Yo les girlz !

Alors oui, je sais, vous m'attendiez plutôt sur un chapitre de "Magical Dick", mais comme je n'avais plus posté depuis un bon moment sur "Voisins", j'ai décidé de m'y consacrer un peu et BAM, nouveau chapitre ! (ouais, nan, en vrai, c'est un peu plus compliqué que ça à écrire, hein... parce que là, on dirait juste que je viens de le pondre...) Et oui, c'est ça la magie de l'écriture ! Tu as des projets mais au final, tu ne les suis pas toujours !

Et écrire ce chapitre a été une PLS pas possible ! J'avais de l'inspi, mais je n'étais pas certaine du cheminement des évènements, résultat, je l'ai écrit morceau par morceau, ce que je ne fais jamais, d'ordinaire. J'espère donc que ce chapitre ne manquera pas de "liant", de "transitions", ni de "cohérence" et qu'il vous plaira malgré le beau bordel que c'est !

Bref, en ce qui concerne le petit résumé habituel : la confrontation entre l'amant et le mari trompé, Kuroko, encore Kuroko, une amende salée et une réalisation.

Enjoy !


Madoka avait commandé une tasse de thé fumante. Enfin, c'était plutôt Kagami qui lui avait proposé. Il n'avait pas beaucoup de parfum en stock, sans doute parce qu'il recevait peu de convives en son humble demeure. Toujours était-il que lui et la jeune femme tombèrent d'accord sur une infusion au matcha.

Madoka avait commandé une tasse de thé fumante. Et Kagami la lui apporta le plus rapidement possible. Il avait une réputation de parfait hôte à tenir et il y tenait particulièrement. Même s'il s'agissait d'une inconnue qui squattait présentement son sofa. Sassy la dévisageait d'ailleurs de ses grands yeux bleus. C'est que la petite chatte n'avait pas tellement l'habitude de partager son territoire avec une autre femelle, alors forcément, cette créature féminine l'intriguait, même si leur relation restait cordiale pour le moment.

Mais aussitôt que Madoka la remarqua et tendit la main en direction de la boule de poils, cette dernière recula. Pas question de laisser cette drôle de bonne femme décoiffée - et uniquement vêtue d'une petite robe plus que minimaliste - glisser ses doigts sans doute poisseux dans sa fourrure ! Fourrure dont la Ragdoll prenait un grand soin par ailleurs, passant des heures à la toiletter pour qu'elle reste lisse, soyeuse et d'un blanc éclatant.

Car voyez-vous, à l'image de son maître, Sassy était une ménagère irréprochable, mais surtout, elle n'était pas une chatte facile. Comprenez par-là qu'elle ne se laissait pas tripoter impunément par le premier venu !

… Mais je m'égare peut-être un peu dans la comparaison hasardeuse, là...

Madoka avait commandé une tasse de thé fumante... Mais pas le malaise qui l'accompagna. En effet, Kagami ne savait absolument pas quoi dire à cette fille. Etait-il même sensé lui parler ? Non, vraiment, Kagami ne savait pas comment agir dans ce genre de situations. C'était totalement inédit pour lui, il n'avait pas pour habitude de taper la causette avec les maîtresses de son...

… de son quoi, en fait ?

De quelle façon pourrait-il bien définir la nature de ses rapports avec Aomine ? Hmm... ils avaient assurément dépassé le simple stade des relations de « bon voisinage ». Si tant est qu'ils soient passé par cette étape un jour. Parce que Kagami avait l'impression tenace de ne jamais s'être entendu avec son voisin et pourtant, voici qu'il lui rendait service ! Et ce n'était même pas la première fois !

De plus, cette toxique alliance – si l'ont pouvait la qualifier ainsi, car une alliance est sensée reposer sur des bases équitables – n'était à l'avantage que d'un seul des deux partis, dans l'histoire. Aomine usait et abusait de sa position, ne prenant souvent même pas la peine de consulter Kagami avant de prendre une décision, agissant ainsi aux détriments du tigre.

Il était malheureux et décevant de constater que c'était toujours le même qui sortait gagnant de leurs confrontations , enfin, c'était peut-être exagérer un poil que d'admettre cela. Kagami avait du répondant. Il ne se laissait pas faire. Mais ses rares avancées sociales étaient bien maigres face à la toute puissance dictatoriale incarnée par Aomine. Le policier faisait toujours en sorte d'avoir le dernier mot, en imposant ses volontés toujours plus farfelues au roux.

Comme ce soir, par exemple.

Et Kagami nageait en plein mauvais vaudeville, là. Embarqué de force dans une pièce de théâtre de boulevard, tel le domestique qui découvre malencontreusement l'amant caché dans le placard mais essaie tant bien que mal de protéger sa patronne du courroux de son mari... Oui, il en était rendu ici, au summum du pathétique, à servir du thé et des petits gâteaux à une parfaite inconnue dont il avait presque aperçu les parties génitales dans des circonstances grotesques au possible.

Or, Aomine n'avait pas le moindre respect pour lui. Le policier se rappelait de son existence uniquement lorsqu'il s'agissait de l'humilier ou de lui extorquer un service. Car, effectivement, nous étions plus dans le domaine de l'escroquerie, que dans celui de la coopération. Et Aomine, en pacha qu'il était, s'en sortait toujours la tête haute, avec les honneurs dus à son rang. Mais cette propension à toujours s'en tirer en exploitant autrui, commençait à titiller dangereusement les nerfs de Kagami. Le rouge n'était pas connu pour son calme, ni pour sa patience.

Il avait même une fâcheuse tendance à partir au quart de tour et c'était encore plus vrai dès que son brun de voisin était concerné. Comme si ce type savait exactement sur quels boutons appuyer pour lui faire péter une durite ! C'était extrêmement frustrant et Kagami adorerait pouvoir lui rendre la pareille, car même si le rouge avait commis quels coups d'éclat, il était encore bien loin du coup d'Etat nécessaire pour renverser sa Majesté Aomine le Grand...

Quel culot son abruti de voisin avait eu de lui imposer ainsi la planque de sa maîtresse !

Mais Aomine ne perdait rien pour attendre...

Dire qu'il avait promis à Kise de laisser une chance à Aomine. Pffff... une fois de plus, il s'était laissé attendrir et le résultat (négatif) ne s'était pas fait attendre ! Ca l'avait mené droit à sa perte, comme à chaque fois qu'il avait ouvert son cœur. Et pour ne rien arranger, Kagami n'était pas atteint du syndrome « d'incontinence verbale » propre au renard... Entendez par là, que le rouge n'était tout simplement pas doué pour faire la conversation, en parlant de la pluie et du beau temps, par exemple. L'ambiance dans son salon encombré était lourde. Suffocante.

Et à cause du bagou et de l'égoïsme de son voisin, Kagami se retrouvait maintenant face-à-face, en tête-à-tête, avec l'amante d'Aomine. Notez bien que le tigre n'avait rien demandé. Il avait même protesté, mais Aomine avait balayé son refus catégorique d'un « fais pas ta pute » des plus insolents. « Fais pas ta pute », cet argument magique. Celui qui coupe court à toute négociation un tant soit peu civilisée.

« Je t'en foutrai des putes, moi ! C'est plutôt son rayon, ça ! Quoique... je doute que ce mec ait eu à payer pour le moindre rapport sexuel de toute sa vie... » Pensa le tigre.

Parce qu'il fallait se rendre à l'évidence : Aomine était le genre de gars qui plaît. Beaucoup. Genre, s'ils étaient dans la savane, Aomine serait le lion paresseux que toutes les lionnes s'arracheraient, le nourrissant des meilleurs morceaux de gibier et lui en pondant une demi douzaine de rejetons chaque été, quittes à les éduquer toutes seules, par la suite.

Et ce comportement égocentrique suffisait à foutre Kagami hors de lui ! Enfin « suffire » était un bel euphémisme... Depuis le départ, il accumulait tellement les casseroles avec Aomine, que bientôt, il n'aurait plus de place pour les entasser dans sa cuisine émotionnelle ! Son esprit saturait. Littéralement. Leur relation s'était construite sur des bases instables, branlantes même et pour ne rien arranger, depuis qu'ils se connaissaient, le brun s'était toujours arrangé pour endosser le « beau rôle », s'en tirant presque à chaque fois, grâce à une pirouette. Il était donc temps pour Kagami de changer la donne. D'inverser les positions. De forcer Aomine à assumer et à passer à la caisse pour ses frasques...

Parce que c'était exactement comme avec Nash, finalement.

Même après avoir changé de continent, rien n'avait changé. C'était encore et toujours l'éternel même cycle infernal. Le serpent qui se mord la queue... Kagami ne semblait pas capable de s'en sortir en brisant la roue, une bonne fois pour toutes... Inlassablement, il retombait dans ses anciens travers, répétant les mêmes erreurs, en s'amourachant d'un homme pas fait pour lui. Aomine était aussi dominateur et autoritaire que son ex-fiancé. Tous deux possédaient d'ailleurs un chien, comme si c'était dans leurs gênes de soumettre un être vivant à leurs lubies et à leurs ordres...

Mais brusquement, Kagami entendit son portable vibrer sur la table basse du salon. Immédiatement, il se jeta sur lui, sans réellement réfléchir, y voyant sans doute une échappatoire à ses pensées et à cette situation déplorable. Bien vite cependant, ce fut la douche froide. Il aurait pourtant pu se douter qu'à une heure pareille, ça ne pouvait décemment pas être de bonnes nouvelles...

De : ?

Reçu à : 2h21

« Kagami, amène-toi, j'suis dans la merde ! Ce con ne veut pas me lâcher et si ça continue, non seulement il va tout foutre en l'air ! Et du coup ça va m'énerver et après c'est MOI qui risque de foutre en l'air cette lavette directement par dessus mon balcon, tu vois le délire ? Et ce ne sera même pas de ma faute, mais bien de la tienne, parce que tu ne m'auras pas empêché de commettre l'irréparable à temps ! Alors si tu ne veux pas avoir un homicide volontaire sur la conscience, passe fissa par la fenêtre qui donne sur ma chambre pour plus de discrétion. »

Abasourdi par cette demande, le rouge dût relire le message deux fois.

Et non, à la seconde lecture, il n'était pas moins énervé.

Putain, quel toupet !

Bon sang, il n'arrivait pas à croire qu'Aomine avait le CULOT de le solliciter, ENCORE, comme s'il n'en avait pas déjà assez fait comme ça ! Cacher le plan cul du flic chez lui n'était apparemment pas satisfaisant... non, Aomine voulait plus, toujours plus ! Ce gars-là était véritablement passé pro dans l'art délicat de faire chier son monde et il n'avait aucune vergogne à quémandait de l'aide, pour une situation dans laquelle il s'était pourtant jeté tout seul. Comment osait-il mêler un peu plus Kagami à ses déboires et surtout, comment parvenait-il à encore pouvoir se regarder dans la glace, chaque matin ? Ca dépassait franchement le tigre, qui en avait par dessus la tête des caprices de la panthère. La coupe était pleine, comme on dit, et Kagami devait trouver un moyen de le faire comprendre à son voisin sans gêne.

