Voilà, je suis navré du temps que ça a pris pour que vous ayez la suite. Je vous rassure, je ne vous ai pas oubliés. c'est juste que mon apprentissage s'est révélé plus chronophage que prévu. N'oubliez pas de lâcher un petit commentaire.

Votre hauteur préféré,

Howlsoul


LA FORGE DE LA MORT

La descente vers la forge des nains s'avère moins ardue que je ne l'aurais cru. Les gobelins ont, semble-t-il, largement eu le temps de cartographier leur nouveau domaine.

Je ne crois pas cependant que les anciens propriétaires aient jamais pensé qu'un humain viendrait un jours par ces couloirs. Ceux-ci sont trop bas et je suis obligé de marcher courbé, ce qui fait ricaner les gobelins et m'énerve au plus haut point. Mes orques, eux, n'éprouvent pas ce problème. Ils sont juste plus petits que moi et, même avec leurs casques, ne se cognent jamais la tête.

L'entrée de la forge est gardée par un porte à double battant devant laquelle s'ouvre une antichambre plus hautes que les couloirs que nous venont d'emprunter. La porte en acier poli est largement recouverte de bas-reliefs représentant des nains au travail et deux gros anneaux de fer servent de poignées.

Je remarque que les gobelins regardent les portes avec un mélange de crainte et de respect. Ils osent à peine s'en apporcher. D'ailleurs, mes orques aussi sont nerveux et les wargs renaclent à entrer dans la pièce.

Personnellement, à part qu'il fait frais, je ne sens rien. Je me demande d'ailleurs si je suis censé ressentir quelque chose.

Notre petit convoi se clos avec les deux orques qui retiennent le gamin elfe. Celui-là n'a rien perdu de son mordant visiblement. Et moi qui pensait l'avoir douché un bon coup avec le coup du warg. Faut croire que c'est râpé.

Ou machouillé, c'est selon.

Cette pensée me fait ricaner doucement.

- Grumash, on monte le camp ici ! dit-je en me tournant vers l'intéressé. J'ai à faire dans la forge et je ne veux être dérangé sous aucun prétexte.

- Vos ordres… me grogne l'orque visiblement de mauvaise grâce.

Il semble fasciné par l'examen des murs. J'ai même l'impression que dans un moment il vas se faire un torticolis à force de se tourner sans cesse.

On dirait qu'il a les jetons. Drôle de concept pour un orque…

Je me dirige vers ma monture. Celui-ci est visiblement moins nerveuse que les autres. D'après Saroumane, cette femelle warg est la matriarche de sa meute. Pour moi, c'est juste un loup plus gros et avec plus de cicatrices que les autres. Malgré que je la trouve un peu plus moche, je l'aime bien. Elle est un peu moins agressive que les mâles, mais n'hésite pas à les remettre à leur place. Je ne lui ai toujours pas donné de nom.

- Ici, dit-je en tendant la main paume ouverte vers ma warg avant de siffler trois coups brefs.

Elle vient docilement coller son museau strié de blessures dans la paume de ma main. Je lui gratte la fourrure derrière les oreilles pendant une petite minute en observant le montage du bivouac.

Les gobelins ont vite fait de se rassembler dans le coin le plus éloigné de la porte et se mettent à babiller entre eux dans leur langue de couinement aigus.

Mes orques s'installent près de la sortie de la salle et profitent de la présence d'anneaux dans les murs pour y passer les longes de leurs montures. Personnellement, j'ai fait plusieurs fois l'expérience que la mienne n'avait pas besoin d'être attachée pour m'obéir.

La première nuit après notre départ, je l'avais attachée avec les autres avant d'aller dormir. Le lendemain, je l'avais retrouvé allongée à côté de moi, sa longe encore nouée autour de l'arbuste arraché.

La deuxième nuit, m'estimant heureux de ne pas m'être fait bouffer, j'avais cette fois choisi un arbre de taille plus conséquent. Manque de bol, devinez qui je trouvais à me servir d'oreiller le lendemain. Cette fois, elle avait rongé sa longe et j'avais été forcé de lui en trouver une nouvelle.

Depuis, j'ai abandonné l'idée de l'attacher et je n'ai jamais eu à m'en plaindre. Je crois même qu'elle a finit par s'attacher à moi. Il faut dire aussi que, comparativement aux orques, je la traite bien.

