JUGEMENT

- Maître ? demande la voix de Jim à travers les barreaux de notre prison.

- Ha, c'est pas trop tôt. Grogne Grumash.

Je me relève péniblement de ma banquette. Comme les elfes nous ont confisqué nos affaires, ça fait bientôt deux jours que je vis chaque heure qui passe dans mon armure. Et je commence vraiment à rêver d'un bon bain et de vêtements propres.

- Tiens, Jim. C'est gentil de nous rendre visite. On ne t'attendait pas, mais on n'a pas vraiment eu l'occasion de mettre du désordre.

Je vois qu'il a un gros pansement autour de la tête, mais sinon il semble plutôt en forme. Il a troqué sa tenue de page de l'Isengard contre des tissus plus riches et de couleurs oscillant entre le beige et le vert foncé. Il porte aussi un nouveau tabard à bordure d'or représentant les arbres monstrueux qui semblent la spécialité locale.

- Tu es habillé comme un seigneur mon petit, lui fais-je remarquer avec un sourire taquin.

Il lève les yeux au ciel à cette mention mais souris quand même.

Bien, j'ai encore un peu d'influence sur lui.

- Maître, ce n'est qu'une tenue de page.

- Ha ? D'ici je n'aurais pas cru. Je dois avoir la vue qui baisse à rester toute la journée dans ce trou.

Il cesse de sourire à cette mention et détaille un peu plus notre cellule. Ce qu'il voit semble ne pas beaucoup lui plaire.

- Je suis désolé maître, mais il semble qu'il y ait eu méprise. Les éclaireurs qui nous ont trouvés ont cru que vous étiez un esclavagiste. Je vais aller leur dire la vérité et tout devrait rentrer dans l'ordre.

- Ça tu vois, j'en doute, lui dis-je plus sérieusement.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai eu beau le leur répéter, ils n'ont pas changé leur version d'un iota. Non, je crois qu'il va nous falloir être plus rusés que ça.

Jim ouvre de grands yeux à mes propos et je lui adresse mon air le plus conspirateur.

- J'ai plusieurs questions Jim. Il me faut des réponses dans les plus brefs délais pour que je puisse envisager une stratégie. La première étant, qu'ont-ils l'intention de faire de nous ?

- Heu… Hésite-t-il un instant. Normalement vous devriez être jugés par le conseil.

- Bon début, dis-je en enregistrant précieusement cette information. Au moins ils n'ont pas prévus de nous exécuter sommairement. Quelle est la procédure en cas de jugement ?

- La procédure ? S'étonne Jim. Je crains de ne pas le savoir.

- Tâche de te renseigner dans ce cas, mais discrètement s'il te plaît. S'ils te trouvent à fouiner partout, ils risquent de se demander ce que tu fabriques. Et si tu leur dis que tu nous aide à préparer notre défense, je ne pense pas qu'ils apprécieront.

Il hoche la tête en signe de compréhension.

Ce petit est intelligent, ça vas bien m'aider.

- Sais-tu quand ils ont prévu de nous juger ?

- Je ne sais pas non plus, mais le conseil est très occupé à discuter pour le moment. Je le sais parce qu'on n'arrête pas de nous faire changer les paniers de fruits dans leur salle.

- Des paniers de fruits ! Grogne Grumash dans son coin.

Jim se tourne vers lui pour répondre, mais je le devance. Il sera toujours temps de m'expliquer avec l'orque plus tard.

- Silence Grumash ! Dis-je d'un ton venimeux. Nous en reparlerons plus tard.

Je me retourne vers Jim qui a l'air un peu surpris par ma réaction.

- Essaie de trouver quand ils ont l'intention de nous juger et la procédure. J'ai lu quelques bouquins de procédures judiciaires quand j'étais à Orthanc. Je devrais bien pouvoir goupiller un truc. Et puis, même prisonnier, il reste toujours une chance de s'échapper. Tandis que mort…

Jim me regarde différemment d'un coup. Je sens que je viens de toucher un point sensible.

Je m'en doutais, pratiquement deux mois de vie commune, ça tisse des liens.

Il hoche vivement la tête et je lui adresse un sourire empreint de fierté quasi paternelle.

- Tu es un bon garçon Jim. Je ne mérite pas les efforts que tu fais pour moi, mais sache que je t'en suis éternellement reconnaissant.

J'arrive à passer la main entre les barreaux de la porte pour lui caresser la tête et je le vois rougir.

Je ris doucement et le pousse pour qu'il s'en aille. Avant de partir, il se retourne plusieurs fois vers ma cellule et je le regarde partir sans bouger. Puis il disparaît derrière une grosse racine.

Je m'en veux de le manipuler comme ça. Et je suis un peu dégouté de constater avec quelle facilité j'ai obtenu de lui ce que je voulais. Je commence à me faire penser à Grima.

Je ne suis pas comme cet infâme sangsue. Je refuse de devenir comme lui. Mais il faut que je commence par sortir d'ici.

