Lundi 25 décembre 1995
Chère Marie,
Tu ne devineras jamais ce qui est arrivé aujourd'hui ! J'ai super envie de te l'écrire tout de suite, mais en même temps, j'ai envie de garder du suspense. Je suis super excitée, ravie, sur mon nuage !
Je te dis tout de suite ou j'attends ? Je te dis tout de suite ? J'attends ?
Bon, je vais faire comme d'habitude, je vais te raconter les choses dans l'ordre. Comme ça s'est passé dans la soirée, on peut dire qu'on garde le meilleur pour la fin ! Ah ! Je suis impatiente d'en être là !
Dans l'ordre donc... Manon, reprends-toi, respire, tout va bien...
On commence donc par un lever très tôt... Je dirais bien aux aurores, sauf que l'aurore un 25 décembre en Angleterre est en fait une heure tout à fait décente. Là, j'étais debout à 4h du matin... Oui, quatre heures du matin... L'heure à laquelle je me couche normalement quand je suis chez moi...
Dans la cuisine, il n'y avait que Fleur, Bill et Harry. Nous avons décidé tous les quatre d'aller au marché aussi tôt parce qu'on sait que le reste de la maison va se lever tôt pour découvrir ses cadeaux de Noël (hiiii, je suis impatiente de te parler du mien !), et donc on voulait être de retour à temps pour les ouvrir avec les autres. Harry est là en tant que commis, et Bill comme sécurité. Le petit-déjeuner a été vite avalé, et le temps de poser quelques glamours sur Harry, nous voilà partis au marché alimentaire magique de Londres.
Il y avait déjà du monde : des sorciers, mais surtout des elfes de maison, qui faisaient les courses pour leur famille ou leur établissement, s'ils travaillent dans un hôtel ou un restaurant. Il y avait du monde donc, mais encore plein de choses sur les étals. Nous avons donné à Bill et Harry une leçon sur les courses de produits frais : comparer la qualité des produits, goûter, sentir...
Finalement, nous avons opté pour un chapon (nous avons trouvé de la volaille de Bresse !) à la crème de morilles fraîches, avec des pommes de terre, des carottes et du panais, le tout façon dauphine (je ne sais pas si on parle de carottes et de panais façon dauphine, mais on va dire que oui...) en plat principal, histoire d'avoir un aspect traditionnel. En entrée, nous avons décidé de montrer de la créativité : nous allons faire comme des boules de légumes soufflées (petits pois, carottes, poireaux, cèpes) et lorsqu'on versera un bouillon de légumes dessus, ça fondra et ça fera un velouté. Harry et Bill ont littéralement été scotchés par l'idée, et ils ne veulent pas me croire quand je dis qu'il n'y a rien de magique là-dedans. Et en dessert, nous avons décidé de mélanger tradition et créativité, avec une bûche pâtissière au chocolat (tradition) et fruits rouges (pas de saison, mais ça va apporter de la légèreté).
Enfin, pas de saison... Comme certaines grandes familles sorcières tiennent à avoir leurs fruits préférés à n'importe quel moment de l'année, des serres en font pousser même en hiver, et on a pu avoir des fraises et des framboises fraîches, presque aussi sucrées que si elles avaient poussé sous le soleil d'été. Et finalement, pour accompagner tout ça, quelques bons vins, où j'ai laissé Fleur choisir (moi, tant que c'est du blanc un peu sucré, je ne suis pas compliquée. Ou du Banyuls, mais après la liste de courses qu'on vient de faire, c'est un peu hors budget...).
Au dernier moment, en voyant l'étal d'un boulanger français, Fleur a décidé de prendre des pâtisseries et viennoiseries à grignoter tout au long de la journée, à commencer par le petit déjeuner. Mmmh, des croissants, ça m'avait manqué ! Apparemment, Fleur est une habituée de ce boulanger, parce qu'il l'a saluée en français et se sont mis à discuter en se tutoyant. Fleur, par la suite, nous a expliqué :
« Il est un peu cher, mais au moins, ses produits sont vraiment français, et pas pseudo-français adaptés au goût des Britanniques. Si on veut manger la nourriture d'un pays, autant manger ce qui se fait vraiment là-bas. »
Nous sommes donc rentrés chargés de victuailles, que nous avons tout juste eu le temps de ranger avant que les premiers ne descendent dans la cuisine. Nous avons sorti les pâtisseries que Fleur venait d'acheter, préparé du thé, du chocolat chaud et surtout, surtout, du café !, et tout était prêt quand Remus, le dernier à se lever, est entré dans la cuisine.
Mrs Weasley a râlé devant l'absence de saucisses et d'œufs brouillés, mais elle était au fond ravie de ne pas avoir à cuisiner, pour une fois. Et c'est quand même plus facile de grignoter une viennoiserie en ouvrant ses paquets que d'avoir une assiette d'œufs brouillés et de haricots sauce tomate... (je ne m'y ferais jamais, au petit déjeuner anglais, d'ailleurs : comment est-ce qu'on peut manger ça le matin ?)
Nous avons ouvert nos cadeaux. J'ai été surprise de découvrir que j'ai été gâtée. Après tout, je ne suis pas là depuis deux mois, il aurait été normal que l'on ne pense pas à moi ou alors qu'on se contente d'une boîte de confiseries ou de chocolats. Mais non, j'ai eu de vrais cadeaux ! J'avoue que j'ai été émue par ça, plus que par les cadeaux en eux-mêmes, même s'ils sont super.
C'est le premier Noël que je passe loin de ma famille. Vingt-et-un ans, et jamais un Noël sans mes parents et mes sœurs, avec le traditionnel repas de papa en grande pompe le 24 au soir, la mise des cadeaux sous le sapin avec uniquement maman, et le verre de Bailey's qui l'accompagne, la découverte de la montagne de cadeaux le lendemain matin, l'éternel CD de chansons de Noël que papa met à fond pour nous réveiller... Certaines choses me tapent sur le système (ce CD par exemple), et puis il y a comme dans toutes les familles certains réveillons gâchés par une dispute.. Mais au fond, c'est Noël et ça se passe en famille. Pour la première fois de ma vie, ce n'est pas le cas. Pas de chansons de Noël, pas de famille, pas de gâteaux de Noël partout dans la pièce...
Mais j'ai quand même été gâtée. Des personnes ont quand même pensé à moi. En ce moment, une petite Manon de huit ans ouvre ses cadeaux en famille (qu'est-ce que j'avais eu, à huit ans, d'ailleurs ?), et moi, je découvre les miens avec des personnes que je pensais être des personnages littéraires il y a encore deux mois, et qui sont finalement devenues aussi importantes à mes yeux que ma famille ou toi. Étrange sentiment que de se sentir à la fois déracinée et chez soi...
Harry et Hermione ont du sentir ma nostalgie, car ils ont fait en sorte de m'impliquer dans la découverte de leurs propres cadeaux, histoire que je pense surtout aux miens, et pas à la situation. Oui, j'ai décrété deux jours de vacances, ça vaut aussi pour moi, n'est-ce pas ?
