Avertissement : ce chapitre contient des évocations de violence et de suicide. Rien d'explicite, mais si ça gêne certains, soyez prudents dans votre lecture.
Jeudi 21 décembre 1995
Chère Marie,
Journée forte en émotions aujourd'hui encore. Des bonnes nouvelles, des moins bonnes, des très mauvaises. De tout pour une journée tout sauf tranquille, quoi. Prépare-toi à un roman, et un roman riche en émotions...
Ça a bien commencé : nous sommes allés tous ensemble à St Mungo rendre visite à Mr Weasley. Le petit déjeuner a été pris dans le bazar à cause du monde, mais au moins, Mrs Weasley était gaie avec tout le monde, même avec moi. J'étais un peu appréhensive par rapport à son accueil, mais elle m'a considérée aussi chaleureusement que tout le monde. Hypocrisie ou véritable amélioration suite à mes paroles d'hier ? Seul le temps le dira.
Nous sommes allés en transports en commun non magiques à l'hôpital. Histoire de ne pas se faire remarquer. Si si, je te jure que c'était l'excuse officielle... Ils ne se sont pas dit que trimbaler toute une famille de sorciers rouquins complètement ignorants des coutumes non magiques serait encore plus visible que de transplaner en plein milieu de St James Park ? Il n'y avait que Harry, Hermione et moi qui étions à peu près au point (et encore, moi, c'était limite : les transports à Lyon n'ont rien à voir avec ceux de Londres). Même les Aurors qui nous accompagnaient n'en menaient pas large (Moody et Tonks. Je t'ai déjà dit que l'œil magique de Moody est carrément flippant ? Non ? C'est fait. C'est carrément flippant...) Enfin, on est tous arrivés entiers à l'hôpital, sans se faire agresser ni par des Deatheaters, ni par les forces de l'ordre, ni par des hommes en blouse blanche. Un exploit, je t'assure...
St Mungo est un lieu proprement extraordinaire. On y entre par une vitrine abandonnée d'un magasin qui semble fermé depuis des lustres, dans une rue légèrement isolée des rues commerçantes. Et dès qu'on passe la vitrine poussiéreuse (on passe à travers, comme la barrière de King's Cross), on entre dans un bâtiment qui peut être n'importe quoi, sauf un hôpital. Tu oublies le blanc et les couleurs stériles qui te rendent encore plus malade que tu ne l'es déjà, les odeurs de désinfectants et médicaments en tout genre, les appareils médicaux... On se croirait presque dans le lobby d'un hôtel.
Il y a quelques affiches dans la salle d'attente qui indiquent qu'on est dans un lieu médicalisé (des affiches de prévention, sur l'importance du nettoyage d'un chaudron, d'une baguette bien entretenue, de l'étiquetage des potions...), et les malades, qui restent des malades, sorciers ou non (quoique, j'aimerais bien voir chez mon généraliste un patient qui attend qu'on arrête ses oreilles de sonner comme des klaxons à chaque fois que quelqu'un passe à côté de lui.), mais sinon, tout est en bois clair, en couleurs chaudes, en éclairages dorés.
Il y avait une hôtesse à l'accueil, très jolie mais pas très aimable. Débordée sans doute. Elle nous a rapidement indiqué où on devait se rendre. Dans les couloirs, pas de posters avec des paysages sauvages ou des copies d'œuvres d'art moderne, mais des portraits de Guérisseurs célèbres, avec une petite plaque en dessous qui explique pourquoi ils sont célèbres.
Ce qui est inutile, parce que comme ce sont des portraits sorciers, ils parlent, et ils t'affirment chacun d'entre eux que tu as forcément la maladie qu'ils ont appris à guérir, c'est une évidence telle que c'est étonnant que tu n'es pas encore allongé dans un lit de mort. Ça aurait pu être lugubre si Fred et George ne s'amusaient pas à leur répondre. Leur impertinence a un peu choqué leur mère, mais ça a permis de garder une ambiance détendue. Du coup, nous sommes arrivés de bonne humeur dans la chambre de Mr Weasley.
La visite ne s'est pas très bien passée, honnêtement. Tu te souviens du livre ? Mr Weasley avait tenté la médecine non-magique, et Mrs Weasley s'était énervée. Ben voilà. Du coup, à peine le temps de saluer Mr Weasley et de lui souhaiter un bon rétablissement, nous sommes tous sortis. Et du coup, Remus a décidé que c'était l'occasion parfaite pour que son neveu adoptif fasse un bilan médical complet, et vienne qui voudra. Il a été parfait. Jamais on aurait pu soupçonner que l'initiative de voir un Guérisseur venait de moi. Hermione et moi avons suivi, par curiosité, bien entendu, parce qu'on n'a jamais vu de Guérisseur en action. Et après tout, un check-up pour nous aussi ne peut pas nous faire de mal.
Du coup, à part Moody et Tonks, qui sont allés boire un verre, tout le monde a suivi Remus. Ce qui me convenait parfaitement, parce que je veux savoir qui est sous l'emprise de Dumbledore ou non. Retour à l'accueil, qui nous indique un autre service, et là, le nom de Harry Potter fait des miracles (au plus grand dam du Harry Potter en question) et un Guérisseur (on a appris quelques minutes plus tard qu'il s'appelait Gerald Milott) est absolument ravi de nous accueillir tout de suite. Ça tombe bien, il a soudain toute sa matinée de libre, comme c'est merveilleux ! Il nous emmène dans une salle de consultation avec plusieurs boxes, et la privatise pour nous. Quel luxe, franchement.
Et là, Remus se tourne vers moi :
« Bon, qu'est-ce que tu veux faire exactement ?
–J'ai lancé il y a quelques jours un sort de détection, qui a indiqué un verrou bloquant la puissance magique de Harry et Hermione. Dans quelle mesure, je l'ignore, mais c'est suffisant pour qu'ils ne puissent pas se lier à leurs familiers. »
Mr Milott a froncé les sourcils et agité sa baguette, avant de prendre des notes et me faire signe de continuer.
« Je n'ai rien fait pour l'enlever parce que je ne suis qu'une cinquième année et que c'était bien indiqué dans le livre que c'était préférable que ce soit fait par des Guérisseurs confirmés. Du coup, je leur ai demandé d'attendre qu'on puisse venir ici.
–Pourquoi n'avez-vous pas été voir Madame Pomfrey ? Elle est tout à fait compétente.
–Je n'en doute pas, mais du coup, je voudrais qu'on aille plus loin : sur tous ceux qui sont d'accord, et obligatoirement Harry, Hermione, Remus et moi, je veux que vous fassiez un bilan complet de tous les sorts d'influence possibles : compulsions, incitations, suppression ou altération de mémoire. Même chose pour de possibles potions. Et bien sûr, si les résultats reviennent positifs, ce dont je n'ai pas envie, mais je sais que j'obtiens rarement ce que je veux dans ce genre de situation, je voudrais qu'on remédie à tout ce que vous pourrez détecter. Et une fois ceci terminé, j'aimerais que Harry passe un bilan, médical cette fois, lui aussi complet. J'ai besoin d'un dossier médical complet et exact. Enfin, et c'est la partie sans doute la plus délicate pour vous en tant que Guérisseur, je veux que Harry, Hermione, Remus et moi-même puissions voir le résultat de chaque analyse concernant les sortilèges d'influence, même s'ils ne nous concernent pas.
–C'est-à-dire même s'ils concernent un de ces quatre jeunes gens ? m'a-t-il demandé en montrant les Weasley.
–Exactement.
–Vous avez raison, cela pose problème par rapport au serment que j'ai prêté. Il me faut absolument leur accord. Je ne l'autoriserai pas sans ça. »
J'ai consulté du regard Harry, Hermione et Remus qui ont hoché la tête.
« D'accord. »
Je me suis tournée vers les Weasley :
« Qui veut passer le test ?
–Pourquoi devrions-nous le passer ? a demandé George.
–Parce que quelqu'un a bloqué la puissance magique de Harry et de Hermione. Quelqu'un qui estime donc avoir suffisamment d'emprise sur Harry pour estimer également pouvoir manipuler ses proches. Tout le monde sait que Harry vous considère comme sa famille. Si manipulation il y a, vous êtes sans doute également concernés. Si vous ne l'êtes pas, je n'en serai que plus ravie. Je ne fais pas ça parce que je n'ai pas confiance en vous, la preuve, je le passe aussi. Je fais ça parce qu'il est dans notre intérêt de savoir si nos décisions sont prises librement ou sous l'influence de quelqu'un d'autre.
–Et tu as une idée de ce quelqu'un ? a demandé Fred.
–Oui, mais tant que je n'aurais pas vu vos tests, je ne vous dirai rien.
–C'est compréhensible, a répondu George. OK, je fais le test, et tu as le droit de voir les résultats.
–Merci. »
J'ai été franchement soulagée. Si les jumeaux acceptent aussi facilement, c'était qu'ils sont sans doute honnêtes (dans la mesure où les jumeaux Weasley peuvent être honnêtes, évidemment) envers Harry, et prennent conscience de la situation.
George s'est installé sur le bord du lit et le Guérisseur a passé plusieurs minutes à agiter sa baguette autour de lui et à murmurer des sorts. Enfin, un parchemin est apparu. Mr Milott l'a attrapé, l'a lu et me l'a tendu sans faire de commentaire. Je suis allée vers Harry, Hermione et Remus pour qu'on découvre les résultats ensemble. Je t'ai ajouté la copie traduite dans ce journal.
(sur une feuille séparée agrafée au journal)
George Gideon Weasley
Date de naissance : 1er avril 1978
Taille : 6ft
Poids : 158,7lbs
État de santé physique général : Excellent
État de santé magique général : Excellent
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 85
Puissance générale : 100 %/100 %
Animagus : 100 %/0%
Occlumancie : 100 %/85 %
Légilimancie : 100 %/45 %
Particularités magiques : lien avec jumeau (voir état mental ci-dessous), ce qui a développé une Légilimancie naturelle.
État de santé mentale général : Moyen
Lien mental avec jumeau : 100 %/100 %
Sortilèges d'influence détectés : 236 sur 4,5 ans
- Protection envers Harry Potter (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Amplification de la volonté d'exploration et d'expérimentation jusqu'à prise de risque inconsidérée (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Amplification de la volonté d'indépendance envers les adultes (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Mise à distance avec Ronald Weasley (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Mise à distance avec Ginevra Weasley (+ répétitions, sur 1 an, arrêt depuis 2,5 ans)
Protection envers Ginevra Weasley (+ répétitions, sur 2,5 ans)
Sortilèges de mémoire détectés : 27 sur 4,5 ans
Potions d'influence détectées : 0
Et bien... On ne peut pas dire que c'est joli. Je me suis tournée vers George :
« Tu dois rester ici. Les résultats sont positifs.
–Je peux voir ?
–Ça ne va pas te plaire.
–Je veux voir. »
J'ai hésité, puis lui ai tendu les résultats. Il a lu le parchemin, et j'ai senti sa colère monter. Elle était également visible dans toute son attitude. Il a fini par hocher la tête :
« OK. Qui ?
–C'est possible de savoir qui a placé ces sorts ? j'ai demandé au Guérisseur.
–Non, mademoiselle, il y en a trop, a répondu Mr Milott. On peut seulement détecter les plus importants, dans ce cas là.
–Les sortilèges de mémoire sont moins nombreux, et je suppose qu'ils sont considérés comme plus importants que les sortilèges d'influence. »
Le Guérisseur a réfléchi, puis a hoché la tête :
« C'est à tenter. Jeune homme, restez tranquillement assis. »
George a obéi, et Mr Milott a recommencé à tourner autour de lui. Il utilisait beaucoup moins de sortilèges, mais les faisait durer plus longtemps. Il a fini par reculer :
« Il y a deux signatures magiques sur les sortilèges de mémoire. L'une est familière à la vôtre, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'un de vos parents. Si je pouvais voir l'un des deux, je serais capable de déterminer lequel. L'autre n'a aucun lien familial avec vous, mais est particulièrement puissante. Seules deux personnes en Grande Bretagne ont cette puissance, et il est techniquement impossible que l'une des deux vous ait influencé pendant plus de quatre années. L'autre est invraisemblable, mais c'est la seule réponse logique.
–Qui ? »
Je connaissais la réponse avant qu'il ne la donne :
« Albus Dumbledore. »
Il y a eu des exclamations choquées de la part des enfants Weasley, mais aucune de la part de Remus, Harry, Hermione ou moi. Les jumeaux s'en sont rendus compte :
« C'est ce que vous soupçonniez.
–Oui, j'ai répondu honnêtement. Comment, quand, je n'en sais rien, mais qui, c'était pratiquement certain. Et j'ai une idée du pourquoi, mais on en reparlera plus tard, quand tout ceci sera terminé et qu'on sera de retour, sains, à la maison.
–D'accord. À toi, Fred. »
Fred a à son tour passé le test, et les résultats ont été sensiblement identiques à son jumeau, comme c'était prévisible, avec une très légère variation dans le nombre de sorts d'influence, trop minime pour être d'une importance quelconque.
En voyant que les deux jumeaux devaient être traités, Ron et Ginny ont accepté de passer le test. Ron est passé le premier en marmonnant :
« J'espère que ce verrou explique que mes résultats sont moins bons que ceux des autres... »
Je ne le pense pas, cher Ronald. Ton verrou n'est autre que ta paresse naturelle...
