LE SAUVETAGE HASARDEUX
Je n'avais encore jamais vu ça. Dès que j'ai eu donné à ce nain suffisamment de tabac pour qu'il se bourre une pipe, non seulement c'est devenu une vraie pipelette mais en plus on dirait qu'il est au bord de l'extase. Remarque, je peux comprendre, étant donné que je dois aussi avoir un certain taux de nicotine dans les veines et que passer en dessous me donne l'irrésistible envie de fumer.
Ma première peur passée, je me suis demandé ce que ce petit bonhomme fichait ici. Mais une fois installé avec sa pipe au bec, il m'a raconté toute une histoire comme quoi il aurait suivi un certains « Balin » dans cet ancien royaume nain afin de le reprendre aux gobelins. Mais leur tentative de reprise ne fut couronnée de succès qu'au début et, après avoir brièvement repris l'exploitation de la mine, des milliers de ces « petites créatures puantes » leurs seraient tombés dessus les forçant à se replier toujours plus loin dans leur royaume. Finalement, il avait été séparés de ses congénères lors d'une embuscade et était tombé dans l'un des nombreux gouffres de la mine. Il lui avait ensuite fallu plusieurs jours une fois sorti de son trou pour rejoindre ce qu'il croyait devoir être l'ultime ligne de défense naine. Mais il n'y avait trouvé que des morts et, en suivant les cadavres, il était finalement arrivé dans la seule salle de ce royaume souterrain où la lumière du jour parvenait à s'infiltrer. Il y avait découvert la tombe de leur meneur et bref seigneurs de ces couloirs. Depuis, il avait erré dans l'immense dédale de cet endroit pour chercher la seconde sortie du royaume. Mais arrivé devant il s'était rendu compte qu'il ne savait pas comment l'ouvrir et avait alors rebroussé chemin. Les multiples détours qui lui avaient alors été forcés par la présence grandissante des gobelins dans les environs l'avaient amené près de cet endroit appelé « l'observatoire » d'où il avait alors senti à la fois un courant d'air frais et une bouffée de fumée qui trahissait une personne en train de fumer, ce qui n'était jamais le cas des gobelins. Il s'était alors avancé discrètement jusqu'à ce qu'il me voie et me demande gentiment de quoi fumer. Même si, dans son cas, on parlerait plutôt de cheminée à défaut de fumeur. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un tirer de telles bouffées sans rouler sous la table. Et, le temps qu'il ait fini son récit, il en était déjà en train d'achever sa quatrième pipe, adossé à son sac qui lui fournissait une légère isolation à la fraîcheur du mur.
- Voilà un récit pour le moins rocambolesque, dis-je sur le ton d'une personne impressionnée.
- Il n'y a malheureusement pas de quoi en être fier, me repris le nain de sa grave voix rocailleuse. J'aurais préféré mourir auprès de mes semblables plutôt que d'errer dans ses murs qui semblent vouloirs devenir ma prison.
Franchement, je préfère ne pas avoir à choisir.
Je jette un coup d'œil à Lia. Mentalement c'est toujours aussi désespérant que visuellement. Une statue serait plus expressive.
- Il y a un problème ? demande le nain.
- Et un gros. J'ai été chargé d'accompagner un messager et celui-ci est froid comme un glaçon depuis que nous sommes tombés ici. J'ai eu beau l'enrouler dans quatre couvertures, rien n'y fait.
- Il vous faut faire un feu. S'il n'a plus de chaleur à l'intérieur de lui, vous pourrez lui enrouler autant de couvertures que vous voudrez sans pour autant le réchauffer votre messager. Il lui faut une source de chaleur extérieure.
- Vous voyez de quoi faire un feu vous ?
- C'est vrais que la prochaine réserve de bois n'est pas à proprement parler « accessible » avec deux douzaines de gobelins qui tournent autours. Il vous faudrait, au minimum, dix nains pour espérer réussir une opération de cette envergure.