Donc, côté cadeaux... De la part des garçons Gryffindor (Ron, Seamus, Dean et Neville), j'ai eu un assortiment de sucreries façon sorcier : Dragées surprises de Bertie Botts, Pumpkin Pasties (patacitrouilles, je crois), Cauldron Cakes (gâteaux-chaudron, c'est une sorte de petit cupcake sauf que le glaçage n'est pas dessus, mais dedans, et déborde, comme une potion déborde d'un chaudron), Plumes en Sucre, Bloodpops (ça se traduit par Sucettes de Sang, mais il n'y a pas de sang dedans, juste la couleur et il paraît un petit goût métallique), et autres confiseries à effet spéciaux, ainsi que des chocolats de chez Honeydukes.
Lavender, Parvati et Ginny se sont mises ensemble pour m'offrir un ensemble de cosmétique magique : maquillage, soins pour les cheveux, le corps, le visage... Un très joli panier, très complet, et plus proche de mes goûts en matière de maquillage que ce que Parvati et Lavender m'avaient montré. Elles ont tenu compte de notre ''débat'' à ce sujet. C'est vraiment touchant (sans aucune ironie).
J'ai reçu également un mystérieux petit paquet, enveloppé de vert sombre et d'argent, contenant uniquement un flacon vaporisateur et un petit mot : « Toute belle sorcière se doit d'avoir son parfum idéal. ». C'est tout. Mais entre le fait que ce soit donc une potion, la flatterie et l'absence de signature, je sais que c'est Draco. Comme Harry, il s'amuse à flirter légèrement avec moi, uniquement quand nous sommes seuls. Et il a toujours montré qu'il faisait attention à mon humeur, comme lorsqu'il a fait la potion de Bonheur, ou celle contre le raidissement musculaire, en cours de rattrapage. Ce parfum est un cadeau très personnel, mais je ne pense pas qu'il ait la moindre vue sur moi. Je pense simplement qu'il a sa façon bien à lui de montrer ses amitiés : rien en public, mais en privé, il ne lésine sur rien.
J'ai vaporisé un peu de parfum sur le poignet, histoire de tester, et je dois reconnaître que c'est le meilleur parfum que j'ai jamais eu : il est à la fois léger, subtil, frais... Absolument pas capiteux ni prise de tête. Parfait... Ce parfum est tout simplement mon parfum idéal... Je ne sais pas comment Draco a fait, mais c'est particulièrement bien trouvé.
« Qui t'a envoyé ça ? m'a demandé Hermione en découvrant le flacon.
–Un admirateur anonyme. »
Elle a haussé un sourcil étonné, mais je crois qu'elle a compris que je sais parfaitement de qui ça vient.
« Je peux sentir ? »
J'ai tendu mon poignet, et elle a souri :
« Il te va super bien. Cet admirateur sait de quoi il parle.
–Je trouve aussi.
–Montre ? » a soudain demandé Harry en voyant notre manège.
De nouveau, j'ai tendu mon poignet. Sa réaction a été étrange : il a été surpris, l'odeur lui a plu, mais en même temps, il y avait une pointe de jalousie, très inhabituelle chez lui. Il a simplement demandé :
« Et tu ne sais pas qui l'a envoyé ?
–Ce n'était pas signé. »
Harry a eu un petit rire. Il me connaît maintenant suffisamment pour comprendre que ce n'est pas parce que ce n'est pas signé que je n'ai pas deviné de qui ça venait. Mais il a compris également que je ne souhaitais pas en parler ouvertement. Je me suis contentée de montrer l'emballage et le mot. Hermione a gloussé :
« Quelqu'un est plus attentif qu'il n'a envie de le paraître ?
–Il semblerait. C'est assez inattendu, je dois le reconnaître.
–D'avoir les attentions de ce quelqu'un ? s'est gentiment moqué Harry. Il a raison, tu sais.
–Tant que ses attentions sont amicales, ce qu'elles sont pour l'instant, ça me va.
–Quelqu'un t'offre un parfum et tu trouves que c'est amical ? est intervenu soudainement Ron, un peu choqué.
–Oui, Ronald. Connaissant ce quelqu'un, je sais que c'est pour lui une simple attention amicale, juste une manière de dire que cette amitié est plus vraie que les relations codifiées qu'il peut avoir par ailleurs. »
Harry et Hermione ont hoché la tête. Ils ont à présent parfaitement compris la signification du cadeau. Draco n'a aucune envie de sortir avec moi, il veut juste me montrer que pour lui, notre relation est plus personnelle que les rapports sociaux qu'il entretient avec beaucoup de monde. Je suppose qu'il doit avoir deux listes de personnes à qui faire des cadeaux : la plus réduite, sur laquelle il accordera son attention pour trouver quelque chose de personnel, et la plus importante, pour laquelle il achètera quelque chose en simple rapport avec l'intérêt qu'il est socialement acceptable de montrer.
Je suis contente d'avoir pensé à lui prendre quelque chose : un roman non magique. Assez inattendu, quand tu y penses, d'offrir quelque chose de non magique à un Malfoy, mais Draco aime beaucoup lire, et je lui ai promis que le Seigneur des Anneaux avait son intérêt et qu'il oublierait rapidement que c'est une œuvre de littérature traditionnelle.
J'ai continué à ouvrir mes cadeaux. Remus m'a offert un livre retraçant l'histoire et la culture des druides, sur trois millénaires jusqu'à Merlin, dernier druide reconnu comme tel. La culture celte selon le point de vue sorcier... Exactement ce que je voulais !
Sirius m'a offert un jouet pour chat, assez massif, coloré, décoré de clochettes et de tissu, qu'un chat peut faire rouler, mordiller ou faire ses griffes dessus. J'avoue que j'ai regardé le cadeau avec un certain doute, jusqu'à ce que je trouve un petit mot :
« Ce jouet est un système d'alerte. En tant qu'humaine, si tu dis Aide en le tenant, cela nous alertera immédiatement de ton emplacement et du fait que tu es en danger. Si tu dis Retraite, cela t'amènera immédiatement dans un endroit sécurisé, qui est pour l'instant ici, à Grimmauld Place, mais que nous espérons rapidement être Lions' Rock.
Ce jouet fonctionne aussi avec ta forme animale : mords-le une fois en pensant à recevoir notre aide, et cela nous alertera, mords-le une deuxième fois en t'imaginant ici, et tu seras immédiatement transportée ici.
Il a été enchanté pour être indestructible, alors si ta nature de chat te donne envie de véritablement jouer avec, fais toi plaisir.
Enfin, ce parchemin est plus long que le message qu'il contient, car c'est autre chose qu'un simple mot. Sois Maraudeur, et tu comprendras.
Sirius. »
J'ai vu que Harry a reçu un cadeau similaire, et Hermione un os à ronger. Sirius a de l'humour quand il s'agit de désigner des objets de sauvegarde... Il avait clairement l'air à la fois franchement amusé et moqueur quand j'ai agité mon jouet pour le lui montrer et que les clochettes ont tinté.
« Qu'est-ce que c'est ? a demandé Ron.
–Un jeu pour chat. J'adore les chats. Une blague de Sirius. »
Ron n'a pas insisté, et n'a pas vu que Hermione et Harry ont reçu des cadeaux similaires.