- Touchante comédie, Monseigneur, ricane Grumash. J'y ai presque cru.

Je me tourne vers lui et hausse un sourcil. L'orque m'adresse sourire moqueur en retour.

- J'ai bien fait de vous suivre. Je n'aurais jamais pensé à utiliser le gamin contre ses semblables.

- Sache Grumash que les meilleures atouts sont ceux qui ont confiance en toi.

- Est-ce que ça veut dire que je fais partie des "atouts" ? Me demande-t-il après un instant d'hésitation.

Je me contente de lui répondre par un léger sourire en coin.

Comme ça, peut-être que tu réfléchiras un peu plus par toi-même.

À ma grande surprise, il hausse les épaules et passe le bras qui lui reste derrière sa tête.

- Ça me va.

Je n'arrive pas à masquer l'étonnement qui transparaît sur mon visage. Mais soit Grumash ne le remarque pas, soit il décide de ne pas le remarquer.

Mais qui m'a fichu un orque pareil ?

Le reste de la journée se passe lentement. Entre les heures des repas, il n'y a pas un chat qui traîne dans le coin. Quoique vu que nous sommes sous terre, il doit suffire de mettre un garde à la sortie pour ne pas risquer grand-chose. Le craquement des torches est l'essentiel du bruit ici, en dehors de Grumash qui a commencé à tourner en rond, tel un fauve en cage.

Pour ma part, j'envisage de demander à nos geôliers de me donner des nouveaux bandages pour ma blessure au ventre. Les précédents sont déjà noirs de sang coagulé et elle continue de suinter. J'ai retiré mon plastron d'armure pour être plus à l'aise, mais je sens sans cesse l'absence de Din'Ganar. C'est comme une démangeaison dans un membre qui n'existe pas, ou qui aurait été tranché. Je me surprends plusieurs fois à tâtonner machinalement à la recherche de sa poignée.

Dans ce cachot, toutes les heures se ressemblent et il est difficile de mesurer le temps sans voir la lumière. Tout ce qu'il me reste à faire, c'est broyer du noir, dormir ou envisager un plan d'évasion, voir un plan de défense juridique. Le tout en silence, parce que je trouve que Grumash fait déjà bien assez de bruit comme ça.

Quand finalement, j'entends un bruit de pas plus léger que celui des gardes, je cesse de m'apitoyer sur mon sort et me redresse péniblement. Jim réapparaît dans l'encadrement de la porte, l'air furtif et regardant sans cesse le bout du couloir, tenant une serpillère et un seau débordant de chiffons.

- Bonjour Jim, dis-je tout bas en m'approchant de lui. Ou bonsoir, je ne sais pas trop quelle heure il est.

- Il est tard maître. La nuit ne vas pas tarder à tomber. Heureusement j'ai pu prétexter que j'avais un peu de ménage à faire ici pour passer ça, me dit-il en tirant un gros tome des guenilles de son seau.

- Excellent le félicite-je en saisissant l'ouvrage. Il est en langue humaine ?

- Oui, j'y ai pensé.

J'entrouvre l'ouvrage pour lire son titre : Lois, Coutumes et Traditions Générales Elfiques, par l'Intendant du Gondor Ecthelion Ier.

- Ecthelion Ier ? M'étonne-je en me souvenant avoir croisé ce nom dans un livre d'histoire. Mais il est mort depuis plusieurs siècles non ?

- Certes, mais nos lois n'ont pas dû beaucoup changer depuis cette époque, réponds Jim en haussant les épaules. Quelques siècles, ce n'est pas grand-chose à notre échelle.

- Je tâcherais de m'en souvenir, réponds-je d'un ton amusé.

Je feuillette en vitesse le sommaire et constate que j'ai effectivement de la matière à traiter. Les textes de loi ne sont pas ma tasse de thé, mais j'ai une puissante motivation cette fois-là. Je referme l'ouvrage et sourit à Jim.

- Excellent travail Jim. Et pour l'audience ?

- Malheureusement, je n'arrive pas à obtenir discrètement d'information. Je crains de devoir poser directement la question.

- Ce sera facile à justifier, dis-je en hochant la tête. Il est normal qu'une victime de l'esclavage demande quand ses tortionnaires seront punis, dis-je en arborant un sourire ironique.

Jim me retourne mon regard avec le même air sur le visage. Cela augmente malheureusement mon dégoût de moi-même quand je constate à quel point j'ai déteint sur lui en seulement deux mois.

Ou alors je m'accorde plus de pouvoirs que je n'en ai réellement et il était déjà en bonne partie comme ça avant.

J'en viens à souhaiter que cette deuxième solution soit la bonne.

Jim nous quitte rapidement ensuite. Moi je me concentre aussi longtemps possible sur les coutumes et les lois les plus en rapport avec ce que je cherche. Sauf qu'on dirait que l'auteur de ce fichu bouquin s'est amusé à coller les articles qui m'intéressent aux deux bouts opposés de l'ouvrage en question. Mais j'en réuni assez pour avoir une idée plus générale de ce qui m'attends. Si je suis reconnu coupable, ils vont organiser mon exécution pure et simple. Par contre, pour Grumash c'est encore plus raciste que je l'aurais cru.