Ronald Bilius Weasley
Date de naissance : 1er mars 1980
Taille : 5ft10
Poids : 154,3lbs
État de santé physique général : Excellent
État de santé magique général : Excellent
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 62
Puissance générale : 100 %/100 %
Particularités magiques : aucune
État de santé mentale général : Moyen
Sortilèges d'influence détectés : 657 sur 4,5 ans
- Amitié avec Harry Potter (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Diminution des sentiments de jalousie envers Harry Potter (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Diminution des sentiments de jalousie envers Hermione Granger (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Confiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Mise à distance avec Ginevra Weasley (+répétitions, sur 3,5 ans)
- Attirance envers Hermione Granger (+ répétitions, sur 1 an)
- Amitié avec Manon Nestral (+ répétitions, sur 2 mois)
- Diminution des sentiments de jalousie envers Manon Nestral (+ répétitions, sur 2 mois)
Sortilèges de mémoire détectés : 86 sur 4,5 ans
Potions d'influence détectées : 0
Nous avons froncé les sourcils en nous attardant sur les deux parties essentielles. Autant résoudre la moins inquiétante de suite :
« Pourquoi il n'y a aucune ligne du style Occlumancie ou Animagus ? j'ai demandé.
–Ces résultats indiquent les pouvoirs disponibles chez le patient. S'il n'y a rien d'indiqué, c'est que le pouvoir en question n'est pas disponible.
–Ronald ne sera jamais capable d'apprendre l'Occlumancie ?
–Non, mademoiselle. Et au vu de son indice de Gend, cela n'est guère surprenant.
–Je ne sais pas ce que c'est.
–C'est l'indice indiquant la puissance relative du sorcier, m'a expliqué Hermione. Il est basé sur une échelle de 1 à 400. 1, on est Moldu, 400, on est un très très puissant mage. La puissance grandit avec le sorcier, pour atteindre sa maturité vers seize dix-sept ans. C'est pour ça que les sorciers sont majeurs à dix-sept ans. Un sorcier adulte moyen a une puissance entre 70 et 90. Au delà de 90, on est déjà considéré comme un très bon sorcier. Au delà de 100, on peut déjà pratiquer un peu de magie sans baguette. Dumbledore est réputé avoir 115. Et au delà de 150, on est mage. Entre 150 et 400, ce sont différents niveaux de mages : mage normal, mage supérieur, archimage, mage élémental, ce genre de trucs qu'on ne voit qu'une fois par siècle. Merlin était un archimage, c'est à dire qu'il était entre 350 et 400. On pense que les Fondateurs de Poudlard en étaient aussi.
–OK. Donc Ron a encore un à deux ans pour grandir.
–La puissance ne grandit pas d'un coup, comme une poussée de croissance. C'est un rythme régulier et qui va en ralentissant. Il est déjà pratiquement à sa puissance maximale. Il va certainement atteindre 70, mais pas aller beaucoup plus loin.
–Oh... Je suppose que ça explique bien des choses. »
Hermione a haussé un sourcil, mais n'a fait aucun commentaire. Harry s'est contenté de pointer du doigt la partie des sorts d'influence. J'ai hoché la tête :
« Oui, en effet. On verra ce que ça va donner. Ronald, tu dois rester ici. Tes résultats sont positifs. Tu veux les voir ?
–Oui. »
Je lui ai tendu la feuille et ai observé ses émotions au fur et à mesure de la lecture : colère, frustration, jalousie, envie.
« Et si on fait sauter le verrou, l'indice va monter et je vais avoir d'autres pouvoirs ? » a-t-il fini par demander.
Le Guérisseur l'a regardé avec un air désolé.
« Non, monsieur. Il y aurait un verrou, votre véritable puissance serait indiquée, et le pourcentage accessible à côté. Il n'y a pas de verrou, et c'est bel et bien votre indice personnel. Veuillez-vous mettre de côté, je vais examiner votre sœur. »
Ginevra Molly Weasley
Date de naissance : 11 août 1981
Taille : 5ft1
Poids : 105,8lbs
État de santé physique général : Excellent
État de santé magique général : Excellent
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 74
Puissance générale : 100 %/100 %
Occlumancie : 100 %/0 %
Particularités magiques : aucune
État de santé mentale général : Mauvais
Sortilèges d'influence détectés : 758 sur 7 ans
- Attirance envers Harry Potter (+ répétitions, sur 7 ans)
- Amitié envers Harry Potter (+ répétitions, sur 3,5 ans)
- Diminution du stress (+ répétitions, sur 8 mois, terminé depuis 2,5 ans)
- Confiance envers un artefact déterminé (+ répétitions, sur 10 mois, arrêt depuis 2,5 ans)
- Confiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 3,5 ans)
- Amitié envers Hermione Granger (+ répétitions, sur 2,5 ans)
Sortilèges de mémoire détectés : 124 sur 7 ans
Potions d'influence détectées : 2
- Désir naturel : 1 dose quotidienne sur 6 ans, arrêt depuis 4 mois, présence résiduelle : 85µL/L de sang
- Amortentia : 1 dose quotidienne sur 4 mois, présence résiduelle : 164mL/L de sang
Un silence choqué a accueilli ces résultats. Pauvre Ginny, bien loin de manipuler Harry pour l'attirer comme l'affirment bon nombre de fan-fictions, est presque davantage victime que lui. Elle a du passer ces sept dernières années à se faire laver le cerveau en s'entendant dire que Harry était le seul parti possible, le mari parfait, qu'il lui était prédestiné et que rien ne viendrait se mettre entre eux. J'ai franchement de la peine pour elle. Autant les résultats de Ron m'ont surprise, mais surtout déçue, autant là, je suis profondément choquée et attristée pour Ginny. Et je sentais la même émotion de la part des trois autres qui lisaient par dessus mon épaule.
Je me suis tournée vers eux, et en particulier vers Remus :
« Je ne sais pas comment annoncer ça. On ne peut pas lui donner le parchemin comme ça.
–C'est mon métier, jeune damoiselle, » est intervenu le Guérisseur, qui a repris le parchemin de diagnostic afin d'être certain de ce qu'il allait annoncer.
Il s'est approché de Ginny qui le regardait avec soupçon :
« Qu'est-ce qui se passe ?
–Nous avons détecté deux potions d'influence, dans votre organisme.
–QUOI ? »
Ça, ce n'était pas Ginny, mais les jumeaux, en chœur. Influence de protection ou pas, je n'en sais rien, mais il était évident qu'ils étaient choqués.
« Ces deux potions servent le même but. Des sortilèges d'influence les y aident. Vous connaissez peut-être le nom de ces potions : la potion de Désir Naturel, et l'Amortentia. »
Ginny a fermé les yeux, j'ai senti sa douleur quand elle a compris ce que cela signifiait. Sa honte, également. De la colère, et le terrible sentiment d'avoir été d'une certaine façon violée. C'est horrible comme sensation. J'espère ne jamais la ressentir personnellement, et j'espère trouver le moyen d'aider Ginny.
Elle a ouvert les yeux et a regardé Harry :
« Je suis désolée.
–Tu n'as pas à être désolée, Gin, tu n'y es absolument pour rien, a assuré Harry d'un ton réconfortant.
–Qui a fait ça ? a demandé Fred, grondant.
–Est-ce que Ginevra a été scolarisée avant d'aller à Hogwarts ? a demandé le Guérisseur.
–Non. Comme nous tous, nous avons été éduqués à la maison.
–Les premières doses ont été administrées il y a sept ans. Bien avant qu'elle n'arrive à l'école. Pareil pour l'Amortentia : cela a commencé pendant les vacances d'été. »
Les trois frères se sont regardés sombrement. Puis George a demandé :
« Et... On peut annuler les effets des potions ?
–Avec une telle durée et une telle régularité, ce sera difficile à dire. Ginevra, en plus d'un traitement pour le sevrage physique, je ne peux que vous recommander d'aller voir un psychomage. Entre les potions et les sortilèges, une partie de leur influence a du s'imprimer véritablement en vous, et il ne suffira pas de débarrasser votre corps de tout ceci. Il faudra également vous occuper de votre esprit.
–Est-ce que... » a commencé George, avant de consulter son frère jumeau du regard.
Fred est resté immobile un moment, tendu, avant de hausser les épaules. Alors George a repris :
« Est-ce que quelqu'un pourrait faire ce même genre de diagnostic sur notre père ?
–Sur Arthur ? est intervenu Remus, surpris.
–Maman a raconté à Ginny et Hermione, il y a quelques années, comment elle utilisait les filtres d'amour à Hogwarts. Je pense que si quelqu'un à la maison est responsable de la situation de Ginny, c'est elle.
–Et c'est elle qui racontait également tout le temps à Ginny les fabuleuses histoires de Harry Potter, et le merveilleux avenir qu'elle pourrait avoir avec un mari tel que lui... a continué Fred sombrement.
–Il est possible que papa... se soit montré involontairement... aveugle à ce qui se passait à la maison.
–Je vois, a simplement répondu le médecin.
–Il est pour l'instant hospitalisé dans l'aile Dai Llewellyn, à cause d'une blessure. Comme il est en permanence ici et pas maman, ce sera idéal pour l'examiner sans attirer l'attention de maman. »
Le Guérisseur a hoché la tête et pris des notes.
« Ce sera fait. Je recommande également pour Ginevra un bilan médical complet, qui fera ressortir également l'utilisation des potions et leur effet à long terme sur l'organisme. Si votre père, ou l'un de vous, y compris vous Ginevra, souhaitez faire quoi que ce soit pour obtenir réparation, ce dossier sera essentiel. Il aidera également un psychomage à savoir de quoi il retourne exactement.
–Faites-le, » ont dit les jumeaux en chœur.
Mr Milott a demandé à Ginny, qui a haussé les épaules. Elle était toujours sous le choc, et s'est complètement laissée faire. Il l'a examinée tout en remplissant un épais dossier qu'il a tendu à Remus, seul adulte.
« Si un adulte de sa famille peut prendre en charge la situation...
–Les jumeaux sont majeurs. Je leur fais confiance, en attendant qu'on puisse savoir ce qui se passe avec Arthur Weasley.
–Bien. Je sens que j'ai bien fait de vous réserver ma matinée. Mademoiselle, on va s'occuper de lever les sortilèges tout de suite, et je vais vous donner une ordonnance de potions qui aideront au sevrage de l'Amortentia. Pour la potion de désir, je ne peux plus rien faire, l'arrêt est trop ancien. Allongez-vous. »
Il a fermé le box sur lui, isolant sa patiente des autres visiteurs. Fred et George étaient toujours absolument furieux. Ron prenait la situation un peu plus calmement, mais je soupçonne les sortilèges d'influence. Ron est un crétin, mais ça reste un grand frère qui vient d'apprendre que sa petite sœur a été manipulée violemment quasiment toute sa vie pour croire en un amour qui n'existerait jamais. Personnellement, j'apprends qu'on a fait ça sur n'importe laquelle de mes trois sœurs, je fais tout ce que je peux pour qu'elles soient non seulement aidées, mais également vengées (et c'est volontaire que je ne parle pas de justice, je ne suis pas sûre que je serais ouverte à la moindre notion de justice dans ce cas...).
Je me suis tournée vers les jumeaux, et je leur ai proposé qu'ils soient pris en charge immédiatement eux aussi. Cela leur laissera le temps d'aller voir un psychomage et d'aller chercher les potions, et surtout de rassurer leurs parents, parce que le temps commence à devenir plus long que prévu. Je ne savais pas combien de temps serait encore nécessaire pour Remus, Hermione, Harry et moi, et s'ils peuvent rassurer les Weasley, Moody et Tonks, ce serait pas mal.
Les jumeaux ont hésité : comment annoncer la nouvelle du diagnostic de Ginny à leurs parents ? Alors Remus a proposé de passer aussi immédiatement, pour les accompagner et parler à Molly et Arthur.
Plan accepté.
Ils ont regardé chacun leur bout de parchemin, comme pour s'occuper, puis ont relevé la tête en même temps pour nous regarder, Harry, Hermione et moi :
« Quand on sera de retour à la maison, on veut cartes sur table.
–On le fera, a assuré Harry. Ron, tu en es ?
–Ah ? Vous vous souvenez de moi maintenant ? »
Il y a eu un silence très tendu. Puis Hermione lui a mis une gifle :
« Ronald Bilius Weasley, ta sœur est en train de vivre l'une des pires épreuves qui soient : elle a été manipulée toute sa vie, à coup de récits, d'incitations, de sortilèges et de potions, et elle vient de se rendre compte que tout ce en quoi elle croyait n'est que du vent. Elle vient de perdre confiance en la personne qui lui servait de repère : sa mère, et elle est en train de se demander ce qu'elle ressent pour Harry. Elle doit se sentir salie, humiliée. C'est presque du viol. Alors excuse-nous si nous nous inquiétons pour elle.
–Et moi ? Personne ne s'inquiète pour moi ? C'est marqué noir sur blanc que je suis faible en magie, et que notre amitié est basée sur des sortilèges. Qu'est-ce qu'il me reste ?
–Ta famille, Ron ! s'est exclamé Harry, furieux. Tu as une putain de famille ! Tu as des parents qui t'aiment et qui t'attendent pour Noël. Tu as des frères qui t'énervent sans doute, mais vers lesquels tu peux te tourner si tu en as besoin. Et surtout, tu as une petite sœur qui a besoin de toi ! »
Harry s'est détourné pour commencer à partir, mais Remus et moi l'avons retenu :
« Ce n'est pas à toi de sortir, a dit Remus calmement. Tu n'as pas encore passé ton test ni ton bilan. Ron partira dès que le Guérisseur aura levé tous les sortilèges. Je suppose que ça fera du bien à tout le monde de se poser un moment tranquillement et de prendre le temps de réfléchir à ce qui a été fait et ce qui se fera.
–Sauf que ce qui se fera, je n'en ferai pas partie ! s'est exclamé Ron. Je ne pourrai jamais maîtriser l'Occlumancie. Et tu l'as dit, Manon : pas d'Occlumancie, pas de secrets.
–Je l'ai dit, et je suis désolée, avec les résultats d'aujourd'hui sur vous quatre, je suis obligée de le maintenir. Ce n'est pas contre toi, mais ton esprit sera une porte ouverte à tous nos secrets, pour Dumbledore.
