Le Grand Frère et Compagnie

Je donne son anneau à Lia le lendemain. J'ai fait exprès d'attendre pour que ce soit un minimum crédible que je l'aie « béni » entre-temps. Elle l'a enfilé fissa et depuis, à chaque fois que j'enfile l'anneau d'or, j'ai l'impression qu'on me réquisitionne une partie de mon cerveau pour qu'elle puisse y faire circuler ses pensées, mais aussi ses impressions et ses sentiments. Sans vraiment comprendre comment, j'ai l'impression d'ouvrir une fenêtre vers son cerveau à elle et je l'entends presque réfléchir. Cela c'est révélé très efficace pour deviner un peu à l'avance les coups qu'elle allait me porter pendant les entraînements, mais sinon j'enfile mon « espion psychique » le moins souvent possible. J'ai en effet vite remarqué que, pour un peu que je me concentre sur les pensées de l'Elfe, j'ai beaucoup de mal à saisir ce à quoi elle pense. Pour couronner le tout, les pensées comme les souvenirs et les émotions ressenties à travers ce lien sont flous et souvent, il me manque des références ou bien des parties de souvenir pour suivre le raisonnement de cette fille. La chose qui prédomine quand même, ce sont les sentiments. Deux jours après que je lui aie offert son anneau, j'étais en train de la regarder assis à côté de Bilbo en train de croiser le fer avec Arwen. Et quand Lia s'est prise un coup accidentel à la tempe, je l'ai senti passé sans pour autant avoir mal. L'expérience était assez étrange. Comme si mon système nerveux avait hurlé que je m'étais pris un coup au même endroit que Lia mais aucune douleur n'est venue ensuite en réponse à l'appel. Mais je pouvais situer avec certitude l'endroit où elle s'était fait mal et à quel moment le simple fait de toucher le bleu lui faisait mal, sans pour autant ressentir cette douleur. C'en était même tellement flippant que j'ai passée la journée du lendemain enfermé dans ma chambre à essayer de voir jusqu'où allait ce lien, mais je me suis rendu compte qu'au final, il n'allait pas bien loin. Essentiellement aux pensées en surface. Pour un ordinateur, on pourrait dire les dossiers ouvert à l'écran. Je suis également passé par l'arsenal et j'y ai récupéré l'essentiel de mon armement, une épée à une main qui a été retrempée par les soins du maître forgeron en personne et un bouclier qu'on m'a restauré tant et si bien qu'on croirait qu'il est neuf.

L'épée possède une lame de près d'un mètre à section en forme de losange, sans gouttière et terminé par une pointe. La poignée est en bois verni et recouvert d'une couche de laque noire. La garde est en bronze et se compose de deux sections en forme de rectangles recourbés vers l'avant tandis que le pommeau a été retravaillé par Lauciann pour y styliser une tête de faucon. Je ne voulais pas qu'on vienne me poser des questions parce que le pommeau représentait Minas Tirith. Et comme cet Elfe se sentait l'âme d'un artiste, je lui ai demandé de représenter ça à la place.

En fait j'ai pris le premier animal qui me passait par l'esprit et j'avais vu les oiseaux du maître fauconnier hier. Résultat : j'ai un pommeau original.

Pour le bouclier, il est composé de couches successives de bois et renforcé en son milieu par un emblème en métal représentant un faucon.

Ce foutu maniaque de la forge s'est mis en tête de représenter une tête de faucon sur tout mon équipement qui est passé par son antre. Mais moi je ne lui ai rien demandé.

Le bouclier est de forme rectangulaire, arrondi au sommet en forme de demi-cercle et son extrémité inférieure se termine en pointe. De plus, il est bombé vers l'extérieur et il y a une épaisseur de laine à l'endroit où je l'enfile au bras pour amortir les chocs.

Pour le reste, je ne porte pas autrement d'armure. Même si on m'a refilé un gilet en cuir bouilli qui doit être assez résistant et épais pour arrêter une balle de petit calibre. Nirianeth m'a enfin dévoilé ma cape, elle est superbe. La bordure entière est faites en fils d'argent représentant des vagues stylisées, elle dispose d'un fermoir du même métal qu'elle a commandé au forgeron (pourquoi ne suis-je pas étonné qu'il soit en forme de tête de faucon) et elle a mis un grand motif au centre qui représente l'emblème de sa maison. Ce dernier est essentiellement composé d'une image qui, regardée de droite à gauche, représente un arbre et de gauche à droite un bateau. Je lui ai exprimé avec un grand « merci » et gros câlin.

