Vendredi 8 décembre 1995
Chère Marie,
Je suis impatiente : demain, je passe mes premiers tests ! Hermione a imposé à Harry et Ron un planning de travail pour leurs examens de fin de trimestre qui commencent la semaine prochaine, mais je l'ai menacée de la faire hospitaliser jusqu'à la rentrée des vacances si elle m'imposait la même chose. Apparemment, je progresse suffisamment vite pour que la menace porte ses fruits...
Du coup, pendant que je vais passer mes tests demain, le trio va travailler à la bibliothèque... Je plains les garçons. Hermione est adorable, j'aime beaucoup discuter avec elle, ça fait plaisir de pouvoir avoir des conversations intelligentes et poussées sur des concepts abordés en cours ou entendus quelque part. Mais quand elle se met en tête que c'est elle qui gère les plannings de travail de ses camarades, elle devient presque invivable. Bah, dans un peu plus de deux semaines, ce sont les vacances...
Ce soir, nouveau cours de rattrapage de Métamorphose qui n'en a pas vraiment été un. Hermione a imposé à Ron une session de rattrapage en la matière également, et Harry a réussi à inventer un prétexte pour qu'on ne travaille pas ensemble et qu'on puisse, lui et moi, s'isoler dans la Salle sur Demande.
Bon, on a un peu travaillé la Métamorphose. On a commencé le programme de troisième année. Et Harry pense qu'en continuant à ce rythme, on l'aura terminé avant les vacances de Noël. Je suis contente d'avancer aussi bien. J'ai un peu de mal dans les cours de cinquième année : certains concepts me semblent encore obscurs, tout simplement parce que ce sont des couches supplémentaires à des concepts vus les années précédentes. D'ailleurs, je commence déjà à beaucoup mieux comprendre les cours, grâce à ces rattrapages.
Bon sang, tu imagines ? Pratiquement à chaque fois que je t'écris, je te parle de cours, certains en particulier, ou les cours en général. Même au lycée, ça ne m'obsédait pas autant ! Mais il faut dire que c'est quand même fascinant : une potion qui change complètement de couleur parce que tu ajoutes un ingrédient ou touilles une fois de plus, des objets qui s'animent, les transformations incroyables... La magie a quand même quelque chose qui fait que pratiquement n'importe qui trouverait ces cours intéressants...
Sinon, comme ça commence à devenir notre habitude, on a profité du fait d'être tous les deux, Harry et moi, pour discuter. Cette fois-ci, on a commencé par les différences de caractère entre le vrai Harry et celui de la littérature.
Harry déteste vraiment l'attention qu'on lui porte en tant que Survivant. Il estime que ce n'est pas mérité. Ce sont ses parents qui se sont sacrifiés pour lui, et qui sont morts pour que lui survive. Et pourtant, c'est lui qu'on célèbre pour la chute de Voldemort.
Par contre, avoir l'attention parce que les filles le trouvent mignon, ou parce que c'est un bon Attrapeur, ou qu'il est doué dans une certaine matière, ça ne lui pose aucun problème. Ça, ça vient de lui. Il est quand même heureux d'une certaine manière d'avoir compris les travers de la popularité avec cette histoire de Survivant, ça l'empêche de prendre la grosse tête sur les autres aspects de sa vie.
Je trouve Harry beaucoup plus... humain en vrai que dans les livres. Dans les livres, c'est le héros, pas seulement au sens littéraire : le personnage principal dont on raconte la quête, mais aussi au sens où tout le monde le considère comme un héros, un demi-dieu.
D'une certaine manière, c'est également le cas de Hermione et Ron, dans les livres : jamais ils ne remettraient en cause l'idée que c'est à Harry de tuer Voldemort. Même si Hermione ne lui voue pas de culte de la personnalité, et le considère comme Harry et non Harry Potter, elle reste néanmoins convaincue que c'est lui le guerrier absolu qui vaincra le plus grand mage noir de leur époque. Et dans les livres, Harry correspond effectivement à cette image. Rien, dans le Harry littéraire, ne donne de raison à Hermione de douter de cette destinée.
Le vrai Harry est plus... nuancé. Il a conscience qu'il a sans doute un rôle plus important que les autres à jouer dans cette guerre, c'est indéniable. Mais au lieu de complexe du héros, je parlerais de complexe du chevalier. Il m'aide à m'intégrer, parce que c'est dans sa nature, mais n'estime pas qu'il a à me protéger à tout prix (et heureusement pour lui !).
Il a cette tendance malheureuse à se retrouver dans des ennuis qui ne le concernaient a priori pas, mais il sait chercher de l'aide, et n'a pas particulièrement envie d'écarter les autres. Il serait plus du genre à estimer que tout le monde doit avoir sa chance de faire ses preuves, et que si lui y arrive, les autres le devraient aussi, s'ils y mettent du leur.
Il a un fort système de valeurs morales, mais n'en est pas rigide pour autant. Si le Harry des livres est trop timide pour aborder des filles, c'est aussi parce qu'il pense qu'il ne mérite pas leurs attentions. Le vrai Harry a une certaine conscience de sa valeur, et il a bien l'intention d'en profiter.
Et surtout, surtout, le vrai Harry est beaucoup moins dépendant de l'intellect de Hermione que dans les livres. Je pense que l'auteur a essayé de faire un triptyque équilibré : Harry étant le cœur de lion, prêt à agir pour défendre la veuve, l'orphelin et l'opprimé, Hermione étant le cerveau, les connaissances, et Ron étant à la fois le stratège mais surtout la passion dont sont incapables les deux autres (Hermione parce que c'est un cerveau et Harry parce que c'est lui-même un opprimé).
Mais le vrai Harry est passionné, la vraie Hermione aussi. Elle est particulièrement énervante quand on parle de cours, c'est vrai, mais elle est aussi intarissable quand on parle des droits de chacun. Elle veut faire juriste, d'ailleurs, et je l'imagine parfaitement dans une plaidoirie qui prendra le jury ou une assemblée de législateurs aux tripes.
