Dimanche 24 décembre 1995
Chère Marie,
Je n'aurais jamais cru qu'une veille de Noël puisse être aussi chargée. Pour moi, le 24 décembre, c'est glandouille, et préparation du réveillon, et à la rigueur emballage des derniers cadeaux. Surtout si ça tombe un dimanche ! Et bien aujourd'hui, non. C'était business ! Et pas des plus agréables ! Mais c'était nécessaire : on avance encore dans l'émancipation de Harry, et c'est une très bonne chose.
Comme d'habitude, les choses dans l'ordre.
On a attaqué fort dès ce matin. Comme Sirius nous l'a annoncé hier soir, Bill a voulu nous voir avant le rendez-vous avec les avocats. Il nous a entraînés, Hermione, Harry, Remus, Sirius et moi, dans la bibliothèque. Les jumeaux avaient pour mission de prétendre que Harry était avec eux pour les aider dans leurs farces pour la rentrée à Hogwarts. Ginny, elle, a prétendu que Hermione et moi nous étions enfermées dans notre chambre avec elle pour une conversation de filles loin du raffut de tout ce monde à Grimmauld Place.
En fait, nous nous sommes installés dans la bibliothèque, endroit que fuit Ron parce qu'il y a des livres, et Mrs Weasley à cause de toute « cette magie noire », la poussière et parce qu'elle a trop à faire aujourd'hui dans la cuisine. Kingsley nous a rapidement rejoints, et nous étions au complet pour le rapport de Bill.
Et ce n'est pas joli, prépare-toi tout de suite.
Il y a bien des protections de sang sur la maison de Privet Drive. Ces protections sont effectivement destinées à protéger tous ceux qui y vivent de la présence des Deatheaters.
Mais, un, ces protections ne sont pas liées au sacrifice de Lily. Elles auraient pu être mises en place par n'importe quel sorcier, sans lien de sang avec Lily ou Pétunia, et elles auraient été aussi efficaces.
Deux, ces protections n'ont aucun besoin d'être rechargées annuellement, elles fonctionnent comme les boucliers habituels sur les maisons sorcières : une fois mises en place, elles se maintiennent toutes seules, même si en effet la présence d'un sorcier (et pas forcément celui qui a servi à la mise en place ou quelqu'un lié à ce sorcier) les aide à être plus stables plus longtemps.
Trois, elles ne protègent les personnes que lorsqu'elles sont à l'intérieur des protections, donc l'histoire de Dumbledore selon laquelle c'est nécessaire pour prolonger la protection laissée par sa mère sur Harry pour une année supplémentaire, c'est du grand n'importe quoi, en tout cas par rapport aux protections présentes sur Privet Drive.
Et quatre, ces protections sont jeunes (moins de quinze ans), et n'ont été alimentées que par le sang d'une seule personne, à l'époque un nourrisson, et donc si ça protège du Deatheater de base, ça ne protège certainement pas de Voldemort, et sans doute même pas des Deatheaters les plus puissants, ceux du Premier Cercle (Malfoy père, les Lestrange et compagnie). Or, Harry est le type même de cible qui vaut la peine qu'on déplace quelqu'un du Premier Cercle, voire Voldemort lui-même. En résumé, les protections ne servent pas à grand chose.
Mais, et c'est là que ça commence à devenir franchement glauque, ce ne sont pas les seuls sorts que Bill a trouvés à Privet Drive. Il existe un autre système de protection, destiné à protéger exclusivement les Dursley, cette fois, et qui s'alimente avec la magie de Harry. C'est pour cette protection que Harry a besoin de retourner au moins un mois par an chez les Dursley. Pas pour sa sécurité à lui, mais pour celle de ceux qui l'ont tourmenté toute sa vie.
La protection a également l'effet pervers d'affaiblir Harry. C'est ce qui explique, en plus du traitement imposé par les Dursley et les différentes compulsions, qu'il soit aussi maigre et fatigué à chaque nouvelle rentrée. Cette... protection (je suis désolée, c'est la seule traduction que je vois pour le mot ward qui est employé dans cette conversation, bien que ce soit tout sauf une protection) aide donc le verrou magique à rester en place, malgré la puissance grandissante d'archimage de Harry.
Je me souviens en effet à présent que c'était le seul d'entre nous à ne pas utiliser sa puissance magique au maximum autorisé par les verrous. J'étais bloquée à quarante pour cent et j'utilisais effectivement quarante pour cent. Harry, lui, était bloqué à vingt pour cent mais n'en utilisait que douze.
Il y a également d'autres sorts sur la maison, visant à renforcer les différentes compulsions posées sur Harry : l'agressivité des Dursley envers lui, l'indifférence de leurs visiteurs éventuels, la passivité de Harry, ainsi que différents boucliers repousse-sorciers ciblés (ils laissent passer ceux autorisés), et surtout, un bouclier de détournement du courrier. Tout courrier par hibou atteignant Privet Drive sans porter une signature magique spécifique se voit automatiquement redirigé vers un point précis, sans doute vers Dumbledore, qui autorise ou non Harry à recevoir ce courrier, et pose la signature magique permettant au hibou de franchir le bouclier avec la lettre autorisée.
À ces mots, je me suis souvenue de certaines fan-fictions, et j'ai demandé à Harry d'appeler sa chouette. Quand elle s'est posée sur l'épaule de son maître, j'ai demandé aux adultes de vérifier si Hedwig ne portait pas elle aussi ce genre de sorts. Un coup de baguette de Kingsley plus tard, et la réponse est tombée : Hedwig est contrainte d'apporter chaque courrier à destination de Harry à un autre destinataire, qui a le droit de refuser que le courrier en question parvienne jusqu'à son maître. Harry possédait également une compulsion de ce style, mais elle a disparu il y a quelques jours.
Et là, nous nous sommes posés la question : est-ce qu'il faut supprimer la compulsion de Hedwig ou non ? L'enlever semblerait normal, mais cela éveillerait également les soupçons de Dumbledore si Harry recevait du courrier sans qu'il le voit passer.
« Et... Il sait alors qu'on va voir les avocats de Harry, cet après-midi... » j'ai soudain dit.
Grand silence dans la pièce, uniquement troublé par le hululement outré de Hedwig. Je l'ai regardée : elle semblait choquée par mon accusation. Une chouette choquée, on aura tout vu. Harry a eu un petit rire :
« Elle est vexée que tu remettes en cause son honneur. C'est mon familier, et notre lien est plus fort que cette compulsion. Elle est assez intelligente pour maintenir son rôle, parce qu'il s'agit de me protéger, mais quand elle sent que c'est essentiel, comme l'échange d'hier, elle est parfaitement capable de passer outre la compulsion. »
Le soulagement a été palpable, dans la pièce. J'ai tendu une main pour caresser Hedwig :
« Désolée, Hedwig. Je ne savais pas, et je reconnais que tu es l'oiseau le plus intelligent que je connaisse. Donc, ça veut dire aussi que votre lien s'est enfin ouvert ?
–Oui, a souri Harry. Dès l'explosion de mon verrou, en fait, même si nous nous sommes vraiment intéressés à ce lien que plus tard dans la soirée, quand je suis allé me coucher.
–Et toi, Hermione, avec Crookshanks ?
–Aussi, a-t-elle répondu avec satisfaction. J'ai profité du soir, où tu écrivais dans ton journal et Ginny était occupée ailleurs, pour faire vraiment connaissance avec lui.
–Parfait. Donc, pour en revenir à nos moutons, on peut laisser sans problème cette compulsion, si Hedwig est capable de la contourner ?
–Oui, a répondu Harry. Et si elle s'en sent incapable, parce que la compulsion est trop forte, elle est capable de me prévenir à temps. Nous avons profité de son vol vers le cabinet d'avocats hier pour tester la force du lien. »
J'ai haussé les sourcils, impressionnée par la prévoyance de Harry. Rien à dire, je préfère ce Harry intelligent à celui des livres qui subit plus que moins la situation. Puis je me suis tournée vers Bill :
« D'autres jolies surprises chez les Dursley ?
