Des inquiétudes et des Excuses
Il fait nuit noire quand je reprends conscience, je sens un poids sur mes mollets et j'ai quelque chose qui m'empêche de voir de l'œil droit. Je remue doucement pour évaluer mon état physique, mais le poids sur mes jambes disparais aussitôt et j'entends une voix qui murmure, c'est celle de Nirianeth.
- Faust ? Tu es réveillé ?
- Si on veut, réponds-je.
J'entends un léger bruit et une chandelle s'allume. Je peux voir le visage de ma garde-malade. Je m'attendais à une expression furieuse, mais je ne vois qu'un visage rongé par l'inquiétude.
- Ça ne va pas ? Tu es toute pâle.
- J'ai eu peur, m'avoue-t-elle. Très peur.
- Très peur de quoi ?
- Que tu ne te réveilles pas.
- Hein ? Mais pourquoi ?
- Ça fait quatre jours que tu es tombé dans le coma sur le sol du gymnase. Encore un jour et nous aurions été forcés de te maintenir en vie par des moyens magiques. S'il avait été décidé que tu serais maintenu en vie.
Ma mémoire se met à fonctionner à toute vitesse et je retrouve les événements avant ma perte de conscience.
Houlà ! Elles ont dû se faire sévèrement engueuler ! Hep, attends voir une seconde. S'il avait été décidé que je serais maintenu en vie ?
- Pourquoi aurait-il été décidé qu'on ne me maintiendrait pas en vie ?
- C'est Bilbo, il a dit que tu étais tellement sûr de ne pas survivre à je ne sais trop quel voyage que tu préférais mourir ici plutôt qu'ailleurs.
- C'est effectivement ce que j'ai dit avant de sombrer dans l'inconscience.
- Mais quelle est donc cette histoire de voyage ?
- Une histoire entre le magicien gris et moi.
Je sais que je ne lui rends pas service en m'évadant de la sorte, mais je ne peux pas non plus lui dire que ce vieillard me menace pour que je fasse ce qu'il a envie. Elle serait capable de vouloir régler cette affaire elle-même.
- Faust, j'aimerais comprendre pourquoi tu es allé provoquer Lia ? Qu'est-ce que Bilbo a à voir là-dedans ? Qu'est-ce que le pèlerin gris et toi préparez ?
Je n'ai aucune réponse à lui apporter. Je fais semblant de reperdre conscience et ferme les yeux. Je m'endors assez rapidement, mais le petit moment où je suis encore conscient, je maudis ma lâcheté et mon manque de frein dans les situations dangereuses. J'ai trop tendance à tendre l'autre joue en provoquant mon adversaire quand je me ramasse dans ce genre de situation et cette fois, j'ai bien failli y passer.
Cette fois, ce n'est plus Nirianeth qui est à côté de mon lit à mon réveil, mais Mon docteur attitré.
- Salutations Ignis. Je suis désolé de vous cueillir ainsi au saut du lit, mais ma fille était inquiète. Et moi aussi d'ailleurs.
- Votre fille était inquiète ? Mais c'est son amie qui m'a mis dans cet état. Au fait, que raconte mon corps ? Il est encore en état de marche ?
- En quoi ?
- Il est en bon état ?
- En moins bon état que si vous n'étiez pas aller énerver Lia. Mais il sera remis avant que votre jambe ne vous laisse vous déplacer sans aide.
- choueeette, dis-je sans conviction.
- Ignis, que c'est-il passé ?
- À quel sujet ?
- Au sujet du gymnase. Bilbo a dit qu'il voulait vous montrer la personne que le magicien gris vous avait demandé d'escorter. Et, toujours selon lui, vous êtes entré dans une colère noire en voyant à qui vous aviez affaire. Toutes les personnes présentes s'accordent à dire que vous avez laissé de côté les règles de la bienséance et que vous avez littéralement insulté ma fille et son amie. Lira et Arwen s'accordent à dire que Bilbo a tenté de vous raisonner mais que ça n'a pas marché.
- C'est exact, Il a essayé. Mais pas de la bonne manière.
- Pas de la bonne manière ? Si vous vouliez bien me fournir des précisions sur ce qu'il se passe, je pourrais enfin y voir clair dans cette histoire.
- Vous n'avez qu'à poser la question à Gandalf, il se fera un plaisir de vous éclairer.
- Gandalf ? Il est trop occupé à rôder autour de Rivandelle dans l'attente du neveu de Bilbo. C'est à peine si il reviens ici pour les repas.
- Et bien, allez demander à cet oiseau de malheur la raison de ma mauvaise humeur. Vous verrez que vous comprendrez tout de suite bien mieux. Mais alors, je vous jure que ça va devenir clair comme du cristal. Seulement, moi je suis fatigué là, dis-je d'un ton froid.
- Il est effectivement possible que vous soyez fatigué, mais avec ce que je vous ai donné, je doute que vous vous rendormiez.
- Vous m'avez donné quoi ? dis-je en me dressant sur mes coudes.
