Jeudi 28 décembre 1995
Ou peut-être 29...
Chère Marie,
Je suis à l'hôpital avec Harry. Rien d'inquiétant, enfin, je crois. Tu te souviens, je t'en avais parlé, c'est le rendez-vous pour qu'il ait la chance qu'on lui recasse les os pour qu'ils se ressoudent comme il faut. J'ai insisté pour l'accompagner et passer la nuit avec lui. J'ai mon empathie à fond pour l'aider à annihiler la douleur des multiples fractures et du Skele-grow, la potion qui aide à les réparer.
La nuit sera longue, et la potion agit mieux s'il dort. Le concepteur a du oublier que la plupart des gens ne peuvent pas s'endormir avec un seuil de la douleur au-delà de 4 sur 10... (Harry dit qu'il est à 9) Et il ne peut pas prendre d'antidouleur ou de somnifères, bien entendu...
Heureusement, ça ne dure qu'une nuit. Et j'ai promis de veiller toute la nuit pour l'aider à accepter la douleur. Je ne peux pas la réduire : je suis empathe, pas mentaliste. Par contre, je peux augmenter son seuil de résistance. Qui est déjà particulièrement élevé, et je n'ai pas beaucoup de travail. C'est juste une concentration de tous les instants et je n'ai pas le droit de dormir.
Donc je m'occupe. J'ai amené de quoi lire (l'anatomie humaine selon Galaad, autant commencer quelque part) et ce journal.
Il s'en est encore passé des choses, aujourd'hui.
Hier soir, pendant le dîner, Arthur Weasley était particulièrement sombre. Bill lui avait parlé. D'après les quelques mots que nous a donnés Bill avant de rentrer chez lui, Arthur avait bel et bien de nombreux sorts d'influence sur lui. Mais il ne savait pas pourquoi on lui avait fait ces tests, et en qui avoir confiance après ce qu'il avait découvert. Alors il avait fait lever toutes les influences, mais n'avait rien dit à personne.
Le pauvre. Il a du se sentir vraiment seul. Au moins, nous, nous étions tous ensemble, même si c'était dur. Du coup, quand Bill lui a parlé hier, ça a été à la fois un choc par rapport à la nouvelle du contrat de mariage, mais aussi un certain soulagement : il commençait à savoir en qui il pouvait se confier.
Résultat, ce matin, il a tenu à mettre les choses au point. Nous nous sommes presque tous réunis dans la bibliothèque : Harry, Remus, moi, les jumeaux, Ginny, Kingsley et donc Arthur. Hermione et Sirius sont toujours chez les Granger, et Bill, Fleur et Tonks travaillaient ce matin. Nous avons mis au courant Arthur de l'essentiel de ce qui s'était passé depuis le début des vacances, les tests médicaux, les verrous magiques, le fait qu'on les a fait disparaître, la découverte des manipulations de Dumbledore sur tout le monde, les potions sur Hermione et Ginny...
Ah, à propos de potions sur Hermione, Harry ne sait toujours pas si l'Amortentia dans le parfum offert par Ron à Noël est volontaire de sa part ou non. Ron est persuadé que Harry a des vues sur Hermione (alors qu'il sort avec moi, mais bon...) et ne veut pas trop se livrer. Enfin... Harry sait être assez manipulateur quand il veut pour le faire parler, il a juste besoin d'avoir l'esprit un peu plus à ça. Et ça, je ne sais pas quand ça sera.
Donc, on a tout dit à Arthur. Il sait pour les Animagi, la magie élémentale, tout. Du coup, une fois tout le monde au même point, nous avons pu, Harry, Remus et moi, raconter ce qui s'est passé hier. Nous avons parlé de la prophétie et des Horcruxes, mais pas de celui qui est dans Harry. Inutile de les inquiéter. Nous nous sommes contentés de dire, quand Harry a expliqué que ses pleins pouvoirs lui ont permis de maîtriser l'Occlumancie, qu'il a réussi à isoler le lien avec Voldemort et qu'il ne compte pas rouvrir la cage tant qu'il ne sait pas comment s'en débarrasser. Au moins, ils savent qu'ils n'ont rien à craindre de ce côté-là, et ça évite à Harry d'être regardé comme un mort ambulant.
Nous avons également raconté ce qui s'est passé chez les avocats avant Noël et à Gringotts hier. Tout le monde a été choqué des extrêmes auxquels s'est livré Dumbledore pour parvenir à garder le contrôle sur Harry. Mais les Weasley ont surtout été choqués en découvrant les versements sur leur compte familial, pour Ron, et le contrat de fiançailles avec Ginny.
Ginny a pâli en apprenant la nouvelle, et mon réflexe a été de la serrer contre moi. Elle aussi, elle découvre de vilaines choses depuis le début de ses vacances.
Les jumeaux, eux, ont été furieux :
« Et tu ne t'es rendu compte de rien ? » ont-ils dit à leur père.
Celui-ci a soupiré et sortit un parchemin de diagnostic, presque aussi long que celui de Harry. Aucun blocage magique, une maîtrise moyenne de l'Occlumancie qu'il a promis à la fin de la réunion de perfectionner, mais surtout de très nombreuses influences et compulsions, qui ont fondamentalement dirigé sa vie : son refus de monter en grade au Ministère, le fait de laisser la gestion complète des comptes à Molly, de lui laisser toute autorité sur la famille également, pour préférer se consacrer à sa passion des objets moldus, la très habituelle confiance absolue en Dumbledore... Il y en avait énormément. Des souvenirs bloqués également, et surtout, surtout : trente années d'Amortentia dans le système, heureusement à très faible dose, mais suffisante pour assurer un amour plein et aveugle envers Molly.
J'avais bien vu les potions qu'il prend depuis son retour de l'hôpital, mais j'ai cru en l'explication qu'il avait donné : il faut continuer à absorber l'antidote pendant quelques semaines, le temps d'être certain que le venin de Nagini soit complètement évacué. Non, c'est de l'antidote à l'Amortentia.
Les jumeaux ont été complètement confondus. À vrai dire, c'était même particulièrement gênant d'être avec les Weasley à ce moment-là. Ils sont en train de vivre une vraie tragédie, et je ne sais absolument pas comment les aider. Et la position de Ron qui n'est toujours pas claire...
En tout cas, nous avons donc le soutien complet de Arthur, qui a décrété que seul lui, en tant que Chef de Famille, et Harry, en tant que Lord, avaient le droit de conclure un contrat de fiançailles entre un Weasley et un Potter. La tutelle ne donne pas ce droit à Dumbledore, et Molly n'a pas non plus ce droit en tant qu'épouse. Le contrat ne vaut rien.
Harry et Ginny ont été soulagés, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais Harry a quand même insisté pour que Ginny conserve le compte qui avait été ouvert, même si, du fait de l'annulation du contrat, il ne sera plus alimenté. La famille souffre suffisamment comme ça, Harry aurait l'impression de les punir encore davantage en faisant fermer ce compte pour récupérer les fonds. C'est donc à Ginny et Arthur de décider ce qu'ils en feront.
De la même façon, Harry a expliqué que si les versements annuels à la famille ont été arrêtés hier, il ne demandera pas à récupérer l'argent. Il sait que la plupart des Weasley n'y sont malheureusement pour rien, et il n'a pas envie de pénaliser toute la famille sur les actions d'une seule personne.
« Et Ron ?
–Les versements ont été stoppés également, mais je ne sais pas encore ce que je vais faire, a reconnu Harry. Pas de remboursement, c'est certain, mais ma décision finale dépendra de Ron : si c'est vraiment un ami, quoi qu'il en soit, je vais faire comme avec Ginny : il sera libre de faire ce qu'il veut de ce qu'il a déjà. Et si finalement, il se retrouve plus ou moins complice de votre mère ou Dumbledore, je vais faire agir mes droits de Lord pour demander réparation en faisant fermer le compte et en récupérant ce qui se trouve dessus. »
Les Weasley ont accepté cette décision, reconnaissant qu'elle est plutôt douce. Ils connaissent suffisamment bien le droit magique pour savoir que si Harry porte l'affaire devant un tribunal, Ron devra sans doute rembourser l'intégralité des sommes perçues, avec des intérêts pour le préjudice moral, d'autant plus importants que ce préjudice est porté à un un Héritier d'une Très Noble et Très Ancienne Famille.
