BATAILLE SUR L'ISEN

L'armée s'est mise en route deux jours plus tard, le temps de tout organiser. Je n'aurais jamais cru que la logistique à mettre en place juste pour nourrir et loger tous ces orques serait aussi importante. Il nous a fallu encore un jour et demi pour nous rendre sur place. J'ai laissé Jim à Orthanc pour éviter qu'il ne vienne me déranger avec ses remord au dernier moment. C'est donc des orques qui se chargent de monter mon pavillon à l'abri des regards, de l'autre côté de la ligne de crête qui surplombe les berges de l'Isen, le principal cours d'eau de la région. Les préparatifs vont bon train, mais je suis obligé de faire travailler les ingénieurs de Garshok jour et nuit car les rapports de l'Isengard amenés par crébains sont de plus en plus alarmants. Les tranchées se creusent, les camouflages sont construits et des petites patrouilles d'orques restent aux aguets tandis que je m'efforce de faire en sorte que les uruks se fassent voir le moins possible. Je les mets d'ailleurs à l'ouvrage au bout du deuxième jour sur les tranchées car celles-ci ne se creusent de loin pas assez vite à mon goût.

Le quatrième jour, je suis informé qu'on a aperçu des patrouilles de cavaliers dans la région. Le soir même, mes propres éclaireurs me disent avoir cru apercevoir du mouvement dans les collines de l'autre côté de la rivière.

Les choses se dessinent, je pense que c'est pour demain matin.

Je fais travailler orques comme uruk sans relâche pour avoir fini et je convoque tous les chefs pour réviser le plan de bataille une dernière fois.

Je suis à cran, j'ai des crampes d'estomac sans cesse. Je ne parviens pas à dormir si ce n'est par à-coups. En définitive, je ressors de mon pavillon et ordonne qu'on m'apporte une pioche. C'est la stupeur générale quand on me voit descendre dans la tranchée pour aider à la creuser. Grumash, qui ne me quitte plus depuis qu'il a reçu le commandement des orques, remet tout le monde au travail en les traitants de feignants.

- Même le général a décidé de s'y mettre tellement vous êtes lents ! Explose-t-il contre ses troupes. Alors vous avez une heure pour terminer ces tranchées si vous ne voulez pas qu'il vous fasse tous fouetter !

Je me tâte ensuite de savoir si c'est l'idée du fouet ou mon exemple, mais il me semble que nous abattons le boulot à une vitesse record.

Quand j'en ressors, on devine déjà les premières lueurs de l'aube à l'horizon. Je me rends à ma tente pour de rapides ablutions et fait appeler Garshok pour qu'il m'aide à revêtir mon armure. Comme prévu, lui ne fait rien mais donne l'ordre à trois orques de m'harnacher comme si j'étais un cheval de compétition.

- Maître Ekaros, que vous avez fière allure ! S'exclame-t-il à la fin. Votre armure à elle seule fera trembler nos ennemis et galvanisera le cœur des troupes qui auront le privilège de vous voir !

- Silence, flatteur d'opérette ! Réponds-je agacé. Où est mon casque ?

- La pièce maîtresse de votre armure a été spécialement modifiée par le magicien blanc pour vous. Me répond ce dernier en me sortant le casque en question de la caisse.

Je ne l'avais jamais vu jusque-là. Je le prends à Garshok et l'examine. Il s'agit d'une barbute du même acier sombre que le reste de mon armure. Sans ornement, elle comporte cependant un détail qui me chiffonne en la présence d'une pièce de tissu qui pend d'un côté du casque.

- C'est quoi cet espèce de voile ?

- Un masque maître. Le magicien pense qu'il ne serait pas bon pour vous que l'on vous reconnaisse. Tout le monde vous croit mort, ce qui est aussi bien pour nous.

J'acquiesce, l'explication est plausible.

J'enfile ma barbute et trouve sans problème les anneaux pour accrocher le masque. Garshok m'amène une glace. On ne voit plus que mes yeux. Le casque comporte une large ouverture au milieu qui normalement dévoile tout mon visage, Cet interstice est désormais caché par ce voile noir qui ne gêne cependant pas ma ligne de vue.

- C'est parfait, dis-je à Garshok qui part dans une profonde révérence.

- Je suis extrêmement honoré qu'il vous plaise. Je l'ai dessiné moi-même.

À ce moment un cor sonne à l'extérieur du pavillon.

- Ce n'est pas l'un des nôtre, constate Garshok après un instant d'hésitation.

Je sors de ma tente sans un mot et trouve Grumash qui accourt vers moi.

- Les cavaliers du Rohan ont été repéré monseigneur ! Leur avant-garde a attaqué l'une de nos patrouilles !

- Où ? Dis-je.

- De l'autre côté de la rivière, à quelques kilomètres à l'Est !

