Escarmouche

- Tu es sûr que tu ne veux pas qu'on s'arrête Faust ? me questionne Lia.

- Nan !

- Mais, je te jure que tu as la tête de quelqu'un qui a déjà un pieds dans sa tombe.

- La faute à qui, dis-je en marmonnant de telle sorte qu'elle ne l'entende pas.

Depuis près de d'une semaine que nous sommes partis, un gamin de maternelle qui vient a peine d'apprendre à compter doit pouvoir le faire jusqu'au total du nombre d'heures que j'ai réussis à pioncer. Alors je pense qu'il est normal que je tire une tronche de déterré. Heureusement que c'est le cheval qui fait tout le boulot, parce que ce matin c'est à peine si j'ai réussi à soulever ma selle pour la lui carrer sur le dos. En plus je suis tellement fatigué que j'en ai plus faim. J'ai grignoté comme un oiseau ces derniers jours. J'ai l'estomac dans les talons, des cernes sous les yeux grandes comme des peintures de guerre, un teint pâle à faire peur, une fatigue capable de faire dormir un insomniaque et une humeur à faire fuir l'ours le plus mal léché que la terre aie jamais porté. Bref, je suis le compagnon rêvé pour partir en vacances. Décidément, plus vite on sera arrivé, mieux je me porterais. Cette nuit, j'ai même songé à la laisser me dormir dessus tellement j'en avais marre de devoir la remettre à sa place. Je l'ai quand même remise dans ses couvertures, va savoir pourquoi.

- Au moins, mange quelque chose.

- Pas faim.

- Mais par les Valars, tu étais censé venir avec moi pour m'escorter et non l'inverse.

- C'est vrais ? C'est fou ce qu'on peut oublier en sept jours !

Ça fait deux heures que je fais ma tête de cochon et elle n'a pas encore explosé, franchement je lui tire mon bonnet. Sauf que vu la température, je vais le garder sur la tête plutôt.

- Faust, tu commences gentiment à me faire sortir de mes gonds avec tes réponses idiotes. Je m'inquiète de ta santé et toi tu m'envoies dans les roses.

- Et j'espère que tu t'y piqueras !

Elle tire brusquement sur les rênes de son cheval et l'arrête en travers de la route.

- Tu fais quoi maintenant ? C'est pas encore l'heure du bivouac.

- Nous n'irons pas plus loin tant que tu ne m'auras pas expliqué ce qui ne vas pas. Et continuer à te défiler ne nous feras perdre que plus de temps.

V'la aut'chose... J'aurais dû camper sur mes positions quand j'étais à Fondcombe. Au moins ça ferait une semaine que je dormirais correctement. Les femmes et leur foutue envie de tout comprendre !

- J'attends, me dit Lia en haussant les épaules.

- Tu risques d'attendre encore longtemps, dis-je en tirant sur les rênes de ma monture pour lui faire contourner l'obstacle.

Elle se tourne et attrape la bride de mon étalon, ce qui le stoppe net.

- Lâche ça avant que je devienne méchant, dis-je en tentant de prendre un air menaçant.

- Dans ton état tu ne serait pas capable de faire du mal à une mouche.

Elle marque un point. Question point de vue physique, je ne suis même pas sûr de rester sur mes jambes si je descends de selle. Mais en l'occurrence je commence vraiment à en avoir ma claque de cet expédition. Et c'est pour quoi je me montre mauvais joueur. Je sors mon arbalète, la bande sous ses yeux, met un carreau dans la rainure et la braque droit dans sa direction. Elle est bien assez intelligente pour comprendre que la menace est réelle et que ce truc a autant, sinon plus, de puissance que son arc à cette distance. Et elle n'a pas de cotte de maille qui pourrait arrêter la flèche.

Et maintenant idiote, tu vas faire quoi ?

- Lâche cette bride.

Elle avale difficilement. Je crois même qu'elle se demande si je le ferais vraiment. Je sens presque la tension monter. Difficile de juger quand on a passé qu'une semaine avec moi et que, ces trois dernier jours, je lance un regard assassin à tout ce qu'on me désigne. Mais elle resserre son étreinte sur la bride. Elle croit que je ne le fera pas.

Je me demande quelle tête elle ferait si je lui collais le carreau dans l'épaule.

Je serre aussi ma main sur mon arme, comme si j'allais tirer. Je vois ses yeux braqués sur le projectile et je les vois s'arrondir. La tension monte de plusieurs crans. Je la sens prier dans sa tête. Elle en appelle à un type que je ne connais pas pour que je baisse mon arme. Je garde mon arme en place et tente quand même de lui faire lâcher prise rien qu'au bluff. Mais je peux sentir qu'elle ne cèdera pas.

