CADEAUX CONTRE BOULETS

- Nous sommes arrivés, me signale l'orque de tête.

- Pas trop tôt, je commençais à m'ennuyer ferme.

Nous sommes partis de l'Isengard depuis bientôt une semaine et il ne s'est strictement rien passé. Enfin, à part quelques Wargs qui ont réussi à se libérer et bouffer un orque ou deux avant d'être repris en main. Nous avons empruntés des petits chemins montagneux et des sentiers de chèvres tellement escarpés que j'ai dû plusieurs fois descendre de cheval pour éviter des ennuis pendant ce voyage. Et là, aujourd'hui, nous avons enfin atteint les portes de la Moria.

Et je commençais a régresser à force de n'avoir que des orques avec qui parler. Mais bon, paraît que les gobelins sont encore pire.

Nous avançons à l'ombre des gigantesques portes de l'ex-royaume des nains. Immédiatement, des sentinelles gobelines nous accostent. Je garde prudemment le capuchon de ma cape sur la tête. Je dois laisser les orques se démerder pour me faire entrer. Ils savent ce qui les attends s'ils ne remplissent pas correctement leur mission.

- Qu'essss vous voulez ? nous apostrophe un gobelin de sa voix aiguë et sifflante.

- C'est le magicien blanc qui nous envoie, réponds l'orque chargé de négociations. On doit aller chercher un truc dans les mines.

- C'est pas ssson royaume au magissssien. Il doit demander la permissssion au chef. Et sssss'est qui le grand qu'est avec vous ?

- Un envoyé de la main blanche, c'est lui qui doit chercher les trucs.

- Ssssa je m'en doutais. Mais ssss'est quoi son nom ?

- Je l'sais pas. On est pas censé savoir.

- Pas ssssensssé ? Ssss'est quoi ssssette embrouille ?

- Je t'ai dit que je savais pas. Mais je crois pas que ton chef veuille se mettre l'Isengard à dos, surtout en ce moment. Alors vas le prévenir avant qu'on s'énerve.

L'orque dépassant le gobelin d'une bonne trentaine de centimètres, celui-ci finit par s'éclipser en nous laissa poireauter devant la porte, sous la surveillance d'une vingtaine de ses congénères crasseux. J'en profite pour mettre mes connaissances à l'épreuve et échafaude un plan de bataille dans l'éventualité d'une échauffourée.

Seulement une dizaine d'orques ont des arcs visibles, mais tous ont des armes de corps à corps, allant de l'épieu grossier à des espèces d'épées triangulaires au manche encastré dans la lame en passant par la hache visiblement récupérée sur des armes de facture étrangère.

Logique, une ancienne mine de nains doit fournir pas mal de matériel de récup. Pourquoi se faire chier quand tout est déjà prêt ?

Tous ont des armures légères en cuir ou en d'autres choses qui ressemblent à des os attachés ensembles.

Au vu de leur déploiement et de la position de mes orques, le résultat est limpide. Si nous passions à l'attaque sur le moment, avec l'effet de surprise nous aurions le temps d'en abattre plus de la moitié avant que les survivants n'aient le temps de réagir. Et puis, à vingt-cinq contre vingt, nous avons en plus l'avantage du nombre.

Je me demande si c'est aussi simple que ça. Je jette prudemment un oeil aux alentours. Je veux bien croire que les gobelins ne sont pas très malin, mais aussi peu de défenseurs à la porte, ça me semble louche.

Je n'ai pas besoin de chercher longtemps. Je trouve l'erreur même un peu grosse. Depuis quand les buissons laisse voir les cordes qui les maintiennent contre une paroi de pierre ?

Je dénombre au moins si postes de garde comme ça. Il sont plutôt évidents, mais leur emplacement est très astucieusement pensé. N'importe quel assaillant serait pris sous un tir croisé depuis les positions surélevées qui en plus offrent un excellent couvert aux tireurs pour toute riposte venue d'en bas. Mon avis sur une éventuelle bagarre à la porte change. Si tous les points sont garnis et si les gobelins sont moitié aussi vigilants que je le crois, ce sont mes orques et moi qui n'avons pas l'ombre d'une chance.

On adopte profil bas. Je ne suis pas envoyé par n'importe qui, mais je ne suis pas non plus venu me faire tuer.

Je me trouve un rocher pour m'y asseoir et patienter. Au bout d'une quinzaine de minutes, mes orques commencent à râler.