Harry, malgré ce qu'il a prétendu mardi dernier, n'a pas lu ces grands classiques que parce que ce sont des romans épiques. Il lit énormément, autant que moi (même si nous sommes tous les deux encore loin de la boulimie livresque de Hermione). Sauf que ses lectures sont partagées entre des récits de fiction ou mythologiques et des livres avec des applications très pratiques.
Savoir la théorie derrière l'Occlumancie ne l'intéresse absolument pas. Par contre, c'est lui qui a découvert comment créer un paysage mental, le niveau encore supérieur de l'Occlumancie, et l'intérêt que cela peut avoir.
Il m'a avoué d'ailleurs qu'il regrette de ne pas avoir pris les Runes et l'Arithmancie, en troisième année, au lieu de la Divination. Les deux matières ont des applications en Défense qui sont loin d'être négligeables : les Runes permettent de créer des protections qui fonctionnent de manière indépendante par rapport au sorcier qui les crée, et l'Arithmancie permet apparemment d'identifier rapidement un sort statique, ou différents types de magie.
« Pourquoi tu ne t'es pas joint à moi quand j'ai commencé à travailler les Runes avec Daphne, alors ? je me suis étonnée.
–J'y ai pensé, mais... »
Il a longtemps hésité, avant d'avouer qu'il n'a pas l'habitude d'afficher l'étendue réelle de ses connaissances. D'abord parce que chez les Dursley, cela était une cause valable pour une nouvelle punition, et puis, à Hogwarts, il a rencontré Ron, son premier véritable ami, et il a peur de le perdre s'il montre le même intérêt que Hermione pour les études.
Je n'ai pas pu m'empêcher de rire, même si c'était un peu tristement : Harry préfère sacrifier des connaissances qui pourront peut-être un jour lui sauver la vie plutôt que de perdre un ami, qui est déjà sur le point de l'abandonner.
« Ron n'a aucun droit de te dire ce que tu as le droit d'apprendre ou non. Si tu penses que ça peut être utile, fais le. Ron a vécu suffisamment de choses avec toi pour comprendre que tu as besoin d'avoir toutes les armes possibles dans ton arsenal.
–Mais Hermione et toi maîtrisez déjà les Runes. Et Hermione maîtrise l'Arithmancie également.
–Et si tu te retrouves seul ? Apparemment, ça t'est déjà arrivé plusieurs fois de commencer quelque chose avec tes amis et de finir seul. L'été dernier, il t'aurait suffi de graver une rune dans une pierre pour avoir un bouclier contre la plupart des sorts. Bon, certainement pas l'Avada Kedavra, mais ça t'aurait déjà permis de ne pas avoir à utiliser ta baguette pour un Protego, par exemple. »
Harry m'écoutait à présent avec la plus grande attention. Bien.
« Si Ron n'est pas capable de comprendre que tu as besoin de ce type de connaissances, alors c'est que ce n'est pas un vrai ami. Un vrai ami te dirait sans hésiter d'apprendre tout ce que tu veux apprendre, et t'y aiderait. Comme Hermione. Elle ne fait pas ça que parce qu'elle aime étudier. Elle est vraiment inquiète pour toi, et elle estime que tu as besoin de te préparer au mieux. Tu savais que c'était elle qui avait demandé à Remus et Sirius de t'entraîner ?
–Non...
–Tu sais, maintenant. Ron n'arrête pas de te lancer des piques sur le fait que c'est toi qui as affronté Voldemort plusieurs fois. S'il était cohérent, il comprendrait parfaitement pourquoi tu veux apprendre. »
Harry est resté un moment silencieux, puis m'a demandé :
« Tu penses que je peux me joindre à tes cours de rattrapage en Runes ?
–Oui. Daphne et moi avons presque fini le programme de quatrième année, et elle comptait me faire reprendre depuis le début histoire de s'assurer que tout est clair avant d'attaquer ce que j'ai manqué de la cinquième année. Et quand on en aura terminé, je suis sûre qu'elle acceptera de te donner des cours d'Arithmancie.
–Ça ne t'intéresse pas ?
–J'ai toujours eu du mal avec les chiffres. Ils se mélangent, quand il y en a trop. Je suis une vraie littéraire.
–A ce sujet, pourquoi ça t'a autant surprise que j'ai lu l'Edda ?
–Parce que ça colle très peu au personnage qui est fait de toi dans les livres. Et comme c'est le personnage qui change le moins, j'étais à peu près certaine d'avoir une idée de ton caractère. Et la lecture de ton propre chef, surtout de grands classiques, n'en faisait certainement pas partie, ou du moins, pas partie du Harry parfait archétype du Gryffindor que tu sembles être depuis que je te connais. Mais je cumule les surprises, avec toi, alors finalement, je crois que je vais devoir m'habituer à devoir faire ta connaissance comme avec tout le monde. »
Apparemment, ça lui a plu de découvrir qu'il n'est pas celui auquel je m'attendais, parce qu'il a eu un grand sourire. Puis il s'est penché vers moi, charmeur :
« Et toi, Manon ? Qui es-tu ?
–Pardon ?
–Oui. On parle de Ron, de Hermione, de moi... Mais toi ? Finalement, à part le fait que tu viens d'un possible futur, que tu adores tout ce qui relève de la magie et de la mythologie, et que tu as lu beaucoup de choses sur notre monde, on en sait peu sur toi... »
J'ai hésité, puis j'ai souri :
« Harry Potter, n'essayez pas votre charme sur moi !
–Ça ne marche pas ? »
Euh... Si, ça marche très bien, je dois le reconnaître. Enfin, à toi, ma belle, je le reconnais. Ce garçon sait obtenir ce qu'il veut. Mais ce n'est pas pour autant que je vais le lui dire.
« Il faut qu'on avance sur la Métamorphose...
–Allez, Manon ! Juste quelques petites choses !
–Si on termine rapidement, on pourra étudier les Animagi, j'ai tenté de négocier.
–Non, tu ne me tenteras pas avec ça..., il a décrété en secouant la tête. Tu as dit que tu étais plus âgée en vrai. Tu as quel âge ? »
J'ai soupiré. Pour les Gryffindors, on devrait ajouter « têtu » dans la liste des caractéristiques requises.