Je pousse un grand soupir et écarte mon arme de sa direction. La tension se relâche immédiatement. Elle aspire bruyamment, je n'avais pas remarqué qu'elle retenait son souffle.

- Désolé, je suis un paquet de nerfs ces derniers temps, dis-je en grognant.

- Pendant un instant j'ai vraiment cru que tu allais tirer avec ton arc étrange. Mais qu'est-ce qui t'as mis dans cet état ?

- Manque de sommeil.

Pourquoi je lui lâche ça en pleine face ? Faut croire que j'ai plus envie de me payer des frayeurs comme celle d'il y a un instant. Elle est pas la seule à avoir cru que j'allais tirer.

- Manque de sommeil, s'étonne-t-elle.

- Ben oui, je dors mal.

- C'est le fait de dormir dehors ?

ALORS ÇA C'EST LE COMBLE !

- Non madame, c'est parce qu'avant de partir tout le monde m'a dit que je finirais dans une boîte en chêne six pieds sous terre si je te touche pendant le voyage. Jusque-là je peux comprendre, je suis moi-même très protecteur avec ma propre sœur. Mais voilà, depuis qu'on est parti tu dors à côté de moi et qui plus est, en tenue légère. Or, il se trouve que tu as le sommeil agité et que c'est gênant pour moi.

- Gênant ? Pourquoi ?

- Parce que tu es plutôt une jolie fille et que je ne suis pas fait en bois. Alors quand tu viens te coller contre moi, je suis tellement excité que je n'arrive pas à m'endormir et quand finalement j'y arrive, primo j'ai tellement la frousse de ce que je pourrais trouver au réveil qu'il suffit que tu remue pour que je me réveille et secondo, quand c'est plus le soir mais le matin très tôt, je n'arrive plus à m'endormir. Moralité de tout ceci, je dors peu, mal et ça se répercute sur mon appétit. Voilà mon problème !

- En gros, le problème c'est moi, constate-t-elle d'un ton qui me laisse à suggérer qu'elle est outrée.

- Tu m'enlèves les mots de la bouche ! Si au moins tu bougeais pas un cil quand tu dors.

Elle me tourne le dos et remet sa monture au trot d'un clappement de langue. Je donne un petit coup de talon dans le flanc de la mienne pour la faire suivre.

Elle me tire la tête toute la journée et ne dit pas un mot. Je suis de plus en plus persuadé que je l'ai vexée. Et le pire c'est que je m'en fous. Je fais quand même un petit effort pour moi et mange plus que d'habitude à la petite pause de midi. Depuis deux jours, elle insiste pour qu'on s'arrête à midi. Sans doute parce que si je ne mangeais pas au milieu de la journée, je m'effondrerais. Et une chute de cheval est la dernière chose dont j'aie besoin.

Mais au bivouac, les choses se passent différemment. Premièrement, elle rajoute un paquet de grosses bûches sur le feu, et deuxièmement, elle s'installe de l'autre côté avec sa couverture. Sans un « bonne nuit » elle se tourne de l'autre côté et s'endort.

Moi, je passe encore quelques minutes à pester contre les filles qui boudent avant de me glisser dans mes couvertures. Je suis tellement fatigué que j'ai à peine fermé les yeux et me voilà déjà au pays de Morphée. Pour la premièrement fois, je passe une nuit formidable et je fais un long et agréable rêve qui me tient en haleine jusqu'au matin.

Même après déjeuner, elle me tire encore la tête. Elle dit plus rien et en plus elle fait tout pour regarder ailleurs que dans ma direction au point que ça en devient ridicule. Avec ma bonne nuit de sommeil et le petit déj' que j'ai avalé, je sens ma bonne humeur revenir au triple galop. Décidément, elle m'avait manqué celle-là. Je prête plus attention à ce qui m'entoure que le reste de cette semaine où je me contentai de fixer le dos de Lia avec des envies de meurtres plein la tête. Le paysage est devenu beaucoup plus aride, même si il est vert partout, il n'y a plus un arbre à l'horizon, juste de l'herbe et une sorte de buisson qui pousse au ras du sol. Les montagnes s'élèvent comme autant de crocs déchiquetés sur notre côté droit et leur sommet est couvert d'un beau manteau blanc. Je remarque aussi quelques oiseaux dans le ciel, des aigles je présume, qui tournent à gauche et à droite. Je jette un coup d'œil sur les collines alentour, tout est si calme et seule le vent fait ondoyer le tout de temps en temps. Et un peu plus bas j'aperçois...

