DE MIEUX EN MIEUX
Grmbl... J'ai déjà finit de dormir ? Bof, vu comme il fait noir en travers de mes paupières, ça doit pas encore être l'heure de se lever. En plus on est quoi ? Lundi ? Ça veut dire que je commence avec... heu... Favre et ses courts de programmation, nan ? Pff ! Je vais piquer encore un petit roupillon et on verra après si je suis d'humeur à me taper le vieux toute une période. Sinon, j'aurais qu'à me faire passer malade. Pour une fois que je lui fais le coup, il va pas m'emmerder.
Je me retourne de l'autre côté pour trouver une position plus confortable. Mon matelas me semble un peu plus dur que d'ordinaire.
Mémo personnel, il faudra que je voie avec maman ce que je peux faire s'il commence à se tasser sur les côtés.
Je sens comme une masse qui se colle contre moi.
Ho non ! Mais quand est-ce que Câline vas comprendre que j'ai pas envie de dormir avec elle ? Cette crétine de chatte pourrait me foutre la paix au moins en semaine. Tiens ? En plus elle a trouvé le moyen de s'enfiler sous la couverture ? Mais qu'est-ce qu'elle veut ? On a oublié de lui donner ses croquettes ?
Je tente de chasser le chat de la famille d'un bras. Mais il s'accroche.
Typique de Câline, elle me lâchera pas avant d'avoir ce qu'elle veut... Tiens ? depuis quand elle a des pattes aussi longues ? Et elle a plus de poils... C'est bien un chat que j'essaie de repousser là ?
Je me décide à ouvrir les yeux. Il règne une semi-pénombre qui m'empêche de distinguer grand chose. Je me retourne pour constater trois choses. De un, c'est pas mon chat qui est collé contre moi. De deux, c'est une fille plutôt mignonne avec des longues oreilles et des cheveux blonds. Et de trois, je réalise enfin que je suis nu comme un ver et elle aussi.
Je suis déboussolé pendant un instant, puis toute mon aventure me revient enfin en mémoire et je comprends tout de suite mieux la situation. Je pose la main sur son front pour contrôler sa température. Elle est un peu fraîche, mais il y a beaucoup de mieux qu'avant. Du côté des pensées, elle rêve. Bref, madame fait un gros dodo tout ce qu'il y'a de plus insouciant pendant que bibi se cassait la nénette parce qu'elle n'allait pas bien.
Un bon point, elle est tirée d'affaire. Et maintenant on va s'éclipser avant qu'elle se réveille sinon je vais me manger un poing dans la gueule. Alors... Tout en douceur...
- Faust ?
MERDE ! GRILLÉ !
- Tu es réveillé Faust ?
Je la vois se mettre assis et s'étirer en bâillant. Elle se frotte les yeux et à ce moment, la couverture tombe et lui découvre la poitrine. Je tourne la tête pour ne pas voir ça, même si ce que j'en ai entraperçu suffit déjà à être gênant.
- J'ai mal à la tête...
Tu m'étonnes. Quand on fait un tour au frigo, faut pas s'étonner si on revient avec la crève.
- Rien d'étonnant, mais tu pourrais te couvrir un peu ?
- Hmm... pardon ?
- Tu pourrais te couvrir ?
- Me couvrir ?
J'entends alors comme un hoquet de stupeur et je sens qu'elle tire vivement la couverture.
C'est bon, elle doit être plus présentable.
- Mais ? Qu'est-ce que je fabrique toute nue ? me demande-t-elle d'un ton mi-scandalisé mi-paniqué.
- C'est un peu long à expliquer, lui dis-je en amorçant un mouvement pour lui parler en face.
- NE TE TOURNES PAS !
Je m'arrête net.
Et moi qui croyais qu'elle s'était couverte.
Je la sens bricoler un truc avec les couvertures, mais dans l'impossibilité de voir ce dont il s'agit, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle fabrique. J'espère juste que cette fois elle se rend décente à regarder.
- Gmblll. Qui donc fait un boucan pareil dès potron-minet ? demande la voix rocailleuse du nain.
Instantanément, je sens Lia se raidir à côté de moi.
- Qui est là ?
- Comment ça qui est là ? Qui le demande ?