Il était grand temps de mettre les points sur les « i » …

« Débrouille-toi tout seul et arrête de vouloir m'impliquer systématiquement dans tes plans foireux ! J'en ai marre de devoir éponger ta merde à chaque fois, je n'te dois rien, sale enfoiré ! »

Excédé, Kagami avait pianoté à toute vitesse. Sa réponse était claire, sans équivoque, et peut-être que se faire casser la gueule par un mari jaloux (comme Aomine le méritait), serait le déclic nécessaire pour remettre à Aomine les idées en place ! De l'autre côté, sans doute suite au temps de réaction un peu longuet du pompier, le ton monta entre les deux hommes de loi. Et bien que l'autre gars soit apparemment un collègue policier d'Aomine, Kagami ne s'imaginait vraiment pas le brun reculer face à un adversaire, quel qu'il soit. Même armé. Et même s'il toisait les deux mètres de haut, à l'image de Murasakibara. (de toute façon, Aomine était plutôt grand et baraqué aussi, donc ça ne comptait probablement pas comme argument...)

C'est pourquoi une interrogation s'insinua dans son esprit embrumé par le sommeil (et par son récent orgasme, également) : Aomine n'avait pas l'air de s'en laisser conter facilement et cet énergumène n'avait sans doute pas peur d'essuyer un beau revers du droit dans sa tronche. Le tigre peinait à croire qu'Aomine craigne de se recevoir un mauvais (mais mérité...) coup. Alors pour quelle raison demandait-il de l'aide à Kagami ?

Et en relisant le message une troisième fois, Kagami comprit tout.

Aomine prévoyait de refaire le portrait à ce mec bafoué et connaissant le tempérament emporté de la panthère, Kagami se figura aisément de quoi Aomine était capable. La menace n'avait d'ailleurs pas été lancée de manière aléatoire... Non, elle avait pour but précis de constituer le plus solide argument du policier. Car en effet, le brun savait pertinemment que Kagami ne laisserait jamais un innocent se faire massacrer, à seulement quelques mètres de lui. Le tigre était donc à présent obligé d'intervenir pour calmer le jeu, ou il aurait une rixe sur la conscience. Rixe qui risquait, à tout moment, de dégénérer.

C'était tout simplement plus fort que lui, son instinct de bon samaritain (dont profitait allègrement Aomine depuis son emménagement...) reprenait le dessus...

Et encore une fois, Kagami était victime d'un odieux chantage, qui ne lui laissait le choix qu'en apparence. Et puis, il n'y avait pas que cela... Le tigre était une personne honnête et intègre. S'il optait pour la neutralité suisse, les deux hommes allaient se foutre sur la gueule et cela pourrait fort logiquement ruiner l'union de Madoka et du collègue d'Aomine. Or, Kagami possédait de forts principes moraux et il croyait ingénument dans les préceptes du mariage. Etant donné qu'il avait vécu longtemps aux Etats-Unis, ce sacrement revêtait une valeur profonde à ses yeux.

Et Aomine en profitait.

Aomine, qui, sous ses airs d'abruti, cachait en réalité un redoutable sens de la psychologie. C'était sûrement l'apanage de son métier de policier et cette qualité devait l'aider à appréhender les criminels. Cerner la personnalité de son interlocuteur peut être un élément crucial lors d'une enquête qui piétine.. Fin observateur, Aomine le tenait. Il n'avait pas fait mention au hasard de ces conséquences dans son message. Non, il avait juste deviné ce qui ferait intervenir Kagami en sa faveur...

Alors passée la colère de voir Aomine se servir de lui comme une bouée de sauvetage une fois de plus... le rouge n'appuya finalement pas sur le bouton « ENVOYER » de son téléphone...

Se ravisant à contrecœur, Kagami grogna et maugréa dans sa barbe, avant de se tourner vers la femme coupable, toujours assise dans son canapé. Ca le faisait chier de devoir s'en mêler, mais bon, il se sentait pris à la gorge, là !

« Je dois aller sauver le cul d'Aomine, je reviens dès que possible. Alors ne bougez surtout pas de cette banquette, au risque de tout faire foirer ! »

N'appréciant que très peu le ton accusateur du tigre qui venait plus ou moins de la traiter de « catin » (du moins, c'était ainsi qu'elle interprétait ses paroles...), Madoka se leva, fronçant ses sourcils maquillés au crayon gras, de manière à clairement signifier son désaccord.

« Je sais ce que vous devez penser de moi... mais mon mariage bat de l'aile depuis plusieurs mois ! De plus, Aomine-kun qui m'a abordée et il a ensuite lâchement profité de ma situation matrimoniale désastreuse pour me mettre dans son lit ! Je ne suis pourtant pas femme à coucher avec le premier venu... J'ai des convictions et des valeurs, vous savez... »

De cette affirmation, Kagami n'était pas du tout convaincu et il ne tarda pas à le faire savoir. C'était un peu trop facile de faire porter le chapeau à Aomine, en l'accusant d'être celui qui l'avait détournée du droit chemin. Connaissant la gouaille du brun, il n'avait sans doute pas eu trop forcer pour obtenir ses faveurs, car il fallait bien admettre qu'un charme magnétisme, presque animal, se dégageait d'Aomine...

« Ah oui, vraiment ? Dans ce cas, comment s'appelle t-il...? »

« Pardon ? » Le fit répéter la femme, un peu larguée.

« Quel est son prénom ? Comment s'appelle Aomine ? Puisque c'est le collègue de votre mari et qu'en l'occurrence vous ne couchez pas avec n'importe qui, j'en déduis que ce n'est pas la première fois que vous devez vous voir. Alors vous connaissez forcément le prénom d'Aomine ! »

« Heu je... »

Merde, prise sur le fait, en flagrant délit de manque d'intérêt envers le brun. Madoka ne pouvait le nier, elle ignorait jusqu'au prénom de l'homme qui avait pourtant son sexe en elle, quelques instants auparavant. Cette douloureuse réalisation la fit mourir de honte.

« J'en étais sûr... Tsss... » Soupira le tigre, avec une moue de dégoût clairement affichée sur le visage.

Conforté dans ses inquiétudes, Kagami se dirigea vers la grande baie vitrée et il s'y engouffra sans attendre. Avec une telle attitude, ce genre d'issue pendait au nez d'Aomine... Kagami était d'ailleurs surpris qu'un mari jaloux n'ait pas débarqué plus tôt. Enfin, en même temps, cela ne faisait pas non plus des années que le rouge vivait dans le voisinage immédiat du brun, alors qu'en savait-il ? Peut-être qu'Aomine s'était déjà retrouvé confronté à d'autres hommes en quête de revanche...

Mais franchement, Kagami en doutait beaucoup. Quoique... si c'était vraiment arrivé par le passé, cela n'aurait probablement pas suffi à guérir Aomine de son addiction au sexe. De toute évidence, ce n'était pas un coup de poing reçu en pleine face qui ferait reculer le policier. Il lui en fallait davantage pour le dissuader de satisfaire son fort appétit sexuel avec des demoiselles peu farouches...

Et une fois de plus, comme c'était souvent le cas depuis qu'il avait emménagé ici et fait la connaissance de son turbulent voisin, Kagami se demanda mentalement de quelle façon il s'était embarqué dans un tel traquenard. Il ne devait rien à Aomine et en réalité, le rouge devrait même être passablement en colère contre le bleu. Enfin, oui et non. La situation était complexe en l'état... Certes, Aomine lui avait déjà fait des avances appuyées à plusieurs reprises, mais jamais il ne lui avait rien promis.

Pour le policier, il ne semblait pas inconcevable de courir plusieurs lièvres à la fois. Mais l'ennui avec un tel mode de vie, c'est que le chasseur qui poursuit plus d'une proie à la fois, risque bel et bien de finir avec l'estomac vide... Et Aomine allait être obligé de revoir son comportement, s'il espérait parvenir à ses fins avec Kagami. Parce que là, c'était loin d'être gagné. Mais même si l'histoire avec Madoka avait refroidi le tigre, force était tout de même de constater que Kagami avait décidé de lui donner sa chance. Les supplications de Kise résonnaient encore dans sa tête. Non, non, son sacrifice, même. C'était aussi fort que cela. De toute façon, Kagami comptait bien (im)poser ses conditions, comme il l'avait fait par écrit sur ce contrat de pacotille...

Arrivant finalement à destination, le sportif remercia silencieusement ses années de musculation, d'escalade et surtout son métier actuel, parce que la corniche reliant les deux appartements n'était vraiment pas épaisse. Au moindre faux pas, c'était la chute assurée ! Autant dire que Madoka n'aurait pas pu traverser si elle avait chaussé ses talons de 11 cm...

Contrairement à son domicile, le balcon était agencé différemment chez Aomine. Il était un peu plus long et il donnait directement sur la fenêtre de la chambre du propriétaire des lieux. Kagami l'avait déjà remarqué en venant faire le ménage chez le jeune homme, car le tigre, lui, n'avait pas la chance de disposer d'une fenêtre dans sa chambre. Quel dommage qu'Aomine la garde constamment fermée, comme s'il préférait être plongé dans le noir profond...

Dans les ténèbres... peut-être fallait-il y voir un signe sur son état psychique actuel ?

En tous cas, Kagami ne perdit pas de temps pour se faufiler par la grande baie vitrée. Il entendit les deux hommes en train de s'engueuler, mais il ne s'attarda pas sur eux, entrant immédiatement la chambre. Merde, cette fenêtre était sacrément étroite... Mais à force de contorsions rocambolesques, il parvint tout de même à rentrer, parce que malgré sa taille et sa carrure, Kagami était plutôt souple grâce à son métier de pompier. Une fois à l'intérieur, une nuée de questions l'assaillit. Pourquoi Aomine lui avait-il demandé de passer cette fenêtre-là, spécifiquement ? Et qu'est-ce que sa présence sur les lieux du crime allait bien pouvoir changer ? Olalala... Kagami espérait juste qu'il ne s'agissait pas d'un énième coup fourré de la part du brun, du style : « OH REGARDE, JE N'ETAIS PAS LE SEUL A ME TAPER TA CHAUDASSE DE FEMME, MON VOISIN AUSSI LUI EST PASSE DESSUS, MEME QU'ON ETAIT EN PLEIN PLAN A TROIS QUAND TU NOUS AS DECIDE DE NOUS INTERROMPRE ! »

Ouais, carrément plausible quand on connaissait le potentiel de nuisance d'Aomine Daiki...

Ce gars-là ne pouvait juste pas rester dans sa propre merde tout seul, il avait toujours besoin d'entraîner d'autres innocents, pour y patauger avec lui...

Et Kagami était très loin de cautionner cet égoïsme. Pourtant, il n'avait pas hésité longtemps avant de se jeter à corps perdu dans cette galère...

Débarquant donc vêtu d'un jogging gris chiné un peu « loose » qui lui servait de pyjama, Kagami observa les deux protagonistes qui se faisaient face, tels deux gladiateurs dans une arène.

D'un côté, Aomine, dans le plus simple appareil. Ce type n'avait donc aucune pudeur ? Ok, son collègue s'était fait plutôt insistant niveau tintamarre, en tambourinant à sa porte comme un sauvage. Mais tout de même ! Il ne lui aurait fallu que dix secondes à tout casser pour aller enfiler un caleçon, avant d'ouvrir ! Cependant, Aomine ne s'était pas donné cette peine. C'était dire l'ampleur du respect qu'il vouait à son collègue et c'était surtout un excellent indicateur quant à la nature profonde de leurs relations, qui étaient donc tout sauf cordiales. Kagami se demanda même un instant si Aomine n'avait pas fait exprès de séduire Madoka, juste dans le but de faire enrager l'autre homme. Peut-être avaient-ils un compte à régler ? Hmm... oui, c'était une piste à ne pas écarter, Aomine lui semblait définitivement assez vicieux pour cela et Kagami pouvait en attester, puisqu'il en avait déjà fait les frais...