Puis nous avons discuté pour savoir comment, maintenant que nous avons a priori toutes les informations possibles et imaginables (enfin, j'espère...), nous allons faire en sorte de changer les choses. Nous ne voulons pas encore attirer l'attention sur l'émancipation de Harry, pas tant que ses avocats n'ont pas blindé le dossier contre Dumbledore pour l'empêcher de revenir à la charge et également ruiner son image publique et son aura.
Arthur a alors décidé de parler du contrat de fiançailles. C'est normal qu'un père, découvrant un contrat de fiançailles sur sa fille, demande aux signataires des explications, et comme Dumbledore n'est disponible que lors des réunions de l'Ordre...
Il y a eu un silence, puis les jumeaux et moi avons eu la même réaction : nous avons éclaté de rire. Cela promet du grand spectacle !
« On a le droit d'assister à la réunion de tout à l'heure ? j'ai demandé.
–Oui, a répondu Fred.
–Ils ont compris que nous éloigner des discussions ne servait à rien, a continué George.
–Merci, d'ailleurs, à ce sujet.
–Faut-il prévoir...
–Le pop-corn ? » ont-ils demandé en chœur.
J'ai ri à nouveau, et cette fois, je n'ai pas été la seule. Si en effet, Arthur aborde cette question de contrat lors de la réunion, cela risque de faire des étincelles. Je me suis tournée vers Harry :
« C'est un excellent prétexte pour que tu commences officiellement à t'intéresser à ta situation. Tu peux demander pourquoi c'est Dumbledore qui a signé le contrat, s'il en a vraiment le droit et quelles sont les prérogatives d'un tuteur. Et pourquoi, s'il est ton tuteur, t'a-t-il laissé sans contrôle chez les Dursley. S'il s'intéresse à ton avenir au point de te chercher une femme avant ta puberté, ne devrait-il pas également s'assurer de ton bien-être actuel, ne serait-ce que pour s'assurer que tu sois toujours un parti valable ?
–Je suis Lord Potter, chérie, je suis un parti valable quel que soit mon état.
–Mais ça, tu n'es pas censé le savoir. Pour l'instant, officiellement, tu n'es que Harry Potter, avec la célébrité qui va derrière ton nom, mais sans aucune connaissance de tes titres, ta fortune et ta puissance politique et magique. Aucune mère n'accepterait de céder sa fille à une célébrité si cette célébrité est un risque pour sa fille, sans de solides garanties. Quelles sont ces garanties ? Harry, je sais que tu es un Lord et que Mrs Weasley est au courant, mais toi, tu n'es pas censé l'être ! Tu es en droit de te demander quelles garanties Dumbledore a donné à Mrs Weasley qui est une bonne mère, qui aime tous ses enfants et tient à toi comme son propre fils. Toute la célébrité du monde ne suffirait pas à une bonne mère si le prétendant est un enfant battu, c'est-à-dire a plus de cinquante pour cent de chances de devenir violent à son tour. »
Harry a hésité, mais j'ai repris avant qu'il puisse dire quoi que ce soit :
« Je ne veux pas que tu aies de réponse. Je veux semer le doute dans l'esprit des gens présents. Si en plus, tu as une réponse, tant mieux, on pourra jouer avec pour pousser ce doute encore plus loin.
–Pourquoi tu n'es pas à Slytherin ? » a demandé Fred.
Euh... Parce que le Choixpeau veut que vous me fassiez confiance avant que je rejoigne ma vraie maison ? Non, mauvaise réponse. Demi-vérité, donc :
« Parce que toute ma manipulation va au service de mes amis, j'ai répondu sans marquer d'hésitation. Je ne fais pas ça par intérêt personnel. »
Ce qui est absolument vrai, au fond. Il y a eu un silence, puis George a souri :
« C'est pour ça que tu t'entends bien avec Malfoy. »
Ah bah oui, nous sommes deux Slytherins...
« Nous parlons le même langage, oui, j'ai souri. Je ne suis pas noble, mais je suis Française. L'anglais est la langue des affaires et du commerce, mais le français est la langue des négociations et de la politique. Si nous avons le monopole du discours amoureux, c'est bien pour une raison : nous sommes les meilleurs pour baratiner notre conquête. »
Ça les a fait rire, ce qui était un peu mon but. Je ne veux pas qu'ils aient peur de moi, et de la possibilité que je les manipule autant que Dumbledore. Ce n'est pas le cas (hors de question !) et je n'ai pas envie qu'ils commencent à le croire parce que je suis rapide à trouver des moyens de ridiculiser quelqu'un avec des mots. Ce n'est pas de ma faute si je suis toujours plus rapide à défendre les autres que moi-même et que je n'hésite pas pour ça à me servir des mots...
Harry a du me sentir rassurée, car il m'a serré la main avec un petit sourire. Il a compris ce que je venais de faire. Il commence à me connaître de mieux en mieux, c'est effrayant. Je ne vais plus pouvoir jouer avec lui, maintenant... Enfin... Si, mais ce sera vraiment avec lui contre d'autres. Comme ce que nous étions en train de prévoir pour la réunion.
Le déjeuner s'est passé dans une ambiance relativement tendue. Tout le monde était à la fois impatient et appréhensif par rapport à la réunion de l'Ordre, qui devait commencer juste après le déjeuner.
Pour la réunion... Prévois toi aussi le pop-corn, c'était franchement excellent. Je suis désolée de ne pouvoir te raconter ça que par mots et de ne pas pouvoir te montrer mes souvenirs, parce que franchement, c'était le spectacle promis...
La réunion a bien commencé. Il y avait du monde : tous les Weasley à part Charlie en Roumanie et Percy qui joue toujours les crétins au Ministère, Harry, Remus, Sirius et Hermione revenus pour l'occasion (ses parents sont au travail, de toute façon), Kingsley, Tonks, Fletcher, Hestia Jones, Emmeline Vance, quelques autres têtes, McGonagall, Flitwick, Snape, et bien sûr, en maître de cérémonie bienveillant, j'ai nommé le grand et majestueux et pétillant Dumbledore. Et ta dévouée, bien sûr.
Dumbledore à un bout de la table, trônant en seigneur, les yeux pétillants. Je suis à peu près sûre que c'est signe que sa Légilimancie tourne à plein régime. Il doit avoir de la peine avec tous ceux qui apprennent l'Occlumancie pour le moment.
Ah, à ce sujet, j'ai aussi un paysage mental, à présent. J'ai opté pour la beauté onirique d'un cercle de pierre, avec chaque pierre sa fonction, représentée par des runes. Il est protégé par une forêt riche en... dangers divers et variés, on va dire ça comme ça... Disons que ceux qui prennent le risque d'y entrer vivront sans doute un moment de pur cauchemar...
Sirius, en hôte des lieux, à l'autre bout de la table. McGonagall à la droite de Dumbledore, Harry à la droite de Sirius. Moi à côté de Harry, Hermione à côté de moi, Ron à côté de Hermione. Mrs Weasley à la gauche de Dumbledore, et son mari à côté d'elle, et Bill et Fleur, puis Tonks, et en face d'eux, on tombe sur les jumeaux, puis Ginny. Et quelques adultes de l'ordre. Je crois qu'il y en a un qui s'appelle Elphias. Ils ont des noms trop bizarres, ces sorciers britanniques.
Snape délivre un rapide rapport sur Voldemort : toujours aucune explication sur l'étrange phénomène du 21 décembre qui lui a fait perdre un instant connaissance. 21 décembre... La date où nous sommes allés à l'hôpital et où Harry a retrouvé tous ses pouvoirs. Ça en a fait perdre conscience à Voldemort ? Vraiment ? Ben dis donc, pour un mage noir, c'est vraiment une petite nature. Ou alors il n'aime tellement pas le plaisir que la sensation d'orgasme de Harry a été trop dure pour lui... J'aurais trop aimé être une petite souris voir Voldemort s'effondrer à cause d'une sensation de... jouissance... Quelle lavette, franchement.
Harry et Hermione ont suivi le même fil de pensée, car je les ai sentis avoir du mal à garder le contrôle sur leur amusement. On ne peut pas montrer qu'on sait parfaitement ce qui est arrivé à Voldemort (un orgasme, hahaha). Franchement, ça a été dur de ne pas éclater de rire. Et là, maintenant que je t'écris, j'ai du mal à ne pas te mettre des smileys, des lol et des mdr... Parce que, sincèrement, l'image de Voldemort succombant à un orgasme, ça me donne encore envie de rire.