- Branle-bas de combat, dis-je après un instant de réflexion. Tout le monde à son poste.

Immédiatement, les deux orques se précipitent pour avertir tous les autres. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le camp semble plonger dans le chaos des orques et des uruks qui ramassent leurs armes et se dirigent vers leurs couverts ou leur tranchées. Un groupe ridiculement petit emmené par deux sergents orques dont j'ignore le nom se dirige de l'autre côté des crêtes pour aller jouer son rôle d'appât. Je ressens un instant de pitié pour eux car, afin d'éviter les problèmes, personne ne leur a dit qu'ils partaient au casse-pipe.

Je me dirige vers ma tranchée et y retrouve le sergent orque qui m'a été alloué pour cette opération. Mon escouade est composée à la fois d'orques et d'uruks. Je reconnais Akosh, Irka et Darash qui m'ont accompagné aux Mont Brumeux. En dehors d'eux il y'a quelques uruks à qui je fais confiance. Zuka, Arash, et Ruhk, des arbalétriers très doué ainsi que Kosh et Ourk, qui sont de très bons fantassins. Au moment où je me rétablis au fond de la tranchée, j'entends les cors d'alarme des orques sonner.

Le Rohan est là.

Une autre note retenti dans l'aube grise, cette fois c'est un instrument Rohirrims. Autour de moi, ma troupe mixte d'orques et d'uruks commence à présenter des signes de nervosité. Je ne peux hélas pas prétendre être calme. Je suis même plutôt à moitié mort de trouille et s'il n'y avait Din'Ganar pour se réjouir à l'avance du massacre, j'aurais sous doute décidé de commander la bataille de loin.

Le sol semble gronder sous la charge des chevaux ennemis, ce qui n'est pas pour me réjouir et de l'autre côté de la ligne de crête nous parviens le fracas de la bataille.

Mais qu'est-ce qu'il fabrique ? Il doit battre en retraite le plus vite possible. Je lui avait même dit de laisser ses orques se débander si nécessaire.

L'attente est proprement insoutenable, Chaque seconde s'étire sur des heures et chaque nouvelle clameur me fait douter de mon plan. Je ne peux pas m'empêcher de le retourner dans tous les sens et d'en exposer les failles, même si je sais qu'il est maintenant trop tard pour y changer quoi que ce soit. Ça marchera ou alors ça ne marchera pas.

Puis, aussi soudainement que ça a commencé, je distingue enfin les première silhouettes d'orques qui achèvent de grimper les collines et commencent à les dévaler dans l'autre sens.

Je me tourne vers mon sergent.

- Arbalétrier prêts à tirer sur mon ordre, faites relayer l'information !

Il hoche la tête et se tourne vers les estafettes qui partent en discrètement le long de nos lignes enterrées.

Près de moi, je vois les uruks vérifier leurs arbalètes et les épauler doucement.

Le cor du Rohan retenti une nouvelle fois. En haut des collines, sur le fond de nuages gris qui recouvrent les Gués, s'encadrent soudain plusieurs dizaines de cavaliers en armure de maille et cape vertes. Ceux-ci poursuivent les orques en poussant des cris de guerre tout en faisant pleuvoir sur eux des coups des haches et d'épées, tandis que d'autres projettent leurs lances avec une précision diabolique.

Je remarque enfin les deux sergents au milieu de leurs orques qui tentent tant bien que mal de les rallier. Kosh à côté de moi émet un grondement sourd et porte le cor à sa bouche. Je l'interromps à mi-parcours en posant ma main sur son bras.

- Pas encore, lui dis-je dans un souffle. Ils ne sont pas assez à être tombés dans le piège.

Il rabaisse son bras. Je respire un grand coup pour me calmer. C'est plus difficile que je le pensais de se retenir d'attaquer. J'ai vraiment très peur de donner le signal d'attaque trop tard ou trop tôt, mais je dois en attirer un maximum de ce côté-ci de la colline pour les acculer à la rivière.

Un cavalier attire mon attention, à la pointe d'une formation en triangle. C'est un grand jeune homme à la longue crinière blonde qui flotte dans son sillage, imberbe et aux traits volontaires. Son armure est plus ouvragée et présente deux fois plus d'ornements en bronze que les gardes d'élite qui le suivent. De plus le cuir utilisé pour la confection de cette armure est d'un rouge pétant qui tranche sévèrement avec les armures de cuir brun des autres cavaliers qui le suivent.

Théodred ! Cet abruti a chargé en tête de ses troupes ?

L'occasion est inespérée ! Mon maître m'a affirmé qu'il fallait que je le tue si nous voulions disposer du répit qui nous permettrait de finir de mettre au point la future grande armée uruk. Et là, il vient pratiquement se jeter dans mes bras.