De l'autre côté, donc, le fameux collègue. Un grand blond décoloré, aussi élancé que les deux fauves, si ce n'était même plus. Il était rare pour Kagami de croiser des types aussi élancés au Japon. Celui-ci était qui plus est bien bâti et en plus, il lui semblait quelque peu familier... oh ! Ca lui revenait à présent ! Mais ouiiiiii, le rouge l'avait croisé durant le match de basket qui avait opposé sa brigade à celle d'Aomine ! Il se souvenait parfaitement bien de ce blond peroxydé, qui jouait comme pilier défensif. Il avait d'ailleurs donné pas mal de fil à retordre à Kagami et déjà, sur le terrain, il avait semblé au tigre que les deux équipiers ne s'entendaient guère... Le grand gars était toujours vêtu de son uniforme de policier bleu nuit, ce qui semblait indiquer qu'il était sur le terrain, juste avant de s'inviter chez Aomine...

« Ah bordel ! Tai', te voilà ! »

Les paroles d'Aomine – qui l'avait repéré à l'instant même où il avait pénétré dans le salon, alors que le brun avait pourtant le dos tourné – sortirent Kagami de ses pensées.

L'autre homme sembla se détendre légèrement, de manière presque imperceptible, lorsqu'il aperçut Kagami à son tour. Il desserra le poing. Un peu. A peine.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? » Demanda le tigre en adoptant un ton viril et autoritaire.

A vrai dire, il ne savait pas trop comment réagir... Ce n'était pas comme si lui et Aomine avait eu le temps de se concerter pour convenir d'un plan commun... Alors Kagami n'avait pas d'autre choix que de se lancer dans une totale improvisation, en croisant les doigts pour ne pas faire de bourde irréparable.

Quoi que si par malheur, un mot malencontreux lui échappait, Aomine n'aurait à s'en prendre qu'à lui-même !

« Hey, je te reconnais toi ! T'es un des pomplards qu'on a dérouillés lors du match ! »

Kagami se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de hurler ! Putain, ce mec lui tapait déjà sur le système ! Une seule phrase avait suffit et il en viendrait presque à féliciter Aomine, pour avoir humilié cette fausse blonde en couchant avec sa tendre moitié ! Parce que c'était tout ce qu'il méritait ! Pffff... « Dérouillés » était vraiment un terme un peu fort et surtout, il faisait mal à l'amour propre (exacerbé) de Kagami.

« Mais qu'est-ce que tu foutais dans la chambre d'Aomine ? »

Ah oui, tiens. Il y avait ça aussi. Kagami l'avait presque oublié... Comment justifier sa présence ici... ? Et bien...

« ... C'est parce que Tai' est mon mec ! » Répondit du tac au tac Aomine, agrippant le cou du roux avec fierté d'une gamine de maternelle qui présente son premier 'namoureux' à ses parents.

...

QUOIIIIIIIIIII ?

MAIS NON !

Kagami piqua un giga mega fard. Ce mec allait s'imaginer toutes sortes de trucs salaces sur eux maintenant ! Et vu la tronche qu'il tira soudainement, ça avait déjà commencé...

Et merde...

« Bah ouais, lui et moi, on couche ensemble ! » Crut bon de rajouter Aomine, des fois que ce ne serait pas clair pour tout le monde, hein.

Il ne voulait pas donner des détails aussi, tant qu'il y était ?

« C-c'est vrai ? » Balbutia un peu l'autre flic, visiblement surpris.

Et il n'était pas le seul, bien que Kagami s'efforçait de ne pas avoir l'air trop... « remué » par le mensonge d'Aomine. Après tout, il devait corroborer les affirmations du policier pour ne pas que son collègue découvre le pot aux roses... Mais le regard chargé de haine que Kagami jeta au brun en disait long. Il n'avait rien contre jouer les amants, mais il aurait aimé être... disons... consulté au préalable, pour préparer un peu son speech... Car là, il se sentait un peu pris au dépourvu, voire même, carrément insulté !

« Bien-sûr ! Même que c'est mon voisin ! » Rajouta le brun facétieux en raffermissant sa prise sur la nuque du malheureux rouge.

Heu... pourquoi avoir cru bon d'apporter cette précision ? Le gars n'avait juste rien demandé ! Et Kagami n'aimait pas trop ce que cela sous-entendait en terme de message intrinsèque, du genre : « Ouiiiiiiiiiii je m'envoie en l'air avec le mec qui vit juste à côté, c'est plus pratique, comme ça, pas besoin de devoir aller écumer tous les bars sordides de la capitale ! La vie est bien faite, quand même ! Quelle veine ! Dire que depuis tout ce temps, y avait justement un mec pas trop dégueulasse, frais et dispo, pile de l'autre côté du mur de séparation ! Non mais, tu te rends compte ? C'est tellement plus pratique de se contenter ce qu'on a sous la main quand même ! LOLILOL ! »

Hélas, ça ne s'arrêtait pas là, puisque Kagami pouvait tout à fait imaginer l'excuse qu'Aomine allait invoquer pour expliquer leur rencontre. Ca donnerait sûrement quelque chose comme ça : « Comment on s'est retrouvés à se grimper dessus ? Oh, c'est marrant que tu poses la question, car c'est une histoire absolument hilarante ! Ah tu n'avais rien demandé ? Bah tant pis pour toi, parce que je meurs d'envie de te raconter cette anecdote, alors tu vas devoir l'écouter ! Figure-toi que tout a commencé quand j'ai sonné à la porte de Taiga. C'était un lundi... non, non, un dimanche soir et j'avais besoin de BEURRE. Je suis donc allé en emprunter chez mon unique voisin ! Et tu ne devineras jamais, mais il dormait justement à cette heure-là ! Non mais tu te rends compte, dormir à trois heures du mat', quel scoop ! Enfin toujours est-il qu'il m'a ouvert en complètement à poil (ce qui était un mensonge, étant donné que Kagami dormait toujours les fesses couvertes.) et que j'en ai complètement oublié ce que j'étais venu chercher à la base ! Tout ce que je peux te dire après ça, c'est que les choses ont comme qui dirait... GLISSE en lui... COMME DANS DU BEURRE JUSTEMENT AHAHAHA ! » (ne pas oublier d'insérer un rire gras.)

Bordel ! Ouais, Aomine serait carrément capable de sortir une connerie pareille et Kagami ne pouvait décemment pas le laisser faire ! Acculé, le tigre décida de prendre les devants avant que sa réputation n'en pâtisse trop sévèrement. Ne pouvant laisser une telle catastrophe se produire, il se colla donc épaule contre épaule avec Aomine et une de ses mains serpenta jusqu'au creux de ses reins, pour finalement venir se poser sur une des joues dorsales de son voisin. Joue que sa main pinça ensuite plutôt fort, sans doute par vengeance. A moins que ce ne soit tout simplement pour ajouter un peu plus de crédibilité à leur récit conjoint.

« Oi Taiga ! Doucement avec mon cul, c'est pas une balle anti-stress ! » Le regard du brun se fit alors dangereux, Aomine n'appréciant visiblement d'être tâté comme un fruit mûr. Cependant, devant l'air dubitatif de son collègue (qui commençait sûrement à se poser des questions sur leur petit manège aussi crédible qu'un numéro de claquettes effectué par un unijambiste), Aomine s'empressa de rectifier le tir pour ne pas éveiller les soupçons sur eux. « Ahahaha... c'est du Tai' tout craché ça ! Incapable de se retenir de me tripoter, même en public ! »

« Justement, avoir un public, tu sais très bien que ça m'a excite et puis, ne fais pas ta chochotte, ok ? Parce que tu ne te plaignais pas quand j'étais en train de te démonter violemment le cul tout à l'heure, bébé... » Murmura t-il chaudement dans le cou d'Aomine, avant de venir lui croquer une oreille.

Bébé... Ayé, il s'y mettait aussi ! Non mais pas d'inquiétude, il s'agissait juste d'un subterfuge linguistique afin de mieux se glisser dans le personnage. Et puisque Kagami avait décidé de devancer Aomine en jouant la carte du parfait « beauf' », le tigre s'était inspiré du seul modèle qu'il connaissait en matière de drague lourde, c'est-à-dire le brun en personne.

Et à en juger par les rougissements pudiques et le silence des deux autres hommes qui étaient – rappelons-le – sur le point de se mettre sur la tronche un peu plus tôt, sa performance devait être plutôt convaincante ! L'intervention de Kagami avait donc eu l'effet escompté et le rouge soupira de soulagement. Tant mieux. Il n'aurait vraiment pas aimé se recevoir un mauvais coup, (ne lui étant même pas destiné...) en endossant le rôle du casque bleu qui essaie de s'interposer.

« Alors hmm... vous deux, vous... » Commença nerveusement le blond, n'osant pas terminer sa phrase. (pas que cela soit nécessaire mais...)

Kagami n'avait jamais vraiment compris ce qui pouvait tant choquer les hétérosexuels, quand ils discutaient avec un couple gay. Ce n'était pas comme si lui et Aomine venaient de déballer les détails de leur vie sexuelle fictive. Bon ok, Kagami était peut-être un peu dur là, étant donné qu'Aomine exhibait toujours ses bijoux de famille nus à seulement une petite encablure de Wakamatsu. Il y avait donc probablement de quoi être un peu... gêné. Et c'était une excellente ouverture dont Kagami avait tout intérêt à profiter. Il était venu prêter main forte à Aomine, mais rien ne l'empêchait de s'amuser un peu aussi. Au contraire, même. Aomine ne méritait que cela !

« Ouais. Moi et Dai, nous étions très, trèèèèès occupés avant que vous n'arriviez, si vous voyez ce que je veux dire... » Affirma Kagami, avec aplomb.

En plus, cela pourrait aisément expliquer la nudité d'Aomine, plutôt suspecte jusqu'ici.

D'ailleurs, il avait failli dire « Aomine » au lieu de « Dai », mais pour que sa petite histoire tienne la route, mieux valait employer affubler le brun d'un petit sobriquet s'inspirant vaguement de son prénom.

« Alors ! Tu vois bien que je ne pouvais pas être en train de niquer ta femme, puisque j'étais déjà en train de me faire troncher par mon copain ! » Mentit Aomine.

Ah le goujat... Même si Kagami avait accepté de l'aider, il n'appréciait pas trop le ton employé par Aomine. Ni le fait que le policier mente avec une telle légèreté. Ce type n'avait-il donc pas le moindre sens moral ? Pfff... ça n'aurait pas du étonner Kagami, finalement. C'était sans espoir... et le rouge était même intimement persuadé qu'Aomine n'avait pas jeté son dévolu sur l'épouse de son collègue par hasard...

« En effet... je... c'est juste que j'ai vu sa voiture garée en bas de la résidence alors... »

« … Alors tu as automatiquement supposé qu'elle était avec moi. Ah ben sympa ! J'ai toujours su que tu pouvais pas me blairer Wakamatsu, mais de là à carrément M'ACCUSER de baiser ta propre femme ! Tu n'as pas honte ? »

Oi... Là, ça allait beaucoup trop loin ! Comment Aomine pouvait-il se permettre de se poser en victime ? Le flic n'était plus un simple menteur à ce stade, mais carrément un enfoiré de compétition ! Et le pauvre Wakamatsu n'y vit que du feu, se confondant même en excuses.