Ça fait fille, mais je fais comme ça avec ma mère, alors pourquoi pas avec une femme qui se prend pour ma mère.

Elle m'a aussi fait un autre habit auquel je ne m'attendais pas quiva sûrement m'être bien utile pour traverser des pics enneigés : un bonnet. Tout noir aussi et tout simple.

Niveau vêtements, à part ce que j'ai déjà mentionné, j'ai une chemise fait à l'identique de celle avec laquelle je suis arrivé ici sauf qu'elle est de couleur noire, un pantalon avec des poches, des bottes montantes, une paire de gants de cuir et une écharpe tricotée par une amie de Nirianeth (je me suis contenté du « merci » pour elle).

Je ne boite plus du tout et j'ai laissé ma canne à ma maman par procuration. Nous partons dans deux jours et je suis passé hier par le petit salon d'Elrond où il m'a prodigué une centaine de conseils pour éviter les emmerdes en route.

Gandalf aussi est venu me voir, et il avait mauvaise mine. Il est venu s'excuser du chantage auquel il m'avait soumis en un premier temps et aussi me donner des conseils sur l'utilisation de mon anneau.

« Tu as pris de bonnes dispositions en ne mettant pas souvent ton anneau au doigt, et le Seigneur de Fondcombe trouve que ton idée pour le faire enfiler à Lia était excellente. Cependant, il va te poser le problème que tu vas vivre en permanence avec cette fille dans un coin du crâne une fois votre périple commencé. Car, ton stratagème va te forcer à le porter en permanence. Aussi, je te conseille de ne te fier qu'un minimum à ce que tu ressentiras par lui et d'être discret sur le fait que tu la sentes réfléchir. N'essaie pas de l'aider à finir ses pensées, elle se douterait tout de suite que quelque chose ne tourne pas rond. » M'a-t-il dit. Quand je l'ai questionné sur sa petite mine, il a esquivé la question et est parti se coucher.

Ce matin, je dois aller encore une fois m'entraîner avec Lia. Seulement, à peine ais-je le temps de finir mon petit-déjeuner que trois petites créatures ressemblant à Bilbo mais en plus jeune entrent en se chamaillant.

- Tu aurais dû leur faire face ! rabroue le premier.

- Parle pour toi Pippin, Je te ferais signaler que tu t'es retrouvé au tapis en même temps que moi.

- Ça ne sert à rien de continuer à vous chamailler, intervient le troisième.

- Excusez-moi maître Gamegie, mais je suis en train de faire la morale à mon cousin, réponds le premier.

- Ce qui est fait est fait Pippin, laisse Merry tranquille.

Et voilà que celui qui s'appelle pippin repart de plus belle accusant le dénommé Gamegie de n'être qu'un couard et un lâche. Il ne s'arrête que le temps de manger et là je suis complètement estomaqué par la quantité de nourriture qu'ils descendent chacun. On croirait qu'un ogre est passé par leur table une fois qu'ils en sont partis.

Les noms de ces types me rappellent quelque chose. Ils sont censés jouer un rôle dans le Seigneur des Anneaux ? Il me semble bien que c'est le cas, même si je ne me souviens plus lequel.

Je fais part de mon étonnement à Lia lors de mon entraînement une petite heure plus tard et elle me dit que ça fait déjà quelques jours qu'ils sont là.

- Quelques jours ? Et je ne les ai pas remarqués !

- Il faut dire aussi que tu as passé presque tout ton temps à la forge pour la rénovation de ton bouclier. C'est sûr que trois semi-hommes n'ont pas grand-chose à chaparder par-là.

- Pourtant, il me semble que Bilbo m'aurait prévenu si d'autres hobbits étaient venu le voir. Hey ! Mon bras !

- Ta garde est trop ouverte sur ton bras gauche, n'importe quel adversaire avec deux sous d'intelligence en profiterait. Quand à Bilbo, il a essayé de te le dire, mais tu n'étais jamais là. Hop ! Bien essayé.

