Voilà, ça faisait un moment que je n'avais plus publié, mais voici la suite en deux chapitres. Et ça a été très dur à écrire, je parles de choses que je connais très mal. Alors soyez indulgents s'il vous plaît.
QUE LA MÉMOIRE SOIT !
- Hmmm… Grogne Elrond. Il semble que pour cette fois vous ayez eu le nez creux. Qu'en dites-vous madame ? Demande-t-il à la sorcière.
- Si c'est le cas, j'admets alors que Saroumane as trouvé un nouveau moyen de m'étonner, commente Galadriel en me regardant d'un air sceptique, les bras croisés sous sa poitrine.
- Moi je maintiens que ce n'est pas possible ! S'exclame Trolf depuis le coin de la pièce où il a été relégué par l'arrivée de la délégation elfique. Enfin, il ne devrait avoir plus aucune notion de profondeur s'il avait un œil de verre à la place de son œil original !
- Le Nain marque un point, commente la sorcière. Comment expliquez-vous qu'il y voie aussi bien d'un œil que de l'autre si l'un est faux ?
- Que Morgoth m'emporte si j'ai le début d'une idée de comment ce diable de magicien s'y est pris ! Répond Elrond en se relevant.
Ce faisant il lâche enfin ma paupière et me laisse cligner des yeux pour humidifier ce que je soupçonne de plus en plus d'être une prothèse.
- En tout cas, le concept est ingénieux, commente Elrond en se frottant le menton. Vous dites que nous avons donc affaire à un glyphe ?
- Ce qui est insensé, rétorque la sorcière. Les glyphes sont certes plus puissants, mais ils sont également inadaptés pour un être vivant.
- Mais en admettant que vous ayez, comme Saroumane, trouvé le moyen de faire en sorte que le glyphe soit en contact permanent avec son porteur, ne serait-il pas plus à même de remplir un office sur le long terme ? Demande Elrond.
- J'admets que l'idée est intéressante, mais je n'ai aucun souvenir qu'elle ait été mise en pratique auparavant. Commente Galadriel en levant un sourcil contrarié.
- Et c'est là qu'entre en jeux toute la subtilité de la chose ! S'exclame Elrond. Comment prévoir que nous aurions affaire à une magie qui ne peut techniquement pas être appliquée à un corps ?
- C'est très intelligent, je ne remets pas ceci en question, soupire la dame elfe. Mais je doute néanmoins fortement de son efficacité.
Je me tourne vers Jim qui se trouve de l'autre côté du lit.
- Ils vont faire semblant encore longtemps que je ne suis pas là ? Lui dis-je dans un murmure agacé pendant que les deux autres continuent leur discussion.
Celui-ci hausse les épaules et les laisse retomber sans me regarder. Il fixe un point devant lui depuis que les deux elfes se sont invités chez moi. D'ailleurs, il n'a plus pipé mot depuis que le nain a signalé la possibilité que j'aie un faux œil.
- Vous êtes bien conscient que la seule manière d'en être sûr c'est de le retirer ?
Le dernier commentaire de la sorcière me fait me retourner à toute vitesse.
- Pardon ? Dis-je d'un ton choqué.
Elrond se tourne vers moi, l'air songeur.
- Naturellement que j'en suis conscient, répond-t-il en ignorant ma question.
- Hé ! Ho ! Minute papillon ! Intervient Trolf depuis son tabouret. Vous allez lui sortir un œil sous prétexte que vous pensez qu'il est ensorcelé ? Et si jamais vous vous trompez ? Un œil ce n'est pas une fleur, ça se retire pas pour se repiquer plus tard comme ça !
- Nous savons déjà de quel œil il s'agit, grâce à vous, commente Elrond d'un ton rassurant.
- J'peux aussi m'tromper, c'est peut-être le brun le mauvais !
- Allons, vous avez formellement identifié sa couleur de pupilles comme étant brune.
- Ouais, mais j'suis qu'un nain, je peux me tromper aussi.
- Vous ne croyez pas un mot de ce que vous nous dites, soupire dame Galadriel. Vous êtes déjà sûr de quel œil il s'agit.
- Peut-être bien, mais on n'ôte pas des yeux sur des simples soupçons ! Comment vous voulez qu'il évalue la profondeur d'un puits de mine ou bien l'épaisseur d'un fer à battre à l'avenir avec un seul œil ?