« Vingt-et-un ans. »
Il a ouvert de grands yeux.
« Sérieux ? Tu as six ans de plus que nous ?
–Physiquement... enfin, physiquement avant d'arriver ici. Mentalement, c'est une autre histoire. Ma meilleure amie et moi sommes persuadées qu'on régresse au lieu de vieillir... On parle de mecs, de beauté, de mode... des choses dont on ne s'est jamais occupées pendant le lycée.
–Pourquoi ?
–Parce qu'on a eu toutes les deux d'excellentes raisons de mûrir plus vite que la plupart de nos camarades de classe. Du coup, l'adolescence nous rattrape aujourd'hui. Remarque, l'avantage d'être adolescente mentalement quand tu as vingt-et-un ans, c'est que tu n'es plus boutonneuse, et que si tu sautes sur un mec, rien de plus normal. »
Il a ri, puis a demandé :
« Tu es célibataire ? »
Ah... Comment répondre à ça... On va essayer la version courte :
« Oui.
–Et... tu as fait beaucoup de rencontres ?
–C'est quoi ces questions indiscrètes ?
–Tu sais que Ron bave sur Lavender, et que Hermione n'est sortie qu'avec Krum, et que moi, je cumule les histoires volontairement sans lendemain. J'ai bien le droit de savoir dans quelle catégorie tu es, non ? »
Bon, autant pour la version courte. Brusquement, il s'est penché vers moi et a appuyé ses mains sur mes genoux :
« Non, ne te mets pas en boule. »
Je me suis regardée, surprise. En effet, sans même m'en rendre compte, j'avais ramené mes genoux contre moi. Apparemment, aborder ma vie sexuelle (ou son absence) face à un garçon dont je sais qu'il me plaît est encore moins évident que je ne le pensais.
Harry me plaît, c'est certain. Tu me vois depuis un mois déballer ses qualités. Au début, j'espérais toujours qu'il s'intéressait à Hermione, parce que finalement, les histoires où il a la relation la plus équilibrée, c'est avec elle.
Mais à présent, je n'en suis plus aussi sûre. Il est trop sûr de lui, un trait de caractère qu'il n'a pratiquement jamais dans ce que j'ai lu, et s'il se met en couple avec Hermione, sa personnalité va écraser celle de Hermione, qui va se retrouver au rang de simple compagne chérissant son héros de petit ami. Et ça, ça n'est pas Hermione. Ils ont à la fois les mêmes valeurs et des caractères très différents. Elle ne pourra pas s'affirmer face à lui, tout simplement parce qu'elle n'en aurait pas envie. Elle fait une excellente meilleure amie, sans doute aussi une bonne confidente, mais ça ne pourra jamais tourner en relation amoureuse.
Ginny voue effectivement un culte à Harry Potter, c'en est impressionnant, et voire même parfois gênant. Mercredi matin, au petit déjeuner, elle l'a harcelé de questions sur ses lectures, comme si, parce qu'il avait lu ces livres, c'était soudain devenu une lecture incontournable. Elle a un tempérament de feu, certes, mais toute sa personnalité disparaît face à Harry.
Et les autres filles... Harry couche avec elles, mais n'a pas de relation avec elles. Même Daphne, qui a pourtant du caractère et est intelligente, ne représente rien de plus pour lui qu'un moment en excellente compagnie.
Du coup, moi et mon petit cœur de guimauve, on se prend à se dire que c'est peut-être possiblement envisageable. J'ai quinze ans physiquement, et également de plus en plus, mentalement. Ça ne sert à rien de le nier. Je n'ai pas beaucoup plus de maturité que mes camarades de classe. Enfin... Que Harry ou Hermione, par exemple. Y a pas photo, je serai toujours plus mûre que Lavender ou Parvati.
Mais toujours est-il que je ne me sens pas comme une adulte au milieu d'adolescents. C'est assez effrayant, d'un certain côté... est-ce que ce sont eux qui sont finalement plus mâtures que leurs camarades non-magiques, ou est-ce que c'est moi qui ai pris un sacré coup au cerveau en même temps que j'ai rajeuni physiquement ?
Enfin, tout ça pour dire que Harry est un garçon charmant et charmeur, et qui sait s'y prendre avec les filles, et que je ne suis pas plus immunisée face à son sourire que les autres.
Et en plus, il fait suffisamment attention à moi pour voir mes signes de nervosité... Ahhh !
« OK, j'ai fini par dire. Je n'ai eu aucune histoire.
–Depuis quand ?
–Depuis toujours...
–Tu as vingt-et-un ans et tu n'as jamais été amoureuse ?
–Non. J'ai eu des coups de cœur, qui ne se sont jamais concrétisés. Je... Comment expliquer ça ? »
Bon sang, j'ai mis des années avant d'en parler à toi, et me voilà en train de devoir l'expliquer à un mec que j'ai rencontré il y a un mois...
« J'ai toujours eu du mal avec les émotions. J'ai une très grande conscience, trop sans aucune doute, de l'image que je dégage. Et je suis une maniaque du contrôle. J'aime contrôler ce que je ressens, comment je réagis aux choses, et j'essaie de faire en sorte que mon processus de pensée soit toujours basé sur la raison et non sur les émotions. Je ne me laisse pas aller. Ce n'est pas dans ma nature.
–Tu... Sans vouloir te vexer, tu ne dois pas t'amuser beaucoup, si tu ne te laisses pas aller.
–Tu ne me vexes pas, parce qu'il y a du vrai, là-dedans. Je me laisse aller quand je suis seule ou avec un groupe restreint de personnes en qui j'ai confiance. Je m'amuse plus en écrivant une histoire qu'en faisant la fête comme une folle sur la piste de danse. Pour que j'accepte de faire la fête comme une folle, il faut que je boive. C'est la seule façon pour que je fasse tomber mes barrières. Et même dans ces cas-là, je cherche à garder un minimum de contrôle. Je ne suis pas du tout la fille bourrée qui va se frotter à tous les mecs un tant soit peu à son goût. En résumé, je suis une fille sacrément coincée et qui intellectualise beaucoup trop les choses. »
J'ai inspiré un bon coup, avant de continuer :
« Ajoute à ça des années collège pas marrantes, où j'étais bouc-émissaire parce que j'étais trop intelligente au goût de mes camarades de classe, pas franchement jolie fille, et que je refusais de rentrer dans le lot.