C'est quoi ce truc ?

Presque aussi vite que je l'ai aperçu, « ça » disparaît derrière une autre colline un peu plus loin.

Je tire sur les rênes de ma monture pour la faire s'arrêter et se tourner pour me donner un meilleur angle de vue. Je continue à guetter mais ce que j'ai entraperçu ne me dit rien qui vaille.

On aurait dit un gros chien. Sauf que vu la distance, le clebs doit être monstrueux. J'espère que je me fais des idées... Là !

Je viens de voir reparaître le truc. Je ne me suis pas trompé, ça ressemble à un gros chien, genre croisement avec un grand danois et un lion avec une crinière hirsute. Et je réalise que le truc est loin d'être tout seul.

Trois... Non, quatre ! Plus deux... Encore un... trois autres... On dirait que c'est tout. Mais ça fait quand même dix de ces choses. J'ai un putain de mauvais pressentiment. Et y'a pas besoin de jumelles pour remarquer que ces trucs viennent vers nous drôlement vite.

- Lia ? Lia je crois qu'il faut qu'on parle, dis-je d'un ton quelque peu nerveux.

- Pour présenter tes excuses ? Il est un peu tard non ?

- C'est pas vraiment à ça que je songeais.

- Dans ce cas, nous n'avons rien à nous dire.

- Je crois que si, y'a une meute de quelque chose qui nous fonce dessus.

Elle tire d'un coup sur ses rêne et fait faire volte-face à sa monture pour me toiser de tout son haut. J'ai l'impression qu'elle ne m'a pas cru.

- Faust, il n'y a rien ici de dangereux. Sinon Ataridel m'aurait prévenue.

- C'est qui ? Ton petit doigt ?

- C'est ma jument, idiot. Elle peut sentir l'odeur des créatures de l'ennemi de très loin.

À ce moment, son canasson commence à trépigner et ma compagne de voyage semble lever ses oreilles pointues très haut.

- Des wargs ! s'exclame-t-elle juste assez haut pour que je l'entende.

- Elle retarde ta jument, dis-je à moitié cynique, ça fait deux bonnes minutes que je les ai repérés tes... « wargs ». Et à l'œil nu qui plus est.

Elle me jette un regard assassin qui veut sans doute dire « pas la peine de me faire remarquer quelque chose que je savais déjà ». Mais elle semble se calmer aussi vite.

- L'heure n'est pas au plaisanteries douteuses, il faut se trouver une position défensive.

- C'est dommage, j'ai oublié mon bunker chez moi.

- Ton quoi ?

- Non rien, t'entends quoi par position défensive ?

- Un endroit d'où il serait facile de contenir l'assaut de plusieurs loups géants, environs deux à trois fois plus gros que leurs congénères normaux.

-Voilà qui a pour mérite d'être clair. Mais je ne vois rien que des collines et quelques amas de rochers à perte de vue.

- Dans ce cas, on se contentera de ce qu'on a, dit-elle en faisant virevolter sa monture dans la direction de l'amas rocheux le plus proche avant de la lancer au galop.

Je lance ma monture à sa suite avec un temps de retards. Cependant, j'ai beau la talonner, il me semble que la jument de Lia s'éloigne de plus en plus de la mienne, ce qui laisse à supposer que son cheval est plus rapide que le mien. Mais en tournant la tête, je constate que les wargs opèrent une spectaculaire remontée sur nous.

C'est pas bon, c'est pas bon, c'est pas bon !

Tâtonnant sur le côté de ma selle, je parviens à tirer mon arbalète de son fourreau et à glisser, avec force problèmes dus aux cahots, un carreau dans la rainure.

En me tournant vers ma gauche, je vois arriver le mufle écrasé du premier wargs. Les autres ne sont pas loin derrière et tous arrivent à une vitesse spectaculaire sur nous.

Mon dieu qu'il est laid ! J'en voudrais pas un à la maison même contre tout l'or du monde.

Je me serais attendu à de telles capacités d'accélération avec une moto ou une voiture, pas avec une bestiole pareil.

Si ça se trouve, il est capable de faire des pointes à 101 kilomètres heures comme le guépard.

Je réalise alors que je suis en train d'étudier un animal qui est venu pour me bouffer. Je ne peux m'empêcher de me traiter d'idiot et d'incapable avant de reporter toute mon attention sur ma cible et le moyen de la toucher.

Faut que je fasse gaffe au vent et au fait que ça partira pas forcément droit devant.