Enfin bon. On se tait tous les trois, et personne ne semble faire le lien entre l'étrange comportement de Voldemort (s'évanouir comme une fillette... Je suis sûre que c'était son premier orgasme. Il devrait remercier Harry...), et la fureur noire de Harry ce jour-là. Le jour où les sorciers adopteront la logique et réfléchiront par eux-mêmes... Ce jour-là, personne ne pourra avoir l'emprise que Dumbledore a actuellement sur la société magique britannique.
Comme personne ne semble avoir d'idée, on passe au sujet suivant : l'attaque d'Arthur. Tout le monde affiche sa joie de le voir en bonne santé, et Dumbledore répète à Harry la nécessité de suivre des cours d'Occlumancie.
« Pourquoi vous ne les avez pas proposés plus tôt ? »
Ah, désolée, je n'ai pas pu m'empêcher de mettre mon grain de sel. Dumbledore me regarde avec son regard de grand-père bienveillant, contredit par toute son aura d'émotions :
« Parce que j'ignorais ce qui pouvait se passer.
–Pourtant, vous avez délibérément évité Harry, depuis le retour de Voldemort. Vous ne l'avez même pas soutenu, à Hogwarts, face aux élèves et à Umbridge.
–Je ne dois pas marquer de préférence pour un élève, vous le savez bien, Miss Nestral, même si Harry a un rôle important à jouer.
–Vous venez de marquer une préférence. Vous m'appelez Miss Nestral alors que vous appelez Harry par son prénom. Pourquoi alors l'éviter complètement quand il réclame votre soutien ? Au tribunal cet été, puis à divers moments de l'année ? Pourquoi attendre l'attaque de Mr Weasley pour lui proposer des cours d'Occlumancie ?
–Miss Nestral, je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais ici, il vous faudra accepter que les adultes peuvent disposer d'informations qui ne vous sont pas nécessaires.
–Chez moi, on nous apprend à réfléchir par nous-mêmes, Monsieur, et on nous apprend pour cela à exercer notre esprit critique. Je ne remets pas en cause vos connaissances sans doute extrêmement plus profondes que les miennes, je souhaite juste savoir si vous avez une bonne raison d'avoir attendu que Mr Weasley passe près de la mort pour estimer nécessaire que Harry apprenne l'Occlumancie.
–Oui, Miss Nestral, j'ai une bonne raison.
–Laquelle ? a demandé Fred.
–Je vous demande pardon ?
–Vous venez de dire que vous avez préféré attendre que notre père soit mis en danger, a expliqué George.
–Pourquoi ? a demandé Fred.
–Les enfants, est intervenue Mrs Weasley, le Professeur Dumbledore a sans doute d'excellentes raisons, et ce n'est certainement pas poli d'exiger qu'il vous les donne. En tant que chef de l'Ordre, il a des responsabilités dont vous n'avez pas idée, et il est malheureux que vous trouviez toujours raison à discuter ses décisions. »
Je n'ai pas pu m'empêcher de ricaner. Si on trouve toujours raison à discuter ses décisions, sans en accepter naturellement une seule, c'est qu'il doit y avoir matière à discuter. Personnellement, je n'ai ouvertement mis en doute que celle concernant l'Occlumancie, mais apparemment, je ne suis pas la première. Preuve si besoin est que tout ne tourne pas rond dans l'Ordre.
« Manon, ce n'est pas parce que tu es une étrangère que tu peux te permettre de manquer autant de respect ! »
La diatribe de Molly m'a choquée, honnêtement. Comment peut-on avoir de tels préjugés ? Hors de question que je laisse une telle insulte sans réponse. J'ai affiché tout le sarcasme et le mépris que j'ai pu :
« Ce n'est pas parce que je suis Française, mais parce que je suis empathe. »
Il y a eu un silence, puis Snape a dit d'une voix neutre (et d'un visage tout aussi neutre) :
« Albus est un excellent Occlumens, votre don d'empathie ne peut pas fonctionner sur lui, Miss Nestral. »
Je l'ai regardé un instant : je lui ai dit à notre première rencontre que l'Occlumancie des pensées et l'Occlumancie des émotions sont deux choses différentes. D'ailleurs, il a tenu compte de mes paroles, parce que j'ai de plus en plus de mal à discerner ses émotions. Il est presque aussi doué que Hermione et Harry, à présent.
Il a soutenu mon regard, et j'ai senti de la détermination, et du soutien. Je sais que je n'ai perçu ces émotions que parce qu'il m'a autorisée à les percevoir, en acceptant de me laisser le regarder dans les yeux. J'ai souri, en comprenant ce qu'il voulait : la vérité, et une occasion de montrer que Dumbledore n'est pas tant tout-puissant que ça :
« Le talent de Mr Dumbledore ne doit alors pas être suffisant contre un empathe naturel. Son aura est tellement forte que je dois monter toutes mes barrières mentales pour ne pas être assaillie par ses émotions. »
Héhé, pop-corn !
La tête de tous ces gens quand j'ai annoncé que leur si bien-aimé chef est un livre ouvert pour moi !
Dumbledore a tellement l'habitude d'occulter ses pensées et d'afficher un masque bienveillant en toute occasion qu'il en oublie de maîtriser ses émotions. Et pourquoi en aurait-il besoin ? Les empathes sont rares, et sont généralement de bons Legilimens qui peuvent associer des émotions de base à des pensées.
Comme Voldemort et sa manie de savoir si on lui ment ou non. Il n'est pas empathe, il est juste capable de percevoir les minuscules signaux, y compris mentaux, qui annoncent un mensonge. C'est à cause, ou grâce, à lui que Snape est un si bon menteur : il a appris à la dure à masquer ces différents signaux. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui il progresse très vite en Occlumancie émotionnelle : c'est déjà quelque chose qu'il fait instinctivement depuis qu'il a commencé à fréquenter les cercles intérieurs des Deatheaters.
Bon, si je me mettais sérieusement à analyser ses émotions, son Occlumancie de sorcier n'y résisterait pas, mais en temps normal, c'est plus que suffisant pour que ses émotions me restent cachées. Et je sais qu'aucun sorcier n'a désormais plus accès à ses émotions.
Dumbledore n'a jamais eu besoin de ça. On a toujours bu ses paroles, cru qu'il ne pouvait dire que la vérité. S'il affiche un grand sourire, ses yeux pétillants, et un bouclier d'Occlumancie correct pour les sorciers, personne ne songera à vérifier ces infimes signaux d'émotion, et encore moins à utiliser l'empathie sur lui.
Il n'a donc jamais appris à maîtriser ses émotions, non seulement dans leur expression, mais également et surtout dans leur ressenti. Dumbledore est une vraie passoire pour tout bon empathe. Et je suis une mage empathe. Alors, forcément, l'Occlumancie de Dumbledore ne lui sert absolument à rien.
Là, alors que j'ai fini ma petite déclaration, j'ai senti de la colère, du déni, puis de la méfiance à mon égard, du doute, les certitudes qui vacillent (sans doute se demandait-il si finalement il aurait pas du poser un verrou plus puissant sur mon pouvoir), puis enfin de la détermination, la volonté d'en découdre, de prouver qu'il est au-dessus de moi, que je ne suis qu'une petite adolescente arrogante.
Son expression qui avait vacillé une fraction de seconde a retrouvé toute sa bienveillance de grand-père et il a agité la main :
« Ce n'est pas important. Au moins, on peut en déduire que même à mon âge, et même avec ma position délicate, on peut continuer à éprouver des émotions. »
Tout le monde a hoché la tête, sauf Harry, Hermione et moi. Je l'ai même secouée, incrédule : oui, certes, mais ce n'est pas pour autant que ces émotions sont bonnes. J'ai vu le regard de Snape posé sur moi, et j'ai croisé à nouveau ses yeux. De la compréhension, et de l'acceptation, légèrement à contrecœur, mais nécessaire. Apparemment, Snape vient de se rendre compte que son protecteur n'a pas forcément les meilleures intentions.
Mais même si je sais que les émotions ne mentent pas, j'attends de voir si ça va se transcrire en actes. Elles ne peuvent pas mentir comme les pensées, mais sont extrêmement volages et peuvent changer d'un instant à l'autre. Ce n'est pas parce que Snape a un excellent contrôle qu'il n'est pas capable de faire volte-face. Il l'a déjà fait plusieurs fois dans ses allégeances, il en est certainement aussi capable dans ses émotions. Désolée, ma belle. Pas méchant, certes, mais pas héros, et pas encore digne d'une confiance absolue. Il est de notre côté, mais ''notre côté'' se limite à ''opposé à Voldemort''. Je ne sais pas s'il soutiendra Harry face à Dumbledore.