–C'est pour ça que tu supportes aussi mal les réflexions de Ron ? a dit Harry avec un air de réalisation sur le visage.
–En effet. Ça ramène de trop mauvais souvenirs. À l'époque, j'étais encore jeune et naïve, et une fois, deux fois, on a voulu me faire croire qu'un garçon avait de l'intérêt pour moi. J'y ai cru la première fois, et la deuxième fois, je me suis dit qu'ils n'allaient pas me faire le coup deux fois, et je lui ai laissé une chance, tout en étant quand même prudente. J'avais bien fait, parce qu'en effet, ils m'avaient refait le coup une deuxième fois. Or, mon plus grand défaut, c'est de ne jamais faire deux fois la même erreur.
–Ce n'est pas un défaut...
–C'est un défaut dans le sens où depuis cette époque, je n'ai jamais laissé s'approcher un garçon qui m'est plus ou moins inconnu. J'ai des amis garçons, mais il est hors de question qu'un type que je ne connais pas ou mal m'aborde et me drague. Enfin, il peut tenter, mais ça ne le mènera nulle part. Les seuls qui auraient leur chance sont ceux qui sont entrés dans mon cercle d'amis, parce que je sais qu'ils ne se moqueront pas de moi. Or, une fois dans le cercle d'amis, c'est très dur de passer en petit ami. Du coup, voilà. J'ai embrassé des gars, il y a eu du pelotage, mais ça n'est jamais allé plus loin.
–Tu as vraiment l'impression que tous les mecs qui veulent te séduire se moquent de toi ? »
Il avait l'air complètement abasourdi. Je peux le comprendre. Dit comme ça, ça paraît parano...
« Ne se moquent pas forcément de moi, mais au mieux considèrent que je suis une proie facile, qui n'osera jamais leur dire non, parce que après tout, c'est déjà bien gentil de leur part de s'intéresser à moi.
–Et pourquoi ils penseraient ça ? Tu es une jolie fille, tu devrais plutôt... je sais pas... te sentir flattée, non ?
–Je suis très belle ici. Et tu sais pourquoi je le reconnais aussi facilement et sans avoir l'impression de me vanter ? »
Harry a secoué la tête.
« Parce que ce n'est pas du tout mon apparence habituelle. La première réaction que j'ai eue quand je me suis vue dans le miroir à l'infirmerie, en arrivant ici, c'est : oh mon dieu, je suis canon ! J'avais l'impression de voir quelqu'un d'autre. Mes yeux sont les mêmes, les traits globaux du visage, les mains, la taille, la couleur de peau, les cheveux... Mais c'est à peu près tout.
–A ce point ?
–Pour avoir la Manon de vingt-et-un ans avant son voyage, tu ajoutes cinquante kilos à mon poids actuel. Tu mets tout dans le ventre, les hanches, les fesses, et aussi, mais moins, les seins. »
Harry a heureusement grandi dans le monde non magique, et comprend ce qu'est un kilo. Parce que je suis toujours incapable de faire la moindre conversion de kilos à livres... Il a ouvert de grands yeux surpris et m'a détaillée de haut en bas, cherchant sans doute à s'imaginer ce que je lui décrivais. J'ai continué :
« Tu épaissis le visage. Double-menton, bras plus gros, mollets énormes... Sans parler évidemment du ventre, des fesses et des cuisses. Je n'aurais jamais pu me... mettre en boule, comme tu dis, avec mon ancienne silhouette. C'était physiquement impossible. La peau était moins saine, aussi. Je n'étais plus boutonneuse, certes, mais j'avais encore des stigmates de ma peau d'adolescente. Et dur d'être aussi forte sans avoir de peau d'orange ou de vergetures. Je n'étais pas belle. Et j'ai déjà entendu des mecs me dire que j'étais une idiote de refuser leurs attentions, parce que ce serait certainement les seules que je recevrais de la soirée. Alors forcément, dans ces conditions, tu apprends à te barricader. Et au lieu de les laisser faire leur plat et de me faire insulter quand ils voient que ça ne marche pas, je les rembarre dès le début. »
Harry est resté silencieux un moment, avant de dire :
« Je me suis toujours demandé pourquoi Hannah a refusé de sortir avec moi.
–Qui ?
–Hannah Abbott, chez les Hufflepuffs. »
J'ai hoché la tête. Je me souviens d'elle, à présent. Elle fait partie du groupe d'entraînement. C'est une fille ronde, très discrète et timide. Pas aussi forte que je l'étais, mais toujours plus que la plupart des élèves ici.
« Elle a du croire que je voulais lui faire une faveur en m'intéressant à elle.
–Ce n'était pas le cas ?
–Non ! s'est exclamé Harry, choqué. Elle est belle, à sa façon. Elle a un très joli visage, tout en douceur. Et elle a de l'humour. J'avais trouvé ça bizarre qu'elle m'accepte en tant qu'ami et qu'elle se braque dès que je lui parle d'une relation. Je comprends mieux, maintenant.
–Elle est peut-être comme moi : j'ai toujours refusé les histoires d'un soir. J'ai toujours eu peur que si je me laissais aller avec un garçon, je m'accrocherais, alors que je savais que c'était inutile. J'ai toujours été fascinée par la légèreté avec laquelle certaines filles considèrent l'acte sexuel. Je comprends qu'elles envisagent ça de façon beaucoup moins compliquée que moi, mais je n'ai jamais réussi à considérer que le fait de coucher avec un garçon pouvait se résumer simplement au plaisir. Moi qui intellectualise tant, je n'ai jamais réussi à dissocier sexe et sentiments. J'ai toujours pu embrasser sans aucun souci, mecs, filles... Aucun complexe à ce sujet. Mais quand il faut aller plus loin, ça me demande une confiance que je n'ai jamais réussi à avoir. C'est une attitude plutôt rare chez une personne adulte, je crois, mais pas chez une adolescente qui est encore pleine de rêves de prince charmant, et qui veut s'offrir entièrement à celui qu'elle aime. Hannah est peut-être comme ça. »
C'est tout à son honneur, Harry a prit le temps de réfléchir avant de répondre avec un sourire :
« C'est bien d'avoir encore ce genre de valeurs. Je vais la laisser en paix, alors.
