REMONTÉE EN CATASTROPHE

Après sept repas et deux pauses dodo dans la ville fantôme.

Marre de compter en heures que je vois pas défiler

Nous sortons finalement de cet endroit infernal où nous nous sommes sans doute perdus plusieurs fois, malgré que Trolf nous affirme le contraire. Gollum nous a fait chier tout le long comme quoi la corde le brûlait, mais on ne pouvait pas lui faire confiance pour se tenir tranquille. Moralité, il râle depuis un bon moment et j'ai juste envie de laisser le nain l'assommer encore une fois. Au moins, il serait silencieux. Lia s'est remis de sa foulure et marche à nouveau normalement, même si sa claustrophobie ne s'est pas tellement arrangée. Elle pousse un soupir de lassitude à fendre l'âme quand nous tombons à nouveau face à un escalier, mais qui monte celui-là.

- Chouette, on va enfin pouvoir sortir de ce trou à rats.

- Trou à rats ? sursaute le nain. Attention à comment tu parle de ce royaume gamin.

- Avec ce qu'on y trouve, je lui donne raison, intervient Lia en jetant un regard assassin à la petite créature que je tiens attachée devant moi.

- La méchante petite elfe est toujours fatiguée et elle nous regarde toujours méchamment, se lamente Gollum en regardant bizarrement Lia. Mais on lui a rien fait pourtant, mon précieux.

- Allez, avance au lieu de raconter des âneries, lui dis-je en lui tapotant le dos du plat de mon épée.

- Et tais-toi, tant que tu y es, rajoute le nain.

- Libérez-nous de la corde, et nous arrêterons d'avoir mal, gémit-il en avançant de sa manière assez spéciale.

- Pas question ! dis-je en m'énervant. J'ai pas envie de me retrouver avec une oreille en moins.

De mon autre main, je tâte mon oreille gauche que cette saloperie a mordue en essayant de m'échapper quand, dans un geste de bonté, j'avais voulu desserrer ses cordes. Trolf me l'a enduite avec une sorte de pommade huileuse et m'a assurée que ça ne laisserait pratiquement pas de traces. Mais maintenant, je commence à comprendre l'envie de meurtre que Gollum suscite chez tous ceux qu'il rencontre.

Il continue à larmoyer dans son coin pendant encore trois pauses repas et une pause dodo quand enfin, le nain se décide à l'assommer pour la troisième fois depuis que nous l'avons ramassés. Certes, ça me rajoute une charge en plus, mais quel plaisir de voyager dans le calme. Même si en fait on finit par entendre Lia haleter plus qu'autre chose.

Saloperie d'escaliers qui n'en finissent plus !

- Hep, gamin.

- Quoi ?

- Réjouit-toi, on est arrivé en haut.

- Merveilleux.

C'est moi ou bien on as mis moins de temps à monter qu'à descendre.

- Vous êtes sûr que c'est pas un palier ou le mauvais étage ?

- Je ne me pose pas la question, il n'y a qu'un chemin et il continue à plat.

- Enfin, soupire Lia en me rattrapant. Plus vite on sera sorti d'ici, mieux ce sera.

- Tu peux pas savoir à quel point, marmonne-je pour moi-même.

Gollum recommence à bouger une fois que je suis en haut. Je le balance par terre avant qu'il essaie de me mordre.

- Aïe ! Mais pourquoi est-il méchant avec nous, mon précieux ?

- Devine un peu, sinistre pitre.

- Moins de bruit, se recommande le nain en tournant la tête vers nous. À partir de maintenant, nous pénétrons dans les zones contrôlées par nos ennemis. Le plus grand silence est de mise.

- Le bruit est notre ennemi, le silence est notre science, chantonne Gollum.

- La ferme ! dis-je en lui administrant une claque sur la tête.

- Aïe ! Pourquoi toujours frapper le pauvre Gollum ? dit-il avec un petit air innocent.

- Mais faites-le taire avant que je l'bute ! finis-je par exploser.

À nouveau, le poing vengeur du nain s'abat et réduit la chose au silence.

