En Route pour les Monts Brumeux

Le jour du départ est arrivé, et il était temps ! Je n'ai pas cessé de croiser le grand frère de Lia hier, et chaque fois j'ai eu l'impression qu'il n'avait qu'une envie : me faire passer par-dessus la rambarde et qu'on ne me retrouve jamais. Ce type a une mauvaise lueur dans le regard... à chaque fois qu'il me regarde dans les yeux, j'ai l'impression d'avoir insulté toute sa famille sans le savoir.

C'est pas parce que j'ai donné un anneau à sa frangine que j'ai des projets pour elle pourtant. En plus, j'ose même pas imaginer ce qu'il m'arriverait si il m'entendait penser.

Ce matin, Nirianeth est venue me dire au revoir, elle m'a aussi donné une petite bourse pleine de pièces en or, « pour le cas où ». Je suis plutôt un amateur de papier-monnaie, mais comme je ne pense pas que le billet de vingt balles que je traîne dans mon portefeuille me soit d'un grand secours, j'ai fourré la bourse dans une poche de mon sac. Je suis allé saluer Elrond et Gandalf ainsi que Bilbo qui a tenté de me radoter quelque chose, mais je me suis esquivé en prétextant que j'étais pressé. Mon paquetage n'est pas très imposant. Mais ce qui l'est, c'est le bouclier à l'emblème du faucon que j'ai accroché par-dessus. Je porte mon épée à la ceinture, vu que je ne voulais même pas entendre parler de me charger le dos encore plus. Les courroies de cuir me tirent un peu les épaules en arrière et ce n'est pas aussi confortable qu'un sac de montagne de chez moi, mais il est assez bien conçu pour que ce soit supportable. On nous a mis des chevaux à disposition pour le voyage, mais Lia m'a prévenu que nous devrons les tenir par leur longe pour traverser les montagnes car les chemins sont devenus très étroits depuis l'an passé et encore plus dangereux.

Heureusement que ma sœur a voulu faire de l'équitation à une époque, sinon je n'aurais jamais appris avec elle à monter à cheval et j'aurais été bien embêté.

Mais, alors que je suis déjà en selle, Lia en est encore à faire ses adieux. Je remarque tout de suite le grand frère qui couve sa petite sœur du regard comme un enfant attendri devant un poussin. Elrond et sa fille sont là aussi, mais toutes les conversations ont lieu en elfique et j'y comprends toujours que dalle.

Après une petite éternité d'attente, elle monte enfin sur sa monture et la met au trot d'un clappement de langue. Elle se retourne ensuite pour faire de grands signes de la main à ceux qui sont venu lui souhaiter bon voyage, ou du moins, je pense que c'est ça vu que j'ai pas la moindre idée de ce qu'ils se sont racontés. Nous nous dirigeons vers un portail en forme d'arche auquel deux gardes nous saluent de la tête. Puis, sortie du domaine elfique. Je réalise alors que je n'ai pas mis les pieds hors des murs de Fondcombe depuis que je me suis réveillé dans cette chambre où je viens de passer tout un mois. Une belle forêt au sous-bois dégagé parcouru par une brume matinale s'ouvre devant nous. Lia fait suivre un petit chemin de terre à sa monture, moi je me contente de suivre le mouvement et de laisser le cheval faire. D'habitude, je suis un fervent adepte de la marche à pied, sauf quand il s'agit d'un grand trajet, mais là ce n'est pas désagréable du tout de se laisser porter. En plus, vu que c'est même pas moi qui mène la marche, je peux laisser mon regard vagabonder à gauche et à droite. Je reconnais quelques races d'arbres, notamment les érables, les foyards (aussi appelés hêtres) et les pins parasols, pour ne citer qu'eux. Nous chevauchons toute la matinée sans dire un mot. Je passe tout mon temps à admirer le paysage ou a siffloter quelques petits airs qui me passent par la tête. Comme j'entame le second couplet de « Poison », la chanson de Groove Coverage, Lia s'arrête et se tourne sur sa selle pour me faire face.

- C'est joli ce petit air, est-ce un chant ? me demande-t-elle.

- Heu... Oui, pourquoi ?

- Je trouve cette... musique ? Entraînante.

Le contraire serait triste puisque c'est du rock.

- Oui, tu peux dire musique. Et il y a effectivement une chanson avec.

- Tu la connais ?

- Heu... Ouais, mais je crois pas que ce soit très approprié à ta... condition, si tu vois ce que je veux dire.