"Toute création de Morgoth tombant entre nos main sera exécutée, sauf impératif contraire." Charmant… Je pensais les elfes tolérant, mais en fait ce sont des gens très xénophobes.

Bon, je ne peux pas vraiment leur en vouloir, étant donné la longue histoire d'inimité entre ces deux peuples. Mais bon, je préférerais autant qu'on s'en sorte tous les deux. Ses contacts me seront plus qu'utile pour me faire embaucher au Mordor et pas simplement flécher à vue. Sauf qu'il faut que je trouve une astuce pour ça. Mais je ne trouve rien d'intéressant.

"Impératif contraire", tu parles d'une terminologie ! Ça veut tout et rien dire !

Pour moi, ma situation est défendable si je m'organise avec Jim pour passer sous silence le moment qu'il a passé suspendu au plafond d'une mine naine aux mains des gobelins. Mais, je le connais trop bien. Si on lui demande toute la vérité, il la dira. Il faut que je fasse passer ça autrement. Mais si je dis que j'ai fait ça pour me faire respecter des orques avec lesquels je voyageais, je vais juste enfoncer Grumash. D'autant qu'ils me respectaient déjà pas mal en partant.

Déjà que je suis un ex-lieutenant de Saroumane, la pilule vas déjà être dure à leur faire passer, même avec le témoignage de Jim pour concorder.

Un peu à court d'idées, je m'en ouvre à Grumash pour avoir son avis sur la question.

- Vous avez qu'à dire que vous avez fait ça pour calmer les gobelins et que vous nous faisiez suffisamment confiance pour pas tuer le gamin, grogne-t-il après quelques secondes de réflexion. Après tout, vous l'avez dépendu quand on les a emmenés pour creuser les tombes des nains.

Je dois bien rester vingt secondes à le regarder avec des yeux ronds.

Mais ce n'est pas bête ce qu'il raconte en plus.

Voilà plusieurs heures que je me torture le ciboulot à trouver une combine pour faire passer ça en douceur et le premier orque venu trouve la solution au bout de trois secondes de réflexion.

Je me demande si je dois être impressionné ou vexé.

J'opte pour la première option, remercie Grumash et me penche sur son cas. Pour ne rien trouver au bout de nombreuses heures de recherches. Les quelques rares fois où un orque a été épargné, c'est parce qu'il connaissait des informations sensibles qu'il fallait lui arracher d'abords.

Et vu qu'ils ne parlent pas beaucoup de ce qu'ils ont fait de l'orque après, j'imagine que la réponse est "se référer à l'article de loi concernant les créatures de Morgoth".

Je pousse un profond soupir de lassitude, couché sur le dos sur ma paillasse avec le livre sur la figure. Ce à quoi Grumash réponds dans son sommeil par un grognement.

Non mais quel simplet ! Pourquoi je me casse la tête pour lui ? Bon, la réponse est évidente, mais quand même. Il pourrait s'intéresser un peu à ce qui risque de lui arriver quand même.

J'entends un bruit de course dans le couloir qui me fait retirer le livre de sur ma figure et relever la tête en direction de la porte de la cellule. Jim apparaît, complètement essoufflé.

- Maître, je viens d'apprendre que c'est aujourd'hui qu'ils vous jugent ! S'exclame-t-il en un souffle.

- C'est embêtant, réponds-je en faisant une grimace contrariée. Je n'ai pas pu faire tout ce que j'aurais eu envie. De combien de temps disposons-nous ?

- Peu de temps ! Quand je l'ai appris on venait d'envoyer quelque prévenir les gardes de venir vous chercher.

- Tss ! Bon. Et bien je ferais avec les moyens du bord, ça changera pas vraiment de l'ordinaire.

Je lui repasse le livre à travers les barreaux et lui enjoint de le cacher pour que les gardes ne le trouvent pas avec. Jim repart avec le livre sous sa chemise aussi vite qu'il est venu. Ensuite, je m'empresse de réveiller Grumash et lui demande de m'aider à me préparer. Je remets mon armure complète et passe ma cape par-dessus mes épaulières afin d'avoir l'air plus large que je ne le suis d'ordinaire. Je finis d'enfiler mon casque et remet le voile au moment où le pas cadencé des gardes se fait entendre.

- Soit prêt à tout Grumash, me recommande-je en me tournant vers la porte de la cellule.

Celui-ci prend place légèrement en arrière de moi, sur mon côté droit, se redresse et carre les épaules.

Nous devons présenter un drôle de tableau aux elfes quand ceux-ci débarquent devant notre cellule car ils hésitent une seconde avant de continuer. Certains sont armés d'arcs alors que les autres tiennent fermement en main des lances à longue lame qui me font plus penser à des vouges. Le plus coloré du groupe nous ouvre la porte et nous ordonne sèchement de le suivre.