Si c'est pas dommage de se faire mal à la main pour ça.

- Cette chose fait trop de bruit, gamin. On aurait dû s'en débarrasser en bas.

- Vous allez rire, mais je commence à la croire aussi.

- Ce n'est ni drôle ni le moment Faust, me fait remarquer Lia. Toi et cette chose faites plus de bruit qu'un groupe de semi-hommes affamés.

- Désolé, mais ce machin me mets les nerfs en pelote.

- Nous aussi, tu nous énerves à force de pester contre cette chose.

- Moi je trouve ça normal de râler contre un truc pareil, objecte le nain.

- Et toc, deux contre un.

- Mais qu'elle paire de gamin vous faites tous les deux ! s'exclame-t-elle en reprenant sa marche.

On se regarde avec le nain.

- Vous trouvez qu'on fait gamin Trolf ?

- Non. Par contre, je la trouve idiote parce qu'elle va se perdre au premier croisement.

- Et merde ! Lia, attends-nous !

- Pas la peine de lui courir après, c'est en se brûlant que les enfants apprennent que le feu est dangereux.

- C'est pas en la perdant que je vais m'en sortir. Lia ! Revient ici espèce de tête de mule ! dis-je en me précipitant à sa poursuite, suivit de près par le nain.

Il me faut un bon moment de pourparlers pour la calmer ponctué d'un moment nécessaire au réassomage de Gollum.

Depuis que je le trimballe j'ai une charge double de poids et d'emmerdes. Le grand enseignement de tout ça : derrière chaque emmerdeur se cache un boulet !

Et l'interminable chemin continue. Mais lors de la pause suivante, Lia nous regarde avec une mine de déterré.

- Tu t'es encore fait mal quelque part ? lui demande-je d'un ton agacé.

- Non, mais j'ai le regret de vous dire que nous n'avons plus de nourriture.

Cette fois, c'est mon tour de la regarder tristement. Déjà que je trouvais qu'elle mangeait pas beaucoup, maintenant on as plus de vivres. Personnellement, sauter un repas ou deux, ça peux encore passer, même si je réalise bien que j'ai grillé beaucoup d'énergie ces derniers temps à transporter autant sur mon dos. Quant à Trolf il a sans doute de quoi tenir encore autant que moi.

- On a toujours de la flotte, dis-je. Au pire on se remplira l'estomac avec.

- La seule chose que ça va nous faire, c'est nous donner envie d'aller au petit coin, réplique le nain d'un ton maussade. Et crois-moi, j'ai déjà essayé.

- Pas faux, suis-je obligé de convenir.

On se couche sur nos estomacs vides lors de la pause de cette nuit. Gollum tente encore de faire des siennes pendant le tour de garde de Trolf, mais celui-ci le réexpédie au panier à coups de pieds au cul.

Après la pause dodo, nous repartons presque en silence. Cette fois, je n'ai pas envie de gaspiller mes forces pour faire taire le chantonnement intempestif de cette sale petite créature. Nous progressons encore quelques temps quand le nain nous fait nous engager dans un escalier qui monte. Arrivé en haut, après quelques minutes au plus de marche, nous débouchons dans une salle extrêmement vaste où s'alignent des piliers de pierres monumentaux à perte de vue.

- Les gamins, bienvenue au grand Royaume des nains, de Cavenain.

J'en reste bouche bée. Malgré l'éclat poussé au maximum de nos lampes à huiles, je peine à distinguer le plafond. Quand aux colonnes de pierre, elles doivent être assez épaisses pour y loger environ l'équivalent de quatre ou cinq cabines téléphoniques de large.

- C'est gigantesque, s'ébahi Lia.

- Gigantesque, c'est juste le prénom, ne puis-je m'empêcher de m'extasier.

- Oui… C'est le plus grand de nos royaumes, soupire Trolf avec une pointe de lassitude dans la voix.

- En tout cas, c'est grandiose…

- Magnifique, finit enfin par lâcher notre accompagnatrice.

