plus…. Plus gentil que la maman de Dai-i-ki.
Je fixe mon blond doucement, qui exprime toujours autant tout ce qu'il pense, sans se préoccuper de l'effet que ça peut faire sur les gens. Je le vois chercher le regard de mon père derrière ses lunettes opaques, et comme s'il comprenait son attention, mon paternel les enlève pour les poser sur la table.
- Qu'est- ce qui te fait dire ça, jeune homme ?
Ryouta prend le temps de répondre, il observe les yeux de mon père, ses iris ancrées dans les siennes, avant de faire la même chose avec moi.
- Vous avez… Les mêmes, mêmes yeux….
Je souris doucement à mon amant, et passe ma main dans sa nuque pour lui affirmer silencieusement ses dires. Mon père n'a pas l'air de vraiment comprendre ce que Ryota à voulu expliquer, mais ce n'est pas grave. Je secoue la tête comme pour lui dire de ne pas faire attention.
Pourtant, je ne pense pas que ce soit si compliqué à décortiquer… Enfin, peut être que je passe beaucoup trop de temps avec lui, pour maintenant réussir à comprendre tous les sous-entendus derrière ses simples mots…
Pour lui, je suis gentil, attentionné et je prends soin de lui… Donc une personne qui a des yeux similaires aux miens, que ce soit au niveau de la couleur ou de l'éclat, est forcément comme moi. Je crois que ça le rassure d'une certaine façon, de retrouver un regard qui lui est familier.
Ryota pose sa tête sur mon épaule, avant de remettre ses lunettes sur son nez. La lumière vive du soleil à tendance à le brûler, alors il vaut mieux qu'il s'en protège.
- Ryou ? On t'a attendu pour le dessert… Est-ce que tu veux quelque chose ? Un gâteau, un glace, ou autre chose…
- J'ai mangé, Dai-i-ki…
- Et tu as pris un dessert ?
- … Non…
- Tu en veux un ?
J'insiste un peu, je sais, mais il ne faut pas prendre ça comme du forcing. Il faut plutôt voir ça comme de la prévention. Je sais pertinemment que si j'écoute ce premier non, il va être jaloux ou mal à l'aise qu'on prenne quelque chose… Bref, pas un sentiment cool. Donc… Il vaut mieux jouer les prévoyant.
- … Oui… Mais c'est pas très bien de manger après le repas….
- C'est pas après le repas, c'est un dessert, c'est pas pareil… Donc, tu peux prendre ce que tu veux…
- D'accord !
Je m'en doutais. C'était une évidence même. Il est trop gourmand pour refuser un gâteau ou quelque chose du style… Il tente sûrement de se convaincre que ce n'est pas bien, mais je suis sûr qu'il s'imagine déjà s'empiffrer de la moitié du menu…
Je prends une carte pour la tendre à Ryouta, et la met à la bonne page pour qu'il puisse se décider. Il éloigne tout ce qui le gêne dans un grand geste du bras, avant de poser la carte à plat sur la table. Je devine à son doigt qui suit les mots inscrits qu'il lit tous les intitulés du menu. Heureusement que nous ne sommes pas pressés…
Mon père observe attentivement les réactions de mon amant, sûrement curieux d'en découvrir plus sur lui. Toutefois, son regard n'exprime que son amusement et sa curiosité bienveillante.
Il prend à son tour la carte, avant de me questionner.
- Tu prends quelque chose toi, Daiki ?
- Je pense, ouais… Mais je sais déjà à peu près ce que je veux…
Disons que je suis plus occupé à reluquer mon blond, concentré sur son petit livret… Je l'entends d'ici marmonner des trucs, changer son doigt de place dans un ordre un peu aléatoire, comme s'il avait du mal à se décider.
Mon père me fait revenir à la réalité en agitant sa main devant mes yeux, en rigolant de mon immobilisme soudain.
- Je t'ai totalement perdu depuis que ton copain est arrivé ! - Me dit-il, en souriant pour me dérider.
- Ouais, non, désolé… J'étais ailleurs…
- J'ai vu ça… Je voulais savoir, maintenant que Ryouta est là, tu vas peut-être plus accepter d'en parler… Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ?
J'écarquille les yeux devant cette question, non pas de stupeur… C'est juste que je me sens d'un coup bien con. Je tente un regard vers Ryouta, mais celui-ci est bien trop concentré sur les délicieux desserts qui l'attendent.
- Je… Sais pas.
- Tu ne sais pas ?!
- … Non…. Je sais pas… Peut être, genre...Euh… Six mois.. Je pense…
- Woaw… Je crois que je n'ai jamais vu autant de doute sur ton visage…
- Nan, mais… C'est juste que j'ai pas vraiment compté…
Je tourne le tête vers mon blond et serre sa main qui a retrouvé sa place dans la mienne pour attirer son attention.