- Dans ce cas, je me débrouille comment ?
- Enfin, il vous reste quand même deux sources de chaleurs sous la main en cet instant.
- Ha ? Lesquelles ?
- Vous et moi. Nos corps produisent leur propre chaleur. Et c'est amplement suffisant à condition qu'il n'y aie pas trop de vêtement entre vous et lui pour stopper les échanges de température. En plus, avec un feu, vous risquiez de le réchauffer trop brutalement et faire lâcher son cœur. C'est déjà arrivé à de vieux nains de ma connaissance. Et je vous jure que, même quand ça part d'un bon sentiment, quand le résultat c'est une personne morte de chaud alors qu'elle était en train de mourir de froid, les autres trouvent ça ironique, mais vous, vous vous sentez plutôt mal.
Attends, il me propose de me foutre à poil et d'aller me coller contre elle là !
Le nain semble remarquer mon air ahuri car il hausse les épaules et reprends.
- C'est vrai que ça peut paraître inconvenant, mais vous n'avez pas d'autres solutions.
Des clous ! Je vais me faire buter si je fais ça ! Je suis peut-être un peu fou, mais pas au point d'échanger ma vie contre la sienne ! Qu'elle se trouve une autre poire !
- Si ça vous trouble à ce point, je peux le faire pour vous. À titre de remerciement pour ce tabac si généreusement offert.
Alléluia ! Merci seigneur d'avoir mis sur mon chemin l'homme... pardon, le nain de la situation.
Le voilà d'ailleurs qui se lève et se dirige vers mon accompagnatrice en débouclant son manteau. Mais arrivé tout près d'elle il s'arrête et semble se raidir.
Quoi ? Quelque chose ne va pas ?
Le nain se penche pour examiner l'elfe puis fait demi-tour et me fixe d'un regard furibond.
- C'est vexant ! Déclare-t-il tout d'un coup.
- Pardon ?
- Votre messager, c'est une elfe.
- Et alors ?
- Je préfère crever plutôt que d'aider un elfe, qu'il soit mâle ou femelle.
- Hein ? Mais... Et la proposition de me rembourser ce que vous avez fumé par ce petit service ?
- C'est pour ça que c'est vexant. Je vous ai proposé mon aide et je ne peux décemment pas la reprendre, mais mon code personnel est en total désaccord avec l'acte que cela sous-entend.
En voilà du langage de juriste. Tous ces grands mots pour dire simplement « ça m'emmerde de sauver une elfe, même si je l'ai promis ». En attendant je viens de replonger dans la merde. Mais pourquoi seigneur faut-il que j'affronte ça ? J'ai fait quelque chose qui vous a déplu ? C'est parce que je ne vais jamais à la messe le dimanche alors que mes parents sont catholiques ? C'est parce que je suis allé regarder du porno sur Internet alors que j'ai que dix-sept ans ? Vous chipoteriez pour quatre mois ? Non en fait deux et demi si on compte le temps que j'ai passé ici.
L'idée du porno fait ressurgir des images qui sont la dernière chose dont j'ai besoin étant donné que je risque de me retrouver dans le même sac qu'une fille. Et qui plus dans le plus simple appareil.
- Je suis navré, me dit le nain en reboutonnant soigneusement son manteau. Pour compenser je vous offre mon amitié éternelle et mes services sur toute la durée qu'il vous conviendra, tant que cela n'ira pas à l'encontre de mes principes.
Son expression change quand il croise mon regard. Je ne sais pas ce qu'il voit et je m'en contretorche. Mais il a l'air de me prendre en pitié.
