Séjour Médical à Fondcombe
Je reprends conscience peu à peu. Je me retourne et constate que je suis dans un lit avec des draps qui sentent bon. Finalement, je dois être à l'hôpital et je viens juste de rêver qu'une créature m'attaquait. Même en travers de mes yeux fermés je sens une lumière intense qui vient frapper mes paupières et caresser ma peau. J'émerge enfin de mon état de semi conscience et commence à cligner des paupières pour éclaircir ma vue qui deviens floue face à tant de lumière. J'entend quelqu'un murmurer pas très loin de moi.
- Où suis-je ?
Question bête, je suis à l'hôpital de la Riviera, au service des urgences.
- Vous êtes en sécurité dans la demeure d'Elrond de Fondcombe.
- Hmm. Bien. Très bien, dis-je dans un soupir endormi.
Une minute ! La demeure de qui ? OÙ !
Je réalise brutalement ce qu'on vient de me dire et bondit en position assise comme si on venait de me brancher sur une prise de deux cent vingt volts. Mes yeux sont grand ouverts et j'enregistre les détails de la pièce dans laquelle je me trouve. Il s'agit d'une grande pièce peinte en blanche avec des dalles de marbre blanc veiné de gris au sol. La salle est vaguement ronde, deux large portes donnent sur ce qui semble être un balcon ou un couloir à ciel ouvert et le plafond forme une voûte romaine. Une porte en bois blanc se dresse dans le mur sur le côté gauche de mon lit. Ce dernier est suffisamment large pour que deux personnes puissent y dormir à l'aise et possède des colonnes aux quatre coins ainsi que des rideaux blanc qui sont pour le moment attachés aux colonnes. Le dessus des portes est orné d'une frise en forme de vigne entrelacée et il y a une petite table avec une chaise en face de l'unique fenêtre de cette pièce avec un petit meuble dans un coin. Il y a même une table de chevet avec deux petits tiroirs. Le brun vernit des meubles me fait presque mal aux yeux dans cette pièce qui semble toute peinte en blanc. Par les portes des balcons, j'aperçois une grande cascade et des arbres dans un fond montagneux. Cet endroit est, donc, construit près d'une rivière ou d'un torrent dans une zone proche de montagnes. Je saisis ma couverture et la rejette sur le côté, mais au moment où je veux balancer mes jambes hors du lit une explosion de douleur éclate dans ma cuisse droite. Je baisse les yeux et vois un bandage fait d'un tissu que je ne connais pas qui a une assez large tache rouge au centre.
- Vous devez éviter de trop bouger votre jambe, me recommande une voix que j'identifie comme étant celle de tout à l'heure.
Je lève les yeux et remarque seulement maintenant la créature qui m'observe depuis une chaise sur la droite de mon lit. On dirait une humaine à l'allure mince, aux très long cheveux noirs et aux yeux verts, mais avec des traits bien plus fins, des oreilles plus longues, pointues et dépourvues de lobe. Elle est belle, mais ce n'est pas un humain, ça c'est sûr.
Ou alors elle a abusé de la chirurgie esthétique.
- Heu... Bonjour ?
J'ai l'air d'un con, mais au moins j'aurai l'air d'un con poli.
- Bien le bonjour humain. Vous avez bien dormi ? me demande-t-elle avec un sourire serein, presque maternel.
- Ben... oui. Comment vous appelez-vous ?
- Je me nomme Nirianeth, fille de Talas et de Minaë.
- Ha...
Je réponds quoi à ça moi ? « C'est bien » ?
- Et vous, qui êtes-vous ?
- Ça dérange si je tais le nom de mes parents ?
- Pourquoi ? me demande-t-elle avec un air intrigué.
- Parce que ça commencerait à faire long.
- Vous portez un grand prénom ?
- Pas exactement, non. Mais j'ai trois prénoms en plus du nom de mon père et de celui de ma mère. Si je rajoute leurs prénoms ça feras vraiment très long.
Elle semble surprise par ma réponse car elle ouvre des yeux grands comme des soucoupes.
- Dans ce cas, présentez-vous comme vous l'entendez.
Ça va être pratique, tiens !
- Je m'appelle Faust, Fernand, James, Ignis, Johnson.
C'est clair qu'à côté de moi, sa présentation fait courte. Et à voir la tête qu'elle tire, je devine qu'elle ne s'attendait pas à ça.
- Vous utilisez tous vos noms à chaque fois ? finit-elle par me demander au bout d'un petit moment.
- Non, juste mon premier prénom et le nom de mon père. James c'est le prénom du père de mon père et Fernand celui du père de ma mère.