- Mais encore raté. Faut s'appeler Macaque pour te toucher, bon sang.

- S'appeler comment ?

- Macaque, c'est un petit animal arboricole très doué pour s'enfiler partout et faire des acrobatie dans son arbre.

- Nous serions dans la Forêt Noire ou en Lothlórien, je comprendrais le parallèle, mais nous ne sommes pas en train de nous battre dans un arbre.

- C'est pas un combat, je me fais massacrer depuis le début. Aïe !

- Oups ! Désolée. Ça va l'épaule ?

- Ouais, mais ça fait mal.

- Je te l'ai pourtant répété des dizaines de fois, ta garde est trop basse.

- Ouais, ouais, je sais.

Le reste de la leçon ne change pas de d'habitude : je me fais irrémédiablement latter tout le long. Une fois sorti du gymnase, lavé et changé, je vais voir Bilbo. Je me demande si je ne vais pas m'immiscer dans ses affaires de famille, mais il est bien venu fourrer son nez dans les miennes, alors. Je le trouve sur un banc, près de sa chambre, en grande discussion avec un autre hobbit plus jeune. Ce dernier a les cheveux bruns bouclés, le visage mince, le teint hâlé et les yeux bleus. Bilbo me remarque immédiatement et me fait signe d'approcher.

- Frodo mon petit, je te présente le sieur Faust. Une grande gens venu d'une lointaine contrée.

- Enchanté, me dit Frodo en me tendant la main.

- Moi de même, réponds-je en la serrant.

Je ne sais pas si c'est une impression, mais il semble faible. En tout cas, même Bilbo qui semble bien plus vieux a plus de poigne que lui. D'ailleurs, il semble un peu pâle aussi.

- Vous allez bien Frodo ?

- Ho, ce n'est rien. Juste un petit malaise passager.

- Si vous le dites... Vous arrivez d'où comme ça ?

- De la Comté enfin, me reprend Bilbo comme si c'était l'évidence même.

- C'est vrais, vous me l'aviez déjà dit. Désolé, mais je n'y ai pas pensé.

- Voulez-vous vous asseoir avec nous Faust ?

- Pourquoi pas ? Je n'ai pas grand-chose à faire pour le moment.

- Vous venez de trouver une occupation, plaisante le dénommé Frodo.

- Alors, ce départ. C'est pour bientôt ? me demande Bilbo.

- Si tout vas bien, après-demain à l'aube nous serons partis.

- Par ma pipe, comme le temps passe vite. Mais il vous faudra être prudent.

- Oui, oui, je connais votre refrain : « Il est très dangereux de se jeter sur les chemins, on avance, on avance et si on ne prend pas garde où l'on met les pieds, on ne sait pas où cela peut nous mener ».

- Tiens donc, mon oncle, je ne savais pas que vous appreniez vos adages à la première personne qui passe.

- Sache mon petit que ce gamin va bientôt se lancer dans le même périple que j'ai accomplis dans ma jeunesse, si ce n'est que lui s'arrêtera à la Forêt Noire.

- Sûrement pas, une fois le message délivré, je mets le cap sur un autre endroit.

- Ha ? Et lequel ?

- Je ne peux pas vous le dire encore, je ne l'ai pas choisi, mais je ne vais pas moisir chez les elfes indéfiniment. Peut-être irais-je voir cette grande cité humaine qui s'appelle « Minas Tirith ».

- Dans ce cas, vous verrez le plus grand joyau de l'humanité, dit une voix que je ne reconnais pas. Je me tourne vers la gauche, direction de laquelle vient la voix importune, et voix mon premier humain depuis que j'ai atterri ici.

- Bonjour monsieur, dis-je en lui tendant la main.

- Mes meilleures salutations, je suis Boromir du Gondor.

- Et moi Faust Ignis.

- Du Rohan ?

- Non, je ne vois pas ce qui vous fait dire ça.

- Vous avez une petite trace de l'accent du Ouestfold dans votre manière de parler. Vous êtes du Gondor aussi alors ?

- Perdu, je ne suis pas de la région du tout.

- Tiens ? Curieux... Faites-vous partis des rôdeurs du nord ?

- Des rôdeurs ? Non, et je ne vois pas de quoi il s'agit.