Je sens venir le malentendu. Il faut que je trouve une solution et en vitesse !
Etrangement, c'est l'elfe qui m'apporte la solution. Il m'a suffit de consulter ses pensées pour me rendre compte que non seulement elles sont floues, mais qu'en plus elle a un sacré mal de crâne. Je décide donc de jouer là-dessus.
- Lia, calme-toi. C'est un ami à moi.
- Un ami ? Mais depuis quand il est ici ? Et pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?
- Je vais tout t'expliquer, mais plus tard.
Je me tourne et constate qu'elle s'est enfin couverte.
- Pour le moment tu vas te reposer. Tu es encore convalescente.
- Convalescente ? J'ai été malade ?
- Tu ne te souviens pas ?
- Me souvenir de quoi ?
- De comment on a atterri ici.
- Nous avons atterri… Non pas vraiment. C'est flou... Je me souviens d'une sorte de grand trou. J'ai été emportée. Puis une chute, un coup sur la tête… Et puis plus rien.
- Je t'expliquerais. Mais pour le moment, recouche-toi tu es fatiguée.
- Et elle n'est pas la seule, grogne le nain.
- D'accords Trolf. J'ai compris.
Le nain bougonne un peu et j'entends un bruit de couvertures. J'en déduis qu'il s'est retourné pour se recoucher.
- Mais… commence Lia.
- Chut, l'interromps-je gentiment en la prenant par les épaules. Recouche-toi. Plus tard les questions.
Je la sens céder mentalement et physiquement. Elle se laisse remettre dans ses couvertures et s'endort quelques instants plus tard. Le nain semble d'ailleurs choisir ce moment pour commencer à ronfler légèrement.
Bon maintenant que tout le monde pionce, je vais pouvoir m'habiller moi.
Cette fois, pas de souci pour sortir du lit. Mes vêtements sont toujours là où je les ais posés et en moins d'une minute je suis redevenu présentable. Il fait un froid de canards dans cette grotte, mais la quasi-absence de courants d'air rend la température très supportable. Surtout avec une bonne cape. Vu qu'il fait jour, notre trou vers la surface sert de veilleuse et je n'ai pratiquement aucune peine à retrouver les torches que j'ai piquées hier au cadavre de l'autre nain. Mais je décide de ne pas les allumer tout de suite. À la place, je m'intéresse plutôt au contenu de la petite casserole faite hier par mon nouvel « ami » nain. Le contenu sent très fort la verveine avec… j'ose hypothéquer cet ingrédient, une pointe de cannelle. Bref, un thé tout ce qu'il y a de plus con. Je prend ma tasse dans mon sac et y goûte. C'est tout à fait buvable et en plus, il semble que le nain ait sucré le tout avec du miel. Ce qu'il fabrique avec un truc pareil dans son sac, je n'en ai pas la moindre idée et je ne m'en plaindrai pas. Je décide de quand même réchauffer ce thé, parce que froid, il est sans doute moins bon que chaud.
Quelques minutes plus tard, je suis assis avec une tasse bien chaude à côté de mon accompagnatrice qui dort à poings fermés. Il me semble qu'elle a un peu de fièvre, mais c'est difficile de se prononcer étant donné que je ne connais pas la température moyenne des elfes. Mais quelques minutes plus tard, mon compagnon nain se réveille et vient me porter renfort. Il l'ausculte en vitesse « pour me rendre service à moi et pas à elle ». Il diagnostique aussi un peu de fièvre et me conseille de lui donner à boire un grog bien chaud à son réveil. Chose dont nous ne disposons pas. À la place, il me fait une tisane avec des feuilles séchées qui sentent l'eucalyptus. C'est pas compliqué de la réveiller, il semble qu'elle ne dorme que d'un œil. Par contre j'ai de la peine à ne pas rire quand je vois la tronche qu'elle tire après avoir bu une seule gorgée.
- C'est infect, déclare-t-elle tout de suite.
- Tant mieux. Chez moi on a un dicton qui dit « plus c'est mauvais, plus c'est efficace ».
- Chez moi aussi, déclare le nain. Sauf qu'il dit « tant que les médications ne goûtent pas la bière, c'est qu'on est pas tiré d'affaire ».