- Je sais que c'est dur de devoir veiller sur ces grandes perches d'elfes fragiles comme du noisetier encore vert. Vous méritez tout mon respect pour avoir réussi à arriver jusqu'ici sans l'abandonner en chemin. Ce simple fait montre que vous êtes un humain d'une grande patience et d'une bonté sans bornes. Si cela vous dérange tant de la remettre sur pied, nous pouvons aussi la laisser là et les gobelins s'en chargeront. D'ici quelques mois, il ne restera sûrement plus assez d'elle pour prouver qu'elle était morte de froid avant qu'ils ne la trouvent. Ces petites créatures puantes sont quelques peu cannibales.
À ce prix-là autant que je ne sorte jamais d'ici. Et encore, je ne suis pas sûr que ça arrêtera l'autre taré blond. De ce que j'en ai vu et entendu, il serait près à sauter dans un volcan en éruption pour sauver sa petite sœur bien-aimée.
Mais bon, je cogite pour rien vu que j'ai pas le choix. Au moins, je pourrais plaider que c'était pour une bonne cause si ça venait à s'apprendre un jour.
Le nain ne dit rien quand je me lève et prends un air grave quand il me voit commencer à déboutonner ma veste. C'est fou, mais au final, cette impression de monter à l'échafaud au fur et à mesure que je retire mes vêtements me coupe toute envie ou pensée mal placée. J'hésite encore une fois arrivés à mes derniers habits avant mes sous-vêtements, mais ce n'est pas une hésitation qui dure. La minute suivante, je me glisse dans les couvertures.
- Désolé de te déranger gamin, mais tu crois pas que tu as oublié un petit détail ? me dit le nain sur un ton ironique.
Je me tourne vers lui sans comprendre. Ça doit se voir dans mon regard parce qu'il pousse un soupir exaspéré digne de ceux de mon professeur avant qu'il ne nous traite de bande d'ignares.
- Y'a pas que tes habits qui font barrage, y'a aussi les siens.
Logique, ce qui est vrais dans un sens l'est aussi dans l'autre. Donc il faut que je... IL FAUT QUE JE LA DÉSAPPE ?
Et moi qui croyais avoir rangé les pensées folichonnes au placard, ben les voilà qui ont trouvé le moyen de forcer le passage. J'aurais préféré faire ce genre de truc avec ma petite copine. Au moins ça aurait été voulu des deux bords.
Seulement j'hésite, je tremble, je ne me décide pas vraiment à m'y mettre jusqu'à ce que le nain se carre en face de moi à côté de l'elfe avec un air paillard.
- Ça, c'est un truc où je vais t'aider bien volontiers...
Avant que j'aie eu le temps de dire quoi que ce soit, mon petit compagnon a saisi mon sujet de préoccupation à bras le corps et fais sauter les boutons de ses vêtements en triant depuis le col.
- Hé ! Elle va mettre quoi après ?
Mais pourquoi je me soucie de ça moi ?
- T'inquiètes pas va, je vais lui recoudre son foutu linge.
Et il continue à massacrer le reste des habits sans vraiment se préoccuper de moi, sauf pour me traiter de chanceux quand il lui retire sa chemise et me faire remarquer qu'elle est « plutôt bien mise ». Je dois avoir viré au rouge à cette remarque, mais il ne l'a sûrement pas remarqué, trop occupé qu'il est. Ça semble même l'amuser follement. Il chantonne en bossant et n'hésite pas non plus à la retourner dans tous les sens au point que j'ai l'impression de voir un marchand de bestiaux en train d'évaluer un animal qu'il s'apprête à acheter. Il n'est satisfait que quand elle n'a plus rien sur elle et me la jette littéralement dans les bras.
- Tiens, v'la de quoi t'amuser mon gars.
- Je n'ai pas l'intention de « m'amuser ».
- Pourquoi ? Je peux me retirer si c'est ma présence qui te dérange.
- Non c'est pas ça.
- C'est quoi dans ce cas... Ou alors... Attends, elle est vierge ?
- Hein ?
- Dans ce cas, je comprends un peu mieux. C'est vrais que ça laisse des traces de laisser le chat aller au fromage.