- Pour le moment, tes propos n'ont aucun sens à mes oreilles à moins qu'il ne s'agisse d'une chanson de taverne. Or, vu les trilles que tu sifflote, j'en doute.

- Ben... La chanson est quelque peu osée.

- À moins que tu ne la chantes, je ne peux pas vraiment me faire une idée.

- Je chante comme une casserole, tu me maudirais si je m'y mettais.

- Essaie toujours, on verra bien.

- Bon, mais je t'aurais prévenue.

Tu veux entendre ce que ça donne ? T'inquiètes pas, tu va être servie !

Je me racle la gorge un bon coup et tente, malgré mes piètres talents de chanteur, de donner une représentation correcte de la chanson.

- Et un, et deux et un, deux, trois quatre...

Your cruel device

Your blood like ice

One look could kill

My pain your thrill

I wanna love you, but I better not touch

I wanna hold you, but my senses tell me to stop

I wanna kiss you, but I want it too much

I wanna taste you but your lips are venomous poison

You're poison running through my veins

You're poison, I don't wanna break these chains

Your mouth so hot

Your web I'm caught

Your skin so wet

Black lace on sweat

I hear you calling and it's needles and pins

I wanna hurt you just to hear you screaming my name

Don't wanna touch you, but you're under my skin

I wanna kiss you but your lips are venomous poison

You're poison running through my veins

You're poison, I don't wanna break these chains

Running deep inside my veins

Poison burning deep inside my veins

One look could kill

My pain your thrill

I wanna love you, but I better not touch

I wanna hold you, but my senses tell me to stop

I wanna kiss you, but I want it too much

I wanna taste you but your lips are venomous poison

You're poison running through my veins

You're poison, I don't wanna break these chains

Poison

I wanna love you, but I better not touch

I wanna hold you, but my senses tell me to stop

I wanna kiss you, but I want it too much

I wanna taste you but your lips are venomous poison

You're poison running through my veins

You're poison, I don't wanna break these chains

Poison

Je termine mon dernier couplet et attends l'avis du jury. Et je ne suis pas déçu. Quand elle tourne finalement la tête vers moi, elle est rouge comme une pivoine.

- C'est effectivement osé, commente-t-elle mal à l'aise.

Vu la tête qu'elle tire, je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire. Car non seulement elle a les pommettes toutes rouges, mais en plus les oreilles aussi s'y sont mises. Je comprends bien mieux maintenant l'expression « rougir jusqu'aux oreilles » j'en ai un exemple vivant devant moi. Elle grogne quelque chose en elfique qui me fait beaucoup penser à « ho, ça va ! », ce qui me fait rire encore plus fort.

Je t'ai eue ma mignonne ! Quand j'aurais envie de rire, j'aurais plus qu'à lui servir quelques chansons dans le style. Je sens que je vais bien rigoler.

Je continue à siffler dans mon coin le reste de la matinée. Étrangement, elle ne veut plus savoir ce que c'est.

Dommage...

Vers midi, nous arrivons à un petit étang en plein cœur de la forêt et Lia nous fait arrête pour faire boire les chevaux. Elle m'adresse alors la parole pour la seconde fois de la journée.

- Veux-tu faire une pause maintenant pour manger quelque chose ou continuons-nous et nous arrêterons plutôt ce soir ? me demande-t-elle.

- Quelle est la solution qui nous fait perdre le moins de temps sur le trajet ?

- La seconde, mais une journée à cheval peut être plus éprouvante en une fois qu'en deux pour les cavaliers peu habitués.

- C'est vrais que je ne suis pas un cavalier accomplis, mais je préfère gagner du temps et en finir au plus vite.

- Comme tu veux, dit-elle en haussant les épaules.

Nous laissons boire nos montures encore quelques minutes, et c'est reparti. Progressivement, la composition de la forêt change, et vers la fin de l'après-midi, les érables et les pins ont disparus pour laisser la place aux sapins, même si on trouve encore pas mal de foyards.

En début de soirée, nous sortons de la forêt pour nous retrouver sur une petite plaine herbue parsemée ici et là de petits sapins courtauds. On voit les montagnes non loin de là et le soleil commence à se coucher derrière.

Lia fait tourner sa monture et me fait signe de m'arrêter.

- C'est ici qu'on s'arrête pour ce soir, dit-elle en descendant de sa monture. Restons en bordure des forêts, ce sera plus simple pour trouver du bois et allumer un feu.

Je me contente de hocher distraitement la tête car un spectacle que je n'avais encore jamais vu jusque-là accapare toute mon attention.