–Une dernière : apparemment, un des boucliers encouragerait les accidents magiques. »
Silence perplexe. Puis Remus a demandé :
« Comment c'est possible ?
–En combinant un bouclier d'instabilité magique avec un bouclier d'affaiblissement, comme c'est le cas. Et, bonne surprise, un des aspects du bouclier est d'enregistrer tous les accidents magiques ayant eu lieu à Privet Drive depuis sa création. »
Il a sorti d'un dossier un parchemin, avec une longue liste de dates et de faits, qu'il a tendue à Remus et Sirius. Les deux hommes l'ont lue en silence, avant de tendre la feuille à Kingsley, qui a froncé les sourcils :
« Les deux tiers de ces accidents concernent de la guérison spontanée...
–En effet, a répondu Bill d'une voix anormalement calme. Il semblerait que Harry, petit, avait compris que c'était le seul moyen pour lui de guérir. »
J'ai attendu la vague d'émotions en provenance de Harry, mais il n'y en a pas eu. Il était parfaitement sous contrôle. J'ai froncé les sourcils :
« Ce n'est pas une surprise pour toi.
–Non, a-t-il répondu honnêtement. Entre la libération des souvenirs effacés et mon Occlumancie à son maximum me permettant de me souvenir parfaitement, je le savais déjà. On peut considérer que c'est une chance, ce bouclier. Sans ces accidents magiques qui m'ont permis de guérir, j'aurais été plutôt mal en point. »
Son ton froid m'a fait plus de mal que le contenu de ses paroles. Aucun gamin de quinze ans, et personne d'aucun âge, ne devrait parler de ses propres souffrances avec un tel détachement. Ce n'est pas le détachement de quelqu'un qui a tourné la page, mais celui de quelqu'un qui ne veut pas, ne peut peut-être pas, y faire face. Qui en a trop vu, et en est presque blasé. On ne devrait pas être blasé face à la souffrance, surtout la sienne propre. C'est le début du chemin vers l'auto-destruction.
En plus, avec sa toute nouvelle Occlumancie, je suis incapable de savoir si c'est vraiment ce qu'il ressent ou si c'est une apparence qu'il se donne pour ne pas craquer devant nous. Je suis perdue avec Harry. Je connaissais l'ancien Harry, couvert de compulsions diverses, mais pas le nouveau Harry, qui est libre de ces influences et donc de vraiment ressentir la plupart de ses émotions. Sauf que maintenant, il sait aussi faire en sorte que je ne perçoive rien de ces sentiments. Et le fait qu'il mette un tel soin à m'exclure ne me rassure pas franchement. Même Hermione, pourtant la meilleure de nous trois en Occlumancie, laisse transparaître une partie de ses émotions.
Il a du sentir mon inquiétude, parce qu'il m'a fait un petit sourire, et j'ai senti une vague d'émotion rassurante. Tout va bien, c'est le message. J'ai froncé les sourcils, et il a soupiré, avant de dégager ce qui ressemblait à de la patience. Plus tard. OK. Tant que j'ai une réponse un jour.
« Qu'est-ce qui se passe ? a demandé Bill.
–Une de leurs conversations silencieuses, a expliqué Hermione. Ils se servent de l'empathie de Manon pour communiquer, en plus des expressions physiques. Je parie d'ailleurs qu'un jour, ils pourront se passer des codes physiques et se contenter des émotions, s'ils continuent à se fréquenter autant. »
J'ai rougi et Harry a semblé gêné, devant le regard de tout le monde. Puis Harry a détourné le sujet :
« Il y a moyen d'avoir une liste officielle et non réfutable de toutes les protections qui se trouvent sur Privet Drive ?
–Les gobelins peuvent s'en charger. Contre paiement, bien entendu, a répondu Bill.
–Bien entendu, a soupiré Harry. Je vais essayer d'aller voir mon chargé de compte entre Noël et jour de l'an, j'en profiterai à ce moment-là.
–C'est une bonne idée.
–Et est-ce que tu as une liste temporaire qu'on pourra donner aux avocats cet après-midi ?
–Oui, bien sûr.
–Merci, a répondu Harry avec un sourire pour marquer sa reconnaissance. Tu veux nous accompagner, donc ?
–Je pense que ça peut être utile, pour expliquer certaines subtilités, a acquiescé Bill. Tous ces boucliers, dans des contextes bien précis, sont légaux. Ils auront besoin de savoir si les conditions requises sont remplies.
–D'accord, a approuvé facilement Harry. Et ça nous fera toujours quelqu'un en plus pour nous protéger, ça va rassurer tout le monde.
–C'est aussi l'idée. Bon, je vais dire à maman que je mange avec vous, avec Fleur.
–Ta mère a toujours du mal avec Fleur ? » a demandé Remus.
La conversation a pris une tournure plus légère, alors que Bill expliquait les difficultés que Mrs Weasley a à accepter Fleur. Pour elle, une belle Française est forcément une idiote. Surtout si elle est blonde. Sauf que Fleur est loin d'être une cruche. Rien que sa participation au Tournoi des Trois Sorciers en est la preuve. Et hier, elle n'a pas beaucoup parlé, mais elle a parfaitement compris la situation et sa gravité, et je suis certaine qu'elle a fait une analyse précise de la conversation une fois qu'ils se sont retrouvés seuls.
Elle est considérée comme une étrangère, ici, surtout à cause de Mrs Weasley et de Ginny (elle appelle Fleur Phlegm quand elle n'est pas là). Du coup, j'imagine que ça ne doit pas l'encourager à prendre part aux conversations et aux repas. J'ai commencé à faire sa connaissance aujourd'hui, mais j'espère que je la connaîtrai mieux à l'avenir, et les autres aussi. Ce n'est pas juste que je ne sois là que depuis deux mois et que je sois mieux acceptée qu'elle.
Le déjeuner s'est bien passé. Mrs Weasley était tellement préoccupée par le réveillon qu'elle nous a à peine accordé d'attention. Et Sirius, normalement si prompt à lui rappeler que la maison est à lui et non à elle, ne l'a pour une fois pas sortie de ses considérations ménagères : cela nous permet de nous esquiver sans même qu'elle s'en rende compte.
J'accompagne Harry chez ses avocats car selon Sirius, mes « étranges connaissances » pourraient être utiles. C'est la première fois qu'on qualifie mes connaissances d'étranges, et j'avoue que je ne sais pas encore si c'est un compliment ou non. Bill et Kingsley font office de sécurité, en plus des compétences de briseur de sortilège pour Bill et d'Auror pour Kingsley.
Bill et Kingsley ont prétexté du travail pour s'en aller, et moi, une séance de rattrapage en Métamorphose avec Harry pour nous isoler dans la bibliothèque. Dans laquelle nous ne sommes évidemment pas restés, mais au moins, personne ne nous cherchera. Nous sommes ressortis de la pièce sous la cape de Harry, et nous avons profité du départ de Kingsley pour sortir de la maison. Rapidement, il nous a fait transplaner avec lui devant le cabinet des avocats de Harry. Bill nous y attendait déjà, et il nous a suffit de nous faire annoncer pour être accueillis immédiatement dans une salle de réunion privée éclairée seulement par des torches, sans lumière du jour.
Les trois avocats de la famille Potter sont vieux, même selon leurs standards : ce sont des vampires. Ils travaillent pour la famille Potter depuis plus de trois siècles. D'après Kingsley, c'est une tradition sorcière d'attribuer le métier de juriste, d'avocat ou de conseil juridique à un vampire. Les meilleurs avocats sont forcément des vampires. Et plus ils sont vieux, plus ils se font payer cher, évidemment.
Une autre tradition est l'alliance d'un cabinet avec une grande famille. Parmi les puissants de Grande Bretagne, ce cabinet ne sert que les Potter. Le reste de leur activité consiste en des affaires plus courantes et qui ne nécessitent pas de suivre une famille sur plusieurs générations. Cela leur permet d'éviter des conflits d'intérêt entre deux clients.