- Maitre Trolf, je ne suis pas sûr que Faust envisage une carrière de forgeron ou de mineur…
- Mais vous n'en savez rien ! S'insurge le nain. S'il se découvre une vocation de mineur plus tard, ce sera votre faute s'il ne peut pas y prétendre !
- De toute façon, cette décision ne nous revient pas, tranche la sorcière d'un ton où perce une pointe d'agacement.
Elle me regarde enfin dans les yeux.
- Cette décision vous revient à vous, maître Faust.
Chic alors…
Vous pourriez cesser de vous plaindre quelques secondes pour réfléchir posément ?
Rarement quand j'ai un parasite dans le crâne !
Je fusille la dame du regard. Elle se contente de de me regarder de haut, son assurance inébranlable me donne envie de lui écraser mon poing sur la figure, mais je suis obligé de me faire violence quand je sens l'esprit de Din'Ganar se préparer dans ce sens. Elle hausse d'ailleurs un sourcil.
Je n'avais pas remarqué, mais vous semblez avoir un lien avec votre épée…
Vous ne pourriez pas m'en parler autrement que dans ma tête ? Je déteste ça !
Si vous y tenez…
- Maître Faust, quelle est cette chose que je sens à propos de votre lame ?
Je lève les yeux au ciel.
Et après c'est moi qui suis un cas !
- Si on vous demande, vous pourrez dire que vous n'en savez rien, réponds-je d'un ton acerbe.
- Faust ! S'exclame Elrond. Ce comportement déplacé est intolérable !
- Mille excuses, votre seigneurie, reprends-je d'un ton sarcastique en me tournant vers lui. Mais il se trouve que la dame se mêle d'affaires qui ne la regardent nullement.
- Il y'a d'autres moyens de le faire savoir ! S'énerve Elrond. Présentez vos excuses !
- Au nom de quoi ? Réponds-je d'un ton buté.
- Au nom du fait que vous êtes actuellement sous ma tutelle et que je ne vous laisserais pas vous comporter de la sorte tant que ce sera le cas ! Reprend l'elfe d'un ton glacial.
Je le fixe droit dans le fond des yeux. Je contiens à grande peine la rage qui menace de me saisir à tout instant et je regrette que Din'Ganar la pousse dans ce sens. Je serre convulsivement mes poings. J'ai une envie à peine contenue de lui sauter dessus pour lui arracher ses fichues oreilles pointues et m'en faire un collier.
- STOP ! s'exclame soudain la dame en s'auréolant de lumière.
Aussi rapidement que me sont venue mes envies de meurtre glauques, elles disparaissent et je tremble soudain dépourvu de forces.
- Que ? S'étonne Trolf avant de dégainer soudain un marteau de guerre à la tête aussi large que mes cuisses. Halte, Sorcière elfe ! Cessez immédiatement !
- Baissez cette arme, maître nain ! S'exclame Elrond en se tournant vers lui.
- Pas avant qu'elle ne s'arrête !
- Tout vas bien messire Trolf, réponds la sorcière d'une voix apaisante en continuant de me fixer de ses yeux devenus lumineux. Votre ami était sous l'emprise de la magie contenue dans son glyphe.
- Pardon ? S'étonne le nain.
- Son soudain accès d'humeur, c'est le glyphe qui l'a déclenché, lui explique Galadriel.
Je m'effondre en arrière su mon lit, mon œil vert est brûlant. Je ne vois plus rien avec lui.
- Je crois que nous avons la réponse à notre question, Entends-je Elrond dire. Il ne peut pas rester avec cette chose. Je la lui retire aussitôt que je le puis.
- Le plus tôt sera le mieux, dis la voix de la sorcière tandis que la lumière décroit dans la pièce. Je ne suis pas sûre de ce que j'ai senti, mais une chose est sûre, ce n'est pas uniquement Saroumane qui se cache derrière ce sortilège.
- Que voulez-vous dire ? S'étonne Elrond.
- Je ne peux qu'émettre des hypothèses, mais ce que j'ai senti en luttant contre cette magie… Ça ressemblait à s'y méprendre au pouvoir de suggestion de quelque chose de plus fort. Comme si…
- Comme si quoi ? demande le nain de sa grosse voix rocailleuse.
- Comme si j'avais plongé le regard dans un Palantíri… et croisé l'Œil… marmonne-t-elle d'un ton perplexe.
Elrond prend une profonde inspiration puis je le vois vaguement entrer dans mon champ de vision.
