ENCORE UNE FOIS DANS UN DRÔLE D'ÉTAT
La bonne nouvelle, c'est que je ne suis pas mort.
Quand je le pourrais, je toucherais du bois.
La mauvaise nouvelle pourrait se traduire par cette impression récurrente d'être ballotté dans un grand huit alors que j'ai une migraine à se cogner la tête contre les murs. Sans compter la nausée qui me tient au ventre chaque fois que je monte dans un de ces trucs et l'impression qu'une partie de mes membres sont en morceaux.
Pitié, que quelqu'un m'achève tout de suite et qu'on en parle plus !
Mais il semble que personne ne soit là pour m'entendre car le calvaire continue tout le temps que je suis encore au seuil de la conscience.
Je n'ai aucune idée du temps que je passe ainsi, sans pouvoir ouvrir les yeux et juste assez conscient pour avoir mal, mais pas pour le faire savoir. Avec le temps, je finis même par m'habituer à cette douleur et penser un peu à autre chose, des limbes de mon cerveau embrumé je tire des souvenirs pour les examiner comme un joaillier qui regarderait des gemmes sous sa loupe. Je redécouvre, avec un étonnent détachement, l'une de mes premières bagarres de masse à l'école primaire. Ça avait été une sacrée échauffourée, mais je ne parviens pas à me souvenir si c'est celle-là qui m'a vu rentrer avec un œil au beurre noir ou une épaule luxée. Un autre souvenir passe sous la loupe, je dois avoir douze ans et je suis en train de déballer ses quatre vérités à un professeur particulièrement fier et peu compétent. Ça m'avait valu un aller simple pour le bureau du directeur. Et le plus drôle c'est qu'on a papoté sur n'importe quoi pendant toutes mes heures de colle. Ha ! Un autre souvenir, Je viens de fêter deux cents vingt-sept ans et je me suis fait remarquée par un jeune elfe à qui toutes mes copines essaient de faire du charme... Une seconde ! C'est pas à moi ça !
Elle pourrait laisser traîner ses souvenirs ailleurs quand même ! Y'en a qui aimeraient bien inspecter les leurs en paix.
Passons, voyons le suivant... Grand frère Légolas est en train de me consoler parce que j'ai cassé mon premier arc... Bon... J'ai pas de chance au tirage moi. Un autre, de moi de préférence. Alors... La première fois que j'ai embrassé un gar...
Si j'étais en train de consulter un livre ou un journal intime, on pourrait décrire ma réaction par le fait que je me dépêche de claquer l'ouvrage.
Je croyais qu'il ne fallait pas la toucher, mais visiblement quelqu'un ne s'en est pas privé... Et il a quelle gueule le bellâtre au fait ?
Finalement, je crois que je vais regarder ce souvenir, juste comme ça. Et puis, qui sait... Ça peut toujours servir.
Gni, hi, hi, hi, hi, hi, alors... Ben... Il est où ce souvenir ?
Alors ça c'est le comble ! Pour une fois que je voudrais voir les souvenirs de Lia, je tombe plus que sur les miens. Et quand je veux pas les voir, ils viennent m'encombrer le champ visuel.
Mais que fait la logique ? Elle roupille ? Tiens ? C'est quoi ça ?
Devant moi, on dirait qu'un point brillant est apparu.
Serais-je en train de clamser et c'est le « long tunnel » ou je ne sais trop quoi qu'il y a après la mort ? Mes blessures étaient graves à ce point ? J'ai jamais entendu parler d'un mec qui soit mort à cause de quelques os brisés... Enfin, si, mais les côtes avaient perforé les poumons. Ce n'est quand même pas mon cas ?
Brusquement, je sens quelque chose de bizarre. En fait, je ne « sens » pas vraiment quelque chose. Le verbe plus juste serait « ressentir » quelque chose. Et je ressens comme un vent de soucis saupoudré de peur et de tristesse.
Y'a quelque chose qui cloche ! Je veux bien admettre que je me fait légèrement du soucis à l'idée que je sois en train de passer l'arme à gauche. De même, j'avoue volontiers que ça me fait peur. Mais je ne suis pas triste ! Enfin si, peut-être un peu... Beaucoup en fait...