Les avocats de la famille Potter, travaillant depuis près de dix générations pour la famille Potter, sont redoutés dans le milieu judiciaire, et leur réputation n'est plus à faire, même s'ils se font un plaisir de prouver de temps en temps qu'ils continuent à la mériter. D'où leur chaleureux accueil à notre arrivée.
Notre message d'hier les a intrigués, et ils ont senti venir un gros dossier de la part de leur principal client. Ils n'ont pas été déçus. Pendant deux heures, nous nous sommes tous les quatre relayés pour leur expliquer la situation de Harry : mes soupçons, le verrou, les diagnostics, les souvenirs, les compulsions, l'état des protections chez les Dursley, le fait que Harry n'ait jamais été mis au courant de son héritage (à ce moment-là, les trois vénérables anciens que sont les avocats ont paru scandalisés, presque plus que lorsqu'on leur a raconté l'enfance de Harry), et enfin nos idées pour affranchir Harry : d'abord son émancipation en tant que Lord, puis l'éloignement de Dumbledore, avec d'éventuelles poursuites, ou une humiliation publique.
Quand nous avons terminé, les trois vampires sont restés un long moment silencieux, s'échangeant les documents que nous avons mis à leur disposition : le diagnostic de Harry, son dossier médical, l'état des protections de Privet Drive. Leurs émotions sont beaucoup plus difficiles à déchiffrer que les émotions humaines, mais j'ai senti leur professionnalisme absolu, mais également un intérêt sincère et euh… humain pour Harry. Ils le défendront bec et ongle, non seulement parce qu'ils sont payés pour ça, mais parce qu'ils en ont également envie. Ils ont été raisonnablement choqués par ce que nous leur avons raconté et ils sont tout à fait d'accord avec nous : cela doit changer.
Finalement, l'avocat de droite, Maître Dercy, le plus jeune (enfin, en apparence uniquement : il a l'air d'avoir environ vingt-cinq ans) est sorti de la pièce, tandis que le plus vieux (apparence d'une petite quarantaine d'années), Maître Juliet, au milieu, a mis ses doigts sous son menton avant de prendre la parole, très solennel :
« Mr Potter, votre famille est notre client privilégié depuis des siècles maintenant, et cela aurait suffi à nous faire prendre votre dossier. Cependant, nous devons reconnaître que nous y trouvons un intérêt personnel : cela fait depuis bientôt quinze ans, depuis la disparition malheureuse de vos parents, que nous cherchons à démontrer que Dumbledore n'est pas le sorcier qu'il prétend être. Nous étions certains qu'il avait joué un rôle plus ou moins direct dans la disparition de Lord James Potter et de sa femme, et vous venez de nous en apporter des preuves supplémentaires. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous permettre soit d'avoir un nouveau tuteur qui saura prendre en compte vos besoins réels, soit vous émanciper. »
Il y a eu un silence, pendant lequel Maître Dercy est revenu avec une grande pile de documents. Son aîné en a feuilleté quelques uns avant de reprendre :
« Nous comprenons donc que vous n'avez reçu aucune de nos correspondances, ces dernières années, interceptées sans doute par Mr Dumbledore ?
–Je n'ai en effet rien reçu, a répondu Harry.
–Bien. Sachez donc que vos parents nous avaient laissé une copie de leur testament. Si ce n'est pas une copie officielle, telle que celle qu'on pourra sans doute trouver à Gringotts, elle nous permet néanmoins de savoir dans quelle direction avancer. Notamment, vous aviez raison, Miss Nestral, Lord James et Lady Lily Potter ont désigné dans leur testament une liste de tuteurs. Malheureusement, chacun de ces tuteurs est dans l'incapacité d'assurer cette fonction aujourd'hui.
–Aucun tuteur de la liste n'est disponible ? s'est étonné Kingsley.
–En effet, Mr Shacklebolt, a répondu Maître Corny. Le premier tuteur était évidemment Lord Black qui, du fait de son emprisonnement, a perdu d'office ce droit, et ne l'a pas récupéré, puisque son innocence n'a pas été prouvée. Ensuite vient la marraine de Mr Potter ici présent, c'est-à-dire Lady Longbottom.
–Augusta Longbottom ?
–Malheureusement non, sa bru, Alice. Or, vous le savez, sa situation actuelle ne lui permet pas de remplir cette fonction. Ensuite viennent Marius et Sandy Black, les parents de Lady Dorea Potter et grands-parents de Lord James Potter.
–Oh misère, a soufflé Kingsley.
–En effet, a déclaré doucement Maître Corny, avant de se tourner vers Harry : vos arrières-grands-parents ont été également assassinés, quelques jours après la chute de Voldemort. Ils ont malheureusement été victimes de l'engagement ouvert de votre famille contre le Lord Noir et de leur statut de non-magiciens : Cracmol pour Marius Black et moldue pour son épouse.
–Après la chute de Voldemort ? j'ai répété.
–Oui, Miss.
–Donc... Après la chute de Voldemort, Sirius Black est emprisonné sans procès, les Longbottom sont torturé jusqu'à l'incapacité mentale, et les arrières-grands-parents de Harry sont assassinés ? Après la chute de Voldemort ? Je ne suis pas une adepte de la théorie du complot, mais est-ce que ce ne serait pas un hasard présentant un peu trop de coïncidences ?
–Je suis heureux que vous le constatiez, Miss Nestral, puisque ce sont également nos soupçons, a déclaré Maître Dercy.
–De nombreuses familles ont été détruites après la disparition de Voldemort, a fait Kingsley.
–Non. Il y a eu dix-sept morts et tortures affectées aux Deatheaters entre le 1er Novembre 1981 et le 24 juin 1995. Les Longbottom et les Potter représentent six d'entre elles.
–Six ?
–Le couple Longbottom, leur fils et la mère de Lord Longbottom ont tous été torturés, même si seul le couple en porte encore physiquement les stigmates aujourd'hui. Il est intéressant aussi de constater que Mary et Edward Evans font également partie de ces morts, même si leur disparition a moins fait de vagues, du fait qu'ils soient moldus sans aucun lien avec une vieille famille sorcière.
–Mes grands parents maternels ? a demandé Harry d'une voix blanche.
–Tout à fait, a confirmé Maître Dercy sombrement. Nous arrivons à huit cas sur dix-sept qui concernent directement Mr Potter et sa situation de garde. Tous ses potentiels gardiens, à part Petunia Evans-Dursley, ont été écartés violemment. Et le deuxième soupçon de Miss Nestral concernant ce testament est également fondé : il y a effectivement une mention indiquant qu'il est hors de question que le jeune Harry soit confié à sa tante, du fait de la haine de cette dernière envers la magie et tout ce qui peut la représenter, y compris et surtout son neveu. »
Un silence choqué a accueilli cette déclaration. Cette fois, l'Occlumancie soigneusement construite de Harry n'a pas résisté : il était bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre. J'ai tendu un bras par dessus mon fauteuil pour saisir le sien. Il m'a fait un sourire de remerciement et s'est servi de mon soutien pour reconstituer ses défenses et retrouver sa sérénité.
« Pourquoi le testament de mes parents n'a-t-il pas été respecté sur ce point ?
–Le testament de vos parents n'a pas été ouvert du tout, a répondu Maître Juliet. Mr Dumbledore a déclaré au Wizengamot qu'il était inutile de l'ouvrir tant que vous ne pouviez pas être présent, et il était hors de question, dans le contexte de chaos qui a suivi la chute du mage noir, de vous sortir de la cachette où vous étiez placé. Il a également déclaré qu'en tant que chef de l'Ordre du Phoenix, il avait bien entendu à cœur vos intérêts, et qu'en attendant la lecture de ce testament, il serait votre tuteur.
–Comment savait-il qui était sur la liste ?
–Un testament officiel se rédige toujours avec témoins, Harry, a expliqué Bill. Je parie que Dumbledore est un de ces témoins.
–En effet, a répondu l'avocat. Deux témoins pour ce testament : Mr Dumbledore et Lord Longbottom.
–OK. Est-ce que ça veut dire que j'ai le droit d'en réclamer l'ouverture à présent ?