- Alors il n'y a pas une seconde à perdre, déclare-t-il.
- Je vous aiderais, grogne Trolf. Je suis guérisseur chez moi.
- Votre expertise de ces choses… Ces "yeux de verre", pourra nous être utile en effet.
- Vous ne pourrez rien faire sans moi, soupire Galadriel. Si le glyphe a forcé ce jeune homme à réagir ainsi, c'est probablement parce qu'il se sentait menacé. S'il recommence pendant votre opération, il faudra que je sois présente pour l'empêcher de vous nuire.
- Parfait, alors ne perdons pas plus de temps, tranche Elrond en se tournant vers Jim. Il me faut une table, mes instruments, de l'eau chaude, beaucoup de linge propre. Ho ! Et aussi…
Il décroche Din'Ganar du montant de mon lit et la tends à Jim. J'émets une fiable plainte quand elle m'envoie un sentiment de détresse, mais ne parvient qu'à trembler un peu.
- Emmène-ça dans ma chambre pour le moment. Je trouve qu'il est vraiment très étrange avec cette arme et je souhaite l'examiner.
Je ne vois pas la réaction de Jim, par contre je sens très clairement l'éloignement entre moi et mon épée augmenter.
Elrond saisi alors ma tête et me verse le contenu d'un gobelet dans la bouche.
- Buvez ceci, me dit-il.
Je ne comprends pas tout ce qui se passe, mais j'obtempère et perds rapidement conscience.
Quand je me réveille, j'ai l'impression qu'on m'a roulé sur la figure avec un camion.
- Bordel de Dieu, grogne-je en me relevant vaguement de sur mon lit.
Je porte la main à mon visage et y découvre un gros pansement.
- Maître ? Me demande une petite voix d'enfant.
Je me tourne vers la provenance du bruit et vois une sorte de gamin tout blond avec des oreilles pointues.
Ha oui, ça me reviens, le monde à Tolkien. Un putain d'elfe supplémentaire…
- Quoi ?
- Maître, vous allez bien ?
Je me tourne pour jeter un coup d'œil derrière moi mais ne trouve personne. Je reviens sur le garçon.
- Il est où le "maître" en question ?
Celui-ci m'adresse un regard interdit.
- Mais enfin, c'est vous… Tente-t-il d'un air entendu.
- Ha ? Possible… réponds-je au bout de quelques secondes en haussant les épaules. J'ai un peu la mémoire en passoire là.
Je regarde un peu autour de moi, mais ne reconnaît rien, si ce n'est le style de construction assez aérien et inimitable des elfes.
- On est revenus chez le doc pendant que j'avais le dos tourné ? M'étonne-je.
- Chez qui ?
- Le doc. Enfin… Il porte un nom de cercle je crois, dis-je en tentant de faire fonctionner cette fichue cervelle.
- Le seigneur Elrond ? Tente le gamin en haussant un sourcil de reproche.
- Ouais, voilà ! Lui, avec son air d'être toujours en rogne contre la moindre brindille.
Le gamin me fixe d'un air mi-scandalisé, mi-surpris.
- T'aurais pas de l'aspirine par hasard ? Lui demande-je. J'ai un putain de mal de crâne.
- Je peux vous faire une tisane, propose le gamin au bout d'un court instant d'hésitation.
- J'aime pas les tisanes, dis-je en grognant. Je suis pas un anglais fanatique d'eau chaude.
J'essaie de saisir ma couverture, mais je dois m'y reprendre à plusieurs fois. Avec un seul œil ouvert, ce n'est pas facile d'estimer la profondeur.
- M'est arrivé quoi à l'œil ?
- Vous avez été victime d'une machination, il a fallu vous retirer votre œil…
- QUOI ? M'exclame-je.
Ma réaction fait sursauter le gamin, mais il se trouve qu'à l'heure actuelle je m'en soucie comme de ma première paire de chaussettes.
- VOUS M'AVEZ ÔTÉ UN ŒIL ?
- Oui maitre… Reprends le gamin.
Je tâte immédiatement le bandage Il est horriblement mou là où il devrait y avoir mon œil et je ne sens plus sa présence.
- Bordel de nom de Dieu de putain de saloperie de merde ! M'énerve-je. Manquais plus que ça au tableau ! Je suis borgne maintenant ! FAIS CHIER !
La porte s'ouvre pour laisser entrer le Doc.