- Judicieux comme dicton, ne puis-je m'empêcher de plaisanter.
- Il est très juste pour mon peuple, mais s'applique difficilement aux autres races.
- Pourquoi ne suis-je pas surprise ? grogne Lia.
Cette fois je ris de bon cœur. Ça fait un bien fou et en plus ça me clame ces deux zigotos qui semblent avoir envie de se sauter à la gorge mutuellement.
Pour une fois que je règle un conflit en riant, je ne vais pas me plaindre.
Je réussi à convaincre l'elfe de tout boire tandis que le « docteur Trolf » décide de faire un brin de cuisine. Quand je reviens près du réchaud et que je vois le nain manger je me rends compte que j'ai moi aussi une faim de loup. Et c'est là que j'apprends que nous avons dormis près de deux jours entiers Lia et moi. Mais j'ai d'autres soucis en tête.
- D'après vous, quand va-t-elle être capable de se lever et de marcher dans ces couloirs ?
- D'ici quelques heures tout au plus. Il lui faut juste encore un peu de repos et un bon repas. J'ai regardé un peu sa blessure à la tête. Elle a dû se ramasser un objet plutôt dur à cet endroit, mais, à par une belle bosse, elle n'aura rien.
- Et… Combien de temps est nécessaire pour sortir d'ici ?
- Ça dépends, il y a plusieurs sorties aux mines de la Moria. Mais seules deux sont proches de centres habités par des créatures civilisées. L'une n'est ouvrable qu'avec le mot de passe, l'autre est aux mains des gobelins. Et je ne connais hélas pas le mot de passe pour la première.
- Donc il ne reste que la seconde ?
- Il y'en a deux autres aussi, mais l'une mène dans les Monts Brumeux dans un lieu que des éboulements ont confinés en une vallée totalement close et l'autre nous amène en rase campagne, de l'autre côté des montagnes à plusieurs lieues du premier village.
- Mais, il me semble qu'il y'a une porte un peu plus loin à la verticale de nous.
- Possible, trois portes ne sont plus accessibles depuis l'intérieur des mines à cause d'effondrements. Elle doit faire partie de cette dernière catégorie.
Chouette, pas de possibilités de sortir rapidement.
- Bon. Et donc la porte des gobelins, elle est loin d'ici ?
- Heu… Oui et non.
- Oui et non ?
- Non, si on passe par les zones contrôlées par les gobelins. Oui, si on passe par le chemin le plus sûr.
- À combien de temps se chiffrent les deux trajets ?
- Hé bien, le court je dirais un jour, un jour et demi.
- Et le long ?
- Boh ! Alors là, si on ne se perds pas en route on en a au moins pour… trois ou quatre jours, me dit-il en comptant sur ses doigts. Je ne connais pas bien cette partie des galeries.
- Ha oui, quand même.
- Et sans vouloir être alarmiste. Une fois sorti on en as encore pour deux bonnes journées avant de débarquer dans le premier endroit habité. Et encore, je dis habité, pour autant que des elfes sachent faire autre chose que coucher dans les bois et chanter des chansons à la belle étoile.
- De ce côté-là, je crois qu'on a pas à s'en faire, dis-je avec un soupçon d'énervement dans la voix.
Il est bien gentil, mais je commence à trouver ses préjugés à la noix un peu lourds.
- Sans compter que ni vous ni moi n'avons encore de grosses réserves de nourriture et surtout de boisson.
- On en a pour combien de temps à votre avis.
- À mon avis ? Pour trois jours. En mangeant comme un nain digne de ce nom. Sinon, au niveau picotage d'elfe, on devrait pouvoir tenir une petite semaine si on ne force pas trop. Et ce bien sûr, en comptant pour trois personnes.
- Vous pensiez compter moins ?
- Et-ce qu'on peut vraiment considérer qu'une elfe compte pour quelque chose ?
- Ho, quand même non ?
Il ne semble pas vraiment apprécier la raillerie dans ma voix, mais ne fait pas de commentaires supplémentaires.
