Je me sens vraiment en veine créatrice ces dernier jours. Comment ais-je pu laisser cette fic si longtemps sans la toucher ? Franchement ça me dépasse. Enfin. laissez un commentaire c'est toujours le bienvenu.


PARA BELLUM

Depuis le sommet de la colline, je peux voir les murs noirs de l'Isengard qui se dressent en contrebas. La vallée a énormément changée en un mois. Tous les arbres à l'intérieur de l'enceinte ont disparu et la forêt de Fangorn juste à côté est déjà sévèrement entamée. Au milieu de cette désolation, Orthanc se dresse tel un doigt noir et accusateur pointé vers le ciel.

Le gamin elfe, qui est en amazone sur mes genoux, marmonne un commentaire d'un ton effaré.

- Ils n'ont pas chômé en mon absence, dis-je sans m'adresser à personne.

Grumash hoche la tête en arrivant à côté de moi. Son warg se fait repousser en arrière d'un grognement de ma monture.

Notre groupe a chevauché toute la semaine à un bon rythme pour revenir ici et je ne serais pas mécontent de descendre de ma warg. Mine de rien, j'ai les muscles des fessiers crampé après toutes ces heures à serrer les jambes contre ses flancs. Le warg est sans conteste une monture rapide et dangereuse, mais son roulement d'épaules le rend peu confortable à chevaucher.

D'un clappement de langue, je la remets en mouvement. Plus vite ce sera terminé, mieux je me porterais.

L'elfe ne dit rien, il se contente de regarder de tous ses grands yeux verts. Il m'est devenu de plus en plus sympathique tous le long du voyage et nous avons un peu fait connaissance. Il ne m'a pas dit son nom, mais j'ai appris d'autres choses sur lui. Notamment qu'il est effectivement toujours considéré comme un enfant par ses semblables alors qu'il est plus vieux que moi. Ou du moins plus vieux que je ne m'estime âgé.

Mon épée m'a rendu mon prénom, mais en dehors de ça je me heurte toujours à ce fichu mur blanc. Elle continue à me faire sentir qu'elle existe et elle semble heureuse d'avoir trouvé sa place à mon côté. J'ai en permanence l'impression d'avoir une présence chaude et amoureuse blottie contre moi tant que je la porte.

Les cinq premiers jours c'était grisant, maintenant je commence à m'habituer.

Le temps d'arriver devant les gardes de la porte, le soleil est arrivé à son zénith. Ceux-ci me saluent d'un geste de la tête puis reprennent leur veille silencieuse.

Je vois la silhouette boiteuse de Garshok se hâter dans ma direction le long de la route de pierre souillée par la boue. Il semble content de me voir.

- Maître Ekaros ! Enfin vous êtes de retour ! Me salue-t-il tout sourire.

- Garshok, réponds-je en le saluant d'un vague mouvement de la tête. Je ne pensais pas que ma présence te manquerait autant.

- Maître, vous ne pouvez pas savoir à quel point je me suis inquiété pour vous. Maître Saroumane aussi s'est inquiété.

- Pourquoi donc ? J'étais en plein territoire allié.

- Les choses ont bougée très vite en votre absence. De partout, les crébains du pays de Dun nous ont apporté des nouvelles alarmantes, signalant que nos ennemis se sont mis en marche. Depuis l'Eriador, le magicien gris s'est mis en mouvement à la tête d'une bien étrange compagnie. Du Rohan, des nouvelles sur des mouvements de troupe inquiétants nous sont parvenus. Du Gondor, les rôdeurs semblent se faire plus actifs et se rassemblent. Notre maître ne cesse de dire qu'il n'y a plus une minute à perdre !

Ainsi, les choses se précipitent. Il était grand temps que j'arrive.

Je n'ai pas arrêté ma monture pendant toute la discussion et je me retrouve bien vite au pied de la tour. Une haute silhouette en blanc, tenant un long bâton de fer m'y attend.

- Ekaros, je suis heureux de te revoir. Malheureusement, les nouvelles qui nous sont parvenues en ton absence me préoccupent.

Il avise alors le petit elfe dans mes bras.

- Qu'as-tu trouvé là ?

- Maître, c'est un présent qui vous est offert par le roi des gobelins en remerciement pour vos cadeaux.

Il hausse les sourcils, l'air hautain.

- Je n'en ai pas l'usage. Fais-en ce que bon te semble.

- À vos ordres, dis-je en m'inclinant sur ma selle. Je me faisais justement la réflexion qu'un valet me serait bien utile.

Il balaie ma suggestion d'un petit geste indifférent de la main.

- Suis-moi, j'ai une mission à te confier.