- Faust ? S'étonne Elrond.
- En chair et en emmerdes ! Réplique-je en me levant.
Je titube hors de mon lit avant de réaliser que je suis en chemise de nuit. Un modèle avec de la dentelle un peu partout du plus mauvais goût au passage. Mais j'ai d'autres chats plus gros à fouetter.
- C'est quoi cette histoire Doc ! Pourquoi je suis borgne maintenant ?
- Vous ne vous rappelez pas ? Demande-t-il en haussant un sourcil.
- Au diable les souvenirs, j'ai la tête en rade ! Je veux qu'on m'explique cette ablation arbitraire ! Dis-je en désignant mon orbite vide. Et j'aimerais aussi savoir où on est par la même occasion ! Et puis depuis combien de temps, pendant qu'on y est !
- Faust, au nom des Valar, calmez-vous ! S'énerve soudain Elrond.
J'en reste suffisamment surpris pour m'interrompre.
- Bon, reprend-t-il au bout de quelques secondes, commencez par retourner vous coucher, vous n'êtes pas suffisamment rétablis pour vous lever.
Je grommelle pour moi-même, mais suis quand même forcé d'admettre que je tremble un peu trop à mon goût sur mes genoux pour que ce soit confortable. Je me rassis, manquant de peu le bord du lit. Je rajuste ma position et tourne l'œil qui me reste vers le Doc.
- Tout cela doit vous paraître confus Faust, et c'est compréhensible…
- Vous m'en direz tant… Dis-je d'un ton railleur en le coupant dans son propos.
- … Si vous me laissiez finir, je pourrais peut-être apporter quelques éclaircissements, termine Elrond d'un ton acide.
- Mais je vous en prie, réponds-je d'un ton à peine moins discourtois en croisant les bras sur mon torse d'un air buté.
- Vous avez été ensorcelé, reprends Elrond agacé. Saroumane vous a possédé pendant un certain temps et vous a fait accomplir ses quatre volontés à la tête d'une partie de son armée.
Je n'en suis pas sûr, mais il me semble que je viens de devenir blanc. En tout cas, j'ai le sentiment très net que ma figure doit venir de changer de couleur.
- J'ai… J'ai quoi ? Dis-je d'une voix soudain chevrotante.
- D'après vos propres dires, vous vous seriez illustré à la bataille des Gués de l'Isen, continue Elrond. En tuant le prince du Rohan.
La nouvelle me sonne. Moi, tuer quelqu'un ? Moi, participer à une bataille ? Et du côté des Orques pour couronner le tout ?
- J'y crois pas, dis-je au bout d'un long moment de silence. Vous êtes pourtant bien placé pour savoir que je suis le dernier des trouillards et qu'il faudrait me traîner attaché pour me faire approcher une bataille.
- Et bien, au moins suis-je sûr que c'est bien vous, commente Elrond. Je n'ai jamais connu qu'une seule personne qui clame haut et fort sa couardise sans la moindre honte.
- Traitez-moi de peureux tant que vous voudrez, vous avez visiblement compris que ça ne me fait ni chaud ni froid. Mais me balancer à la figure que je suis allé me fourrer tout droit dans une bataille, il fallait que j'aie la tête sérieusement amochée.
- En-dehors du fait que vous avez perdu un œil, il n'y a pas que la tête qui soit bien amochée, me dit Elrond.
- Ho pitié, dis-je en m'exclamant de lassitude. Qu'est-ce que j'ai perdu d'autre ?
- Et bien, vous présentez une myriade de cicatrices tout à fait inédites sur une bonne partie du corps, sans compter une belle blessure au ventre infligé par votre royal adversaire.
- Chic, reprends-je au bout d'un moment de silence. C'est tout ou dans un moment vous allez aussi m'annoncer que je dois laisser mon bras au vestiaire en allant aux bains ?
- Du point de vue physique, c'est tout ce que j'ai à dire pour le moment. Étrangement, votre orbite était déjà en grande partie cicatrisée quand nous avons retiré le faux œil qui s'y trouvait. J'en déduis que sa perte est bien plus ancienne, au moins plusieurs mois et que cette prothèse avait pour but de vous permettre de voir normalement. En plus de sceller vos souvenirs grâce au glyphe qui y était apposé, il sevrait aussi probablement à aiguiser votre colère et vous y rendre plus prompt. Vous aurez besoin d'encore quelques jours pour récupérer pleinement de la dernière intervention. Et il vous faudra sans doute encore plus longtemps pour vous habituer à la perspective que suppose un seul œil.