« Je suis désolé... j'ai cru que... enfin, comme il n'y a que des vieux grabataires qui vivent dans cet immeuble, j'en ai déduit que... »

« Ta meuf est pt'être gérontophile, qu'est-ce que tu veux que j'te dise ? Elle aime se taper des vieux qui bandent mou, j'vois qu'ça comme explication ! J'imagine ta déception, mais c'est la vie, donc bon, si tu pouvais te casser maintenant stp ? Kag... Taiga et moi, on aimerait bien finir ce qu'on avait commencé. Et au cas où tu ne l'aurais pas compris en me voyant à poil, ça veut dire que moi et Tai on était en train de... »

Cette fois, ce fut la goutte d'eau qui faisait déborder la mare ! Kagami en avait assez entendu et il colla sa main contre la bouche du brun pour l'empêcher de débiter son venin. Le pauvre blond semblait bien assez malheureux, pas besoin d'en rajouter une couche ! Aomine n'avait-il donc aucune pitié ?

« Ce que Daiki essaye de vous dire, c'est que nous nous apprêtions à faire un constat à l'amiable... parce que je venais malencontreusement de lui emboutir l'arrière-train. »

« Hmpffff ! » Protesta Aomine, en se débattant, mais la prise du rouge se resserra autour de sa mâchoire.

Kagami avait envie de s'amuser un peu, il n'y avait pas de raison qu'Aomine s'en tire sans une bonne petite humiliation des familles ! Et puis après ce qu'il venait de faire à son collègue, c'était de bonne guerre.

« Vous voyez, il n'en a peut-être pas l'air, mais Dai est une vraie petite catin, quand il s'y met ! Et d'ailleurs, entre nous, il ne peut plus se passer de ma lance à incendie... Etant donné qu'il a tout le temps le feu au cul dernièrement, ça le rend vraiment insatiable, alors la seule solution, c'est de lui donner sa dose... Sinon, ça le met de mauvaise humeur... Ce qui explique son accueil un peu froid de tout à l'heure... » Annonça fièrement Kagami, pour achever de coller une honte monumentale à son bourreau habituel.

Ca faisait du bien d'inverser les rapports de forces, pour une fois !

ET HOP ! TAPE SUR LE CUL HISTOIRE DE BIEN ENFONCER LE CLOU !

« Ah... hmmm... d'accord... je... je vais rentrer, dans ce cas... Pardonnez-moi encore de vous avoir dérangés... » Bégaya le policier blond, rouge d'embarras cette fois.

« Mais il n'y a pas de mal ! » Le salua le tigre, alors qu'un de ses doigts (appartenant à la main qui pinçait toujours la fesse musclée du policier) s'égarait à la lisière de son intimité.

Et le moins que l'on puisse dire c'est que l'insupportable représentant de la loi n'était pas franchement ravi de se voir attribuer le rôle de « l'uke ». En même temps, cela n'étonnait guère Kagami. Le brun devait se trouver beaucoup trop viril pour se soumettre ainsi au désir d'un autre homme. Encore une attitude qui ne plaisait pas à Kagami et s'ajoutait à la longue liste des aspects qui le rebutaient chez Aomine.

Mais tandis que le blond titubait vers la porte d'entrée pour quitter les lieux, il se laissa tomber contre cette dernière, appuyant bien son front contre elle. Une crise de sanglots s'empara de lui, des larmes abondantes roulant sur ses joues.

« Vous formez... un snif... si beau couple... comme moi et ma Mado... avant snif... mais depuis quelques temps... snif... notre mariage bat de l'aile... Je sais qu'elle a un amant... snif... ça me rend fou... snif... et parano... car... elle ne me... regarde même plus snif... »

Ah putain. Il ne manquait plus que ça ! Kagami jeta un regard assassin à son homologue, d'un air de dire « t'es content de toi, j'espère ? ». Ce à qui Aomine – qui avait réussi à se soustraire à la prise d'étranglement du tigre – répondit à voix basse, sur un ton défensif :

« Hey ! Jt'assure que que j'ai rien à voir là-dedans, c'est pas moi son amant ! Aujourd'hui, c'était la première fois que je lui fourrais le minou ! Promis ! »

« Et y a intérêt à ce que ce soit la dernière aussi ! » Persifla Kagami, entre ses dents serrées par la rage.

Bien qu'Aomine n'ait aucune raison de mentir cette fois, Kagami avait du mal à le croire. Et puis même, cela n'enlevait rien à ce qu'il était sciemment en train de faire un peu plus tôt, avec l'épouse de son collègue de travail ! C'était un comportement immoral et hautement répréhensible. Il semblait exister des tensions entre les deux hommes, mais ce n'était pas une raison pour verser dans l'adultère !

« Ouais, t'inquiète pas pour ça... Elle était même pas si bonne que ça au pieu, de toute façon... »

« C'est pas c'que j'voulais dire, crétin ! Raaaah mais merde, t'es vraiment immonde comme mec ! Ton collègue souffre d'être cocu, par ta faute en plus et c'est tout ce que ça te fait ? »

« Bah quoi ? J'vais quand même pas aller le prendre dans mes bras pour lui faire un câlin non plus ! Tu veux pt'être que j'lui file la capote que j'ai utilisé avec sa nana, tant que t'y es ? Suis sûr que ça le consolerait vachement de savoir qu'on s'est protégés et qu'au moins, d'ici neuf mois, il ne risquera pas de se retrouver papa d'un petit mouflet bronzé, en croyant que c'est le sien ! Chacun fait ce qu'il veut, Kagami ! J'suis pas responsable que cette meuf ait choisi de le tromper ! Et j'y suis pour rien non plus si leur mariage, c'est de la merde ! Je l'ai pas forcée à écarter les cuisses, en lui collant un flingue sur la tempe ! C'est elle qui est venue me chercher toute seule ! Et elle savait très bien que je m'entendais pas avec son mari, alors t'es gentil, mais le salop de l'histoire, c'est pas moi, c'est elle ! Et puis, si ça se trouve, il la bat ou il la traite mal, qu'est-ce qu'on en sait ? On ne vit pas chez les gens... »

Et malheureusement, Kagami ne pouvait nier qu'il y avait une part de vérité dans ce qu'Aomine venait de déclarer. Il est toujours facile de juger et de prendre parti, quand on ne connaît pas tous les tenants et les aboutissants d'une histoire. Surtout en tant que personne extérieure et avec du recul. Sans avoir entendu la version des faits de chacun des plaignants.

« Comment peux-tu dire un truc pareil ? T'es vraiment un monstre ! »

« Tu sais que j'ai raison... Et ouais, c'est moche, mais c'est comme ça. Wakamatsu est le seul à blâmer et il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. S'il ne sait pas tenir sa femme, que ce soit par la crainte ou en la rendant heureuse, c'est son problème. » Asséna sèchement Aomine.

Le brun était vraiment culotté, en dépit du fait qu'il ne portait actuellement aucun sous-vêtement... Ca, Kagami ne pouvait pas lui enlever. Dans tous les sens du terme... Mais pas question de le laisser s'en tirer encore une fois, comme un prince ! Kagami était venu ici aussi pour assouvir sa petite vengeance personnelle et puisqu'attraper le cul d'Aomine devant son collègue n'avait pas suffit à calmer les ardeurs et la véhémence du brun, Kagami opta pour une autre stratégie, encore plus pernicieuse. Peut-être qu'après cela, Aomine y réfléchirait à deux fois avant de balancer des horreurs...

Bien décidé à le faire payer, Kagami se dirigea donc vers un Wakamatsu effondré, qui n'avait pas bougé d'un iota. Le tigre l'aida à se relever et le tenant par le bras, il le ramena jusqu'au salon. Le policier blond ne protesta pas, se contentant de suivre son guide. Le tout, sous le regard contrarié d'Aomine.

« Oi, Taiga ! Qu'est-ce que tu fous ? La sortie, c'est de l'autre côté ! Le ramène pas par-là ! Je croyais que tu devais me transformer en sirène de camion de pompier, tellement tu allais me casser les pattes arrières ! »

Kagami piqua un fard en réalisant qu'Aomine n'était finalement pas contre un petit rodéo dans le rôle de la monture. Mais il s'agissait sans doute d'un subterfuge pour endormir sa vigilance. Kagami déposa donc Wakamatsu sur une chaise et le flic se mit à déblatérer des trucs incompréhensibles à propos de lui et de sa femme. Puis, tandis que Kagami s'était dirigé dans la cuisine pour préparer du thé, Wakamatsu dégaina son téléphone portable pour faire défiler ses photos de mariage. Qu'il montra naturellement au seul interlocuteur à sa portée.

C'est-à-dire Aomine.

Et à en juger par son visage aux traits tendus, il était littéralement HORRIFIE, voire même SCANDALISE par ces images de bonheur ! A moins que ce ne soit les souvenirs larmoyants de guimauve racontés par son collègue, qui lui filaient subitement la nausée.

Sans compter que son attribut masculin, situé tout près du visage de Wakamatsu (vu qu'il s'était assis), s'était considérablement ramolli... Ah ça, Aomine ne faisait plus le fier. Et plus rien ne faisait sa fierté, du coup.

Amusé par cette scène surréaliste, Kagami prit bien son temps pour faire chauffer l'eau. En vérité, il s'était bien accoutumé à la cuisine du brun, y prenant ses aises, exactement comme il le ferait chez lui. Le pompier savait se repérer dans le petit espace et il n'eut donc aucun mal à trouver la bouilloire et le thé. Aomine ne savait peut-être même pas qu'il en possédait une, d'ailleurs, car elle semblait encore neuve. Et voir le brun en panique était un spectacle délicieux dont il ne se lasserait jamais, alors il prit le temps de savourer sa victoire.

Le rouge prit même la peine de mettre la théière et deux tasses sur un plateau qu'il apporta aux deux hommes, telle une parfaite maîtresse de maison. Bien entendu, il ne se pressa pas le moins du monde, malgré le regard suppliant d'Aomine, qui s'était lancé dans la communication en morse, semblait-il. En effet, le brun battait nerveusement des cils, imitant clairement un signal qui disait « SOS ». Les années scout de Kagami étaient lointaines, mais il était néanmoins sûr de son interprétation. Il dût d'ailleurs se retenir d'éclater de rire devant cette pathétique tentative de communication.

Wakamatsu, de son côté, était à l'image de ses larmes : intarissable.

Il avait agrippé le bras d'Aomine et lui contait les exploits de Madoka, non sans une certaine pointe d'émotion dans la voix.

Madoka, merde, Kagami l'avait presque oubliée ! Elle devait se poser plein de questions ou s'être endormie sur son sofa depuis le temps... Le rouge décréta donc qu'il était grand temps pour lui de prendre congé. Mieux valait que l'épouse profite de ce que son mari était en train de déballer leur vie amoureuse, pour se faire la malle en toute discrétion. Mais hors de question de repasser par le balcon... !

« Taiga ! Où tu vas ? » S'inquiéta Aomine, peu enchanté à l'idée de rester coincé avec cette fontaine d'eau salée nommée Wakamatsu.

« Je rentre chez moi, vous avez visiblement plein de choses à vous raconter. Mais bon, c'est normal d'être solidaires entre collègues, je peux comprendre cela. »

« Oi ! Te tire pas comme ça ! Passe-moi au moins la boîte bleue qui se trouve tout en haut du placard gauche du buffet ! » Ordonna le brun, qui ne pouvait franchement pas bouger, tant Wakamatsu avait de la poigne.

« Si c'est le sucre que tu cherches, je l'ai déjà posé sur le plateau... » Indiqua Kagami, comme pour lui signifier que c'était bien essayé, mais qu'il avait déjà pensé à tout pour le laisser dans la mouise.