J'épaule mon arme et assure ma visée aussi bien que je le peux en restant couché sur ma selle pour éviter de me faire désarçonner. Et je presse sur la gâchette. La vitesse à laquelle l'arc se détends et la puissance avec laquelle le carreau part sont époustouflant. Autrement plus impressionnant qu'un bête fusil. Mais le résultat va au-delà de mes espérances. Je loupe la tête. Bon, je m'y attendais un peu. Mais le carreau va se ficher dans l'épaule droite de ce machin qui était presque arrivé au même niveau que moi. C'est assez spectaculaire : le grand méchant loup est parti cul par-dessus tête à une vitesse qui lui permettait de rattraper mon cheval au galop.

Waow ! C'est violent à cette vitesse ! Comme dans « Rasta Roquette » : « C'est pas qu'on se casse la gueule en Bobsleigh. On se l'éclate ! »

Je me mets à sourire comme un petit effronté. Normal, je viens de réussir un coup de chance sans précédent dans mon histoire. Ce qui ne m'empêche pas de tirer un nouveau carreau de mon carquois et de recharger mon arme.

Je me retourne alors pour viser ma prochaine victime quand j'entends un truc me siffler aux oreilles et vois une sorte de trait flou me passer à quelques centimètres du visage. Plus poussé par les réflexes que par la logique, je regarde dans la direction vers laquelle est parti le projectile et je vois un nouveau warg s'effondre avec une flèche en pleine tête.

Sacrée Lia ! Elle m'avait caché qu'elle était aussi bonne au tir à l'arc.

Mais même si notre situation s'améliore, nous sommes toujours à deux contre huit, sans compter que le mien pourrait revenir dans la course s'il ne s'est pas cassé quelque chose avec la gamelle monumentale qu'il vient de se prendre.

On verra ça plus tard, pour le moment le mieux à faire est de s'arranger pour qu'il nous en tombe le moins possible sur le râble quand on arrivera aux rochers.

Il ne reste que trois wargs à ma gauche. Je jette un coup d'œil de l'autre côté, mais n'en vois que quatre.

Sept bébêtes ? Il en manque une.

Un nouveau sifflement retenti et un autre warg s'effondre avec une flèche plantée dans le bord du cou.

À moins que Lia n'en ait déjà dézingué deux en plus du mien et de celui-ci.

Je décide de compter les points plus tard et vise le plus proche du côté droit. Cette fois je mets moins de temps à décocher mon carreau, mais je n'atteins que le flanc de l'animal, ce qui le fait certes perdre de la vitesse, mais n'est à mon avis pas suffisant pour lui faire des dégâts importants.

Vise mieux si tu tiens à revoir le soleil se lever !

J'encoche une autre flèche dans mon arbalète et jette un coup d'œil de chaque côté pour déterminer quelle créature est la plus proche. La remontée effectuée par les affreux de gauche est allé bien plus vite que je ne l'aurais cru. Il faut que je traite de ce côté en priorité si je veux avoir une chance de m'en sortir.

Sauf que le warg semble l'avoir compris aussi et oblique sa trajectoire vers mon canasson au même moment. J'épaule aussi vite que possible et attends qu'il ne soit plus qu'à un peu moins d'un mètre pour tirer. Cette fois je lui carre mon projectile en pleine tronche et il part dans une série de tonneaux à vous renverser l'estomac.

Au suiv...

Je sens un grand choc sur mon flanc droit et suis littéralement catapulté hors de ma selle. Par chance, mon pied est resté coincé dans l'étrier et j'arrive à me raccrocher au pommeau de ma selle d'une main. Mon autre main tiens toujours mon arbalète, mais elle ne me sert à rien dans la position où je me trouve. Mon cheval oblique du côté où je suis accroché et un des warg qui nous poursuit incurve sa course pour me choper au vol. De toute évidence si je n'improvise pas rapidement on parlera de moi au passé dans moins de dix secondes.

Fait chier !

Je ne veux pas lâcher mon arme vu qu'elle ne sera probablement pas réparable facilement et remonter en selle maintenant serait trop long. Tant pis, je sors mon pied de l'étrier et lâche ma prise sur le pommeau.

La chute est tout sauf agréable. Premièrement je me prend le sol de dos et l'inertie me propulse dans la direction que suivait ma monture.

J'ai suivis des cours d'Aïkido quand j'étais petit, mais je n'étais de loin pas doué. Sauf pour les sauts roulés et les réceptions. Je me met en boule autour de mon arme et attends un petit moment que le dérapage soit suffisamment ralenti pour me déplier et stopper net ma course.