–Tout à fait, Mr Potter. Il suffit d'en faire la demande officielle soit auprès du Wizengamot, soit auprès de Gringotts. Nous vous conseillons évidemment de vous tourner vers Gringotts.
–Que contient ce testament ?
–Nous allons en faire la lecture, je pressens que vous allez la trouver intéressante. »
Maître Juliet a eu un sourire machiavélique. Il est tout à fait ravi de la situation. Avec force gestes théâtraux, il a fini par ouvrir un rouleau scellé et a commencé la lecture :
« Nous, James Charles Potter et Lily Mary Evans-Potter, Lord et Lady Potter-Gryffindor, déclarons le présent document être notre testament officiel, et reconnaissons être sains de corps comme d'esprit lors de sa rédaction, le 1er septembre 1981. Ce testament remplace et annule toute version précédente. Une copie de ce testament, en plus de ses copies officielles déposées respectivement au Ministère de la Magie, auprès du Registre des Testaments et Héritages Sorciers de Gringotts, et dans notre propre coffre à Gringotts, est déposée entre les mains de nos conseils, Maîtres Corny, Dercy, et Juliet.
Bien, maintenant que le blabla légal est passé, attaquons les choses sérieuses. Évidemment, si ce testament est lu, c'est que nous sommes morts.
Dans ce cas, nous avons quelques précisions et rappels à effectuer :
Premièrement, notre Gardien du Secret pour le cottage de Godric's Hollow n'est pas Sirius Black, Lord de son état (désolé, Padfoot), mais Peter Pettigrew. Si nous sommes morts, c'est de la faute de Peter et non de Sirius. Nous espérons que cette précision est inutile, mais sait-on jamais.
Ensuite, concernant Harry :
Nous désignons comme tuteurs, et dans cet ordre :
Lord Sirius Black, parrain
Lady Alice Longbottom, marraine.
Si aucun de ces tuteurs potentiels n'est disponible, merci de voir en priorité avec Marius et Sandy Black, arrières-grands-parents, ou Edward et Mary Evans, grands-parents pour une tutelle alternative, en dernier recours. Nous vous aimons beaucoup, Marius et Sandy, Edward et Mary, mais nous préférons que notre fils soit éduqué en tant que sorcier. Dans tous les cas, soyez assurés que nous avons envie qu'il vous connaisse, et que vous puissiez lui raconter toutes les bêtises de ses parents quand ils étaient petits.
En absolument aucun cas Harry ne doit être confié à Petunia Evans-Dursley et son mari. Tous deux méprisent la magie et tous ceux qui la pratiquent, y compris s'ils sont de leur propre sang. Jamais notre fils ne doit leur être confié, même pour une journée.
Harry, enfin, sache que nous t'aimons très fort, et que nous aurions aimé être là plus longtemps pour toi. Nous espérons que tu grandiras aussi heureux et aimé que tu l'as été avec nous.
Concernant les legs :
Nous léguons à Peter Pettigrew 30 Mornilles d'argent. Si ce testament est lu, c'est que tu nous as trahi.
Nous léguons à Remus Lupin, dit Moony, 1,000,000 Gallions. Ne proteste pas, ça ne sert à rien, nous sommes morts, et l'argent ne peut pas nous être retourné. Tu es un homme bon, Remus, et tu mérites de profiter de la vie. Et nous avons envie que Harry ait un oncle heureux.
Nous léguons à Lord Sirius Black, dit Padfoot, 1,000,000 Gallions, en espérant que ta famille retrouve rapidement raison et que tu n'en aies finalement pas besoin. En attendant, fais-toi plaisir, mais n'oublies pas que tu as à présent un filleul à t'occuper.
Nous léguons à Lady Alice Longbottom le contenu des serres Potter. Tu as les doigts encore plus magiques que ta baguette, et si nous te demandons de ne rien bouger des serres, nous t'en laissons le libre accès, en espérant que tu les fasses prospérer et que tu transmettes au moins une partie de ton savoir à Harry et Neville.
Nous léguons à Lord Frank Longbottom la collection d'armes Potter, afin qu'il puisse former Harry selon les traditions transmises depuis des générations dans nos deux familles. Je t'abandonne, Frank, tu es le dernier chevalier-mage, j'espère que tu sauras former la prochaine génération (et que Harry sera moins difficile que je ne l'ai été).
Nous léguons également à Lord Frank Longbottom la régence du titre Potter, jusqu'à la majorité de Harry, avec toutes les autorisations nécessaires pour gérer le patrimoine familial, ainsi que l'utilisation de Lions' Rock.
Nous léguons enfin à Harry le reste de nos possessions, mobilières, immobilières, financières, et nobiliaires. Harry, tu es issu d'une grande famille. Normalement, je devrais te dire que tout cela n'est que du blabla inutile, mais j'aurais eu des années pour te faire entrer quand même ça dans le crâne. Malheureusement, je ne suis apparemment plus là, et je dois me contenter de ce testament : tu es le dernier d'une longue lignée de Potter, et il tient à toi de faire en sorte que le prestige de notre famille continue. Je suis sûr que tu seras éduqué de façon à ce que tu comprennes tout ce que ça signifie, et que Frank sera aussi ferme sur ton éducation nos pères l'ont été envers nous, et j'espère que tu seras un grand Potter. En attendant, sache que nous t'aimons fort, et que quoi que tu fasses, nous serons fiers de toi.
Concernant le titre de Lord : grâce à ce testament, le titre revient en régence à Frank Longbottom, et non à toi, Harry. Cela te laissera le temps de découvrir tout ce que ça implique. Néanmoins, il ne s'agit que d'une forme de régence, en attendant que tu sois en âge. En tant que dernier membre de la lignée, tu as le droit, dès tes quinze ans, de réclamer le titre, si tu t'estimes prêt ou que tu l'estimes nécessaire. Personne ne peut te refuser ce droit, pas même ton potentiel tuteur. Il te suffira d'aller à Gringotts demander la chevalière Potter. C'est une chevalière chargée de magie, et si elle t'accepte, tu devras assumer tous tes droits, mais également tous tes devoirs en tant que Potter. Ce n'est pas un choix à faire à la légère. J'espère que tu seras suffisamment bien entouré et conseillé pour faire ce choix en connaissance de cause.
Merci à tous pour votre attention, nous sommes désolés de ne vous laisser que des biens à la place de notre présence (vous en êtes peut-être ravis, remarque), et nous espérons que vous aurez tous une belle vie (à part Peter qui, si ce testament est lu, est un traître, qui dans ce cas mérite de souffrir autant que nos proches souffriront).
Nous espérons vous revoir, dans très longtemps, dans l'au-delà.
Harry, nous t'aimons très fort.
James Charles et Lily Mary Potter, Lord et Lady Potter-Gryffindor.
Témoins lors de la signature :
Lord Frank William Longbottom
Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore »
A la fin de la lecture, Harry serrait fortement ma main, et je sentais toute son émotion. Ses parents avaient tout fait pour le protéger et lui assurer un bel avenir, et malgré toutes leurs précautions, un seul homme avait réussi à faire de sa vie un enfer.
L'avocat a roulé son parchemin, avant de le tendre à Harry :
« C'est une copie de notre copie, vous pouvez la conserver, si vous le souhaitez.
–Merci... a fait Harry en la prenant. Donc... Puisque j'ai eu quinze ans cet été, je peux aller n'importe quand à Gringotts réclamer mon titre qui me revient de droit ?
–C'est bien ça.
–Et cela fera bien de moi un majeur émancipé ?
–Oui. Un Lord en titre ne peut avoir de tutelle.
–Quels sont les droits et devoirs de ma famille ?
–Voilà une question particulièrement complexe et pour laquelle nous sommes malheureusement incapables de fournir une réponse complète, a répondu honnêtement Maître Corny. Nous pouvons vous renseigner sur les aspects légaux et politiques de votre titre, mais pas sur les aspects historiques.
–Dites toujours, a insisté Harry.