« C'est pas du sucre qu'il y a là-dedans... mais de la mort aux rats. STP. J'ai une folle envie d'en verser dans mon thé, tout à coup... »

« Bonne nuit Aho ! ^^ » Le salua Kagami, peu enclin à le laisser se suicider aussi rapidement.

Autant dire que pour la bonne nuit de sommeil réparatrice, c'était FOUTU. Enfin, peut-être pas pour tout le monde, Kagami pouvait encore sauver un bout de la sienne. Après avoir chassé, ou plutôt, fait sortir Madoka, Kagami savoura la fraîcheur de ses draps. Il ferma les yeux et un sourire s'étira sur son visage en réalisant que cette fois-ci, plus rien ne le réveillerait jusqu'au lendemain. Son odieux voisin était occupé jusqu'à l'aube avec Wakamatsu, ce qui était synonyme de beaux rêves pour le tigre.

Et sûrement de cauchemars pour la panthère.

Si tant est qu'elle parvienne à trouver le sommeil, sans se noyer dans un océan de larmes avant.

Ah, Aomine devait regretter d'avoir fait appel à Kagami, vu la tournure dramatique prise par les événements. Et de la même façon, il devait en venir à souhaiter que Wakamatsu lui ait cassé la gueule. Ca aurait toujours été moins douloureux que l'entendre se plaindre à propos de son amour perdu...

Même la mort aux rats, tiens.


Et le lendemain, après une bonne, mais courte (la faute à qui déjà...?) nuit de sommeil, Kagami s'étonna de ne pas avoir de nouvelles de son cher et tendre voisin. En effet, Aomine n'était même pas venu s'exciter sur sa porte, ni même contre le mur de la chambre, là où la cloison semblait la plus fine. Peut-être n'était-il, à l'heure actuelle, pas encore parvenu à s'extirper des bras de son collègue envahissant. Enfin... comme on dit... « pas de nouvelle, bonne nouvelle ! » C'était du moins ce qu'avait choisi de croire Kagami.

Et justement, Kuroko avait contacté l'américain pour prendre de ses nouvelles. C'est ainsi que les deux hommes avaient décidé de faire un peu de shopping en fin d'après-midi. Dernièrement, il était devenu un peu compliqué pour eux de se voir, notamment à cause de l'emploi du temps chargé et changeant de Kagami, mais il se trouvait pour une fois, leur planning coïncidait à la perfection. L'occasion était trop belle pour la laisser filer sans en profiter !

Kuroko Tetsuya était vraiment ce qui se rapprochait le plus d'un meilleur ami pour Kagami.

Le pompier avait fait la connaissance du petit maître d'école maternelle, lors d'une intervention dans sa classe, au sujet de prévention des incendies domestiques. Les jeunes hommes avaient ensuite sympathisé presque naturellement, tous deux étant des mordus de basket et comme Kagami avait joué en semi-pro aux Etats-Unis, avant de se tourner vers le coaching personnel, c'était avec plaisir que le rouge avait partagé connaissances et autres photos avec le fantôme. Oui, ils s'étaient immédiatement bien entendus, malgré leurs différences. Et elles étaient nombreuses, ils n'avaient presque rien en commun, si ce n'était leur amour du ballon orange.

Les amis de Kagami étaient plutôt rares au Japon, alors il les chérissait toujours avec beaucoup d'attention. Kuroko n'échappait donc pas à la règles et lorsque le fantôme lui proposa de se retrouver pour faire les boutiques et boire un verre ensuite, Kagami fut plus qu'heureux d'accéder à sa requête. C'était une offre qui ne se refusait pas ! Ils avaient pas mal de temps perdu à rattraper ensemble et puis, pour être franc, Kagami souhaitait lui parler d'Aomine...

Il ne savait pas encore ce qu'il allait choisir de raconter à Kuroko, exactement, mais cela importait peu, parce qu'au final, Kagami savait que le bleuté n'allait pas le lâcher. Il aurait sans doute pas mal de questions à lui poser sur son terrible voisin. Parce que voyez-vous, Kuroko n'avait pas sa langue dans sa poche. Il avait beau être d'un naturel discret à s'en faire oublier, il n'en restait pas moins assez caustique dans ses paroles. Piquant, parfois même.

La franchise (en toutes circonstances) était un trait de caractère que Kagami admirait chez son ami. Les gens comme Kuroko ne couraient pas les rues, surtout au Japon, où les gens avaient tendance à être hypocrites. Hmmm... le mot était peut-être un peu fort... disons plutôt que les Japonais étaient connus pour ne pas bouger d'une oreille face à l'adversité. Ils avaient tendance à subir et à se confondre en sourires gênés et autres excuses, lorsque quelque chose leur déplaisait. Leur politesse et leur pudeur étaient légendaires.

Pourtant, Kuroko échappait totalement à ce cliché. Lorsqu'il n'aimait pas quelque chose ou quelqu'un, il le disait sans détour. Souvent avec un manque de tact assez choquant, d'ailleurs. Et étant donné qu'il avait eu l'occasion de croiser Aomine lors de la pendaison de crémaillère de Kagami, (qui s'était terminée par un strip tease improvisé de la part du policier...) le roux était impatient et curieux de connaître son avis sur lui. Car il fallait bien admettre que Kuroko avait une admirable faculté à cerner autrui. En peu de temps, grâce à son sens de l'observation extrêmement développé, Kuroko arrivait à se faire une idée de ses interlocuteurs. Et autant vous dire qu'il se trompait rarement...

Mais bien que le fantôme ait sans doute également pour projet d'aborder le sujet « Aomine Daiki », Kagami savait qu'il y avait une autre raison à leur rendez-vous. Autre que passer du temps avec son ami, cela allait de soi évidemment. Car vous l'ignorez peut-être, mais le dramatique manque de présence de Kuroko lui valait bien des mésaventures au quotidien. Et en l'occurrence, sa proposition de faire du shopping n'était absolument pas anodine, malgré les apparences. En effet, quelque chose d'aussi basique que faire les courses pouvait se révéler être une épreuve de tous les instants pour le bleuet. Et pourquoi me demanderez-vous ? Tout simplement parce que et bien... c'est un peu pénible à dire mais... en réalité, les détecteurs de présence ne "repèrent" pas Kuroko. Concrètement, cela se traduit par des choses aussi handicapantes que :

- Des lumières qui ne s'allument pas,

- Des portes automatiques qui ne s'ouvrent pas,

- Et sans doute plein d'autres trucs que j'oublie...

Alors vous comprendrez aisément que Kuroko ait besoin (au quotidien) d'une personne physique proche de lui pour l'aider à pénétrer dans certains magasins. D'habitude, il utilise son chien Nigou pour cela, mais souvent l'animal n'est pas admis dans les centres commerciaux, ce qui pousse donc le fantôme à rivaliser d'ingéniosité pour pouvoir acheter de quoi vivre... A ce propos, d'ailleurs, je vous laisse imaginer ce qui s'est passé lorsqu'il a tenté de se faire admettre en boîte de nuit, par le passé. Rares sont les videurs à l'avoir aperçu lorsqu'il se trouvait tout seul, même juste sous leur nez !

Heureusement qu'il n'aimait pas trop fréquenter ce genre d'endroits à la base... Ce serait problématique...

Quoique... les discothèques et les bars lui semblaient... moins repoussants ces derniers temps... Allez savoir pourquoi... (peut-être qu'un certain DJ blond n'était pas étranger à ce revirement...)

Petite anecdote rigolote au passage, il est bon de noter que cet étrange handicap marche dans les deux sens, puisqu'une fois, Kuroko s'était bêtement retrouvé coincé dans un magasin, dont il n'était pas parvenu à sortir avant la fermeture. Il avait donc été obligé d'y passer la nuit, parce que son téléphone ne captait aucun réseau. Au petit matin, les employés l'avaient libéré avec grand étonnement. Heureusement qu'il ne s'agissait que d'une boutique de vêtements et non pas d'une chambre froide, auquel cas, il se serait sans doute transformé en bonhomme de neige naturalisé...

Mais revenons-en plutôt à nos moutons ! Vers seize heures, les deux comparses se retrouvèrent donc au lieu de rendez-vous convenu. Après avoir fait quelques achats, (enfin, uniquement Kuroko, Kagami se contentant de porter les sacs de sa girlfriend...) ils s'arrêtèrent à la terrasse d'un petit café. Il faisait vraiment beau dehors. Et chaud aussi. C'était agréable et le fantôme en profita pour commander un milkshake. Enfin, cela n'avait vraiment rien d'exceptionnel, puisque Kuroko consommait toujours ce petit dessert glacé, quelle que soit la température extérieure ou même la saison. Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige ou qu'il fasse quarante degrés, Kuroko ne pouvait se passer de sa fidèle boisson à la vanille.

Ce fut donc autour d'un bon café, (uniquement pour Kagami, puisque Kuroko était déjà occupé à siroter son milkshake, vous suivez ?) que le tigre fit part à son meilleur ami des derniers potins concernant sa vie personnelle. Kuroko l'écouta en silence, avec son stoïcisme habituel. Rien ne semblait pouvoir l'atteindre, il arborait constamment cette expression faciale neutre, parfaitement indéchiffrable. Mais le fantôme était pourtant de bons conseils et Kagami savait qu'il ne fallait pas se fier à ce qui pouvait s'apparenter à un manque d'intérêt de sa part. Car ce n'était pas le cas. Kuroko enregistrait juste les informations pour pouvoir mieux les analyser. Il n'était pas de ceux qui vont interrompre votre récit pour vous bombarder de questions. Non, l'interrogatoire, il le gardait toujours pour la fin.

Alors Kagami ne se priva pas.

Il lui raconta TOUT. Ce fut le grand déballage...

D'abord, la soirée avec Kise, (sans entrer dans les détails concernant le passé de ce dernier), puis la petite sauterie d'Aomine avec une femme mariée et la nana en question qui joue les équilibristes sur son balcon pour venir se planquer chez lui ensuite, Aomine qui jouit en criant son nom (soit disant. Mais peut-être que Madoka avait mal entendu ? Dans le feu de l'action, on n'est pas toujours très alerte…), l'arrivée du mari bafoué et enfin, le plantage en règle d'Aomine.

Nul besoin de détenir une maîtrise de psychologie pour deviner que Kagami était troublé. Et complètement perdu. Cela faisait déjà un petit moment qu'il ne savait plus où il en était avec le grand brun. Effectivement, ce dernier semblait prendre un malin plaisir à souffler le chaud et le froid et cette situation n'avait que trop duré au goût de Kagami.

Le pauvre tigre ne savait plus sur quel pied danser et c'était horriblement frustrant. Pas seulement nerveusement, mais aussi sexuellement. Parce que Kagami n'avait rien à cacher et donc, il s'était tout logiquement confié à Kuroko sur son petit… « accident masturbatoire », appelons-le ainsi pour plus de clarté.

« Si je comprends bien, tu as demandé à Kise-kun d'apporter ce « contrat moral » à Aomine-san, dans l'espoir qu'il le signe. »

« Ouais, c'est ça. Mais pour être tout à fait franc, je le regrette à présent. C'était pas une bonne idée. » Confessa le tigre, en se passant une main dans les cheveux.

Il savait que Kuroko n'était pas en train de le juger et qu'il ne le ferait jamais. Mais c'était un peu délicat à avouer, quand même. Oh, ne vous méprenez pas. Kagami n'avait pas honte de fantasmer sur son voisin. Tout le monde avait pu en effet voir lors de sa pendaison de crémaillère que le policier avait de sérieux arguments physiques à faire valoir.