Ils veulent entrer, pas rester au soleil. Ils trouvent les gobelins lents, petits, insignifiants.

Je sens que si je n'interviens pas, dans un moment je vais me retrouver à devoir user de mes capacité naissante de tacticien pour rester en vie.

- Grumash, Akosh, Irka.

Les trois interpelés sont les agitateurs principaux de mon groupe. Ils se tournent vers moi et je leur fait signe d'avancer.

- Vous avez décidé de tous nous faire tuer ? leur dis-je de mon ton le plus aimable.

- Par qui, s'étonne Irka ?

- Le Pape, tiens.

- Le quoi, demande Akosh ?

- Les gobelins, me reprends-je. Oubliez le Pape, ma langue a fourché.

- Ces femmelettes ? Qu'est-ce que vous voulez qu'elles nous fassent seigneur ?

- Si vous prenez le temps d'observer un peu autour de vous, vous finirez par remarquer que nous sommes cernés par un ennemi au moins six fois plus nombreux, retranché et armé pour repousser un assaut frontal massif.

Les trois orques ont visiblement de la peine à me croire et je suis obligé de leur montrer les positions des archers pour les convaincre. Mais le grand avantage est qu'ils font passer le mot et filent doux pour le reste de l'attente, que je finis d'ailleurs par trouver également trop longue.

Quand le gobelin qui nous a accueillit émerge à nouveau des corridors, je commence à comprendre l'envie des orques de les trucider. Et ce d'autant plus qu'il arbore un petit air suffisant que je trouve juste énervant.

- Mon roi, le maître de sssses cavernes acsssepte de vous resssevoir. Messssager d'Isengard.

Je réprime l'envie de lui signaler que je ne suis pas un messager.

Pense bien, tu lui fera sauter la tête au retour. Une fois que tu n'en auras plus besoin.

Cette pensée me fait esquisser un sourire malgré moi. Ce qui semble déconcerter le gobelin qui perd énormément de sa superbe.

J'accentue mon sourire.

- Alors, nous y allons ?

- Ssssuivez-moi, dit-il après une pause tintée d'incertitude.

Le gobelin nous mène à travers des couloirs très petits mais bien taillés. Je devine sans peine que c'est dans l'ancien royaume nain que nous circulons. Après un nombre de bifurcations ahurissant, nous entrons dans des boyaux aux angles incertains et aux parois déchiquetés qui doivent être les tunnels creusés par les outils des gobelins. Les croisements se font moins nombreux, mais les tunnels sont sinueux au possible. Enfin nous débouchons sur une série de salles où s'entasse une véritable marée de créatures hideuses à l'odeur écœurante et vêtues de haillons. Toutes ont le nez aplatis, d'énormes yeux aux pupilles immenses et des bras presque aussi grand qu'eux. Mes orques détonnent à peine dans ce décor, mais se distinguent quand même nettement. Quand à moi, je dois sans doute être l'élément le plus insolite du décor.

Les gobelins caquètent entre eux et plusieurs petits viennent assez près pour me regarder. Je leur décoche des regards assassins tant ils sont moches et répugnants, ce qui visiblement en convainc certain de battre en retraite. Je suis obligé de chasser les autres à coup de pompes. Heureusement les autres gobelins n'ont pas l'air de s'en formaliser.

Manquerais plus que ça.

Mon guide s'arrête soudain devant l'entrée d'une salle gardéepar d'autres de ses semblables en armure bizarre. On dirait qu'ils se sont vêtus avec des plaques de tôle noire arrachée. Ils portent des boucliers qui ne sont pas sans me rappeler des ailes de chauve-souris repliées et ont à leurs mains ces coutelas grossier avec la poignée dans la lame.

Sur un signe de mon guide ils s'écartent dans ce qui doit être un pas martial. Mais étant donné leur manque de coordination, ils n'en sont que plus ridicules.

La salle suivante est bourrée de gobelins du même acabit que ceux stationnés à l'entrée. Au milieu se tient sur une chaise de bois grossier, en équilibre instable sur un tas d'objet d'or et d'argent, un gobelin qui fait la taille du plus grand de mes orques. Il est le seul à ne pas avoir revêtu d'armure et porte une sorte de couronne en métal noir de faction grossière.

Il n'est pas difficile de deviner qu'il s'agit là du chef dont il est question.

Notre guide me le confirme l'instant suivant en lui faisant une parodie de révérence avant de nous présenter brièvement comme les messagers d'Isengard.