–Ce n'est pas contre moi, bien sûr... a grogné Ron. Tu dois certainement être ravie de te débarrasser de l'idiot.
–Premièrement, ta puissance magique ne définit pas ton intelligence. Heureusement, parce que cela voudrait dire que tous les non-magiciens sont des attardés, et c'est loin d'être le cas. Deuxièmement, tu es le meilleur ami de Harry, et je n'ai aucun jugement à porter dessus. S'il te fait confiance, c'est votre affaire, pas la mienne. Mais les secrets dont il est question me concernent également, et ma sécurité personnelle est en jeu. Et pour l'instant, tu ne m'as donné aucune raison de te faire confiance. Alors non, je ne suis pas plus que ça ravie, mais tu ne seras pas accepté parmi nous.
–Ta sécurité personnelle ? a répété Fred.
–Certains de ces secrets ont énormément de valeur. Certains n'hésiteraient pas à me tuer pour qu'ils ne soient pas dévoilés.
–Dumbledore ? »
J'ai réfléchi un instant : est-ce que le leader de la Lumière pourrait me tuer pour avoir informé Harry avant l'heure de cette histoire de prophétie et les Horcruxes ? Non, je ne pense pas. Par contre, pour avoir révélé sa duplicité, il aura certainement envie de faire en sorte que je disparaisse du paysage... Surtout si ses manipulations vont aussi loin que je commence à le penser.
« J'espère que non.
–Ce n'est pas un non ferme, a dit Remus.
–Non, je ne peux pas l'affirmer. »
Il y a eu un lourd silence ensuite, qui n'a été troublé que par le Guérisseur ouvrant le rideau du box où il a traité Ginny. Les jumeaux se sont précipité vers elle. Elle avait pleuré, et continuait encore. J'ai expliqué à Mr Milott notre changement de programme : traiter tous les Weasley, puis s'occuper complètement de Remus, avant de commencer avec Harry, Hermione et moi.
Il a compris que la situation l'exigeait, et il a accepté. Tour à tour, chacun des trois garçons Weasley s'est isolé dans un box avec le Guérisseur. D'abord Ron, qui est parti pratiquement tout de suite après. Heureusement, Remus a eu la présence d'esprit de lui faire faire un Serment Inviolable, qui couvre à la fois ce qui s'est passé dans cette salle, et ce que j'ai pu lui raconter par le passé, avec interdiction de révéler quoi que ce soit sans l'accord expresse des personnes concernées. À défaut d'Occlumancie, cela permettra de nous assurer qu'il n'ira pas courir dans les jupes de sa mère ou les robes de Dumbledore. Il a voulu protester, mais les jumeaux l'ont sérieusement menacé, et il a cédé.
Ensuite, les jumeaux, qui n'ont pas prêté de Serment Inviolable, mais ont juré sur leur magie (c'est presque pareil, sauf que la vie du juré n'est pas en jeu, et que c'est lui qui décide de la formulation du serment) qu'on pouvait leur faire confiance et qu'ils nous aideraient. Leur priorité va à Ginny et l'unité de leur famille, mais il est à présent hors de question qu'ils fassent confiance à Dumbledore ou même leur mère. Ginny a prêté sensiblement le même genre de serment. Puis ils sont partis également tous les trois, chercher les potions et trouver un psychomage.
Enfin, lorsque tous les Weasley sont partis, Remus s'est laissé examiner.
Remus John Lupin
Date de naissance : 10 mars 1960
Taille : 6ft3
Poids : 180,7lbs
État de santé physique général : Bon
Fatigue générale
Particularités physiques : lycanthropie
État de santé magique général : Excellent
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 86
Puissance générale : 100 %/100 %
Occlumancie : 100 %/23 %
Particularités magiques : résistance naturelle partielle à toute forme de magie extérieure (due à la lycanthropie)
État de santé mentale général : Moyen
Sortilèges d'influence détectés : 2536 sur 24 ans
- Confiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 24 ans)
- Haine envers Severus Snape (+ répétitions, sur 19 ans)
- Volonté d'appartenir à la meute (+ répétitions, sur 17 ans)
- Mise à distance avec James Potter (+ répétitions, sur 2 ans, arrêt depuis 15 ans)
- Mise à distance avec Sirius Black (+ répétitions, sur 2 ans, arrêt pendant 13 ans puis répétitions, sur puis 2 ans)
- Mise à distance avec Peter Pettigrew (+ répétitions, sur 2 ans, arrêt depuis 15 ans)
- Mise à distance avec Lily Evans-Potter (+ répétitions, sur 2 ans, arrêt depuis 15 ans)
- Ignorance de l'existence de Harry Potter (+ répétitions, sur 12,5 ans, arrêt depuis 2,5 ans)
- Mise à distance de Harry Potter (+ répétitions, sur 2,5 ans)
Sortilèges de mémoire détectés : 569 sur 24 ans
Potions d'influence détectées : 1
- Potion tue-loup : 3 prises par mois depuis 3 ans, dernière prise : il y a trois jours.
« Donc j'ai été volontairement écarté des Maraudeurs, a soupiré Remus. Pas étonnant dans ce cas qu'ils aient cru que c'était moi le traître. Tout ça pour que j'accepte de vivre parmi les loups-garous, alors que je n'en avais aucune envie... »
Harry s'est approché de lui pour montrer son soutien, et le Guérisseur leur a laissé un instant avant de demander :
« Prêt à lever les sortilèges ? Au vu du nombre de sortilège de modification de la mémoire, cela risque de vous donner mal à la tête.
–Ce n'est pas grave. Autant que cela soit fait. »
Le Guérisseur a fermé le box, nous laissant tous les trois seuls. Puis Hermione a déclaré :
« J'ai peur. »
Harry l'a prise par l'épaule :
« On reste ensemble, tous les trois, d'accord ? »
Nous sommes restés silencieux pendant qu'on attendait que Remus soit... guéri. Ce n'est pas vraiment une maladie, mais je ne vois pas d'autre terme. Libre ?
Quand Remus est sorti du box, il paraissait secoué, et j'ai senti sa colère et sa frustration par rapport à quelque chose pour laquelle il aurait aimé agir. Il s'est dirigé droit vers Harry qu'il a pris par les épaules :
« Je suis absolument désolé de t'avoir laissé chez les Dursley. J'ai essayé d'arrêter ça, mais je n'ai pas pu. »
Harry a ouvert la bouche, choqué. Il ne devait certainement pas s'attendre à ça. Remus a eu un petit sourire et l'a serré contre lui :
« Cela faisait partie de mes souvenirs supprimés, et je pense que c'est le cas chez toi aussi. Je suis désolé, cub. Sincèrement.
–Tu as essayé, Remus... Et tu es là maintenant.
–Je suis là, et avec ton parrain, on va faire en sorte que tu n'y retournes jamais, d'accord ?
–C'est le plan de Manon, » a répondu Harry avec un grand sourire.
Remus m'a regardée, surpris. J'ai souri à mon tour :
« Moi, j'ai des souvenirs. Et comme il ne le sait pas, il ne me les a pas enlevés. C'est effectivement ce que j'avais prévu pour ces vacances, avec ton aide et celle de son parrain.
–On a des informations qui faciliteront les choses.
–Je m'en doute. On en discutera tranquillement plus tard. Tu essaies de voir où sont les parents Weasley et leur dire à la fois de ne pas s'inquiéter pour nous et les préparer pour Ginny ?
–J'y vais. Il faut que je les trouve avant les jumeaux. À tout à l'heure. Ne bougez pas d'ici, c'est moi qui viens vous chercher.
–D'accord. »
Remus est sorti, et je me suis assise dans le box :
« À moi ! Je ne suis là que depuis deux mois, ça devrait être rapide. »
Ben tiens... En effet, c'est court, mais ça n'en est pas moins intense...
Manon Danièle Descosses
Date de naissance : 20 juin 1987
Taille : 5ft4
Poids : 119lbs
État de santé physique général : Excellent
Particularité : âge physique : 15 ans, malgré âge réel : 21 ans
État de santé magique général : Mauvais
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 197
Puissance générale : 40 %/40%
Animagus : 0 %/0%
Occlumancie : 50%/35 %
Légilimancie : 75 %/45 %
Empathie : 50 %/50 %
Magie sans baguette : 0 %/0 %
Magie élémentale : 0 %/0 %
Particularités magiques : mage élémental, empathe
État de santé mentale général : Moyen
Sortilèges d'influence détectés : 27 sur 2 mois
- Mise à distance avec Harry Potter (+ répétitions, sur 2 mois)
- Mise à distance avec Hermione Granger (+ répétitions, sur 2 mois)
- Incitation à la paresse (+ répétitions, sur 2 mois)
- Amitié avec Ronald Weasley (+ répétitions, sur 1,5 mois)
Sortilèges de mémoire détectés : 0
Potions d'influence détectées : 0
Ben dis donc... Amitié avec Ronald Weasley ? Pas très efficaces, ces sortilèges d'influence. Et surtout, tentons d'ignorer le gros du diagnostic : je suis mage, et on m'a réduite au rang de sorcière, en réduisant également mon don principal, l'empathie, et quelques autres surprises. De la magie élémentale ! Trop cool ! Et en un peu moins de deux mois, déjà quatre types d'influence différents, juste pour m'éloigner de Harry.
J'ai montré les résultats à Harry et Hermione, qui ont ouvert de grands yeux. Puis Harry a éclaté de rire :
« Mage élémental. Tu m'étonnes que tu aies appris aussi vite ! Même avec le verrou, tu gardes la puissance d'une adulte accomplie, et sans doute également les instincts des mages. C'est pour ça que tu comprends aussi bien la métamorphose et les potions.
–Est-ce que vous pouvez briser ce verrou sans risque ? a demandé Hermione au Guérisseur.
–Oui. Ce que nous allons faire, c'est que je vais d'abord vous débarrasser des sortilèges d'influence, puis diagnostiquer vos deux amis. Déverrouiller la puissance d'un mage n'est pas sans... euh... danger pour l'environnement immédiat du mage, et il nous faudra aller dans une pièce spécifique.
–D'accord, j'ai acquiescé. Harry enverra un Patronus à Remus quand on aura terminé.
–Pardon ? a demandé l'intéressé.
–Tu ne sais pas qu'on peut envoyer des messages par Patronus ? »
Il a secoué la tête et j'ai souri :
« Si Remus n'est pas revenu d'ici là, tu vas donc apprendre.
–Pourquoi pas toi ?
–Parce que ton Patronus est le seul que connaît Remus. Je ne sais même pas quelle forme a le mien. »
Harry s'est plié à l'argument. Il n'avait pas le choix de toute façon : c'était lui qui avait refusé d'inclure le Patronus dans les cours de rattrapage de DCFM, en prétextant qu'on devait d'abord se concentrer sur l'essentiel ! Et Remus s'est lui aussi focalisé sur l'aspect physique de l'entraînement, et la parfaite maîtrise des sorts de base.
Je me suis tournée vers le Guérisseur :
« Allons-y. »
Il a fermé le box sur nous et m'a fait m'allonger sur le lit. J'ai trouvé que ses mouvements de baguette au dessus de moi me perturbaient. Je suppose que c'est ce que doit ressentir un chat en voyant quelque chose s'agiter au dessus de lui, et que c'est pour ça qu'il y donne des coups de pattes... Du coup, au lieu de donner des coups de mimine dans sa baguette, ce qui je suppose l'aurait énervé, j'ai préféré fermer les yeux.
Ça a été rapide. En même temps, il n'y avait pas beaucoup d'influences à défaire. Je ne me suis pas sentie particulièrement différente. Juste un peu plus de confiance envers Hermione, et un plus grand attachement envers Harry. Il y avait donc bien un effet, même s'il n'était sans doute pas aussi intense que Dumbledore l'aurait souhaité.
En quelques minutes, j'étais libre, pour ainsi dire, et Hermione a pris ma place. Son diagnostic a été aussi surprenant que le mien :
Hermione Jean Granger
Date de naissance : 19 septembre 1979
Taille : 5ft5
Poids : 116,8lbs
État de santé physique général : Excellent
État de santé magique général : Mauvais
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 206
Puissance générale : 35%/35%
Animagus : 0 %/0%
Occlumancie : 10 %/5 %
Légilimancie : 10 %/0 %
Magie sans baguette : 0 %/0 %
Magie analytique : 25 %/25 %
Magie élémentale : 0 %/0 %
Particularités magiques : mage élémental, analyste mentaliste
État de santé mentale général : Mauvais
Sortilèges d'influence détectés : 985 sur 4,5 ans
- Confiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Dévouement envers les figures d'autorité (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Comportement distant avec les camarades de classe (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Manque de volonté d'apprentissage (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Mise à distance avec Harry Potter (+ répétitions, sur 4 ans)
- Mise à distance avec Ronald Weasley (+ répétitions, sur 2,5 ans, arrêt depuis 1,5 ans)
- Mise à distance avec Remus Lupin (+ répétitions, sur 2,5 ans)
- Affection vis-à-vis de Ronald Weasley (+ répétitions, sur 1,5 ans)
- Affection vis-à-vis de Viktor Krum (sort unique, depuis 1 an)
- Mise à distance avec Manon Nestral (+ répétitions, sur 2 mois)
Sortilèges de mémoire détectés : 59 sur 4 ans
Potions d'influence détectées : 1
- Amortentia : 1 dose quotidienne sur 4 mois. Présence résiduelle de 28mg/L de sang
J'ai serré Hermione contre moi quand j'ai senti son bouleversement à la lecture de la dernière ligne. Elle s'est laissée aller un moment, puis s'est redressée en reprenant le contrôle de ses émotions. Elle a demandé d'une voix ferme :
« Qu'est qu'un analyste mentaliste ?
