PETITS SECRETS

Je suis avec mon maître le jour de la naissance des premiers uruks. Personnellement, je trouve le procédé des puits à éclosion répugnant. Mais bon, ce n'est pas moi qui décide de la méthode. Les orques s'agitent tout autour des amas visqueux de cocons boueux, donnant des petits coups de piques ou de gaffe pour énerver les "bébés" et le faire sortir plus vite.

D'un seul coup, dans un bruit de déchirement humide écœurant, une tête couverte de fluides translucides jaillit d'un cocon à mi-hauteur. Elle tousse et crache tout ce qu'elle peux de cette matière, aspergeant généreusement les autres cocons.

Aussitôt, tels des araignées qui ont senti une proie se prendre dans leur toile, les orques se précipitent, avec leurs lames et leurs crochets fixés sur des bâtons, pour finir de découper les enveloppes et tirer l'uruk nouveau-né hors de son cocon.

L'uruk à peine libéré est trainé sur les autres cocons jusqu'au sol sans douceur et laissé là où il s'est immobilisé. Un autre uruk réussi alors à déchirer sa propre enveloppe et à y passer un bras musculeux. Les uns derrière les autres, les uruks déchirent leurs cocons, y passant l'un ou l'autre membre en essayant de s'en libérer. De partout, les orques commencent à grouiller autour du puits d'éclosion, aidant les créatures à s'extraire de leur lieu de gestation.

La cacophonie ambiante devient assourdissante. Entre les cris hauts perchés des orques au travail et les grognements rauques des uruks, il me devient presque impossible de distinguer un son d'un autre.

Brusquement, un hurlement grave couvre tous les autres bruits. Les orques s'écartent précipitamment d'un uruk qui s'est relevé et tiens entre ses larges main la tête d'un orque qui se débat, ses pieds ne touchant plus le sol. Poussant un nouveau hurlement, l'uruk exerce une torsion sur le crâne de l'orque dont la colonne émet un craquement sec. Puis, il jette le cadavre encore secoué de convulsion et se remet à hurler à pleins poumons en dévoilant ses crocs jaune et inégaux.

Je n'aime pas ça.

Comme s'il m'avait entendu, le monstre se met soudain à nous charger mon maître et moi.

Je grogne d'incrédulité. Il est suicidaire pour oser vouloir s'en prendre à nous ?

- Ekaros, ce raté dérange ma vue, me signifie mon maître d'un geste dédaigneux de la main.

Je hoche la tête et m'interpose, avançant calmement vers mon adversaire, la main sur la poignée de Din'Ganar.

L'uruk a déjà parcouru plus de la moitié du chemin et tous les orques se sont écartés de son passage. Il ne lui reste qu'une petite dizaine de mètres à parcourir avant d'arriver à mon contact.

J'écarte les jambes et baisse mon centre de gravité. Je sens mon épée me transmettre une légère vague de chaleur. Elle s'est remise petit à petit au fil du mois qui s'est écoulé, mais elle est loin d'avoir retrouvé toute son exubérance des premiers jours. Je l'ai maniée aussi souvent que possible depuis et je me suis habitué à son poids comme à son équilibre. Elle ne se lamente plus, mais ne se réjouit pas non plus comme avant à chaque fois que je la touche.

L'uruk n'est plus qu'à deux mètres et pousse un terrible hurlement de rage. Je le laisse approcher encore un peu.

Au moment où je vais donner mon coup, je le vois se pencher en avant et tenter de me rentrer dedans tête la première.

Mes réflexes me permettent de l'esquiver en faisant un pas à gauche, mais c'est tout juste. Je n'ai pas pus dégainer. Il fouette l'air de ses énormes bras, me griffant le cou au passage.

Jurant, je tire ma lame et tente un coup de taille pendant qu'il me dépasse, mais je ne lui fait qu'une légère entaille dans le flanc.

Brutalement, la chaleur que je sentais par le contact de Din'Ganar s'intensifie et me remonte le long du bras comme un carreau d'arbalète.

La scène se fige.