- Ce qui exclut que vous veniez de l'Eriador ou de l'Eregion, sinon vous les connaîtriez. Venez-vous de Dale ou Esgaroth ?

- Écoutez, je ne viens pas d'une région que vous trouverez sur vos cartes, alors cessez ici cet interrogatoire inutile car il ne vous mènera à rien.

- Vous venez d'aussi loin que ça et vous ne voulez rien dire ? Voilà qui est étrange, mais je respecterais votre volonté et ne vous questionnerais plus sur ce sujet.

- À la bonne heure. Vous êtes là depuis longtemps Monsieur Dugondor ?

- Ha non, excusez-moi, mais « du Gondor » n'est pas mon nom, mais mes origines. C'est mon pays.

- Oups. Désolé pour cette confusion, je ne suis pas encore habitué à la manière de se présenter ici.

- C'est oublié, si vous venez moitié d'aussi loin que vous le prétendez, il est normal que la confusion règne.

- La raison reprend quand même gentiment le dessus.

- Voilà un bon point. Quand comptez-vous aller à la cité blanche ? Parce que je vais m'y rendre moi-même dans les jours qui suivent.

- Ha, vous me voyez navré, mais avant je dois faire un détour par la Forêt Noire pour escorter un messager.

- Voilà qui est dommage. Mais si vous venez à Minas Tirith, faites-moi demander et vous me trouverez.

- À ce point ? Qu'est-ce qui vous motive à m'inviter ?

- Il se trouve que j'ai entendu des rumeurs au sujet du « chevalier Faucon » et j'aimerais faire plus ample connaissance avec vous.

Foutue canaille de forgeron !

- Vous ne pouvez pas le faire là, tout de suite ? Et laissez tomber ce « chevalier Faucon », ce n'est pas justifié.

- J'aimerais bien, mais j'ai rendez-vous avec les conseillers de mon père. Nous avons une importante réunion demain avec le maître des lieux et diverses délégations.

- Dans ce cas, bonne journée et à une prochaine.

- Le chevalier Faucon ? me demande Bilbo une fois que l'humain est suffisamment loin pour ne plus nous entendre. Vous avez un autre nom ?

- Pas du tout, mais il semble bien qu'on m'en aie donné un.

- Voilà qui charmant, le chevalier Faucon. Ma foi, il me semble que l'oiseau semble vous correspondre. D'une grande noblesse, mais qui préfère se mêler de ses affaires. Ça vous correspond bien.

- Pour la noblesse, j'ai des doutes. Mais je préfère m'occuper mes affaires c'est vrai.

- Faust !

Bilbo et Frodo et moi tournons la tête vers un escalier pour voir arriver Lia qui, bizarrement, porte une robe alors que je ne l'ai jamais vu en mettre.

- Elle met des robes maintenant ! s'exclame Bilbo.

- Parce que vous ne l'avez jamais vue avec une robe sur le dos ?

- Par ma foi, non. Et je suis arrivé ici avant qu'elle n'y vienne.

- Faust, viens, il faut que je te présente, déclare-t-elle d'un bloc en m'attrapant par le bras et en se mettant à me tirer comme si j'étais un enfant récalcitrant.

- Au revoir Monsieur Ignis, me lance Frodo.

- Bonne chance mon petit, m'encourage Bilbo avec un clin d'œil à mon avis déplacé.

- Bonne journée, lance-je maladroitement par-dessus mon épaule. Mais on va où au fait ?

- Il faut que je te présente à mon frère, il vient d'arriver.

- Oui, mais je... Attendez... Stop !

- Qu'y a-t-il ? demande-t-elle en s'arrêtant.

- Premièrement y'a pas besoin de me tirer, je suis capable de vous suivre tout seul. Deuxièmement, j'aimerais bien récupérer mon bras avant que celui-ci ne soit complètement strangulé. Et enfin, pourquoi veux-tu me présenter à ton frère ?

- Oups ! Excuses-moi, dit-elle en me le lâchant le bras que je m'empresse de masser pour y réactiver la circulation sanguine. C'est juste que je viens d'apprendre que mon frère est arrivé et je voulais te présenter.

- Mais pourquoi à la fin ?

- Parce que tu vas m'accompagner sur un long voyage. Mais je me demande si un saut à ta chambre ne serait pas une bonne idée. Ta chemise est toute froissée et tu aurais besoin de te raser. Un petit coup de peigne ne te ferais pas de mal non plus.