- Et cela donne ?
- Faust Ignis.
Ça semble être plus facile à digérer pour elle.
- Très bien Faust Ignis. En fait vous utilisez une variante de la méthode des hobbits.
- Des quoi ?
- Des hobbits. Ce sont de petits personnages qui ressemblent physiquement aux humains mais qui ne portent jamais de chaussures. Ils ont environs la taille d'un nain.
- Je vois...
Je sais ce qu'est un nain, j'ai déjà joué à Donjon et Dragons et j'ai toujours joué avec un guerrier nain. On me les as décrits comme des petits êtres trapus, robustes et très cupides. Et moi je suis assez sur le « tout est bon à prendre » dans les jeux de rôle, les nains se sont donc imposés d'eux-mêmes. Et j'ai gardé le concept sur World of Warcraft, mais j'ai amené mon nain au niveau maximum et je suis passé à autre chose. Mais un hobbit, j'en avais jamais entendu parler. Par contre si on me parle de nain et d'une créature qui y ressemble...
- Vous ne seriez pas un elfe des fois ?
- Une elfe serait plus juste, me reprend-t-elle. Vous n'avez jamais croisé les nôtres auparavant ?
- Non, c'est la première fois que j'en vois un.
Du moins, un elfe comme ça. Dans WoW, les elfes de la nuit sont très différents.
- Mieux vaut tard que jamais, me dit-elle en souriant. Avez-vous faim ?
Avant que j'aie eu le temps de dire quoi que ce soit, mon estomac répond à ma place par un grondement sonore. Elle pouffe en voyant le regard réprobateur que je lance à mon ventre.
- Je vais vous apporter de quoi vous restaurer, me dit-elle en se retenant de rire.
- C'est ça, réponds-je en grognant.
Pris en traître par mon estomac ! Non mais je vous jure !
L'elfe sort de la pièce par la porte en bois à gauche et moi je me recouche. Je suis assez perdu. D'abord je tombe dans les pommes suite à la vision d'un truc qui émet une lueur aveuglante, ensuite la petite chose verte qui pue me saute dessus, puis je me réveille dans une maison d'elfes dont le nom sort tout droit d'un livre dont j'ai oublié le nom. Mais je me souviens bien avoir lu ce nom quelque part. Ça me dit quelque chose, mais j'arrive pas à me souvenir quoi.
N'ayant rien d'autre à faire, je me rend enfin compte que je suis dans une bête chemise de nuit blanche en... soie je crois. Je regarde donc dans les tiroirs de la table de chevet dans l'espoir d'y trouver le contenu de mes poches. Mais c'est peine perdue car je n'y trouve rien que des pansements et des petites fioles contenant soit un liquide transparent qui doit être de l'alcool à désinfecter, soit un autre liquide de couleur jaunâtre.
Je suis tombé dans l'infirmerie de cet endroit. Bof, c'est pas plus mal.
Ma cuisse me fait mal à chaque fois que je bouge la jambe ou que je m'appuie dessus. Je me demande quelle est l'ampleur de cette blessure et comment se peut-il qu'elle me fasse aussi mal.
La porte s'ouvre et laisse le passage à l'elfe de tout à l'heure, les bras chargés par un plateau métallique. Sur le plateau, il y a un bol de bouillon chaud, une assiette avec un assortiment de légumes et un tout petit peu de viande qui marine dans une sauce à l'odeur plus qu'appétissant et il y'a une pomme en plus de quelques tranches de pain sur le côté de l'assiette. Un gobelet, des ustensiles en métal et une carafe d'eau en complète le contenu.
- Bon appétit, me souhaite-t-elle en voyant ma mine réjouie.
D'habitude j'aurais fait un sort au repas, mais elle reste pour me regarder. J'use donc du peu de savoir-vivre à table que ma inculqué ma mère et je m'efforce de manger proprement. Exercice qui se révèle plus difficile que prévu parce que je n'ai qu'une envie : engloutir ce repas sans faire toutes ces histoires. Je me retiens quand même et je termine mon plateau un peu déçu parce que il me semblait que j'aurais l'estomac plus rempli que ça après avoir mangé. Je tend la main pour saisir la pomme qui me reste, mais stoppe mon geste parce que la pomme n'est plus là. Je me tourne vers l'elfe et la vois en train de la couper en petits morceaux. En plus elle l'a épluchée.
- La pomme était pour vous ?
- Non, mais j'ai pensé que cela serait plus agréable de la manger comme ça.
Je rêve ? Elle se prend pour ma mère ou quoi ?