–Ce sont deux spécialités magiques différentes, a expliqué Mr Milott. L'analyste est excellent pour enregistrer et classer des informations, et les associer de manière nouvelle. Les analystes sont d'excellents chercheurs, dans des domaines théoriques comme pratiques. Le mentaliste est le niveau supérieur au Legilimens, qui est un art de sorcier. Le mentaliste parvient, comme l'empathe d'ailleurs, à percer des boucliers d'Occlumancie normalement inviolables. Le mentaliste perçoit les pensées aussi bien que l'empathe les émotions. C'est sans doute parce que vous êtes mentaliste que votre Occlumancie et votre Légilimancie ne sont pas complètement verrouillées. Tout comme ça a été le cas avec Miss Descosses, dont l'empathie a empêché le blocage complet des facultés mentales.
–Descosses ? a répété Harry.
–C'est mon vrai nom, j'ai expliqué rapidement. Nestral est le nom de ma mère. Comme il y a actuellement une Manon Descosses et sa famille en France, j'ai voulu les protéger. »
Harry et Hermione m'ont regardée un moment, puis Hermione m'a souri et s'est redressée :
« Je comprends. Par rapport à l'Amortentia, est-ce que je dois suivre le même traitement que Ginny ?
–Vous devrez prendre le traitement de sevrage pour accélérer la purge de la potion dans le sang, a répondu le Guérisseur. Vous avez la chance d'être une mage avec de forts pouvoirs mentaux, et donc l'Amortentia n'aura certainement pas eu d'effet sur votre esprit. Si vous avez un doute, laissez votre amie observer vos émotions, elle saura le voir. »
J'ai hoché la tête : je ferai n'importe quoi pour aider Hermione. Puis j'ai souri :
« Toi les pensées et l'analyse, moi les émotions. Nous sommes complémentaires.
–En effet, a souri Hermione. Quelle surprise nous réserve Harry ?
–Je parie qu'il est archimage... » j'ai ricané.
Tous les deux m'ont regardée bizarrement, et j'ai levé les mains au ciel :
« Non, je n'en sais rien, c'est juste un pur pari ! Si ça se trouve, c'est un sorcier !
–Tu n'as aucune idée, en considérant les différentes possibilités que tu as découvertes ? s'est moqué Harry.
–Bon, OK. Si Hermione est mage, il est plus probable que tu sois mage également. Et généralement, dans les situations où Hermione est mage, tu es encore plus puissant qu'elle.
–Donc, en effet, c'est juste un pur pari. Rappelle-moi de ne jamais parier contre toi quand il s'agira de nous, OK ? »
J'ai eu un grand sourire, puis je me suis tournée vers Hermione :
« Allez, on te débarrasse de ces saletés, et on s'occupe de ce jeune homme. »
Hermione a eu un petit rire, et le box s'est fermé sur elle et le Guérisseur. Harry s'est assis à côté de moi sur le lit du box voisin. Je sentais qu'il était inquiet.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
–Je... Je me demande s'il ne vaudrait pas mieux que... que vos pleins pouvoirs soient débloqués avant que le Guérisseur ne s'occupe de moi.
–Pourquoi ?
–Est-ce que tu es sérieuse en disant que je risque d'être plus puissant que vous deux ?
–Ce sont des probabilités, Harry. Aucune certitude. Quand tu lances un dé et que le but du jeu est d'obtenir 2 ou plus, tu as 4 chances sur 6 d'y arriver. Mais tu en as également 2 où tu échoueras. C'est pareil ici. Ce n'est pas parce que c'est ce que j'ai vu le plus souvent que c'est ce qui va se passer. Déjà, tout simplement parce que je n'ai pas tout lu. Et ensuite, parce que même si c'était le cas, ça ne reste que des histoires, des dizaines, centaines, milliers de variations à partir d'une simple série de bouquins. Qui sont faux. Forcément, ça ajoute du piment quand on fait du Harry Survivant un Super Harry, alors beaucoup ont écrit dessus. Ça ne veut pas dire que tu l'es. Tu ne vis pas dans un roman, c'est la vraie vie. Maintenant, dis-moi la vraie raison. »
Harry a hésité un long moment, avant de soupirer :
« Les Dursley. Et Dumbledore. Entre toutes les influences sur vous tous, et Remus qui me dit qu'il a essayé de me faire sortir de chez les Dursley, je ne suis pas sûr que je vais aimer les souvenirs qui vont être libérés. Ou du moins, je vais apprécier les souvenirs en eux-mêmes, parce qu'ils seront sans doute avec plus d'espoir que le reste de mon enfance, mais je ne vais pas aimer ce que leur suppression implique. J'ai peur de découvrir le niveau de contrôle de Dumbledore sur ma vie. »
Il a laissé passer un silence. J'avoue que je n'ai pas su comment réagir. C'était la première fois que Harry me confiait vraiment ses craintes. Alors j'ai fait la seule chose que je pouvais faire : à la place des mots, je l'ai serré contre moi en laissant apparaître mon soutien. Il s'est un peu détendu, avant de continuer :
« Je crois que j'aurais besoin de toi pour m'aider à gérer mes émotions, et de Hermione pour m'aider à rationaliser la situation, plutôt que d'exploser sous la colère ou le désespoir.
–Il n'y a pas de raison que tu éprouves du désespoir. Nous sommes là toutes les deux, et nous ne sommes pas les seules. Ce qu'on peut faire, c'est établir ton diagnostic. Et si ce que j'ai parié est vrai, on prévient direct Remus pour qu'il nous rejoigne. En l'attendant, on fait ton bilan médical complet, et quand il arrive, on déménage, on déverrouille nos pouvoirs, à Hermione et moi, et on s'occupe de toi. D'accord ? »
Harry a hoché la tête. Je l'avais senti se calmer au fur et à mesure de ma proposition, et il avait de nouveau l'esprit plus tranquille. On a attendu le retour de Hermione en silence. Cela a duré plus longtemps pour elle que pour moi, du fait du nombre d'années supplémentaires.
Et soudain, la porte de la salle s'est ouverte sur Remus, Molly Weasley, Moody, Tonks et curieusement, Shacklebolt. Remus a levé les yeux au ciel en nous voyant et a lancé :
« Je vous avais dit que je savais où ils étaient. Inutile de faire venir la cavalerie !
–Qu'est-ce qui se passe ici ? s'est exclamée Mrs Weasley. Pourquoi est-ce que vous croyez nécessaire de passer la matinée avec un Guérisseur ?
–Vous avez vu vos enfants, Mrs Weasley ? a simplement répondu Harry.
–Non ! Je pensais qu'ils étaient avec vous !
–Je te l'ai dit, Molly, tes enfants sont sortis avant que je parte, a répondu Remus en essayant de garder son calme. Les jumeaux et Ginny sont allés à l'apothicairie et chez un autre Guérisseur. Je ne sais pas où est Ron.
–Je l'ai vu à la buvette, au dernier étage, est intervenue Tonks.
–Va le chercher, a ordonné Moody. Est-ce que les jumeaux et Ginevra savent où aller ensuite ?
–Je suppose que leur idée était de retourner vers leur père, en sachant que normalement, leur mère devrait être là-bas aussi, a soupiré Remus.
–Non, je ne suis plus avec Arthur parce que je me demande où sont bien passés mes enfants tout ce temps.
–On se calme ! est soudain intervenu le Guérisseur. Vous êtes dans ma salle d'auscultation et ces enfants sont mes patients. Est-ce que l'un de vous est le tuteur légal d'un de ces enfants ? Non ? Alors vous sortez faire votre raffut dehors ! »
Hermione est venue s'asseoir de l'autre côté de Harry. Je sentais qu'elle était encore plus bouleversée que lorsqu'elle avait vu le diagnostic. D'ailleurs, Harry l'a serrée contre lui.
« Ça va, Mione ?
–Mauvaises nouvelles ? a demandé Remus, inquiet.
–Hermione et moi sommes passées, j'ai expliqué. Nous avons eu toutes les deux de mauvaises surprises, mais les pires sont pour Hermione. Elles sont du même style que celles de Ginny. »
Le visage de Remus s'est assombri et il s'est tourné vers Hermione :
« Tu veux faire quelque chose ? »
Je l'ai sentie réfléchir et analyser la situation.
« Oui, a-t-elle enfin dit. Il y a trois Aurors ici pour l'instant. Est-ce qu'il y en a un des trois en qui tu as une confiance absolue par rapport à notre situation spécifique ?
–Qu'est-ce qui se passe ? a demandé Kingsley, inquiet.
–Je pense que King est pas mal. Vérifiez quand même les influences. Moody, Tonks, Molly, sortez. Tonks, écoute Moody et va chercher Ron. Molly, et si tu retournais auprès de ton mari vérifier que tes enfants n'y sont pas ? Moody, tu fais ce que tu veux tant que tu n'essaies pas de savoir ce qui se passe dans cette salle. »
Sans leur laisser le temps de discuter, il a poussé tout le monde dehors et fermé la porte.
« Il y a moyen de s'assurer que cette conversation reste entièrement privée ?
–Le bouton rouge à côté de la porte, » a répondu le Guérisseur.
Remus a appuyé sur le bouton. La porte a scintillé un instant, et le bouton est devenu vert. Satisfait, il s'est tourné vers nous.
« Bien. J'explique la situation à King. Est-ce que l'un de vous doit encore être diagnostiqué ?
–Uniquement Harry.
–Oh. Alors attendez, Mr Milott, je vous en prie.
–Je vous l'ai dit, j'ai ma matinée pour vous, et cette histoire, bien que dérangeante, est de plus en plus passionnante. Cela me change des rhumes et des sortilèges ratés. »
Sa tentative d'humour a marché sur nous trois, qui avons souri, mais pas sur les deux adultes.
« OK, qu'est-ce qu'il se passe ici ? » a demandé Kingsley d'une voix nettement plus insistante.
Remus a expliqué rapidement ce qui se passait, depuis mes premiers soupçons jusqu'aux résultats de ce matin. Kingsley l'a écouté en silence, puis a demandé :
« Qui est l'auteur ?
–C'est là où on va devoir te demander de passer toi aussi au dépistage. Je te fais confiance, King, mais je n'ai absolument pas du tout confiance en cette personne, et tu peux toi aussi avoir fait l'objet de ses manipulations.
–Pourquoi moi et pas Moody ou Tonks, alors ?
–Parce que tu es celui qui lui est le moins loyal.
–Vous soupçonnez Dumbledore. »
Remus nous a regardé, et j'ai hoché la tête :
« Nous avons à présent des preuves. Indirectes, mais le faisceau est trop grand pour que quelqu'un d'intelligent puisse fermer les yeux. Ça ne tiendra pas deux minutes face à un avocat doué, mais ce sont quand même des preuves.
–C'est pour ça que je veux aller plus loin, est intervenue Hermione. Je veux des preuves irréfutables.
–Et l'examen de Harry va en apporter aussi, » a terminé Remus.
Kingsley nous a regardé tour à tour, puis s'est levé :
« OK. Faites-moi passer ce test. J'espère que je vous fais perdre votre temps.
–Je l'espère aussi, » a répondu le Guérisseur en commençant son examen.
Le parchemin a fini par apparaître, et Mr Milott, puis Kingsley l'ont consulté.
« Alors ? j'ai demandé.
–Je ne suis pas net. Que fait-on ?
–Je peux vous enlever les différents sortilèges d'influence et de mémoire tout de suite.
–Faites-le. »
Ils se sont isolés dans un box et en sont ressortis quelques minutes plus tard. Kingsley était franchement en colère. Il a inspiré profondément avant de dire :
« Je vois ce que vous voulez dire par faisceau de preuves. J'ai moi-même à présent quelques souvenirs... intéressants. Vous avez mon soutien.
–Merci, King, a dit Remus, soulagé. Alors, Hermione, Manon, qu'est-ce que ça a donné pour vous ? »
Nous nous sommes regardées, puis j'ai souri. J'ai senti l'amusement léger de Hermione en reconnaissant mon air qui annonçait de la provocation :
« Oh, ce à quoi on s'attendait : magie bloquée, pour moi aussi, et puis quelques influences. Bon, je ne suis là que depuis deux mois, alors rien de bien méchant.
–Tu as parlé de mauvaise surprise, tout à l'heure.
–Oui. Il se trouve que quelqu'un a estimé nécessaire de bloquer soixante pour cent de mon pouvoir. Sans parler de mon empathie réduite de moitié, ainsi que l'Occlumancie et la Légilimancie qui vont avec.
–Soixante pour cent ? a répété Remus lentement. Mais tu es une élève pourtant douée...
–Il se trouve que mon indice de Gend est normalement de... Ah, attends... Voilà ! 197. »
Les deux hommes m'ont regardée avec stupéfaction.
« Tu es mage ! s'est exclamé Kingsley.
–Voilà la mauvaise surprise. Je suis mage, plus spécifiquement mage élémental, avec bien sûr mon pouvoir d'empathe et ce que ça implique sur la magie de l'esprit.
–Es-tu certaine que tu n'avais absolument aucun pouvoir magique avant de venir ici ? » m'a demandé Remus.
J'ai éclaté de rire. Oh oui, j'en suis certaine. J'en ai suffisamment été frustrée pendant des années pour que je le sache.
« Et encore, ce n'est rien par rapport à Hermione.
–Quoi donc ? a soupiré Remus en se pinçant le nez.
–J'ai un indice de 206, a répondu Hermione. Bloqué à trente cinq pour cent pour le moment. Comme Manon, j'ai un aspect élémental, mais surtout, je suis analyste et mentaliste. Mais ce pouvoir a été encore plus réduit que Manon : je n'ai accès qu'à dix petits pour cent de mon Occlumancie et ma Légilimancie, et encore certainement uniquement parce que c'était impossible pour un sorcier de bloquer entièrement ce pouvoir.
–OK. Donc au tour de Harry, maintenant ? Il sera quoi, archimage ? » a déclaré Remus d'un air las.
Nous avons tous les trois éclaté de rire, et je me suis tournée vers les deux autres :
« Vous voyez ? Pas besoin de venir du futur pour faire ce genre de pari ! Vas-y Harry.