Pendant plusieurs secondes, seul le chantonnement plaintif de Gollum vient rompre le silence admiratif qui s'est abattu sur notre groupe. Un spectacle pareil, ça vous laisse sur le cul. Surtout quand vous prenez conscience que ce sont des créatures aussi petites que ça qui l'ont bâti. Combien de temps a-t-il fallu pour effectuer un tel travail ? Combien de nains y ont participé ? En admirant un ouvrage pareil, je ne peux qu'éprouver de l'admiration pour cette race vraiment extraordinaire. Là, ou les personnes pour qui a été construite cette salle devaient être tellement hors du commun que je doute que même les meilleurs humains méritent qu'on se donne tant de mal pour eux. Tant de majesté dans une construction aussi colossale. Je crois bien que les meilleurs architectes de chez moi sont incapables d'inspirer un tel sentiment de grandeur avec une simple salle remplie de piliers.

- Tu as entendu, mon précieux ?

Je me tourne vers gollum.

Il pouvait pas se taire trois secondes lui !

- Quoi encore ? dis-je dans un grognement lourd de menaces.

- Mon précieux les a entendu.

- Entendu quoi ? Les courants d'air dans ta tête pleine de vent ?

- Chut vous deux ! s'exclame le nain.

Je me tais, plus par réflexe que par envie. Et j'entends effectivement quelque chose. On dirait des coups de tambours assourdis. Le rythme s'accélère sensiblement à chaque nouveau coup.

- C'est quoi ?

- Des ennuis, me dit le nain en dégainant son marteau. Ne traînons pas ici !

Trolf part le long d'une rangée de colonnes à un rythme bien supérieur à celui que nous avions adopté jusqu'ici.

Lia dit quelque chose en elfique, au ton je crois bien qu'il s'agit d'un juron. L'instant d'après, elle me dépasse en adoptant un pas qui se situe entre la marche et la course. Puis, c'est au tour de Gollum qui commence à s'agiter au bout de sa laisse. Et je réalise qu'il me tire en direction du nain.

Si même lui veut foutre le camp, je commence à penser que c'est nécessaire.

Je me mets à suivre à mon tour. Mais après quelques pas, je réalise vite que le nain n'a pas juste augmenté le rythme. Il a carrément commencé à courir et Lia aussi.

- Saloperie ! Et moi qui n'étais pas fan de la course d'endurance !

Pourtant, je m'y colle avec un zèle qui aurait fait plaisir à mon prof de gym. Bientôt, c'est moi qui tire Gollum au bout de sa ficelle. Quelque part sur ma gauche, les coups de tambours se sont transformés en roulement continu et je perçois également des petits cris aigus. Comme si on avait dérangé une nichée de hyènes furieuses.

- Courez aussi vite que vous pouvez ! se met à beugler le nain en augmentant encore la cadence.

Lia se baisse soudainement et se met à courir à toute jambe, plaçant ainsi une accélération qui la porte au niveau de Trolf en quelques pas. Moi, de mon côté je ne peux pas aller plus vite sans faire tomber Gollum et devoir le traîner après. Il me revient alors que la communauté est censée la rencontrer pour la première fois dans ces cavernes.

Je sort mon épée et tranche la corde tendue entre nous. Beaucoup plus libre de mes mouvements d'un coup, j'accélère à mon tour en jetant néanmoins un coup d'œil à mon prisonnier.

Gollum manque de s'empêtrer dans ses liens, mais il se rattrape à la dernière minute. Il change rapidement de direction et disparais derrière un pilier.

J'espère qu'il va s'en tirer. Je n'ai pas très envie de devoir courir après les hobbits pour les emmener au Mordor parce qu'une erreur de jugement de ma part aurait empêché ce truc de faire son boulot dans cette histoire.

Je remarque à ce moment un autre mouvement sur ma droite. L'instant d'après, je vois une sorte de masse grouillante de créatures noirs lancée à mes trousses.

COURS AU LIEU DE TE POSER DES QUESTIONS CRÉTIN !