- Merci, dis-je en prenant l'assiette avec les morceaux de pomme qu'elle me tend. Vous coupez toujours les pommes des gens qui échouent ici ?
- Dans votre cas, le terme « échouer » n'est guère de mise puisque nous vous avons trouvé.
- Ha... Et où si je puis me permettre ?
- Sur le chemin de la caravane qui allait aux Havres Gris. Si nous ne vous avions pas trouvé avec le cadavre de ce gobelin, nous n'aurions pas envoyé chercher du secours et des éclaireurs n'auraient pas été dépêchés en avant. Et si les éclaireurs n'étaient pas partis, la caravane tombait dans un piège dressé par d'autres gobelins.
- Le cadavre d'un gobelin ? Cette petite chose verte et puante était un gobelin ?
- Vous l'ignoriez ?
- Complètement. Et il est mort vous dites ?
- Oui, puisque vous l'avez tué.
- Je crois que vous faites erreur. Je n'ai tué personne, ni quoi que ce soit.
- Enfin... Nos éclaireurs nous ont dit que vous l'aviez tué, me contredit-elle avec un air intrigué.
- Mais je vous jure que je ne l'ai pas tué. Il s'est pris les pieds dans quelque chose et il nous envoyé tous les deux dans le décor. À ce moment, ma tête a tapé contre quelque chose et j'ai perdu connaissance. Ensuite, je me suis réveillé ici avec vous à côté.
- Il est vrais que je n'ai pas tous les détails, je demanderais des précisions à l'occasion.
- Ce serait gentil de m'en faire part ensuite.
- Vous pouvez y compter.
Finallement, je mange ma pomme et la laisse remporter le plateau. Je n'en reviens pas. J'ai tué quelqu'un ! Moi qui ai déjà de la peine à me défendre en temps normaux... Je trouve que j'y suis allé un peu fort.
« Avec toi c'est toujours tout ou rien », me disait mon père. Ben, je commence à croire qu'il avait raison.
Je ne sais pas si c'est le repas ou bien si cette blessure me fatigue vite, mais je me sens somnolent et je finis par me rendormir.
Je me réveille dans l'après-midi, mais j'ai l'impression d'avoir dormi plus que ça. Je me demande si c'est l'après-midi du même jour que quand je me suis réveillé après mon combat contre le gobelin.
- Je ne pensais pas que vous vous réveilleriez, me dit une voix contrariée.
Je lève la figure et vois un autre elfe, mais c'est un mec. Il a l'air un peu vieux, bien qu'il soit difficile d'en juger à sa figure. En tout cas il a la voix profonde d'une personne qui a déjà bien vécu. Je remarque aussi qu'il est penché sur ma jambe avec des lambeaux de bandage dans une main et un ciseau dans l'autre.
Le docteur passe faire sa visite.
- Désolé de vous déranger, réponds-je d'un ton méfiant.
- Ce n'est pas grave, mais ce serait moins douloureux si vous dormiez encore.
- Pourquoi ?
- La blessure est profonde et elle passe dangereusement près de l'artère fémorale. Je suis obligé de m'assurer qu'elle ne saignera pas et je suis donc forcé de vous mettre un garrot. Ce n'est vraiment pas agréable quand on est touché dans cette zone-là.
- Mais je ne vais pas en mourir ?
- Si vous restez au lit le temps que cela cicatrise, vous diminuerez considérablement les chances de faire céder la paroi de l'artère et de mourir en vous vidant de votre sang, mort pas particulièrement rapide et assez douloureuse.
- Et ça prendra combien de temps ?
- Pour que vous puissiez vous lever ou pour que vous soyez totalement guéris ?
- Les deux.
- Vous pourrez vous lever dans une semaine ou deux si votre blessure ne s'aggrave pas. Et devriez être rétabli dans à peu près un mois.
- Une semaine ou deux ? je m'exclame. Mais je vais faire quoi toute la journée dans ce lit ?
- Vous savez lire ?
- Le français uniquement.
- Le français ? Quelle est cette langue ?
- Celle dans laquelle je vous parle.
- L'humain donc.
- Si on veut.
- C'est ennuyeux, car la majorité des ouvrages de la bibliothèque sont en elfique, quelques-uns sont en Khuzdul, mais extrêmement peu sont en Núménoréen.
- En quoi ? C'est quoi du Kuz... truc et du Núménormachin ?
- Le Khuzdul est la langue écrite des nains. Quant au Núménoréen, je suis étonné que vous ne sachiez pas ce que c'est, puisque c'est la langue écrite des hommes.
- Ha... dans ce cas, à moins de m'apporter un ouvrage de chaque langue, je suis incapable de vous dire ce que je sais lire. Pour moi, vos langues écrites là, ça pourrait tout aussi bien être du chinois.