- Ryou, ça fait combien de temps qu'on est ensemble ?
Ryouta ne quitte pas des yeux son cher menu, et hausse simplement les épaules en faisant un pet de bouche pour expliciter le fond de sa pensée.
Mon attention de nouveau portée sur mon père, je plisse les lèvres en haussant aussi les épaules pour accentuer notre ignorance sur le sujet.
J'ai tout de même une pensée pour nos débuts de relation, et je cherche une date à pouvoir mettre sur notre premier baiser… Ça me parait tellement loin tout ça, et pourtant… A bien y réfléchir, je crois bien que ça va faire six mois qu'on est ensemble. Une demi-année. Et là, les choses me paraissent d'un coup plus concrètes… Non, attends sérieusement ? SIX MOIS ?!... Woaw… On est des champions !
Mon père reste assez incrédule, et papillonne plusieurs fois des yeux, cherchant le fil de la conversation.
- Ok… Bon bah, changeons de suj…
- Dai-i-ki ? Je peux prendre qu'un seul dessert ?
- … Pourquoi ? Tu veux quoi ?
Je me penche vers Ryouta qui demande mon attention, et il me pointe du doigt au moins cinq desserts qui lui font envie, et qui me font petit à petit hausser le sourcil.
Je le fixe quelques instants pour voir s'il est réellement sérieux, mais revient vite à la raison, en me rappelant que c'est mon petit-ami bien gourmand qui me parle.
- Sois raisonnable, Ryou… En plus, on sait tous les deux qui tu vas pas tout manger !
- … Moui… D'accord, d'accord…
- Je croyais que tu avais mangé ce midi ?
- Oui, j'ai mangé ! Mais c'était… C'était pas bon. Ça, c'est mei-illeur…
- … Evidemment… Prend en déjà un, on verra après, ok ?
- Hm, d'accord, d'accord !
Je soupire devant tant de candeur. Je me baisse vers lui pour embrasser sa joue, et je prends le temps d'observer sa réaction. Un grand sourire se dessine sur ses lèvres, alors que ses joues prennent une teinte rosée, qui ne lui donne qu'un air plus candide. Je le boufferais, si je pouvais.
Mon père me sourit quand je me focalise de nouveau sur lui, et nous reprenons notre discussion. Il me parle un peu plus de son travail, en abordant son approche sur le handicap, l'homosexualité, quand il dessine des planches de prévention. Il me parle d'où est venue cette passion, et il me retourne mes questions au niveau du basket, où j'intègre un peu Ryouta à la conversation, même s'il a l'air plus concentré sur le menu et sur les serveurs qui vont et viennent près de nous. Il finit par poser sa tête sur mon épaule, un peu impatient, et même si je ne ressens pas le bruit comme lui, je me doute que l'agitation et les sons en permanence l'angoissent un peu. Alors, il se raccroche à moi, comme il le fait toujours, pour se rassurer.
Ça n'a jamais été évident pour lui, d'être dans ce genre d'endroit, même s'il apprécie de temps en temps. Parce que c'est ce que font les gens typiques. Aller au bar, au restaurant, ou faire d'autres activités de ce genre, c'est ce que font les groupes d'amis, les amants, les familles… Ce qu'il n'a jamais eu avant que je débarque dans sa vie, en quelque sorte.
Je le vois se toucher un peu les oreilles, signe qu'il y a sûrement un bruit qui le dérange… Mais de là à savoir lequel, je risque d'être à côté de la plaque. Mon père remarque son comportement, mais ne dit rien, se pinçant juste les lèvres, ennuyé. Il se penche un peu sur la table, vers lui, et pianote un peu des doigts sur le bois pour attirer son attention.
- Ryouta, c'est compliqué pour toi, les endroits où il y a du monde ?
Mon père est vraiment génial. Non, je le dis comme ça, mais je le pense vraiment à cet instant. C'est comme s'il avait comprit tous les codes pour attirer l'attention de Ryou, en moins d'une heure, là où moi, j'ai mis des mois à tout analyser. Et je n'ai pas réussi cet exploit tout seul, le Docteur Miano m'a quand même beaucoup aidé à comprendre certaines choses.
La vérité, c'est que je pense qu'il me ment et qu'il n'est pas dessinateur. Il a sûrement passé un doctorat en psychologie, en cachette. Tout y est, le geste pour attirer son regard sur lui, son prénom en début de phrase pour l'interpeller et lui faire comprendre qu'il s'adresse à lui. Et juste, il a deviné en quelques minutes qu'il était sûrement hypersensible. Il s'adresse directement à lui, sans passer par moi, en lui parlant tout à fait normalement, calmement et lentement pour ne pas le brusquer. A ce stade là, ça relève presque du génie pour moi.