- Mais, après-vous, lui réponds-je froidement.

Au moment où nous sortons de la cellule je glisse doucement quelques instructions à Grumash.

- Redresse la tête, soit fier d'être un orque et montre-le leur sans pour autant les regarder de haut.

- Je suis supposé faire ça comment ? Me demande-t-il dans un grognement discret.

- Débrouille-toi, mais n'en fait pas trop, lui répond-je avant de suivre le chef de notre escorte.

À ma grande satisfaction, Grumash se révèle plutôt doué à ce jeu. Il renvoie tous les regards que lui adressent les elfes comme si c'était lui qui les amenait en jugement et non l'inverse. Pour ma part, je me contente de rester le plus stoïque possible pendant que dans ma tête je note scrupuleusement notre itinéraire. Heureusement, il est assez court et nous arrivons bientôt sur une large plate-forme où se massent déjà une grande quantité d'elfes.

Nous sommes l'attraction du jour semble-t-il. Je crois bien qu'ils ne vont pas être déçus du spectacle.

Je repère Jim parmi les personnes assises sur le premier banc, au milieu d'autres elfes tous avec le même tabard que lui. Plusieurs autres rangées de bancs sont alignée sur les côtés d'une allée centrale menant à un espace dégagé faisant face à un demi-cercle de chaises coupées en leur centre par deux sièges surélevés et plus majestueusement décorés. Des gardes en armure complète sont disposés à intervalle régulier autour de la salle et quatre autres sont au garde-à-vous derrière les deux grands sièges, présentant tous contre leurs épaules leurs sabres étranges à la poignée au moins aussi longue que la lame.

Soudain, une sorte de complainte, comme le chant triste d'une veuve éplorée se fait entendre dans mon esprit. Je tourne vivement la tête vers un garde situé non loin de Jim et remarque Din'Ganar dans son fourreau entre les mains de l'elfe. Elle semble se rendre compte de ma présence à ce moment et sa plainte se transforme en un puissant chant de ravissement qui me ragaillardi.

Moi aussi je suis content de te revoir, lui dis-je mentalement en profitant que l'assemblé ne peut pas voir mon visage pour lui sourire.

Il me semble voir le soleil se refléter sur la petite émeraude de la garde, comme si elle venait de retrouver tout son éclat. Je considère ça comme un signe de bonne chance. Je me redresse à mon tour et carre mes épaules aussi largement que possible, le regard décidé fixé sur les trônes vide devant moi. Notre escorte se déploie autour de nous quand nous entrons dans l'espace dégagé et je me campe solidement sur mes jambes, faisant clairement résonner les protections métalliques de mes bottes sur le parquet, imité dans mon geste par Grumash qui claque les siennes juste après. Ma cape forme un écran autour de mon corps, masquant tout sous elle et me donnant, j'ose l'espérer, une allure inquiétante. Grumash n'en ayant pas, il glisse le pouce de sa dernière main valide dans sa ceinture et reste ainsi, la tête fièrement levée et les épaules droites.

Un héraut sonne d'un cuivre au timbre clair et la salle toute entière se lève pour accueillir une cohorte d'elfes tous visiblement âgés, malgré que ce soit difficile à dire pour ceux de leur race. Il y'a de tout, des hommes comme des femmes, mais c'est le couple de tête qui me choque le plus. La femme surtout, il irradie d'elle un sentiment de puissance tranquille qui m'impressionne au plus haut point.

- La sorcière, grogne tout bas Grumash avec une trace de terreur respectueuse dans la voix.

Tous sont habillés de couleurs très claires, pour ne pas dire délavées. Quand ils daignent enfin s'asseoir, le reste de l'assemblée fait de même. Sauf Grumash, les gardes et moi.

L'elfe qui est assis à côté de la sorcière prend la parole d'une voix calme, mais où je détecte sans l'ombre d'un doute un ferme accent d'autorité.

- Vous comparaissez devant nous pour plusieurs motifs. Les connaissez-vous tous ?

Grumash pousse un léger grognement dans mon dos qui me fait plus penser à un feulement de prédateur en colère mais ne dit rien.

- Sans doute pourrez-vous nous rafraîchir la mémoire, réponds-je aussi d'un ton aussi neutre que possible en sentant une sueur froide me couler le long de la colonne vertébrale.

L'elfe hoche la tête et tends une main vers le garde à sa gauche. Celui-ci s'empresse de lui fourrer un rouleau de parchemin dans la main et s'efface à nouveau au garde-à-vous derrière le siège.

- Je lis ici que vous êtes accusés de trahison envers votre race, énumère l'elfe en déroulant le parchemin. D'esclavagisme, ainsi que de coups et blessures envers des représentants de notre peuple. Reconnaissez-vous ces chefs d'accusation ? Me demande-t-il en levant les yeux vers moi.

- Je n'en reconnais aucun, réponds-je calmement en jetant ainsi mon premier pavé dans la mare.

