Avertissement : Le tout début de ce chapitre parle de la maltraitance et de ses conséquences. Si vous êtes sensibles à ce sujet, soyez prudents et survolez les trois premiers gros paragraphes.
Vendredi 29 décembre 1995
Chère Marie,
Je suis à Lions' Rock ! Et franchement, c'est absolument ma-gni-fique !
Comme tu peux l'imaginer, si je suis ici ce soir, c'est que la journée n'a (encore...) pas été de tout repos. Ce sont les vacances les plus épuisantes émotionnellement que j'ai jamais vécues.
Harry est sorti de l'hôpital en début de matinée, tous ses os en parfait état, parfaitement ressoudés, et un nouveau lot de potions pour rattraper ses carences diverses, renforcer ses muscles et ses organes et provoquer une crise de croissance. J'ai découvert que la maltraitance a non seulement des conséquences sur le psychisme d'une personne, mais également sur sa santé, au delà des fractures et diverses traces de coups. Ces marques ont à présent disparu de Harry : les os ont été soignés cette nuit, et depuis notre dernière visite à St Mungo, il avait demandé à Remus, le mieux à même de garder contrôle sur ses émotions, de lui tartiner la crème destinée à faire disparaître les cicatrices sur son dos et ses bras, pendant qu'il s'occupait tout seul de son torse. Aujourd'hui, donc, en apparence, c'est un adolescent tout à fait sain.
Sauf que... Et c'est là l'effet vicieux de la maltraitance et surtout, de la sous-alimentation sévère : ses organes en ont pris un sacré coup. Pour l'instant, tout va bien, mais il risque, d'ici quelques années, qu'un ou plusieurs de ses organes... lâchent, tout simplement. Les reins, à cause du manque d'hydratation, les poumons, à cause de l'atmosphère confinée et malsaine de l'armoire sous les escaliers, le foie, le pancréas, la rate, à cause des désordres alimentaires, le cœur, le cerveau, à cause des carences... Tous les organes présents dans la cage thoracique ou l'abdomen ont également été fragilisés par les coups et les ruptures des côtes. Bref, c'est une véritable bombe à retardement...
Heureusement, si on peut dire, tout ça a été constaté avant que Harry ne soit biologiquement un adulte, et il est encore temps de réparer les dégâts. Jusqu'à ce qu'il soit un adulte, il va devoir prendre différentes potions pour renforcer son corps et contrebalancer les manques de son enfance. Jusqu'à ce qu'il soit un adulte, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il ait complètement fini sa croissance, vers vingt-et-un, vingt-deux ans... Pendant plusieurs années, il devra prendre au moins une potion à chaque repas : compléments nutritionnels à chaque repas, renforcement musculaire tous les matins, et d'autres potions, qu'il doit prendre selon une fois par semaine, toutes les deux semaines, tous les mois... Au total, ce sont huit potions différentes qu'il doit prendre... Il les a toutes prises ce matin à l'hôpital, histoire de démarrer le traitement, et on lui en a donné suffisamment pour le prochain mois.
On lui a également donné ce matin une potion Pepper-Up (Pimentine, dans les livres français ?) qui est l'équivalent sorcier des boissons énergisantes, en plus efficace mais moins dangereux pour la santé, pour qu'il puisse tenir toute la journée après la nuit éprouvante qu'il vient de passer.
Du coup, il a été en forme pour aller chez les avocats. Là, on les a prévenus de ce qui s'est passé hier, et ils nous ont affirmé que le dossier avance suffisamment bien pour que ce ne soit pas un problème. Harry peut faire reconnaître son statut de Lord, ils suivront avec tout ce qu'il faut. Ils semblaient même impatients de commencer. Bon sang, je n'aimerais pas les avoir dans l'autre camp, ils sont déterminés et plutôt féroces, même par rapport à des vampires !
Harry leur a également annoncé qu'il a récupéré son titre de Lord. Du coup, ils lui ont donné un coffret qui contient tous les accès aux résidences des Potter, ainsi que les procédures, si besoin.
Les avocats ont insisté : il faut officialiser l'acquisition de ce titre. Pour cela, il faut demander à Gringotts de lever la confidentialité, et il faut également publier le communiqué légal. Nous avons donc travaillé dessus pendant un moment avec les trois avocats. Au final, le communiqué annonce que Harry, ayant atteint ses quinze ans, a récupéré son titre de Lord comme il en a le droit. De fait, cela implique son émancipation, et dès à présent, il est un adulte aux yeux de la magie et de la loi.
Aucune allusion à Dumbledore et sa tutelle, aucune allusion à la raison qui pousse Harry à demander son titre deux ans avant sa majorité. Le but est que ce silence attire l'attention plus qu'une longue déclaration, et que Dumbledore, en découvrant la nouvelle, soit le premier à faire des erreurs. Si Harry accuse Dumbledore directement, c'est à lui d'apporter les preuves. Par contre, si c'est Dumbledore qui réagit, c'est au vieil homme de prouver que Harry n'est pas en mesure d'assumer son titre. Et là, bon courage !
Après avoir rempli les différents documents et récupéré ce coffret, nous sommes donc allés à Gringotts, où Harry a demandé la levée du secret concernant son titre. Son ancien tuteur sera donc notifié, ainsi que le Ministère de la Magie, et son siège au Wizengamot sera à nouveau présent. La publicité de toute l'affaire est donc en marche.
Nous avons été également faire un tour dans le coffre principal de la famille Potter. Un des coffres parmi les plus anciens, et les plus protégés. Un de ceux gardés par un dragon... Pauvre dragon, d'ailleurs. Il n'a pas vu la lumière du jour depuis très très très longtemps et a été conditionné à réagir avec peur aux bruits forts. Il m'a fait de la peine, et je suis sûre qu'il a fait de la peine à Harry aussi, alors qu'il n'a pas forcément un historique agréable avec les dragons. Enfin...