Je manque de sauter sur l'occasion de faire sonner le signal de la contre-attaque. Mais un détail vient attirer mon attention. D'après nos renseignements, Grimbold devait venir aussi. Et là je ne vois que l'héritier du trône.

Si je laisse un général en arrière que va-t-il se passer ? Va-t-il accourir au secours de son prince et risquer de briser mes lignes, ou bien va-t-il organiser une retraite en bon ordre et peut-être permettre ainsi à Théodred de me filer entre les doigts ?

Je me résous à attendre encore un peu. Certes si les deux généraux sont trop loin pour communiquer ça me faciliterait la tâche, mais le fait d'ignorer où est l'autre me laisse plus mal à l'aise que dans le premier cas.

Je n'ai heureusement pas à attendre longtemps. La formidable stature de Grimbold s'encadre presque immédiatement en haut des collines et celui-ci talonne sa monture comme un damné pour rattraper son futur suzerain. Il entraine avec lui une nouvelle vague encore plus imposante de cavaliers.

C'est maintenant ou jamais !

- Sonne le cor ! Dis-je en hurlant.

Tandis que la longue note basse résonne, je tire mon épée et me prépare à recevoir les rangs ennemis qui ne sont plus très loin de nos tranchées.

Une volée de carreaux part des couverts et fauche les premières lignes des cavaliers. Ils sont des cibles faciles car largement plus hauts que les orques qui détalent à leurs pieds et se font littéralement arracher à leur selles.

Le deuxième rang des cavaliers hésite un instant, c'est leur dernière erreur. La seconde vague de carreaux en envoie encore des douzaines dans l'au-delà. D'autres cavaliers ne cessent déferlent par-dessus la ligne de crête, mais c'est pour se retrouver à pousser leurs collègues au-devant de nos flèches. Les pointes en acier transpercent aisément les armures de cuir et les cottes de mailles légères des cavaliers Rohirrims.

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la bataille à tourné à notre avantage. La pente des collines les pousses naturellement vers nous et les premiers rangs glissent sur les cadavres des orques et de leurs semblables, les empêchant de ralentir ou de remonter. Par-dessus le marché, les autres cavaliers qui arrivent de derrière poussent leurs compagnons contre nos salves.

Pris dans la nasse ! Il est temps de leur montrer.

- Faites donner les balistes, dis-je à mon sergent.

Celui-ci hoche vigoureusement la tête et fait sonner un autre cor. La note gronde par-dessus le les cris de détresse des hommes en train de mourir.

Aussitôt, les camouflages grossiers élevés par les ingénieurs de Garshok tombent comme des masses, dévoilant leur grossière armature de bois et les gueules noires des balistes qui se tenaient tapies derrière. Je distingue clairement Garshok qui ne résiste pas à la tentation de se pavaner en commandant orque et donner lui-même à ses ingénieurs l'ordre d'ouvrir le feu. Les traits de baliste partent dans des claquements rauques de fauves essoufflés et très peu font mouche.

Ce n'est pas grave, je ne comptais pas que mes quelques balistes soient d'une efficacité réelle. Par contre comme armes de terreur, elles remplissent pleinement leur office. Les dégâts qu'elles infligent aux rares cavaliers qu'elles touchent sont si horribles qu'ils en oublient vite leur efficacité réelle et je commence à voir des signes de débandade chez les Rohirrims.

Je reporte mon attention sur le prince. Comme je m'y attendais, il essaie de rallier ses cavaliers à sa bannière. Je suis presque sûr qu'il va tenter de faire une percée dans nos lignes.

Du moins, si je lui en laisse l'occasion.

Je me tourne vers mon sergent. Bien qu'il ne puisse pas le voir à travers mon masque, je suis en train de sourire.

- Préparez-vous à ouvrir nos lignes pour permettre aux cavaliers du Rohan de passer. Et envoyez une estafette aux chevaucheurs de Wargs pour qu'ils les cueillent derrière le front.

Celui-ci me retourne un sourire torve et aboie ses ordres dans la tranchée.

De retour sur le champ de bataille, je vois un conclave rapide entre Grimbold et Théodred qui se solde par la retraite maladroite du général tandis que le prince rallie ses troupes.

Il pense qu'il peut encore l'emporter. Beaucoup trop téméraire…

Il se lance dans une charge déchaînée au milieu d'un important groupe. Je réalise avec stupeur qu'ils foncent sur moi.

- Redéploiement, immédiat ! Cris-je à l'orque.

C'est trop tard !

J'ai trop attendu, les Rohirrims nous tombent dessus comme la foudre. Les montures culbutent dans les tranchées et tombent sur mes troupes, les écrasant en même temps que leurs cavaliers. La tranchée devient en un instant un chaos débridé de hurlements, de sang, de cris de chevaux, de bruits de ferraille s'entrechoquant et de combats sans aucune logique. J'ai réussi à descendre de mon poste d'observation et à me plaquer juste à temps contre la paroi de la tranchée. Mon sergent n'a pas eu cette chance. Je vois son bras dépasser de sous le cheval qui rue devant moi, les quatre fers en l'air. Je m'apprête à jurer mais un cri de guerre m'interrompt. Je tourne la tête juste à temps pour voir un Rohirrim tenter de m'enfoncer une lance dans le ventre.