–Et pendant ce temps, Hermione va nous montrer en quoi sa situation est similaire à celle de Ginny, » a déclaré Remus.
Harry est allé sur le lit voisin pour se faire ausculter, et Hermione a tendu son diagnostic à Remus, qui a froncé les sourcils, avant de le tendre à Kingsley. Celui-ci a ouvert de grands yeux :
« Ben dis donc, on était sacrément décidé à imposer certaines amitiés.
–C'était le cas avec les Weasley également, j'ai dit. Les sorts d'influence qui géraient qui on doit apprécier ou qui on doit maintenir à l'écart, on en a tous eu. La situation similaire, c'est l'Amortentia.
–Ginny Weasley a été soumise à de l'Amortentia ? s'est exclamé Kingsley.
–Je t'en parlerai plus tard, a dit doucement Remus. La situation est extrêmement délicate.
–Je commence seulement à comprendre à quel point, » a soupiré l'Auror.
Le diagnostic de Harry a été particulièrement long. Si long que j'ai même commencé à m'inquiéter. Puis le parchemin est enfin apparu, beaucoup plus long que pour nous tous. Le Guérisseur a pâli en le lisant, puis l'a tendu à Harry qui a fait une grimace, avant de me le donner. J'ai attendu que Remus et Kingsley viennent nous rejoindre avant de le lire. Ma belle, accroche-toi bien avant de le lire toi aussi...
Harry James Potter
Date de naissance : 31 juillet 1980
Taille : 5ft4
Poids : 99,2lbs
État de santé physique général : Mauvais
Nombreuses cicatrices apparentes : coups, blessures, coupures, fractures ouvertes non soignées, brûlures...
Nombreuses traces de fractures : bras, mains, jambes, côtes, omoplates...
Fractures mal remises : côtes, poignet gauche, cheville droite...
Retard de croissance du à une sous-alimentation chronique
Vision abîmée due à une sous-alimentation chronique
Résidus de poisons dans le sang : venin de Basilic (traité par larmes de Phoenix, inoffensif) inoculé par blessure, substances chimiques corrosives inoculées par infiltration cutanée.
Particularités : traces évidentes de mauvais traitements répétés et prolongés, qui se sont espacés récemment, mais pas arrêtés. Traces de tentatives de suicide. Patient à surveiller de près.
État de santé magique général : Mauvais
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 361
Puissance générale : 20%/12%
Animagus : 0 %/0%
Occlumancie : 0 %/0 %
Légilimancie : 0%/0 %
Magie sans baguette : 0 %/0 %
Magie élémentale : 0 %/0 %
Particularités magiques : archimage, double élémental
État de santé mentale général : Mauvais
Sortilèges d'influence détectés : 3895 sur 14 ans
- Absence de résistance envers Petunia Dursley (+ répétitions, sur 14 ans)
- Absence de résistance envers Vernon Dursley (+ répétitions, sur 14 ans)
- Volonté de rester isolé émotionnellement (+ répétitions, sur 10 ans)
- Diminution de la volonté de survie (+ répétitions, sur 10 ans)
- Confiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Dévouement envers les figures d'autorité (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Comportement distant avec les camarades de classe (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Manque de volonté d'apprentissage (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Amitié avec Ronald Weasley (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Envie de famille avec les Weasley (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Haine envers Draco Malfoy (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Méfiance envers les Slytherins (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Volonté d'assumer toute situation liée au Seigneur des Ténèbres (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Mise à distance avec Hermione Granger (+ répétitions, sur 4 ans)
- Tendance à la prise de risque inconsidérée (+ répétitions, sur 4 ans)
- Tendance à la culpabilisation (+ répétitions, sur 4 ans)
- Mise à distance de Remus Lupin (+ répétitions, sur 2,5 ans)
- Mise à distance de Sirius Black (+ répétitions, sur 2 ans)
- Attirance envers Cho Chang (+ répétitions, sur 1,5 ans, arrêt depuis 6 mois)
- Acceptation de l'implication dans le Tournoi des Trois Sorciers (sort unique, depuis 15 mois)
- Mise à distance avec Fleur Delacour (+ répétitions, sur 8 mois, arrêt depuis 6 mois)
- Mise à distance avec Cedric Diggory (+ répétitions, sur 8 mois, arrêt depuis 6 mois)
- Mise à distance avec Viktor Krum (+ répétitions, sur 8 mois, arrêt depuis 6 mois)
- Confiance envers Alastor Moody (+ répétitions, sur 15 mois)
- Attirance envers Ginevra Weasley (+ répétitions, sur 6 mois)
- Mise à distance avec Manon Nestral (+ répétitions, sur 2 mois)
- Sentiment d'être possédé par le Seigneur des Ténèbres (sort unique, depuis 4 jours)
Sortilèges d'influence extérieure détectés :
- Agressivité (cible : Vernon Dursley, sur 14 ans)
- Indifférence (cible : Petunia Dursley, sur 14 ans)
- Redirection du courrier vers Albus Dumbledore (cible : hiboux postaux, sur 14 ans)
- Ignorance (cible : sorcier, sur 10 ans, arrêt depuis 4,5 ans)
- Agressivité (cible : Dudley Dursley, sur 12 ans)
- Indifférence vis-à-vis de l'état de santé (cible : adulte ayant un rapport d'autorité sur Harry Potter, sur 10 ans)
- Agressivité (cible : Severus Snape, sur 4,5 ans)
- Indifférence vis-à-vis de l'état de santé (cible : Poppy Pomfrey, sur 4,5 ans)
Sortilèges de mémoire détectés : 596 sur 14 ans
Potions d'influence détectées : 0
J'ai du rester immobile un long moment après avoir lu ça, parce que Remus m'a arraché le papier des mains. C'est encore pire que je l'imaginais. Ce monstre a créé en Harry des tendances suicidaires ! Il lui a coupé toute envie de se battre et de survivre, et il le place ensuite comme chevalier servant du monde magique britannique ! Il a voulu faire de Harry un véritable agneau sacrificiel ! Il a complètement façonné le monde autour de Harry pour que Harry ait l'impression que lui seul peut remplir la mission de mettre définitivement fin à Voldemort, si possible en y laissant volontairement sa propre vie.
« Ce type est un criminel. »
J'ai levé les yeux, surprise par la vague de fureur noire que je sentais. C'était Kingsley qui venait de parler, mais Remus partageait la même émotion.
J'ai enfin porté mon attention sur Harry, qui n'avait pas bougé de son lit, les yeux baissés sur ses chaussures. Ses émotions n'étaient pas belles (et comment auraient-elles pu l'être après avoir lu ça ?) : colère, fureur même, désarroi, désespoir, bouleversement, honte aussi, culpabilité évidemment... Je me suis levée pour m'approcher de lui. Une fois face à lui, je l'ai serré dans mes bras, et j'ai juste fais en sorte qu'il sente ma compassion (et non ma pitié, certainement pas de la pitié). Il m'a serrée fort contre lui, et je l'ai senti pleurer.
Et tu sais comment je réagis quand je vois quelqu'un pleurer. Peut-être une trace d'empathie malgré mon pouvoir bloqué. Je pleure aussi. Et ça n'a pas manqué. J'ai eu vraiment mal pour lui. J'ai toujours mal pour lui. Il ne suffira pas de lever les sortilèges divers pour que ça aille mieux. Ce garçon a vécu un véritable enfer, physiquement et psychologiquement. Et aucune des compulsions sur la liste ne lui demande d'avoir le courage et la générosité qu'il a aujourd'hui. Ça, ça vient de lui, vraiment, et c'est absolument fascinant qu'il en soit capable dans ces circonstances.
Je l'ai laissé pleurer contre moi un bon moment, en le berçant doucement et en lui chuchotant des paroles rassurantes. Je crois que je lui ai parlé en français, mais ce n'était pas les mots les plus importants, c'était le ton de ma voix et les émotions qu'elle véhiculait. Je n'avais pas l'impression de serrer un ami, ou même un garçon qui me plaît, dans les bras, mais sur le coup, c'était... un petit garçon, un petit frère, qui avait besoin du soutien d'une grande sœur, comme je pourrais le faire avec Laura ou Louise.
Au bout d'un moment, j'ai senti une main sur mon épaule. Remus. Il était inquiet, je le sentais. Autant pour moi que pour Harry. D'ailleurs, il a essuyé une larme sur ma joue. Je lui ai souri pour le rassurer :
« Ça va. Je pleure dès que je vois quelqu'un pleurer. Foutue empathie. »
Remus a eu un petit sourire. Harry s'est redressé en m'entendant parler :
« Tu pleures ?
–Je l'ai dit, ça va. Ça t'a fait du bien, je le sens. Tu en avais besoin. Et moi aussi, dans un certain sens. Tu vas mieux ? »
Harry a pris le temps de réfléchir avant de répondre. Il a pris l'habitude, ces dernières semaines, de me répondre honnêtement, quand je lui pose ce genre de question. Je sais tout de suite quand il me ment, de toute façon.
« Je crois, a-t-il fini par répondre. Il faudra du temps.
–Oui. Du temps et de quoi tourner la page. Tu es prêt à continuer ?
–Oui. Dis... On fait comme on a dit, hein ? »
J'ai hoché la tête. Ça me semble plus raisonnable, en effet. J'aurais certainement besoin de tout mon pouvoir pour contrôler ses émotions, au moins le temps qu'on puisse rentrer et qu'il puisse avoir tout le temps qu'il souhaite pour les exprimer.
Je me suis tournée vers Mr Milott :
« On voudrait faire passer le bilan médical de Harry maintenant, puis nous occuper ensuite de notre verrou, à Hermione et moi, et ensuite seulement nous occuper de Harry.
–Ça me semble sage, » a approuvé le Guérisseur.
Je me suis éloignée de Harry pour que le Guérisseur puisse remplir un dossier médical. Cela lui a pris un moment, et le dossier est finalement beaucoup plus épais que celui de Ginny. Remus l'a récupéré sans le lire. Puis le Guérisseur a annulé le sort de privauté sur la porte et nous a invités à le suivre pour qu'on puisse aller dans une salle plus adaptée au déblocage de nos verrous.
Nous sommes sortis de la salle de consultation, Harry entre Remus d'un côté, et moi de l'autre. Devant la porte nous attendaient tous les Weasley, mère comprise, ainsi que Moody et Tonks.
« Alors ? ont demandé les jumeaux en fronçant les sourcils en voyant nos expressions lugubres.
–Alors nous n'avons pas terminé, a répondu le Guérisseur. Il va nous falloir encore certainement une bonne heure.
–Quoi ? s'est exclamé Ron, choqué. Mais il est déjà midi ! J'ai super faim.
–Et si vous rentriez maintenant, a gentiment proposé Remus, afin de désamorcer la tension. Cela rassurera aussi ceux présents à la maison. Nous rentrerons quand nous en aurons terminé. Tonks et Moody pour vous escorter, et King et moi pour ces trois-là. »
Mrs Weasley a semblé vouloir protester, mais Moody l'a interrompue avant qu'elle ne dise un mot :
« On fait ça. Évitez de traîner. On n'est jamais certains de qui on peut croiser dans un lieu public.
–On transmet un message à Padfoot ? » a demandé George.
Remus nous a regardés, Hermione, Harry et moi, puis a hoché la tête :
« Dis-lui de prévoir la salle d'entraînement pour un entraînement libre, et de la blinder au maximum. Expliquez-lui ce qui se passe, mais insistez bien sur le fait qu'il doit préparer la salle, et non courir nous rejoindre. Ça nous sera nettement plus utile. Et demandez-lui de rencontrer Andromeda Tonks pour faire la même chose que nous. Avant notre retour si possible.
–OK. À tout à l'heure. »
Sur ce, il a entraîné son jumeau et sa petite sœur, et Moody les a suivi immédiatement, forçant les autres à enchaîner. Rapidement, plus de rouquins à l'horizon. Kingsley a alors demandé :
« Que se passe-t-il maintenant ?
–Je vais devoir appeler des collègues, a expliqué Mr Milott. Je ne vais pas suffire à débloquer les verrous de ces jeunes gens.
–Ces collègues sont de confiance ? a demandé aussitôt Kingsley, avec toute son autorité d'Auror.
–Ils ont comme moi prêté serment de confidentialité, et St Mungo n'a jamais été particulièrement sensible à la... merveilleuse aura de Dumbledore. Vous ne rencontrerez personne ici qui ira lui rapporter ce qui se passe.
–Bien. Allons-y alors. »
Le Guérisseur nous a alors conduits à travers les couloirs et les étages, jusqu'à un sous-sol désert. En chemin, il a appelé deux de ses collègues, puis, après un coup d'œil vers nous, en a appelé finalement également trois autres. C'est donc avec une garde rapprochée de six Guérisseurs, un Auror sur les dents et un loup-garou certes humain mais furieux que nous sommes arrivés dans une grande salle d'une centaine de mètres carrés, entièrement nue.
Mr Milott s'est tourné vers nous :
« Cette salle est un caisson hermétique. Une fois la porte fermée, aucune magie ne peut entrer, aucune magie ne peut sortir. Vous voyez la cabine en verre, là ? »
Il nous a montré une petite cabine de deux mètres sur trois dans le coin à notre droite, seul élément perturbant le vide complet de la salle.
« Mr Lupin, Mr Shacklebolt, ainsi que les deux qui ne sont pas concernés, vont se mettre dedans. Trois d'entre nous également. Le dernier, ou la dernière, viendra avec nous trois Guérisseurs au centre de la salle. Nous allons d'abord nous occuper tour à tour de chacune de ces demoiselles, qui sont mages avec un indice avoisinant les 200. Une équipe de trois par personne. Pour Mr Potter, nous allons nous y mettre à six. Cela fait des siècles que St Mungo n'a pas enregistré la présence d'un mage aussi puissant.
–Quel niveau ? a demandé un de ses collègues.