- Un simple stimulant. J'avais besoins que vous ayez l'esprit clair pour répondre à mes questions. Même si il semble que les réponses viendront définitivement de Gandalf.
- Je ne vous le fais pas dire.
- Cependant, je ne suis pas la seule personne à qui vous causez du souci avec vos secrets.
- Je sais ! Mais est-ce que je peux franchement aller dire en face à Nirianeth que je vais partir sur les ordres du magicien gris pour escorter une elfe à travers les monts de brume jusqu'à la forêt noir ?
- Ce serait effectivement faire preuve d'un manque de tact qui frôle le simple sadisme, me dit-il en croisant les bras. Et je ne tient pas à ce que vous brisiez le cœur d'un membre de ma famille.
- D'un membre... Excusez-moi ? Nirianeth fait partie de votre famille ?
- C'est ma petite-nièce du côté de mon père pour être plus précis.
- Votre... Mais quel âge avez-vous ?
- J'ai plus de six mille ans.
J'en tombe sur le cul ! Je m'adressais à un fossile et je ne le savais pas.
- Et elle ? Elle a juste quelque millier d'années ?
- Je ne répondrais pas à cette question.
- Hmm, hmm. Et je dois lui présenter des excuses et tout lui avouer ?
- Ce serait déjà un bon début si vous vouliez bien me dire à moi ce que le magicien et vous êtes en train de trafiquer dans ma maison.
- Je vous l'ai dit non ? Il veut que j'aille avec... Comment vous avez dit qu'elle s'appelle déjà ?
- Lia.
- C'est ça, Lia. Il veut que je l'accompagne à la forêt noire.
- Et c'est pour ça que vous faites un foin pareil ?
- Non, c'est sa manière de demander les choses. Et j'avoue que ne pouvant pas m'en prendre à lui, j'ai un peu soulagé mon cœur sur... heu... L'autre fille.
- Lia.
- Voilà, sur elle.
- Mais qu'a-t-il fait ?
- Dites plutôt « comment » l'a-t-il fait.
- Comment l'a-t-il fait '
- Demandez-lui, et revenez me dire sa réponse. On verra s'il est bien sincère avec vous.
- Faust vous ne m'aidez pas.
Son ton est monté d'un cran. Je commence à lui courir sur les nerfs. Il veut des réponses et entend bien les obtenir, ça ne fait pas l'ombre d'un doute.
- Il m'a dit, en des termes fleuri et très imagés, que si je n'y allais pas, il ne m'aidait pas à rentrer chez moi.
- D'où venez-vous ?
- D'un autre monde. Le même qu'un dénommé J.R.R. Tolkien qui aurait fait une petite visite ici selon le magicien.
- Monsieur Tolkien ? Vous venez du même endroit ?
- À peu près.
- « À peur près » ? C'est « oui » ou c'est « non » ?
- Oui.
- Très bien. Donc, vous venez d'un autre monde.
- C'est exact.
- Et Gandalf ne veut pas vous y renvoyer ?
- Il ne peut pas, selon lui le chef de son ordre en serait capable...
- Sauf que Saroumane nous a trahi... Cela limite grandement les possibilités.
- Voir même, les anéantis complètement. Si ça se trouve, ce Saroumane est le seul à pouvoir me renvoyer, et en lui faisant la guerre, il pourrait aussi bien détruire mon moyen de retour en croyant trouvé chez cet homme un quelconque tour de passe-passe qu'il ne saurait pas faire fonctionner. C'est un voyage sans garantie de paiement au retour qu'il me demande. Et en plus, il ne me le demande pas, il m'y oblige sous peine que mon dernier espoir ne s'envole.
- Voilà qui ne correspond guère aux habitudes de Gandalf. À moins qu'une grande nécessité ne guide son acte.
- Peuh ! Nécessité de polichinelle ! Elle est tout à fait capable de se défendre toute seule.
- Au moins, elle vous aura fait admettre ceci.
- Seul un fou irait dire le contraire. Elle m'a vidé les poumons avec un petit coup de bâton.
- Sur ce point, je me dois de vous contredire. Ce n'est pas sa faute.
- V'la autre chose. C'est de la mienne peut-être si elle est forte comme un bœuf ?
- En partie, en restant longtemps cloîtré dans votre lit quasiment sans activité physique, votre masse musculaire a fondu, et vos muscles pectoraux ont encaissés un coup qu'en temps normal ils auraient pu contenir, mais tout ce temps à ne rien faire les a fait s'empâter et le coup a eu beaucoup plus de répercussions qu'il n'aurait dû en avoir. De même pour le coup de poing qui a suivi.
- Me voilà rassuré, dis-je en grognant.
- Vous devriez l'être. Si elle n'avait pas essayé de juste vous faire mal à la base, elle aurait très bien pu vous tuer.
- Pour ce que ça aurait changé...