J'esquive d'un pas sur le côté et plante mon épée à travers son casque. La lame traverse le cuir comme s'il n'existait pas, le laissant intact. Je sens par contre clairement la résistance du crâne de mon adversaire et vois le sang commencer à couler à gros bouillon de sous la calotte.

Il s'effondre, exorbité. Mais je n'ai pas le temps de souffler. Partout, les cavaliers qui ont survécu à leur chute se relèvent pour engager orques et uruks dans un corps-à-corps sans merci. Brandissant mon épée des deux mains, je me jette dans la mêlée, secondé dans mes sens et mes réflexes par Din'Ganar qui rit d'une joie sauvage dans mon esprit. Un homme équipé d'un bouclier et d'une épée se campe sur ses jambes et me hurle des injures. Je lève mon épée au-dessus de ma tête et l'abat de toutes mes forces. Le pouvoir de Din'Ganar me vient une nouvelle fois en aide et mon adversaire perd le bras qui tenait le bouclier avec lequel il a voulu parer mon coup. J'enchaîne immédiatement pour profiter de sa surprise en ramenant ma lame pour lui ouvrir un deuxième sourire dans la gorge. Il ne s'effondre que pour laisser la place à un autre combattant qui tient une hache dans chaque main.

Din'Ganar est aux anges, telle une déesse de la guerre plongée dans son élément. Sa confiance en moi est sans limite et elle se délecte des vies qu'elle prend. Elle me transmet ses propres forces et je la sens me pousser à continuer le massacre. Par elle, je sais que l'armée entière du Rohan n'a aucune chance contre nous.

Je souris férocement, enivré par cette nouvelle soif de sang. Avec le masque que j'ai devant le visage le guerrier qui m'attaque ne doit pas s'en rendre compte. C'est d'autant plus grisant qu'il ne sait pas que j'ai déjà décidé de la manière dont je vais le tuer.

Il frappe de taille, arrivant sur mon flanc gauche. Je parade le coup et en profite pour lui asséner le pommeau de mon épée dans le nez. Il crie. Je profite de la position basse de mon épée pour lui entaille profondément la cuisse. Il tombe en arrière, ses yeux écarquillés d'incompréhension. J'accompagne sa chute, la pointe de Din'Ganar sur son torse, à l'emplacement exacte de son cœur. Quand il heurte le sol, je ne m'arrête pas et le transperce de part en part. Sa bouche s'ouvre sur un cri qui refuse de franchir ses lèvres. Du sang envahi sa gorge et le réduit définitivement à n'émettre plus que des gargouillis.

Une ombre tombe sur nous et je me jette dans une roulade en avant pour éviter de me faire écraser par le cheval qui s'écrase sur le guerrier aux haches. J'ai eu la présence d'esprit de conserver Din'Ganar en main. Le cavalier qui a déboulé en même temps que le cheval n'a pas le temps de se relever, je lui tranche la gorge et le laisse périr comme un chien. Mes pensées sont déjà fixée sur le prochain homme que je vais envoyer ad patres.

J'ignore combien de temps je passe dans cet état second, à tuer tout ce qui passe à ma portée. J'en perds même le fil des cadavres que je laisse derrière moi. Aucun n'a eu le temps de comprendre que mon arme peut, sur ma volonté, ignorer les armures ou les armes de mes ennemis.

Je reprends un peu de maîtrise de moi au moment où je manque de planter Din'Ganar dans la silhouette de Grumash.

- Monseigneur, les humains se replient ! S'exclame-t-il en me montrant les cavaliers qui s'enfuient, des Wargs et leurs chevaucheurs harcelant leurs arrières.

Je tourne la tête autour de moi, un peu perdu. J'ai dû sortir de la tranchée à un moment donné car je me trouve sur la pente des collines. Derrière moi, une trainée de sang tellement concentrée qu'elle en semble noirâtre marque clairement le chemin que j'ai emprunté. Les cadavres le long de cette rigole sont tous estropiés et tailladés comme si une bête enragée leur était tombée dessus. Je réalise qu'un troll n'aurait pas fait un résultat bien différend du mien.

Mais je m'en moque, et l'euphorie de ma lame me pousse plutôt à me féliciter de ce résultat.

- Poursuivez-les ! Cris-je. Pas de quartiers ! Pas de prisonniers !

- À vos ordres ! S'exclame l'orque avec un sourire mauvais. Pour les monts brumeux !