–Tu la harcelais ?
–Non, je la taquinais juste un peu, une sorte de flirt. Comme ce que je fais avec toi, en fait. D'ailleurs, pourquoi tu me laisses faire si tu as l'habitude de repousser tout le monde dès qu'ils commencent ?
–Parce que tu as toujours agi comme ça avec moi. Et au début, j'étais encore sous le coup de 'oh mon dieu, je suis canon', et ça ne m'a pas semblé... anormal. Bizarre, venant de toi et de l'image que j'avais de toi par les livres et tout, mais pas anormal, parce que en effet, en étant totalement objective, je ne suis pas vilaine. Dur pour ma modestie, mais bon... »
Harry a eu un petit rire.
« Et puis ensuite... J'ai fait un peu plus connaissance avec toi, et certains traits de caractère dont je me doutais déjà se sont retrouvés confirmés : tu n'es pas du genre à te moquer d'une fille, ou à sortir avec elle pour lui faire une faveur. Tu es trop... chevaleresque, pour ça. Et puis, ça ne reste que du flirt. Tu ne m'as jamais proposé quoi que ce soit.
–Tu aurais réagi comment si je l'avais fait ? »
Ah, question piège...
« Aucune idée. Je ne pense pas être moins méfiante qu'avant, mais une des causes de ma méfiance, mon apparence, n'est plus. Une autre cause, le fait que le garçon se moque de moi, n'a apparemment pas lieu d'être avec toi. Alors, en toute honnêteté, je ne sais absolument pas du tout comment j'aurais réagi. Je pense que j'aurais paniqué, tellement cette situation est inhabituelle. »
Il a éclaté de rire, et je n'ai pas pu m'empêcher de sourire, même si je pense que ma réponse est assez proche de la réalité. S'il avait tenté quoi que ce soit, je suis déjà trop hors de ma zone de confort pour que je réagisse bien. Ici, il y a possibilité pour qu'un garçon m'aborde en étant sincère, beaucoup plus en tout cas que dans ma vie habituelle. Et je ne sais pas comment réagir à ça... Tu vois, quand je dis que je ne suis pas plus mâture que les autres... Quelle fille de vingt-et-un ans normalement constituée serait paralysée parce qu'un garçon semble sérieux en lui proposant une relation, même si elle devait être brève ?
Bon sang, je sens que lorsque je vais revenir à la bonne époque, j'aurai droit à un bon suivi psychologique... Il me manque quelques cases essentielles dans mon développement...
« C'est marrant que tu acceptes de flirter avec moi si tu es si peu sûre de bien réagir si jamais je devais te proposer de sortir avec moi, » a soudain dit Harry.
Je l'ai regardé un moment. Il a raison. Puis j'ai réfléchi à ma réponse :
« Ça fait quelques mois que je flirte sans problème avec mes amis. Je prends peut-être petit à petit plus confiance en moi. Parfois, je me dis que j'ai juste cinq à sept ans de décalage avec tout le monde. Mais le fait de flirter avec toi n'a rien de nouveau ni d'incongru pour moi. Tu n'es pas le premier.
–Dommage... »
Nous avons ri tous les deux.
« Et donc tu flirtes, mais ça ne te viendrait pas à l'idée de passer à l'acte...
–J'y pense... j'ai reconnu sans problème. Et quand j'y pense vient un autre problème : quand tu as quinze, seize, dix-sept ans, et qu'après avoir flirté pendant quelques mois avec les gars de ton école, tu te retrouves finalement à avoir un rapport avec l'un d'eux, il sera peut-être surpris de découvrir que tu es vierge, mais ça n'a rien d'anormal à cet âge. Mais je dois reconnaître que j'ai toujours eu peur de la réaction de mon potentiel amant, à mon âge.
–Ça, tu ne peux pas le savoir tant que tu ne le feras pas.
–Je sais, et je déteste cette situation-là. Et si ça se trouve, c'est une crainte complètement idiote, mais aucun des mecs qui m'ont draguée ces derniers mois m'ont donné suffisamment confiance pour que je tente ma chance.
–Avec une attitude pareille, tu serais plus à ta place à Slytherin qu'à Gryffindor. »
J'ai eu du mal à ne pas éclater de rire. Mais je suis une Slytherin, petit lion ! J'ai préféré ne pas le choquer et me contenter d'une demi-vérité :
« Sans doute. Slytherin n'a d'ailleurs pas été écarté d'office. Mais si je suis extrêmement, voire trop, prudente en ce qui concerne mes affaires de cœur, je suis capable de n'importe quoi pour une cause que je trouve juste ou mes amis. Ce n'est pas parce que je me blinde dans un certain aspect de ma vie privée que je n'ai pas ma place à Gryffindor. Si je me blinde, c'est aussi parce qu'à un moment, j'y ai cru et j'ai foncé. Seuls les idiots n'apprennent jamais de leurs erreurs. »
Harry a hoché la tête. Être courageux ne signifie pas foncer encore et encore dans la même erreur en espérant qu'un jour, ça n'en soit plus une. Puis il a changé de sujet :
« Est-ce que... est-ce que tu es devenue amie avec moi parce que je suis Harry Potter, le personnage de tes livres ? »
J'ai réfléchi, avant de décider de dire la vérité :
« Oui et non. J'ai toujours eu confiance en toi... Ton aura, j'ai ajouté en voyant sa surprise. Je pense que sans les livres, j'aurai peut-être mis plus de temps, je me serais d'abord rapprochée de quelqu'un de moins... charismatique, comme Neville, parce que c'est plus rassurant, d'une certaine façon. Toute ton attitude montre qu'on doit compter avec toi, que tu ne peux pas être ignoré, en bien comme en mal. Et quand on arrive dans un endroit inconnu, surtout quand on est plutôt du genre à vouloir prendre ses marques avant d'agir, tu es exactement le genre de personne à éviter, alors même que tu es quelqu'un de super. Je pense que les livres m'ont aidée à être suffisamment familière de Hogwarts, de votre culture et du rôle que vous avez globalement chacun à y jouer pour que je passe l'étape de la prise de marque, et que je m'intéresse plus rapidement aux personnalités de chacun, et non ce que vous semblez être en apparence au vu de la hiérarchie implicite dans l'école.