- Ne dites pas ça. Vous lui avez causé une peur effroyable. Si vous ne vous étiez pas réveillé au dernier moment, elle s'en serais voulu toute sa vie d'avoir commis ce meurtre.
- Hé bien, je suis vivant. Elle est au courant, non ?
- Si, et elle attends de pouvoir s'excuser.
- S'excuser ? J'aurais vraiment tout vu. C'est moi qui vient la sortir de ses gonds et elle trouve le moyen de s'excuser.
- À mon avis, vous lui devez également des excuses. Et Gandalf nous doit à tous des explications.
- Vous avez tout juste. Faudra que je trouve un moment pour aller m'excuser.
- Pourquoi pas maintenant ?
- Vous êtes vraiment médecin ? dis-je après un moment de silence stupéfait.
- Je le suis, et vous certifie que vous êtes parfaitement en état de vous lever pour aller lui présenter des excuses. Et recevoir les siennes par la même occasion.
- Ha... Très bien, j'y vais.
Je me lève et ramasse ma canne pour aller jusqu'à la commode où je ramasse mes vêtements et les enfile avant de sortir de ma chambre. Elrond m'indique où je peu trouver cette « Lia » et je me dirige vers la forge. Ma canne me sers moins que la première fois, mais reste nécessaire. Je ne vais pas très loin avant de commencer à entendre le bruit d'un ou plusieurs marteaux qui battent contre une pièce de métal. Au bout de dix minutes, le bruit devient assourdissant. Malgré son rythme aussi précis que la pendule à coucou de mon grand père, je n'aime pas le son obtenu par ce procédé. Je songe à faire demi-tour, prétextant que je ne l'aurais pas trouvée. Mais, tant qu'à avoir fait tout ce chemin, allons jusqu'au bout. Je descend un escalier ô combien fatiguant avant de pénétrer dans l'atmosphère lourde de la forge. Cet endroit est spacieux et des râteliers sur les murs retiennent les outils du forgeron. L'air pue le métal brûlé et la faible clarté qui y règne me fait penser à la fois où il y a eu une panne de courant pendant le cour de mécanique, Les machines avaient fait de sacrées étincelles quand elles ont commencé à s'éteindre et que nous étions encore en train de façonner nos pièces sur nos tours. Les burins avaient salement morflé d'ailleurs. Cependant, un Elfe me remarque avant que je ne repère celle que je suis venu chercher et il me traîne hors d'ici sans dire un mot. Je m'apprête à lui dire de me lâcher quand je reconnais qui m'a agrippé : l'existée au sabre en bois.
- Que faites-vous hors de votre lit ? Me questionne-t-elle d'un air agacé en détaillant le reste d'hématome qui trahi mon ex-œil au beurre noir de manière gênante.
- Le maître des lieux a estimé que me portais suffisamment bien pour venir vous présenter des excuses, et c'est ce que je suis venu faire.
Son expression vire immédiatement à l'effarement et ses joues s'empourpres. Elle baisse les yeux tout de suite après.
- Ce serait plutôt à moi de m'excuser, dit-elle d'un toute petite voix en se tortillant les doigts. J'ai levé la main sur un blessé.
- Si j'avais été en meilleur état, ça n'aurait eu presque pas d'impact. Du moins, selon ce cher Elrond.
- Mais ça en a eu. Et à cause moi, vous avez passé quatre jours dans le coma. Je vous ai envoyé aux frontières de la mort.
- Ha ? Je n'aurais jamais imaginé me rendre à un tel endroit et n'en conserver aucun souvenir. Ça doit vouloir dire que je n'y suis pas allé.
Elle lève un regard gêné sur moi en continuant à se tortiller comme une goutte d'eau sur une plaque chaude.
- Qu'est-ce censé signifier.
- Que je ne vous ai pas encore pardonné, mais que je vois un très bon moyen pour vous de le faire.
- Lequel ?
- Apprenez-moi à rester en vie un peu plus longtemps.
- Vous apprendre à quoi ? Je ne saisis pas bien votre demande.
- Je ne sais pas manier une arme, vous si. Dans le cas où nous ferions une mauvaise rencontre, la seule chose que je saurais faire, c'est gesticuler de manière aléatoire et totalement inutile. Apprenez-moi à me battre et nous serons quitte.
Son regard reprend rapidement de l'aplomb au fur et à mesure que je précise ce que je veux. À la fin de ma phrase, c'est une joyeuse détermination que j'y lit.
- Marché conclu, me dit-elle avec un sourire rassuré.
- Mais on commencera demain, dis-je rapidement avant qu'elle ne me tire au gymnase. Aujourd'hui, je me sens encore un peu faible. Et je n'ai encore rien avalé.
- Très bien, je vous attends demain à l'aube.
- Un peu plus tard quand même ?
- Dans ce cas, quelle heure vous arrangerais ?
- Disons plutôt dix heure. J'ai pris l'habitude de me lever assez tard dans la journée.
- Dix heure, c'est entendu. Soyez ponctuel.
- J'essayerais.