Son chef lui fait signe assez sèchement de déguerpir puis daigne enfin tourner les yeux vers moi. Malgré le tas de métaux précieux qui soutiennent son trône, il est juste assez grand pour me regarder en face.

- Qu'est-ce que le magicien blanc me veut encore ? gronde-t-il sans cet accent sifflant qui, me semblait-il, caractérisait les gobelins.

- Noble seigneur de ces tunnels, dis-je en déclamant le discours que Saroumane m'a donné avant de partir. Nous sommes venu ici pour établir de profitables et durables relations entre les serviteurs de l'Oeil.

Il semble quelque peut surpris, mais je constate que néanmoins la flatterie a fait mouche jusqu'ici.

- C'est pourquoi, la main blanche m'envoie porteur de présents pour votre grandeur.

Je claque des doigts et certains orques se dépêchent d'exhiber ce que nous avons apporté.

- Nous savon pertinemment que vous ne manquez ni d'or ni d'argent dans vos superbes mines. C'est pourquoi, mon maître a pensé vous offrir autre chose de plus utile.

Le premier orque s'approche du chef gobelin qui se penche avidement en avant pour examiner le coffre transporté vers lui.

Je laisse le temps au porteur d'ouvrir sa boîte pour en constater le contenu. Un superbe cimeterre courbe ciselé d'or et orné de rubis repose sur un coussin de velours rouge.

C'était censé arriver en deuxième ça. Crétin ! Il n'a pas retenu l'ordre de passage.

- Voici pour vous une lame créée par les redoutés Suderons afin d'honorer l'un de leur plus grand chef tombé au combat. Nous avons pensé qu'elle serait plus appropriée pour vous que pour un cadavre.

Je vois déjà les yeux du gobelin s'allumer de désir et d'envie. Je pense qu'une fois les quatre cadeaux délivrés il mangera dans la main de mon maître pour obtenir d'autres présents.

J'ai bien fait de décider d'attendre de voir ce que chaque gobelin transporte. Sinon j'aurais présenté cette arbalète à la con au lieu de l'épée contenue dans le coffret. Quelle plaie de commander des imbéciles même pas capables de retenir leur ordre de présentation.

Je fais signe à l'orque suivant. Celui-ci ouvre une boîte contenant une armure d'écailles noires mat incrustée de jais en plusieurs endroits.

Le foutu troisième présent. Mais bande d'idiots c'était portant pas compliqué.

- Voici encore pour vous une armure en peau de dragon. Elle a été créée et sertie par les elfes du deuxième âge et retaillée pour votre illustre personne par nos meilleurs forgerons.

Le roi gobelin ouvre des yeux encore plus grand. Il est visiblement surpris.

Bon, pour moi le grand avantage c'est qu'ils ne peuvent pas inverser le quatrième et le premier cadeau. C'est absolument impossible même pour un orque d'être plus con.

J'attends quand même, des fois qu'ils dépassent tous les pronostiques.

La troisième boîte s'avère effectivement être celle qui aurait dû être la première.

- En troisième, le magicien blanc à songé que vos adversaires seraient parfois trop lâche pour oser se mesurer à vous en un glorieux corps à corps. C'est pourquoi, nous avons confectionné pour vous le dernier cri de la technologie et l'avons rendu digne de votre rang.

L'orque exhibe à la vue du chef une arbalète au manche de bois couvert de laque noire et dont l'arc est en métal reluisant. Viens avec un carquois remplis de carreau à pointes barbelées d'allure redoutable.

- Cette arme projette de courtes flèches à une distance de cent soixante pieds avec suffisamment de force pour percer les meilleures armures de maille. De plus, les flèches sont dotée de pointes creuses remplies de poison qui se libèrent si l'on tente d'extraire le projectile.

Je claque à nouveau des doigts et plusieurs orques vont chercher le dernier cadeau.

Celui-ci me répugne, mais mon maître m'a assuré qu'il aurait un effet certain sur le chef des gobelins.

Huit orques sont nécessaires pour transporter les énormes masses de métal jusqu'ici. Je me demande à quoi mon maître à songé avec ça, mais il m'a garanti que ce serait le coup de grâce qui m'ouvrirait toutes les portes de la Moria contrôlée par les gobelins.

Ils déposent deux long tube d'acier épais et noir montés sur des affûts de bois. Trois douzaines de boules de plomb viennent s'ajouter à cet arsenal ainsi que cinq barils fermés hermétiquement.