Sans comprendre pourquoi, je sens Din'Ganar soudain entrer en éruption, flamboyante d'un sentiment de joie incrédule. Par notre lien, je constate qu'elle-même se sent un peu égarée. Comme une personne au seuil de la mort qui retrouve soudain toute ses forces. Sa surprise se transforme en exultation, puis en bonheur avant de devenir soudain une gratitude sans borne qu'elle me transmet comme un torrent déchainé.

Je me sens sourire malgré moi.

Enfin, je te retrouve !

D'une caresse sur mon esprit, elle confirme mes impressions et m'enveloppe à nouveau de sa chaude et sensuelle étreinte.

Je sens mes forces se décupler, mon esprit s'aiguiser, mes perception s'augmenter. Ensemble à nouveau, je me sens invulnérable. Elle me pousse à me dépasser, à me donner jusqu'à mes ultimes limites.

Je lui cède absolument tout, trop heureux de la revoir enfin comme elle n'aurait jamais dû cesser d'être. Mon épée semble sentir ma joie et y répond avec enthousiasme. Elle minaude pour que je finisse ce que j'ai commencé.

Je n'ai plus qu'une idée en tête : accéder à ses désirs.

Ma contre-attaque maladroite, je la transforme aussi soudainement que je l'ai lancée. Profitant de mon élan initial, je pivote sur un pied, exécutant un tour complet sur moi-même en accélérant, saisi mon arme à deux mains et l'abat de toute mes forces vers la nuque de l'uruk fou.

Le sentiment de joie qui émane de Din'Ganar se transforme en extase quand sa lame mord dans les chairs de mon adversaire. Je la sens trancher muscles, tendons et os sans le moindre effort, créant des geysers de sang où elle se baigne avec délice, telle une sirène dans une mer rouge comme la passion.

Je reprends mes esprits et constate le résultat.

Le cadavre de l'uruk fait encore deux pas convulsifs, puis tombe à genou et s'écroule de tout son long dans la flaque noire de son propre sang. Du tronc ne dépassent que les moignons du cou et de ses deux bras tranchés au milieu du biceps.

Dans un bruit mat et visqueux, la tête tombe dans une flaque de boue aux pieds de mon maître, suivie de près par les des bras disparus. Pas une tache n'est à déplorer sur sa robe.

Il m'adresse un sourire de satisfaction, mais je le remarque à peine. Je suis hypnotisé par mon reflet dans le sang qui macule mon épée de la garde à la pointe.

Je ne reconnais pas bien l'être que j'y vois. Il a le même visage que moi, mais celui-ci présente un air de joie hystérique et ses yeux semblent briller intérieurement d'une lueur rougeâtre.

Je cesse de sourire, le reflet en fait autant et la lueur dans ses yeux diminue.

C'est… C'est moi ?

Aussitôt, Din'Ganar vient à mon aide et m'envoie une vague rassurante. Sa chaleur dissipe mes doutes en un instant. Je la sens comblée et devine sa plénitude en arrière-plan. Elle est heureuse et m'entoure de ce sentiment comme d'un vêtement plus doux que la soie.

Mon amour. Pourras-tu jamais me pardonner ce moment d'égarement ? Je t'aime tellement. Si seulement je pouvais trouver des mots assez fort pour t'exprimer toute ma gratitude de m'avoir tirée de l'enfer lugubre où j'étais tombée.

Ces phrases sont apparues dans mon esprit comme gravées au fer rouge. Je secoue la tête d'un air amusé et attendri.

L'important c'est que tu sois heureuse.

Sa chaleur augmente et elle me transmet son plaisir de se voir répondre ainsi.

La voix de mon maître magiquement amplifiée me tire de la contemplation de mon arme. Son discours résonne à travers les cavernes et les galeries, je ne doute pas un instant que tous les orques et les uruks sous l'Isengard l'entendent.

- Vous êtes mes soldats ! Les premiers de la plus puissante armée que ce monde verra jamais ! Vous êtes les meilleurs et rien ne peux vous résister ! Vous servez la Main Blanche ! Vous servez Saroumane !