Un coucher de soleil entre les montagnes vient juste de se transformer en féerie de couleurs chaudes. Des tons partants du jaune foncé jusqu'au rouge sang se succèdent pour encadrer un soleil se couchant entre deux pic montagneux couverts de neige. Le spectacle est à vous couper le souffle.

- Faust ? Tu m'entends ? me demande Lia.

- Hein ? Quoi ? réponds-je en m'arrachant à contrecoeur du magnifique panorama pour la regarder.

- Tu regardais le soleil se coucher ?

- Ben... oui. C'est drôle, mais je ne me souviens pas l'avoir vu se coucher quand j'étais chez Elrond.

- C'est normal, il passe derrière les montagnes avant que ses couleurs ne changent.

- Ha...

- Tu sais allumer un feu ?

Elle me prend pour le dernier des incapables ? Ou bien sa question aurait un autre sens ? Ha !

- La question ne serait pas plutôt « tu sais allumer un feu sans faire flamber la forêt autour » ?

- Heu... Je ne pensais pas à ça à vrais dire.

- Bah ! Oui, je sais allumer un feu.

- Dans ce cas, dit-elle en sortant son arc du fourreau qui pend à sa selle et en le bandant rapidement, je vais aller rapidement voir si je ne trouve pas un peu de gibier.

- Pour faire quoi ? On a de la bidoche plein les sacoches.

- De la quoi ?

- De la viande si tu préfères.

- Je préfère, en effet. Mais, pour ton information, il est difficile de dire si nous aurons assez pour arriver jusqu'à chez moi même en faisant attention. Alors je préfère commencer à chasser maintenant que c'est encore facile plutôt que de devoir attendre d'avoir le ventre vide pour y songer. Un chasseur avec l'estomac plein est plus efficace qu'un chasseur à l'estomac vide. Premièrement parce que son ventre risque de le trahir en grognant comme un fauve affamé, secondement parce que la faim grignote rapidement la patience nécessaire à une bonne traque. Donc : je chasse maintenant.

- L'argumentation est irréprochable, je me plie face à la logique des choses, dis-je en faisant une petite courbette.

Mais merde ! Si elle commence déjà à courir les campagnes comme un chaton sans sa mère dès le premier jour, je fais comment pour avoir un œil dessus moi ?Bon, n'insistons pas pour le moment, ça paraîtrait suspect.

- Au bout de combien de temps dois-je m'inquiéter ?

- Si je ne suis pas de retour après l'apparition de la quatrième étoile, c'est que je ne serais pas là avant l'apparition de la sixième.

- ... Et en heures standard, ça donne quoi ?

- Et bien... C'est déjà plus compliqué à évaluer.

- Bon. Ben je vais essayer le système des étoiles, mais ne tarde pas trop.

- Oui père, me salue-t-elle avant de partir d'un petit rire moqueur tout en disparaissant dans le sous-bois.

- Des fois, je me demande si le tiens t'a assez botté le cul, grommelle-je à mon intention.

- Assez pour me rendre attentive à ce qu'il se passe autour de moi ! me lance Lia depuis l'intérieur de la forêt.

En plus elle a des radars à la place des oreilles. Ben mon vieux, t'es pas sorti de l'auberge !

Je ramasse les longes de nos chevaux et les attaches à un arbuste, manquerait plus que les deux canassons jouent la fille de l'air et que je me fasse traiter d'incapable par cette fille. Une fois cela fait, je roule quelques pierres pour former un cercle grossier et donne deux ou trois coups d'une sorte de petite bêche pour enlever un morceau de terre et faire un trou. Ensuite, je traîne autour pour ramasser du bois mort. J'ai de la chance, il a fait beau ces trois dernier jours. Le bois est bien sec, il brûlera facilement. J'en ramène quatre voyages de gros et deux de petit. Sans vouloir faire un feu d'enfer, je crois que j'ai déjà de quoi faire du bon feu. Je sors une petite hachette pour découper un peu les grosses branches et mettre ça en pile plus ou moins présentable, mais au moins plus pratique que si j'avais tout laissé en tas. La mousse sèche est facile à trouver dans le coin. Et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'obtiens une bonne petite flambée qui dévore joyeusement les morceaux de bois que je lui donne. Après je m'occupe des chevaux. J'avais appris à m'occuper d'un cheval en même temps que j'ai appris à monter, et les gestes sont visiblement les mêmes au Moyen-Âge qu'au début du vingt et unième siècle. Les outils sont un peu plus modernes à mon époque, mais la différence semble s'arrêter là. Je les brosse, puis les emmène boire au ruisseaux que j'ai repéré un peu plus loin en ramassant du bois. Ils n'ont pas très soif et je les ramène à leur arbuste où je les rattache et les laisse brouter les feuilles de leur geôlier. De retour à mon foyer avec les sacoches de selles, je vois que j'ai négligé mon feu et qu'il n'en reste que des braises. Pas grave, c'est encore relativement facile à faire repartir, mais je prends bonne note pour la prochaine fois de m'occuper d'abords des chevaux avant de m'occuper du feu. Je remets quelques bûches et étale ma couverture pas très loin pour pouvoir m'asseoir dessus. Je n'ai jamais aimé étaler un sac de couchage par terre, je trouve ça sale. Mais on m'a dit que de toutes façons ces couvertures avaient été prévues pour garder un minimum de poussière tant qu'on les étalais du bon côté. Le seul point dérangeant qu'il me reste, c'est que je n'avais pas la place pour emporter un oreiller. Faudra que je me contente de ma selle. Le temps n'a pas l'air de vouloir se couvrir, je ne sors pas les sortes de tentes qu'on nous a offertes et je m'étale en regardant le ciel.