- Voici enfin pour votre peuple l'une des armes les plus dévastatrices d'Isengard après son seigneur et maître. On appelle ceci des bombardes. Elles projettent les boules de plomb que vous voyez ici à une distance de près de quatre cent pieds et son capables de ruiner les murs ou les défenses les plus imposantes en quelques coups bien ajustés.

Le seigneur des gobelins descend de son trône pour examiner les engins, littéralement béat d'admiration devant le portrait que je lui dresse. Il en fait le tour trois fois avant de se tourner vers moi, une lueur amusée dans le regard.

- Ces présents son beaux. Tout à fait dignes de moi. Mais un doute me turlupine. Que puis-je bien posséder que le magicien blanc veuille récupérer à ce prix ?

Je lui adresse un sourire innocent.

- Mon maître aimerait que j'obtienne libre accès vers la forge des nains et que j'en ramène un objet. Une arme pour être plus précis. Une arme que je forgerais moi-même en profitant des installations abandonnées par les trois fois maudites barbes-longues.

Il me dévisage, sans doute à la recherche d'une quelconque attrape, puis regarde à nouveau les cadeau.

Bon tu te décides ou bien on y passe la nuit ?

- J'accepte, finit-il par me lâcher au bout d'un moment. Et, en égard aux présents de votre maître, je vais vous en donner un pour lui également.

Il aboie des ordres aux autres gobelins avant que j'aie eu le temps de répliquer.

Plusieurs « gardes royaux », puisqu'il semble que ce soit de ça qu'il s'agit, se précipitent hors de la galerie tandis que le roi reprend place sur son trône qui grince sous son poids.

Nous n'attendons que quelques instants avant de voir les gobelins revenir en traînant une créature humanoïde au bout d'une laisse de corde grossière et usée.

J'hausse les sourcils.

Il veut me donner quoi au juste ?

La nouveau venu doit à peine dépasser ma taille, il ne porte qu'un pantalon en loques qui semble avoir été de bonne facture à une époque. De longs cheveux blonds sales et des longues oreilles sans lobe encadrent un visage fin aux yeux verts où brillent une sorte de lueur de défis.

- Nous avons pris ce petit oreilles-pointues lors de notre dernière sortie de chasse. Je pensais m'amuser avec lui aujourd'hui. Vous avez de la chance d'être arrivé avant que je n'aie eu le temps de commencer à l'abîmer.

Je fais quoi ? Je refuse poliment ou bien je lui trouve une boîte à sa taille pour le ramener ?

Les gobelins poussent l'elfe dans ma direction et l'envoient s'affaler à mes pieds. Il se relève sur les coudes mais un gobelin lui colle la joue au sol en lui mettant un pied sur la tête.

- Il est à vous en guise de ma gratitude en et témoignage de ma grande générosité pour votre maître.

Après tout, il n'est pas pour moi, mais pour maître Saroumane. Je l'embarque, on verra bien ce qu'il décide.

- Vous êtes plus qu'aimable, ho noble seigneur. La main blanche se souviendra longtemps de la générosité avec laquelle vous nous accueillîtes.

- Et je me rappelais longtemps des fort somptueux présents du magicien. Je vais mettre à votre disposition une escorte qui saura vous mener vers la forge, mais je dois vous prévenir. Mes sujets la disent hantée.

- Grand merci, j'en prends bonne note. Et maintenant, si vous le permettez bien entendu, nous allons nous retirer afin de préparer cette expédition.

- Permission accordée, dits le gobelin dans une parodie de geste royal. Vous pouvez vous retirer. Mes troupes viendront à vous quand elles seront prêtes.

Je lui fait une courbette et fait ensuite signe aux orques de ramasser le jeune elfe. Ils le saisissent sans trop de ménagement et notre guide nous amène à la zone où le reste de mon escorte et les wargs ont été parqué en mon absence.

Le petit elfe se débat en criant des mots que je ne saisi pas.

Encore du charabia elfique. Il va falloir que je m'y mette un de ces jours. Quoiqu'il soit facile de deviner qu'il ne nous encense pas.

Quand les orques essayent de le poser au campement il flanque un coup de pieds dans la jambe de l'un d'eux en manque de fracasser le nez d'un autre à coup de coude.

Les orques sortent leurs épées, visiblement dans le but de lui faire payer son geste.

- Halte ! Que croyez-vous faire ! Cet elfe appartient à notre maître et il lui sera ramené entier et dans le meilleur état possible.

Le petit se débat encore plus que tout à l'heure maintenant qu'il a les jambes libres.