Mais compte tenu de la personnalité exécrable d'Aomine, craquer sur lui était déjà beaucoup plus préoccupant. Kagami en avait pleinement conscience. Mais il ne pouvait s'en empêcher, il avait toutes les peines du monde à résister à cet homme aussi envoûtant que dégoûtant. Et par-dessus tout, Kagami avait peur. Peur de retomber dans ses anciens travers. Dans un nouveau cercle vicieux alimenté par une relation toxique.

Comme avec Nash.

Ses craintes étaient légitimes…

C'est d'ailleurs ce que commença par lui répondre Kuroko le Sage :

« Kagami-kun, j'entends bien tes doutes. Ta position est délicate et tes craintes sont parfaitement légitimes… »

Vous voyez, je vous l'avais bien dit, héhé ! Mais bref, reprenons…

« … Cependant, sache chaque histoire est unique. Les relations se suivent, mais ne se ressemblent pas. Il faut garder espoir. Parce que si tu t'engages auprès d'Aomine-san, en partant perdant, tu vas te faire complètement dévorer. Tu dois continuer à lutter, comme tu le fais actuellement et ne rien le laisser t'imposer. »

« Facile à dire… ce mec a déjà une telle emprise sur moi… et crois bien que ça me fait chier d'avoir à l'admettre… »

« Certes, mais tu dois lui laisser une chance. N'oublie pas que tu l'as promis à Kise-kun. »

« Et si Aomine refusait de signer ce contrat d'exclusivité ? S'il n'acceptait pas mes conditions ? Je ne serais alors plus tenu par ma promesse envers Kise ! Néanmoins, je suis certain qu'il comprendrait ma position et qu'il ne m'en voudrait même pas ! » Soupire. « Tu sais, je commence à croire que je me prends beaucoup trop la tête... et de toute évidence, ce sale type n'en vaut pas la peine. C'est juste un gros goujat. Et même s'il a été d'une quelconque aide à un moment où Kise était vulnérable, ça ne lui donne juste pas le droit de… »

« … Un goujat avec une grosse matraque... » Répondit le fantôme de but en blanc.

« Kuroko ! » Le harangua Kagami, outré.

« … Je parle de celle qui était accrochée à sa ceinture l'autre soir. Un bien bel objet. »

« Ben voyons… »

« Cependant, je pense que si tu souhaites apercevoir un jour la véritable matraque d'Aomine-san et je parle cette fois-ci de celle qu'il cache dans son pantalon, tu ferais mieux de mettre un peu d'eau dans ton vin. »

« Alors pour ta gouverne, sache que j'ai eu tout loisir de pouvoir l'admirer hier soir ! Je l'avais sous le nez, même, pour ainsi dire. »

« Oh, vraiment ? Et alors, elle est comment ? » Demanda le fantôme avec son flegme habituel, entre deux gorgées de liquide vanillé.

« Oi ! Si tu crois que j'en ai profité pour me rincer l'œil, laisse-moi te dire que tu te mets carrément le doigt dedans jusqu'à la phalange ! »

« Et où suis-je sensé me mettre le doigt jusqu'à la phalange ? Au même endroit où tu rêves d'avoir la matraque personnelle d'Aomine-san ? »

Le rouge piqua un fard si vif qu'il était au moins de la couleur de ses cheveux. Pourtant, sa phrase lui semblait claire et sans équivoque dans sa tête. Raaaah mais c'était du Kuroko tout craché ça, de ne comprendre que ce qui l'arrangeait en détournant les paroles de leur contexte initial.

« Ah. Tu vois que tu y as pensé toi aussi. Etrange pour quelqu'un qui prétend ne pas avoir regardé le pénis d'Aomine-san... »

« Argh ! Mais tais-toi donc, Kuroko de malheur ! » Répliqua le tigre, mortifié et tremblant d'effroi.

Ouais, bon, ok, d'accord, son regard avait PEUT-ETRE FORTUITEMENT INDEPENDAMMENT DE SA VOLONTE A L'INSU DE SON PLEIN GRE « glissé » sur l'entrejambe de son homologue à la peau chocolatée. Mais rien qu'un peu, alors ! Et puis, ce n'était même pas un acte répréhensible, étant donné qu'Aomine en personne avait choisi de s'exhiber de la sorte, au vu et au su de tous. Ce n'était donc pas de SA faute, à lui ! Il n'avait pas forcé Aomine et il s'était juste trouvé là, au bon endroit, au bon moment, si l'on pouvait s'exprimer ainsi et…

…. OH. MY. GOD.

Non… impossible…

Kagami se tendit, figé sur sa chaise, lors que cette réalisation le heurta de plein fouet. Il était EXACTEMENT comme son foutu voisin, en fait ! Mais, si, réfléchissez bien ! Aomine avait évoqué une excuse semblable et toute aussi foireuse pour justifier le fait que Madoka se soit retrouvée dans son lit. Et ici, c'était totalement pareil, puisque Kagami refusait également d'assumer sa part de responsabilité, préférant invoquer le manque de pudeur d'Aomine pour justifier le fait qu'il l'avait maté sans détour ! Après tout, rien n'obligeait Kagami à contempler l'instrument masculin du policier ! Il aurait suffi qu'il détourne le regard, si vraiment il ne voulait pas l'apercevoir !

Mais que nenni… au lieu de cela, il s'était laissé tenter et il jetait la pierre à Aomine, parce que c'était plus arrangeant de cette façon-là… Son honneur restait intact et il était plus facile d'accuser Aomine d'exhibitionnisme, que de reconnaître qu'il avait pris du plaisir à reluquer le sculptural brun… Et le dicton « on voit la paille dans l'œil du VOISIN, mais jamais la poutre qu'on a dans l'œil », ne lui avait jamais semblé aussi à propos…

« Ah, tu sembles avoir compris... Ce n'est pas trop tôt. Enfin, compte tenu de ton petit cerveau lent, je suppose que c'est plutôt louable… »

« Mon petit… cerf-volant ? » Répéta bêtement Kagami.

« Je parlais de tes neurones, là. Décidément, tu as vraiment du mal aujourd'hui, Kagami-kun. Enfin, encore plus que d'habitude, je veux dire. »

« Et toi tu as la critique facile, enfin, encore plus que d'habitude, je veux dire ! »

« Ah bon ? Tu en es sûr ? Je ne trouve pas spécialement… »

« Aide-moi plutôt à trouver une solution, au lieu d'insulter mon intelligence ! »

« En fait, c'est le manque de celle-ci que j'insulte. »

« Ca revient au même, bordel ! »

« Hmm… ce n'est pas faux. »

« Ecoute Kuroko… j'ai vraiment besoin de toi pour y voir plus clair alors… si tu pouvais arrêter de te foutre de moi, ce serait cool. Juste le temps de résoudre mon problème avec Aomine… »

« Tu me demandes l'impossible, là, Kagami-kun. Mais je vais néanmoins essayer, pour te faire plaisir. »

« Merci... et puisque ton cerveau semble plus fonctionnel que le mien, selon tes propres dires, pourrais-tu le mettre à contribution ? Qu'est-ce que tu ferais, toi, à ma place ? »

« Pour commencer, je n'aurai jamais repoussé Kise-kun au profit d'Aomine-san. »

« Hey ! C'est pas du tout c'que je t'ai raconté ! Kise s'est repoussé tout seul, j'te signale ! Et… au pire, si ça ne marche pas avec Aomine, peut-être que je pourrai… »

« N'y pense même pas. »

« Oi ! Qu'est-ce que je suis sensé faire alors ? Sortir avec les deux à la fois ? »

« Je te trouve bien présomptueux, Kagami-kun. Comme si tu étais capable de satisfaire deux garçons à la fois... »

« Putain, c'est méchant ça ! »

« Non, simplement réaliste. C'est pour cela que dans un premier temps, je te propose d'arrêter de te soucier de Kise-kun et de concentrer tes efforts uniquement sur Aomine-san. »

« Heu… d'accord, ça j'peux faire, je crois ! Mais l'ennui… c'est que lui et moi on ne se supporte vraiment pas… »

« Vous aviez pourtant l'air très complices quand tu l'as rencontré en boîte de nuit. »

« C'est vrai mais…on ne se connaissait pas encore, à ce moment-là… »

« Et vous ne vous connaissez toujours pas davantage à l'heure qu'il est. »

« Ben si on… on est au courant de notre véritable identité maintenant et ça, ça change tout… » Expliqua Kagami, pourtant hésitant.

« Tout ce que vous savez l'un sur l'autre, c'est votre nom respectif, votre profession et votre lieu d'habitation, bien entendu. Alors je n'appelle vraiment pas cela se connaître. Vous restez deux parfaits inconnus. »

« Ce n'est pas faux, mais… »

Le fantôme secoua la tête et Kagami savait que Kuroko avait raison dans le fond. Lui et Aomine ignoraient tout l'un de l'autre. Ce qui ne facilitait pas franchement un quelconque rapprochement.

« Pas de mais, Kagami-kun. Tu as beau soutenir le contraire, cependant je sais qu'Aomine-san te plaît réellement. Il t'attire et c'est précisément ce qui te révolte, car tu te sens impuissant face à ce désir que tu juges pernicieux. »

« Tu... tu crois ? »

« Tu as peur que l'histoire douloureuse que tu as vécue avec Gold-san se reproduise, alors tu t'empêches d'être heureux. Ne refuse pas le bonheur lorsqu'il vient frapper à ta porte, Kagami-kun. Même s'il se présente sous la forme d'un policier narcissique à tendance exhibitionniste. »

Attends là… ? Il avait bien entendu… ? Kuroko l'encourageait à… sauter le pas avec Aomine ? C'était plutôt inattendu de la part du fantôme, lui qui était toujours si posé d'habitude. Sans être lâche, on pouvait dire que Kuroko n'était pas du genre à se mouiller. Il appréciait particulièrement son petit confort quotidien et à vrai dire, depuis qu'il le connaissait, Kagami ne l'avait jamais surpris en galante compagnie. Ni même essayer d'en avoir. Alors, il était un peu déroutant de recevoir des conseils sur sa vie sentimentalo-sexuelle de la part de Kuroko. Mais après tout, c'était le tigre qui l'avait sollicité, alors… il serait un peu malvenu de se plaindre maintenant...

Et Kuroko semblait parfaitement mesurer tous les enjeux de cette hypothétique future relation, même si de prime abord, il n'était pas le mieux placé pour parler d'amour. Kagami se radoucit donc, réalisant que Kuroko ne voulait que son bien-être.

« Ok, admettons que ce que tu dis est vrai. De toute façon, je suis coincé puisque j'ai promis à Kise de donner une chance à Aomine et il y a fort à parier qu'il ne me lâchera pas tant que je n'aurai pas tenu parole. Bref, c'est bien joli tout ça, mais ça ne me dit toujours pas comment faire pour… passer à la phase « concrétisation » du plan.