Le chat ?... fromage ? Quel est le rapport entre les deux ?
- Le chat aller au fromage ? Ça veut dire quoi ?
- Hé bien, c'est évident non ?
Au regard que je lui décoche, il doit se rendre compte que ça ne me dit strictement rien.
- Ben dis donc, t'es jamais sorti de ta cambrousse toi. Si je te dis « amener l'abeille à la fleur » ?
J'ai peur de comprendre...
- Toujours rien ? Bon, dans ce cas j'en ai fini avec les allusions fleuries. « Amener l'étalon à saillir la jument, culbuter la belle, conclure dans le foin, etc... » tu comprends cette fois mon garçon ?
Il déconne là non ? Il s'imagine quand même pas que je vais en profiter pour me faire Lia ?
- Pourquoi tu fais une figure pareille ? semble-t-il s'étonner. C'est quand même pas le fait que j'énonce un truc que du as certainement déjà dû faire de temps à autre ? Si ?
Je me tape des filles de temps à autre... Grande nouvelle. Même moi j'étais pas au courant. Comme si j'avais que ça à foutre.
Le nain semble comprendre à cet instance ce que mon silence sous-entends.
- Ou bien... Tu n'as pas encore...
Là, il commence à me tirer une tronche de six pieds.
- T'as encore jamais trempé ton biscuit ?
C'est quoi encore ces sous-entendus à la con ?
- Je ne suis pas sûr que c'est de la même chose dont on parle, mais je vais y répondre à ma manière. Cette situation est pour moi inédite car je n'ai encore jamais eu l'occasion d'en provoquer une semblable.
C'est assez alambiqué pour toi pépé ou bien faut que j'en remette une couche ?
- Non ? T'as jamais trouvé une fille dans ton village ou ta campagne qui te plaisait assez pour ça ?
- Là n'est pas la question, je ne me suis jamais intéressé au sujet.
- Ha bon ? Tu devrais ! La moyenne d'espérance de vie des humains est d'une quarantaine d'années dans le meilleur des cas. Et ça c'est encore dégradé depuis que le Mordor a repris son activité. Je n'ai plus les chiffres en tête, mais si tu veux avoir le temps de voir grandir tes gamins, tu ferais bien de t'y mettre. T'as quel âge ? Entre quinze et dix-sept ans ?
- J'en ai dix-huit. J'en aurai dix-neuf en mars prochain.
- Dix-neuf ans ! s'exclame-t-il ébahi. Tu es fiancé au moins ?
- Non pourquoi ?
- Ben mon petit gars, si tu te trouves pas une bonne petite vite fait, tu vas rester célibataire le reste de tes jours. Et, normalement, tu devrais être marié depuis bientôt un an selon les standards humains. Les petits devraient être en route pour au plus tard l'an prochain.
Mais c'est quoi ce plan-là ? Je ne suis pas un étalon dont on prévoit les saillies au fur et à mesure que les juments sont en chaleur !
- Je ne suis pas fiancé, je n'ai pas de copine et n'ai pas le projet d'en avoir avant mes vingt ans passés, âge auquel j'aurais terminé ma formation.
- Si tu attends tout ce temps, tu ne trouveras plus grand-chose. Je ne suis pas très au courant des relations entre les humains, mais il me semble que plus des trois quarts des ménages se forment entre seize et dix-neuf ans et encore, il me semble bien avoir entendu que, la plupart du temps, le mariage est consommé vers les dix-huit ans.
- Ben là merci, mais pas pour moi. Et je n'ai pas l'intention de changer mes plans.
- Comme tu voudras gamin, je te prévenais juste c'est tout.
- Dans ce cas, c'est fait, les choses sont clairement dites.
Le nain n'en rajoute pas, se contente de ramasser la pile de fringues qu'il a déchiquetée tout à l'heure et va s'asseoir plus loin, dos à moi avec la torche.