Par contre, j'étais proprement intriguée par la dernière phrase de Sirius. Un parchemin qui est autre chose qu'un simple parchemin ? Être Maraudeur pour comprendre ? J'ai levé un regard curieux vers Sirius, qui m'observait pour voir ma réaction. J'ai hésité, puis j'ai murmuré :
« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »
Et là, magie ! L'encre a disparu, puis est revenue, formant un message complètement différent :
« Messers Moony, Padfoot, Prongs et Madam Stripes sont fiers de vous présenter la deuxième génération de la Carte du Maraudeur ! »
Et en effet, sous mes yeux, apparaissait la même carte que celle que Harry m'avait montrée à Hogwarts. Pour l'instant, elle est quasiment vide parce que ce sont les vacances, mais j'imagine que lorsque nous serons tous de retour, il y aura à nouveau du monde sur la carte. Sirius s'est approché de moi :
« Elle a des fonctionnalités que l'ancienne n'a pas : tu peux désormais chercher quelqu'un en particulier, simplement en prononçant son nom et en touchant la carte avec ta baguette magique. Les codes couleurs, également : noir, c'est neutre, vert, ce sont tes amis que tu as identifiés comme tels, rouge, ce sont ceux que tu veux surveiller... Et enfin, elle prend en compte les salles que vous avez découvertes : la Chambre des Secrets, par exemple. Moony et moi avons offert à Harry nos travaux de recherche, si vous voulez encore perfectionner cette carte ou ajouter de nouvelles salles.
–Et la Salle sur Demande ?
–Elle doit être protégée par un sort qui la rend incartable, ou alors sa magie est trop particulière, car nous n'avons pas pu l'ajouter.
–Merci Sirius, c'est vraiment un super cadeau. Méfait accompli. »
La carte est redevenue une simple lettre, mais dont le contenu a changé pour être un innocent mot de Noël me souhaitant meilleurs vœux de la part de Sirius et Remus. Aucune allusion à ce que contient vraiment le parchemin, ni aux caractéristiques particulières du jouet pour chat.
De la part de Hermione, j'ai reçu un livre. Complètement vierge. Et un petit mot :
« Présente-toi au livre façon Maraudeur. Formule d'accès comprise. »
OK... Qu'est-ce qu'elle a encore été imaginer ? J'ai donc murmuré au livre :
« Madam Flamme jure solennellement que ses intentions sont mauvaises. »
Et sur la première page est apparu un texte, de la main de Hermione :
« Harry et Manon,
Joyeux Noël, et bienvenue dans notre nouveau système d'échange d'idées !
Non, Harry, je ne me suis pas permise de te harceler sur tes devoirs, ce n'est pas vraiment un agenda, mais simplement une couverture pour que ceux qui ne se doutent de rien continuent ainsi. D'ailleurs, quand il est en mode « outil d'échange », il est silencieux, alors pas de scrupules, tu n'auras pas de commentaires désagréables à chaque fois que tu t'en serviras (Ron, si, par contre, peut-être que ça le motivera à prendre enfin sérieusement ses cours, avec les OWLs qui approchent...)
Manon, ce n'est donc pas un journal, ni un livre à proprement parler. Mais ça semble moins suspect de t'offrir un livre que d'offrir un livre à Harry, désolée Harry.
J'ai également un livre de mon côté, et c'est dans mon livre que je vous écris ces lignes. Tout ce que l'un de nous écrira dans son livre apparaîtra automatiquement dans le livre des deux autres. Cela nous permettra de pouvoir échanger des idées discrètement, et surtout d'en garder une trace. Idées, trouvailles, références... Tout sera conservé, et nous pourrons tous les trois les consulter librement. Cela sera pratique cet été, lorsque nous serons séparés.
Je pensais m'en servir pour des recherches sur la magie avancée, comme la magie élémentale, ou les pouvoirs exacts de nos formes Animagus, ou encore nos pouvoirs particuliers : Harry a une légère forme d'empathie, et moi aussi, même si encore plus réduite, et Manon peut nous former. Moi, avec l'Occlumancie...
Manon peut aussi partager ses connaissances plus discrètement, sans qu'on soit obligés de s'isoler à chaque fois tous les trois, ce qui finirait par sembler suspect.
Ces livres ne s'ouvrent qu'avec la formule que je vous ai donnée. La première ouverture du livre a aussi activé une reconnaissance de votre signature magique. Si quelqu'un prononce la même phrase, les deux autres livres recevront alors un message d'alerte informant que quelqu'un a tenté de forcer la sécurité des livres.
Voilà. J'espère que ce cadeau vous plaît.
Joyeux Noël à tous les deux.
Je vous embrasse,
Hermione. »
Wouah ! Ça, c'est du cadeau ! Hermione mérite vraiment sa réputation de sorcière la plus intelligente de sa génération : trois livres capables de retranscrire instantanément dans chaque exemplaire ce qui est inscrit dans l'un, et disposant d'une protection à l'accès... Très beau travail. Bon, on va tester ça immédiatement. J'ai demandé une plume à Hermione, et j'ai inscrit dans le mien :
« Joyeux Noël !
Merci du cadeau, c'est vraiment de l'excellent travail.
Pour aller plus loin dans la sécurisation des livres, on peut y poser le même système que j'ai mis sur mes journaux : protection de sang. Non, ça ne nous demande pas de saigner à chaque fois, mais ça fixe plus durablement la signature magique, et il faut absolument que ce soit un être humain disposant de cette signature qui ouvre le livre, alors qu'un sort peut être trompé par un artefact (j'avais fait des recherches à ce sujet quand j'ai voulu protéger mes journaux. Vivre avec des sorciers, c'est amusant, mais ça demande d'aller beaucoup plus loin qu'un verrou et une cache sous un matelas pour protéger un journal...)
Le livre dont je me suis servie : Simple Blood Wards for Everyday Use [ndla : Protections de sang simples pour le quotidien]. Il est dispo à la bibliothèque de Hogwarts, dans la section NEWTs des Runes Anciennes. Ce n'est pas considéré comme de la magie noire.
En tout cas, félicitations, tu viens d'inventer un outil qui ne sera inventé par les non magiciens que dans dix ans... Je suis profondément admirative. »
J'ai rendu sa plume à Hermione, qui a aussitôt vérifié dans son livre si quelque chose de nouveau s'y trouvait. Et en effet, elle y a trouvé mon petit mot. Cela marche parfaitement. Hermione vient d'inventer un bloc-note collaboratif...
Enfin, Harry m'a offert le Lancelot-Graal, pas dans sa version traditionnelle que je connaissais déjà, mais dans sa version sorcière, beaucoup moins connue : les légendes de la Table Ronde racontées par des sorciers. Voilà qui devrait être intéressant, surtout quand on sait que ces légendes, quand on adopte le point de vue sorcier, ont tout d'historique.
J'ai rassemblé tous mes cadeaux devant moi, ravie : des gourmandises, des produits de beauté, des livres, un journal magique et collaboratif, une Carte du Maraudeur, un jouet pour chat qui fait aussi office d'objet de secours... J'ai été gâtée, vraiment.