L'elfe hoche la tête, roule le parchemin et le rend au garde qui s'empresse de le faire disparaître. Pendant ce temps, des murmures ont commencé à naître dans la foule et le ton me semble plutôt hostile.

- Vous refusez donc de reconnaître ces accusations, énonce clairement celui que je commence à pouvoir définir comme mon juge. Dans ce cas, nous allons écouter ce que le capitaine du groupe d'éclaireurs qui vous a trouvé a à dire.

Entre alors scène mon excité de l'autre jour. Je constate avec plaisir qu'il porte toujours autour de la bouche un disgracieux bandage.

- Je chuis le capitaine Fil aën Valen, commence-t-il d'une voix grinçante au possible.

Je manque de pouffer derrière mon voile sous la surprise.

Ho non ! J'espère qu'il ne va pas faire tout son rapport comme ça. Je ne vais jamais réussir à m'empêcher d'éclater de rire ! Remarque, ça peut m'aider. Si je le tourne au ridicule, il pourrait bien s'énerver et compromettre ses propres accusations.

Il y'a de chela quatre chours, ma patrouille a été attirée par le bruit d'un effondrement et un cri ne pouvant chortir que de la bouche d'un des nôtres. Chela ch'était fait entendre sur le chemin des contreforts, peu après la bifurcachion vers Khachad-dûm. Nous chommes allés nous rendre compte chur place et nous avons trouvé chet orque, dit-il en désignant Grumash. Chelui-ci churveillait deux Wargs, dont l'un était bien plus grand que la moyenne. À côté de lui, chet humain était en train d'attacher une corde afin de dechendre près d'un glichement de terrain récent. Nous étions chous le vent, ils ne pouvaient donc pas chavoir que nous les avions repérés. Comme vous le chavez, depuis le passage de la communauté, les gobelins chont agités. Dans un chouchi d'obtenir le plus d'informachions pochibles, ch'ordonnais leur capture. La chanche fut avec nous et nous pûmes abattre l'une des bêtes, la plus petite malheureusement, tandis que l'autre prenait la fuite. L'orque ne fut pas dur à maîtriser mais il réuchit à prévenir l'humain au fond de la fosse. Quand nous nous penchâmes pour l'arraichonner, celui-ci tenait une machine infernale entre ches mains. Je dois chependant admettre qu'il ch'en défit chans poser de problème, mais che n'était qu'une fourberie. Car chitôt que je m'approchais de lui pour finir de le décharmer, il abattit chon poing sur mon visage avec une telle brutalité qu'il me cacha la mâchoire.

Les murmures de l'assemblée se font soudain outrés. Pour ma part je lève les yeux au ciel, en le remerciant au passage que le voile que je porte les empêche de voir à quel point je suis en train de me retenir de rire.

Et le bout où tu es descendu me narguer et m'insulter, tu l'as oublié quand je t'ai envoyé au tapis c'est ça ?

- Et che n'est pas tout, reprends le capitaine après quelques secondes de pause dramatique. Nous découvrîmes à côté de lui un jeune elfe chargé comme un mulet et dans un trichte état. Nous l'avons ramené ichi et il che trouve actuellement dans chette challe. Il pourra chans doute illuchtrer mieux que moi che que chet humain lui a fait chubir.

L'elfe sur le trône hoche la tête et renvoie le capitaine sur le banc. Puis il se penche en avant et sourit paternellement à Jim.

- Tu peux approcher jeune homme. Ici tu n'as rien à craindre de qui que ce soit. Nous aimerions entendre ta version des faits.

Jim se lève et j'avoue éprouver une curiosité toute soudaine. S'il doit dire son nom avant de raconter son histoire, je vais enfin savoir comment il s'appelle.

Il passe à côté de moi, se tourne brièvement dans ma direction en passant puis se retourne vers mon juge.

- Comment t'appelles-tu mon garçon ? Demande l'elfe avec son sourire encourageant.

- Je suis… Hésite le jeune elfe devant son aîné.

Puis il secoue la tête comme s'il prenait une décision avant de reprendre.

- Je m'appelle Cem aën. J'étais page auprès de sir Numen Athulië, seigneur elfe de la Forêt Noire.

Cemaën, hein ? Intéressant. Mais qu'il ne compte pas sur moi pour retenir un prénom pareil. Jim c'est court, c'est simple, bref, c'est mieux.

- Tu dis que tu étais page, l'encourage le "juge".

- Mon maître est mort lors de l'attaque de notre caravane alors que nous traversions les Monts Brumeux. J'ai été fait prisonnier par les gobelins à ce moment-là.

L'elfe hoche la tête pour l'encourage et moi j'écoute de toutes mes oreilles. Il ne m'a jamais parlé de cette partie de sa vie.

- Je n'étais pas le seul prisonnier. Nous étions plusieurs dizaine dans la caravane, mais peut ont réussi à s'échapper car les gobelins étaient des centaines. Je fus jeté dans un cachot sombre avec une dizaine d'autres membres de la caravane.