- Pour Saroumane et pour la Main Blanche ! dis-je en me mettant à charger derrière les cavaliers.

Une énorme clameur bestiale retenti derrière moi et je sais sans me retourner que des centaines d'orques et d'uruks me suivent rien qu'au bruit du martèlement de leurs bottes. Grumash s'est juste arrêté le temps de saisir une hampe portant une bannière à l'emblème de la main blanche. Son nouvel ornement dans une main, son cimeterre rouillé dans l'autre, il court derrière pour tenter de se maintenir à ma hauteur.

Les montures des Rohirrims sont gênées par les nombreux corps qui jonchent la pente et sont déjà harassée par le combat qu'elles viennent de mener. L'odeur du sang doit aussi contribuer à les affoler au même titre que les hurlements des Wargs qui les flanquent et ne cessent d'essayer de leur mordre les jarrets. Je n'arrive pas à les rattraper avant qu'elles ne repassent la ligne de crête, mais je suis là l'instant d'après pour jauger la situation.

J'ai envie de ricaner en voyant le tableau. Les cavaliers du Rohan se replient avec peine à travers les deux gués trop fins pour les laisser tous passer et des dizaines d'hommes et de chevaux se font emporter par la rivière qui charrie une eau souillée de sang. De chaque côté, les orques et les uruks les flanquent en prélevant leur part de morts, saignants les effectifs des survivants à blanc.

- Monseigneur ! s'exclame Grumash en me montrant un cavalier du doigt. Grimbold repasse la rivière ! Il va sans doute organiser ses hommes de l'autre côté !

Je reconnais de dos le général, malgré sa cape déchirée et qu'il ait perdu son casque. Sa carrure est trop imposante pour être manquée. Il traverse l'Isen sur son destrier en agitant les bras comme s'il chassait des mouches.

- Grimbold n'est pas important, rétorque-je d'une voix rauque. Trouvez Théodred ! Il est notre objectif principal !

- À vos ordres monseigneur !

Je descends la pente plus calmement, me laissant dépasser par les troupes que j'ai emmenées dans ma charge. Je cherche des yeux la bannière du roi que ce grand crétin ne doit sûrement pas manqué d'avoir prise avec lui.

Je la repère sans trop de problème, elle est pile au centre des lignes de l'arrière garde, avec le principal intéressé juste à côté de son porte-étendard. Il mériterait presque que je lui colle un carreau quelque part pour lui faire comprendre qu'il est trop visible.

Les cavaliers reculent en meilleur ordre que je ne l'aurais espéré. Malgré la férocité des Wargs et la ténacité de leurs agresseurs, ils parviennent quand même à tenir les rangs.

Il va falloir que je m'ouvre une brèche au milieu de tout ça si je veux pouvoir m'occuper du prince.

J'arrête un arbalétrier qui vient de me dépasser et lui désigne la bannière.

- Met-moi à terre l'homme qui porte ce drapeau ! Et vite !

Il obéit avec une promptitude tout à fait satisfaisante. Le temps de poser un genou à terre, il a repéré sa cible et stabilisé sa visée. Le carreau part dans un claquement sec et la bannière disparaît brutalement au milieu des Rohirrims.

Je tapote l'épaule de l'uruk que je ne connais pas.

- Beau boulot. Reviens me voir si tu survis à la bataille, on parlera de ton avancement.

L'effet met un petit moment à se faire sentir, mais il est au rendez-vous. Ne voyant soudain plus la bannière de leur maître, les hommes du Rohan commencent à paniquer, ne sachant pas si le prince est blessé ou s'il les a abandonnés.

J'en profite pour donner mes ordres.

- Faites une percée dans leur ligne à n'importe quel prix ! Il me faut atteindre le prince Théodred !

Comme un seul homme, les uruks obéissent et se jettent aveuglément dans la mêlée en poussant des cris de fureur. Sous la violence de l'assaut, le mur de boucliers ennemis s'ouvre un bref instant. Il n'en faut pas plus pour que les uruks s'y précipitent et finissent de rompre la cohésion du rang.

Je m'y glisse, profitant de la confusion et embroche au passage un guerrier qui n'a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive. J'entends des voix ordonner aux hommes de tenir la ligne et de reformer les rangs, tandis qu'orques et uruks hurlent pour se donner du cœur au ventre.

Une nouvelle fois, je puise dans la puissance de ma lame pour nourrir mes forces et renforcer mon bras. En plein centre des lignes ennemies, je profite de mon allonge supérieure pour exécuter de puissants moulinets qui font le vide autour de moi. Je progresse ainsi rapidement jusqu'à pénétrer dans l'eau et m'avancer à travers le gué qui est devenu le théâtre d'une confusion sans nom.