Tu veux savoir ce que j'ai offert aux autres ? À Harry, les Contes de Beedle le Barde. Officiellement, parce qu'il aime ce genre de récits, mais aussi évidemment parce que cette histoire de Reliques est peut-être à prendre en compte.
À Hermione, des partitions. Je sais qu'elle joue du piano, et j'ai découvert que Harry, Sirius et Remus se sont mis ensemble pour lui acheter un piano magique : les touches sont les mêmes, mais le piano peut se rapetisser d'une simple pression d'une rune spécifique, ou se transformer en piano à queue, en clavier simple à poser sur une table... Sans jamais perdre de sa qualité acoustique et sans jamais se désaccorder. Dire qu'elle a été extatique en découvrant son cadeau est un euphémisme.
À Ron, j'ai pris des friandises en vrac chez Honeydukes.
Pour les jumeaux, ça a été un livre sur les sortilèges étranges et oubliés. Je l'ai feuilleté avant de l'acheter, et ces sortilèges ont surtout des effets comiques ou ridicules, et je me suis dit que les jumeaux sauraient quoi en faire.
À Ginny, j'ai pris un bracelet avec toute une collection de pendentifs qu'elle peut changer à volonté.
J'avais prévu de la cosmétique non-magique pour Parvati et Lavender, et j'ai bien fait, ça a fait écho à leur cadeau pour moi.
Et pour les garçons de la cinquième année, des friandises, en un peu moins grande quantité que pour Ron.
Pour Sirius, qui aime le cinéma depuis que Lily le lui a montré il y a des années, j'ai pris le film Le Parrain. Ça a fait drôle d'acheter une cassette vidéo, d'ailleurs. J'ai vu des étals annonçant le lancement d'un nouveau format vidéo : le DVD... Je ne savais pas que c'était si vieux, je pensais que ça datait du début des années 2000. Ben non, apparemment 1995, donc.
Pour Remus, j'ai choisi un livre qui présente les différentes religions du monde. Il est passionné par tout ce qui est historique, et il avait montré beaucoup de curiosité lorsqu'on avait parlé religion avec Hermione et Harry.
Et donc le livre du Seigneur des Anneaux pour Draco.
Voilà, je crois que tu sais tout !
Ah non, tiens. Dans les cadeaux étranges et/ou inappropriés reçus par les autres : Ron a offert à Hermione un parfum. Sans doute la raison pour laquelle il a été aussi agressif par rapport au parfum que j'ai reçu. Hermione l'a testé à son tour, puis m'a présenté son poignet sans me dire ce qu'elle pensait :
« Ça sent quoi ? m'a-t-elle demandé.
–Euh... Les livres neufs, de la pâtisserie toute chaude et une odeur plus masculine, comme de l'après-rasage. Ça me plaît beaucoup, Ron a bien choisi.
–Moi, je sens le vieux parchemin, l'herbe coupée et une odeur mentholée rappelant le dentifrice. »
Ah. Non, Ron n'a pas bien choisi. Deux sets d'odeurs différents, contenant chacun nos odeurs préférées. C'est la marque de fabrique de l'Amortentia.
« Et... Ça te plaît ?
–Je préfère ton parfum, plus subtil. »
Plus subtil également dans sa signification. Hermione a remercié légèrement Ron et a reposé le flacon. Je pense qu'il va rester plein un long, très long moment. Ce cadeau de Ron me dérange. Est-ce qu'il a eu l'idée lui-même, et dans ce cas, il est complice de l'empoisonnement de Hermione à l'Amortentia, ou est-ce que sa mère lui a mis le paquet dans les mains en lui disant qu'elle a trouvé le cadeau parfait pour Hermione, et qu'il l'a accepté parce que cela lui épargnait la peine d'en chercher un ?
Harry a du avoir le même fil de pensée, car son regard est allé plusieurs fois du parfum à Ron, en passant de temps en temps par Hermione ou Mrs Weasley. Si on ne faisait pas attention ou ne le connaissait pas mieux, on aurait pu croire qu'il était jaloux du cadeau offert par Ron, comme il aurait été jaloux du parfum que Draco m'a offert. Puis il a croisé mon regard, avant de se tourner à nouveau vers Ron, en dégageant nettement une aura de détermination et d'envie de savoir. Il va mener l'enquête.
Parfait. Entre nous trois, c'est celui qui éveillera le moins les soupçons de Ron. Il suffit d'une conversation de mec à mec le soir dans leur chambre. J'ai envoyé une vague d'émotions pour lui dire que je suis impatiente de connaître les résultats. Il a souri, toujours sans me regarder, et s'est penché vers Ron, un grand sourire amical sur le visage :
« Joli coup, mec. »
Ron s'est tourné vers lui et a eu un sourire timide :
« Tu crois que ça lui a plu ?
–Tu la connais, elle n'aime pas afficher ses émotions en public. Je pense que ça lui a plu, oui. »
Joli rattrapage du manque d'enthousiasme évident de Hermione. Harry a la situation en main. Voyons voir ce qu'ont reçu les autres ?
J'ai constaté que seules Fleur et moi n'avons reçu aucun tricot ni aucune gourmandise de Mrs Weasley. Tout le monde a reçu un pull, un bonnet, une écharpe, sauf nous deux. Mais Fleur s'est vengée en regardant d'un œil critique le bonnet et l'écharpe rouge vif de Hermione, en décrétant que seuls les Britanniques avaient assez peu de sens en matière de mode pour oser porter ces horreurs. Je dois avouer qu'en effet, jamais je n'oserai porter ça en public.
Ce n'est pas la couleur en soi (quoi que, rouge vif, franchement...), mais l'aspect général de la parure, informe et plein de mailles de travers... Mrs Weasley est censée tricoter depuis des années, bon sang ! Mais je crois que c'est volontaire de sa part : les autres vêtements offerts aux enfants Weasley et à Harry ont meilleure mine. Peut-être qu'elle a offert quelque chose à Hermione uniquement parce que Ron a des vues sur elle...
Hermione s'est tournée vers moi pour avoir mon avis, et je n'ai pu qu'avoir une grimace désolée montrant que j'étais d'accord avec Fleur. Fleur Delacour de 1995 et Manon Descosses de 2008 : même combat contre l'hideuse ''mode'' britannique. Et pourtant, Fleur est bien une jeune femme de dix-neuf ans de 1995... C'est-à-dire l'époque des choucroutes permanentées (heureusement, Fleur a gardé ses cheveux au naturel), du maquillage voyant (c'est vrai que dans ce contexte, le maquillage montré par les filles à Hogwarts paraît moins hors norme...), des vans, des couleurs flashy, voire fluo, des sacs bananes et de toutes les merveilles de l'époque. Et bien, même la mode en France de cette époque est moins laide que la mode britannique à la même époque. À se demander franchement ce qu'on reproche à la chevelure ''touffue'' de Hermione, dans les livres.