Je me lance dans le sprint de ma vie. Devant moi, le nain et l'elfe continuent de caracoler en tête avec une bonne longueur d'avance sur ma personne. Avance que je n'arrive pas à restreindre et même pas non plus à maintenir. Ces deux-là, il leur pousse des ailes quand ils en ont besoin !

Les bruits derrière moi se font de plus en plus proche et insistant. Comme une chasse au renard dont le cor viendrait d'annoncer la mise à mort.

JE VAIS QUAND MÊME PAS CREVER ICI !

Les bruits derrière moi s'intensifient encore, ils gagnent en volume et en netteté. Je coure déjà aussi vite que je peux et je sens mon sang battre à mes tempes à tel point que j'ai l'impression que mon cœur vas lâcher.

PAS MAINTENANT CE SERAIT TROP CON !

Je me rends compte alors un peu tard que je devrais lâcher du leste vu que je porte quand même deux sacs. Me maudissant de ne pas y avoir pensé plus tôt, je me défais comme je peux des bretelles du sac que je porte sur le torse et le laisse tomber. Je me sens tout de suite plus léger, mais même si ça me permet de courir plus vite ce n'est de loin pas suffisant pour distancer mes poursuivants.

Pas le choix ! Faut lâcher l'autre sac aussi !

Cette fois encore, je me débrouille aussi vite que possible, mais je pense quand même à sauver mon bouclier dans la foulée. Cette fois, je n'ai plus que mes armes et le contenu de mes poches sur moi. Je gagne encore un peu en vitesse et je crois bien que j'arrive à maintenir la distance avec ceux qui me collent au train.

En relevant la tête, je constate alors que mes deux compagnons de route ont mis une distance plus que respectable entre eux et moi. À vue de pif, je dirais presque cent mètres. Et encore, je n'ai jamais été doué pour estimer les distances. Lia a réussi à dépasser le nain qui la talonne quand même de près.

Je décide de ne pas gaspiller mon souffle à jurer et continue de courir en soufflant comme un bœuf. Je sens que je ne vais plus tenir très longtemps à ce rythme et c'est sans doute ce qui me préoccupe le plus. Si je m'arrête, je ne pourrais jamais faire face à tant de ces choses si elles sont belliqueuses comme le pense le nain. Mais, croire qu'elles vont juste m'inviter à prendre le thé vu l'aspect qu'elles ont, ce serait être un imbécile heureux.

Tout d'un coup, un mur apparaît à la lumière vacillante des lampes de l'elfe et du nain, avec une porte percée en face de nous.

L'elfe et le nain s'y engouffrent sans hésiter et tournent le coin la seconde suivante. De mon côté, je fais tout ce que je peux pour me forcer à continuer à courir, mais chaque pas me semble de plus en plus dur. Mes jambes protestent vivement et j'ai l'impression d'entendre mes articulations grincer. Mais la peur de me faire rattraper est une motivation qui doit valoir tout les dopants du monde.

Je ne suis plus qu'a quelques mètres quand mon corps me fait défaut. Je manquais déjà de souffle en temps normal et je suis convaincu que la clope y était sans doute pour quelque chose. Mais là brusquement, j'ai l'impression de ne plus pouvoir respirer. Sous le choc, je suis presque convaincu que mon cœur a manqué un battement. Un stupide réflexe de conservation me fait planter les pieds pour que je puisse reprendre mon souffle. Je ne comprends que l'instant d'après que je viens de faire une connerie monumentale.

Le temps de me retourner, la première de ces choses est sur moi.

Heureusement que j'avais gardé mon équipement en main. J'intercepte de justesse le premier coup avec mon bouclier et je riposte d'un coup d'estoc. Je sens une brève résistance, puis ma lame s'enfonce dans cette chose comme dans du beurre. Une autre créature saute par-dessus son congénère, son arme levée bien haute au-dessus de sa tête. À nouveau, je lève mon bouclier en avant pour parer le coup, mais la puissance n'a rien de comparable avec la dernière fois et je vacille sous le choc. Mais je réussi à garder mon assise pour riposter, je tente un nouveau coup d'estoc, mais la chose pare à son tour avec un bout de métal noir tout tordu qui doit aussi lui servir de bouclier. Je fais un pas en arrière pour me désengager et je remarque à la dernière seconde un autre assaillant qui me fonce dessus depuis le côté. Je déplace à nouveau mon bouclier pour l'arrêter. Cette chose vient s'écraser dessus de tout son poids et je manque à nouveau de perdre l'équilibre. Mais j'ai fait une terrible erreur en ouvrant ainsi ma garde. La créature en face de moi en profite et m'assène un coup du tranchant de son arme sur mon bras qui tient le bouclier.