Mes premières pensées sont pour établir un diagnostique de ma condition physique. Mon dos me brûle, sans doute à cause du frottement au moment de l'impact et ma nuque grince quand j'essaie de faire un mouvement de tête. Les bras semblent aller même si les épaules refusent de me laisser tranquille et me rappellent que je leur en ai demandé beaucoup. J'ai très mal au ventre car je me suis planté la crosse de mon arbalète dedans en roulant et je ne sens plus ma jambe blessée par le gobelin à partir du genou. Ma tentative afin de la bouger se solde par un échec. Je ne suis plus capable de me servir de ma jambe droite à partir du genou en direction du pied.

Soit je me suis cassé le Tibia, soit le problème se situe au niveau des connexions nerveuses de la colonne vertébrale et je ne marcherais plus jamais comme avant.

Mais ce n'est pas le moment de m'occuper de ça.

Ma seconde priorité est de jeter un œil sur ce qu'il est arrivé pour mon cheval. Comme je le prévoyais, le loup géant est rentré dedans à pleine vitesse et l'a renversé sous son poids. Mais il m'a manqué et ça pourrait bien lui coûter la vie.

Je plonge ma main dans mon carquois et en rattrape un carreau qui, au touché, me semble bizarre. Un simple coup d'œil me fait comprendre que le bois a cassé au moment de la chute et que ce doit être e cas de beaucoup d'autres. Mon arbalète vient d'être mis hors course à moins de servir de masse ou d'objet de lancer.

Je suis pas dans la merde !

Un truc bouge du côté de mon cheval, et ça grogne par la même occasion.

Je n'ai pas le temps de chercher un éventuel carreau en état. Je laisse tomber mon arme pour dégainer mon épée et décrocher mon bouclier qui est resté dans mon dos depuis que nous sommes partis. Autrement dit, ma main droite plonge vers ma ceinture et la poignée de la lame tandis que mon bras gauche se replie dans mon dos pour attraper l'attache du bouclier. Seulement, mon adversaire ne me laisse pas le temps de finir et, surgissant de derrière la masse effondrée qui m'a servi de monture pendant une semaine, le loup géant me charge et me percute de front moins de trois secondes plus tard. Je suis projeté sur le dos presque un mètre plus loin avec le warg qui s'appuie de tout son poids sur moi.

Je n'ai eu le temps de sortir que mon épée, et encore le choc manque de me la faire lâcher, tandis que mon bras gauche, encore replié dans mon dos au moment de ma chute, émet un craquement inquiétant et une souffrance sans nom fuse à travers et traverse mon épaule comme une lance brûlante et me fait hurler de douleur. La seconde d'après je sens les griffes de mon agresseur se planter dans mes épaulières de cuir qui, fort heureusement pour moi, ne les laissent pas pénétrer dans ma chair.

Comme par miracle, je réussi à rester plus ou moins lucide malgré ma situation, sans doute grâce à la poussée d'adrénaline provoquée par la douleur. Je sens mon bras cassé qui git à côté de ma tête avec la main coincée entre le bouclier et le sol tandis que mon bras tenant mon épée a été emportée sur le côté, et est donc libre de mouvement.

Je n'ai jamais essayé de soulever ma lame dans ce genre de situation, mais la peur donne des ailes, et dans mon cas, des forces. En plus cette saloperie m'a fait VRAIMENT très mal et cette peur à tôt fait de se muer en fureur. Je frappe de toutes mes forces sur le côté de la gueule du warg. Hélas, le coup n'est pas assez puissant pour causer des dommages réellement importants, mais sa tête dévie sur le coup et un stupide réflexe de conservation le fait sauter en arrière. J'arrive à me tourner sur mon dernier bras valide, mais je n'irais sans doute pas plus loin. Je vois le loup géant secouer la tête, sûrement pour se remettre les idées en place, et me fixer d'un regard mauvais. Un sifflement retenti à cet instant et une flèche se plante dans l'œil du warg qui sursaute à nouveau et couine de douleur.

Je tourne la tête et vois Lia arriver au triple en train de bander son arc dans la direction de mon assaillant. Mais ce dernier semble en avoir assez et saute dans ma direction. Le bras sur lequel je m'appuie est également celui qui tient mon épée, mais cette fois je ne vais le laisser s'en tirer comme ça. Je bande mes muscles et me relance sur le dos tout en levant mon épée pointe en avant. Le résultat est immédiat : Mon épaule hurle au déboîtement, mais ma lame traverse la boîte crânienne du warg qui s'effondre sur moi, secoué de spasmes. Cette fois je sens ma conscience vaciller. S'il reste des wargs, je suis foutu. Autant s'évanouir si c'est pour se faire bouffer vivant. Au moins je n'aurais pas à souffrir plus longtemps.