Mrs Weasley a du voir ma réaction, car elle a murmuré :
« Sale Française ingrate. »
Ah, merci... Je sens que notre relation s'améliore de jour en jour, dis-moi... Va falloir que je lui explique le sens du mot ''ingrat'' : je serais ingrate si je crachais sur un cadeau que j'avais reçu. Mais je n'ai rien reçu de sa part et me contente d'émettre un avis sur un cadeau reçu par une amie. ''Aucun goût'', à la rigueur, quoi que j'aurai bien ri, mais pas ''ingrate''. Et de toute façon, dès ''sale Française'', elle s'est décrédibilisée à mes yeux. Que de préjugés dans ces simples deux mots. Enfin bon, c'est Noël, nous n'allons pas nous éterniser dessus. Et j'ai toujours mon super moment à te raconter !
Donc, continuons. Le déjeuner a été particulièrement festif : quelques minutes avant de passer à table, Bill est arrivé, poussant son père dans un fauteuil. Mr Weasley a eu droit de sortir de l'hôpital. Il a tenu à remercier Harry, sans la vision duquel il ne serait certainement plus en vie, et a vite changé de sujet pour garder une bonne ambiance, ravi de revoir sa famille quasiment au complet.
Du coup, le déjeuner s'est passé dans une bonne ambiance. Nous avons passé un peu de temps à traîner à table, et en milieu d'après-midi, Fleur et moi avons fait sortir tout le monde de la cuisine : il faut commencer le repas du soir.
Nous avons commencé par le plus technique : l'entrée avec les boules de légumes soufflées qui doivent fondre avec le bouillon. J'avoue que je prenais des risques : je n'avais vu ça qu'en démonstration vidéo, et si je me souvenais des gestes, je n'étais pas du tout sûre d'y arriver. Heureusement, tout s'est bien passé, et mon bol de démonstration a arraché des « oh ! » admiratifs chez Fleur, Harry et Bill, qui s'est incrusté pour aider sa petite amie, en prétextant qu'après tout, les Weasley représentent la majorité de la tablée et qu'il ne serait pas juste qu'aucun Weasley ne participe à la préparation du repas. Fleur a trouvé ça adorable et a accepté sa présence.
Nous avons passé l'après-midi à cuisiner, dans une bonne ambiance. Harry, comme c'était tristement à prévoir, a une technicité hallucinante pour quelqu'un de son âge. Il a appris des choses à Bill et Fleur. Fleur a elle un sens de la perfection qui tourne parfois à la maniaquerie. Elle a tenu à ce que les dosages de la bûche soient parfaits : la pâtisserie est un art de la précision, pas de l'à peu près. Je suis gourmande et je me targue de ne pas trop mal me débrouiller dans une cuisine, mais honnêtement, je ne suis pas aussi méthodique que Fleur. Mais j'ai toute l'influence de mon père chef cuisinier et ma curiosité culinaire pour compenser. Finalement, j'ai autant de technique que Harry. Bill est un bon commis. Il reconnaît qu'il n'y connaît pas grand chose et a été content de nous décharger des corvées : éplucher les légumes, nettoyer les morilles...
Nous n'avons pas arrêté de plaisanter et de nous chamailler. Ça m'a beaucoup aidée à me familiariser davantage avec Fleur et à faire vraiment connaissance avec Bill. C'est un jeune homme calme, bon vivant, qui donne l'impression que rien ne peut l'ébranler ni l'énerver. En même temps, je suppose qu'avec son métier, c'est nécessaire d'avoir une nature aussi calme : entre les horreurs qu'il doit voir régulièrement et les gestes précis qu'il doit sans doute réaliser pour lever tel bouclier ou telle malédiction, il a besoin d'autant de sang-froid qu'un chirurgien, sans doute.
Mais il a le rire facile et répond aisément aux plaisanteries parfois dures de Fleur, sans se laisser démonter par l'apparente agressivité de sa petite amie. Il nous corrige à toutes les deux nos fautes d'anglais sans même y penser, ce qui rend le geste parfaitement acceptable : il n'a rien d'un Anglais hautain qui nous reproche de ne pas connaître parfaitement sa langue, il veut juste nous aider à nous améliorer.
Harry et lui ont aussi passé un bon moment à nous apprendre tous les termes culinaires en anglais. J'ai pris une sacrée leçon de vocabulaire aujourd'hui, très... imagée, d'ailleurs. Aucun de nous n'a vraiment de complexe en matière de discours, et du coup, nous avons eu une conversation assez... débridée. Harry, à un moment, a fait remarquer qu'il ne croirait plus jamais au préjugé des Français charmeurs et élégants en matière d'amour, gardant les propos grivois pour l'intimité. Ce à quoi j'ai répondu que les grivoiseries n'ont rien d'amusant si elles ne peuvent pas être dites en public.
Héhé, je l'ai fait rougir avec ça ! Le mec a eu de nombreuses petites amies, n'a aucun souci avec les filles, les drague plus ou moins ouvertement même quand il n'a aucune envie de sortir avec elles, mais il rougit quand on parle un peu trop ouvertement de sexe. Si c'est pas mignon ?
Nous sommes sortis de la cuisine en début de soirée, pas avant que Bill n'ait posé de solides protections magiques sur nos préparations :
« Avec ma famille, on sait jamais, » a-t-il dit.
La confiance règne, dis donc...
Nous avons passé le reste du temps avant le repas avec tout le monde, avant que Sirius décrète qu'il était temps d'entamer le repas. Nous avons déménagé dans la cuisine. Le temps de mettre la table pour les entrées, Fleur et moi avons mis le chapon au four pour finir la cuisson que nous avons entamée cet après-midi. Puis nous avons apporté les bols contenant les boules de légumes soufflées à table, et avons posé à côté de chaque bol un petit pichet de bouillon.
Nous nous sommes placées au bout de la table et avons réclamé l'attention de tout le monde.
« Joyeux Noël à tous ! j'ai commencé. Fleur et moi avons décidé de faire un menu à la française, en mélangeant les deux grands courants de la cuisine française : la cuisine traditionnelle, que nous avons utilisée pour le plat principal, et la cuisine moderne, que vous êtes en train de découvrir. Honnêtement, je crois que c'est tellement moderne qu'en fait, aucun cuisinier ne l'utilise encore en 1995. »
Il y a eu des rires, avant que je reprenne :
« Mais en 2008, ça commence à devenir à la mode. Ce que vous avez devant vous, ce sont des boules de légumes soufflées. Un peu comme vos céréales du matin, en plus gros et en salé. Maintenant, prenez le petit pichet à votre droite. »
J'ai montré l'exemple et versé doucement le bouillon dans mon bol.
« Et vous versez le bouillon de légumes dans le bol. Si vous voulez voir de la magie, versez doucement. »
J'ai ri en prononçant ceci. Annoncer de la magie à des sorciers... Et pourtant, ça a marché : ils ont fait des « oh ! » et des « ah ! » en voyant les boules soufflées fondre et se dissoudre complètement dans le bouillon pour faire un velouté.
« Quel sort tu as utilisé ? a demandé Mrs Weasley.