Dumbledore a repris son ordre du jour : la protection de l'arme mystérieuse dans les tréfonds du Département des Mystères au Ministère de la Magie. De nouveaux tours de garde ont été établis, et j'ai de nouveau pris la parole, en m'adressant à tout le monde :
« Juste par curiosité, vous savez au moins ce que vous gardez ?
–Une arme, a répondu un des adultes sur le ton de l'évidence.
–Certes, mais encore ? Une arme magique, une arme bactériologique, une arme nucléaire ? Une arme rare et précieuse ? Une arme de destruction massive ? Vous savez pourquoi vous mettez vos vies en danger, au moins ?
–Moins de personnes sont au courant, mieux c'est, a répondu Emmeline Vance.
–Oh. Sans doute cette histoire de ''Plus grand bien'' que j'ai du mal à comprendre alors... Confiance aveugle, jetez-vous d'un pont si c'est utile à la cause, tout ça, tout ça... Continuez... Ça devient franchement intéressant.
–Pourquoi refusez-vous de faire confiance et de croire que certaines causes valent la peine d'être défendues à tout prix, Miss Nestral ? m'a demandé Dumbledore.
–Oh, je crois que je suis bien placée pour savoir que certaines causes valent la peine d'être défendues à tout prix, Monsieur. Après tout, je suis une voyageuse, et j'ai accepté de perdre tous mes repères, toute ma famille, et tout espoir de rentrer un jour chez moi pour défendre un pays qui n'est même pas le mien face à un terroriste. Pourtant, je ne me plains pas trop, et je participe comme je peux. Par contre, je refuse de faire aveuglément confiance. Je veux bien croire que votre intelligence vous permet d'affirmer que l'arme... »
J'ai plus ou moins volontairement (plus que moins, pour être honnête) laissé échapper un ricanement à ce mot, et tout le monde a froncé les sourcils.
« … doit être protégée à tout prix, mais je pense qu'en savoir un peu plus sur la nature de cette arme mystérieuse ne ferait de mal à personne. Ne serait-ce que parce que si vous la protégez, c'est que vous estimez que des gens, apparemment des méchants, seraient intéressés par elle et auraient envie de la récupérer. Selon sa nature, ils vont procéder différemment, en nombre d'hommes, en précautions, en matériel si besoin... Si elle est massive, ils vont essayer de faire ça à des moments différents que si elle peut se glisser incognito dans une poche, par exemple. Si elle est bardée de protections magiques, ils vont peut-être emmener des experts avec eux, qui ne sont donc pas des combattants, et ça va changer leur stratégie d'attaque... Personnellement, si on me demandait de garder quelque chose contre quelque chose d'autre, j'aimerais au moins avoir plus de précisions sur une de ces deux inconnues. Et non, l'étiquette ''arme mystérieuse'' d'un côté et ''Deatheaters'' de l'autre, ça ne me suffit pas. C'est comme si on me parlait de quelque chose de liquide d'un côté et de quelque chose de brûlant de l'autre. Ça ne donne aucune information. »
Il y a eu un silence, qui m'a permis de percevoir le :
« Elle est pire que Hermione... » de Ron.
Merci Ronald. Désolée si je n'ai pas pour habitude d'avaler tout ce qu'on me donne sans réfléchir. J'ai laissé passer un silence, histoire d'être certaine que chaque personne a eu le temps d'assimiler ma tirade, et j'ai souri :
« Mais je n'étais pas là lors des dernières réunions de l'Ordre. Peut-être en avez-vous déjà parlé précédemment, et vous êtes parfaitement au courant de ce que vous protégez, mais vous ne souhaitez pas nous en parler parce que nous ne sommes pas impliqués dans sa protection, ce que je comprendrais parfaitement.
–C'est exactement ça, Miss Nestral, a aussitôt répondu Dumbledore avec un sourire. Vous comprendrez donc notre envie de discrétion.
–Parfaitement, Monsieur. Je ne souhaitais pas moi-même des précisions sur cette arme, juste satisfaire ma curiosité insatiable sur le fait que ceux qui la protègent savent ce qu'ils protègent.
–Ils ont toutes les informations dont ils ont besoin.
–Voilà donc ma curiosité satisfaite. Désolée, c'est ma première réunion, je ne suis pas encore très au fait des choses. »
Pop-corn, deuxième tournée !
De nombreux adultes n'ont pas semblé particulièrement satisfaits de me voir céder aussi vite. Ils n'ont qu'à sauver leurs fesses eux-mêmes, non mais oh ! S'ils n'ont pas le courage de s'opposer à Dumbledore, ce n'est pas mon problème. Moi, mon but du jour, c'est de semer le doute dans les esprits, et ça semble bien marcher.
Et accessoirement, de fournir spectacle et distractions aux jumeaux, à Harry, à Hermione et à Sirius. Je sens leur amusement comme si c'était le mien. Ils boivent du petit-lait. Et ça ne m'encourage vraiment pas à tenir ma langue lors de la suite de la réunion.
On continue avec les différentes informations concernant le recrutement de Voldemort (il n'a pas réussi à convaincre les vampires, mais les loups-garous et certainement les Dementors sont à lui), et celui de l'Ordre (complaintes sur les blocages des fidèles du Ministre au sein des Aurors, et sur la campagne de désinformation intensive du Daily Prophet... Beaucoup de jérémiades pour dire qu'on est au point mort).
Et enfin, sujets libres : questions posées par les divers membres. Et là, je te le donne en mille, première question, d'Arthur lui-même :
« Que protège-t-on exactement au Département des Mystères, qui vaille la peine d'ajouter une garde supplémentaire aux protections déjà fournies par le département lui-même ? »
Pop-corn, troisième tournée ! Merci Arthur !
Arthur sait qu'il s'agit de la prophétie. Il le sait depuis ce matin. Ça l'a d'ailleurs rendu furieux de savoir qu'il a risqué sa vie pour une prophétie, surtout celle-ci. Mais Dumbledore n'a jamais rien expliqué. Il a juste déclaré, quand il a parlé de mettre en place des tours de garde, d'une ''arme extrêmement délicate qui changerait la face de la guerre si jamais elle venait à tomber dans les mains de Voldemort''. Tu parles, oui... Elle ne fera que confirmer l'envie de Voldemort de tuer Harry, voilà tout. Mais Harry est déjà en haut de sa liste à abattre. Ça ne change pas grand chose, finalement.
Dumbledore m'a lancé un regard noir, que j'ai soutenu avec une parfaite indifférence. C'est sa merde, pas la mienne. S'il était un peu plus honnête avec ses propres hommes, il ne serait pas pris en défaut par une simple question d'organisation stratégique.
« C'est un sujet très délicat, et pour des raisons de sécurité, je ne peux pas donner de réponse précise. Néanmoins, sachez que c'est une arme qui donnerait un pouvoir supplémentaire important à Voldemort. Et c'est quelque chose que nous voulons éviter, n'est-ce pas ?
–Cela ne nous aide pas, est intervenu Sirius. Le principe d'une arme est d'apporter un pouvoir supplémentaire à celui qui la possède face à ses ennemis. Vous êtes juste en train de nous donner la définition d'une arme.
–Tout a été pensé pour que vous soyez dans la situation la plus avantageuse possible en cas d'attaque, a assuré Dumbledore.
–Si vous me permettez, suis-je intervenue, j'ai cru comprendre qu'il y avait une grande différence entre les Deatheaters et l'Ordre du Phoenix : les Deatheaters suivent Voldemort parce qu'ils ont foi en lui et en sa capacité à apporter le monde auquel ils croient tous. A mes yeux, les membres de l'Ordre suivent une cause : celle que chaque magicien est digne d'appartenir au monde de la magie, quelles que soient ses origines. Si Voldemort meurt, la menace des Deatheaters disparaît. Si vous disparaissez, croisons les doigts pour que ça n'arrive pas, la cause doit pouvoir continuer sans vous. Je me trompe peut-être, mais j'avais cru penser que c'était ça. Or, en agissant ainsi, Monsieur, vous agissez exactement comme Voldemort envers ses Deatheaters : vous leur demandez d'avoir une foi aveugle en vous alors qu'ils doivent croire en une cause. »
Pop-corn, quatrième fournée !