Je mets pied à terre et me tourne vers Garshok.

- Assure-toi que mon nouveau valet sois conduit à mes quartiers. Ensuite, fait en sorte qu'il soit correctement vêtu d'ici ce soir. Et avec des vêtements neufs et propres.

- Il en sera fait selon votre volonté, me siffle l'orque en jetant un regard malicieux au gamin.

- Et il ne doit rien lui arriver, lui fais-je signaler en posant la main sur la poignée de Din'Ganar.

Une vague de chaleur enivrante m'envahi à ce contact. Je sens mon épée m'encourager langoureusement à la dégainer. Elle est impatiente de goûter à son baptême de mort et en frémit d'impatience.

L'orque semble soudain se ratatiner en face de moi et ses yeux s'agrandissent de terreur. Il dégluti péniblement et recule d'un pas.

- V… Vos… Vos… Vos désirs sont des ordres, maître ! me lance-t-il comme s'il s'agissait d'une phrase magique censée le protéger.

Je lui adresse un sourire moqueur et lâche la garde de Din'Ganar. Je la sens gémir de frustration dans mon esprit. Je la calme d'une caresse sur sa garde. Elle s'apaise aussitôt et sa présence redevient caressante.

Sans un regard de plus, je monte les escaliers à la suite de mon maître.

Celui-ci m'attend au sommet des escaliers, juste devant l'imposante porte de la tour.

- Je suis heureux de voir que ta nouvelle acquisition te plaît.

- J'en suis plus que ravi, admets-je.

- Pourrais-je l'examiner un instant ?

Je lui fais signe que oui et vais pour la saisir mais il m'arrête d'un geste.

- Je vais la dégainer moi-même, élude-t-il face à mon regard interrogateur.

Il tend la main vers la poignée et s'apprête à la saisir.

Aussitôt qu'il entre en contact avec elle, une scène explose dans mon crâne. Je vois un petit anneau d'or serti d'une pierre verte sombrer au ralenti dans un flot d'acier incandescent mélangé à une grande quantité de sang. Une sorte de cri d'horreur inhumainement haut perché retenti tout le long de la vision.

Un sentiment de haine et de viol me submerge aussitôt. Avant de m'en rendre compte, je me retrouve à genoux, les mains sur le sol, en train de tenter de reprendre ma respiration. Je suis pris de vertiges violents qui me retournent l'estomac tandis que mon œil vert me brûle comme s'il s'agissait d'une bille de métal chauffée à blanc.

Je vois le bas de la robe de Saroumane s'agiter à quelques centimètres de là.

- Intéressant, murmure-t-il dans sa barbe.

J'essaie de comprendre ce qui a bien pu m'arriver. Je sens que Din'Ganar est furieuse à un point indescriptible, sa présence est devenue froide et hostile au point d'en être douloureuse. Je pose la main sur sa poignée pour tenter de comprendre.

J'ai d'abords l'impression de m'entailler la main sur une arrête vive en la touchant, mais l'instant d'après la douleur reflue aussi vite qu'elle est venue. À travers ce contact, je la sens meurtrie au point qu'elle semble prête à se rompre. Telle une créature perdue, pleurant son dégoût d'elle-même.

La panique m'envahi, comme un poison au goût aigre. Sans vraiment savoir comment faire, j'essaie de la réconforter. Je sens que je réussi à capter son attention et son chagrin se déverse par notre lien.

Une chape de désespoir tombe sur mes épaules avec le poids du plomb et l'avenir me semble soudain être parti en cendres, consumant avec lui la moindre parcelle d'espoir.

Je suis profondément affligé par l'état de ma lame. Sa personnalité me semblait si vive, dotée d'une force indestructible.

Je viens de découvrir qu'elle pouvait aussi être brisée avec la même facilité qu'une brindille sèche. Cette révélation m'effraie, sans que je puisse y faire quoi que ce soit.

- Relève-toi Ekaros, me somme mon maître. Nous avons du travail et pas assez de temps pour nous permettre de le dilapider à ne rien faire.

Je me relève péniblement. Ma tête s'est calmée et mon estomac semble vouloir rester à sa place. Même mon œil a retrouvé une température normale.

J'emboîte le pas au magicien. Celui-ci ouvre les portes d'un petit mouvement de son bâton et s'engage dans le hall.

- Nous avons une guerre à mener.

- Une guerre ? Ne puis-je m'empêcher de soulever.

- Oui ! Les peuples libres sont désormais persuadés que nous sommes leur ennemi et ils ne feront pas de pitié. Le facteur temps vient de me devenir primordial.

- Où en sommes-nous de nos préparatifs ? Dis-je d'un ton distrait.