–Comme vous l'avez vu dans ce testament, vous êtes héritier d'une grande famille, la famille Potter.
–Sirius m'a dit que notre noblesse remontait au huitième siècle, et que nous avons hérité entre temps de nombreuses autres familles, ainsi que de grands noms.
–C'est tout à fait exact. Si votre titre est communément appelé Lord Potter-Gryffindor, le titre complet est en réalité beaucoup plus long que cela. Attendez, nous allons vous le retrouver. Il est utilisé très rarement, généralement uniquement en présence de la Reine d'Angleterre.
–Cela arrive souvent ?
–Lord Charles Potter et son père, Lord Edward Potter, ont eu l'occasion d'être en sa présence quelques fois, mais Lord James Potter ne l'a jamais rencontrée, du moins pas en tant que Lord. Ah voilà. »
Maître Dercy a tendu à Maître Juliet un parchemin. Il a expliqué :
« Voici votre titre complet, tel qu'il est annoncé lors d'une introduction devant la Reine : Lord Potter, Duc Potter et de Hogwarts, Héritier de Gryffindor et de Ravenclaw, Héritier de Slytherin et de Hufflepuff, Héritier de Merlin et de Viviane, Chevalier-Mage de l'Ordre de la Table Ronde, Comte de Lions' Hill, Baron de Godric's Hollow et de Hogsmeade. »
Il y a eu un silence, puis Harry a fini par réagir :
« Vous savez que vous venez de prononcer les noms des quatre fondateurs de Hogwarts, ainsi que Merlin et Viviane ?
–Tout à fait, Mr Potter, a répondu Maître Dercy avec un petit rire. De part votre père, vous êtes héritier de Gryffindor et Ravenclaw, ainsi que Merlin et Viviane. C'est ce qui fait en grande partie le prestige historique de la famille Potter. De part votre mère, vous êtes hériter de Slytherin et Hufflepuff.
–Pardon ?
–Oui. Il se trouve que Lord Slytherin a eu deux alliances. De la première est née la lignée officielle et de la seconde, avec Lady Hufflepuff, est née une lignée plus discrète, officiellement uniquement héritière de Lady Hufflepuff. Elle s'est apparemment éteinte suite à trois générations de Cracmols vers les années 1400, mais lorsque votre mère a passé un test d'Héritage auprès de Gringotts, test obligatoire pour épouser un Potter, on a découvert que la lignée existait toujours. À la disparition de la lignée des Gaunt, lignée officielle, votre mère est devenue de manière reconnue l'héritière de Slytherin comme de Hufflepuff, vous transmettant ces deux titres. Ce qui fait de vous le premier Duc de Hogwarts. Normalement, vous auriez du être Duc Potter-Gryffindor, mais un accord entre les quatre fondateurs stipule que si un descendant rassemble les quatre lignées, il deviendra automatiquement Duc de Hogwarts. »
Il y a eu un long silence. Bill, Kingsley et moi attendions la réaction de Harry. Il a mis plusieurs minutes avant de prendre la parole :
« Oh fuck ! Pourquoi il fallait que ça tombe sur moi ? »
Je n'ai pas pu m'empêcher de ricaner. Il s'est tourné vers moi, furieux :
« Oh, c'est pas drôle. Je te parie que ça, tu n'as pas pu l'imaginer.
–Si, je l'ai contredit. Ça faisait partie des possibles. Mais ça me semblait tellement énorme, après les découvertes concernant Dumbledore, Ginny, ta magie, que je n'ai pas voulu y croire.
–Ça faisait partie des possibles ?
–Oui. En fait, ça hésitait entre deux possibles : tu es un des quatre héritiers et tu dois retrouver les trois autres parce qu'une étrange prophétie plane sur vous... Ne rigole pas, ça revenait assez souvent, et ce n'est pas encore exclu, la partie de la prophétie, je veux dire. Ou bien tu es seul héritier, et ça te donne des droits très intéressants à Hogwarts, ce qui peut être sacrément utile quand on a envie de se débarrasser d'un directeur prenant un intérêt trop prononcé dans ta vie privée. Il faudrait voir si c'est vrai, cette histoire de droits. »
Harry m'a regardée avec des yeux ronds, et s'est tourné vers les avocats quand Maître Juliet a eu un petit rire :
« Ce que dit Miss Nestral est particulièrement intéressant. En effet, dans le droit médiéval magique, toujours en vigueur aujourd'hui, les droits par l'héritage sont assez fréquents, et il est fort probable que les Fondateurs de Hogwarts aient prévu une liste de privilèges destinés à leurs héritiers respectifs, et étendus en cas d'un unique héritier commun. Nous savons par Lord Charles Potter que les Potter avaient déjà un droit de regard assez important sur le contenu des cours, ou le coût de la scolarité, par exemple. Un héritier unique doit certainement passer d'un droit de regard à un pouvoir décisionnel réel. Bien sûr, ce n'est que de la théorie, et je vous engage à rechercher la réalité de vos droits.
–Où ?
–Dans la bibliothèque des Potter, évidemment, » j'ai répondu.
Harry a soupiré, et je l'ai senti un peu dépassé par les choses. C'est vrai que pour quelqu'un d'absolument pas préparé, ça doit faire beaucoup. J'ai pris le relais, le temps qu'il s'habitue à la nouvelle :
« Donc, Harry dispose d'un certain nombre de titres. Au niveau légal, cela lui donne quel pouvoir ?
–Cela veut dire qu'à lui seul, Mr Potter rassemble, en plus des cinq voix Potter, dues à son statut de duc, un certain nombre de voix, héritées d'autres familles, ou attribuées de manière honorifique aux grands noms de la magie, et donc également à leurs héritiers, a expliqué Maître Corny. Cela fait un total de soixante-quatorze voix. Aujourd'hui, la famille Potter représente à elle seule quinze pour cent des voix du Wizengamot.
–Je suppose que pour l'instant, c'est Dumbledore qui possède la main sur ces voix, et qu'elles l'ont aidé à faire passer les lois qu'il voulait, ces dernières années.
–En effet, les voix des Potter représentent souvent un poids décisif dans les prises de décision.
–Si Dumbledore n'a plus ces voix, de combien de voix dispose-t-il encore ?
–Une seule, celle du président du Wizengamot.
–Il n'y a pas de voix pour la famille Dumbledore ?
–Non, Miss. La famille Dumbledore n'est ni une noble, ni une ancienne famille. Le prestige du nom est très récent et uniquement du à Albus Dumbledore.
–Oh. Et... Si Harry assume son titre de Lord, il récupère automatiquement ses voix, n'est-ce pas ?
–C'est bien cela.
–Et est-ce que cela implique qu'il est obligé de siéger ?
–Soit de siéger directement, soit de nommer un représentant. La famille Potter est l'une des rares à être obligée d'être présente, directement ou indirectement.
–Quelles sont les autres familles ?
–Les Black, évidemment, les Longbottom, les Malfoy, les Bones, les Greengrass et les Abbott.
–Qui dispose des voix des Black, tant que Sirius n'est pas innocenté ?
–Les Malfoy, du fait du mariage entre Narcissa Black et Lucius Malfoy.
–De combien de voix disposent les Black ?
–Cinquante sept.
–Cela explique l'omniprésence de Lucius au ministère... Quelles sont les familles alliées des Potter ?
–Les Longbottom et les Bones, en premier lieu. Ces trois familles réunies représentent à elles seules un tiers du Wizengamot. Et d'autres familles sont souvent alliées à l'une de ces trois. Lady Augusta Longbottom ou Madam Amelia Bones seront plus au courant que nous à ce sujet.
–Nous avons déjà prévu de les contacter après Noël. Harry, des questions sur le Wizengamot ? j'ai ajouté en me tournant vers lui, estimant qu'il avait eu suffisamment de temps pour se reprendre.
–Est-ce qu'ils peuvent refuser mon émancipation ?
–Si vous prenez votre titre de Lord, non. C'est un droit inaliénable accordé à tout dernier héritier d'une des Nobles et Anciennes Familles. Ils auront le droit de réclamer un représentant pour vos voix au Wizengamot en attendant votre majorité par contre.