On regarde le silence avant la tempête, choqué, puis la tempête exploser, les cris de protestation tout autour de la table, et l'œil du cyclone qui me regarde, furieux. Oh, comme j'aimerais savoir conjurer ces pop-corn pour le narguer encore davantage !
« Tu ne crois pas que tu y as été un peu fort ? m'a chuchoté Harry.
–Est-ce que j'ai tort ? »
Silence. Apparemment, non, je n'ai pas tort. Continuons donc à savourer mon pop-corn imaginaire.
En parlant de torts, est-ce que j'ai tort de m'imaginer que Dumbledore me hait sauvagement, à présent ? Après s'être pincé le nez pour se calmer, il a crié :
« SILENCE ! »
Le calme est revenu rapidement, mais pas aussi instantanément que quand Harry a voulu ramener le calme dans une classe de vingt élèves choqués de voir un de leurs professeurs afficher la Marque des Ténèbres. À mes yeux, ça veut tout dire : le doute a fait sa place. Héhé... Dumbledore : 0 – Manon : 1. Et mon pauvre, prépare-toi, ça ne fait que commencer...
« Merci de ne pas troubler davantage l'ordre du jour, a-t-il enfin déclaré quand le niveau sonore est redevenu acceptable. Miss Nestral, ces commentaires sont parfaitement inutiles, voire dangereux. Si vous n'êtes capable que de mauvais esprit, je vous saurai gré de ne pas participer aux prochaines réunions.
–Comme vous voudrez, » j'ai répondu en haussant les épaules, affichant une parfaite indifférence.
Mais j'ai vu le regard furieux que lui ont lancé certains : Sirius, Remus, les jumeaux, mais aussi et de façon surprenante McGonagall et Flitwick. Il y a de l'eau dans le gaz chez les ultra-fidèles ? Et dire que la tempête ne fait que commencer...
« Une autre question ? a demandé Dumbledore.
–Nous n'avons toujours pas eu notre réponse au sujet de cette arme, » est intervenu Sirius.
Harry, c'est décidé, je l'aime, ton parrain ! Dumbledore m'a encore lancé un regard noir, comme si j'étais fautive de sa tentative d'évitement loupée. Mais je suis empathe, pas mentaliste. Contrairement à certains (suivez mon regard), je ne suis pas une pro des suggestions et influences diverses et variées.
Dumbledore a inspiré profondément, regardé tout le monde en se demandant nettement (en tout cas pour moi qui sentais son questionnement) s'il pouvait essayer une nouvelle pirouette, mais il a du conclure que non, car j'ai senti sa colère et sa lassitude. Pauvre chou, on ne fait même plus confiance en son intellect si développé...
« Cette arme doit rester secrète car elle est dangereuse même entre nos mains. Moins de monde sera au courant, plus sa puissance sera limitée.
–Une arme dont la puissance correspond au nombre de gens qui ont conscience de son existence ? a demandé Remus en fronçant les sourcils (contrairement à Sirius, lui non plus n'était pas au courant de la prophétie avant qu'on en parle hier. Les Potter doutant de son allégeance, ils ne lui en avaient jamais parlé avant leur disparition.)
–Exactement, a affirmé Dumbledore avec la force de celui qui ne ment pas. Et c'est pourquoi je suis désolé de vous maintenir dans le noir, mais c'est une absolue nécessité. »
Quelques uns ont semblé satisfaits de la réponse, mais d'autres ont continué à douter. Néanmoins, personne n'a insisté. Le but de la réunion n'est pas de le harceler à ce sujet. Au contraire, ce sera presque encore mieux quand la vérité sera révélée et qu'ils réaliseront son entêtement à les garder dans le noir pour... une prophétie inutile.
Il a senti l'absence de relance de l'assemblée, car il a soupiré, et j'ai ressenti son soulagement, avant de demander :
« Un autre sujet ?
–S'il n'y en a pas d'autres, j'aimerais aborder un point plus personnel, a commencé Arthur.
–En rapport avec l'Ordre ? » l'a coupé immédiatement Dumbledore.
Arthur n'est pas un idiot, loin de là. On l'a fait paraître comme tel, chef de famille impuissant face à sa femme au caractère bien trempé et face au mammouth que représente le ministère, mais c'est loin d'être le cas. Il a effectivement cet air un peu... pas idiot, ni simple... mais pas particulièrement porté sur la réflexion intensive... qu'il a dans les films. Mais c'est assez trompeur. Je l'ai vu comme ça à l'hôpital, mais pas depuis son retour. Sans doute que les sortilèges d'influence y ont joué. Maintenant qu'ils ne sont plus là, Arthur peut à nouveau faire montre de son intelligence réelle.
Et là, en l'occurrence, il a compris en une fraction de seconde que s'il disait que ça n'avait rien à voir avec l'Ordre, la réunion serait ajournée et Dumbledore partirait immédiatement, sans lui laisser le temps de parler. Et... ça peut avoir à voir avec l'Ordre. Après tout, cela concerne directement les machinations de Dumbledore au sujet de Harry.
« Oui, ça a un rapport avec l'Ordre, a-t-il finalement répondu avec assurance. Mais il serait sans doute préférable de limiter l'audience.
–Oh, je n'ai aucun secret pour ceux qui sont ici, » a répondu Dumbledore légèrement.
Arthur a eu un sourire que je ne peux qualifier que de carnassier. Et je suis tout à fait d'accord avec lui : aucun secret ? Ben voyons... Ma belle, prépare-toi le plus grand saladier de pop-corn que tu peux : le grand final de ce feu d'artifice commence.
Arthur a sorti sa copie du contrat de fiançailles entre Ginny et Harry. Molly l'a tout de suite reconnu et a pâli :
« Où est-ce que tu as eu ça ?
–Ça n'a aucune espèce d'importance, a répondu sèchement Arthur, un ton peu habituel chez lui. Ce qui a de l'importance, par contre, c'est pourquoi moi, en tant que chef de famille Weasley, je ne découvre que dix ans plus tard que ma fille a un contrat de fiançailles avec Harry Potter. »
Silence pesant, choqué, puis tempête, en la personne de Sirius, qui n'était jusqu'alors pas au courant de ce contrat. Oups ?
« Qui a promis Harry à Ginny ? » a-t-il explosé.
Arthur l'a regardé un moment, en réalisant que personne n'a encore mis le parrain de Harry au courant du contrat, puisqu'il n'était pas là jusqu'au début de la réunion, puis a tourné le document jusqu'à la dernière page et a répondu calmement :
« Son tuteur devant la loi, Albus Dumbledore. Le contrat a été signé en 1985. »
Nouveau silence, et cette fois, c'est toute la tablée qui a explosé, à part Ginny, Harry, Hermione et moi. Je crois que Hermione était concentrée sur Ginny, et moi, j'étais concentrée sur Harry. Il avait beau être parfaitement au courant de la situation, il a découvert ce contrat hier, en a parlé ce matin avec Arthur, ils ont tous les deux décidé que le contrat est nul, ça n'empêche pas qu'il se sent extrêmement mal à l'aise, confus et en colère, de se voir manipulé ainsi.
Dumbledore les a étudié tous les deux, puis a ramené le silence :
« En effet, j'ai signé un contrat au nom de Harry. J'ai pensé que Miss Weasley, n'ayant qu'un an d'écart avec lui, et ayant grandi dans une belle famille de sorciers, serait un parti parfait pour lui.
–Pourquoi ne pas me laisser le temps de faire mes choix d'abord ? est intervenu Harry. En 85, je n'avais que cinq ans. J'avais encore largement le temps de grandir et de me choisir moi-même une compagne qui me conviendrait, non ?
–Tu t'entends pourtant très bien avec Miss Weasley.
–C'est vrai, mais je ne suis pas amoureux d'elle, a protesté Harry. C'est comme une petite sœur pour moi. Les Weasley sont une famille pour moi. Jamais je ne pourrais épouser Ginny. Pourquoi m'imposer ce contrat ?
–Et surtout, avec quelles prérogatives ? est intervenu Sirius.
–Depuis la triste disparition des parents de Harry et ton emprisonnement, Sirius, je suis le tuteur de Harry, a expliqué calmement Dumbledore
–Ce qui ne vous donne pas le droit de conclure un contrat de fiançailles en son nom, a répliqué Sirius, presque en train d'aboyer. Votre seul devoir est de vous assurer que Harry ait une vie confortable et heureuse jusqu'à sa majorité. Ce qui se passe après ne vous regarde pas.