–Archimage. Plus de 350. »
Il y a eu un silence, et j'ai senti l'admiration et le respect nouveau des Guérisseurs pour chacun de nous. Nous n'étions plus des gamins, mais des mages en puissance. C'est fou ce qu'un nombre à trois chiffres peut faire, quand même.
Je suis passée la première. Harry, Hermione, Remus, Kingsley et trois des Guérisseurs sont allés dans la petite cabine, et Mr Milott, deux de ses collègues et moi nous sommes placés au centre de la salle. Les trois Guérisseurs m'ont demandé de m'asseoir confortablement par terre et se sont placés debout, en triangle équilatéral (désolée pour la précision, mais trois personnes, à moins d'être en ligne droite, forment toujours un triangle...) autour de moi. Ils ont commencé à incanter quelque chose dans une langue inconnue, une forme bizarre de latin. Peut-être juste le latin déformé qu'ils utilisent pour la magie. Et un cercle de lumière blanche est apparu autour de moi. Il est devenu de plus en plus lumineux, jusqu'à ce que ce soit trop et que je ferme les yeux.
Et j'ai ressenti une sensation trop bizarre. Je vais essayer de te la décrire au mieux, mais ce n'est pas évident. C'était comme si mon intérieur s'agrandissait, encore et encore. C'était vraiment une sensation à l'intérieur de moi, rien sur la peau ou quoi que ce soit. Impossible de définir où exactement c'était : je n'avais mal nulle part, et la sensation ne concernait pas directement mes organes, mes os ou mes muscles. Et cette chose a continué à s'agrandir et s'étirer en moi, jusqu'à ce que ça pète, comme un ballon de baudruche qu'on remplit d'eau jusqu'à ce que le plastique éclate et que l'eau se disperse. J'ai senti la magie en moi, couler à flot.
Et c'est une sensation merveilleuse. Depuis, je n'arrête pas de recommencer à toucher ma magie. C'est l'avantage des mages par rapport aux sorciers : on sent notre cœur de magie. C'est un peu comme un agréable compagnon qui est là en permanence pour te tenir chaud à l'intérieur. Tu sais qu'il est prêt à réagir à la moindre de tes volontés, mais en attendant que tu aies besoin de lui, il est là, comme une présence chantante, en toi. Une sorte de rivière de campagne, avec son doux murmure et sa prairie fleurie autour, qui devient à volonté un puissant fleuve parfaitement contrôlé.
Donc voilà, ma puissance est libérée. Ça a un effet euphorisant, et ça m'a mise de bien meilleure humeur, c'est une des belles choses de la journée.
Les Guérisseurs ont échangé leur place et Hermione a pris la mienne. Du coup, j'ai pu voir ce que ça donnait vu de l'extérieur.
Le cercle de lumière est beaucoup plus qu'un simple cercle. Tu vois des arcs de lumière en jaillir vers l'extérieur et disparaître. Il n'est pas uni, mais un peu chatoyant. Et vient l'explosion du verrou, la sensation d'élastique qui pète que j'ai eue. Le cercle a explosé en un immense vortex de lumière, et ça a étendu proprement les trois Guérisseurs par terre. Puis le vortex s'est rassemblé en une boule qui s'est dirigée vers Hermione et s'est glissée en elle. Voilà, elle a sa rivière, prête à devenir fleuve.
Comme moi, elle est restée un moment les yeux fermés pour savourer la sensation, et quand elle les a ouverts, les Guérisseurs étaient déjà debout.
« Moi aussi, je vous ai fait tomber ? j'ai demandé à Mr Milott.
–Oui, a-t-il répondu avec un rire. Nous ne nous y attendions pas vraiment, d'ailleurs. Il n'y a que peu de mages, et généralement, personne n'est assez stupide pour mettre un verrou sur leur pouvoir. Du coup, on oublie les effets du déverrouillage.
–Pourtant, vous avez pensé à venir ici.
–Oui. Dès qu'un sorcier dépasse 100 en indice de Gend, c'est la procédure. L'explosion du pouvoir a tendance à souffler tout ce qui est composé de bois ou de verre. Cette cabine dispose d'un verre spécifique fabriqué par les Gobelins. Mais les Guérisseurs restent habituellement debout.
–Je me demande ce que ça va donner avec Harry. »
Le Guérisseur eut un nouveau rire en secouant la tête :
« Je préfère ne rien imaginer, ou je ne vais jamais oser aller me joindre au cercle. Bien, jeune homme, justement, si on s'occupait de vos influences et souvenirs ? »
Harry m'a regardée, franchement paniqué. Je me suis tournée vers Mr Milott :
« Je peux vous accompagner ?
–Ça ne va pas être beau à voir.
–Je vais de toute façon voir : cette salle est nue et cette cabine transparente.
–Bien, suivez-moi, tous les deux. »
Nous nous sommes rendus tous les deux au centre de la salle. Instinctivement, Harry s'est approché de moi et m'a serré la main. Il avait vraiment peur. Je me suis tournée vers lui pour le serrer contre moi :
« Ça va bien se passer. Et puis, penses-y : c'est hors de question que tu restes plus longtemps sous l'influence de ce type.
–Ouais. »
Harry s'est allongé par terre, et le Guérisseur s'est préparé. Je me suis assise à côté de Harry pour lui tenir la main.
« Ferme les yeux... j'ai murmuré de la voix la plus apaisante que je pouvais. Tu n'es pas tout seul, et c'est une libération. Tout va bien se passer. »
Euh, en fait... non...
Apparemment, les souvenirs revenus de Harry n'étaient pas joyeux joyeux, puisqu'il a essayé de se débattre en criant. Finalement, Remus et un autre Guérisseur sont intervenus pour le maintenir, et Hermione a essayé d'utiliser son pouvoir nouvellement débloqué pour l'aider à classer immédiatement les souvenirs sans s'y attarder pour le moment, et moi, j'essayais de contenir sa souffrance mentale et la remplacer par quelque chose de plus doux. C'était assez horrible à voir, en fait. Je n'ai aucune envie de savoir quels souvenirs provoquent ce genre de réaction.
Quand ça a été terminé, j'ai à nouveau serré Harry contre moi pour le bercer à la fois physiquement et émotionnellement. Je n'ai eu aucun scrupule à utiliser tout mon potentiel d'empathe pour étouffer temporairement ses émotions négatives. Il va devoir y faire face, c'est certain, mais on va attendre qu'il soit de retour à la maison pour ça.
Je me suis tournée vers les Guérisseurs :
« Est-ce que c'est raisonnable d'enchaîner directement avec le déblocage du pouvoir de Harry ?
–Oui, a répondu un des Guérisseurs. Vous l'avez ressenti : l'explosion du pouvoir a quelque chose d'apaisant et d'euphorisant. Cela lui fera le plus grand bien.
–Et cela lui permettra de débloquer son Occlumancie, a ajouté Mr Milott, et ça l'aidera à faire face à la situation. Pour l'instant, il est complètement désarmé. »
J'ai hoché la tête et j'ai attendu que Harry soit calmé avant de le lâcher. Finalement, Remus, Hermione et moi sommes retournés dans la cabine auprès de Kingsley, tandis que Harry se rallongeait par terre en essayant de contrôler sa respiration, et que les Guérisseurs formaient un cercle autour de lui.
La lumière a cru encore plus vite, et les arcs étaient beaucoup plus nombreux, beaucoup plus violents. J'ai vu les Guérisseurs avoir de la peine sous la contrainte de la magie. Puis l'explosion est venue, et avec elle, un claquement assourdissant. J'en avais les oreilles qui bourdonnaient.
Quand j'ai redressé la tête, tous les Guérisseurs étaient au sol et se redressaient péniblement. Le vortex de Harry était immense, encore plus grand et plus lumineux et plus violent que celui de Hermione. Puis il s'est rassemblé lui aussi en une boule qui est descendue vers Harry et est entrée en lui. J'ai senti la sensation de bonheur qui l'a envahi, de plaisir, voire même de jouissance.
Il lui a fallu plusieurs minutes avant d'ouvrir les yeux, avec un sourire béat aux lèvres.
« Par les couilles de Merlin, c'est orgasmique ! »
Tu vois, je n'exagérais pas en parlant de jouissance. L'exclamation est venue tellement naturellement à Harry qu'on a tous éclaté de rire. Il s'est relevé, et j'ai senti son euphorie disparaître petit à petit, pour faire place à une fureur noire et une douleur immense. Oh, plains celui qui se mettra en travers de son chemin... C'est-à-dire : plains-moi...
Je me suis avancée vers lui :
« Contrôle tes émotions, s'il te plaît.
–Tu crois que c'est facile ! »
J'ai reculé instinctivement. C'était la première fois qu'il me parlait aussi agressivement.
« Non, je ne le crois pas. Je te demande juste de le faire temporairement, le temps qu'on aille dans un endroit où tu peux les exprimer. »
En même temps, j'ai balancé tout mon pouvoir d'empathe pour l'aider. Je n'avais peur que d'une chose, qu'il se serve de sa toute nouvelle puissance d'archimage pour se débarrasser de mon influence comme on se débarrasse d'une poussière. Heureusement, il a accepté l'aide et a repris le contrôle de ses émotions. Il était toujours extrêmement froid, mais c'était déjà plus gérable pour la pauvre petite empathe que je suis.
Remus a compris que la situation devenait urgente, que Harry était sur le fil du rasoir. Il a remercié du fond du cœur les Guérisseurs, a payé Mr Milott pour sa matinée d'examens (c'est-à-dire signé une autorisation autorisant l'hôpital à prélever les Gallions sur son compte), et nous nous sommes dépêchés d'aller à la cheminée publique dans le hall pour rentrer à Grimmauld Place, pendant que Kingsley se rendait à l'apothicairie pour récupérer les potions pour le sevrage de Hermione.
Tiens, d'ailleurs, c'était la première fois que j'utilisais la Poudre de Cheminette. Et tu sais qu'une de mes plus grandes peurs, à côté du noir et du vide, c'est le feu. Je cumule tous les clichés des peurs, moi, en fait... N'empêche : va avancer consciemment dans des flammes, toi ! Et en parlant en même temps, distinctement en plus. Elles ont beau être vertes comme un feu vert, c'est pas ça qui aide beaucoup psychologiquement à se dire que tout va bien. Et comme c'est moi l'empathe, personne pour étouffer ma peur et me donner la sensation que tout se passera bien... Et ce n'est absolument pas confortable. Tu as l'impression d'être ballottée pire qu'un sac de patates dans une 2CV sur un chemin de campagne plein d'ornières. Je me demande comment ça se fait que je n'ai pas eu des bleus avec cette histoire.
Enfin bon, je suis arrivée dans la cuisine de Grimmauld Place, où Sirius nous attendait avec impatience :
« Dromeda s'est occupée de moi. Comment va Harry ?
–Mal, j'ai grimacé. Cette fameuse salle est prête ?
–Prête et blindée. Qui l'accompagne ?
–Hermione, moi, et quelqu'un capable de conjurer rapidement des choses à détruire.
–OK, moi, donc. »
J'ai hoché la tête et regardé Hermione arriver. Elle s'est poussé juste à temps pour faire place à Harry, dont l'attitude trahissait toujours autant la colère : il était tellement tendu qu'il tremblait de tout son corps, ses yeux lançaient des étincelles et ses mâchoires étaient tellement serrées qu'il a eu de la chance de ne pas faire éclater de dent... Sirius l'a observé un instant, puis l'a pris par l'épaule et l'a entraîné vers un escalier qui descendait. Hermione et moi les avons suivis, et nous sommes arrivés tous les quatre dans une salle immense. Une grotte, en fait, avec les parois de pierre brute et mal taillée. C'est aussi grand qu'une cathédrale.
« La salle d'entraînement des Black, modulable à souhait, a annoncé Sirius. Protection complète pour empêcher tout accident magique de se faire ressentir à la surface. Mais l'essentiel n'est pas la salle. Comment tu vas, pup ? »
Harry a explosé, presque littéralement. Je te marque tout en minuscule, parce que c'est compliqué d'écrire rapidement en majuscules, mais il a hurlé tellement fort que je me demande comment ça se fait que les autres au dessus n'ont rien entendu et que j'ai encore mes oreilles.
« Comment je vais ? Comment je vais ? Je viens de découvrir que toute ma vie n'est qu'un mensonge, tout a été manipulé de bout en bout ! Même l'enfer chez les Dursley a été provoqué ! Même mes tentatives de suicide ont été provoquées ! Tout, absolument tout ! Je n'ai été qu'un bout de pâte à modeler entre les mains de ce putain de manipulateur ! De la chair à canon ! Un nom, un visage, et cette stupide étiquette de Survivant alors que son but est de me mener à ma mort ! Pourquoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? »
Il a fait une pause en regardant autour de lui, et Sirius a compris : il a commencé à faire apparaître des pantins, que Harry détruisait un à un en continuant à hurler. Très allégorique, l'image du pantin détruit par Harry, d'ailleurs. Je ne sais pas si les garçons s'en sont rendus compte sur le coup. Il a continué ainsi pendant une demi-heure, sans que nous ne puissions faire quoi que ce soit. Aucun de nous trois ne parlait, c'était inutile : Harry n'était pas en état de nous écouter. Tout ce que nous pouvions faire, c'était attendre qu'il lâche prise et qu'il s'effondre. C'était seulement à ce moment là que Hermione et moi pouvions intervenir. Et Sirius continuait à conjurer des pantins partout dans la salle pour être détruits.
J'ai rapidement compris pourquoi il s'était désigné : en maître de la salle, il ne conjure pas réellement les pantins, mais ordonne à la salle de les créer. De la même manière, elle débarrasse les débris. Heureusement d'ailleurs : avec la quantité phénoménale de pantins que Harry a détruit, je ne suis pas sûre que le plafond pourtant très élevé (une cathédrale, je te dis) aurait suffit. Bois, métal, fumée... peu importe la matière du pantin, il les a détruits à coup de jets de lumière, sans même prendre la peine de sortir sa baguette ou de formuler des sorts.