Et voilà que du désespoir vient s'ajouter au mélange.
Ha non ! Cette fois j'en suis sûr, je ne suis pas désespéré. Résigné, mais pas désespéré. Mais alors, d'où ça sort ça ?
À questions stupides, réponses stupides : je ne suis pas le seul à penser dans mon crâne et il n'y a qu'une seule autre possibilité.
Lia ! Qu'est-ce qu'il lui arrive ?
Je tends mon esprit, ou alors, on vas dire que j'essaie de trouver le sien pour y lire clairement ce qu'il s'y trame. C'est plus difficile à trouver que dans mon souvenir, mais je finis par trouver. Ce que j'y découvre me sidère. Je vois une image de moi, allongé sur une sorte de brancard fait avec des branches mal taillée qui ne doit pas avoir la cote au niveau confort. Mais ce qui me mets plus mal à l'aise, c'est le gros pansement autour de mon crâne. Sinon, j'ai une attelle au bras et à la jambe, des bandages sur le torse et une sorte de crème sur les quelques ecchymoses qui balafrent mon visage.
Hé bé ! « Le retour de la momie III, Faust en Terres du Milieu ». On peut dire qu'il m'en arrive des bricoles depuis que j'ai débarqué ici. Le jour où je vais rentrer à la maison, personne va me reconnaître !
C'est assez dépaysant de se regarder à travers les yeux d'un autre. Mais, en voyant ça, je me dis que je suis aussi bien d'être inconscient. Réveillé, ça doit faire un mal de chien.
La configuration des sentiments de l'elfe commence à changer, on ressent de la panique maintenant.
C'est ma situation physique qui doit la mettre dans cet état... C'est clair que si j'ouvre plus l'œil, y'a de quoi se faire du mouron.
C'est drôle de penser ça, parce que ça m'est parfaitement égale. De là où je suis, ça pourrait tout aussi bien être le corps d'une autre personne. Et non le mien.
Et si je restais ici ? On est bien ici, et en plus on peut fouiner dans des souvenirs intéressants.
Mais il semble que quelqu'un soit d'un tout autre avis. Soudainement, je sens quelque chose me tirer. C'est plus fort que moi, je suis emporté vers cette sorte de point blanc que j'ai vu tout à l'heure. J'ai l'impression d'enfiler une combinaison percée, desséchée et douloureuse. La lumière se fait plus intense, avant d'être brusquement obscurci. Je réalise que j'ai les yeux entrouverts.
Dommage, j'étais bien dans ma tête. À l'abri de cette souffrance.
L'ombre en question se révèle avoir des contours assez précis, bien qu'ils me semblent quand même flous. Elle se rapproche ou s'étend, pour ce que j'en sais, au point de bloquer encore plus la lumière de mon champ de vision.
Ça tombe bien, elle me faisait mal aux yeux.
L'ombre commence à se préciser, j'entrevois des couleurs à présent. Une sorte de tache rouge pétant couvre les deux tiers de l'ombre. Je plisse les paupières pour essayer d'ajuster ma vision, mais autant essayer de prendre de l'eau dans une passoire. J'entrevois tout juste une sorte de tache dorée qui entoure une autre tache couleur crème avant que mes paupières ne décident soudainement qu'elles en ont assez fait pour le moment et se referment.
J'émerge lentement, par étapes. Ce n'est pas simple de revenir à l'état conscient après une période prolongée dans les vapes. La première chose que je sens, c'est que je suis transbahuté sur une sorte de civière à l'équilibre instable dont les bouts inférieurs doivent racler le sol. Malgré tout, je suis bien au chaud. Je dois être enroulé dans une couverture. J'ai chaud au visage, donc il fait sûrement jour et il y a du soleil. Je m'attendais à pire du côté de mon bras et de ma jambe, mais pour un peu, je pourrais presque croire que je me suis juste cogné contre quelque chose. Je bouge un peu histoire de voir à quel point c'est possible. Apparemment, tous mes membres sont opérationnels et plus ou moins en bonne condition. J'ai les lèvres gercées et je m'en rends compte quand je passe compulsivement ma langue dessus pour les humidifier. Et surtout, j'ai un vide sidéral dans l'estomac. Je sens que je pourrais bouffer l'intégralité de ce qu'on nous avait donné au départ. Et les sacoches avec !