Son grondement me rappelle au présent. Je ne suis pas ici pour étudier les principes de la cohabitation entre les wargs et les humains. Je lui tapote le flanc pour la remercier et la soulage de mes fontes. Elle s'ébroue avant de se diriger vers les autres wargs. Sa présence semble les calmer un peu.

Je me mets à chercher dans mes sacoches. C'est que j'ai une mission à remplir moi. Une mission qui me concerne directement en plus.

Heureusement, la cassette qui contient les parchemins de mon maître n'est pas dure à retrouver, même dans mon fouillis. Les parchemins qui sont à l'intérieur, en revanche, sont ce que j'estime être la partie la plus douteuse du plan.

Je ne connais rien à la magie, et je suis toujours dubitatif quand à son existence. Même si je suis censé être le bras droit du plus grand magicien du continent.

Je saisi le premier et casse le sceau de cire blanche, comme mon maître m'a appris à le faire. Je me dirige ensuite vers les portes.

Les gobelins se mettent à couiner plus fort et je distingue à la périphérie de mon champ de vision mes orques qui me regardent fixement au lieu de continuer à s'occuper de leurs affaires.

Je m'arrête à un mètre devant les portes.

- Grumash, toi et tes orques restez ici et ne bougez pas tant que je ne serais pas revenu, lui dis-je sans me retourner.

- Et si vous revenez pas ? Me demande l'orque après une petite minute de silence.

Je tourne juste la tête pour lui adresser mon sourire le plus féroce.

- Dans ce cas, vous risquez d'attendre très longtemps, réponds-je avant de me mettre à ricaner.

La blague n'est pas particulièrement bonne, mais à la tête que tirent les orques je comprends qu'ils l'ont prise au sérieux. Et là, je commence à rire pour de bon.

Ils sont désopilants de connerie parfois ces orques.

Je pousse la porte et entre dans la forge. Le battant se referme derrière moi, visiblement équilibré pour toujours renvoyer la porte dans son cadre.

La salle qui s'étale devant moi est spectaculaire de par ses dimensions et de par sa situation. Je vois le bord d'un gouffre gigantesque s'ouvrir derrière une petit balustrade de pierre à une centaine de mètres de là. Les murs sont taillés dans la roche pour donner une légère inclinaison, sans doute pour évacuer la fumée vers la gigantesque crevasse plutôt que vers les tunnels. Sur une surface dallée d'au moins cent mètres sur trois cents, une douzaine de fourneaux de forges sont répartis le long de murs, tandis que des ateliers munis d'enclumes et de râteliers à outils se sont répartis au petit bonheur la chance. Un haut-fourneau couvre l'entièreté du mur du fond et sa cuve gigantesque doit pouvoir contenir des dizaines de mètre cube de métal en fusion. Le tout est équipé de roues à engrenages qui permettent sans doute de mettre tout ça en branle avec un effort moindre.

Une couche de poussière d'un bon centimètre recouvre le tout et, contrairement aux restes de tunnels que nous avons empruntés jusqu'ici, il n'y a pratiquement aucun cadavre de nain. Les deux seuls présents tiennent encore à la main les outils de leur professions : des marteaux à large tête.

Je remarque que mon souffle a commencé à se transformer en buée.

Étrange, il ne faisait pas aussi froid à l'extérieur de la pièce.

Un léger vent commence à souffler dans la salle. Jusque-là rien de bien alarmant si ce n'est que j'ai l'impression d'entendre comme un vague bruit de martèlement. Même plus que ça. J'ai l'impression que la forge tout entière est au travail alors que je peux voir que rien ne bouge. Même pas les chiffons sur les établis qui devraient être agités par un vent comme celui-là.

Bon, les spectres sont de sortie si j'en juge…

Je reprends le parchemin et l'ouvre devant moi. Les mots qui y sont inscrits me sont inintelligibles, sauf le premier. Saroumane m'a assuré qu'il en était toujours ainsi. Les sortilèges restent toujours obscur aux non-initiés, mais même le plus novice peut lancer un sort contenu dans un parchemin. Le vocabulaire des arcanes, pour un peu que j'aie tout bien saisi, ne se laisse lire que peu à peu afin de déployer correctement le sortilège.