–Vous êtes mon tuteur ? s'est exclamé Harry, sans cacher sa colère. Vous êtes mon tuteur et vous n'avez rien fait par rapport aux Dursley ? Alors que vous en aviez le pouvoir ? Vous avez préféré m'engager dans un contrat de fiançailles soi-disant pour m'assurer un avenir heureux plutôt que de vous assurer si j'étais heureux à ce moment-là ?
–Voyons, voyons, Harry, je suis certain que tu dramatises...
–Je dramatise ? »
Harry commençait à perdre le contrôle, et même malgré toute ma bonne volonté pour l'aider à s'apaiser, il s'est levé pour faire face à Dumbledore :
« Je ne dramatise pas ! Savez-vous seulement dans quelles conditions j'ai vécu ? Vous êtes-vous intéressé à ce que je vivais jusqu'à mes onze ans ? Si vous saviez, pourquoi n'avez-vous rien fait ? Et si vous ne saviez pas, pourquoi n'avez-vous pas cherché à savoir ce que je devenais ?
–Harry, je suis certain que tu exagères. Tu es arrivé sans doute pas aussi heureux que je m'y attendais, ni aussi gâté, mais tu étais, et tu es toujours, en bonne santé...
–En bonne santé ? Vous vous foutez de moi ? Je suis resté en vie pendant dix ans uniquement à cause d'accidents magiques. J'ai passé des jours, voire des semaines, sans manger, et quand j'avais la chance de prendre un repas, il s'agissait généralement de ce que mon cousin daignait laisser. Et il y avait l'enfermement. Vous savez la taille que fait une armoire sous un escalier ? Vous imaginez-vous passer des semaines dedans, sans sortir une seule fois et sans rien voir ? Et les coups... Voulez-vous voir mon dos ? »
Il y a eu des exclamations choquées et je me suis levée à mon tour pour serrer Harry dans mes bras, en dégageant tout le réconfort dont je suis capable.
« Arrête, j'ai murmuré. Tu n'es pas encore prêt.
–Je ne dramatise pas ! a protesté Harry, plus faiblement.
–Je sais, Harry, je sais... Viens ici... » j'ai dit en le forçant à glisser son visage dans mon cou.
Il a résisté un instant, puis a cédé, me serrant à son tour fort par la taille. Je l'ai senti trembler : il faisait de violents efforts pour ne pas pleurer. J'ai fermé les yeux un instant, respirant profondément pour renforcer mon empathie, à la fois pour me protéger de ses émotions, et pour lui envoyer les plus apaisantes des miennes.
Sirius s'est levé à son tour, et j'ai ressenti une colère froide chez lui, bien plus dangereuse que ses éclats de colère habituels :
« Puisque vous aviez la tutelle de mon filleul pendant toutes ces années, expliquez-moi par quel ordre tordu de vos priorités vous signez en son nom un contrat de fiançailles que vous n'avez aucun droit de signer, alors que vous n'êtes même pas capable de vous assurer qu'il ait une enfance saine, à défaut de heureuse, puisque apparemment, c'est trop demander ? »
Dumbledore n'a pas répondu, et j'ai senti la colère monter dans l'assistance. Puis Hermione a demandé, aussi curieuse que moi, et prête à lancer la comédie :
« Pourquoi un tuteur ne peut pas signer de contrat de fiançailles au nom de son pupille, si des contrats de fiançailles peuvent être signés ?
–Un tuteur ayant un pupille normal peut signer ce genre de contrat, mais Harry est un Potter. Seul un Potter peut signer un contrat pour un autre Potter. Seul James aurait pu laisser un contrat pour Harry, ce qu'il n'a pas fait, parce qu'il croyait en la liberté de choix et aux mariages d'amour. Même si c'était moi qui avais eu la garde de Harry, je n'aurais pas pu signer de contrat en son nom. Ce contrat ne vaut donc rien. Albus a du certainement oublier cette particularité du droit nobiliaire lorsqu'il a signé ce contrat. »
Merveilleux Sirius. Toute son éducation de noble Black ressort. Il vient d'annoncer à tout le monde que Harry est issu d'une famille noble, sans aller à l'encontre d'aucun des sortilèges d'influence qui l'empêcheraient normalement d'en parler. Et merveilleuse Hermione également, à noter le mot important de la phrase :
« Nobiliaire ? Harry est un noble ?
–Bien sûr, a déclaré Snape en fronçant les sourcils, comme si c'était une évidence. Les Potter sont une des grandes familles de la noblesse magique. D'où croyez-vous que James Potter tirait son arrogance ? »
Je n'ai pas eu besoin de jouer la stupéfaction à ces paroles, et celle de Hermione était tout aussi naturelle. Mais elle comme moi n'avons pas réagi au contenu de ce que venait de dire Snape, mais au fait que c'était Snape qui l'annonçait. A-t-il fait exprès ? Ou est-ce qu'en effet, c'était une évidence pour lui ? Aucune idée, et il a décidément fait trop de progrès en Occlumancie complète pour que je puisse le savoir sans me déconcentrer du soutien que j'étais en train d'apporter à Harry.
Harry s'est d'ailleurs brusquement calmé. Ça a du le choquer autant que Hermione et moi. Il s'est redressé, s'est rapidement passé la main sur le visage, et a déclaré d'une voix blanche :
« Je suis noble ?
–Visiblement, le manque d'intelligence est tout aussi héréditaire que l'arrogance, chez les Potter, a répondu Snape avec mépris. C'est exactement ce que je viens de dire.
–Et pourquoi personne ne m'en a jamais parlé ? » a demandé Harry à la cantonade.
Silence, puis Sirius a répondu, en hésitant :
« Avant tes quinze ans, personne d'autre que ta famille ou ton tuteur ne peut aborder ce genre de question avec toi. Si, à tes quinze ans, c'est évident que ta famille ou ton tuteur manque à ses devoirs de t'éduquer convenablement pour assurer ta place de Lord, d'autres familles peuvent intervenir. J'ai voulu, après ton anniversaire, cet été, t'en parler, mais à chaque fois... quelque chose m'en empêchait, » a-t-il terminé, visiblement frustré.
Et la frustration n'avait rien de la comédie, même s'il jouait le jeu pour l'instant. Il s'en veut encore de ne pas avoir pu lutter contre les influences pour éduquer Harry comme il faut, ou au moins l'informer de son héritage. Harry a eu un geste d'impatience :
« Qu'est-ce qui aurait pu t'en empêcher pendant plus d'un mois ?
–Je ne sais pas, pup. Je te jure que j'ai voulu t'en parler, mais... je n'ai pas pu... »
Sa frustration se transformait en colère, et Hermione a réagi :
« Bill, est-ce que dans tes fonctions de briseur de sortilège, on t'a appris à détecter de possibles influences sur quelqu'un ?
–Bien sûr.
–Est-ce que tu pourrais vérifier que Sirius n'est soumis à aucune influence ? »
Bill a froncé les sourcils, se demandant clairement où elle voulait en venir : elle savait parfaitement que ça avait été le cas, et que l'influence avait été levée. Néanmoins, soupçonnant qu'elle avait un but, il s'est simplement exécuté.
Alors qu'il s'approchait de Sirius, Dumbledore est intervenu :
« Allons, allons, ce n'est sans doute pas nécessaire de faire une telle tragédie. Sirius a passé des années très éprouvantes à Azkaban, et ceci explique sans doute sa confusion.
–Dans ce cas, le test de Bill ne donnera rien, n'est-ce pas ? » a répondu Hermione en haussant les épaules.
Dumbledore a semblé vouloir répondre, mais Remus est intervenu :
« Vas-y, Bill. Sirius a l'air d'un chien fou, mais il a toujours eu extrêmement conscience de ses devoirs de Lord. Jamais il n'aurait laissé volontairement son filleul dans le noir. »
Bill l'a regardé un instant, puis s'est exécuté. Le sort qu'il a lancé était beaucoup plus court que celui que j'ai vu à l'hôpital. Mais de la même manière, un parchemin est apparu, et Bill l'a lu. Il a froncé les sourcils puis a déclaré à voix haute :
« Sirius a été soumis à de nombreuses influences ces vingt-cinq dernières années. Elles ont toutes disparues le 21 décembre dernier. Parmi elles, il y avait en effet le fait que Sirius ne devait jamais aborder avec Harry la nature de son héritage. »
Et encore une fois, silence puis explosion. Cette fois, ce n'est pas Dumbledore qui a ramené le calme, mais Sirius :
« Silence ! Bien. Puisque je peux à présent parler en toute liberté de son héritage à Harry, voici ce que nous allons faire...