Mon homme se relève un peu pour lui parler, mais pose sa main sur mon avant-bras, pour garder un contact.
- Hum…
- C'est ce que je me disais… Tu n'as pas de casque anti-bruit, ou de protection pour tes oreilles ?
Ryouta fronce un peu les sourcils, perdu. Et je le comprends, je le suis aussi.
- Non, j'ai pas ça…
- Oh… Tu pourras en parler à tes pa-...
Je le coupe d'un mouvement de tête, devinant la fin de sa phrase. Pas la peine de remuer le couteau dans la plaie en parlant de ses parents. Autant faire en sorte que la journée reste sympathique.
Mon père a l'air de comprendre le message, et change la fin de sa suggestion…
- … A ta soeur, peut-être ? Ça pourrait t'aider quand tu es à l'extérieur, et te protéger des bruits.
- … Le bruit me fait pas m-mal… Je peux pas me… Protéger.
- Non, mais… Ça peut t'aider à ce qu'il y ait moins de bruits et que tu sois moins dérangé. Mais c'était qu'une idée, tu n'es pas obligé de m'écouter !
- … J'en parlerais à Nani…
Je suis l'échange assez surréaliste à côté de moi. Mon père hoche la tête doucement, et lui sourit en se rasseyant correctement sur sa chaise.
Ryouta repose sa tête sur mon épaule, pour clore cette discussion que je n'ai personnellement pas compris. Mais tant pis, si eux se sont entendus, c'est le principale.
Mais je me pose quand même des questions… Je veux dire, même en travaillant sur le sujet, c'est quand même très différent de connaître la théorie et de la mettre en pratique. Surtout que tout n'est pas applicable à tous les aspies, donc il faut savoir faire la part des choses… Et savoir qu'il faut le faire.
- Comment… Tu sais tout ça ?
- …. L'instinct ?
Je le regarde désabusé. Non, désolé, mais je n'y crois pas une seule seconde ! Je lève un sourcil pour lui faire comprendre le fond de mes pensées et il rigole de mon expression avant de me répondre sincèrement.
- Ok, ok, j'ai menti… La vérité, c'est que j'ai un collègue autiste. On a commencé quasiment ensemble, quand je travaillais encore en bureau, et je t'avoue qu'il me fait un peu penser à ton copain. Quoi que Ryouta est peut-être plus sensible et plus observateur.
Je le sens sourire contre mon épaule, alors qu'il répète dans un murmure qu'il est "observateur". Je crois qu'il le prend comme un compliment, et c'est tant mieux.
- Donc… J'ai appris. Comme toi, je suppose. Je t'avoue qu'au début, j'étais mal à l'aise quand je me retrouvais avec lui. Je ne savais pas du tout comment réagir, on m'avait juste dit : "Fais-gaffe, il est autiste !". Quand mon directeur m'a dit ça, je ne savais pas du tout ce que ça voulait dire, et en même temps, j'avais l'impression qu'il me collait une bombe à retardement dans les mains !
Je ris à cette image de bombe à retardement. Après tout, j'ai eu ce même sentiment, quand Nanami -aka Germaine à l'époque- m'avait balancé cette information sur Ryouta, comme si elle me disait : "Tiens ! Démerde toi avec ça, maintenant !"... Cette façon qu'ont les autres de te dire ça comme si c'était une maladie épidémique, voir même une menace.
Je prends conscience à cet instant à quel point les gens ont tendance à déshumaniser les autistes, comme s'il ne devait être réduit qu'à leur spécificité. C'est d'une tristesse. Autant pour les aspies que pour ceux qui réagissent comme ça.
Je me souviens aussi de toutes les précautions que je prenais à cause de ça par la suite, pour que Ryouta ne tombe pas en crise. Je me rends compte qu'aujourd'hui, ces pincettes, je ne les prends plus. Ce malaise que j'ai pu ressentir parfois en étant avec lui, la peur constante que j'avais de l'angoisser… Tout ça a disparu. La seule chose qui m'effraie vraiment maintenant, c'est l'idée que mon homme puisse être blessé de ce que disent et pensent les autres.
Tout est devenu un automatisme chez moi et même si je reste sensible à l'état dans lequel est mon amant, je ne suis plus sur mes gardes comme j'ai pu l'être à une époque. Tant mieux, je préfère que ça évolue comme ça...
Mon père continue son anecdote, que j'écoute attentivement.