Bon, assez lambiné. Il est temps de voir à quoi ça ressemble dehors.
J'ouvre les yeux d'un coup, et je fais sursauter Lia qui me regardait depuis sa selle.
- FAUST !
Aïe ! Pas si fort ! Mes pauvres oreilles !
- Moins forts, dis-je en grognant. Mal aux tympans.
J'avais raison. Pour avoir pour soleil, ça y'en a ! Un énorme soleil tout rond qui me brille en plein dans la figure. À se demander comment j'ai pu rester assoupi jusqu'à maintenant.
- Faust, ça va ?
- Couci-couça. J'ai l'impression d'être passé sous une presse.
- Une... Une presse ?
- Mouais... Un truc dans le genre.
- La couverture est trop serrée ?
Je lève la tête pour regarder un peu comment elle a agencé mon transport. C'est pas con, mais c'est rudimentaire. Elle a dû couper trois branches, les mettre en triangle, combler le trou au centre avec d'autres branches et beaucoup de feuilles. Ensuite, elle a attaché l'un des coins du triangle à l'arrière de sa selle et pour finir, elle m'a enveloppé dans une couverture et passé une corde autour pour me maintenir en place.
Où qu'il est mon canasson ?
- Non. La couverture, ça va. Mais il est où mon cheval ?
- Mort, les wargs lui ont sauté dessus en espérant t'avoir.
- Tu les as tous tués ou bien certains se sont enfuis ?
- Aucun n'a survécu.
Je digère l'information. Autrement dit, j'en ai tué trois et ralenti deux. Lia en a tué cinq et achevé deux visiblement.
C'est pas glorieux, mais c'est mieux que rien pour une première fois.
Je regarde mon bras et constate qu'il est encore entre deux bouts de bois. Bouger la jambe m'apprend qu'elle est aussi sous attelle.
Lia remarque mon manège et m'explique que j'ai eu de la chance car il ne s'agit que de deux fractures. Elle me signale également qu'une chute de cheval à cette vitesse aurait très bien pu me tuer.
- J'avais pas tellement le choix. C'était ça ou finir dans le ventre de l'autre monstre.
- Là n'est pas la question. J'ai eu la peur de ma vie quand je t'ai vu tomber de selle.
- Mouais, dis-je en tâtant le bandage autour de mon crâne.
Je me demande bien pourquoi elle m'en a mis un, je ne me souviens pas avoir été touché à la tête par les sales cabots de la dernière fois.
- C'est pourquoi ça ? dis-je en désignant le bandage du doigt.
- Heu... C'est... Une petite erreur de ma part.
Une « petite erreur » ? Elle entends quoi par là ?
- Tu peux préciser s'il te plaît ?
- Hé bien... C'est-à-dire que...
C'est moi ou bien elle est en train de se métamorphose en pivoine ?
Je cligne des yeux pour les éclaircir, mais ma vue semble ne pas avoir de défaut. Elle a bel et bien le rouge qui lui monte aux joues.
Bon, je suis vivant et entier, je ne vais pas faire un fromage de ce petit bobo.
- Laisse tomber, lui dis-je devant sa gêne évidente. J'ai pas envie de le savoir pour finir.
Ses épaules semblent se détendre, comme si on venait de lui enlever un sac monstrueusement lourd d sur le dos. Je me demande vraiment qu'est-ce qu'elle a fait, mais je ne crois pas que ce soit le bon moment pour lui poser la question.
Mon estomac choisi ce moment pour pousser un grondement à déclencher des avalanches. Un silence gênant suit cette déclaration d'affamé, puis Lia se met à rire comme une bossue. Je ne sais pas si c'est mon air grognon ou son simple bon sens qui la font réfréner son rire au point que ce ne soit plus qu'un gloussement, mais le fait est qu'elle se calme après le premier regard qu'elle me jette.
- Comment cela maître Faust ? Vous désirez faire halte pour vous restaurer ? me taquine-t-elle.