Les alentours sont horriblement calmes. À part les chevaux, j'entends juste le vent qui fait siffler et grincer les petits sapins et autres arbustes à proximité. Dans le genre « ambiance qui fou sur les nerfs, » on y est pas tout à fait, mais on est franchement pas loin. La nuit tombe rapidement et les dernières ombres du crépuscule s'effacent rapidement. Puis, vient la première étoile et Lia n'est toujours pas là. Je consulte mon anneau et je sens qu'elle n'est pas si loin et que ses pensées sont le calme même. Pour un peu on pourrait croire que son cerveau est inexistant tellement y'a rien qui circule en surface. Un véritable supermarché fermé pour inventaire : des étagères pleines de trucs dont personne sauf elle n'a l'utilité avec de temps à autre un souvenir ou une impression qui fait surface. À croire qu'elle dort.

J'espère qu'elle ne va plus trop traîner. Si elle n'a rien trouvé, on tapera dans les réserves, pas plus grave que ça. Et en plus je préférerais éviter de trimballer douze kilo de bouffe et trois ou quatre kilos de flotte.

En attendant, j'essaie le truc des étoiles, sauf que c'est pas facile de se rendre compte quand elles sortent. Mais, je finit par repérer le première alors qu'il ne fait pas encore tout à fait nuit.

C'est long et j'ai la dalle !

Je farfouille un peu dans mes réserves pour me prendre une pomme à grignoter. Elles sont belles, rouges et juteuses les pommes qu'on trouve à Rivendell. C'est un véritable délice et comme j'en ai pas beaucoup je la savoure un petit moment. Mais quand je l'ai finit, la deuxième étoile est levée et toujours pas de traces de ma compagne de voyage.

Je vais vraiment finir par croire qu'elle s'est trouvé un coin pour pioncer ailleurs et qu'elle essaie déjà de me fausser compagnie.

Je « consulte » les pensées de l'elfe. Cette fois ça ressemble plutôt à une salle des cartes avec des lieux comme une clairière, un arbre avec une forme bien précise, un amas de rochers et autres trucs qui sont à la surface. Visiblement, elle cherche à s'orienter.

Pour revenir ici j'espère.

Mpn « radar à Lia » me dit que sans s'approcher de moi, elle ne s'éloigne pas. On dirait qu'elle décrit un large arc de cercle autour du camp. Dans quel but ?

Mystère et boule de gomme.

Je continue à scruter le ciel, de toute façon je n'ai rien d'autre à faire. La troisième étoile apparaît enfin, et toujours pas de signe. Décidément, elle commence à me faire chier à traîner comme ça. J'attends encore quelques minutes pour voir arriver la quatrième étoile. Et je me jure bien que si elle n'est pas là à ce moment-là je vais la chercher pour la ramener, qu'elle le veuille ou non.

D'un seul coup, j'entends un craquement derrière moi. Je sursaute et tente de me lever en même temps. Je me retourne juste à temps pour voir une masse touffue qui me fonce dessus au niveau du menton. Mes réflexes d'ancien joueur de badminton me font mettre la main devant mon visage pour rattraper ce que mon esprit a, à tort, considéré comme un volant. Non seulement ce n'en est pas un, mais en plus c'est beaucoup plus gros et plus lourd. Et pour couronner le tout on dirait un animal mort.