« C'est pourtant simple. Il suffirait de vous voir sur un terrain neutre. »

« Heu… tu veux dire, ni chez lui, ni chez moi, en gros ? »

« Précisément. Un endroit propice à la séduction serait un bon début. »

« Propice à la séduction ? Je ne comprends pas… »

« Un restaurant, par exemple. Il faudrait que vous puissiez discuter et échanger dans de bonnes conditions. C'est essentiel pour doper vos chances de réussite. »

« D'accord… on discute... et après ? »

« Voyez si la magie opère. »

« Et… si c'est pas le cas ? »

« Ni toi, ni Aomine-san ne semblez d'un naturel à vous forcer, si quelque chose vous déplaît. Et je trouve que c'est une excellente base à la construction d'une relation sincère et solide. Car s'il s'avérait que vous ne vous entendiez vraiment pas, vous pourriez toujours choisir d'en rester là, sans blesser l'autre ou sans vous engager dans quelque chose d'hypocrite, par manque de courage. »

« Tu as raison… mais… il subsiste quand même un problème de taille : qu'est-ce qu'on fait concernant Kise ? C'est vrai… si jamais ça ne fonctionnait pas entre Aomine et moi, Kise en serait fortement affecté et déçu… Bien entendu, ce n'est pas une raison pour se forcer à faire semblant, comme tu l'as dit, mais j'aimerai éviter de lui faire du mal autant que faire se peut… »

« Kise-kun est assez grand et malin pour comprendre qu'en bonne intelligence, toi et Aomine-san, vous avez opté pour la connivence, plutôt que l'amour. Et puis, cela vaut toujours mieux que cette ridicule petite guéguerre à couteaux tirés que vous menez l'un contre l'autre. Parce que c'est ça qui fait réellement souffrir Kise-kun : que deux personnes qu'il estime n'arrivent pas à mettre leurs différends de côtés et s'entêtent dans leur agressivité. »

« Ouais, probablement… Ce que tu dis a du sens…Il vaut sans doute mieux être franc envers lui, tout simplement. Et arracher le pansement d'un coup sec, plutôt que de laisser un abcès se former… »

« Exactement. Ne t'en fais pas pour Kise-kun. D'après ce que tu as bien voulu m'en dire, il est beaucoup plus solide qu'il n'y paraît. Et puis, je suis là, moi. »

« Hmm… certes mais heu… Toi ? Avec tout le respect que je te dois, je ne vois pas trop ce que tu viens faire là-dedans… Ca ne te concerne pas. »

« Au contraire, Kagami-kun. Réfléchis bien, même si c'est certainement beaucoup te demander. »

« On avait dit que tu arrêtais de te moquer de mes capacités cérébrales ! »

« Tu l'as dit tout seul, moi, j'ai juste dit que j'allais essayer, nuance. Et visiblement, j'ai échoué. Lamentablement. »

« Graaah... tu me rends dingue ! »

« Il t'en faut peu. Je comprends mieux pourquoi Aomine-san te tape sur les nerfs, à ce compte-là. »

« Grmbl… oi… attends, tu serais pas en train de me dire que t'as des vues sur Kise, par hasard ? »

« Ah, enfin. J'ai cru que j'allais devoir t'envoyer un faire-part pour que tu comprennes. »

Wow d'où ça sortait ça !?

SCOOP. DE. L'ANNEE. NAN. NAN. DU. SIECLE. MÊME.

« Mais heu… comment ça ? Et pourquoi lui ? J'veux dire, c'est la première fois que j'entends que tu t'intéresses à quelqu'un ! Je ne savais même pas que tu étais de… ce bord-là. »

« Tu ne me l'as jamais demandé. Et pour ta gouverne, sache que ne suis d'aucun bord en particulier. Je nage dans les deux sens de la piscine. »

Décidément ce sale petit gnome fantomatique avait toujours réponse à tout... et un sacré sens de la formulation...

« Ca ne m'explique toujours pas ton délire… D'où ça sort tout ça ? Je veux dire, tu as à peine parlé à Kise durant ma soirée ! »

« Je n'en ai pas vraiment eu l'occasion, parce que tu étais trop occupé à lui faire les yeux doux. Mais comme tu vas te concentrer sur Aomine-san à partir de maintenant, ça me laisse le champ libre concernant Kise-kun. Et je compte bien rattraper mon retard sur toi. »

C'était effectivement une manière de voir les choses, plutôt pragmatique, d'ailleurs. Mais Kagami craignait que la réalité soit loin d'être aussi simpliste. Au vu du passé tragique de Kise, Kuroko risquait de faire chou blanc. Et peut-être qu'il était de son devoir, en tant qu'ami dévoué, de mettre en garde le petit fantôme ou tout de moins, de le prévenir à quoi il s'attaquait. Mais d'un autre côté, il aurait l'impression de trahir la confiance que Kise avait placée en lui, s'il faisait cela. Car c'était à Kise que revenait la décision de se confier ou non à Kuroko. Ca ne regardait pas Kagami, au final. Ses deux amis étaient bien assez grands pour se débrouiller tous seuls et gérer leurs affaires de cœur.

Mais bon… ça voulait aussi dire que si jamais Kagami échouait à conquérir Aomine (ou plutôt l'inverse), il ne pourrait pas se « remettre » sur Kise ensuite, puisque Kuroko serait déjà sur le coup. Et draguer la personne que convoite un ami était tout bonnement inconcevable pour Kagami, alors le tigre serait obligé de rester en retrait. Mais bon, sa priorité du moment était et devait rester Aomine. Même si Kise plaisait indéniablement à Kagami, le roux avait renoncé au blond en acceptant sa proposition. Sans compter que Kagami reprochait à Aomine courir plusieurs lièvres à la fois, alors bonjour la crédibilité s'il se mettait à faire pareil !

… Décidément, cette petite discussion à cœur ouvert avec Kuroko lui avait fait réaliser pas mal de choses sur lui-même et sur Aomine. Finalement, ils n'étaient peut-être pas si différents…

Et c'était très loin d'être une nouvelle positive !

Cependant, il était encore trop tôt pour exclure que le soudain intérêt de Kuroko pour Kise puisse être feint. En effet, le fantôme était probablement en train de mentir, lorsqu'il prétextait avoir des vues sur l'ancien mannequin. Et dans quel but, me demanderez-vous ? Tout simplement pour détourner l'attention de Kagami et faire en sorte qu'il ne se consacre qu'à Aomine. Et cela ne pourrait se faire correctement que si Kise était hors course. Il s'agissait donc hypothétiquement d'un plan fomenté par Kuroko...

… Ou pas.

Ah non mais quelle petite crapule ! Il était tellement doué pour faire germer le doute dans l'esprit des gens ! Et surtout le sien. Néanmoins, pas question pour autant de le laisser avoir le dernier mot, même si le fantôme lisait en lui comme dans un livre ouvert...

« N'empêche... tu as tout de même tort sur un point... »

« Hmm... Lequel ? » Fit Kuroko en relevant la tête, se désintéressant momentanément de son milkshake.

« Aomine ne m'attire pas DU TOUT physiquement. C'est vrai, je t'assure qu'il est loin d'être aussi bien foutu que ça de près. Et puis ses tattoos, ça fait un peu too much, c'est même creepy... et ils me rappellent trop Nash... »

« Moi je trouve que ça lui va bien. Ca lui donne un style, on dirait un yakuza, comme dans les films. »

« N'importe quoi ! Ca ne veut rien dire ! En plus, Kise aussi a un tatouage de ce genre dans le dos et ça ne fait pas de lui un gangster pour autant. Sauf que lui, c'est une geisha... c'est déjà moins flippant ! »

« Ca doit être très joli. Et comment tu le sais ? Tu as vu Kise-kun tout nu ? »

Le rouge sentit de belles couleurs s'emparer de ses joues. Merde ! Il avait presque vendu la mèche !

« Heu mais naaaaaan, que vas-tu chercher ? Je le sais juste parce que Kise me l'a dit ! »

« D'accord. »

Ouf ! Kuroko semblait le croire et il n'était pas énervé. Kagami l'avait échappé belle. Bizarrement, même s'il n'avait jamais vu le fantôme se mettre en colère, le tigre craignait le moment fatidique où cela arriverait...

« Et donc, tu ne trouves pas Aomine-kun attirant ? En es-tu bien sûr ? »

« Si j'te le dis ! Je me sacrifie carrément en acceptant de sortir avec lui ! »

« Naturellement. Et tu le fais juste pour Kise-kun, je suppose. »

« EXACTEMENT ! T'as tout compris ! Tu l'aurais vu, si vulnérable et touchant, même toi, tu aurais accepté ! J'ai pas pu résister face à ses grands yeux de cocker larmoyant... »

« Mais je ne te le reproche pas, Kagami-kun. Je sais que tu es faible face aux pleurs. »

« J'suis pas faible, j'ai juste un cœur, ok ? »

« Mais oui, mais oui. » SLURP. « Et puisque tout est clair, si on rentrait maintenant ? J'ai fini mon milkshake. »

« Mouais, ok... » Acquiesça le tigre, en terminant sa boisson également.

Il se leva donc, sans se douter du piège que le fantôme était en train de lui tendre minutieusement.

La rue qui longeait le café était proche d'un commissariat de quartier, mais également bordé de voitures garées le long du trottoir. Le passage était étroit et de ce fait, la plupart des véhicules étaient stationnés en double-file. Un agent était justement en train de distribuer des contraventions, en les collants sur les pare-brises des conducteurs en infraction et Kuroko eut un sourire quasiment imperceptible. Il dura une fraction de seconde, si bien qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un tic nerveux. Ou d'une illusion d'optique. Bref, toujours était-il que Kagami ne remarqua rien de particulier, ni même de suspect au niveau des expressions faciales de son ami. Il se contenta de marcher dans la rue bondée, se félicitant intérieurement de ne pas avoir garé son tas de ferraille ici. Mais soudain, le fantôme s'arrêta au niveau de l'agent de police qui lui tournait le dos.

« Kagami-kun... zut, je dois refaire mon lacet. » Le prévint-il en lui tendant son sac. « Peux-tu tenir mes affaires stp ? Ce n'est pas pratique sinon... et continue à avancer, je te rejoins tout de suite, d'accord ? »

« Heu... je peux attendre que tu aies fini, si tu préfères. »

« Non, ça ira, ne t'en fais pas pour moi. Je me dépêche. »

« Ok, comme tu voudras. » Fit Kagami en haussant des épaules.

Et vraiment, il aurait du tilter sur le fait que Kuroko ne portait pas de chaussures à lacets, puisqu'il avait opté pour un genre d'espadrilles... Ne se méfiant aucunement du traquenard tendu par son meilleur ami, Kagami poursuivit son chemin, marchant lentement pour que Kuroko puisse le rattraper facilement ensuite.

C'est alors que l'impensable se produisit.

Les mâchoires pointues du piège se refermèrent cruellement sur Kagami.

Qui n'y vit que du feu.

« Police ! Au voleur ! Cet homme a dérobé mon portefeuille ! »

C'était la voix de Kuroko et Kagami, surpris, se retourna pour localiser ledit malandrin.

Jusqu'à ce qu'il réalise que c'était LUI qui portait le sac de Kuroko, avec son portefeuille à l'intérieur, donc. Kuroko avait-il déjà oublié qu'il venait de lui confier ? En tous cas, le fantôme s'égosillait et il secoua même l'index en direction de Kagami.

« Oi, Kuroko qu'est-ce que tu f... »

Trop tard.

Kagami n'eut même pas le temps réagir que déjà, il heurtait violemment le sol. L'agent qui s'occupait de coller des amendes, avait tout entendu et il venait de le plaquer au sol, avec la force d'un joueur de rugby. Bon sang, ce type s'était littéralement jeté sur lui et ça faisait un mal de chien ! Le tigre essaya de se débattre, mais l'étreinte de resserra autour de lui. L'officier lui fit une clé de bras, tirant sur ses muscles pour le neutraliser définitivement et Kagami laissa échapper un gémissement d'inconfort et de douleur.

« Lâchez-moi, j'ai rien fait ! C'est un malentendu, je vous assure et... »

Kagami tourna la tête pour établir un contact visuel avec l'agent qui le tenait bien et là... il se glaça d'horreur.