Je sens que je vais devoir le calmer.

Il finit par enfoncer un doigt dans l'oeil d'un autre orque. Cette fois, trop c'est trop.

Je le saisi par le cou et le hisse à hauteur de mes yeux. Il est étonnamment léger pour sa taille. Il s'étrangle visiblement mais tente quand même de me taper.

Je lui balance une gifle en travers de la figure et le fusille du regard.

- Dans le meilleur état possible ne signifie pas que je ne peux pas te casser un membre ou deux pour que tu te tiennes tranquille, lui dis-je du ton le plus menaçant que je me connaisse.

Il me renvoie mon regard, la gifle semble à peine lui avoir fait quelque chose.

Fier comme un coq. Je vais devoir dresser tout ça si je veux avoir la paix dans les jours qui suivent.

- Je crois qu'il n'a pas compris le message, dis-je à Grumash, l'orque qui me sers de second et d'aide de camp. Attachez-le et laissez un warg goûter à l'un de ses bras.

L'orque me répond par un hochement de tête et un large sourire.

Le petit lui a pâli et la lueur de défis dans son regard a disparu.

C'est un début.

Les orques n'y vont pas de main morte pour l'attacher solidement malgré qu'il se débatte de toutes ses forces. Je regarde la scène et je me sens rongé par quelque chose. Je pense que c'est du remord.

Mon maître m'a dit et répété que pour se faire obéir des orques il fallait être intraitable et impitoyable. Mais en cet instant, je ne me sens pas l'âme d'exécuter ce que je viens d'ordonner. Je songe même un instant à rapporter mon ordre. Mais si je fais ça je risque de perdre toute autorité sur mon escorte.

Les cris de défis se sont peu à peu mué en gémissement de désespoir puis en cris de peur que le rugissement intéressé de l'un des énormes loup sauvage vient couvrir un moment. Je tourne la tête, il est saucissonné de la tête aux pieds et seul son bras gauche dépasse de ses liens. Bras qui est tendu par les orques en direction de l'un des fauves attaché à un anneau de fer sur la paroi. Celui-ci renifle bruyamment l'air et tire sur sa chaîne déjà tendue pour se rapprocher encore. Les orques ricanent bruyamment, ils exultent visiblement. Si je les dérange maintenant je vais avoir de sérieux ennuis.

Tant pis, je ne peux pas laisser ça se faire.

Je cherche le regard du Warg, il me reste peut-être une carte à jouer.

Quand je le trouve, je ne vois qu'un puit sans fond d'instinct primaire et brutal. Je le fixe intenséement.

Pendant mon séjour à Isengard j'ai remarqué que les orques avaient un mal fou à supporter que je les fixe longuement. J'ai aussi remarqué que mon oeil vert semblait devenir plus chaud dans ces moments-là.

Je n'en suis pas sûr, mais il me semble que je dois pouvoir intimider à peur près n'importe quoi à condition d'avoir un contact visuel prolongé avec.

Je me concentre sur le warg, sur ses pupilles noires et pleines de cruauté. Je veux qu'il s'apaise. J'exige qu'il se calme. J'ordonne qu'il ne fasse rien à ce gamin.

Mon oeil commence à devenir chaud, le warg ramène ses oreilles en arrière. Toute son attention est concentrée sur moi.

Je sens que quelque chose se passe, je sens un regard qui n'est pas le miens se poser sur le warg.

Puis aussi brutalement que si on l'avait frappé, l'animal se détourne et vas se réfugier près de ses congénères.

Mon oeil commence à refroidir. Je réalise alors qu'il est véritablement brûlant.

Les orques ne comprennent visiblement pas ce qui vient de se passer, le petit elfe non plus à voir.

Tant mieux, moins nous serons nombreux à savoir, mieux je me porterais.

- Que se passe-t-il, dis-je en m'approchant, l'air en colère.

- Les wargs seigneur, me dit un orque. On dirait qu'ils ont peur.

Je fais mine de les observer.

- Peut-être que cet elfe pue trop pour qu'il aient envie de mordre dedans, finis-je par dire. Il as beaucoup de chance visiblement.

Je ne lui adresse pas un regard et ordonne aux orques de préparer l'expédition et de se servir du petit comme mule. Aucun ne remarque ce qu'un léger tâtonnement m'apprends après leur départs. Des cloques se sont formées sur ma paupière, dues aux brûlures que je devine.

Mais qu'est-ce qui est en train de m'arriver ?