Je la fusille du regard en entendant cette remarque. Mais, devant l'évidence de ses propos, je ne peux qu'acquiescer.
Elle m'adresse un grand sourire et remet sa monture en route d'un clappement de langue. On ne va visiblement pas s'arrêter tout de suite. J'ai pu remarquer, lors de mon examen sommaire de mon nouveau moyen de transport, que mes sacoches son attachées dans le coin en bas à droite avec ma gourde. Je me contorsionne pour l'atteindre et finis par réussir à la porter à ma bouche. L'eau est légèrement fraîche et elle ne m'a jamais paru aussi bonne. Mais à peine la première gorgée avalée, je sens des vertiges me saisir au point que je me dépêche de me rallonger et de fermer les yeux.
Voilà ce qui arrive quand on joue les héros...
Le ballottement constant n'est pas pour améliorer ce nouveau mal, mais je sombre dans le sommeil un peu malgré moi. Je pense que je peux compter sur ma coéquipière pour me réveiller quand ce sera l'heure de manger.
J'ai l'impression d'avoir fermé les yeux depuis seulement dix minutes quand Lia me secoue par l'épaule pour me réveiller. Le décor est toujours aussi rocheux, mais un renfoncement dans la montagne a créé une zone plate où elle nous a arrêté.
- Bien dormi ? me demande-t-elle d'un ton taquin.
- Sais pas. Ça fait combien de temps que je pionce ?
- Deux bonnes heures.
Tant que ça ? Ben mon vieux, ton horloge interne aussi accuse le choc.
- Ha... Quand est-ce qu'on mange ?
- Quand on aura pris le temps de déballer notre nourriture. Mais je ne suis pas sûre qu'il soit très approprié de te laisser te remplir l'estomac tout de suite.
- V'la autre chose. T'es guérisseuse en plus de faire partie de la famille royale ?
- Il y a un dicton qui court chez les elfes comme chez les hommes. Il dit « des mains de rois sont des mains qui guérissent ».
Hein ? C'est quoi ça encore pour du baratin ? Une mauvaise excuse pour m'affamer ?
- Veuillez me pardonner, votre excellence, mais il me semble que votre dicton parle de « roi », ce qui signifie « souverain légitime et masculin ». Donc, moi je mange !
On dirait que mon commentaire ne lui a pas fait plaisir du tout. Elle m'adresse un regard digne de la chanson « elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue ». Mais son visage exprime tout autre chose, on dirait même qu'elle sourit.
- Ho, très bien messire Faust. Vous voulez donc manger ? demande-t-elle d'un ton si froid que j'ai l'impression que du givre vas recouvrir toute la zone autour d'elle.
- Heu... Sur le ton où c'est proposé j'ai beaucoup moins envie d'un coup...
Faut pas que j'oublie que la dernière fois que je l'ai provoquée dans un état de faiblesse avoisinant celui-ci, elle m'a envoyé dans le coma.
- Vous êtes sûr que vous n'avez plus faim ?
Son sourire carnassier m'inciterait volontiers à tenter de me carapater si je n'étais pas attaché à mon brancard.
- J'en suis absolument sûr. Mais alors là, plus certains que ça ce n'est pas possible !
- Fort bien.
Son regard perd son éclat assassin et son sourire disparaît, ce qui me rassure un peu. Elle s'éloigne pour aller farfouiller dans ses sacoches. L'idée de la bouffe qui me passe sous le nez incite mon estomac à grogner comme un fauve en colère. Je m'empresse de penser à autre chose, mais tout ce à quoi je pense me ramène à des idées de nourriture et déclenche une véritable symphonie de sons en provenance de mon ventre où règne un vide sidéral. Si bien que quand Lia se tourne vers moi, je me tourne de l'autre côté.
- Faust, tu es un drôle de personnage. Depuis que j'ai entendu parler de toi, tu dois avoir passé les trois quarts de ton temps alité à pester contre tout et n'importe quoi quand on ne te laisse pas faire ce que tu veux.
J'ai rien à répondre à ses propos et ça m'agace au plus haut point.
Je l'entend s'approcher de mon lit improvisé et s'y asseoir sur le bord.