Une clameur résonne à travers les galeries, si forte qu'elle fait trembler les soutènements et décroche un peu de poussière du plafond.

Je baisse mon arme et hoche distraitement la tête. Din'Ganar ne cesse de me faire partager son sentiment de revivre à travers notre lien.

Je remarque à peine que mon maître me fait signe de le suivre, pourtant je lui emboîte le pas avant de m'en rendre compte.

- Ta prouesse ne passera pas inaperçue, me dit-il, tandis que nous nous éloignons du puits d'éclosion pour remonter les passerelles de bois grossier qui mènent à la surface. Cependant, je t'ai senti hésiter un court instant pendant ton combat. Puis-je en savoir la raison ?

Je me braque presque immédiatement. Si je lui dis que ma lame semble s'être guérie, peut-être voudra-t-il la retoucher. Rien que de penser à ce qui pourrait arriver, une sueur froide commence à me couler le long de la colonne vertébrale.

- Ho, ce n'était rien maître, dis-je dans une réponse empressée.

Je réfléchis à toute vitesse. Il faut que je trouve une excuse valable pour ne pas lui mettre la puce à l'oreille. En manque d'inspiration, je sors la réponse la plus simpliste que je puisse trouver.

- J'ai hésité un moment sur la manière dont j'allais le tuer.

Le magicien glousse d'amusement.

- Très bonne raison, me glisse-t-il en sortant du boyau pour émerger à la lumière du jour.

Je le suis juste un pas derrière, soulagé qu'il ne se doute de rien.

De retour à la tour, je monte dans mes quartiers et y retrouve mon jeune valet. Comme il s'obstinait à ne pas me donner de nom, je lui en ai collé un. Je ne sais pas pourquoi mais quand j'ai pensé à un nom de domestique, James s'est imposé de lui-même. Mais comme je ne trouvais pas qu'il avait une tête de James, je l'ai appelé Jim à la place.

Je n'allais quand même pas continuer à l'appeler "gamin" à tout bout de champ.

- Jim, j'aimerais… me laver.

Je laisse ma phrase mourir. Il a déjà sorti le broc et je le vois verser de l'eau d'une bouilloire dedans. Il est décidément très efficace comme valet. Il a beau m'avoir avoué qu'il était page avant, je suis toujours surpris par sa capacité à anticiper mes demandes.

Je m'approche du bassin et tâte l'eau. Elle est chaude, mais sans plus. C'est parfait. Je veux me débarrasser des traces de sang dont j'ai écopé en m'occupant de l'uruk fou.

- Vous n'êtes pas blessé ? me demande Jim en me fixant, sûrement à la recherche d'une quelconque plaie.

- Moi pas. Mais je connais quelqu'un qui ne peut pas en dire autant.

- Au vu de la quantité de sang que vous ramenez avec vous, il ne doit plus être de ce monde.

Je me débarrasse de ma cape et passe ma chemise par-dessus ma tête. Elle a beau être aussi noire que les crébains qui sont perchés sur le rebord de ma fenêtre, elle n'en est pas moi poisseuse d'hémoglobine.

- Je ne crois pas non. À moins que les nouvelles créations du magicien blanc ne puissent survivre sans tête et sans bras.

J'ai tout juste le temps de l'entendre déglutir. Son visage n'a pas bougé d'un cil lui par contre.

- Vous semblez pourtant de bonne humeur, remarque-t-il, un sourcil levé en guise d'interrogation.

Depuis bientôt deux mois que je le pratique, j'en suis venu à le considérer avec respect. Il est très doué pour déchiffrer les expressions des personnes qui lui parlent, toujours d'une politesse impeccable et également très serviable. Sa présence me réchauffe le cœur au milieu de tous ces orques où je dois toujours paraître aussi émotif qu'une porte de grange. Et puis, il lui arrive aussi d'avoir le sens de l'humour.