La douleur fuse et je pousse un hurlement de douleur. Je sens ma prise sur la lanière de cuir se desserrer d'un coup. Dans mon esprit embrumé de douleur, je diagnostique que je dois avoir plusieurs tendons de tranchés.

Je tente une riposte maladroite avec mon arme, mais je manque ma cible.

Quelque chose jaillit sur la gauche et m'attrape par mon seul bras encore valide.

Je tourne la tête juste assez vite pour voir une créature qui doit bien faire trois mètres de haut avec des petits yeux stupides et une peau grise et flasque. Puis, la chose me soulève par le bras quasiment sans le moindre effort et me lance contre le mur à plusieurs mètres de là. À nouveau, mon atterrissage est loin d'être réussi et je sens encore plus de douleur affluer à mon cerveau. Mon dos doit être en morceau après un coup pareil.

Fait chier !

Je me relève sur un coude et tousse pour me dégager les voies respiratoires. Je crache une grosse quantité de sang et je sens mon corps se refroidir.

Hémorragie interne importante. Merde, je vais plus tenir longtemps. Je sens déjà mon corps s'engourdir sous ma taille.

Je devine un mouvement dans le coin de mon champ de vision. Le temps de tourner la tête, un pied enroulé dans des bandelettes crasseuses vient s'écraser sous mon menton. Le coup me fait rouler sur moi-même et je me trouve face au plafond.

- Merde !

- Tu vas souffrir humain !

Une de ces choses lève un marteau grossier au-dessus de moi.

J'interpose mon bouclier à la dernière seconde, mais il échappe à ma main et s'en vas disparaître hors de vue. Le coup est détourné de justesse, mais je me le ramasse dans l'avant-bras. Le craquement que j'entends est plus effrayant que toute la douleur qui revient à nouveau à la charge.

Je ne veux pas crever… Pas maintenant…

- Hep les gars ! On a attrapé un humain !

Je veux rentrer chez moi… Revoir mes parents…

- On va pouvoir s'amuser ! Ça fait un moment qu'on a pas dérouillé nos instruments de torture.

Mon frère… Mes sœurs…

- C'est vrais ! Krog sera content.

Mes amis… Tous…

Progressivement, je sens de moins en moins la douleur, juste une frustration qui grandit rapidement.

Ce n'est pas juste…

Elle grandit. J'entends à peine ces saloperies énumérer toutes les horreurs qu'elles veulent me faire subir.

Je ne vais pas laisser les choses se passer comme ça !

J'active mon anneau et je sens de l'énergie s'en écouler.

Je ne vais pas les laisser s'en tirer comme ça !

Je n'ai pas assez d'énergie, j'ouvre les vannes en plus grands.

Quelqu'un va payer pour ce que j'ai enduré !

De plus en plus d'énergie afflue, je sens ma frustration se transformer en colère. Cette colère me brûle les tripes au même titre que toute l'énergie que je sens venir.

Et pas qu'une personne !

Les sons me reviennent, plus net qu'avant. La vision aussi, je n'ai jamais aussi bien distingué les couleurs de toute ma vie.

Ils vont tous payer !

Ma douleur a complètement disparu, j'ai l'impression que tout ce que je viens d'endurer n'est plus qu'un mauvais souvenir.

Je vais les tuer…

Je me relève, à l'étonnement général des choses en face de moi. Je les fixe de toute ma hauteur. Ces petites créatures sont méprisable vu de là.