Et enfin, la voix cassée, il est tombé à genoux et a commencé à pleurer. Alors nous nous sommes tous les trois dirigés vers lui pour une étreinte collective dont il était le centre. Sirius avec tout son amour de parrain et son expérience de la souffrance, Hermione avec sa longue et fidèle amitié et son pouvoir de mentaliste, et moi et mon empathie, et mon amitié plus brève, mais tout aussi sincère. À tous les trois, nous avons essayé de répondre aux questions qu'il nous a posées, à briser le cœur. Essentiellement, elles tournaient autour de « pourquoi », « pourquoi moi », « qui suis-je finalement ». Nous avons décidé de répondre uniquement sur le plan émotionnel, et pas de donner encore les raisons de cette cruelle mascarade. La journée avait déjà été suffisamment riche comme ça. Et on n'est qu'au début de l'après-midi.
Finalement, pratiquement deux heures plus tard, nous sommes remontés dans la cuisine. Tout le monde était là. Quand je dis tout le monde, c'est tout le monde : tous les Weasley sauf le père, Charlie et Percy, de nombreux membres de l'Ordre, dont McGonagall, Snape et... Dumbledore. Ils étaient en train d'attendre Sirius pour une réunion.
Harry s'est tendu en voyant Dumbledore, mais j'ai réussi à l'influencer suffisamment pour qu'il garde le contrôle. Avec un sourire forcé pour saluer tout le monde, il s'est dirigé vers les fourneaux pour se servir une assiette, et est sorti de la pièce sans dire un mot. Je dois dire que la pression sur mon pouvoir était suffisamment forte pour que je sois soulagée quand Harry a fermé la porte. Hermione et moi avons échangé un regard, puis j'ai également adressé un sourire à tout le monde, j'espère plus naturel :
« On se sert à manger et on vous laisse tranquilles.
–Non, a fait Dumbledore. Aujourd'hui, vous pouvez y assister. Allez chercher Harry, Miss Granger.
–Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, Directeur, j'ai dit. Harry a eu une matinée particulièrement éprouvante et a besoin de se reposer. Pareil pour nous. Je suis sûre que l'un de vous sera assez gentil pour nous donner un compte-rendu au dîner ce soir, n'est-ce pas ?
–Compte sur nous ! se sont exclamés les jumeaux en chœur.
–Merci beaucoup. Bonne réunion alors. »
J'ai rapidement composé avec Hermione un plateau avec nos deux assiettes et de la boisson pour trois, et nous sommes sorties de la salle.
« Tu sais où est Harry ? a demandé Hermione.
–Buck, » j'ai suggéré.
Nous sommes montées au grenier, et Harry était effectivement là. Son assiette était intacte, et il caressait l'hippogriffe d'un air absent. Il nous a regardées entrer et a eu un triste sourire.
« Vous ne voulez pas me laisser tout seul ?
–On veut juste s'assurer que tu manges un peu, et on te fout la paix, j'ai répondu. Nous sommes épuisées nous aussi.
–Désolé. Pour la contrainte, à l'instant. Je t'ai sentie m'aider. Je n'y serais pas arrivé sans toi.
–C'est encore trop tôt, j'ai répondu en haussant les épaules. Tu y arriveras. En attendant, mange un peu. »
Harry a pris son assiette et a grignoté légèrement. Nous avons terminé notre repas en jouant avec Buck, et Harry et Hermione m'ont expliqué les particularités de l'hippogriffe. C'était surtout un moyen pour nous de penser à autre chose. Mais les hippogriffes sont des animaux fascinants : un sens du respect absolument incroyable, et d'une loyauté à toute épreuve. Si un hippogriffe s'attache à un humain, il sera prêt à tout pour le protéger. Mais les hippogriffes ne sont jamais aussi heureux que lorsqu'ils volent. Pauvre Buck doit déprimer dans ce grenier.
C'était presque l'heure du repas du soir quand nous sommes descendus dans notre chambre, à Hermione, Ginny et moi. Finalement, Harry a arrêté de prétendre vouloir être seul. On s'est couchés tous les trois ensemble dans le lit de Hermione, et on a somnolé. Inutile de parler : je sentais leurs émotions à la surface, Hermione percevait nos pensées, et Harry était entre nous deux, avec deux paires de bras pour lui montrer qu'il n'était pas seul.
Tiens, je réalise : c'était la première fois que j'étais couchée dans un lit avec un garçon... qui me serre contre lui... prêts à dormir tous les deux... Et il y avait même une troisième personne ! Et pourtant, absolument rien de romantique dans cette histoire. J'y pense maintenant que je t'écris, mais même sur le coup, ça ne m'est absolument pas venu à l'esprit, que je peux pourtant avoir de particulièrement tordu. Sur le coup, c'était juste un moment nécessaire pour soutenir un ami. Et cet ami aurait pu être une fille, un mec, ça n'avait aucune espèce d'importance. L'important, c'était que cet ami avait besoin de moi.
C'est Ginny qui est venue nous chercher, à l'heure du dîner.
« Maman demande si vous voulez manger avec nous.
–On arrive, j'ai répondu.
–Tu es sûre ? a demandé Hermione.
–Oui. Il le faut. On ne va pas snober tout le monde. Plus longtemps on restera isolés, plus dur ce sera pour se sentir à nouveau bien avec du monde. Alors on mange avec les autres. Si c'est trop dur, vous quittez la pièce. Mais au moins, vous aurez essayé.
–Qu'est-ce qui s'est passé ? a demandé Ginny.
–On est prêts à manger avec vous, mais pas encore à en parler. Attends demain. »
Ginny n'a pas insisté. Elle a compris que ça ne servait à rien. C'était évident que Harry, et dans une moindre mesure Hermione, étaient encore bouleversés. Et moi aussi, en conséquence. C'est bien pour soutenir les autres, l'empathie, mais faut avoir un sacré moral, à la base. Je tiens à eux donc je les soutiens, mais ce n'est pas franchement évident.
Nous sommes descendus dans la cuisine, où il y avait moins de monde. Mrs Weasley était aux fourneaux, évidemment, et les enfants Weasley étaient autour de la table, en train de discuter. Remus avait pris Bill à part, et je le soupçonne de lui avoir annoncé ce qui a été découvert sur Ginny, aux nombreux regards qu'il a jeté ensuite sur sa petite sœur et sur sa mère. Les jumeaux semblaient aussi boute-en-train que d'habitude, mais j'ai senti que ce n'était qu'une façade. Sirius participait à leur comédie pour la même raison : détendre l'atmosphère. Ginny et Tonks plaisantaient ensemble sur la métamorphomagie de Tonks. Tous les autres membres de l'Ordre étaient repartis. Heureusement. Moins de monde, moins de pression sur Harry et Hermione. Et par conséquent, moins d'émotions pour moi à gérer.
Nous nous sommes mêlés à l'ambiance. Mrs Weasley n'arrêtait pas de vouloir nous demander ce qui s'est passé à l'hôpital ce matin, puis au sous-sol, mais à chaque fois, les jumeaux, Ginny, Sirius ou Remus intervenaient et changeaient de sujet de conversation.
Comme je m'y attendais, rien d'important n'a été dit lors de la réunion de l'Ordre. Les enfants Weasley en sont profondément frustrés. Eux qui s'attendaient à quelque chose de grandiose ont assisté à des palabres inutiles sur le pourquoi du comment de la vision de Harry. Ah si, on a appris que Snape devra donner des cours d'Occlumancie à Harry à la rentrée. Maintenant que Harry est archimage, il va pouvoir construire son fameux paysage mental, et j'ai bien envie de voir Snape s'y balader. Je sais que tu l'aimes, mais on ne peut pas dire que les leçons d'Occlumancie du cinquième bouquin soient son plus grand moment.
À la surprise de Ron, qui s'attendait à une réaction choquée de la part de Harry, celui-ci s'est contenté de ricaner :
« Bien. Ils ont quoi... six mois et une attaque de retard ? »
Harry ou comment jeter un froid sur un dîner... Il a levé les yeux en entendant le silence et a continué :
« Vous vous attendiez à quelle réaction ? Ça fait depuis cet été que Dumbledore m'ignore complètement. Il savait que je risquais d'avoir ce genre de vision. Mais au lieu d'être honnête et de me proposer d'apprendre l'Occlumancie dès le retour de Voldemort, il attend que Mr Weasley soit attaqué... Et encore... Je me demande bien comment il s'imagine que je puisse apprendre l'Occlumancie.
–Pourquoi ça, Harry ? a demandé Bill.
–Parce que, à sa connaissance, je n'ai absolument aucun pouvoir en Occlumancie. Je ne sais pas ce que vont contenir les leçons de Snape, mais Dumbledore sait qu'elles sont inutiles.
–Tu ne serais pas un peu défaitiste, mon chéri ? » a demandé Mrs Weasley.
Il s'est tendu brusquement, et j'ai lancé une onde apaisante. Elle ne sait pas qu'il sait tout des incitations et compulsions, notamment celles visant à le faire se sentir en famille chez les Weasley. Et elle ne doit pas le savoir. Elle a drogué Ginny pendant des années, certainement sous les consignes de Dumbledore. Si elle est capable de faire ça à sa fille, elle est parfaitement capable de faire remonter au grand manitou de la lumière la moindre faille dans les verrous posés sur Harry.
« Je ne suis pas défaitiste, j'apprends déjà l'Occlumancie depuis près de deux mois, sans aucun succès. Normalement, depuis le temps, je devrais au moins avoir réussi à poser ma première brique de défense mentale. Mais non, rien. Donc je ne vois pas ce que les leçons de Snape vont apporter.
–Tu as appris tout seul de ton côté, il va t'apporter de la méthode.
–J'ai appris avec Manon et Hermione, qui sont un peu championnes en matière de méthode. Et chacune de leurs approches a échoué. Ce qui me console, c'est que Hermione est presque aussi mauvaise que moi.
–Hé ! »
Mais j'ai senti qu'elle n'était pas vexée, au contraire. S'il la taquine, c'est qu'il va un peu mieux.
« Et toi, Manon ? m'a demandé Mrs Weasley.
–En tant qu'empathe, heureusement que je me débrouille en Occlumancie, sinon je deviendrais folle avec toutes les émotions que vous dégagez en permanence. Mais Dumbledore le sait : c'est lui qui a insisté pour que je sache me protéger avant de m'inclure parmi les élèves. Sage décision. Je n'ose même pas imaginer recevoir en flot continu les émotions de près de trois cents adolescents en plein bouillonnement hormonal... Brrr... »
Tout le monde a éclaté de rire devant mon frisson exagéré, et ils ont oublié la pique de Harry. Mrs Weasley : 0, Manon : 1 !
Et ça a continué comme ça pendant tout le dîner. Après le dîner, j'ai entraîné Harry dans la bibliothèque de la maison. Forcément, en découvrant notre destination, Hermione nous a suivis.
« Harry, est-ce que tu maîtrises ton Occlumancie, maintenant qu'elle est débloquée ?
–Je ne sais pas, je n'ai pas encore essayé. Pourquoi ?
–Parce que ton lien avec Voldemort s'est renforcé quand lui a récupéré tout son pouvoir. C'est possible qu'après aujourd'hui, votre lien soit encore plus fort. Il faut que tu maîtrises ton Occlumancie. Il va vouloir profiter d'un moment de faiblesse pour savoir ce qui a valu cette déflagration de puissance aujourd'hui.
–OK, je comprends. Attends. »
Il s'est installé en tailleur dans le canapé et a fermé les yeux. J'ai vu toute son attitude se détendre. Harry n'a jamais eu de problème à entrer dans l'état méditatif nécessaire à la construction de l'Occlumancie. Il n'arrivait tout simplement pas à commencer la construction. Ce qui finalement était normal, à cause du verrou. Hermione l'a rapidement suivi dans sa méditation, adoptant quasiment la même pose. Je n'ai pas tardé à suivre leur exemple : mon propre pouvoir s'est débloqué et a considérablement augmenté, et j'avais passé mon temps depuis à surveiller les émotions de ces deux-là, donc je n'avais pas encore eu l'occasion de voir si mes boucliers fonctionnent toujours.
Ils ne fonctionnent plus, mais j'ai à présent le pouvoir supplémentaire en Occlumancie pour les renforcer. Il ne m'a fallu que quelques minutes pour maîtriser mon empathie à un niveau que je n'avais encore jamais atteint. Pour la première fois depuis mon arrivée dans cette époque, je suis complètement libérée des émotions des autres. J'étais tellement habituée à recevoir quelques émotions par-ci par-là que je ne m'en rendais même plus compte.
Ce nouveau... silence est particulièrement agréable. Je ne sais pas ce que ça va donner face à des personnes ressentant des émotions fortes ou face à une foule émotive, mais en temps normal, me revoilà aussi hermétique aux émotions des autres que n'importe quelle personne normale. Et j'ai suffisamment de maîtrise pour décider de garder une certaine sensibilité aux émotions fortes de certaines personnes, si je veux. Je peux donc décider de rester ouverte aux émotions de Harry, Hermione et les autres, en leur laissant leur intimité émotionnelle normale, mais en étant disponible en cas de coup de stress ou autre.
Pour ce soir, j'ai décidé de bloquer tout le monde mais de rester complètement ouverte aux émotions de Harry et Hermione. Et curieusement, cet affinage de mon pouvoir rend leurs émotions beaucoup plus supportables pour moi. Pendant qu'ils méditaient, je sentais leurs émotions atténuées par la transe, et acceptées, ou effacées, par le développement de leur Occlumancie : ils commencent à pouvoir mettre de la distance avec ce qu'ils ont découvert aujourd'hui, et même s'il leur faudra du temps pour complètement digérer les choses, c'est le début de la reconstruction, surtout pour Harry. Avec un pouvoir comme le sien, il pourra continuer à fonctionner normalement, et pendant ce temps re-développer tranquillement son esprit et ses valeurs sur de bonnes bases.