Quelques heures plus tard, il prend sur lui d'aller réveiller Lia. Je comprends un peu tard que ce n'était pas par gentillesse, car il se met à la traiter de divers noms d'oiseaux. Comme je m'y attendais, non seulement elle se réveille furax, mais trouve en plus le moyen de se découvrir quand elle essaie de frapper le nain. Celui-ci ne se gêne alors pas pour lui faire remarquer qu'elle devrait s'habiller. Malgré la faible clarté, je peux voir qu'elle devient cramoisie face à cette remarque et se dépêche de se couvrir. Quant à messire Trolf, il revient avec un sourire plus que ravi collé sur la figure et un petit air innocent qui me donne envie de lui coller la paire de claques que Lia a ratée.
J'ai l'impression que ce voyage va me sembler plus long qu'il ne l'est en réalité.
Trolf m'aide à rapidement ranger nos affaires pendant que mon accompagnatrice trouve le moyen de se cacher pour se changer.
- Faut le dire si on dérange ! lance le nain quand elle disparaît derrière une stalagmite.
- Mêlez-vous de vos affaires ! répond-t-elle d'un ton mordant.
La réponse de l'elfe fait ricaner le nain. Bizarrement, ce qui amuse mon nouveau compagnon me laisse en grande partie de glace. Surtout les blagues sur Lia. Mais pour le reste, il est assez intéressant de discuter avec lui. On entame une petite discussion sur les habitudes des nains et j'apprends entre autre que partager une pipe avec quelqu'un est un signe extérieur de grande amitié pour ce peuple, alors que deux ennemis jurés peuvent très bien prendre une chopine ensemble. Peu de temps après, Lia revient et nous nous mettons en route sous la direction de notre nouveau compagnon. Mais, malgré tous ses avertissements, je finis très vite par détester ces tunnels. Nous sommes en permanence esclaves de nos torches, le silence est si épais que j'ai l'impression de le transporter sur mon dos, le moindre bruit me fait sursauter et surtout, certains tunnels sont si petits que nous devons nous baisser pour suivre Trolf. Pour rendre la ballade encore plus gaie, on tombe souvent nez-à-os avec des cadavres de nains un peu partout. Et franchement, ça commence à me foutre les boules. En plus, l'air commence à s'épaissir. Je commence à regretter de n'avoir pas essayé d'escalader le trou qui nous a amenés dans ces couloirs perdus sous la montagne.
On avait convenu avec le nain de faire un détour pour prendre le chemin le plus sûr. Et j'ignore pourquoi, mais il me semble qu'on passe notre temps à descendre. Des volées de marches, puis des chemins le long de parois abruptes qui tombent littéralement dans le vide.
À la première étape, Il me prend à part et me dit que nous avançons moins vite qu'il ne l'avait prévu.
- Nous sommes partis d'ici, me dit-il en dessinant un plan grossier dans la poussière qui recouvre le sol. Nous avons suivis le chemin de l'écho, puis avons bifurqué ici, vers l'exploitation du Nord-est. Ensuite, nous avons continué à suivre la voie qui mène à la fontaine qui alimente en eau cette partie du Royaume. Normalement, nous devrions déjà être à la fontaine. Mais, nous ne sommes que quelque part par là, me dit-il en désignant un point sur son chemin, pas très loin de sa fontaine d'ailleurs.
- Donc, nous prenons du retard.
Je ne peux m'empêcher de regarder Lia qui semble avoir du mal à trouver son souffle. J'aurais sans doute pu aller plus vite et Trolf aussi. Mais l'elfe semble avoir de la peine à se remettre de sa chute et qui plus est, je sens à travers mon anneau qu'elle se demande pourquoi elle a autant de peine à respirer.
Personnellement, ma petite théorie sur le sujet c'est que vu que nous sommes dans une mine, il faut bien fondre le minerai et ces vapeurs lourdes n'ont pas forcément pu sortir étant donné que nous sommes dans une grotte. L'air doit être chargé de plus d'impuretés que ce qu'elle a l'habitude. Alors que moi, qui arrive d'une époque avec des voitures partout, et Trolf, qui a l'habitude des lieux enfumés, elle doit être en manque d'oxygène. Ce qui me chagrine c'est que si on continue à descendre ça ne risque pas de s'améliorer.
- On vas descendre encore jusqu'à quelle profondeur environ ?