Je lui ai posé la question deux jours après l'avoir nommé mon valet si ça le dérangeait. Je lui ai même proposé de lui trouver un autre travail si ça lui convenait mieux. C'est à ce moment qu'il m'a révélé son passé de page. Il m'a aussi avoué qu'il préférait rester là où il était, parce que les orques n'osaient pas le toucher de peur de ce que je pourrais leur faire ensuite. Il peut circuler librement dans mes quartiers, qui se sont agrandis à ma demande aux deux pièces attenantes, et prend ses repas avec moi.

Il reste cependant très introverti et s'il se renseigne facilement sur ce que j'ai fait de ma journée, c'est la croix et la bannière pour le faire parler un tout petit peu de ce que lui a fait de la sienne.

Je me débarrasse du sang noir en me frottant vigoureusement à l'aide de l'eau du broc.

- C'est vrai, je suis de bonne humeur. Din'Ganar va mieux.

Il regarde l'épée qui pends à ma ceinture et son regard devient méfiant.

Il a vite remarqué que je ne me comportais pas avec mon arme comme tout un chacun le faisais. Il m'a même dit que chez les elfes, je serais passé pour un parfait inconscient à dormir ainsi avec une lame hors de son fourreau. De fil en aiguille, je lui ai dit que je la considérais plus comme une personne que comme un objet.

Je me souviens encore de sa réaction. Il a haussé les épaule et recommencé à balayer en disant "certains jardiniers parlent bien aux plantes qu'ils arrosent, alors pourquoi pas…"

Je ne lui ai jamais laissé la toucher, j'avais trop peur à ce moment de ce qu'il pourrait arriver.

Crois-tu que je pourrais le laisser te tenir ? Penses-tu qu'il y aurait un risque que ça fasse le même effet qu'avec mon maître ?

Elle me répond par une sensation qui me fait penser à une adorable moue pensive. Décidément, elle m'avait vraiment manquée.

Peut-être demain, si tu n'es pas sûre ?

Même réaction. Je ne sais pas bien quoi en penser.

Il me tend un linge et je me sèche pendant qu'il sort jeter l'eau sale. Je le regarde revenir, prendre ma chemise du bout des doigts, faire une grimace et la laisser tomber dans le broc où il remet de l'eau chaude. Je lui prévois une lessive laborieuse.

Quelqu'un toque à ma porte et je me dépêche de prendre une chemise propre dans mon armoire et de la passer. J'en ai à peine sorti la tête que Jim ouvre la porte sans un commentaire.

Garshok s'encadre dans l'ouverture et me salue d'un sourire servile.

- Les gardes de la porte signalent l'arrivée de la délégation des sauvages de Dun.

Ils sont en retard, nous les attendions en début de semaine et nous sommes déjà jeudi.

- Dites à Grumash de me retrouver dans la cour avec ses orques et faites préparer ma warg. Je vais aller au-devant d'eux.

L'intendant hoche la tête et se détourne. L'instant d'après, Jim ferme la porte. Lui et Garshok ne s'aiment pas. On pourrait presque dire qu'ils se haïssent. Bon, Jim hait tous les orques de la forteresse et ceux-ci le lui rendent bien. Mais je ne saisi pas pourquoi Garshok semble lui en vouloir en particulier.

Je change de cape, passe un coup de chiffon sur mes bottes pour les lustrer et enfile une paire de gants en cuir noir. Je n'ai pas encore l'armure que m'ont promis les orques forgerons de mon maître, je vais devoir faire sans.

- Vous allez vraiment lancer ces… Ces homme-bêtes contre vos semblables ? me demande alors Jim au moment où je m'apprête à sortir.

Je me tourne vers lui et hausse un sourcil.

- Est-ce qu'a ton avis je les ai juste invités à boire le thé et à discuter chiffon ? lui dis-je d'un ton interrogateur.

- Mais ils vont faire beaucoup de mal ! Insiste le jeune elfe.

- C'est la guerre. On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs.

- Mais on pourrait éviter de manger une omelette !

- Où veux-tu en venir ?

- Vous pourriez les renvoyer et prétendre qu'ils sont venus pour refuser.

- Ce serait trahir mon maître !