–Aucun. C'est de la science. Tout bon cuisinier peut parfaitement faire ceci. Je vous l'ai dit, c'est une technique qui commence à être connue en 2008, et en 2008, avant de venir ici, je n'avais aucune connaissance de la magie. La France est très bien placée à mon époque pour ce genre de cuisine expérimentale. C'est notre magie à nous. Dégustez pendant que c'est chaud ! Bon appétit ! »
Le velouté a eu un bon accueil. Test concluant, donc, même si je ne leur dirai jamais que c'était la première fois que je faisais ça. C'est amusant d'avoir l'image d'une cuisinière expérimentée. Je suis contente du résultat : ça avait du goût, mais ça restait léger. Juste une mise en bouche pour s'ouvrir l'appétit tranquillement avant le plat de résistance.
Le chapon aussi a eu du succès. Le défi pour Fleur et moi était de faire un plat à base de crème et de champignons qui ne soit pas trop lourd, et je crois que ce n'était pas trop mal réussi. Bien mieux réussi que ma première tentative lors d'un réveillon familial. Le goût acéré de Fleur et la technique de Harry ont bien aidé. Et moi, de toute façon, s'il y a des morilles fraîches, de la crème et de la volaille tendre et juteuse, ça ne peut être que bon. Suis pas très compliquée comme fille (dit celle qui a insisté pour la volaille de Bresse quand elle l'a vue sur l'étal).
La bûche a reçu un accueil plus mitigé. Le mélange fruits rouges-chocolat n'a pas plus à tout le monde. Les Anglais préfèrent la menthe avec le chocolat, voyons... Quelle faute de goût de mettre des fruits rouges ! Mais les quatre cuisiniers, nous avons savouré le dessert en repensant à notre préparation de l'après-midi : c'est ce plat qui a suscité le plus de commentaires plus ou moins osés, avec le chocolat fondu, les fruits rouges...
Hermione et Ron ne comprenaient pas pourquoi Harry rougissait dès que je me penchais pour lui prononcer à peine plus de trois mots à l'oreille. Je me suis magistralement vengée de ses flirts à Hogwarts, je dois dire (imagine moi avec un grand sourire satisfait).
Après le dîner, nous avons traîné un moment, avec un verre de digestif, et puis tout le monde a commencé à disparaître petit à petit dans sa chambre ou à rentrer chez soi (pour Bill et Fleur et Tonks). Finalement, il n'est plus resté que Sirius, Harry et moi. Je voulais ranger l'essentiel du repas avant d'aller me coucher. Je sais que Kreacher n'est pas un elfe de maison particulièrement zélé, et je ne veux pas que Mrs Weasley se sente obligée de tout ranger demain.
Quand j'ai menacé de faire travailler aussi les garçons quand ils ont continué à traîner dans la cuisine, Sirius s'est dépêché de dire bonne nuit et de s'en aller. Mais Harry est resté, et a commencé à me donner un coup de main. Nous avons travaillé en silence pendant un moment. En fait, le silence avec lui n'est pas particulièrement gênant.
Normalement.
Là, je n'arrêtais pas de penser aux plaisanteries que nous avons échangées pendant l'après-midi et la soirée. D'habitude, ce n'est que ça, des plaisanteries, du flirt léger, sans conséquence sur l'amitié qu'on commence à avoir. Mais aujourd'hui, je ne sais pas, j'ai trouvé que ça avait une autre dimension. C'est peut-être moi qui me fais des idées, qui sait. Ou alors je me rends compte que ce que je ressens pour Harry n'est pas que de l'amitié.
OK, OK...
Je suis en train d'écrire un journal, donc je ne vais pas rayer ce que je viens de marquer... Mais quand même : d'où est-ce que ça vient, cette phrase ? Harry est mignon, agréable, charmant, tout ce que tu veux, c'est pas pour autant que je dois craquer sur lui !
Passons... Je dois encore te raconter ce pourquoi j'ai pris mon journal tard un soir de Noël, et ça n'est que le début...
Parce que nous avions presque terminé, j'étais en train d'essuyer les derniers plats, quand Harry a brisé le silence :
« Manon ? J'ai... C'est Noël, n'est-ce pas ? »
J'ai été surprise. Il semblait gêné, hésitant. J'ai haussé un sourcil :
« Euh, oui...
–Est-ce que... Je... J'aimerais que tu me fasses un cadeau. »
Hésitation disparue. Détermination. Il a décidé de se lancer, dans quoi que ce soit, et à présent, rien ne l'arrêtera. Gryffindor un jour, Gryffindor toujours !
« Dis-moi ?
–Je veux t'embrasser. »
Ah. Il s'en est fallu de peu pour que je lâche mon plat sous la surprise. Je n'étais pas certaine d'avoir bien compris ce qu'il venait de dire, mais en même temps, je savais que mes oreilles ne m'avaient pas trompées : Harry m'a demandé s'il pouvait m'embrasser.
OK. Pose ton plat, Manon, tu vas le casser. C'est fou le genre de pensée idiote qui peut survenir dans un moment pareil. Mais Harry a du comprendre mon état d'esprit (vide, bug, au secours !, où sont passés mes neurones ?), car il s'est avancé vers moi pour me prendre le plat et le torchon des mains et les poser sur la table à côté de moi. Le geste m'a fait reprendre mes esprits :
« Je suppose que si tu poses la question comme ça, c'est que tu n'imagines pas ça comme un bisou léger et sans conséquence ?
–Non. Ça fait un moment que j'en ai envie. Et plus le temps passe, plus je suis certain que je veux sortir avec toi. »
Oh. Je crois que c'est tout ce que mon esprit a accepté de former d'à peu près cohérent à ce moment-là. Sinon, c'était un mélange chaotique de peur (bon sang, qu'est-ce qui se passe ?), d'incrédulité (il ne peut quand même pas être sérieux, si ?), d'excitation (je crois que depuis le temps que je te parle de ses qualités, tu dois te douter qu'il ne m'est pas indifférent... Dommage qu'il faut qu'il fasse buguer mon cerveau pour que je m'en rende compte...), de panique (qu'est-ce que je fais ?).
« Manon ? »
La voix de Harry m'a ramenée au présent, et je l'ai regardé dans les yeux. Grave erreur. Ses yeux me font fondre depuis que nous nous sommes rencontrés. Le meilleur moyen de perdre les quelques points de QI qui me restent...
« Manon, est-ce que tu veux être ma petite amie ? Je sais que... tu as des réticences à ce sujet, mais... Nous avons appris à nous connaître. Et... Je me suis dit que du coup... Tu aurais moins peur... »
Il a l'air inquiet à présent. Je suppose que mon absence de réaction doit y être pour quelque chose. Mais ses paroles ont remis mon cerveau en marche.
Deux questions se dégagent. Tout d'abord, est-ce que j'ai envie d'être la petite amie de Harry ? Réponse instinctive et quasi immédiate : oui. Harry me plaît, je serais la dernière des crétines si je disais le contraire. Autant physiquement que de caractère. On commence en effet à bien se connaître, même si on a encore des surprises sur le caractère de l'autre, mais je suppose qu'on en aura encore pendant des années. Je découvre encore des choses sur toi pratiquement à chaque fois qu'on se voit. Et surtout, j'ai confiance en lui. Il ne se moque pas de moi. Jamais il ne me proposerait ça s'il n'était pas un minimum sérieux. Il ne déclare pas m'aimer, il me demande juste de sortir ensemble. Comme deux ados de quinze ans, quoi.