- Difficile à dire. Nous arrivons dans des vieux tunnels qui ne sont plus utilisés depuis longtemps et que même les gobelins évitent. Pourquoi ? Je l'ignore, et je préférerais ne pas le savoir. Mais je sais, néanmoins, que nous n'avons pas finit de descendre. Et que le plus drôle, c'est qu'après il nous faudra remonter pratiquement tout ce que nous aurons descendus pour revenir à la sortie.
- Merveilleux, dis-je avec sarcasme. Et-ce que vous êtes sûr au moins de retrouver votre chemin une fois en bas ?
- C'est là qu'il y'a un « hic », mon garçon. Figure-toi que je connais l'existence de ce passage par un ancien nain qui a jadis longtemps travaillé ici. Il m'a affirmé qu'à une époque, les ponts qui servent de passerelle entre les deux murs de ce précipice n'existaient pas et qu'ils étaient obligés de passer par le fond pour remonter de l'autre côté. Malheureusement, non seulement ces renseignements sont très vieux, mais il n'a pas été capable de me fournir des informations plus détaillées avant que je n'accompagne Balin ici. Et pour tout dire, ça ne m'intéressait pas vraiment à l'époque. Je ne m'y suis intéressé que quand j'ai pensés que ça pourrait me permettre de contourner les zones infestées de gobelins. Donc, je ne sais pas vraiment ce qui nous attend en bas, si ce n'est que le vieux avait parlé des « origines du Royaume de Cavenain ». Mais j'ignore ce qu'il entendait par là.
- De mieux en mieux. Bon, il semble que ce soit Lia qui nous ralentisse…
- À quoi s'attendre d'autre de la part d'une elfe ! me coupe-t-il.
- Attendez de la voir à l'air libre et on verra qui se plaindra, ne puis-je m'empêcher de répliquer. En attendant, il faut trouver un moyen pour perdre le moins de temps possible.
- On la laisse ici et on continue sans elle.
Je m'apprête à lui dire que les blagues ça vas un moment, mais que là il commence à m'énerver quand je vois une réelle lueur d'espoir dans son regard.
Mais il veut VRAIMENT la laisser derrière !
- Oubliez cette idée. Si je sors sans elle, je me ferais tuer par sa famille.
- On aura qu'à plaider l'accident, je te servirais de témoin s'il le faut.
- Hors de question, point final !
- Dans ce cas, on risque de ne pas arriver à sortir d'ici à temps.
- Et bien je vais porter son sac plutôt.
L'idée m'est venue tout soudain. Je faisais la même chose en haute montagne, quand j'étais scout, avec les gars qui arrivaient plus à suivre le rythme du chef de patrouille. Ça m'a un peu endurcis à la marche.
- Bon, si tu veux te fatiguer deux fois plus, c'est toi que ça regarde gamin, grogne Trolf d'un ton boudeur.
Lia ne s'avère pas facile à convaincre par contre.
- Je vais très bien !
- Loin de moi l'idée de te dire le contraire, mais on dirait que tu viens de faire un marathon alors qu'on a simplement marché une demi-journée.
- Et alors ? Tu crois que je suis une pauvre petite créature pas capable de porter son sac toute seule ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Nous prenons du retard et on a pas assez de vivres ni d'eau pour se le permettre.
- Donc, c'est moi qui vous retarde ? s'énerve-t-elle.
- Tu tiens vraiment à ce que je réponde à cette question ? réponds-je moi aussi légèrement agacés.
Cette question a le mérite de la faire taire. Visiblement elle n'y tient pas vraiment.
- Écoute… Je vais porter ton sac un moment, histoire que tu puisses souffler un peu mieux. Et si ça va vraiment mieux, je te le redonnerai. Mais il est primordial qu'on avance. Si on s'arrête trop longtemps ou qu'on perd trop de temps, on ne sortira jamais de ce trou à rats.
Mon expression semble l'amuser un peu, mais il me faut encore une bonne minute de pourparlers pour lui faire adopter ma position.
Elle finit par me laisser porter son sac et on se remet tous en route. Toujours plus bas, toujours plus profond, avec aucune assurance de ce qu'on vas y trouver.
Je vous salue Marie, pleine de grâce…