–La hiérarchie implicite ? »
Visiblement, en effet, les Gryffindors n'ont pas vraiment le sens des relations sociales, s'ils ne se rendent même pas compte qu'un lycée est un des endroits les plus rigoureusement organisés qui soient.
Harry ne se rend absolument pas compte que sa réputation à Hogwarts ne tient pas que de son aura de Survivant, mais aussi et surtout de tout ce qu'il a fait depuis son entrée à l'école, que ce soit à Hogwarts même ou en dehors. Il ne se rend pas compte que si tout le monde a un avis sur lui, c'est parce que c'est en quelque sorte le roi de l'école, celui que tout le monde connaît, dont tout le monde connaît les moindres faits et gestes, et que personne n'ose affronter sérieusement. Même les Slytherins qui le détestent se contentent d'insultes, et ne sont jamais passés à l'action : ils savent parfaitement que tout le reste de l'école leur tomberait aussitôt sur le dos.
Même une nouvelle comme moi s'en rend immédiatement compte. Même sans le connaître auparavant, c'est une évidence : la plupart des rumeurs le concernent, les gens se retournent sur son passage, les filles gloussent, l'accostent, il peut flirter avec elles sans se faire rembarrer... Et il se fait acclamer à chaque apparition sur le terrain de Quidditch, histoire de parfaire le stéréotype du mec le plus convoité du lycée parce que c'est le capitaine de l'équipe de foot...
J'aurais eu beaucoup de mal à l'approcher s'il n'avait pas été dans mon année et quelqu'un qui a si peu pris la grosse tête qu'il ne réalise même pas que tout le monde attend de lui qu'il ait certaines relations, et qu'une intello née-moldue, ou une étrangère venue d'on ne sait où, n'en font normalement pas partie.
Il a semblé prendre l'explication avec sérieux, et j'ai retourné la question, histoire de prouver mon argument :
« Et toi ? Pourquoi tu es venu vers moi ? Il n'y aurait pas eu cette histoire de voyageuse dimensionnelle, tu m'aurais adressé la parole ? »
Harry a souri :
« Je vois ce que tu veux dire, maintenant. J'aurais mis plus de temps avant de te parler. Là, il y avait la curiosité de savoir d'où tu venais, et pourquoi tu es là. Et puis, en parlant, j'ai vu que tu es une chouette fille. Je l'aurais sans doute vu à un moment ou un autre, on est dans la même année, la même maison, après tout, mais j'aurais mis plus de temps si tu étais une nouvelle plus... banale. Ne serait-ce que parce que j'ai l'habitude que tout le monde me voit comme Harry Potter, et pas comme Harry, et j'ai tendance à observer les gens avant de leur parler. »
Nous nous sommes compris, donc. C'est amusant, quand même, ces discussions qu'on peut avoir. J'ai presque autant de facilités à parler avec lui qu'avec toi. Sauf que lui n'est pas connecté à mes neurones et ne termine pas mes phrases... Haha. Je crois que je vais prendre peur si ça arrive. Et qu'on n'a pas de discussions grivoises. Huh, rien que d'y penser, ça me donne un frisson... Pense à autre chose, Manon, vite !
En tout cas, on a continué à discuter encore un peu sur le sujet. Il a du mal à réaliser qu'il a ce statut dans l'école. En même temps, il en aurait vraiment conscience, il n'aurait plus exactement le même... prestige. Il a cette place aussi parce que les autres savent qu'il ne la veut pas. Les humains sont étranges, parfois...
Brusquement, on s'est rendus compte qu'on était en retard pour le couvre-feu. On s'est dépêchés de retourner à la salle commune, avec la Carte du Maraudeur et la cape d'invisibilité.
Franchement, ce sont deux objets extraordinaires ! La carte est absolument fabuleuse, sa version dans les films ne lui rend franchement pas honneur. C'est un curieux empilement de parchemins, un parchemin par étage, avec les découpes en fonction des tours, des cours et tout. C'est très étrange à voir, et de voir des bouts de papier passer d'un morceau à l'autre, pour signaler les escaliers, les passages secrets... Ça donne un peu le tournis, mais Harry dit que c'est une question d'habitude.
Et la cape... Quand tu la portes sur toi, tu vois tellement bien à travers que, sans le poids du tissu sur toi, tu oublierais complètement que tu es sous une cape. C'est assez déroutant de se dire que tu vois aussi bien quand tu es dessous, mais que personne ne te voit. Harry m'a d'abord montré comment il disparaissait, et c'est juste hallucinant. Tu ne vois absolument rien, pas de mouvement d'air, de couleurs un peu floues ou quoi que ce soit. On est vraiment invisible quand on est dessous.
Quand nous sommes arrivés à Gryffindor, les autres nous attendaient, un peu inquiets. Comme d'habitude, c'est Hermione qui s'est manifestée en première :
« Où vous étiez ? On se demandait s'il vous était arrivé quelque chose ! »
Nous nous sommes regardés, et on a éclaté de rire.
« Non, j'ai répondu. Nous avons été dans la Salle sur Demande pour travailler la Métamorphose, comme prévu.
–Et finalement, on a discuté et on a oublié l'heure. Du coup, j'ai montré la carte et la cape à Manon.
–Vous avez discuté de quoi ?
–De littérature, de sentiments et d'affaires de cœur. »
J'ai eu du mal à ne pas afficher ma surprise en entendant la réponse (très) franche de Harry. Apparemment, il a eu envie de se moquer d'eux. Et ça a très bien marché : ils nous ont regardés tous les deux, l'un après l'autre, comme s'ils se demandaient si on cachait quelque chose (une histoire de couple, par exemple... mais c'est juste un exemple pris au hasard, évidemment...).