- Tiens, dit-elle en me tendant quelque chose dont l'odeur me fait penser à de la viande séchée.
- Pas faim, dis-je en grognant.
Affirmation immédiatement démentie par mon estomac.
Je l'entends alors pousser un soupir horriblement las. Je lui jette un coup d'œil intrigué et tombe en arrêt. La jeune femme si vive que je connais semble avoir disparu pour laisser place à une autre personne sur qui les siècles de son existence commencent à peser lourdement. Je la savais au moins tricentenaire, mais c'et la première fois que son apparence me rappelle son âge. Et son expression me donne envie de croire qu'elle porte toute la misère du monde sur ses épaules.
- Excuse-moi, Faust, me dit-elle à ma grande surprise d'une voix atone. J'ai tendance à m'enflammer rapidement quand on me fait des remarques dans le genre « ce n'est pas pour les filles », « Si tu avais été un garçon »... Mais je n'ai pas choisi ! Je dois toujours me plier au protocole alors que mon frère peu errer par monts et par vaux. Je suis sans cesse surveillée alors que lui, on lui lâche la bride sous prétexte que c'est un garçon. J'ai dû me battre sans cesse pour faire ce que j'avais envie, et on continue encore de nier que je vaux largement un mâle de ma race...
C'est quoi ça ? Je suis devenu psychologue sans le savoir ? Y'a écris « déballez-moi votre vie » sur mon front ?
- Heu... De quoi tu parles ?
- Je m'excuse de t'avoir vexé. Mais, comprends-moi. Tu le seul qui m'a regardé comme étant une personne comme les autres. Les autres me voient comme une femme, une princesse, une amie ou une sœur... Comme une fille de bout en bout. Alors que toi, dès le premier jour, tu n'a pas mâché tes mots. Tu as vu d'abord une personne avant de voir une femme et tu m'a dit exactement ce que tu pensais. Je ne m'en suis rendu compte que bien plus tard, que derrière l'affront de tes paroles, cette manière de s'exprimer m'avait fait plaisir.
Ha... Je dois l'insulter à chaque fois que j'ouvre la bouche pour lui faire plaisir ? C'est pas du masochisme ça ?
- Donc... Tu t'excuse de m'avoir mis de mauvaise humeur, c'est bien ça ?
Elle hoche la tête, sans répondre.
Je ne sais plus où me mettre moi d'un coup.
Que faire ? Que dire ? Je ne sais pas... Essayons à l'envers ! Quoi ne pas faire et quoi ne pas dire ? Alors, on vas éviter de l'envoyer sur les roses, je ne suis pas en état de supporter des représailles. Mais comment je fais pour qu'elle ne croie pas que je n'en ai rien à faire de son histoire ?
Je me torture ainsi l'esprit pendant plusieurs dizaines de secondes quand la miraculeuse réponse me saute aux yeux. Je me penche pour prendre le boute viande qu'elle tient et je lui dis « merci ».
Comme ça, elle ne pourra rien me reprocher ! Et toc !
Elle me jette un regard vide, comme si elle venait de réaliser ma présence. Je me demande si elle veut contrôler que je mange en plus. Sans un mot supplémentaire elle me tend un bout de pain qu'elle tenait dans son autre main. Tant mieux, je trouvais aussi que la viande séchée toute seule ça faisait un peu frugal. J'engloutis le tout à grosses bouchées sous les yeux de Lia qui ne me quitte pas du regard. Elle me tend juste ma gourde quand j'ai fini de manger et je comble un peu le vide de mon estomac en buvant beaucoup, ce qui apaise quelque peu mes maux de tête. Comme je me recouche sur ma civière, elle me stupéfie complètement en s'allongeant à côté de moi. Je la considère d'un œil effaré tandis que ses yeux ne quittent pas les miens.
- Mais... Qu'est-ce que tu...
- Chut, me dit-elle. J'aimerais rester comme ça juste un petit moment.
Elle se pelotonne tout contre moi et ferme ses grands yeux bleus.
Moi de mon côté, je prie tous les dieux de ma connaissance pour que son frère ou quelqu'un qui le connaît ne vienne pas à passer fortuitement dans le coin. Je suis encore trop jeune pour mourir.