L'état de Din'Ganar continue de me préoccuper, mais je fais de mon mieux pour suivre la conversation de mon maître.

- Les puits à uruk sont tous inséminés, mais seuls deux petites centaines sont presque arrivées à maturité.

- Si les Rohirrims débarquent, nous n'aurons que des orques pour nous défendre, dis-je en acquiesçant de la tête.

- J'ai déjà une petite idée pour gagner encore un peu de temps, me dit Saroumane en m'emmenant toujours plus haut dans la tour. Mais j'aimerais voir ce que tu as retenu de tes récentes études. Que me suggérerais-tu pour retenir un ennemi plus nombreux, plus fort et mieux équipé ?

Cette fois je suis bien obligé de repousser les lamentations de ma lame dans un coin de ma tête pour me concentrer sur le problème.

- Je ne vois que deux solutions, réponds-je après un court instant de silence pendant lequel nous continuons à gravir les marches. Nous devons soit lever le camp et nous cacher, ce qui n'est pas très envisageable.

- Ce n'est pas envisageable du tout, nous serions encore plus exposés une fois sorti d'Isengard.

- Dans ce cas, il faut détourner l'ennemi vers une autre cible ou le désorganiser pour l'empêcher d'attaquer.

- Très bien. J'en suis arrivé à la même conclusion. Mon homme à Edoras maintient le roi dans ses filets, mais son fils a prit des initiatives. À l'heure où nous parlons, il a envoyé des messagers demander à ses généraux de se tenir prêts à marcher sur les gués de l'Isen.

Je pousse un juron. Les gués sont gardés par une toute petite garnison d'orques tout juste capables d'effrayer des paysans. À ce rythme, l'Isengard ne sera jamais prête à temps.

- Le fils de Théoden est un chien de chasse coriace, il n'est pas facile de lui faire lâcher une piste, commente mon maître.

- Dans ce cas, donnons-lui un os à ronger pour le faire patienter, dis-je en rebondissant sur l'allégorie. Mais je ne vois pas bien quoi.

- Les sauvages du pays de Dun, me réponds le magicien.

- Ces barbares ? Ils savent à peine distinguer un orque de leur derrière !

- Ils n'ont pas besoin d'être intelligents pour faire des dégâts et détourner de nous le regard du Rohan.

J'y réfléchis en vitesse. C'est vrai que ça peut marcher.

- Admettons. Mais, sitôt que la cavalerie de Théodred va leur tomber dessus, ils ne tiendront pas une semaine. Nous risquons juste de le faire attaquer encore plus tôt.

- Ce qui pourrait bien être sa dernière erreur. On as déjà vu de grands généraux perdre des batailles jugées gagnées d'avances parce qu'ils s'étaient montrés trop empressés.

- Nous n'aurons pas les premières fournées d'uruk avant combien de temps ?

- Celles qui sont déjà en route sont des fournées à gestation normale, me renseigne mon maître. Les suivantes seront des fournées à gestation rapide. En comptant le temps nécessaire à un entrainement de base, il nous faut encore compter quatre mois.

Je siffle à cette estimation.

- C'est très juste, mais la partie est jouable, admets-je à contrecœur. Cependant, il va falloir que les Sauvages fassent de réels dégâts pour le forcer à partir aussi précipitamment. Seront-ils assez stupides pour se lancer, à corps perdu, dans un raid où ils devront tout brûler sur leur passage sans rien rapporter tout de suite chez eux ?

- J'admets que tu marques un point Ekaros, me sourit Saroumane. As-tu une suggestion pour remédier à ce problème ?

La question n'est pas bien dure. Je pèse quand même ma réponse pour éviter de dire une bêtise, mais elle me semble la meilleure.

- Il nous faut envoyer des orques et quelques-uns des premiers uruks avec eux pour les "motiver" à continuer d'avancer.

- Tu apprends vite, me félicite le magicien en me donnant une petite tape dans le dos.

- Je me porte volontaire pour aller commander les forces de la main blanche dans l'opération de saccage, dis-je en croisant les bras. Il leur faudra un chef à poigne pour les garder sous contrôle.

- Ton enthousiasme fait plaisir à voir, mais j'ai d'autres projets pour toi. Les deux premières centaines d'uruks sont destinées à nous permettre de mettre sur pieds notre futur programme d'entraînement. Dans un second temps, je compte en faire des forces d'élite sous ton commandement direct. C'est pourquoi je compte sur toi pour superviser leur entraînement. Elles seront plus que nécessaire pour accueillir dignement notre prince royal aux gués de l'Isen.