- Mais enfin, je ne vais pas voir tes parents pour leur demander ta main, je vais juste dire un petit bonjour à ton frère. Y'a pas besoin de s'habiller comme un grand seigneur pour ça enfin.

- Je veux que tu fasses bonne impression, alors ne discute pas, on va à ta chambre.

- Bon, d'accords, mais tu reste hors de la pièce.

- Évidemment, qu'est-ce que j'irais faire là ?

- Rien, mais c'était juste au cas où.

En quelques minutes, elle me fourre dans ma chambre où j'enfile une chemise propre et repassée, mais quand je tente une sortie, elle me repousse à l'intérieur et m'ordonne carrément de me raser. J'opte pour la solution qui prendra le moins de temps et obtempère, seulement, à ma deuxième tentative, elle s'énerve parce que je ne me suis pas coiffé. Cette fois je m'énerve un peu et refuse d'aller coiffer le peu de cheveux que j'ai sur le crâne depuis que Nirianeth m'a fait une coupe quasi militaire (environ un centimètre et demi de longueur de cheveux sur le caillou). Elle insiste pendant quelques minutes, mais finis par abdiquer et me guide à travers les couloirs de la maison d'Elrond. Nous trouvons finalement celui qu'elle désigne comme son frère en grande discussion avec le deuxième humain que je vois depuis que je suis ici. L'elfe est un grand au profil svelte, au visage doux et doté d'yeux bleus et de très grands cheveux blonds qui lui descendent un peu en dessous des épaules. L'humain, quant à lui, est un peu débraillé et vu qu'il est assis, il est difficile de juger sa taille. Il a un profil athlétique des cheveux bruns tirant sur le noir qui lui descendent un peu plus bas que le menton et des yeux sombres.

- Lia ! S'exclame l'elfe.

Celle-ci se dépêche de répondre quelque chose en elfique, ce qui fait que je ne comprends rien à ce qu'elle raconte. Elle salue également l'humain avec une profonde révérence et un commentaire qui le fait... Non mais je rêve là ? Il rougit !

Je me demande bien ce qu'elle a pu lui raconter...

L'humain se met à son tour à parler en elfique.

Mais merde, y'en a pas un pour parler une langue que je comprends ? Ils se sont passé le mot ou quoi ?

Lia réponds dans la même langue et je distingue mon nom et mon prénom dans ce qu'elle dit. D'ailleurs, elle me prends par le bras et me pousse en avant. Les deux personnages me scrutent de la tête aux pieds avec un air appréciateur.

Voilà que je me retrouve au marché aux esclaves. Ils ne vont pas me demander d'ouvrir la bouche pour regarder ma dentition non plus ? Si ?

L'humain me dit quelque chose toujours en elfique, et au ton ça fait penser à une question.

- Désolé, mais j'ai rien compris.

- Vous ne parlez pas la langue des premiers-nés ? demande l'humain.

- Voilà autre chose, non. Déjà que je ne comprenais pas l'elfique, voilà que vous parlez encore une autre langue.

- Mais non, la langue des premiers-nés et l'elfique sont une seule et même manière de s'exprimer, me répond-t-il.

- Ha, pardon. Je ne savais pas que cette langue avait deux noms.

- Je vois ça, commente l'elfe. J'en déduis aussi que vous n'avez pas compris nos noms dans nos salutations.

- En effet. Mais je vais me présenter en premier, je suis Faust Ignis.

- Et moi Aragorn, fils d'Arathorn.

- Je suis Legolas de la Forêt Noire. Et je suis le frère aîné de Lia.

- Enchanté.

Je connais ces noms. Aragorn surtout. Il est pas roi de quelque chose déjà ?

- Elle a dit qu'elle voulait vous présenter, mais la raison de cette présentation m'échappe, commente l'elfe.

- C'est normal, je n'ai pas dit pourquoi, rougit Lia.

- Dans ce cas, des explications s'imposent, non ? la taquine le gaillard.

- Cet humain va m'escorter lors de mon voyage pour rentrer chez nous.

Les deux hommes semblent aussi surpris que moi lorsque Gandalf m'avait proposé son idée. Je suis sûr qu'ils la trouvent aussi absurde que moi à cet instant.