Les conditions de combat se détériorent rapidement quand on est dans l'eau jusqu'à mi-cuisse et je ne tarde pas à m'en apercevoir. Les combattants se font plus acharnés car ils sont gênés dans leurs mouvements par la flotte qui, en plus des les asperger à chaque coup manqué, les empêche de se mouvoir aussi vite qu'ils le voudraient.

Deux humains tentent de me barrer le passage, bouclier et épée à la main.

J'attaque le premier, le laisse parer ma lame avec la sienne. Dans ce genre de situation, il devrait répliquer par un coup de bouclier. Sauf que pour m'en donner un il devrait faire un pas en avant suffisamment vite pour que je ne puisse pas reculer.

Il exécute le pas en avant et ses yeux s'agrandissent d'horreur en réalisant qu'il a commis une énorme bourde. Je profite qu'il est ralenti par l'eau pour dégager mon arme et frapper à nouveau. Cette fois, il ne comprend pas pourquoi ma lame est passée en travers de la sienne pour le cueillir à la gorge. Son compagnon crie quelque chose d'un ton désespéré et patauge vers moi avec l'intention manifeste de me faire payer mon geste.

J'ai presque envie de soupirer tellement c'est pathétique. Je mouline un grand coup avec ma lame et lui fait une énorme entaille au torse à travers son bouclier et son armure comme s'il ne s'agissait de rien. Le Rohirrim glisse dans l'eau sans un cri, son visage reflétant sa complète incompréhension. Sans plus d'égard, je le piétine pour continuer mon chemin.

Je viens de repérer la crinière blonde de mon imbécile de prince. Et le plus fort, c'est qu'il n'est même pas trop loin, perché sur son cheval qui finit d'escalader un banc de gravier émergeant au milieu de la rivière.

Il pourrait se promener avec une pancarte que ça ne changerait rien.

Il se retourne vers ses hommes et hurle au ralliement, faisant piétiner sa monture d'impatience.

Je décide d'éviter de l'effrayer. D'un regard je repère un Rohirrim portant une de ces imposante cape que j'ai remarquées tout à l'heure pendant leur charge initiale. Je fais quelque pas pour le cueillir d'un revers de mon épée. Je lui ouvre la jugulaire et le rattrape par sa cape avant qu'il ne s'effondre dans la rivière.

- Je confisque ça, dis-je en tranchant le cordon de la cape.

Je rejette le vêtement par-dessus mes propres affaires et essaie de me faire discret pour approcher du prince. Ce qui ne s'avère pas bien dur étant donné la mêlée qui fait rage dans le gué.

La cape aide beaucoup, quand je passe près d'un Rohirrim celui tourne la tête et cherche une autre cible. Je me glisse entre les rangs des cavaliers comme une lettre à la poste et me rapproche sans trop de mal du prince qui beugle ses ordres.

Un garde me voit arriver et se plante sur mon chemin.

- Retourne te battre toi ! Il faut sauvegarder le prince !

Je m'apprête à l'embrocher quand je réalise que j'ai pénétré trop profondément dans les lignes ennemies. Si je tue un Rohirrim ici, je vais me faire tailler en pièce. Une inspiration me vient.

- Estafette ! Dis-je d'un ton affairé. J'ai un message pour le prince !

L'homme hésite deux seconde puis me fait signe de passer.

- Dépêche-toi on va avoir besoin de toutes les épées !

Je hoche la tête et continue mon chemin vers le prince en résistant à l'envie de ricaner.

J'arrive à quelque mètre de son cheval et me sers à nouveau de ma ruse.

- Estafette ! Dis-je en levant la main pour me signaler.

Le prince me remarque et se rapproche de moi, son épée à la main. Sous ma cape d'empreint, je resserre ma prise sur la mienne. Il se penche sur moi, aux aguets de la situation sur les Gués.

- Parle vite !

Je souris sous mon masque. C'est incroyable comme il peut être naïf à un moment pareil. Je ne résiste pas à l'envie de me payer sa figure.

- Le général est pris à revers ! Dis-je en essayant de glisser dans ma voix un soupçon de panique. Il va tomber !

Aussitôt, Théodred ouvre de grands yeux, se redresse sur sa selle et se tourne vers la berge.

- Où ça ! Réclame-t-il l'air perdu.

- Ici ! Réponds-je en plongeant mon épée dans le ventre de son cheval.

L'animal hennit et se cabre si violement qu'il catapulte le prince hors de sa selle avant de s'effondrer sur le gravier.

Celui-ci retombe sur le ventre après avoir fait une tour complet en l'air. Il se remet rapidement sur ses coudes et me jette un regard ahuri. Je laisse tomber ma cape verte d'empreint pour lui laisser voir mon armure et surtout le tabard de la main blanche dessus.

- J'ai oublié de préciser que ce n'était pas Grimbold qui était attaqué, lui dis-je d'un ton sarcastique.

Son visage se crispe sous l'effet de la colère et il se relève en hurlant de rage.