Je lis, peu à peu, mots après mots. Je constate tout de suite un effet. À chaque fois que je finis de lire un mot, il commence à briller. Je me sens l'air un peu con à lire mon bout de papier à haute voix. Mais bientôt, j'ai l'impression que ça devient plus difficile. Je suis obligé de me concentrer plus intensément pour lire le ce qui s'affiche. En plus, les autres mots brillants me gêne un peu et j'ai les yeux qui se mettent à piquer.

Très vite, je me retrouve en sueur. Incapable de m'arrêter, je déchiffre tant bien que mal le parchemin, des larmes plein les yeux qui brouillent ma vue. Je ne comprends comment je parviens encore à lire ce truc, c'est presque mécanique. Dès que je termine un mot, le suivant devient soudain limpide, comme si je le connaissais depuis toujours et sa prononciation me vient naturellement. Pourtant, mes oreilles sont absolument incapables de traduire ce que je raconte. J'ai l'impression d'entendre une espèce de chanteur qui marmonne des mots sans suites avec parfois des prononciation dissonantes et d'autres où j'ai, limite, l'impression de chanter.

Puis d'un coup, tout s'arrête. Le parchemin me flambe entre les doigts et disparaît en l'espace d'à peine une seconde. Je reste surpris, complètement haletant et en nage. Je suis aussi mort que si j'avais couru deux fois la circonférence de l'Isengard.

Même le vent s'est arrêté. Alors que là je l'aurais bien apprécié. À la place une sorte de brume s'est levée. Enfin... Une brume bizarre qui bouge sans une once de courant d'air.

Avant d'avoir put pousser la réflexion plus loin, la "brume" se rassemble pour former deux silhouettes trapues représentant des nains. L'image de ceux-ci doit être celles qu'ils avaient au moment de leur mort. Leur chair semble en bonne partie rongée, leurs barbes sont des entrelacs de poils sales, certains os sont saillant et leur yeux habitent des petits globes opalins sans pupilles.

- Qui qu't'es toi pour V'nir troubler not' sommeil ? Me demande le plus massif des deux.

Malgré mon état de fatigue, je parviens à poser ma main droite sur mon cœur et à pencher le buste dans un salut un peu raide.

- Je suis Ekaros. Bras droit de Saroumane, le magicien blanc.

Les spectres semblent hésitants.

- J'suis Grimmir, fils de Grimm, finit par me répondre mon premier interlocuteur. Et lui c'est Talin, l'fils de Malak.

- Honoré, réponds-je.

- Tu nous pardonneras d'pas t'répond' ça avant qu'on en soit sûr.

- Je comprends, dis-je en laissant entendre une pointe d'agacement dans ma voix.

- Que'qu' tu veux au fait' pour v'nir nous enquiquiner ?

- Je suis ici pour vous passer une commande.

Les deux nains semblent ouvrir encore plus grands les yeux puis partent d'un rire qui résonne froidement dans la salle. Personnellement, je goûte peu à leur hilarité et fronce les sourcils pour exprimer ma contrariété.

- Excuse-nous, ta seigneurie. Mais sans vouloir t'vexer, j'crois ben qu't'as pari sur l'mauvais bourrin.

- Au contraire, je crois que vous correspondez parfaitement à ce que je suis venu chercher.

Les deux nains cessent de glousser et moi je me mets à leur sourire. Pas de mon sourire aimable, plutôt mon sourire carnassier.

Je sens qu'ils commencent à me prendre au sérieux.

- Ben, c'est pas qu'on voudrait pas, mais on a comme un ch'ti problème pour saisir les choses.

- C'est un détail mineur, lui réponds-je en balayant le commentaire d'un geste négligent.

Cette fois, je comprends que je suscite leur intérêt. Ils commencent à me regarder sérieusement.

- Qu'est-ce qu'on a gagne à bosser pour l'magicien ?

- Qu'est-ce que vous désirez ? De l'or ?

- On en a point trop l'usage.

- Du fer ?

- Pour quoi foutre ?

- Une tombe ?

- Ha ! C'est vrai que ça, ça pourrait nous intéresser.

- Et le repos éternel en prime ?

- Tope-là l'humain ! T'auras c'que tu veux si t'arrives à nous éviter l'éternité à moisir ici.

- Il est vrai que cette forge est pour le moins…

Je cherche mes mots pendant une bonne minute avant de trouver.

- … Mortelle, dis-je avec un sourire.