Je remarque qu'il a commencé à trembler et qu'il avale souvent sa salive. Visiblement ce ne sont pas des souvenirs agréables. Ce que je peux comprendre. À côté, ma capture par les elfes ressemble à une sinécure.

- Pendant… Reprends Jim en hésitant. Je ne sais pas exactement combien de temps, nous avons été tirés de notre cellule un à un. Nous ne savions pas ce qu'ils faisaient à ceux qu'ils venaient chercher. Nous savions juste que nous ne les revoyons plus. Les gobelins ont ainsi emporté huit personnes avant de venir me chercher un jour beaucoup plus tôt que les autres fois. J'ai été trainé dans une sorte de salle du trône sur lequel se trouvait un gigantesque gobelin qui devait être leur roi. À côté de lui, se tenait cet humain, dit-il en me désignant.

Son geste me rappelle un peu au présent et je remarque que toute l'assemblée semble pendue aux lèvres de Jim. Ce serait presque une bonne occasion de filer à l'anglaise mais je remarque que les gardes ne me quittent pas des yeux. Du coup, je renonce à mon projet.

- Il était entouré d'une petite garde d'orques et à ses pieds se trouvaient ouverts des coffres dont débordaient de somptueux présents. Je lui ai alors été offert comme cadeau pour son maître. Le magicien blanc Saroumane.

Là on arrive au bout où je ne l'ai pas super bien traité. Je me demande ce que ça vas donner.

Jim s'est interrompu à ce moment de l'histoire et je remarque que la sorcière s'est penchée en avant pour le regarder plus intensément.

- J'ai… Hésite Jim en regardant la dame elfe. J'ai assisté à des événements étranges ensuite. J'ai été trainé dans les anciennes mines naines de Khazad-dûm. Il disparaissait fréquemment des heures durant dans une salle dont j'ignore toujours l'utilité. J'ai tenté de résister et de m'échapper. Mais à chaque fois j'ai été repris et punis. Une fois cruellement, ajoute-t-il sous le regard visiblement insistant de la dame blonde. Cette seule fois, j'ai bien cru mourir. Mais à mon réveil, j'étais propre et pansé et mes liens avaient disparus. J'étais trop faible pour m'enfuir ou même pour boire seul. Pendant toute ma convalescence, il s'est occupé de moi. Tenant les orques à distance, me donnant à boire et à manger, veillant sur mon sommeil. J'ai repris rapidement des forces et nous avons quitté les mines des nains. Je lui opposé un silence que j'estimais digne mais, il s'est montré très gentil pendant le voyage.

Arrivé à l'Isengard, Saroumane a dit qu'il n'avait que faire de moi et j'ai cru que j'allais être jeté en pâture aux orques. Mais il m'a pris comme valet, promettant un sort pire que la mort à qui me toucherait.

Il exagère un peu, mais bon, ce n'est pas mauvais pour mon image.

- Comme valet dis-tu ? Demande gentiment le juge. Pas comme esclave ? Tu touchais une solde ?

- Non, réponds Jim en rougissant un peu. Mais ce n'était pas une servitude stricte ! S'empresse-t-il d'ajouter après. J'avais beaucoup plus de travail avec mon précédent maître. J'ai toujours pu manger à ma faim, dormir à satiété et je ne faisais qu'un peu de ménage et un peu de lessive. J'avais droit à ma propre paillasse au coin du feu.

- Mais tu n'as jamais rien reçu en retour ? Insiste le juge.

Comment j'aurais pu lui donner quoi que ce soit ? Je ne recevais rien moi-même !

- Si, réponds Jim.

J'en reste ébahi. Je lui ai donné quelque chose et je ne le sais même pas.

Je lui ai donné quoi ? J'ai quand même pas réussi le tour d'oublier que je lui ai donné quelque chose.

- J'ai reçu de sa part une vision différente du monde.

Pardon ?

- Peux-tu nous en dire un peu plus ? Reprends le juge.

Ouais, je voudrais bien aussi.

Jim hoche la tête et me pointe du doigt.

- Quand je l'ai connu, je l'ai tout de suite pris pour un suppôt du magicien blanc. Une créature sans pitié, animée par la seule envie de massacrer et de faire le mal. Mais il m'a prouvé que je m'étais lourdement trompé. J'ai cru avoir affaire à un traitre aux siens, un lâche qui se serait laissé séduire par les belles promesses de la victoire de l'Ennemi. Mais il m'a poussé à m'interroger sur mes propres allégeances et la manière dont je les concevais. Et j'ai alors réalisé que celle qu'il avait envers le magicien Blanc était identique à celle d'un vassal envers son seigneur. J'ai réalisé que ce n'était ni par lâcheté ni par appât du gain qu'il servait et qu'il faisait preuve d'une loyauté sans faille contre rien de plus que moi. Je n'ai vu qu'un homme qui portait les chaines de son serment sans faillir et ce malgré la répugnance qu'il éprouvait pour certaines tâches.