Tous les tuer…

Elles ne vont plus aussi vite qu'avant. On dirait une bande de comédiens qui miment des tentatives d'attaque au ralenti.

Tuer…

Je lève mon bras armé à mon tour. La situation me semble comique. Moi qu'on croyait abattu, me voilà en train de m'en prendre à une multitude telle que malgré ma meilleure vision je ne parviens pas à la dénombrer. Je souris effrontément. Décidément cette situation est trop drôle.

TUER !

Je balance mon épée de droite à gauche. Je vois ces choses quitter le sol, toute tranchées en deux au niveau de l'abdomen.

J'entends une sorte de cri d'effroi monter du groupe rassemblé autour de moi. Mais, peu m'importe après tout. Je fais un pas en avant, puis un autre et je recommence à faucher tous ce qui bouge dans mon champ d'action. Une nouvelle fois, les morceaux volent en tout sens, mais je ne vais pas me stopper pour autant.

TUER ! TUER !

C'est si simple. Deux pas, je frappe. Deux pas, je frappe…

TUER ! TOUS LES TUER !

Deux pas, je frappe. Deux pas, je frappe. Deux pas… Tiens, ce truc-là est plus gros.

AUCUN NE DOIT SURVIVRE !

Je lève la tête. Ce machin bave comme un attardé en faisant des gestes grossiers. On dirait un énorme bébé très moche avec sa peau grise.

CETTE FOIS, C'EST À VOTRE TOUR D'AVOIR MAL !
Cette chose balance ses bras comme si elle voulait me mettre une claque du revers de sa monstrueuse main boudinée. Non mais pour qui elle se prend ? Celui qui va se ramasser une claque ici, c'est elle.

PAS DE QUARTIERS !

Je fais un petit saut et me voilà déjà à hauteur de sa toute petite tête.

PAS DE PITIÉ !

Je balance mon épée de haut en bas cette fois. Une traînée rouge apparaît entre les deux yeux de ce monstre qui ne doit même pas encore avoir compris qu'il est mort.

CREVE !

Je n'ai plus besoin de m'en occuper. Je me sers de ce cadavre comme d'un tremplin et je fais un bond qui me ramène au milieu de la masse grouillante. Je vais pouvoir reprendre là où je m'étais arrêté.

À MORT ! À MORT ! À M…

Une lueur blanche aveuglante envahi la pièce. Je n'y vois plus rien, juste un grand flou éclatant. Brusquement, je ne sens plus le sol sous mes pieds. Le temps de le réaliser, je heurte quelque chose de dur. Je saisi à peine une vision d'un mur de pierre qui se fracasse littéralement sous l'impacte de mon corps avant de subir un nouveau choc. Cette fois, c'est au sol que je continue mon étrange voyage aérien. Je tombe comme une masse et m'écrase avec une telle force qu'à nouveau, je vois la pierre se fracturer comme si on avait tiré au canon dessus. Un nuage de poussière m'entoure, mais c'est le cadet de mes soucis. Je ne sens plus la moindre parcelle d'air dans mes poumons et des signaux confus parviennent à mon cerveau comme quoi je n'ai plus un seul os en bon état. Pourtant, je ne ressens plus mon corps. La douleur qui me semblait avoir été écarté a soudain disparu. Mes membres refusent de m'obéir, mes oreilles bourdonnent comme un nid de guêpes en colère et mes yeux ne me montrent plus que des paysages qui deviennent de plus en plus flous à une vitesse ahurissante.

QU'EST-CE QUI M'ARRIVE ! QU'EST-CE QUI SE PASSE ? MAIS QU'EST-CE QUI SE PASSE !

À travers mes yeux qui perdent leur sensibilité, la lumière blanche regagne soudain en intensité. Je sens une chaleur étrange m'envahir. Elle n'est pas agréable. C'est poisseux comme de la sève chauffée, c'est désagréable et dégoûtant. Elle parcoure mon corps et remonte vers ma tête. Soudain, j'ai l'impression qu'un voile noir s'abat sur moi.

Tout devient noir…

Tout devient froid…

Si froid…

Si…

Froid…