Et... Désolée, ma belle, mais tu me connais. Quand on me tend une perche pareille, je ne peux qu'entrer dans le jeu, impossible de passer à côté. Alors je me suis tournée vers Harry, je l'ai embrassé sur la joue, et j'ai dit :
« Merci d'ailleurs, pour cette... mmh… discussion. Je suis claquée, bonne nuit tout le monde ! »
Et je suis montée dans mon dortoir sans attendre de voir leur réaction. J'espère que Harry n'a pas été gêné et qu'il acceptera de me raconter demain.
Et du coup, me voilà, en train de t'écrire, avec pas mal de temps, c'est pour ça que j'ai pu me permettre de te noter les conversations et tout.
Demain, donc, mes tests sur mes cours, et sans doute aussi un peu des réactions des autres.
Tiens, aujourd'hui, c'est la Fête des Lumières, chez nous. J'ai résisté à l'envie de mettre des bougies sur les fenêtres de notre dortoir. Même si je ne suis pas croyante, ça reste une jolie fête.
Même si c'est passionnant, la vie ici, et que je me fais des amis, et que je suis tout le temps occupée, mon chez-moi me manque. Je suis en permanence avec quelqu'un. Il n'y a que lorsque je suis à la salle de bain que je suis seule. Et je ne suis pas faite pour être tout le temps en société.
J'ai envie d'être toute seule un moment, juste pour lire, pour ne rien faire, pour rêver...
Heureusement, les vacances de Noël approchent. Avec l'ambiance morose à cause de Voldemort, même si tout le monde ne croit pas en son retour, les familles tiennent à avoir leurs enfants près d'eux, et les filles du dortoir s'en vont. Donc, dans quelques semaines, je serai toute seule pendant deux semaines. Et même si c'est triste de passer Noël toute seule, j'aurai au moins la tranquillité dont je rêve de plus en plus. Et dont j'ai de plus en plus besoin.
Et toi aussi, tu me manques. Normalement, quand je vis quelque chose de génial, tu es la première personne à qui j'en parle. Alors certes, j'écris dans ce journal comme si je t'écrivais un email ou te racontais une histoire. Mais ce n'est pas pareil.
J'espère qu'on se verra bientôt, d'une manière ou d'une autre.
A demain ma belle ! Tu me manques, j'aurais adoré pouvoir te raconter tout ça de vive voix.
Note de l'auteur :
J'ai beaucoup hésité avant de publier ce chapitre. Les questionnements et raisonnements de Manon par rapport à sa vie sentimentale reflètent les questions que je me posais quand je l'ai écrit. Depuis, j'ai trouvé des réponses, et j'ai du coup hésité à laisser ce chapitre intact ou à le remanier.
Puis je me suis dit que j'ai passé littéralement des années à me poser ces questions. Je me les posais à 21 ans (l'âge de Manon), je me les posais encore à 27 ans (l'âge où j'ai écrit cette histoire). A 28 ans, j'ai ma réponse, et j'aimerais permettre à ceux qui peuvent aussi se sentir concernés de ne pas attendre aussi longtemps.
Donc, pour ceux qui sont à l'aise dans leur sexualité et leur vie amoureuse, la suite n'est pas pour vous, ou alors à but simplement éducatif.
La réponse qui me convient se résume en deux mots : asexualité et aromantisme.
J'ai mis beaucoup de temps à comprendre que si je ne "me laisse pas aller", comme dit Manon, ce n'est pas parce que j'ai peur ou parce qu'il "faut être amoureuse avant de coucher". C'est tout simplement parce que je n'en ressens pas l'envie.
Je n'ai jamais été attirée, physiquement et sentimentalement, par qui que ce soit. J'ai eu des crushs parce que je ne comprenais pas que je pouvais avoir envie d'être avec un garçon sans que ça signifie avoir envie de lui, ou d'être amoureuse de lui. J'ai toujours eu l'impression que les garçons qui me draguent se moquent de moi ou me choisissent "par défaut" parce que moi-même n'étant attirée par personne, j'ai du mal, encore aujourd'hui, à concevoir qu'on puisse être attiré(e) par moi. Je suis d'ailleurs complètement aveugle à tout signe annonciateur d'une romance, que ce soit envers moi ou entre deux autres personnes... (ce qui fait de moi généralement la dernière personne au courant des derniers potins cul/cœur au boulot...).
Ma frustration venait principalement de la pression sociale : plus je vieillissais, plus je me disais que je n'étais pas normale, à voir mes ami(e)s se marier, avoir des enfants, ou continuer à cumuler des aventures, mais avoir au moins des affaires de cœur. Je me suis réellement demandé s'il ne me manquait pas une étape importante de mon développement psychique.
Il ne me manque aucune étape. L'asexualité et l'aromantisme ne sont pas des maladies mentales ou des déficiences hormonales.
Je n'ai pas fermé mon cœur aux autres, ni suis devenue une misanthrope ou une parano en puissance. A défaut de romance, ma vie amicale est très remplie, et comme une amoureuse, j'ai mes coups de cœur, mes déceptions, mes "ruptures"... J'ai même ma "relation stable" avec ma meilleure amie ! :)
Bref, je suis au fond une personne relativement normale, mais incapable de tomber amoureuse ou d'avoir de l'attirance pour quelqu'un.
Je ne crois pas avoir été aussi soulagée que le jour où j'ai découvert la notion d'asexualité. Et je n'ai jamais été aussi en paix avec moi-même depuis. S'épanouir dans une vie amoureuse (et donc sexuelle), c'est un diktat social, et ça m'a fait énormément de bien de m'en détacher.
Attention, je ne dis pas "à bas les codes sociaux" et "vive l'asexualité" ! Je dis juste que si vous aussi vous avez l'impression de ne pas arriver à vous fondre dans les moules de l'hétérosexualité, l'homosexualité, la bisexualité et toutes les autres sexualités possibles, si l'expression "chaleur, chaleur" est juste ça, une expression, alors vous n'êtes peut-être pas allosexuel(le) (l'inverse de l'asexualité).