Ha, ça… Trois commentaires philosophiques sur les points de vue et il vous en sert une brouette.

- Je l'ai également vu entrainer les créatures de Saroumane, et je n'ai vu qu'un capitaine intelligent et compétent qui a grandi en force en même temps que ses troupes.

Heu… Bon, ça ils n'avaient pas vraiment besoin de le savoir… Tu m'enfonce un peu là, Jim.

- Mais, par-dessus tout, continue Jim d'un ton désormais exalté, je n'ai jamais été son captif après que je sois devenu son valet. Car dès le premier jour, il m'a proposé de m'aider à m'enfuir.

La stupeur générale est à peine voilée à cette annonce.

Bon argument, et placé à un moment très judicieux.

- Ce n'était pas un piège pour te tester ? En es-tu sûr ? Demande le juge.

- Il m'a refait cette proposition plusieurs fois, réponds Jim. C'est moi qui ai décidé de rester.

- Il arrive parfois que la victime s'attache à son bourreau, intervient alors un elfe de l'assemblée autour du couple. Ce ne serait pas la première fois, et la jeunesse de cet enfant peut expliquer ce phénomène.

Non mais de quoi je me mêle ? J'avais bien besoin que tu viennes faire ton professeur ici toi.

Pour une raison que je ne parviens pas à définir, il me semble reconnaître cette voix, même si je suis parfaitement incapable de mettre un nom sur ce grand elfe aux longs cheveux noirs et à l'air sévère.

- Nous en prenons bonne note seigneur Elrond, répond le juge.

Au moins je connais le nom de mon empêcheur de tourner en rond.

- Continue mon garçon. Comment t'es-tu retrouvé, blessé, sous ces gravats où le capitaine Valen t'a trouvé ? Demande le juge.

- C'est un accident, se justifie rapidement Jim. Voyez-vous, nous avons quitté l'Isengard il y'a quelques jours. Et chemin faisant, je me suis un peu énervé contre l'orque Grumash, dit-il en désignant l'intéressé du doigt.

Celui-ci émet un grognement affirmatif, aussitôt réprimé par le garde derrière lui qui lui marmonne sèchement un "chut". Grumash se tourne juste assez pour le foudroyer du coin de l'œil, mais ne dit plus rien.

- Sur quoi, vu l'histoire du capitaine, je ne peux qu'imaginer qu'il est descendu dans cette ravine pour me chercher et m'aider.

Le juge hoche la tête.

- Est-ce tout ? demande-t-il après un instant de silence.

Jim ne réponds rien pendant quelques secondes, puis hoche la tête.

- C'est tout ce dont je me souviens pour le moment, votre grâce.

- Merci mon garçon, tu peux retourner t'asseoir.

Pendant que Jim retourne s'asseoir à son banc, le juge se lève et s'exprime d'une voix forte, qui couvre toute la passerelle.

- L'affaire semble plus délicate que prévu. Nous avons déjà entendu deux témoignages. Deux versions qui semblent diverger quelques peu. L'une décrit un personnage qui semble pour le moins fourbe et traitre, tandis que l'autre nous montrerait plutôt un homme honorable qui aurait mal choisis son camp. Je pense qu'il est temps de laisser le principal accusé nous dire ce qu'il a à dire. Ceci lèvera peut-être en partie le voile sur tout ce que nous avons entendu.

Un garde me pousse avec la hampe de sa lance et je m'approche, peu rassuré. Cette fois, c'est moi que la sorcière fixe avec insistance et son regard accentue mon malaise. Je m'arrête à quelques pas du juge quand celui-ci lève la main.

- Tout d'abords, qui êtes-vous ?

Aïe ! La question chiante. Bon ben on va improviser un peu.

- Je ne le sais pas.

Un vent d'étonnement traverse les rangs de l'assemblée et le dénommé Elrond plisse les yeux comme s'il avait remarqué un truc insolite.

- Voilà qui n'est pas courant, réponds le juge. Comment ce fait-il ?

- J'ignore comment cela s'est fait. La seule chose que je sais, c'est qu'à mon réveil, j'ai été nommé Ekaros par le magicien Saroumane, qu'il m'a dit que j'étais l'un de ses plus fidèles serviteurs et que j'avais perdu la mémoire lors d'un incident où l'on m'aurait laissé pour mort.

- Intéressant, commente le juge. Et à quand remonte ce réveil ?

- Il y'a un peu plus de deux mois, réponds-je sans hésiter.

- Pourquoi cachez-vous votre visage ? Nous coupe alors brutalement le dénommé Elrond.

Je me tourne vers lui et lève un sourcil.

- Maitre Elrond ? S'étonne le juge.

- Je suis navré de m'immiscer ainsi dans cette affaire, mais j'ai de bonnes raisons, réponds alors l'elfe en se tournant non pas vers le juge mais plutôt vers la sorcière.