–Représentant qui pourra être imposé ?
–Uniquement si vous ne présentez personne. »
Harry a hésité, et j'ai serré sa main :
« Nous allons voir Lady Longbottom et Madam Bones à ce sujet. Les familles Longbottom et Bones sont des alliées de la tienne, ton père le mentionne dans son testament, Sirius l'a dit hier et Maître Dercy vient de le confirmer. Si elles t'inspirent confiance, l'une d'elles sera parfaite pour être ta représentante pendant les deux prochaines années. En plus, cela te laissera le temps de te former. »
Harry a réfléchi un moment, puis a regardé Bill et Kingsley. L'Auror a souri :
« C'est une décision raisonnable. Augusta Longbottom est une fine politicienne, très au fait de tout ce qui se passe dans le Wizengamot. Et elle a été très amie avec Charles Potter. Elle ne te refusera pas son soutien, et sera ravie de t'apprendre les arcanes du Wizengamot. Amelia refusera sans doute de te représenter, à cause de son poste au Ministère, mais elle acceptera de te soutenir et de te former.
–On va faire ça alors. Est-ce que mon titre de Lord a d'autres implications au niveau légal ? a demandé Harry aux avocats.
–Oui, a répondu Maître Juliet. Sur certaines lois, vous avez un droit de veto absolu.
–Pardon ?
–Vous êtes chevalier-mage de l'Ordre de la Table Ronde. Ce n'est pas un titre fictif. Il n'y a plus que trois familles qui en sont : les Potter, les Longbottom et les Bones. D'où la très forte alliance entre ces trois familles. Malgré la disparition des pratiques chevaleresques, ces familles ont conservé l'intégralité de leurs droits et devoirs. De plus, les Potter et les Black disposent d'un statut particulier auprès de la Couronne Britannique, les Coordinateurs, ce qui donne aux Potter un poids supplémentaire au Wizengamot. Notamment, dans le cadre de certaines lois, celui de les refuser purement et simplement, et elles ne seront même pas proposées à votation.
–Quel type de lois ?
–Les lois structurantes du gouvernement magique, notamment. Les lois impliquant le Secret Magique. Les accords internationaux. Inversement, vous pouvez forcer la votation de lois qui n'ont pas été proposées selon le circuit habituel de formation des lois. Mais Lady Augusta Longbottom, Madam Amelia Bones et Lord Sirius Black seront plus à même de vous en dire plus à ce sujet. Sur l'aspect judiciaire, votre titre a également des implications. Notamment, l'application des Us et Coutumes de la Noblesse Magique.
–C'est-à-dire ?
–C'est-à-dire que vous bénéficiez d'un statut particulier au niveau de la justice. Vous avez le droit, dans une certaine mesure, de vous faire justice vous-même. Et en tant que Potter, cette mesure est assez importante. Seuls les Black ont une licence équivalente. Le seul droit que vous n'avez pas, c'est de mettre à mort quelqu'un. Vous avez le droit de condamner quelqu'un à Azkaban, de lui supprimer sa magie, ses droits civiques, sa fortune, ses titres, ses propriétés, mais pas de le condamner à mort.
–Je suppose que tout cela est encadré ?
–Bien entendu. Vous n'avez pas le droit de punir de manière disproportionnée, par exemple. Un des droits classiques du Lord d'une famille Noble est également de protéger l'honneur de sa famille et ceux qui en font partie. Cela veut dire que vous avez le droit d'accorder aux personnes de votre choix la protection des Potter, et elles deviennent aussi intouchables que vous-même. Il existe toute une foule de lois traditionnelles liées aux Lords et Ladies, et je ne peux que vous encourager à les découvrir. En tout état de cause, le fait de vous priver de la connaissance de votre héritage, de vos droits et devoir, et surtout de votre titre, est un crime selon ces lois, une grave atteinte à l'intégrité de votre famille. Vous avez parfaitement le droit de porter cette agression avérée contre la pérennité de votre famille devant le Wizengamot pour demander réparation.
–Ça devient intéressant.
–De même, la mise en danger volontaire ou involontaire d'un héritier au titre de Lord, la négligence dans l'éducation de ce dernier à ses futures responsabilités, ou l'ignorance volontaire ou involontaire des dernières volontés d'un Lord sont aussi considérés comme des crimes, bien plus graves que si cela était survenu à un commun, a ajouté Maître Juliet d'un ton léger, comme s'il n'annonçait pas du tout les charges qui pourraient peser contre Dumbledore.
–Est-ce que vous pourriez monter un dossier de tous les délits pénalement punissables qui ont été commis envers ma famille lors de ces vingt dernières années ? a demandé Harry. J'ai l'impression qu'on doit remonter à bien avant la mort de mes parents.
–Bien sûr. Enfin, sachez que votre parole fait office de preuve. On peut exiger de vous un serment sur votre magie de ne dire que la vérité, mais on n'a pas le droit de vous imposer du Veritaserum ou la visualisation de vos souvenirs, via une Pensine, par exemple. Il en va de même pour tous ceux qui bénéficient de la protection des Potter.
–C'est une information qui sera bien utilisée, je suis intervenue. Je vais former Harry à l'art délicat de ne pas mentir sans dire toute la vérité, sauf quand ça l'arrange.
–Formation nécessaire dans le bon exercice du titre de Lord, en effet. Enfin, sachez que sur le plan historique, vous disposez de certains privilèges administratifs non négligeables : vous êtes issu d'une famille de combattants, et on ne peut par exemple vous poursuivre pour l'utilisation de sortilèges Impardonnables dans le cadre d'un combat. Si l'ensemble des chevaliers-mages sont réunis pour mener un interrogatoire, on ne peut là non plus vous poursuivre pour l'utilisation de ces sortilèges. Vous n'êtes également pas obligé de faire enregistrer vos pouvoirs spécifiques : si vous êtes mage, avez la maîtrise d'une magie particulière, êtes Animagus... vous n'êtes pas obligé de le déclarer auprès du Ministère. Vous n'êtes pas concerné par la restriction de la magie chez les mineurs, et le Secret Magique est même allégé, dans certaines mesures que je vous invite à découvrir. Cela ne couvre que les personnes issues directement de votre lignée. Les personnes sous la protection de votre famille ne disposent d'aucun de ces droits. Dès la reconnaissance de votre titre de Lord, je vous invite donc à faire lever tout sortilège de traçage ou de pistage de votre signature magique, que ce soit sur votre baguette ou sur vous-même. Ce genre de sortilèges, normaux chez un sorcier, sont considérés comme une offense criminelle sur un chevalier-mage de l'Ordre de la Table Ronde. »
Harry a haussé les sourcils, et j'ai senti son impatience à devenir Lord. J'ai souri :
« Vous annoncez les aspects positifs. Quelles sont les contraintes ?
–Au niveau légal, la représentation au Wizengamot, ce qui implique un suivi continu de l'actualité économique, judiciaire et politique, a répondu Maître Juliet. Au niveau judiciaire, l'interdiction de mise à mort et la nécessité de la mesure dans les demandes de compensation, ce qui nécessite une connaissance assez fine du système judiciaire. Au niveau traditionnel, nous ne saurions vous le dire. Nous supposons par contre que c'est là qu'elles sont le plus nombreuses. Je crois que seuls les Black, les Longbottom ou les Bones seraient capables de vous en dire plus à ce sujet. »
Harry a hoché la tête, acceptant la réponse, un peu calmé.
« Et au niveau patrimonial ? Est-ce que l'émancipation de Harry lui permet d'accéder à l'ensemble de son patrimoine, qu'il soit matériel ou financier ?