- Ce serait sauver de pauvre gens innocents.

Je lâche la poignée de la porte et me tourne vers lui.

- En quoi le sort de ces humains peut-il bien t'intéresser ? M'enquiers-je.

- Tôt ou tard, l'Isengard tombera, me dit-il sur un ton sans appel. Avec le Rohan d'un côté et les miens en Lórien, ce n'est qu'une question de temps. Saroumane ne peut pas gagner. Si vous contribuez à l'empêcher de faire trop de victimes, ça fera un argument en votre faveur quand ils vous captureront.

J'en reste interdit. Jim a l'air tellement sûr de ce qu'il avance que je me pose réellement la question de savoir si ce qu'il dit est possible. Quelle question ! Bien sûr que c'est une possibilité ! C'est la guerre et le perdant est celui qui commet une seule erreur : la dernière.

Je soupire et me frotte les yeux en secouant la tête.

- Jim, tes propos sont censés. Mais si un prisonnier de guerre orque te disait que Sauron finira par gagner et que tu ferais mieux de le libérer pour qu'il puisse témoigner en ta faveur, que ferais-tu ?

- Je lui dirais de se taire plutôt que de gaspiller sa salive !

Je lui souris tristement.

- Donc tu comprends les concepts d'allégeance et de devoir.

- Mais ça n'a rien à voir ! Saroumane a trahi les Peuples Libres ! Sa parole ne vaut plus rien !

- N'as-tu pas toi-même mis ta fierté de côté pour me servir ?

- Là encore ce n'est pas pareil ! Je ne fais rien de mal ici !

- Mais moi je fais du "mal" depuis ici. Et si je suis aussi efficace c'est en partie parce que tu es là pour m'éviter d'avoir à m'occuper de tout plein de petites choses.

Il ne rétorque pas, Je l'ai visiblement mis à court d'arguments.

- Si tu pousses ta propre réflexion jusqu'au bout, tu verras que tu te contredis toi-même et que ce que tu fais ici contribue à faire le "mal".

Il secoue la tête et son regard se fait fuyant. Il se sent acculé par sa propre logique.

- Je t'avoue que je n'aime pas ce que je m'apprête à faire. Mais selon moi, tu n'hésiterais pas un instant à faire la même chose si tes proches te persuadaient que ça servirait la cause des peuples libres. Alors franchement, en quoi est-ce si différends ?

- Nous ne faisons pas la guerre comme ça, rétorque-t-il d'une toute petite voix.

- La guerre est un truc moche, lui dis-je. Au final, quel que soit le camp dans lequel on se trouve, ce sont des créatures vivantes qui meurent, emportant avec elles leurs rêves, leurs espoirs et leurs passés.

Il ne dit plus rien mais il semble ébranlé. Je crois bien que je viens de lui révéler une partie de la question à laquelle il n'avait encore jamais songé.

- Je t'aime bien Jim. Aussi, je ne dirais à personne que tu as tenté de me détourner de mon devoir. Je suis même prêt à t'aider à organiser ton évasion si tu ne supportes plus de me regarder après ça. Mais, au même titre que les plus grands héros de ton peuple sont mort en tenants leurs serments, je vais tenir le mien. Comme ça, je pourrais vivre en me disant que j'ai servit honorablement, même si au final il s'avère que je sers le mauvais maître.

Je sors ensuite, le laissant seul avec un gros sujet de réflexion. C'est un bon garçon mais il a une vision bien trop carrée des choses. Je ne me souviens pas de quelle expérience je tire une vision si pessimiste des choses, mais je suis persuadé au fond de moi que rien n'est jamais simple.

Il est temps qu'il se défasse de ses illusions. Sinon, il ne survivra pas longtemps dans cette guerre qui s'annonce.

La défaite ou le courage sont souvent le résultat d'un manque d'information. Là encore je ne sais pas d'où je tire cette maxime, mais je suis bien décidé à ne jamais perdre. Dans mon cas, la défaite signifie la mort.

Et je suis bien décidé à mourir vieux et dans mon lit !