–Sirius, il n'est pas... a commencé Dumbledore.
–Taisez-vous, Albus ! a aboyé Sirius. Mon filleul vient de vous accuser de négligence et de non-assistance à un enfant en danger. Il est de mon devoir, même si je ne suis pas son tuteur, de vérifier ces paroles. Harry, ce soir, tu iras à St Mungo et tu passeras des examens complets. Tu y passeras la nuit s'il le faut, je veux savoir ce qu'il en est vraiment. L'un de vous raconte des horreurs, l'autre dit que ce n'est pas vrai, et je veux savoir où est la vérité. »
Harry a hoché la tête en retenant un sourire : Sirius venait de lui donner un prétexte pour se rendre à l'hôpital pour son rendez-vous pris déjà depuis plusieurs jours. Sirius s'est tourné vers Dumbledore :
« Si jamais les allégations de Harry sont vraies, je vous jure que je vais tout faire, absolument tout faire, pour que déjà vous perdiez la tutelle de Harry, mais qu'en plus votre nom et votre image soient traînés dans la boue. Il est inadmissible de s'en prendre à un enfant, et il est inadmissible de s'en prendre à un futur Lord, surtout un Black ou un Potter. Vous êtes en train de jouer avec le feu, Albus, assurez-vous que vous avez bien pris toutes vos précautions. »
Sur ce, il a tourné les talons et a quitté la pièce. Cette fois, aucune tempête n'est venue troubler le silence, et Remus a fini par se lever :
« Bien, je crois qu'il est temps de mettre fin à cette réunion. Harry, nous allons organiser ton départ à St Mungo.
–Ce n'est pas nécessaire, est intervenu Dumbledore. Il suffit d'appeler Madame Pomfrey.
–Madame Pomfrey est sans doute extrêmement compétente, mais cela fait trop d'années qu'elle travaille à votre service, Albus. Je préférerai que Harry rencontre un Guérisseur de St Mungo, dont je serai sûr de la neutralité, a répondu Remus sans lever la voix.
–Et la sécurité de Harry ? St Mungo est un lieu public...
–Il sera accompagné, évidemment, a répondu Hermione sur le ton de l'évidence. Remus ?
–Oui, bien sûr que j'irai. Et... Qui est volontaire pour venir également ? »
Arthur, Bill et Kingsley se sont aussitôt portés volontaires.
« Vous n'avez aucune mission pour l'Ordre ce soir et cette nuit ? a demandé Remus.
–Non, a répondu Kingsley pour tous les trois. Et nous n'accepterons aucune mission... impromptue, » a-t-il ajouté en regardant Dumbledore froidement.
Le message était clair : Dumbledore ne pourrait pas tout d'un coup les charger d'une mission sans doute de la plus haute importance au dernier moment pour réduire la sécurité autour de Harry et faire annuler cette visite. Dumbledore a soupiré :
« Bien. Je vais vous accompagner également, alors.
–Je ne pense pas que ce soit raisonnable, Albus, est intervenue McGonagall. Vous ne ferez qu'attirer l'attention sur la présence de Mr Potter à St Mungo, et ce sera alors beaucoup plus dangereux pour lui que si vous n'étiez pas là. De plus, je ne crois pas que Mr Potter ait particulièrement envie que vous soyez là au moment où on va l'examiner. »
Dumbledore a voulu protester, mais McGonagall s'est tournée vers Harry :
« Acceptez-vous ma présence ? Cela rassurera certainement Albus. »
J'ai senti la colère de Harry : il se moquait bien de l'inquiétude de ''Albus'' ! Néanmoins, ce n'était pas le moment de se rebeller alors qu'il venait d'avoir ce qu'il voulait, et il s'est contenté de hocher la tête :
« Bien sûr, Professeur. »
Et voilà !
La guerre contre Dumbledore est officiellement lancée, plus tôt que prévue, mais au moins, il y a toute une salle qui peut témoigner de ce qui s'est dit. À nous de faire en sorte que tout se passe au mieux, maintenant.
Réunion ajournée dans le plus grand chaos, Dumbledore est parti extrêmement rapidement (a fui ?) de Grimmauld Place, rapidement suivi par l'équipe enseignante, qui semblait troublée, mais pas particulièrement encline à défendre leur directeur. McGonagall a promis qu'elle serait de retour juste après le dîner.
Arthur a enfermé toute sa petite famille dans le salon, et l'un d'eux a du jeter des sortilèges de silence car nous n'avons rien entendu. Hermione et Sirius sont repartis chez les parents de Hermione, en promettant à Harry de prendre de ses nouvelles demain. Remus s'est isolé dans la bibliothèque. La plupart des membres de l'Ordre sont partis.
Finalement, il n'est plus resté dans la cuisine que Tonks, Kingsley, Fleur, Harry et moi. Tonks fulminait au sujet de ce qui s'était dit lors de la réunion :
« Je n'aurais jamais imaginé ça de lui ! Il nous mène par le bout du nez. Et quand quelqu'un fait mine de réfléchir, il l'accuse de faire du mauvais esprit. Et ce contrat... Et ton oncle et ta tante, Harry... C'est inadmissible. Il faut faire quelque chose ! »
Nous nous sommes tous regardés, puis Harry a soupiré :
« Demande à ta mère de venir ici quelques minutes, s'il te plaît. »
Tonks a froncé les sourcils, mais a obéi et a appelé sa mère par le feu de Cheminette. Quelques secondes plus tard, Andromeda entrait dans la cuisine :
« Rien de grave, chérie ?
–Rien de grave, Mrs Tonks, a souri Harry. La réunion de l'Ordre de cet après-midi a été... mouvementée, et votre fille a fait preuve d'une réaction... satisfaisante. Nous aimerions lui faire passer les tests.
–Les tests ? a répété Tonks. Quels tests ?
–La même chose que ce que Bill a fait tout à l'heure, j'ai expliqué, mais en plus complet. À ce sujet, Mrs Tonks, est-ce qu'il vous serait possible de nous enseigner, à Harry et moi, le sortilège pour ces diagnostics ? Cela nous permettrait de pouvoir les réaliser nous-mêmes sans devoir à chaque fois trouver un Guérisseur.
–Vous êtes trop jeunes pour pouvoir réaliser ce genre de sortilège.
–Vous seriez surprise, j'ai simplement répondu. Nous voulons simplement connaître la méthode de diagnostic. Si les résultats sont positifs, nous inviterons la personne à rencontrer un Guérisseur. »
Andromeda nous a regardé tous les deux, puis a soupiré :
« Bien. Je ne crois pas que vous y arriverez, mais si vous y tenez... Regardez-moi faire. »
Elle a pris volontairement son temps dans l'exécution du sortilège, en prononçant le sort à voix haute, afin de nous permettre de mémoriser les gestes et les paroles. Puis un parchemin est apparu et elle l'a lu. Sa colère a surgi brusquement :
« Qui a osé faire ça à mon bébé ! »
Ah. Les résultats ne doivent pas être bons, donc... Tonks les a lu à son tour et a pâli.
« Par Merlin ! Si j'avais imaginé ça ! Il y a moyen de faire disparaître tout ça ?
–Oui, bien sûr, chérie. Nous pouvons avoir une chambre ?
–Prenez la mienne, j'ai répondu. Deuxième étage, première porte à gauche.
–Merci. »
Les deux femmes sont sorties à leur tour de la cuisine. J'ai soupiré :
« Bien. On sait maintenant d'où vient la loyauté extrême de Tonks, je suppose. J'ai besoin de m'occuper. On prépare le dîner ? Avec la discussion qu'il y a chez les Weasley, ça m'étonnerait que Mrs Weasley soit d'humeur à cuisiner ensuite. »
Fleur et Harry ont hoché la tête, et nous avons commencé à regarder dans les armoires ce que nous pourrions utiliser pour le dîner.
« Kingsley, vous dînez ici ?
–Oui, si ça ne vous dérange pas.
–Bah, quand il y en a pour onze, il y en a pour douze ou treize. »
Nous nous sommes mis donc tous les quatre à cuisiner, Kingsley nous aidant dans la préparation. À notre grande surprise, Kreacher a tenu également à faire son devoir, en nettoyant soigneusement toute la cuisine qui, le temps de la préparation du repas, est devenue plus propre que jamais.