Je hoche la tête en signe de compréhension et quelque part je suis rassuré de ne pas repartir en campagne aussi vite. Je n'ai pas encore eu le temps de faire plus de quelques passe d'échauffement avec Din'Ganar. Il faut que je ma fasse à son maniement avant d'espérer pouvoir engager plus qu'un orque en combat réel. D'après Saroumane, je n'étais pas un mauvais guerrier avant ma perte de mémoire. De plus, je me suis effectivement retrouvé quelque réflexes de combattant en m'entraînant contre des orques. Mais trois passes avec des armes en bois ne veulent rien dire.

Nous arrivons finalement dans la partie haute de la tour, celle réservée aux quartiers du magicien. Sur la table de la salle à manger, une carte en peau est étalée. Elle représente une vue assez détaillée du Rohan avec l'Isengard dans le coin supérieur gauche.

- Nous devons décider d'une stratégie globale avant de manger, m'explique mon maître. Tu vas enfin te sentir utile mon garçon ! Me dit-il avec un sourire malicieux en me posant la main sur l'épaule pour me guider vers la carte.

Quand je reviens dans mes quartiers, je retrouve le gamin elfe assis en tailleur sur ma chaise, derrière mon bureau. On lui a donné une large tunique noire sur des braies de la même couleur, ainsi qu'une paire de souliers en cuir dont je vois dépasser de la paille. Un tabard assorti au reste et portant le pochoir de la main blanche vient compléter le tout. Je remarque également les deux mouchoirs de lin blanc qui lui entourent les poignets là où ses blessures n'ont pas encore fini de cicatriser.

- Tu n'as pas essayé de t'échapper ? dis-je en feignant l'étonnement. Par la Main ! Il vas grêler demain !

Il me fait une moue agacée, ne goutant visiblement pas ma blague. Je remarque à ce moment que la pièce a été aérée et qu'un petit feu brûle joyeusement dans l'âtre, réchauffant agréablement la pièce.

Je hoche la tête en signe de contentement. Il s'en sort bien dans son nouveau rôle.

- Tu t'es déjà mis au travail à ce que je vois. C'est bien.

Je me tourne vers lui, avec un sourire bienveillant.

- Tu as déjà mangé ?

- Non. Garshok a dit que je mangerais quand vous m'y autoriseriez… Maître.

J'étais en train de suspendre ma cape à une patère quand il me sort son "maître" tout tremblant d'hésitation. De surprise, j'en lâche mon vêtement et me retourne vers lui avec de grands yeux ronds.

- Tu as pris un coup sur la tête ? Ne puis-je m'empêcher de lui demander.

Il s'agite sur mon fauteuil comme une goute d'eau dans une poêle brûlante, visiblement mal à l'aise.

- Garshok a dit que si je faisais quoi que ce soit qui vous déplaisait, il m'arracherait personnellement la peau du dos à coup de fouet. Et puis… Vous faites peur quand vous vous y mettez.

Alors là, je suis scié ! Je croyais avoir juste donné à réfléchir à Garshok, voilà qu'en plus j'apprends que j'ai collé la pétoche au gamin.

- Comment ça "je fais peur" ?

- Vous avez les yeux qui changent de couleur quand vous menacez les gens, me dit l'elfe. Et en plus on as l'impression de sentir une… Heu… Comme une aura effrayante autour de vous.

J'ai les yeux qui changent de couleur ? Une aura effrayante ?

Je me dirige vers mon armoire et l'ouvre en grands. Je me regarde ensuite attentivement dans mon miroir, mais à part mon œil brun et l'autre vert je ne constate aucun changement. Pareil pour l'aura.

Je me retourne vers le gamin.

- Tu es sûr de ne pas avoir reçu un coup sur la tête ? lui dis-je en fronçant les sourcils.

Il hoche la tête affirmativement.

Quand je suis finalement couché, je retourne toujours cette conversation dans ma tête en essayant de comprendre. Pour finir, épuisé par le voyage, je ferme les yeux avec la ferme intention de m'endormir.

Une faible présence esseulée me rappelle que j'ai une épée à charge.

Sans faire de bruit pour ne pas déranger le jeune elfe qui dort sur une paillasse près de la cheminée, je dégaine ma lame. Je la sens se réjouir de ma présence comme une personne mortellement affligée qui essaie de faire bonne figure.

Je la regarde tristement, affligé par son état.

- Dis-moi ce que je peux faire pour te guérir, lui dis-je d'un ton désespéré.

Je n'obtiens pas de réponse mais je la sens m'envoyer une légère vague de gratitude. Décidé à ne pas la laisser tomber, je la garde dans mon lit et m'endors en la serrant contre moi.