- Je m'en réjouis, dis-je d'une voix grinçante.
J'avise à ce moment le gamin qui a bougé du côté de mon champ de vision encore valable.
- Et lui c'est qui au fait ? Demande-je à Elrond en levant mon pouce dans la direction du principal intéressé. Pourquoi il me sert du "maître" à tout bout de champ ?
- Vous avez pris ce jeune garçon sous votre aile quand vous étiez ensorcelé, comme page selon lui. Depuis, il ne vous a plus quitté.
- Merveilleux, dis-je dans un soupir. Donc en plus de Lia j'ai…
Je m'interromps, des images de mon dernier combat dans les mines me reviennent. Lia et Trolf qui cavalent en tête pendant que je me retourne pour faire face sans savoir vraiment pourquoi je fais ça.
Nom de Dieu, je devais être sérieusement atteint…
Je secoue la tête, d'autres images me reviennent. J'ai discuté avec Lia il n'y a pas si longtemps me semble-t-il.
- Lia est ici ? M'enquiers-je auprès d'Elrond.
- Non, elle est partie avec des éclaireurs ce matin très tôt.
- Ha… J'espère qu'ici elle n'est plus sous ma responsabilité. Sinon, je me vois mal aller lui courir après pour la ramener sous prétexte que son père la veut sans bobos.
- Vous avez été absent pendant plus de deux mois Faust. Et tout le monde vous croyait mort avant que vous ne refassiez surface dans cette armure et en compagnie d'un orque.
Ce faisant, il m'indique un présentoir sur lequel se trouve une lourde armure de plaque de la couleur de l'acier. Je me lève pour aller la voir de plus près.
C'est une blague ! Je n'ai pas pu porter ça, ça doit peser une tonne !
Pourtant, je me revois la mettre dans une tente. Un orque très obséquieux me tourne autour comme un vautour qui admire son prochain repas.
- Garshok, dis-je à haute voix en me souvenant qu'il a été tué peu après.
- Veuillez m'excuser ? Me demande Elrond.
- Hein ?
Je me retourne vers le Doc et réalise alors que j'ai parlé à voix haute.
- Ho, rien. Je me souvenais juste de l'orque qui avait supervisé la création de cette armure.
- Un personnage assez déplaisant, commente le gamin depuis son coin.
Je me tourne vers lui.
- Jim, c'est ça ? Je t'ai trouvé dans une mine de nain si j'ai bonne mémoire.
- Pour une fois, elle ne vous joue pas de tours, maître, commente l'enfant avec un sourire soulagé.
- Ouais… J'ai été viré d'Isengard, ça me revient maintenant ! J'ai été viré en même temps que l'orque qui me servait de capitaine à la bataille des gués… Grumash ! C'est ça ! Il s'appelle Grumash !
Je réalise alors que je me souviens de tout. D'absolument tout ce que je fais avec Saroumane. Je revois les visages des uruks que j'ai entraîné, de ceux qui sont morts, de cette sale fouine de Grima.
Pas croyable, moi j'ai commandé ! J'ai commandé une armée ! Et le pire c'est que j'ai failli gagner ! Putain ! Comment j'ai fait pour me jeter au milieu de cette merde moi ? S'il n'y avait pas eu…
Je regarde autour de moi. Je ressens soudain le vide, le manque.
Elle n'est plus là ! Où est-elle ? Où ?
Je commence à retourner mes affaires, tirer mes draps, ouvrir ma commode.
- Faust, que faites-vous ? S'exclame Elrond.
- Je l'ai perdue… C'est pas vrai, où est-ce que je l'ai mise… Où est-elle ?
Je continue à fouiller, de manière plus frénétique encore, sans accorder d'attention aux questions dont me presse Elrond. Je suis sûr que je ne l'avais pas déposée bien loin. Elle n'a jamais été bien loin.
- … Din'Ganar ? Me demande le gamin.
Je n'ai saisi que la fin de la phrase, mais le nom me fait l'effet d'une décharge d'adrénaline.
- Oui ! Où est-elle ? M'enquiers-je en me retournant vers lui subitement vers lui, le faisant sursauter.
- Pour votre bien, je crois qu'il vaut mieux que vous ne revoyez pas cette épée pour le moment, commente Elrond qui semble avoir enfin compris.