- Du chinois ? Qu'est-ce ?
De toute évidence, je ne suis plus sur terre. Mieux vaut éviter de l'embrouiller avec des expressions de chez moi.
- Une manière d'écrire si compliquée que beaucoup ont renoncé à la déchiffrer. C'est une expression courante dans la région où j'habite de dire « Pour moi c'est du chinois » quand on ne comprend pas quelque chose.
- Et d'où venez-vous ? Pas de l'Eregion j'imagine.
- Vous avez l'intention de vous occuper de ma jambe ou bien c'est l'heure de l'interrogatoire ?
- Ho, c'est vrais ! Veuillez me pardonner, je me suis laissé distraire, me dit-il avec une mine contrite.
Je l'ai échappé belle ! Il faut que je me trouve des origines et vite ! Sinon je vais devenir un phénomène de foire partout où je passerais. Mais au fait, comment rentrer ? Je ne sais déjà même pas comment je suis arrivé ici, alors pour repartir...
Je suis arrêté en pleine réflexion par la mise en place du garrot qui se révèle être une simple lanière de cuir. Et effectivement, il est obligé de le mettre très près de ma blessure. Ça fait un mal de chien ! Je tente d'étouffer un grognement de douleur, mais malgré mes efforts, je laisse quand même échapper une plainte peu discrète. Mon dieu que j'ai mal ! Et la douleur redouble quand il commence à aller fouiller dans ma plaie pour en vérifier la gravité et l'état. Je songe très sérieusement à lui demander de m'achever tout de suite plutôt que de le laisser continuer. Ma douleur atteint des sommets quand il désinfecte l'intérieur de ma blessure à l'alcool. Après ça, le fait qu'il me bande la jambe me semble être une simple caresse. Et j'éprouve un vif soulagement quand il enlève le garrot. Une tache rouge apparaît et commence à s'étendre rapidement une fois la lanière de cuir enlevée.
- Ça n'a pas l'air de trop s'étendre, m'annonce mon tortionnaire. C'est bon signe, l'artère est assez loin pour ne pas venir aggraver votre état. Comptez quand même une bonne semaine avant de pouvoir mettre le pied par terre.
TORTIONNAIRE ! BOUCHER ! ASSASSIN !
- Compris, répond-je simplement d'une voix éteinte.
- Je suis parfaitement conscient que ça fait mal, et même très mal. J'ai vu de grands hommes sombrer dans l'inconscience pendant les soins pour des blessures de ce genre. Vous êtes courageux et solide, vous vous en remettrez vite si vous suivez mes prescriptions, me félicite-t-il pendant qu'il remballe son barda et qu'il jette les pansements.
- Très aimable.
Je suis tellement anéanti que je ne pense même pas à faire du sarcasme, ni à donner à ma voix le ton nécessaire pour que ça en devienne. Je n'ai plus qu'une envie, ne jamais avoir à revivre ça. Je me demande encore comment j'ai fait pour ne pas bouger ma jambe au lieu de lui l'envoyer dans la figure. Une fois qu'il est sorti, je ne reste pas longtemps debout et tombe rapidement dans les vappes.
J'estime que j'ai dormi toute la nuit, parce que le jour commence à peine à poindre quand je me réveille. Je pète la forme, à part ma jambe qui m'élance de manière régulière. Je jette un coup d'œil sur la chaise à côté de mon lit, mais elle est vide. Je tourne la tête vers la table de chevet et constate que quelqu'un a eu la brillante idée d'y poser des livres. J'en saisis un, le titre est dans un langage que je ne connais pas. Je l'ouvre et tombe nez à nez avec une écriture manuscrite très fluide et tout en courbes. Je tente un déchiffrage, mais c'est peine perdue, je ne comprend pas une syllabe de ce qui est marqué dans ce livre. Je le mets sous la pile et prend le suivant. La couverture n'est pas engageante et porte une inscription d'une écriture tout en angles et complètement incompréhensible. Je jette un coup d'œil à l'intérieur, mais le reste semble écrit de la même façon que la couverture et je le pose aussi.
Quelle barbe ! J'espère que j'aurais plus de chance avec le dernier, sinon je vais m'emmerder pour de bon.
Le dernier a une écriture qui fait déjà plus penser à quelque chose de normal. Mais le titre me déçois : on dirait que c'est écrit en vieil anglais.
History of Númenor
By Elendil
Je n'ai jamais été une flèche en anglais, mais puisque c'est tout ce que j'ai, je m'y attaque avec circonspection.