- Une escorte, je comprends, dit Aragorn. Mais j'aurais plutôt vu trois ou quatre guerriers elfes. Pas vraiment un rôdeur humain.

- Surtout humain, commente Legolas. C'est de toi cette idée grotesque Lia ?

- Non, dis-je avant que Lia n'aie le temps de répondre. Elle est d'un grand ami nommé Gandalf qui a d'ailleurs convaincu le seigneur des lieux de faire ainsi. Et en passant, je ne suis pas un rôdeur. Donc messieurs, si vous avez des commentaires à faire, adressez-vous au grand barbu.

Je ne sais pas si ce que je leur ai dit les a surpris ou vexés, mais en tout cas ils affichent la tête de quelqu'un à qui le ciel vient de manquer de lui tomber dessus. Je me demande bien si je ne viens pas de faire une très mauvaise impression.

Manquerais plus que Lia m'en fasse tout un fromage juste parce que j'ai carrément rabroué son grand frère.

Mais, à ma grande surprise, l'humain éclate de rire.

- En tout cas, je vois que Gandalf a choisi une personne qui a au moins un caractère aussi fort que celle qu'il doit protéger,constate Aragorn.

- À mon avis, c'est quand même ma petite sœur qui le bat côté caractère, intervient l'elfe d'un ton taquin.

- Legolas ! s'énerve Lia en brandissant sa main de manière menaçante.

- Tiens ? Tu portes des bijoux ? s'étonne l'elfe.

Je dois avouer être surpris moi aussi, et quand je me retourne, je ne vois que l'anneau que je lui ai donné. Voilà qui est gênant.

- Et alors ? j'ai le droit d'en porter non ?

Ouf ! Sauvé par le gong.

- Ho oui, bien sûr. Tant que ce n'est pas un cadeau prohibé par ton statut.

- J'accepte les cadeaux de qui ça me chante, je suis une adulte depuis trois cent vingt huit ans.

QUOI ! TANT QUE ÇA ? MAIS ELLE A QUEL ÂGE ?

- Je n'ai jamais dit le contraire, mais tu sais que ta position ne te permet pas d'accepter les cadeaux de n'importe qui.

- Et bien ce n'est pas n'importe qui.

- De qui est-ce alors ? Pas de cet humain j'espère, dit-il en me désignant d'un geste.

Crac dedans ! Touché coulé, faut que je trouve une combine ! Voyons, le coup de la religion ? C'est le même que j' ai servit à Lia, mieux vaut ne pas compliquer un mensonge après on oublie des trucs et sa vous retombe dessus.

- Si, il est de moi, mais c'est pour des raisons de croyances que je le lui ais remis.

Elle me lance un regard d'avertissement, presque assassin, mais faut sauvegarder le coup avant que l'hermaphrodite blond ne lui confisque son jouet.

- Des raisons de croyance ? Expliquez-vous.

- Voyez-vous, là d'où je viens il existe un rituel quand de longs ou périlleux voyages sont programmés, ce rituel consiste a attiré la clémence divine sur les gens du voyage et, pour ce faire, ils s'échange des anneaux bénis au préalable par une cérémonie sacrée. En l'occurrence, je ne suis pas extrêmement croyant, je dirais même que nombre de facettes de ma religion me semblent idiotes, mais on a tous nos petites manies, et j'ai demandé à votre sœur de bien vouloir se plier à ce rituel pour me rassurer moi. Ce qu'elle a fait avec beaucoup de gentillesse.

- Cela veut dire que vous possédez aussi un anneau ? intervient l'humain.

- Certes, dis-je en exhibant le mien.

Heureusement que j'avais mon anneau dans la même poche que ma main, sinon j'aurais dû encore fournir quelques explications.

- Votre anneau est différent du sien, remarque tout de suite l'elfe.

- Il existe un modèle pour les hommes et un autre pour les femmes. C'est l'un des côtés que je trouve absurdes dans ce rituel, mais je pense que s'il a été fait ainsi il devait bien y avoir une raison.

Nos deux interlocuteurs semblent peser mes réponses et je suis presque prêt à jurer que j'ai vu Lia croiser les doigts dans son dos.

- Ma foi, si ça peut te rassurer Legolas, je ne vois rien là d'interdit par le protocole non ? commente l'humain.