Visiblement, la discussion au sujet de la mission que lui a donné Regulus a effectivement eu l'effet positif mentionné dans les livres : il peste moins, il empeste moins, il est habillé proprement, et il fait son travail sans protester ni chercher de faille dans chaque ordre que nous lui donnons. Et c'est peut-être une illusion, mais j'ai l'impression que le comportement plus chaleureux de Kreacher réchauffe également un peu la maison, comme si elle se montre un peu plus accueillante maintenant que son elfe a décidé de nous donner une chance.
Le repas s'est passé dans une ambiance tendue, principalement à cause des Weasley. Apparemment, la "discussion" s'est très mal passée, mais personne n'a accepté de nous en dire plus pour le moment. Nous avons rapidement terminé le repas, et Harry s'est préparé pour sa nuit à l'hôpital. J'ai insisté pour l'accompagner. Hors de question de le laisser passer la nuit tout seul à souffrir dans un lit d'hôpital. Il a dit qu'il avait plus ou moins l'habitude avec son historique à l'infirmerie de Hogwarts, mais ce n'est pas une raison. Finalement, Remus a tranché : mon empathie pourrait se montrer utile. Na !
McGonagall nous a rejoints, et nous sommes partis quelques minutes après son arrivée. À l'hôpital, le Guérisseur Milott a été assez gentil pour installer Harry dans une chambre privée. McGonagall a été surprise en voyant que non, nous ne faisons aucun examen médical. Remus l'a prise à part et lui a expliqué que l'examen avait en fait déjà été fait, avant Noël, et que Harry a maintenant besoin d'être soigné. Il lui a donné les grandes lignes des résultats, et elle a semblé choquée :
« Si j'avais su... Quelle horreur...
–Vous saviez, Professeur, je suis intervenue. Vous n'avez pas pu être la Directrice de Maison de Harry pendant plus de quatre ans sans savoir.
–Miss Nestral, a répliqué le Professeur, en colère, et je l'ai rapidement interrompue :
–Je ne vous accuse d'absolument rien, Professeur. Je pense que vous saviez, mais qu'on a fait en sorte que vous oubliez que vous saviez, ou que vous y soyez indifférente. Je ne pense pas qu'il s'agisse de votre propre volonté. »
McGonagall m'a observée, puis a demandé :
« Vous pensez que moi aussi je fais l'objet d'influences ?
–Oui, Professeur. »
Elle a hésité, puis s'est tournée vers le Guérisseur pour demander si elle pouvait elle aussi passer un test. J'ai senti l'approbation de Harry. C'était pour ça qu'il avait voulu qu'elle se joigne à nous. Elle a quitté la pièce, et lorsqu'elle est revenue, presque une heure plus tard, elle était profondément choquée.
Harry était encore entre les mains des Guérisseurs, derrière des rideaux doublés d'un sort de silence, et j'ai presque été soulagée de la distraction qu'a provoqué le retour de McGonagall. Derrière ce rideau, les Guérisseurs étaient en train de lui casser les os ! Brrrr.
Apparemment, McGonagall a été victime d'influences et de compulsions sur les quarante dernières années. Elle a été modelée pour faire le parfait bras droit de Dumbledore, celle qui dirigerait en réalité l'école alors que c'était lui qui était censé le faire. Celle qui accepterait toutes les manipulations sur ses élèves. En découvrant ceci, elle a été choquée, furieuse, honteuse également. Elle a l'impression que c'est un peu de sa faute, qu'elle a été trop faible pour résister.
Alors nous lui avons dit la vérité, au sujet de Harry, tout d'abord, mais également Hermione et moi. Notre puissance magique, nos pouvoirs particuliers. Presque tout a été expliqué. Sauf notre héritage, à Hermione et moi. Nous lui avons dit que malgré la puissance extraordinaire de Harry, il a été incapable de résister. Hermione et moi, également mages, avons aussi été victimes des manipulations de Dumbledore. C'est un sorcier, certes, mais c'est un puissant sorcier, avec de l'expérience. Et c'est très dur de résister à ça.
Elle a fini par se calmer. Et surtout, elle a promis de faire soumettre toute l'équipe enseignante de Poudlard, y compris Madame Pomfrey, à ce diagnostic. Madame Pomfrey avait signalé à plusieurs reprises les traces de maltraitance sur Harry à McGonagall, et pourtant, rien n'a été fait : les deux femmes ont vu leurs souvenirs supprimés, leurs soupçons effacés, et une nouvelle compulsion les invitant à se désintéresser de l'état de santé de Harry.
Nous avons accepté qu'elle révèle une infime partie de ce dont nous lui avons parlé ce soir à ses collègues (principalement le passé de Harry, sans parler de sa puissance magique), à condition qu'elle vérifie qu'ils aient un niveau acceptable d'Occlumancie au préalable. Je ne me fais pas de souci pour Snape, ni pour Flitwick (à moitié gobelin, son esprit est naturellement protégé, et il est suffisamment professionnel pour avoir renforcé ses défenses. Je ne perçois pas ses émotions), mais d'autres pourraient se montrer moins fiables, contre leur gré ou non, face à Dumbledore.
Heureusement, elle a compris la gravité de la situation, et si ces secrets la dérangent un peu, elle en a compris l'utilité tant que Dumbledore n'est pas écarté de la vie personnelle de Harry, voire de Hogwarts.
Pendant la discussion, les Guérisseurs ont annoncé que Harry était prêt pour la nuit, et je me suis installée à côté de lui pour l'aider avec mon empathie. Il dort déjà, alors que je t'écris.
Les adultes sont en train de discuter à voix basse. McGonagall veut avoir une idée de ce qui va se passer avec le retour de Harry à Hogwarts. Après ce qu'elle vient d'apprendre, et ce qui s'est passé à la réunion, elle répugne à rester les bras croisés. Je les laisse discuter entre eux. À présent, tous ceux qui sont là sont au courant d'autant de choses que moi, et même si j'écoute d'une oreille, j'ai envie de leur laisser une chance de prouver qu'ils peuvent agir en tant qu'adultes responsables, qui ne laissent pas une bande d'adolescents se débrouiller seuls dans cet étrange bordel qu'est le monde magique britannique actuellement.
Heureusement, ils sont libérés de leurs compulsions et influences, et parfaitement volontaires pour remplir ce rôle. J'écoute juste pour avoir une idée de ce qui se décide, et ne pas être déstabilisée au cas où.
Bon, je crois que je t'ai tout dit pour la journée.
Mouvementée, n'est-ce pas ? J'avoue que j'ai un peu peur de ce qui va venir. Jusque là, on ne faisait qu'accumuler des preuves des manipulations de Dumbledore, mais à présent, on va devoir agir. Dumbledore sait qu'il est sur la sellette, et à mon avis, il va falloir s'attendre à des coups de théâtre. Je n'ai pas particulièrement hâte. Connaissant Dumbledore, ça va inclure de la souffrance, de l'humiliation, et certainement du linge sale lavé en public. Tout ce que je déteste. Mais si ça peut permettre à Harry d'être indépendant...
Pendant que Harry se préparait pour la nuit, on a déjà décidé que demain, s'il se sent en forme, on ira voir les avocats pour leur annoncer que Harry a récupéré son titre, et qu'il souhaite avoir accès à Lions' Rock. Avec de la chance, cela nous fera un havre de paix loin des manipulations de Dumbledore.
En attendant la prochaine journée, donc... Bisous ma belle.
Note de l'auteur :
Comme le dit ma meilleure amie, j'étais visiblement déchaînée en écrivant cette réunion :) J'espère que ce passage vous aura autant amusés que moi :)
J'ai hésité à faire un avertissement concernant le bashing évident dont Dumbledore est victime, puis je me suis dit que vous me suivez depuis un moment, et que vous pouviez vous en douter ;)
Je profite de n'avoir pour une fois aucune réponse à des reviews anonymes pour vous remercier pour toutes ces reviews, alertes, favoris... J'adore lire vos commentaires, y répondre en tentant de ne pas spoiler... Souvent, un simple commentaire de votre part peut illuminer ma journée ou ma soirée !
Alors... continuez ! ;)
Dites-moi ce qui vous plait, ne vous plait pas, dans ce chapitre, dans l'histoire en général... Ce que vous attendez de cette histoire aussi ! Car même si la première partie est déjà écrite, la suite peut encore évoluer !
A lundi prochain !
MAJ le 12/10/2017