- Voilà le dîner, me lance joyeusement la voix de Lia. J'ai eu de la chance d'en trouver trois au même endroit. Sûrement un coin à l'abris des prédateurs.

Je regarde un peu mieux ce qu'elle m'a jeté. Ce sont des lièvres, de jeunes et appétissants levreaux. Enfin, ils sont quand même un peu grands pour êtres considérés comme des levreaux. De jeunes lièvres serait plus juste. Je remarque aussi qu'ils sont vidés de leurs entrailles.

J'ai jamais aimé les travaux de boucherie, et c'est pas parce que grand-papa avait des lapins, des poules et des canards que j'appréciais l'aider à en faire du ragoût.

- C'est mon rôle de les faire cuir ? demande-je avec circonspection.

- Si ça ne te dérange pas, répond-t-elle en rangeant son arc dans le fourreau de sa selle.

Si je pouvais éviter, je préférerais. Mais comme je suis relativement difficile sur la manière de manger du lapin, mieux vaut que ce soit moi qui le fasse.

Je sors mon couteau et entreprends de débarrasser le repas de sa peau quand je remarque un truc qui me semble pas tout à fait normal : Lia semble être en train de se déshabiller.

Je m'arrête un moment pour m'assurer que je n'ai pas la berlue ou des hallucinations. Mais ce n'est pas le cas. Lia est vraiment en train de se foutre à poil !

- Tu fais quoi là ? dis-je d'un ton mi-scandalisé mi-nerveux.

Elle se tourne vers moi l'air surprise, comme si je venais de poser une question stupide dont la réponse se trouve juste sous mes yeux. Sauf que si c'est ça la réponse qu'elle me donne, je sens que je vais aller me faire un autre feu un peu plus loin.

- Je retire mes vêtements, répond-t-elle le plus naturellement du monde.

- Je l'avais remarqué, mais dans quelle intention ?

- Pour aller me laver. J'ai du vider ces trois lièvres et en plus j'ai mis pas mal de temps à les trouver et j'ai dû revenir rapidement pour éviter d'être en retard. Je ne sens vraiment pas bon, donc je vais me laver au petit ruisseau plus loin.

Logique. Faust, réfléchis un peu plus longtemps avant de poser des questions idiotes.

- Ha... Tu vas quand même garder quelque chose sur toi pour aller au ruisseau non ? Ou bien tu as l'intention de courir la montagne flambant nue ?

- Parfois je te trouve un peu grossier Faust, réplique-t-elle sèchement.

- J'ai quand même le droit de m'inquiéter non ? Si ton frangin nous as suivis et qu'il te voit te promener dans cette tenue, je vais me faire égorger sur place. Tu n'as déjà plus que ta chemise et cet espèce de pagne sur le dos. Excuse-moi, mais j'ai de quoi être inquiet.

- Mais non ! Premièrement parce que mon frère ne nous a pas suivis et secondement parce que je vais aller me laver comme ça et que je vais en plus emporter mon épée. Tu n'as aucune raison de t'en faire.

T'as oublié de mentionner que je suis un mec, et qu'en l'occurrence je ne suis pas fait en bois. Voir des filles se balader dans cette tenue quand en plus elles sont franchement pas dégueu, voir même quasiment jolies, ça me met dans tous mes états. FAUST CALME-TOI !

Je cesse de la fixer avec mes grands yeux de merlan frit et me tourne autant que possible pour m'occuper de ma cuisine. Mais mes mauvaises habitudes me font quand même tendre l'oreille quand je l'entends s'éloigner.

Arrête de te faire des scénar à la noix. Tu ne dois pas la toucher. Ou alors un minimum ? NON PAS DU TOUT ! Réveille toi ! Hé ho Faust, ici la terre. Arrête de te faire des films... ET SURTOUT PAS DES COMME ÇA ! Tu risques ta peau dans cette histoire. Elle doit avoir la peau douce en fait... MAIS MERDE ! QU'EST-CE QE J'EN AI À FOUTRE !

Pendant les minutes qui suivent, il est très difficile pour moi de me concentrer sur mes rongeurs. Et avec tous ce qui me passe par la tête, le foutu frangin aurait de quoi m'exécuter sur place une bonne douzaine de fois. Je suis ralenti à tel point que je viens à peine de mettre les prises de Lia sur la broche que je taille dans un petit arbre quand elle reparaît avec une sorte de serviette-éponge autour du cou, des habits propres sur le dos et une brassée de linge humide sous le bras.