- Il me semble en effet que ça n'a rien de prohibé, mais je ne connais pas vos croyances maître Ignis. Seulement sachez ceci. Si ce rituel signifie autre chose ou que vous avez omis de préciser certains « détails », je vous jure que la maison de la Forêt Noire refusera de valider cet acte, et vous aurez alors affaire à moi et aux archers royaux.

- Nous n'en sommes pas là, commente Aragorn d'un ton qui semble conciliant. Mais sachez aussi que les rumeurs circulent plus vite qu'on ne le crois. Si vous vous « égarez » en chemin avec la sœur de mon ami, croyez-moi, je saurais toujours vous retrouver.

C'est moi ou bien ces types ne me font pas confiance plus que nécessaire ? Je crois que le mieux c'est de jouer la carte de l'imbécile heureux.

- C'est gentil à vous. Maintenant je peux me perdre en toute tranquillité, puisque de toute façon vous viendrez me chercher si c'est le cas.

Mon grand sourire semble les avoirs déstabiliser et mon petit air niais à l'air d'avoir dissipé certains de leurs soupçons. Mais il faudrait être un abruti fini pour croire qu'ils les ont définitivement rangés au placard.

- Dans ce cas, si nous ne nous revoyons pas, je vous souhaite un bon voyage, me fait Legolas d'un air déjà beaucoup plus chaleureux.

- Pareillement, dit le dénommé Aragorn avec un petit sourire en coin qui est à mon sens autant une menace qu'un souhait de bonne route.

Je ne suis pas très courageux, c'est sans doute pour ça que je suis sens qu'il est temps de sonner la retraite et de se replier en lieu sûr. Avec les deux zigotos qui attendent juste que je fasse un geste déplacé pour me faire voir trente-six chandelles, voir même bouffer les pissenlits par la racine, mon cerveau exige que je mette une distance de sécurité minimum entre ces deux-là et moi. En l'occurrence, quelques centaines de mètres me semblent approprié vu qu'aucun ne semble avoir d'arc ou autre objets qu'on balance à une certaine distance.

Je leur sers donc un « au revoir » poli et fou le camp pas trop vite pour leur faire voir que j'ai la pétoche, mais pas trop lentement pour leur laisser le temps de trouver une question gênante. Exercice qui se révèle plus difficile que prévu parce que j'ai une envie folle de prendre mes jambes à mon cou.

Quelque couloirs plus loin, au moment où je tourne le coin, je heurte une petite chose qui m'arrive environ au nombril. La chose tombe sur le derrière et les injures qu'elle pousse me font comprendre que ce n'est pas un Hobbit que je viens de renverser.

- Par la barbe de Durin, vous ne pouvez pas faire attention où vous allez humain ?

Il s'exprime avec un fort accent et une voix grave et profonde qui a tendance à rouler les « r » de manière peu commune. De plus, bien qu'il aie la taille d'un Hobbit adulte, il est trapu et possède une forte musculature sans compter une barbe rousse qui traîne presque par terre.

Si cette créature n'est pas un nain, je veux bien être pendu.

- Veuillez m'excuser monsieur, j'étais perdu dans mes pensées.

- Moi je suis perdu tout court, je ne comprends jamais la logique de ces constructions elfiques !

Il a une grosse voix, il se plaint des elfes, pas de doutes : c'est un nain.

- À mon avis, c'est une question d'habitude. Je ne crois pas vraiment qu'il y aie une logique quelconque à l'agencement de cet endroit. Sauf qu'ils ont eu au moins le bon sens de ne pas construire le quartier résidentiel à côté des cuisines, fais-je remarquer.

- C'est la base de l'architecture, convient le nain. Mais, excusez-moi, j'ai une conférence à préparer.

- Mais je vous en prie, au fait, je me nomme Faust Ignis.

- Et moi Gimli, fils de Gloin, maître nain. Bonne journée.

- Pareillement.

Gimli... Gimli, maître nain... Ça y est ! Gimli de la Montagne Solitaire. Je me souviens de lui. Le petit bourrin de service, toujours prêt à tordre le cou aux créatures de Sauron. Je le trouvais sympa dans le bouquin. En vrais, il n'a pas l'air méchant. Voilà un bon point.