Et moi si je veux de la lumière, je fais comment ?
Mais il ne semble pas s'en soucier et se met, à mon grand étonnement, à sortir un petit matériel de couture pour rapiécer les habits déchirés.
Tout à ma discussion, je remarque à cet instant qu'il a juste posé mon accompagnatrice sur les couvertures sans la couvrir.
Mais quelle plaie ce nain !
C'est quand je la recouvre que la proximité de son corps commence à devenir gênant. En plus, je dois faire attention à pas la saisir n'importe comment pour éviter de m'embarrasser moi-même.
- Si tu veux la réchauffer, faut pas rester à trois pieds d'elle, me lance le nain sans se tourner vers moi.
Même en gardant à l'esprit que c'est pour la sauver, c'est encore plus gênant car ne n'ose ni la toucher ni trop m'approcher. Et pour couronner le tout, elle est froide comme de la glace, ça me donne pas vraiment envie de me coller contre étant donner que les couvertures sont déjà pas chaude, chaude.
- Si tu te colles pas, y'aura aucun échange de chaleur, continue de m'asticoter le nain depuis son coin.
Mais tu me fais chier, tu le sais ça aussi ? Bon allez, là c'est marre, j'y vais.
Je finis bien par comprendre que si je m'y mets pas une bonne fois pour toute, je le ferais jamais.
Comme un nageur qui s'apprête à piquer une tête je prends mon souffle et je l'enserre d'un coup tout contre moi. Je le regrette immédiatement. J'aurais dû y aller plus progressivement pour me permettre de m'habituer à la différence de températures entre nous. Mais maintenant que je la tiens, c'est pas pour la lâcher tout de suite. Je serre les dents et me crispe un peu contre elle pour me forcer à étaler le plus de surface chaude contre elle.
Et c'est là que ça commence à devenir long. Au début je me suis plus focalisé sur la fraîcheur de son corps, mais maintenant qu'une sorte d'équilibre de température s'établi peu à peu entre elle et moi, je commence tout de suite à trouver le temps vraiment long. Au bout d'un moment, le nain revient me faire la conversation. Nous échangeons nos noms et j'apprends finalement qu'il s'appelle Trolf, fils de Talin. Il dit avoir dans les deux cents ans, affirmation que je crois volontiers vu la barbe qu'il se trimballe. Il m'explique que ces attributs pileux sont une sorte de marque de maturité. J'apprends qu'un nain n'est considéré comme un adulte que quand sa barbe a atteint le milieu de son torse. Ensuite, il est libre d'en faire ce qu'il en veut, mais avant, il a plutôt intérêt à ne pas y toucher. J'apprends également qu'au contraire de ses deux frères qui sont forgerons, même s'il a hérité de son père l'amour du travail de l'acier et de la fabrication de belles choses, il est guérisseur, chose rare parmi les jeunes de son peuple car ce sont plutôt les anciens qui s'intéressent aux plantes, et encore, plus par nécessité qu'envie. Il me fait d'ailleurs l'étalage de ses connaissances et me sort une petite boîte en métal divisée en de nombreux tiroirs qui contiennent des plantes séchées. Il m'avoue que l'efficacité des plantes sèches est moindre que celle des plantes fraîches, mais il n'a plus eu l'occasion de s'aventurer à l'extérieur depuis plusieurs mois. Il me propose même de me faire une tisane revigorante.
- D'habitude je prescris quelques bonnes lampées de bière pour remettre un nain sur pieds, mais je ne crois pas en avoir sur moi, et en plus les tisanes, malgré le mal qu'en disent mes frères, sont souvent bien plus efficaces.
Je le regarde faire de loin, il tire un petit réchaud de son sac et entreprend de faire bouillir de l'eau qu'il tire de ma gourde. Mais, à ce moment, la douceur qui baigne sous les couvertures ainsi que les émotions et la fatigue de ces dernières heures m'emporte et je m'endors.