Et de même, je ne dis pas que je n'aurais jamais de vie amoureuse ou sexuelle. L'identité sexuelle peut évoluer. Peut-être qu'un jour je tomberai amoureuse et j'aurai follement envie de lui (ou d'elle) (et je serai toujours considérée comme asexuelle, la demi-sexualité faisant partie de ce spectre). Mais en attendant, j'arrête de me mettre la pression et de me rendre malheureuse.
Je ne suis pas coincée, frigide, incapable de faire confiance, de lâcher le contrôle... Je n'en ai juste pas envie, et ça n'a pas besoin d'être plus compliqué que ça.
N'hésitez pas à vous renseigner sur Internet pour découvrir les différents aspects de l'asexualité et de l'aromantisme (ces notions sont aussi larges que l'allosexualité). J'ai personnellement découvert ces notions sur Madmoizelle (magazine féminin en ligne assez engagé), et j'ai approfondi mes recherches sur Aven, le forum dédié aux Ace/Aro (notre petit nom ;) ).
Voilà, on n'en parle jamais, sans doute parce que ce type de sexualité et de romantisme ne réclame pas de droits (ben oui, on est tout simplement célibataires...), et voilà donc une occasion d'en parler.
C'est à cause de (ou grâce à ?) ça qu'il n'y aura aucune scène explicite dans cette histoire. J'ai du mal à parler de ce que je ne connais pas et ne peux pas comprendre, et j'ai du mal avec l'explicite, vu ça ne m'intéresse vraiment absolument pas. Vous aurez par contre un peu d'érotisme. Je ne suis pas complètement insensible, hein ;)
De même, à force de me poser des questions sur moi-même, je n'ai jamais été fermée aux différentes orientations sexuelles, et il y aura de tout : des couples hétéros, des couples homos, des discrets et des plus extravertis... Ceux qui ont du mal à sortir de la notion d'hétérosexualité, vous risquez également d'avoir un peu de mal avec certains chapitres dans quelques semaines/mois...
Par contre, Manon n'est pas asexuelle/aromantique. J'ai bien conscience que ce n'est pas une sexualité très fréquente, et beaucoup d'entre vous auront peut-être du mal à s'identifier à ça (certains de mes collègues étaient catastrophés quand je leur ai expliqué que je n'avais jamais envie de sexe...). Donc Manon aura autre orientation sexuelle, et une autre explication à ses questionnements.
Vous la découvrirez plus tard, ça fait partie de l'histoire.
Si vous avez lu jusqu'ici, merci beaucoup pour votre patience ! Je vous rassure, vous aurez très peu de passages aussi personnels (je ne crois pas qu'il y en a d'autres dans la première partie, en toute honnêteté). Mais j'ai été choquée par une fic qui expliquait que l'absence de désir sexuel d'un personnage était due à une anomalie hormonale, il fallait qu'une autre voix puisse se faire entendre ;)
Réponses aux guest reviews :
Imashyphoenix : tu disais que le dernier chapitre était personnel ? :D Celui-là l'est encore plus ! ;)
En fait, dans les livres, on ne dit jamais qu'il est mignon. Rowling dit juste qu'il est petit, maigre, des cheveux noirs en bataille, des yeux verts, des genoux cagneux et "a fair skin", qui peut être traduit par une peau claire ou une belle peau, comme tu veux. Mais jamais il est dit qu'il est même "correct".
En fait, ce qui est chouette avec Rowling, c'est qu'elle donne les attributs principaux (taille, couleur de cheveux, d'yeux, certaines caractéristiques particulières (les genoux de Harry, les dents de lapin de Hermione, les tâches de rousseur de Ron...)) et le reste... libre à nous de l'imaginer ! :)
Après, notre imagination fait souvent de notre personnage préféré un "beau" personnage. Et j'ai décidé de faire de Harry un personnage sexy qui s'assume parce que c'est marrant :)
Et puis il faut bien qu'il décompresse, ce pauvre garçon ;)
alea : wow, ça, c'est de la review ! Oo Merci beaucoup ! Je suis ravie que ce ne soit pas ce à quoi tu t'attendais, et que tu aimes ce que je fais avec mes personnages.
J'avoue ne pas aimer les "gentils naïfs"... Ça veut souvent dire qu'en parallèle, il y a des "méchants cruels", et je déteste cette vision manichéenne des choses. Je suis désolée pour ceux/celles qui l'aiment, mais ce sera répété plusieurs fois dans l'histoire, parce que j'ai donné à Manon ma vision de la dualité bien/mal.
Concernant les enfants, c'est quelque chose qui m'avait choquée dans les livres, mais surtout dans les films, principalement les derniers. Ils sont beaux, les scènes de batailles sont chouettes, bien filmées, et tout... mais ce sont des protagonistes de quinze à dix-sept ans, bon sang ! Je n'irais pas plus loin dans ma réponse parce que la note d'auteur doit paraître interminable à certains, et ça fait l'objet d'un chapitre, qui sera publié dans cinq semaines ;)
Pour la faille concernant les Dursley, c'est une piste, effectivement, et intéressante, mais pas celle que j'ai suivie :) La tienne est logique et sensée, mais j'ai utilisé un autre cliché pour cette histoire.
Harry/Ginny : il n'y a rien eu pour le moment. Est-ce qu'il y aura quelque chose plus tard, je ne sais pas. Ce n'est pas du teasing, je ne sais vraiment pas. Ça dépendra de la direction que prennent ma deuxième et troisième parties :)
Les histoires de Ron et Hermione seront plus ou moins abordées par la suite :) Ron n'a eu pour l'instant personne et Hermione a eu juste Krum. Je l'imagine bien avoir eu des flirts d'été lors de ses vacances en famille, mais dans ma tête, Krum a été le premier "vrai" copain, et pour l'instant le seul. Et ils sont séparés, même si j'imagine bien Hermione garder, comme dans les livres, un certain niveau d'amitié avec lui.
Merci encore pour cette super review, et j'espère à bientôt !
A lundi prochain tout le monde !
MAJ le 02/10/2017