- Je me souviens, j'étais super angoissé avec lui, surtout quand on nous a collé en projet ensemble. La panique… Et au final, ça s'est super bien passé. C'est con à dire, hein, ça ne pouvait pas réellement mal se passer, il est super doué dans ce qu'il fait, il a son propre style, son propre univers… En fait, on a commencé à vraiment se comprendre en dessinant. Et depuis, il vient de temps en temps manger à la maison, avec sa fille. Donc même ton demi-frère et ta demi-soeur ont prit l'habitude de se comporter d'une certaine façon avec lui… Ils sont vachement plus calmes en sa présence d'ailleurs, je devrais penser à l'inviter plus souvent… Ou tu pourras venir avec Ryouta, si vous avez envie, ça peut être une autre solution !
C'est exactement ce qui s'est passé pour nous aussi. La compréhension de l'autre. Mon père à travers le dessin, nous à travers le basket. Au final, je pense qu'on passe tous par là…Par toutes ces peurs et ces doutes. Jusqu'à ce qu'on sache vraiment de quoi on parle, d'une spécificité, rien de plus.
Aussi, j'en retire une simple constatation qui me fait extrêmement de bien. Un avenir est possible avec Ryouta. Il peut vivre avec quelqu'un, comme le collègue de mon père avec sa fille. C'est possible, ce n'est pas surréaliste, ce n'est pas qu'un fantasme.
Et son invitation. Encore. A rencontrer sa femme, leurs enfants, et m'inclure dans cette famille dans laquelle je ne considère pas encore avoir un point d'ancrage. Peut-être que ça sera différent un jour, j'espère, mais c'est encore un peu tôt pour moi….
Mais, cette anecdote de mon père est peut-être une chance pour moi d'encore mieux comprendre Ryouta, d'en apprendre plus sur lui… Je retiens l'idée du casque anti-bruits, je suppose que le docteur Miano y a déjà pensé, mais… Difficile de débattre dessus quand on a aucun interlocuteur à qui parler, pour améliorer la vie de mon amant.
Je sens d'un coup un doigt appuyer sur ma tempe et je tourne la tête vers mon amant qui me fixe, à travers ses lunettes de soleil.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- … Tu réfléchis... trop.
- T'aimes bien me le répéter, hein ? -Lui dis-je, avec un sourire.
- Hum… Oui.
- Vous avez fait vos choix, messieurs ?
J'ai à peine le temps de demander à Ryouta qu'il a déjà mis le menu en face du serveur, en se levant à moitié de sa chaise pour montrer du doigt ce qu'il voulait. Le serveur le regarde étrangement, alors que mon amant attend la confirmation qu'il a bien prit sa commande. Je lance un regard noir au gars pour qu'il se bouge, mais mon père reprend vite le situation en main, moins sanguins et plus diplomate que moi. On donne le reste de la commande et le serveur ne se laisse pas prier pour s'éloigner de nous.
Je caresse doucement les cheveux de mon blond, mais il n'a pas l'air d'avoir fait attention au regard de l'employé. Tant mieux. Il est perdu dans ses pensées, et je le laisse dans sa petite bulle pour qu'il se concentre sur des choses qui lui font du bien, et pas sur ce qui peut le déranger. Il sourit, la tête posée sur mon épaule… Il n'a pas encore dépassé sa limite de tolérance. Et s'il sourit, c'est sûrement que ça doit aller.
PDV Ryouta
Les gens bougent partout… J'ai l'impression que les messieurs habillés pareil ne font pas attention à nous. Les serveurs… J'espère que… Que ça va arriver vite.
Daiki parle avec son papa. Et moi… J'attends. Daiki a dit que j'aurais un dessert, et il y a plein de choses qui me donnent envie de manger. Un peu les desserts froid dans la bouche, mais je préfère ceux tièdes. Ceux avec du chocolat. Mais c'est bien aussi les glaces avec du chocolat.
C'est bien que Daiki parle à son papa. Il a l'air gentil. Il fait attention à Daiki et il dit des choses gentilles sur moi. Il sait beaucoup, beaucoup de choses. Il connaît. Pas comme sa maman ou les autres. Je… J'aime bien quand Daiki lui parle. Il est calme. C'est bien quand Daiki est calme...
Il y a du bruit partout. Ça fait des 'clic', 'tchin', 'bam'... Il fait un peu chaud et il y a du soleil. C'est bien de manger des glaces quand il y a du soleil, mais je ne voulais pas de glace.
C'est mieux quand il n'y a pas tous ces à la maison. C'est fatiguant quand il y a trop de bruit partout, partout. Mais je ne vais pas me plaindre. Oh non, je ne vais pas me plaindre. Parce que Daiki, il est fort, il supporte plein de choses. Même les bruits et les gens. Alors je veux faire pareil. Daiki, il m'aime comme ça, mais je veux être mieux.
La maman de Daiki n'est plus là. Elle ne l'embêtera plus, je crois.
Son papa est revenu. Et il est gentil.
Le monsieur arrive avec le dessert.
Tout va bien se passer maintenant.
Tout va bien se passer.