–Oui, a répondu Maître Dercy. L'ensemble des coffres et comptes seront mis à la disposition de Mr Potter, même si nous vous conseillons de conserver votre chargé de compte gobelin. Ils sont d'une extrême droiture, et vous êtes certain que tant que vous êtes poli avec eux, tout se passera extrêmement bien. Les Potter ont toujours eu d'excellentes relations avec les gobelins, cela devrait bien se passer. Au niveau des propriétés, c'est notre cabinet qui dispose des différents accès, mais nous n'avons pas le droit de vous les donner tant que nous n'avons pas la preuve que vous avez récupéré votre titre de Lord. Néanmoins, le fait que notre cabinet en ait assuré la gestion ces quinze dernières années nous permet de vous assurer que l'ensemble de vos propriétés est en parfait état, et Lions' Rock bénéficie toujours de ses meilleures protections. Nous-mêmes ne pouvons pas nous y rendre tant que vous ne rouvrez pas la propriété.
–Comment je vais faire pour m'y rendre, alors ?
–Avec votre chevalière de Lord, a répondu l'avocat sur le ton de l'évidence. Trois elfes de maison s'occupent pour l'instant du domaine, et nous donnent des rapports réguliers sur l'état de Lions' Rock.
–Sont-ils fiables ? »
Les avocats ont froncé les sourcils dans un bel ensemble.
« Bien sûr.
–Excusez ma question, mais je connais un elfe de maison qui a trahi la famille de son maître et un autre qui est suffisamment irrévérencieux pour prétendre que la maison qu'il gère est en bon état alors qu'elle est dans un état de délabrement avancé.
–Je ne sais pas à qui appartiennent ces elfes, est intervenu Maître Juliet, mais les elfes des Potter se sont toujours montrés particulièrement heureux dans la famille, et prêts à répondre à leurs devoirs. Nous leur faisons entière confiance dans l'exactitude de leurs rapports, et nous aurions même tendance à minimiser les aspects négatifs qu'ils annoncent, tant ils sont dévoués à la famille et veulent que tout soit parfait. »
Harry a semblé gêné devant la véhémence du vampire, mais celui-ci s'est adouci :
« Je suppose qu'ils seront ravis de faire votre connaissance, et de vous montrer ce que valent les elfes Potter. »
Harry a eu un petit sourire. J'imagine qu'il avait le même genre de pensée que moi : la réaction de Hermione en apprenant que Harry a des elfes de maison.
« D'autres questions ? a demandé Maître Corny.
–Oui, j'ai répondu. J'aimerais, si Harry est d'accord, qu'il prenne des potions pour rattraper son retard de croissance et effacer certaines traces physiques de son passé. Cela l'aidera également sans doute à se préparer pour l'avenir. Est-ce qu'il peut commencer maintenant ou souhaitez-vous d'abord confronter Dumbledore ?
–Non, ce sera plus efficace si des potions montrent l'écart entre ce qu'il a été et ce qu'il devrait être. Je pense que c'est une bonne idée de commencer ce traitement au plus tôt.
–Tu es d'accord ? » j'ai demandé à Harry.
Celui-ci a pris le temps de la réflexion. Je l'ai senti en plein doute. Je suppose que d'un certain côté, il doit être ravi de pouvoir se débarrasser des marques laissées par le traitement des Dursley, mais de l'autre, cela fait partie de son histoire, et il y est habitué. Finalement, il a pris la décision qui me semble la plus sage :
« Je suis d'accord. King, on pourra faire un détour par l'hôpital en rentrant ?
–Bien sûr. »
Les trois avocats se sont consultés du regard avant de reprendre :
« Albus Dumbledore est une figure publique, tout comme vous, Mr Potter. Vous devez vous préparer au fait que toute cette histoire soit rendue publique, si vous souhaitez vraiment porter plainte contre lui.
–Je sais, et je le veux vraiment. Une déchéance publique est ce qui lui fera le plus de mal. Son image de leader parfait est ce à quoi il tient le plus.
–C'est vrai. Mais nous estimons honnête de vous prévenir que ce ne sera pas beau. De vils secrets, de part et d'autres, seront révélés. Ne pensez pas qu'une fois que vous aurez commencé à traîner son nom dans la boue, Mr Dumbledore restera les bras croisés.
–J'attends avec impatience qu'il se joigne à la bataille. Il ignore que j'ai encore quelques atouts dans ma manche. »
J'ai eu un petit sourire. Harry entre en mode guerrier. Il est décidé à se débarrasser de l'influence de Dumbledore, et nous savons parfaitement que si le titre de Lord lui permettra de s'émanciper légalement, lui donnant une certaine marge de manœuvre, il est toujours étudiant à Hogwarts, dont Dumbledore est le directeur et la figure de proue.
Harry m'a regardée avec un grand sourire, et j'ai compris qu'il me considère comme un de ces atouts. C'est... à la fois flatteur et dérangeant. Que quelqu'un compte autant sur moi ou sur mes connaissances. Bon, peut-être pas dérangeant, mais perturbant, oui, certainement. J'ai l'habitude qu'on me prenne pour une intello aux connaissances inutiles, et là, quelqu'un valorise ce que je sais. C'est une sensation étrange.
Les avocats ont semblé satisfaits par la déclaration de Harry, et ont promis de rassembler au plus vite un dossier contre Dumbledore. En attendant, Harry doit profiter de ces quelques jours de répit, et j'ai bien l'intention qu'il le fasse.
Nous avons pris congé et nous sommes allés à St Mungo. C'était extraordinairement calme, mais je suppose que c'est le calme avant la tempête des ''accidents'' qui surviendront lors des dîners de famille de ce soir ou demain. Nous avons retrouvé le Guérisseur Milott, qui a prescrit un traitement complet pour Harry, avec des potions pour lui permettre de rattraper son retard de croissance et ses différentes carences, des crèmes pour faire disparaître les cicatrices qu'il porte un peu partout, et enfin, il a demandé à ce qu'avant la rentrée, Harry revienne passer une nuit à l'hôpital : il faudra recasser les fractures mal guéries pour leur permettre de guérir complètement et proprement. Harry a grimacé à cette idée, mais il n'a pas refusé. Nous avons pris rendez-vous pour la nuit du jeudi 28 au vendredi 29.
Enfin, nous sommes rentrés à Grimmauld Place avec un paquet de médicaments récupérés à l'apothicairie (pourquoi ils n'utilisent pas le mot pharmacie, franchement, tellement plus simple...). Sirius nous a aussitôt attirés à part pour savoir ce qui s'est dit chez les avocats. Nous avons montré le testament, expliqué le contenu de la réunion... Sirius a eu un grand sourire, puis s'est éloigné dans la bibliothèque avant de revenir avec quelques livres :
« Les lectures habituelles de tout jeune futur noble sur l'étiquette de la noblesse magique britannique, les différents protocoles, et les lois traditionnelles. Tu en sauras plus sur les spécificités Potter avec la bibliothèque de Lions' Rock, mais c'est une bonne introduction. »
Harry a hoché la tête et a accepté la pile de livres. Puis il a raconté la visite à St Mungo. Enfin, Sirius a dit :
« Et maintenant ?
–Maintenant, j'espère que j'aurai droit à deux jours de vacances ! je me suis exclamée, ce qui les a fait rire. Gringotts peut attendre le 27, je crois. S'il y a une mauvaise surprise entre temps, on ira plus tôt, mais si ce n'est pas nécessaire, je pense que ça nous fera du bien à tous de profiter vraiment de Noël.
–Je suis d'accord, a acquiescé Sirius.
–Et le 27, on reprend le travail. Je compte raconter à Hermione et Harry les choses les plus importantes que je sais. Je n'ai pas envie de faire comme Dumbledore et de garder ces secrets parce que c'est... pour leur bien. Ah, histoire de te préparer, sache que ça concerne votre... mission au Ministère, ce pourquoi Arthur Weasley s'est fait agresser. »
Sirius a pâli.
« Tu es sûre ?
–J'en suis certaine. Harry serait au courant, on aurait pu agir de manière différente, et personne n'aurait eu besoin d'être sur place et aurait donc été cible pour une attaque.
–Ce... ce n'est pas une nouvelle légère.
–Elle est toujours plus légère que l'autre nouvelle que je prévois, et qui est la cause de tout ce que Dumbledore a fait subir à Harry. Harry a prouvé depuis plus de quatre ans qu'il est parfaitement capable d'entendre tout ceci. »
Sirius a réfléchi un moment, puis a demandé :
« Dans les livres, est-ce que Harry est au courant ?