Je lui jette un regard surpris.
- Pourquoi ? Réponds-je d'un ton dont la note agressive me surprend moi-même.
- Dame Galadrielle est encore en train d'essayer de définir quels sont les propriétés de cette arme, mais il est assez évident qu'elle a eu un effet addictif sur votre personne. De plus, cette lame semble avoir une sorte de personnalité intérieure. Dans votre état de faiblesse actuelle, je vous interdis de vous en approcher.
Je lui adresse un regard pas très engageant. J'en suis conscient mais ne peux pas m'en empêcher, ce qui me commence à me donner la frousse de moi-même. Je suis obligé de faire un effort pour me reprendre.
- Vous avez peut-être raison. J'ai l'impression que je m'énerve un peu trop vite quand on me parle d'elle.
- Elle ? S'étonne Elrond.
- Oui, de cette fille… Heu ! Épée ! Dis-je en me forçant à me concentrer.
Elrond plisse les yeux en me regardant, ce qui n'est pas bon signe à mon avis.
- La personnalité de cette épée est… féminine ? S'étonne-t-il.
- Et extrêmement extravertie, précise-je avant d'avoir pu m'en empêcher.
Elrond me regarde pendant plusieurs secondes, l'air surpris. Puis il fait demi-tour et sort de la pièce, me laissant seul avec le gamin. Je me tourne vers lui et devine le trouble dans son regard.
- Tu ne m'imaginais pas comme ça en réalité, hein ? Dis-je avec un sourire cynique. Bizarrement, ma vraie personnalité aurait sans doute servit bien mieux cette vieille barbe de Saroumane que cette nouvelle personnalité sans souvenirs.
- J'admets que je ne vous pensais pas si… commence Jim avant d'hésiter.
- Lâche ? Dis-je pour l'aider avant de glousser. Ne t'inquiète pas, j'ai renoncé à la moindre parcelle d'honneur bien avant d'arriver ici. Elle ne m'a jamais servi à rien chez moi, je ne voyais pas pourquoi je m'en serais soucié ailleurs.
- Pourtant, vous vous en étiez soucié en Isengard.
- En Isengard j'avais perdu la mémoire gamin, lui fais-je remarquer. Ça change pas mal la donne. Mais je dois avouer que je ne reconnais pas ce moi grandiloquent que tu as rencontré. La seule chose que nous devions avoir en commun, ce devait être notre penchant à la pitié.
Je m'assieds sur le lit avec une grimace.
- Ha ouais, la blessure au flanc… Bordel, je suis vraiment le roi des ahuris pour être allé me fourrer dans un guêpier pareil. La prochaine fois qu'il y'a une mission pour le vieux barbon gris, ce sera sans moi.
Jim reste muet puis sort au bout de quelques instants. J'en profite pour me rallonger et me rendormir. Malheureusement, je ne trouve pas le sommeil, trop de souvenirs se bousculent dans ma tête, entre les anciens et les nouveaux.
Dire que j'étais dans la tour même de celui qui aurait pu me renvoyer chez moi et que je ne m'en souvenais même plus. Putain, c'est à pleurer !
Je suis quand même plutôt heureux qu'Elrond soit passé par là. Je ne sais même pas ce qu'il est venu faire dans le coin, mais j'ai vraiment une chance de cocu qu'il m'ait reconnu. Parce qu'il y avait beau y avoir Lia et Trolf, ils étaient trop loin et trop peu intéressés par mon audience que j'aurais pu passer sous la hache du bourreau pendant qu'ils avaient le dos tourné.
Merde ! Grumash ! Comment je le fais sortir de là moi… D'autant que je ne veux plus aller m'engager dans l'armée du Mordor… Pfff ! Ça devient compliqué cette histoire.
À force de me retourner dans mon lit, je finis par m'endormir et j'accueille avec bonheur la torpeur d'un sommeil sans rêves. Enfin, ce que j'espère être un sommeil sans rêves se révèle vite un cauchemar sans queue ni tête qui me réveille en sursaut au milieu de la nuit. Un petit feu crépite dans la cheminée pour lutter contre le froid de ce printemps et Jim se retourne dans ses couvertures, sur sa paillasse. Je ne sais pas qu'elle heure il est et suis bien en peine de l'estimer. De dépit, je repose la tête dans mes coussins et attends, dans l'espoir que le sommeil revienne en plus clément cette fois.