Il est en colère. C'est bien, il n'en réfléchira que moins.

J'ai envie de jouer avec lui. Après tout, c'est quand même un prince.

Je saisi Din'Ganar à deux mains et pare son premier coup à la tête. Il profite que son épée est plus courte que la mienne pour se désengager aussi sec et recommence en visant la taille cette fois. Je pare à nouveau, mais c'est plus juste. Avant que j'aie le temps de tenter quoi que ce soit, il revient déjà à la charge, frappant comme un forcené en variant juste assez les angles d'attaque pour me forcer à déplacer ma grande épée plus vite que ce pour quoi elle a été conçue.

Il est beaucoup plus fort que je le croyais ! J'aurais dû l'embrocher lui plutôt que le cheval !

Malgré qu'il manie une simple épée longue, son style de combat et très différent des uruks et des orques que j'ai affronté jusqu'ici. Il est beaucoup plus rapide et lui il feinte. Sans le coup de pouce de Din'Ganar, je serais sans doute déjà à terre. J'entends s'élever une clameur autour de nous, mais étrangement personne ne vient se mêler de notre combat. Je n'ai cependant pas la possibilité de regarder autre chose que la lame du prince si je veux éviter de la prendre dans l'œil.

Il feinte sur ma gauche avant d'attaquer par le bas, puis revient depuis le haut alors que j'ai à peine eu le temps de refermer ma garde. Je vais devoir improviser si je veux marquer des points.

Comme il a l'air bien énervé, je vais essayer de le titiller un peu dans ce sens.

- Alors c'est ça un prince du Rohan ! À peine plus vif que la mule qu'il monte !

Je le vois crisper les muscles de sa mâchoire et son expression passer de la colère à la haine.

L'instant d'après, il intensifie encore son attaque, à ma grande stupéfaction.

Par la main, je ne vais pas tenir…

Je vois les coups arriver mais je ne bouge pas assez vite avec mon immense lame dans un combat aussi rapproché. Je n'ai pas le temps d'exploiter les rares failles que je vois dans sa garde tellement son attaque est intense. J'enchaîne les parades aussi vite que je le peux. Mais ça ne suffit plus.

Au moment où je pare un ultime coup de taille, Théodred place une nouvelle feinte. Cette fois, je n'arrive pas changer de position assez vite. La lame de son épée ricoche violement sur mon canon d'avant-bras gauche. Je sens la douleur mais pas aussi nette que je m'y attendais.

Je me désengage et recule d'un pas pour avoir le temps de jeter un coup d'œil. La protection présente une grosse éraflure, mais son épée n'est pas passée.

Pourquoi a-t-il visé cet endroit avec le tranchant de sa lame ? C'est ridicule, la plate a justement été conçue contre ce genre d'attaque !

J'entends qu'il émet un grognement frustré et son visage laisse à peine deviner une trace de surprise. À croire qu'il ne s'y attendait pas non plus.

L'instant d'après il remonte à la charge, mais cette fois ses coups sont beaucoup moins rapides et plus réfléchis. Je reprends ma série de parade, interloqué par ce revirement de situation. Cependant, il repasse ma garde grâce à une de ses sempiternelles feintes et cette fois érafle mon plastron d'armure.

Nouveau grognement de frustration et nouvelle incompréhension pour moi. Je relève ma garde et fixe son épée en préparant ma prochaine parade.

Il s'obstine à m'attaquer en tenant son épée à une seule main. Mais il n'a pas la force de passer mon armure avec un seul bras. Qu'est-ce qu'il attend pour…

Puis soudain je réalise un détail qui m'avait échappé. Il ne prend pas son épée avec ses deux mains car sa poignée n'est prévue que pour accueillir une seule main.

Mais oui ! Les Rohirrims affrontent souvent des orques ou des sauvages disposant d'une armure médiocre voir quasi inexistante ! Pas des guerriers caparaçonnés de plate comme les uruks ou moi !

Cette révélation me cause un choc. Je réalise d'un coup que son épée n'a que très peu de chance de passer mon armure, voir pas du tout.

Il en profite pour repasser à l'attaque. Je lève mon épée pour le parer, mais décide de changer de stratégie. J'écarte mon arme pour le laisser passer et fait un pas en avant en l'abattant de toutes mes forces.

Je sens un choc sur le côté de mon casque que le rembourrage amorti parfaitement. Et l'instant d'après Din'Ganar hurle de joie en lui ouvrant une large blessure à l'épaule gauche. Il s'est dérobé juste à temps pour que je ne l'atteigne pas à la tête mais n'a pas pus esquiver complètement.

Je le tiens ! Cette fois je le tiens !