Je savais que si Hermione et Harry travaillent sérieusement, et c'est généralement leur cas, ils en auraient pour plusieurs heures. Donc du coup, j'ai flâné dans les rayonnages de la bibliothèque des Black.
Les Black méritent leur réputation de famille liée à la magie noire, franchement. Certains titres sont horribles, et je n'ai même pas ouvert les bouquins pour en voir le contenu. Et finalement, j'ai trouvé tout un rayon qui parle des mages et des différents types de mages. Il y a même un livre qui parle de mages disposant de pouvoirs mentaux comme l'empathie, l'analyse ou le mentalisme. Et un autre qui parle des pouvoirs élémentaux ! Parfait ! Je suis retournée dans mon fauteuil, face à Hermione et Harry en pleine pause méditatoire (ça se dit, ça ?), et j'ai commencé ma lecture.
J'avais bien avancé dans le livre concernant les pouvoirs mentaux quand Sirius est entré à son tour. Je crois qu'il était content que Harry soit en pleine méditation, ça lui a permis de parler plus librement sans risquer d'énerver son filleul. Il a regardé avec curiosité les titres des livres.
« Des pouvoirs de mage ? Cela concerne Harry ?
–Étrangement, non. Enfin, pas celui que je lis. Le livre sur les pouvoirs élémentaux nous concerne tous les trois. »
Sirius a rapidement compris ce que ça voulait dire :
« Hermione et toi êtes mages aussi ?
–Quasiment de même niveau, elle un poil plus puissante que moi. Harry n'est pas mage, il est archimage.
–Tu sais que ça signifie un indice de Gend au-dessus de 350 ?
–361 pour Harry, si mes souvenirs sont bons. Et ils sont bons. L'avantage d'avoir débloqué le plein potentiel de l'Occlumancie, c'est que je peux à présent m'en servir pour ordonner mes souvenirs. »
Mon babillage a permis à Sirius de se reprendre.
« Et Hermione et toi ?
–On tourne autour de 200. Un peu plus pour elle, un peu moins pour moi. Elle est analyste et mentaliste, et moi, tu sais déjà que je suis empathe. J'ai une question au sujet de Harry.
–Pose-la.
–Est-ce que la famille Potter a une place particulière dans la société magique britannique ?
–Oui. Comment le sais-tu ?
–Des soupçons. Trop d'histoires parallèles donnent à Harry un passé prestigieux pour que ce soit à ignorer.
–Les Potter sont traditionnellement à la magie blanche ce que les Black sont à la magie noire. Harry a effectivement un passé prestigieux. J'ai découvert aujourd'hui qu'on m'avait fortement invité à ne pas lui en parler. Est-ce que tu sais qui aurait ce genre d'intérêt ?
–Quelqu'un qui compte sacrifier la vie du dernier membre d'une très longue lignée, peut-être ? Cela serait peu pratique si ce membre découvrait son héritage et s'en servait pour s'affranchir. Harry peut s'émanciper ?
–Il peut. C'est Dumbledore qui est à l'origine de tout ça ?
–Oui. Si Harry est plus calme demain, il vous expliquera ce que Dumbledore a fait. Tu as du en comprendre l'essentiel, tout à l'heure, dans la salle d'entraînement.
–J'ai saisi qu'il s'était servi de Harry d'une manière totalement cruelle et très peu digne d'un chef de la Lumière. Ce qui est le rôle de Harry, d'ailleurs, en tant que Potter. J'ai retrouvé quelques souvenirs aujourd'hui, et j'ai peur de deviner l'étendue des dégâts.
–Tu me promets de ne pas t'énerver ? Le moindre son brusque les sortira de leur transe. »
Sirius a promis, et je lui ai donné le diagnostic de Harry. Je l'ai senti devenir de plus en plus furieux, jusqu'à ne plus arriver à contrôler sa colère. Je suis intervenue pour le calmer :
« L'apaisement est temporaire. Tu auras besoin de l'exprimer plus tard, comme Harry.
–Merci. Je ferai ça plus tard ce soir. Je vais demander à Remus de se joindre à moi, il est trop calme, ce n'est pas bon signe.
–Oui, je sens sa colère. Il a peur que le loup en lui ne prenne le dessus s'il lâche la bonde.
–Oui, il a ce genre de peur idiote. Merci... de m'avoir mis au courant. Ce n'est pas une bonne nouvelle, mais j'ai besoin de savoir comment aider Harry. »
J'ai souri. C'était bien pour ça que je lui avais montré. Puis j'ai changé de sujet :
« Parle-moi des Animagi. »
Sirius a accepté avec plaisir la nouvelle direction de la discussion et on a passé des heures à échanger nos points de vue, basés sur la théorie pour moi et la pratique pour lui. On était encore en pleine conversation quand Harry est sorti de sa transe avec un sourire :
« J'ai un paysage mental. »
Sirius et moi avons du afficher la même surprise, parce qu'il a ri :
« Oui. Tant qu'à s'y mettre, autant s'y mettre sérieusement, non ? Et au moins, c'est une défense efficace également contre les mentalistes.
–Je suis à peu près sûr que Hermione est la seule mentaliste qui traîne en ce bas-monde, a dit Sirius.
–Je suis à peu près sûr qu'avant de découvrir que nous étions tous les trois mages, tu aurais affirmé qu'il n'y a qu'un seul vrai mage par siècle. »
Sirius n'a pas trouvé de quoi répondre et il a préféré changer de sujet :
« Alors, ce paysage mental. Ça fonctionne comment ?
–C'est un moyen d'organiser de façon extrême ton esprit. Chacun construit le paysage mental qui lui convient le mieux. Il faut que ce soit un univers dans lequel on se sent à l'aise. On en a le parfait contrôle, les seules règles qui existent sont celles qu'on autorise. Et dans cet univers, on construit différents... lieux, dans lesquels on organise ses pensées, ses souvenirs, ou même sa magie, si on veut. C'est ton esprit, tu fais ce que tu veux dans ton paysage.
–Tu l'as organisé selon quel modèle ? j'ai demandé, curieuse.
–Un petit château. Qui correspond à la maison dans laquelle j'habitais tout bébé. J'en ai de vagues souvenirs. Papa et maman étaient vraiment à l'aise, financièrement ?
–Oui, pup. On parle de tout ça demain. Ton paysage ?
–OK. Donc c'est une maison. Et il y a plusieurs personnes qui y vivent. Différentes facettes de moi : ma raison, mes émotions, mes différentes formes de pouvoir... J'ai découvert que j'ai une forme d'empathie. C'est une toute petite fille, donc je suppose que je ne dois pas être très doué. Et il y a quelqu'un enfermé en permanence dans les cachots.
–Ah bon ? Ta modestie ? je me suis moquée.
–Haha ! Non, la représentation de mon lien avec Voldemort. »
J'ai eu un grand sourire : Harry était parvenu à isoler l'influence de Voldemort et à la rendre complètement impuissante.
« Qui peut ouvrir la porte de ce cachot ?
–Le Général. Qui correspond à la partie de moi qui prend des décisions conscientes et actées. Il n'y a que lui qui a... la clé. Je ne peux pas ouvrir la porte inconsciemment. Et bien entendu, impossible de l'ouvrir de l'intérieur. En fait, si Voldemort s'amuse à regarder à travers le lien, il verra une sorte de vide intersidéral. Le néant. Tant que je n'ouvre pas la porte de mon côté, c'est tout ce qu'il obtiendra de moi.
–C'est génial ! je me suis exclamée. Tu es donc complètement libre de ce lien.
–Oui. Plus de rêves, plus de visions, plus de douleurs à la cicatrice, plus rien. »
Ça, c'est la super méga bonne nouvelle du jour. Maintenant, je peux dire ce que je veux à Harry, il n'y a aucun moyen que qui que soit trouve l'information si Harry ne le veut pas.
« Maintenant, reste plus qu'à faire croire à Voldemort que l'explosion de pouvoir de tout à l'heure, c'était en fait toi qui t'es libéré d'une manière ou d'une autre de ton lien. Comme ça, il ne se doutera pas que tu es mage, et il ne saura pas que le lien est toujours actif si toi, tu le veux.
–Oui, mais comment ?
–Vous ne vous fâchez pas ?
–Vas-y.
–Snape. »
Ils m'ont observés tous les deux bizarrement, et j'ai levé les mains :
« Attendez, c'est parfait ! Il doit de toute façon te donner des cours d'Occlumancie.
–Est-ce que tu fais confiance à Snape pour ça ?
–Inutile de lui faire confiance. Tu vas lui faire croire que tu n'as aucun don en Occlumancie. Dumbledore ne doit pas être au courant que tu as libéré tes pouvoirs, et donc ces cours d'Occlumancie doivent être l'échec qu'ils devraient être. Et donc, tu dois le laisser entrer dans ton esprit de manière à ce qu'il croit qu'il n'est pas protégé. Et parmi les souvenirs sans valeur que tu vas essayer de lui montrer, tu vas lutter pour lui en cacher un : le processus de libération du lien. Et forcément, comme tu luttes pour le cacher, tu y penses, et donc il monte à la surface et Snape le voit. Et il peut dire à Voldemort sans mentir qu'il a découvert dans l'esprit de cet idiot dégénéré de Potter qu'il a réussi à se débarrasser du lien, et comment il a fait. »
Les deux hommes m'ont observée, bouche bée. Puis Harry a souri :
« C'est absolument génial. Me reste plus qu'à imaginer un souvenir crédible et une porte d'entrée vers une partie prétendument sans défense de mon esprit.
–Voilà. Et garde cette partie en permanence active, avec des souvenirs récents sans importance. On ne sait jamais, s'il vient à l'idée de Dumbledore ou de Snape de te tester à l'improviste.
–Tu sais que je l'aime de plus en plus, cette petite ? » a dit Sirius à Harry.
Nous avons éclaté de rire. Forcément, ça a tiré Hermione de sa transe. Mais elle ne paraissait pas de mauvaise humeur. En fait, elle était juste en train de se familiariser avec ses pouvoirs. Elle n'a eu aucun souci à construire des défenses. Nous lui avons expliqué le principe du paysage mental, et l'avantage d'avoir une sorte d'esprit bidon dans lequel placer des souvenirs innocents à la disposition de tout Legilimens peu scrupuleux. Harry a promis de nous prêter son livre sur la procédure de construction d'un paysage mental.
C'est donc de meilleure humeur que je ne l'imaginais en sortant de l'hôpital que nous nous sommes séparés pour aller nous coucher. Normalement, l'autre avantage du nouveau système de défense mentale de Harry, c'est qu'il ne devrait plus faire de cauchemars, et ne devrait plus se sentir submergé par le poids de ses souvenirs. Il doit y avoir des salles dans sa maison consacrées aux souvenirs douloureux, dans lesquelles il n'est pas obligé de se rendre s'il ne se sent pas prêt. Ça tient un peu du déni, sans doute, mais ça va sans doute lui faire le plus grand bien, et l'aider à se reconstruire pour qu'il ait la force d'affronter ces souvenirs. Et à moi aussi, ça va me faire du bien, je dois le reconnaître.
Bon, il commence à se faire tard, et je t'ai écrit un vrai roman,comme prévu. Et je ne sais pas si demain sera mieux, avec la discussion qu'on doit avoir sur la réalité de la famille Potter, l'émancipation de Harry, et la mise au point de ce qu'on fait à l'avenir avec tous ceux de bonne volonté. Quel programme... Et dire que j'avais espéré compter sur les vacances pour ne rien faire...
Bonne nuit ma belle.
Note de l'auteur :
Pfiou, voilà une journée très lourde en émotions et informations. Comme vous avez pu le constater, les partisans de la publication en une seule fois l'ont emporté ;) Rassurez-vous, les éléments importants seront rappelés si nécessaire.
Concernant les poids et mesures, respectivement en livres (lbs) et pieds (ft), ils n'ont pas grande importance. Manon ne connait pas leur équivalence en mesures universelles et ne les a pas traduites, mais vous pouvez vous amuser, si vous voulez, les mesures sont cohérentes ;)
Réponse aux guest reviews :
Alea : haha, je savais que le dernier chapitre allait te parler, après certaines reviews que tu avais laissées avant :)
Je n'avais pas pensé à l'amitié Hermione/Ginny comme ça, mais en effet, leur "super amitié" est plus un phénomène de fanfiction que du canon, et on ne le retrouvera pas ici. Pour d'autres raisons, bien que les tiennes soient tout à fait logiques et valables :)
Haha, gourmande ! Mais ton point de vue est majoritaire, alors voilà le chapitre en entier ! :)
Eh, tu as vu, j'arrive à faire des reviews de plus en plus synthétiques ! :) Je suis fière de moi :)
Imashyphoenix : C'est chouette, on a la même vision des petits chapitres, ça veut dire que j'y arrive, quelque part, je suis contente :)
Comment Manon peut porter ce jugement sur Molly ? J'avoue que c'est un manque d'informations données de ma part. Manon ne raconte pas absolument tous les détails de sa vie. Elle discute avec plein de personnes, dont Harry, Hermione... Ron beaucoup moins... Hermione a du lui parler de ses vacances d'été imposées à Grimmauld Place, et Harry et Hermione lui parler de Mrs Weasley. Avec l'attaque de Mr Weasley, Hermione a du donner également plus d'infos sur la famille.
Et il y a également effectivement ses préjugés. Elle essaie au maximum de s'en distancer, mais personne n'est parfait ;)
A lundi prochain !
MAJ le 04/10/2017 : corrections de fautes + reformulation des durées dans les diagnostics pour qu'elles ne sautent plus à cause des règles de formatage de Fanfiction. Les durées en elles-mêmes n'ont pas changé, et vous pouvez à présent toutes les lire ;)