Celle-ci le scrute une bonne seconde avant de se tourner vers le juge et d'hocher la tête.

- Bien, reprends alors celui-ci, répondez à la question du seigneur Elrond Ekaros.

J'hausse les épaules avant de répondre.

- Mon précédent maitre m'a conseillé de ne pas révéler mon visage parce que je pourrais être reconnu par ceux qui ont attenté à mes jours.

- Je vois… Commente Elrond. Avez-vous une cicatrice à l'intérieur de la cuisse droite ?

- Monsieur ? M'étonne-je.

- Je pense qu'elle doit faire un peu moins de deux pouces de long et elle est située à moins de sept pouces de l'articulation de votre genou.

Je recule d'un pas en entendant ça.

- Mais comment… dis-je d'un ton effaré.

L'elfe se lève alors et avant que j'aie le temps de reculer encore, saisi mon casque et décroche mon voile.

- FAUST ! Tonne alors le dénommé Elrond.

Je me dégage d'un mouvement de bras et recule d'un pas supplémentaire.

- Vous me connaissez ? Lui demande-je d'un ton surpris.

- La réponse à cette question m'intéresse également, intervient tranquillement le juge.

- Oui Celeborn, je le connais. Il était chargé d'une mission pour Gandalf. Nous avons cru qu'il avait trouvé la mort dans les mines de la Moria.

Cette fois, j'ai l'impression que la cour est déchirée entre un sentiment d'étonnement et l'incompréhension. Et moi je suis aussi sous le choc.

Il me connait ! Mais alors, il sait comment je m'appelle, d'où je viens et…

L'avertissement de Saroumane me revient en tête.

Et il fait peut-être partie des gens que j'espionnais. Peut-être même fait-il partie de ceux qui ont essayé de me tuer !

- Celeborn, je réponds de cet humain. S'il a bien perdu la mémoire je souhaite que tu me le confies le temps de la lui rendre.

Le juge hésite visiblement, mais c'est la sorcière qui tranche en se levant pour lui murmurer quelque chose à l'oreille.

- Qu'il en soit ainsi, reprends l'elfe. Je te le confie, mais tu répondras de lui tout le temps de son séjour ici.

- Une seconde ! Intervins-je à mon tour. Pourquoi est-ce que je vous suivrais ? Après tout, vous pouvez très bien être la personne qui me l'a faite, cette cicatrice ! Ça ne prouve pas que vous me connaissez vraiment !

Elrond tourne la tête vers moi, l'air sidéré.

- Parfaitement, continus-je sur ma lancée. J'ai suffisamment de cicatrices pour décorer un régiment, alors qu'est-ce qui me garantit que ce n'est pas vous qui avez essayé de me tuer et que vous voulez simplement corriger votre erreur.

Le dénommé Elrond me toise alors d'un regard remplis d'une telle colère que je m'attends presque à le voir lancer des éclairs par les yeux.

- Votre accident ne vous a visiblement pas guéri de votre habitude à raconter des sottises, reprend-t-il d'un ton suffisamment froid pour geler immédiatement dans ma gorge toute forme de réplique. Si je connais cette cicatrice, c'est parce que je vous l'ai recousue quand vous avez atterri chez moi la première fois. Ensuite, si j'avais voulu me débarrasser de vous, soyez sur que ce serait fait. Et dernièrement, je n'aurais pas eu besoin de vous identifier si je voulais simplement vous voir disparaître. Alors maintenant, enfoncez-vous bien dans le crâne que Saroumane est depuis longtemps un fieffé parleur a la langue bien pendue, que la moitié de ce qu'il vous a raconté peut être d'office considéré comme faux, ou, au minimum, biaisé et que le reste n'a servi qu'à vous embrouiller. Alors sur ce, tenez votre langue ou je vous laisse retourner croupir dans votre cachot !

J'ouvre la bouche pour répondre mais sous son regard coléreux, je la referme aussitôt.

- C'est mieux, constate-t-il d'un ton à peine moins énervé.

- La séance est levée, termine le juge en claquant dans ses mains.

Je vois les gardes emmener Grumash tandis que l'assistance se lève pour partir. Jim me rejoins et se met à côté de moi sous le regard intrigué d'Elrond.

- Qu'est-ce que tu veux mon garçon ?

- Rester avec mon maitre, réponds ce dernier d'un ton naturel.

Elrond me foudroie du regard à cette mention.

- Je n'y suis pour rien ! Me défends-je.

- Ramasse tes affaires, Faust, et suis-moi, me coupe-t-il avant de tourner les talons pour discuter avec le juge et la sorcière.

- Je ne sais pas d'où vous sortez maitre, me glisse Jim tout bas, mais vous avez des alliés de poids.

Avant que je ne lui réponde, il est parti accoster le garde qui tient Din'Ganar pour la lui réclamer. Je reste debout, tout seul, au milieu de la salle, le regard dans le flou en train d'essayer de faire un peu le tri.

Mais je suis tombé dans quoi moi au juste ?