Je continue sur mon mouvement et commence à enchaîner les attaques à mon tour. Ma garde est pleine de faille j'en suis bien conscient, mais ce n'est pas un uruk que j'ai en face de moi. Ce n'est pas une de ces brutes maniant un couperet lourd comme du plomb capable de vous défoncer une plaque d'acier épaisse d'un centimètre d'une seule main. C'est un humain équipé d'une épée légère qui a été prévue contre des protections du même acabit.

D'une défense acharnée, je passe à pratiquement plus de défense du tout et laisse mon armure encaisser les coups. Très vite c'est au tour du prince de se défendre désespérément. Et avec Din'Ganar qui me pousse, je commence à m'amuser.

D'un revers je lui fais une belle estafilade à la cuisse droite. L'instant suivant je profite qu'il pare mon épée pour inverser ma position et lui asséner mon pommeau dans le ventre. Il riposte presque immédiatement et trouve une faille dans mon armure à la jointure entre les tassettes et le plastron. Je sens son épée réussir à traverser la cote de maille et m'entailler le ventre. Aveuglé par la douleur, je lui assène un coup de tête en pleine figure.

Désorienté par ma dernière frappe, je balaie son épée d'un rapide revers et avant qu'il ne réagisse, je me retourne, profite de mon inertie et enfonce Din'Ganar de toutes mes forces dans son torse, pointe avant.

Le temps semble s'arrêter. Il baisse les yeux lentement vers mon arme, l'air vaguement surpris. Autour de celle-ci, du sang à commencé à sourde par à-coups, accompagné de chapelets de bulles écarlates. Je tiens mon arme fermement mais il commence à peser au bout de celle-ci. Alors, je pose mon pied sur ventre et retire mon arme de son torse. La sortie de celle-ci est accompagnée d'une giclée de sang qui m'asperge copieusement. Bizarrement, je n'en ai rien à faire.

Le jeune homme tombe à genoux, le menton appuyé sur le torse. Il lâche son épée qui tinte contre les graviers humide. Il semble prêt à rester ainsi, refusant de croire qu'il a été vaincu. Puis soudainement, il tombe sur le côté, les yeux fixant le sol, le regard éteint.

Je reste plusieurs secondes à le regarder étendu, insensible à ce qui se passe autour de moi. Le tableau me semble à la fois triste et réjouissant. Triste parce que je ne peux m'empêcher de penser qu'il a l'air bien jeune tout d'un coup. Réjouissant pour une raison qui m'échappe.

La douleur me ramène à l'instant présent. Je grogne mais la blessure n'est pas suffisante pour m'empêcher de bouger.

J'embrasse la scène autour de moi du regard et réalise enfin pourquoi les Rohirrims ne s'en sont pas mêlés. Je suis entouré d'orques et d'uruks qui continuent à repousser les cavaliers en déroute. Grumash est à côté de moi et agite la bannière de la main blanche en rugissant de victoire.

Une nouvelle note de cor me fait lever la tête vers les lignes du Rohan et je vois Grimbold. Celui-ci semble avoir oublié toute prudence fait charger mes lignes avec les cavaliers qu'il lui reste.

J'estime facilement qu'il va mettre encore un moment pour parvenir jusqu'ici. Je me penche pour ramasser l'épée de mon adversaire et la glisser dans ma ceinture. Ma blessure m'élance mais ça reste supportable.

- Grumash, dit aux orques de concentrer leurs efforts sur Grimbold, dis-je d'un ton qui ne souffre pas de discussion. Si nous parvenons à abattre deux généraux du Rohan aujourd'hui, alors cette journée aura été faste.

- À vos ordres ! S'exclame l'orque avec entrain avant de s'élancer dans la foule en hurlant à tous ceux qui passent à portée de voix de le suivre.

Kosh et Ourk arrivent à ce moment-là, suivis de près par Arash et Ruhk. Irka vient compléter la formation. Je me demande pourquoi ils s'arrêtent autour de moi quand je vois émerger Garshok d'entre eux.

- Monseigneur ! Un crébain vient d'arriver avec ce message.

Je lui prends le papier des mains sans ménagement. Il porte le sceau de mon maître mais a visiblement été replié pour être envoyé à la hâte.

Je le parcours d'une seule traite.

" Elfhelm Arrive en force. Retire tes troupes.".

Je froisse le papier et me tourne vers Garshok.

- Fais sonner la retraite ! Dis aux orques et aux uruks de se replier puis organise une arrière-garde qui va rester ici ! Nous devons être partis avant l'heure !

- À vos ordres !

Je me tourne pour repasser le gué mais ma blessure me fait souffrir à chaque fois que je dois forcer pour me déplacer et c'est avec l'aide de Kosh que je fini de traverser la rivière. Entre-temps, la contre-attaque de Grimbold lui a pratiquement permis d'arriver à l'endroit où j'ai laissé son prince.

C'est mi-boitant mi-marchant que je retrouve ma warg et la laisse m'emmener sur le chemin du retour.