Je constate qu'en plus elle a fait sa lessive.

C'est à peine si j'arrive à me concentrer sur ce que je fais, je manque même de me couper un doigt. Je finis quand même par faire cuire les lièvres à la broche. Le dîner manque cruellement des assaisonnements dont j'ai pris l'habitude, mais bon, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Elle ne fait pas un commentaire de tout le souper, ce qui me va parfaitement. Mais au moment de se coucher, c'est moi qui soulève des commentaires quand je la vois étendre sa couverture à côté de la mienne.

- Excuse-moi, mais tu compte dormir ici ?

- Oui, Pourquoi ?

Parce qu'on a pas arrêté de me bassiner les oreilles depuis que Gandalf a dit que je devais partir avec toi comme quoi je ne devais même pas songer à te toucher et voilà que tu viens te coller à moi. Y'a quelque chose de pas logique, non ?

- Ce ne sera pas plus logique de te mettre de l'autre côté du feu ? Tu aurais plus de chaleur.

- Pas autrement, parce que le feu finira de toute façon par s'éteindre et les nuits sont froides en cette saison. Mieux vaut se coller à une source de chaleur qui tiendra toute la nuit, et en l'occurrence, les meilleures sources de chaleur sont nos propres corps. Donc, il vaut mieux dormir aussi proche l'un de l'autre que possible.

Le raisonnement est logique, même s'il me convient moyen. Je la laisse se coucher et je tente de m'endormir aussi.

Cette nuit, je découvre deux choses. Premièrement : Lia a le sommeil agité. C'est tout con, elle reste pas en place dix minutes. Secondement : Bien qu'elle n'aie pas un physique de top model, je fais comment pour dormir avec une fille aussi jolie qui se tortille à même pas un mètre de moi ?

Comment il disait le Ranger dans « Le Donjon de Naheulbeuk » ? « C'est pas facile de dormir à côté d'une allumeuse. »

Surtout que je dois me retourner toute les cinq minutes pour la recouvrir et elle a gardé que sa chemise. Enfin, pour ce que j'en ai vu, elle a que ça sur le dos.

Moralité, je passe une nuit de merde, tourmenté par des rêves plus que gênants et réveillé plusieurs fois par l'elfe qui trouve toujours le moyen pour se rouler sur moi, malgré le fait qu'elle dorme. En bref, le soleil n'est pas encore debout que j'ai déjà renoncé à continuer d'espérer roupiller. On a emporté un peu de pain, mais je me sens pas vraiment d'humeur à me faire des tartines. Je grignote une pomme en passant et je ranime le feu. Autrement, je traîne un peu dans le secteur. Je jette un coup d'œil aux chevaux, je remplis ma gourde, des trucs dans le genre... Quand à Lia, elle dort comme une bienheureuse jusqu'au moment où le soleil lui éclaire les yeux. Là, elle daigne enfin se lever. Je remarque un détail juste à cet instant, elle a noué ses cheveux derrière sa nuque avant de dormir. Je me demande pourquoi je remarque des trucs pareils en fait.

- Tiens, déjà debout ? remarque-t-elle en baillant. Je ne me souviens pas que tu te levais avec les poules chez le seigneur Elrond.

- D'ordinaire j'aime bien paresser au lit le matin, mais pas quand j'ai un caillou qui me laboure le dos.

Et un boulet plutôt joli et bien fait qui a tenté toute la nuit de me dormir dessus.

- Ha ? Tu n'as pas de chance, moi je n'avais rien de dérangeant. J'ai même plutôt bien dormi.

Grande nouvelle, je suis confortable.

- Je te sors un truc à manger ?

- Non merci Faust, je ne mange que rarement au saut du lit. Je grignoterait quelque chose plus tard dans la matinée.

- Tant mieux, on gagnera du temps dis-je en me dirigeant vers les montures que je commence à seller.

Lia s'habille et plie son bagage bien plus vite que je ne l'aurais cru. En fait, j'ai tout juste finit de mettre ma selle en place te je viens de soulever la sienne qu'elle est déjà en train de remettre ses sacoches de selle sur sa jument.

- Et bien ! On peut dire que ça ne traîne pas de faire ses valises avec toi, dis-je après avoir sifflé admirativement.

- Merci, mais je suis plutôt longue à plier bagage vu le nombre de choses que j'emporte.

Elle est longue ? J'ai bien fait de me lever tôt ma parole, sinon je me serais fait traiter de limace.

Elle m'aide à seller son canasson et nous nous remettons en selle. Direction : Les monts Brumeux.