AOMINE... ! Bordel, mais que faisait-il là ? A croire que ce mec le suivait partout où il allait ! Il lui avait collé une balise sur le cul ou quoi ?

« Tiens, tiens... ne serait-ce pas mon aimable voisin ? Je ne savais pas que tu versais dans le racket aussi... »

D'un geste ferme, Aomine le retourna sur le dos et il plongea son regard de prédateur dans celui du rouge. Un fumet d'après-rasage bon marché vint chatouiller les narines sensibles du tigre. Toujours cette odeur caractéristique, mêlée à celle de nicotine... La signature d'Aomine... Kagami pouvait nettement sentir les muscles contractés du policier se presser contre son ventre et il dût lutter pour ne pas enfouir son visage dans le cou d'Aomine, pour venir y sentir directement ce parfum si enivrant... Mais si le pompier faisait cela, il risquait de se faire arrêter pour attentat à la pudeur ou... harcèlement sexuel sur un représentant de la loi.

Heureusement, Kuroko revint rapidement à leur hauteur en trottinant.

« Merci Monsieur l'Agent ! Vous êtes très efficace. »

« Oi Kuroko ! Dis-lui d'me laisser partir ! C'est pas drôle du tout ! »

« Vous vous connaissez tous les deux ? » S'étonna le brun.

Oui, parce que bien évidemment, Aomine n'avait même pas remarqué le maître d'école à la petite sauterie de Kagami et il n'avait donc aucun souvenir de l'avoir croisé.

« Kagami-kun est mon ami. Et il voulait simplement tâter votre matraque, mais comme il n'osait pas, j'ai du simuler ce vol pour lui donner un petit coup de main. » Avoua Kuroko de but en blanc.

Rien ne semblait en mesure de perturber le roi de l'improvisation, mais on ne pouvait en dire autant de Kagami, qui se décomposa sur place en entendant ces paroles. Sa mâchoire manqua de se décrocher sous le choc de la révélation. Sale petite raclure Kurokoesque ! Il ne perdait rien pour attendre !

« Je pensais pourtant qu'il l'avait assez reluquée hier soir... »

« Ah mais ce n'était pas suffisant. Il aimerait bien la toucher aussi. »

« KUROKO ! » Cria Kagami, embarrassé à mort.

Décidément, le fantôme détestait avoir tort... Et il n'avait pas apprécié que Kagami se défile tout à l'heure en se rétractant au sujet de son attirance pour Aomine...

« Oh ? Mais il fallait le dire tout de suite ! Et là, tu la sens assez T-a-i-g-aaaaa ? » Interrogea le policier en frottant indécemment son bassin contre celui de son homologue toujours cloué au sol.

Le rouge couina de manière très peu virile et il essaya tant bien que mal de cacher une certaine réaction qui avait lieu au sud. Mon Dieu, pourvu qu'Aomine ne la sente pas... Il était beaucoup TROP proche là ! Purée... pourquoi avait-il fallu qu'ils passent dans CETTE rue PILE au moment où Aomine s'y trouvait AUSSI ? Kuroko s'en était rendu sûrement compte et en conséquence, il avait imaginé ce petit stratagème pour prouver à Kagami qu'il n'était pas aussi insensible à son infernal voisin qu'il le disait...

… Et vu le rictus carnassier qu'affichait sans détour Aomine, la réponse était oui.

Oui, il sentait bien ce qui était en train de se réveiller contre sa cuisse.

Ah il devait jubiler dans sa tête...

Mais heureusement, une fois n'est pas coutume, Kuroko décida de voler (quelle ironie, alors que c'était précisément ce dont il accusait Kagami...) au secours du tigre blessé dans sa fierté et dans ses principes.

« Si vous tenez à pratiquer le coït, vous devriez peut-être éviter de le faire dans un lieu public. C'est illégal et ça gêne les passants. » Les rappela t-il à l'ordre.

Aomine se redressa alors, quittant sa position et Kagami put se relever à son tour, le regard fuyant. Il avait honte. Certes, ce n'était pas comme si il contrôlait les réactions de son corps, mais... maintenant, il ne pouvait plus dire qu'il n'était pas diablement attiré par le policier.

« Tu as vraiment des amis... intéressants, Taiga... »

« Des amis ? Je ne vois aucun ami, ici ! Uniquement un sale traître... » Cracha le rouge, furieux que son émoi soit aussi visible.

« Tu exagères, Kagami-kun. »

« Ca ne m'étonne pas de lui. Taiga est constamment dans l'exagération. » Se moqua Aomine en ressortant son carnet de contraventions.

« Oi ! On n't'a pas sonné toi, le dépravé ! »

« Hmmpfff... » Renifla sèchement le brun avant de griffonner un truc sur son carnet. « En fait, ça tombe bien que je te sois... tombé dessus... Parce que figure-toi que je comptais passer te voir après mon service. »

« Et en quel honneur ? »

« Ton copain a raison. On ne peut pas copuler en pleine rue, alors... »

« ... Alors tu pensais venir chez moi pour qu'on le fasse, c'est ça !? » Le coupa Kagami, très énervé.

Qu'il ose, tiens. Qu'il OSE lui dire qu'il comptait venir le sauter à domicile et flic ou pas, Kagami se ferait un PLAISIR de castrer sa matraque !

« Mais non ! Enfin... si tu tiens tant que ça à ce qu'on copule, je n'ai rien contre... » Et en voyant Kagami lever le genou, prêt à l'envoyer dire bonjour à ses grenades personnelles, Aomine s'empressa de terminer son explication bancale. « … mais seulement APRES un bon dîner ensemble... J'aurai besoin de prendre des forces, si j'veux pouvoir assurer avec toi ! »

« Dî-dîner ? » S'étonna Kagami, bouche bée.

Il ne s'attendait vraiment pas à une telle invitation de la part de ce goujat de première classe !

« Bah ouais... Et ne m'dis pas que t'as pas besoin de te nourrir, parce qu'avec ta carrure de catcheur, j'te croirais pas ! »

Olaaaaaaaaaa non, c'était tout le contraire, même ! L'appétit féroce du tigre risquait carrément de le laisser sur la paille...

« Vous prenez des risques là, Aomine-san. J'espère que votre carte de crédit n'est pas plafonnée et que votre banque peut vous garantir un bon taux d'emprunt. »

« A ce point-là ? Wow ça me donne encore plus envie de voir ça de mes propres yeux ! »

« Et lorsqu'il est bien repu, Kagami-kun est tout aussi gourmand au l... »

« LAFERME KUROKO ! » L'interrompit le tigre, mais vu le sourire triomphal d'Aomine, ce dernier avait tout compris. « Et hmmm sinon... pourquoi tu veux m'inviter à dîner tout à coup ? J'trouve ça suspect... »

« Par politesse ? Ouais, nan, c'est bidon comme excuse... »

« Si tu tiens à ce que j'accepte, tu ferais mieux de me dire la vérité... » Lui conseilla Kagami, bras croisés sur son torse.

« Ok. En fait, j'aimerai te remercier. Je sais que j't'ai causé pas mal d'ennuis dernièrement et comme les excuses c'est pas mon truc, j'voudrai faire un geste symbolique à la place, en gage de mon appréciation. J'me suis montré atrocement invivable envers toi et pourtant, tu m'as supporté... C'est donc la moindre des choses. Sans compter que si tu acceptais de bien vouloir dîner avec moi, je suis sûr que ça pourrait nous permettre d'enterrer la hache de guerre aussi. Alors, t'en dis quoi ? »

Wow. Encore une fois, Kagami était un peu pris de court. Mais les intentions d'Aomine lui paraissaient sincères. Et objectivement, il n'avait aucun raison valable de refuser. Qui sait, ça pourrait lui changer les idées. Peut-être même qu'il passerait une bonne soirée et au pire, il aurait le ventre bien rempli. Donc finalement, il ne risquait pas grand-chose en acceptant.

« J'en dis que c'est d'accord. Je veux bien dîner en ta compagnie. »

« Sérieux !? Ca tombe bien, je connais justement ce super petit restaurant près de Shinjuku qui... »

« … A condition que tu ne m'emmènes pas là où tu as l'habitude d'aller avec toutes tes pétasses siliconées. » Exigea Kagami de manière cash.

« … Ok, oublions ce restaurant, alors. Ecoute, je... tu me prends un peu au dépourvu là... Laisse-moi trouver un plan B convenable et j'te tiens au courant, d'accord ? »

« Si tu préfères. Tu as mon numéro, de toute façon. »

« Ouais. » Sourit un peu nerveusement le flic, qui ne l'avait en réalité jamais demandé à Kagami, s'arrangeant pour l'obtenir par des moyens détournés. « Tiens, voici le mien quand même. Juste au cas où tu ne l'aies pas encore entré dans ta liste de contacts. » Déclara Aomine, malin, en faisant mine d'arracher une feuille de son carnet.

Il la passa à Kagami avant de saluer les deux hommes, en s'éloignant.

« Bon, c'est pas que j'm'ennuie avec vous, mais je dois retourner coller des prunes à ces putains automobilistes du dimanche... Alors à ce soir Kagami ! J'ai hâte ! »

« C'est ça, à plus' ! »

« Tu vas enfin pouvoir rentrer te changer, Kagami-kun. Et changer de slip, aussi. Parce que soit celui que tu portes a rétréci au lavage, soit tu as toi aussi un problème de stationnement... » Fit remarquer Kuroko, en louchant sur la virilité tendue du tigre.

Ce dernier se hâta de la dissimuler à une main, puisque l'autre tenait toujours le papier remis par Aomine. C'était bien lui, ça, d'écrire son numéro de téléphone sur une contravention... Mais à y regarder de plus près, la matière du papier utilisé semblait familière à Kagami...

… Et pour cause, puisque cette feuille provenait du bloc-notes situé dans son entrée !

Il s'agissait même très précisément de la feuille sur laquelle il avait griffonné le « contrat » factice hier soir, avant de la remettre à Kise pour qu'il la donne à Aomine. Apparemment, le kitsune n'avait pas failli à sa tâche, livrant la paperasse à bon port. Kagami ne s'attendait vraiment pas à ce que ce soit aussi rapide et il se mit à sourire béatement...

… En constatant qu'Aomine avait signé « pour accord » le bas de la page.

Ainsi qu'ajouté son numéro de téléphone.

Un sentiment de joie intense envahit subitement Kagami.

En tous cas, Kuroko avait raison.

Il allait vraiment devoir changer de slip, parce que ça devenait urgent là.


END OF CHAPTER.

Alors, vous en avez pensé quoi ?

Perso, je me suis quand même bien éclatée (ça doit se sentir...) à écrire les dialogues avec Kuroko. Quelle petite fouine celui-là, ah mais ! Toujours là pour dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas !

Bref, comme d'habitude, REVIEWS are appreciated ! ;)

N'empêche, on tient le bon bout concernant la love story de Kagami et Aomine !

Normalement, je devrais reprendre "Magical Dick" en fin de semaine. (je vais me faire violence ahaha, même si je suis loin d'être en panne d'inspi pour cette fanfiction) Je tenais à le dire à celles qui attendaient la suite. Pour les autres, je vous dis à bientôt pour le fameux dîner. (dans 6 mois ? XDDD)

En tous cas, je suis bien contente d'avoir réussi à compenser mon retard sur cette fic ! (si vous voulez la suite rapidement, vous savez comme ça marche : laissez une trace de votre passage :D CA MOTIVE !)

Merci encore pour vos encouragements qui déchirent !