Du coup, deuxième question : est-ce que j'ai moins peur en connaissant tout ça ? Réponse tout aussi immédiate : non. Je ne suis jamais sortie avec quelqu'un. C'est la grande inconnue. Et j'ai peur de trop m'impliquer, d'en faire trop, pas assez, à côté de la plaque, et finalement de tout gâcher, y compris notre amitié.
Mais je suppose que Harry doit avoir ce même genre de peur. Ça ne doit pas être beaucoup plus habituel pour lui. Quand il sort avec une fille, c'est du (très) court terme et pratiquement uniquement physique. Il sait que ça ne pourra pas être le cas avec moi, donc s'il me propose de sortir avec lui, c'est qu'il veut lui aussi s'impliquer émotionnellement. C'est aussi nouveau pour lui que pour moi.
C'est ce qui m'a décidée. Nous sommes deux à être hors de notre zone de confort. Il a osé faire le premier pas en venant vers moi. Je sais que jamais, je n'aurais fait ce premier pas. Je suis trop adepte du statu quo, même inconfortable, pour ça. Mais il l'a fait. A mon tour. J'en ai envie, vraiment. C'est juste ma sale habitude de tout intellectualiser qui me retient. Il faut que j'arrête ça, et que j'accepte de ressentir ce que j'ai envie de ressentir, sans immédiatement réfléchir aux possibles et éventuelles conséquences et implications qui ne surviendront sans doute jamais. Il faut que je me laisse vivre, que je lâche prise, de temps en temps.
Manon, tu dois apprendre à laisser ton foutu contrôle à ton cœur et non à ta raison. Nouveau mantra dans ma vie. Bon sang, qui aurait cru qu'une simple question, tout à fait normale dans l'expérience d'un adolescent, amène une telle remise en question ?
« Arrête-ça, tu me rends dingue... » a soudain fait Harry en posant son pouce sur ma lèvre inférieure.
Je ne m'étais même pas rendue compte que je la mordillais... Et... Je rends Harry dingue ? Sa voix est plus rauque, et oh ! que c'est sexy... Et son pouce est resté sur ma lèvre, la caressant doucement... Et ses yeux verts...
Adieu raison, bonjour émotions ! Émotions, Manon, Manon, émotions... Enchantée, j'espère que nous allons faire un joli voyage ensemble. Il y a quelqu'un pour nous aider à bien nous entendre, ne vous inquiétez pas. Attendez, je l'embrasse et je vous présente...
J'ai déjà embrassé, je ne m'en suis jamais cachée. En même temps, à vingt-et-un ans, il y a quand même généralement plus aventureux, comme parcours sentimental. J'ai embrassé des mecs, des filles, des personnes complètement ivres, d'autres qui étaient impatientes de me déshabiller... Bref, je ne suis pas la plus expérimentée en la matière, mais je ne suis pas novice non plus.
Et bien, en fait, si. Un vrai baiser, ça, j'ai jamais connu. Le mec qui n'a pas pour seul but de te mettre dans son lit ou de ne pas terminer la soirée tout seul, je ne connais pas. Le baiser qui véhicule vraiment quelque chose, et pas simplement ''juste pour rire'', je ne connais pas. Je commençais à croire que ces histoires de baiser somptueux, où tu sais, on fait véhiculer toute la tendresse et l'affection, et ça fait des feux d'artifice, des arc-en-ciel et des papillons... je commençais à croire que ces baisers-là n'étaient que des histoires.
Et bien pas du tout. Je ne dis pas que Harry est l'amour de ma vie, attention ! Mais c'est le plus beau baiser que j'ai jamais eu, et ce sont des émotions qui me plaisent quand il m'embrasse, et quand il me tient dans ses bras. Et la magie... Pas la magie du moment, mais la vraie, celle qui fait de moi une mage et que je sens pleinement depuis quelques jours, et qui semble... comment décrire ça ? vibrer ? ronronner ? au contact de Harry. C'est très agréable...
Amoureuse ? Je ne sais pas. Je crois que mes émotions ont encore quelques batailles à mener contre ma raison pour ça. Mais suffisamment bien pour sortir avec lui ? Oh, oui, certainement !
Puis il s'est écarté de moi. Pas beaucoup. Pas suffisamment pour enlever ses bras autour de ma taille, mais juste assez pour que je vois son sourire goguenard :
« Je prends ça pour un oui ? »
Il y a de belles injustices sur Terre... La faim dans le monde, l'impossibilité pour l'humanité d'être en paix sans un seul conflit quelque part sur cette Terre, le fait que tout le monde ne connaisse pas la beauté de la magie... Et le fait que Harry Potter garde ses esprits après m'avoir embrassée, alors que j'ai une peine infinie à rassembler mes quelques neurones qui n'ont pas encore cramé.
Mais le jour n'est pas encore arrivé où Manon Descosses restera complètement stupide face à un garçon, aussi beau et charmeur soit-il :
« Oui, idiot, c'est un oui. Qu'est-ce qui t'a décidé ? Ce qu'on peut faire avec des framboises et du chocolat ?
–Ça m'a un peu aidé, j'avoue. Pourquoi, ça te tente ? »
J'ai hésité. Je le reconnais, j'ai hésité. C'était terriblement tentant. Bon sang, j'ai vingt-et-un ans de frustrations et d'imagination, les hormones d'une adolescente de quinze ans, et une magie qui semble rugir de plaisir à cette idée ! Et je sais que Harry est suffisamment expérimenté pour rendre les choses particulièrement intéressantes. Mais vu le combat mental que j'ai déjà effectué pour un simple baiser...
« Ça me tente, j'ai fini par répondre. Mais je ne pense pas être prête. On garde l'idée pour plus tard ? »
Il a eu un sourire qui promettait qu'il n'oublierait certainement pas l'idée. Ça m'a donné un frisson. J'ai failli changer d'avis. Mais en même temps, ça a aussi son charme, de faire traîner les choses, de ne pas tout donner tout de suite. N'est-ce pas ?
Il m'a embrassée à nouveau, et cette fois, j'ai apprécié le moment sans perdre tous mes moyens. Puis il s'est écarté de moi et m'a lâchée, et nous avons fini de ranger la cuisine en silence. Cette fois, le silence était agréable. Pas la tension de tout à l'heure. On a juste apprécié la présence de l'autre. Puis on est montés en silence à l'étage où sont nos deux chambres. Sur le palier, il m'a serrée contre lui, mon dos contre son torse, et m'a embrassée dans le cou, avant de murmurer :
« Je tiens à toi, Manon. Vraiment. Alors... On va faire les choses à ton rythme. Je t'attendrai. »
Wow... Honnêtement, entre sa voix chuchotante et ses mains sur mon ventre, la tendresse que je sentais émaner de lui et sa magie qui enveloppait doucement la mienne, j'avais envie de lui dire qu'il n'attendrait certainement pas très longtemps. Il éveille des choses en moi que je ne pensais pas (ou plus) exister. C'est assez fascinant, en fait. Un peu plus, et je ronronnais... Mais je me suis contentée de tourner la tête vers lui pour l'embrasser (ça, je vais mettre un moment avant de ne plus en avoir envie dès qu'il me parle comme ça ou me regarde dans les yeux...).