–Pas avant d'avoir payé un prix trop important que je refuse qu'il paie si je peux l'en empêcher. Il y a eu suffisamment de drames comme ça à cause du culte du secret de Dumbledore. Mettre Harry au courant est aussi le meilleur moyen de s'assurer que Dumbledore n'a plus d'emprise sur lui. Et Harry n'est pas seul. Ni Hermione, ni moi, ne le laisseront tomber. »
Sirius m'a observée un moment, puis a soupiré :
« Bien. Mais je veux assister à cette conversation.
–OK. »
Sirius m'a étudiée, comme s'il trouvait mon acceptation suspicieuse. Après tout, il est habitué à ce que ceux qui détiennent les informations capitales les cachent aux autres. Mais ce n'est pas ma politique. Je n'ai absolument aucune intention de rendre la prophétie ou les Horcruxes publics, mais je pense qu'au moins Harry a le droit de savoir, et ses proches qui veulent l'aider. Et Sirius est son parrain, le dernier membre de sa famille officielle, et il a le droit de savoir dans quoi j'entraîne son filleul.
Il a semblé trouver une réponse qui le satisfaisait sur mon visage, puisqu'il a eu un sourire plus détendu :
« Parfait ! Profitons pleinement de ces deux prochains jours, alors ! Et si nous allions voir ce que les jumeaux sont en train de concocter pour voir si on ne peut pas apporter nos lumières ? »
J'ai souri et accepté. Harry m'a retenue par un bras alors que Sirius s'éloignait :
« C'est si terrible que ça, ce que tu as à me dire ?
–Disons que je suis contente que ton Occlumancie t'empêche maintenant de faire des cauchemars basés sur ce qui te travaille. Profite de ces deux jours, Harry, je suis sincère : tu en auras besoin. »
Harry m'a étudiée à son tour, puis a soupiré et suivi son parrain.
Le reste de la journée s'est passé tranquillement : les jumeaux étaient en effet en train de mijoter un plan pour fêter la nouvelle année dignement à Hogwarts. Harry et moi avons apporté quelques informations pratiques, mais c'est surtout Sirius qui a participé. Il est enchanté de voir une nouvelle génération de Maraudeurs hanter les couloirs de l'école.
Le dîner a été somptueux, Mrs Weasley s'est dépassée. Pas aussi raffiné que ce dont j'ai l'habitude lors des fêtes à la maison, mais excellent et généreux. L'idée que je me fais d'un bon repas de Noël, donc. Remus et Sirius ont apporté des pétards magiques, à faire éclater pendant le repas. Les livres en parlent lors des festins de Noël à Hogwarts, mais c'était la première fois que j'en voyais vraiment. Même les pétards de fête classiques, je n'en avais jamais vus. En fait, ça s'ouvre à deux, une personne pour chaque extrémité, et lorsque ça s'ouvre, avec une belle explosion de confettis, on se partage les cadeaux. Il y avait des chapeaux, des farces et attrapes, des gourmandises, des petits jeux : des pions pour le jeu d'échec façon sorcier, un jeu de carte pour la Bataille explosive, des billes qui ne s'arrêtent jamais de tournoyer sur elles-mêmes (elles m'ont donné un peu le vertige, d'ailleurs).
Il y avait du monde à table, Mrs Weasley, Bill et Fleur, les jumeaux, Ron, Ginny, Hermione, Harry, Sirius, Remus, Tonks, et moi. Je crois que Mrs Weasley essaie de convaincre Bill que Tonks ferait un meilleur parti que Fleur. Elle rêve, honnêtement. Tonks est une fille géniale et pleine d'humour, mais Fleur est formidable. J'ai enfin eu l'occasion de faire vraiment sa connaissance pendant le repas.
Les Delacour étant une famille de la haute noblesse magique française, Fleur a grandi dans un cocon doré, gâtée à la fois par sa famille et sa nature de Vélane. Mais c'est une sorcière extrêmement douée, redoutablement intelligente, et à l'humour caustique, dont je commence à avoir l'impression qu'il est finalement plus français que anglais. J'adore sa répartie. Elle est à peine moins à l'aise que moi en anglais, et a un accent plus fort, mais Bill a veillé à ce qu'elle apprenne quelques idiomes qui, bien placés, sonnent extrêmement bien dans la conversation. Il faut absolument que je les apprenne aussi !
Nous avons la même envie d'un bon repas à la française (on n'en peut plus de la viande trop cuite et des légumes cuits tous ensemble à l'eau ou à l'étouffée !) et nous avons réussi à convaincre Sirius que c'est nous deux qui cuisinerons le repas de demain soir. Mrs Weasley a boudé à la nouvelle, mais tout le monde s'est montré curieux et ça a donc été décidé. Harry a même décidé qu'il serait commis. Il est bon en cuisine (avec le traitement Dursley, pas étonnant), et a envie de découvrir les différences entre cuisine anglaise et cuisine française. Il va se préparer à un choc culturel !
On n'a pas encore choisi de menu, on a décidé qu'on verrait demain en faisant le marché pour voir les produits frais à disposition. Apparemment, les marchés sorciers ne ferment pas le 25 décembre. Donc, demain, lever à point d'heure pour aller faire un marché. Mais je sens que ça va être amusant. Cela fait des années que je n'ai pas fait ça !
Après le repas, nous nous sommes installés dans le salon pour terminer la soirée dans une bonne ambiance. Et voilà où je suis actuellement, en train de t'écrire, en parlant par intermittence avec Harry, Hermione, Fleur, Sirius, Remus, Tonks ou les jumeaux. Du coup, ça m'a pris plus de temps que je ne m'y attendais pour t'écrire tout ça, mais c'était prévisible en ramenant ce journal dans le salon.
Bien, sauf événement, j'ai terminé pour aujourd'hui. Je vais profiter tranquillement de ma soirée.
Bisous ma belle, et bon réveillon !
Note de l'auteur :
Ça fait bizarre de souhaiter un "bon réveillon" en plein été... hahaha... Je ne suis pas très raccord au niveau des saisons, moi :)
Sinon, un gros morceau aujourd'hui. Comme d'habitude, ne retenez pas le détail, je rappellerai les infos importantes en temps voulu. C'est principalement pour montrer que le super héritage de Harry n'est pas gratuit, qu'il y a un raisonnement et une logique derrière, et des conséquences, évidemment...
Si ça vous amuse, je vous donnerai un jour la composition du Wizengamot telle que je l'imagine (j'ai le détail, faction par faction). On y reviendra un peu dans quelques semaines, de toute façon.
Réponse aux guest reviews :
Alea : Effectivement, le bois a des propriétés particulières selon le type d'arbre. J'ai respecté dans cette fic cet aspect de l'histoire. Mais à mes yeux, ce n'est qu'un lien ténu avec la Nature. La magie a un lien avec la Nature, les magiciens par contre... Enfin, la magie, les magiciens, leurs façons de pratiquer la magie, ainsi que leurs diverses croyances et philosophies seront abordées plus tard. Ce n'est pas pour ne pas te spoiler que je ne te réponds pas davantage, mais j'en ai fait quelque chose d'assez complexe, et il y a une bonne raison pour que j'amène tout ça progressivement...
Fleur noble et les magiciens français royalistes, c'est un clin d'œil à ma meilleure amie, qui est également royaliste :) Et ça m'arrange également pour cette fic ;)
Je suis toujours heureuse de trouver ton commentaire hebdomadaire !
A la semaine prochaine, donc !
Artena : Merci ! Si la Bataille du Ministère a lieu, elle aura lieu comme prévu, au mois de juin... Un peu de patience, donc ;)
MAJ le 04/10/2017 : correction de fautes + correction concernant la liste des titulaires (Charles et Dorea Potter sont morts en 1977, pas en 1981 !) et l'origine des droits législatifs des Potter au Wizengamot (les explications concernant les Coordinateurs viendront en temps voulu, je vous rassure :) )