Je n'ai rien dit. Je ne savais pas quoi dire. Merci ? C'est idiot : sans être une féministe absolue, j'estime que c'est le moindre des respects que de ne pas forcer sa petite amie dans un rythme qu'elle ne veut pas. Même si je suppose que ceux qui ont réellement ce respect ne doivent pas être si nombreux. Mais en même temps, j'étais touchée qu'il pense à le dire, et je ne voulais pas qu'il croit que ça me laisse indifférente.
Alors j'ai utilisé le moyen de communication qu'on utilise de plus en plus : les émotions. C'est idiot, quand tu y penses : je suis une empathe, je lis les émotions des autres, je communique avec Harry via des flux d'émotions, et je suis incapable de me laisser vivre avec ces émotions... On va essayer de changer ça.
En attendant, je lui ai fait sentir cette émotion, justement, et mon affection. Je ne suis pas indifférente, loin de là. Sauf que pour une fois, je suis complètement à court de mots. Heureusement, il n'en a pas eu besoin. Il m'a souri, m'a embrassée rapidement et a murmuré :
« Bonne nuit et Joyeux Noël, Manon. »
Avant de disparaître dans sa chambre.
Joyeux Noël à toi aussi, Harry...
Et donc me voilà, maintenant, dans mon propre lit, en train de te raconter tout ça, toujours sur mon petit nuage : je sors avec Harry et nous nous sommes embrassés !
Et pour une fois, je suis presque contente de m'adresser à un journal et non de vive voix. Je ne sais pas si j'aurais pu te raconter tout ça en face à face. À ta question « Raconte-moi tout ! », je t'aurais certainement dit que c'était un peu maladroit, mais romantique à souhait, que le baiser était merveilleux, que je suis heureuse, et qu'il est un parfait gentleman, et tout ceci est vrai, mais comme tu le vois, ce n'est que la surface des choses. Dans ce journal, j'ai pu tout raconter.
Je commence à comprendre pourquoi on dit qu'un journal vaut bien un suivi par un psy. On raconte des choses qu'on ne dirait à personne, et pourtant, je sais qu'un jour, je te ferai lire tout ça. Mais c'est quand même plus facile de l'écrire ici que de t'en parler. Peut-être qu'une fois que tu l'auras lu, j'en parlerai plus librement ?
En attendant, excuse-moi, mais j'ai envie de profiter de ce doux petit nuage. Bisous ma belle, et Joyeux Noël à toi.
Note de l'auteur :
Comme vous le constatez, je publie plus tôt que d'habitude. Mais techniquement, on est lundi, alors c'est bon :) Au moins, vous avez la preuve par l'exemple qu'en effet, 4h du matin est une heure normale pour aller me coucher... Dire que mon réveil sonne à 6h30... tout à l'heure...
Mais bon, aujourd'hui (lundi), c'est mon anniversaire (oui, le 20 juin, comme Manon, quel hasard dites donc ! J'ai repris la méthode Rowling : donner sa propre date d'anniversaire à son perso principal :) ), donc je reçois ce soir, et j'avais peur de ne pas pouvoir vous poster ce chapitre avant minuit. Le voilà donc ! :)
Concernant le chapitre en lui-même, ce n'était absolument pas prévu au début de l'histoire, mais à force de se rapprocher, avec un Harry séducteur, ça devait forcément en arriver là, à moins de faire de Manon une asexuelle, ce que je ne voulais pas, même à la reprise de l'histoire après que je l'ai compris pour moi-même.
Et puis, ce n'est pas du romantisme pour du romantisme. Il y a un véritable intérêt à leur histoire. C'est sûr, ce sera prétexte à des moments guimauves, comme aujourd'hui, mais pas que.
Donc voilà... Pour l'instant, ils sont ensemble.
En tout cas, je me suis beaucoup amusée à écrire ce chapitre, et j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi.
Concernant le menu de Noël : le plat principal est un plat que j'ai réellement réalisé, une année où mon père ne pouvait exceptionnellement pas préparer le réveillon. Il a vraiment été chef cuisinier, même s'il a changé de métier depuis longtemps. Il en a gardé un excellent savoir-faire, et on mange trèèès bien chez mes parents :). Pour l'entrée, j'ai vu ça il y a quelques années dans Top Chef : des aliments en apparence solides qui se dissolvent dès qu'on verse dessus quelque chose de chaud (un bouillon, un jus...). La variante simple, c'est la coque en chocolat qui se dissout lorsqu'on verse du chocolat chaud pour révéler le dessert caché dedans... Je ne l'ai jamais fait, par contre.
Enfin, concernant les cadeaux, c'est une accumulation de clichés de différentes fanfictions :D
Et petit clin d'oeil à BellatrixStilinskiSalvatore, qui a posté la 100è review ! J'ai fait des cookies aujourd'hui pour mes collègues, je t'en envoie un virtuel !
Merci à tous d'ailleurs pour vos commentaires, favoris et suivis, ça fait toujours extrêmement plaisir !
Réponse aux guest reviews :
Alea : Haha, oui, ce sera vraiment un super!Harry, et ce n'est pas encore tout à fait fini :)
Pour les preuves concernant son état de santé, non, pas de photos. Je me suis dit que les rapports médicaux avant et après les traitements devraient suffire. Les photos n'auraient pas grand intérêt, parce qu'il n'a pas de bleus ou autres lésions de ce genre. Et les cicatrices sont documentées.
Il va y avoir au fil de la fic des infos sur l'évolution de l'apparence des principaux personnages. Pas que Harry, d'ailleurs, car tous sont des adolescents qui continuent de grandir.
Ma meilleure amie est royaliste, mais pas moi :) En fait, je me moque du régime d'état qu'on peut avoir, tant que ça reste dans le respect des citoyens (ce qui n'est pas tout le temps gagné, même en France...). Mais c'est ma meilleure amie, je l'adore, alors forcément, il y aura des clins d'oeil ici et là :)
Concernant Fleur, je ne l'imagine pas dans le livre comme uniquement superficielle ou arrogante. Je pense juste que l'histoire est racontée du point de vue de Harry, que c'est un adolescent de 14 ans face à une jeune femme de 17 ans. De plus, Fleur est parfaitement consciente de sa beauté (elle a bien raison ;) ), donc oui, je suppose que ça la rend arrogante, même si ce n'est pas son seul trait de caractère. Ce qui m'avait marquée, à la lecture du livre, c'était son chauvinisme, par contre... :)
Pour Durmstrang et Beauxbâtons, je suis d'accord, je ne sais pas ce qui est passé dans la tête des scénaristes pour en faire des écoles non-mixtes :) Par contre, je suis du parti que ces trois écoles ne sont pas les seules écoles dans chaque pays. Ce sera abordé plus tard :)
Pour Molly, tu as dit toi-même la réponse : tu verras dans les prochains chapitres :)
A lundi prochain !
MAJ le 12/10/2017