Son coffre familial est immense. Vraiment. Presque aussi grand que la Grande Salle à Hogwarts. Et bien plein, avec des coffres débordant d'or de partout, des armoires remplies de livres, des étagères et d'autres coffres remplis d'artefacts divers et variés, plusieurs tables supportant des parchemins, des coffrets... Et des fauteuils pour étudier tout ça tranquillement. Remus a rapidement trouvé un coffret qu'il a donné à Harry :
« C'est un coffret rempli de bijoux particuliers. Les Potter sont des chevaliers-mages et ils savaient qu'en étant toujours aux premières lignes des différents fronts, ils exposaient leur famille à différentes menaces de vengeance, d'attaque... Et donc ils ont conçu, il y a quelques siècles, ces bijoux, pour les femmes qui bénéficient de la protection Potter. Cette protection est juridique, mais aussi physique et magique si elles portent un de ces bijoux : ils agissent comme boucliers contre la plupart des sorts d'attaque, créent un bouclier d'Occlumancie pour celles qui n'en sont pas capables, et créent également une protection physique : quiconque saisira de manière menaçante une femme portant un de ces bijoux recevra une violente décharge. Enfin, si tu portes la broche reliée à ces bijoux, tu seras informé si une des personnes bénéficiant de ta protection est en danger, et où elle se trouve.
–Seulement les femmes ? a fait Harry, surpris.
–Les hommes de la famille Potter apprennent à se battre dès l'enfance. Et ils sont généralement entourés d'hommes tout aussi compétents. Depuis quelques générations, les femmes apprennent également à se défendre plus radicalement que par le passé, mais les hommes Potter ont généralement eu l'esprit trop chevaleresque pour ne pas leur offrir cette protection supplémentaire. J'ai vu Lily porter en permanence un de ces bijoux dès le jour où elle a accepté de sortir avec James. Même si je suis certain qu'avec de l'entraînement, Hermione et Manon seront aussi redoutables que toi, surtout en voyant leur forme Animagus, cela peut être intéressant, surtout en connaissant la manie de Dumbledore de se mêler de ce qui ne le regarde pas. »
Harry m'a regardée. J'ai eu envie de sourire : il savait parfaitement que je serais la plus dure de nous deux à convaincre : ma fierté est très forte. Mais il y a du bon sens dans ce que dit Remus. Et même si mon pouvoir est débloqué, je ne suis pas de taille pour l'instant à affronter qui que ce soit. J'ai hoché la tête :
« Je préfère ce genre de protection à ce que j'ai lu dans les histoires parallèles.
–Ah bon ?
–Elles auraient exigé que tu me demandes en mariage. Et là, c'est simplement hors de question.
–En réalité, les anneaux de fiançailles et de mariage Potter bénéficient en effet de protections encore plus avancées que ces bijoux, a souri Remus.
–Non, j'ai répondu fermement. Ces bijoux feront parfaitement l'affaire. Merci d'y avoir pensé. »
Harry a ri et m'a embrassée rapidement, comme pour me provoquer de dire non aussi fermement contre des éventuelles fiançailles. Il n'est pas vexé, c'est l'essentiel. On sort ensemble depuis moins d'une semaine, bon sang !
Nous avons également trouvé, sur une des tables les plus proches de l'entrée, une lettre, destinée à Harry. Remus a reconnu l'écriture de James.
Harry s'est installé dans un fauteuil pour la lire en silence. J'ai vu ses yeux briller, son émotion, mais également de la surprise, de l'incrédulité, du choc. Puis de la colère, rapidement maîtrisée. Sans faire de commentaire, il m'a tendu la lettre :
Cher Harry,
Si tu lis cette lettre, c'est que malheureusement, ta mère et moi ne sommes plus là pour toi, et que tu effectues sans doute ta première incursion dans notre coffre familial. Lily a enchanté cette lettre pour que toi seul puisses l'ouvrir et que toi seul puisses la faire sortir de ce coffre.
Nous aurions aimé être là pour toi, te voir grandir et te voir heureux. J'espère que tu as trouvé une famille aimante à notre place, que Padfoot et Moony sont toujours tes oncles préférés, et que tu commences à en avoir plein la tête de tes futurs devoirs de Lord.
Nous aurions aimé pouvoir te dire tout ça de vive voix, mais ce n'est malheureusement pas possible. Ce n'est également pas possible de t'adresser les paroles suivantes via notre testament, pour des raisons évidentes de sécurité, que tu comprendras rapidement en lisant la suite.
Je t'écris de Godric's Hollow, nous sommes le 23 octobre 1981. Nous sommes cachés ici depuis trois semaines. C'est une prise de risque énorme de notre part de quitter la sécurité absolue de Lions' Rock, nous en sommes conscients. Heureusement, Lily a trouvé un moyen d'assurer ta sécurité, au cas où le pire devait survenir. Elle n'a pas voulu m'en parler, je la soupçonne d'avoir fait appel à de la magie illégale, mais si ça peut te sauver la vie, alors je la soutiens.
La raison de notre présence ici est un véritable coup de poker. Nous savons parfaitement que cet endroit est beaucoup plus risqué que Lions' Rock, mais nous voulons savoir pourquoi Dumbledore a tenté de nous convaincre du contraire. D'après lui, le Fidelius qui protège cette maison est beaucoup plus sûr que le système ancestral qui protège Lions' Rock, et qui ne répond qu'au Lord en titre, c'est-à-dire moi. Après des semaines de harcèlement, nous avons fini par lui faire croire que nous étions convaincus, et nous avons accepté de venir ici. Nous voulons savoir ce qu'il se passe.
Nous commençons à avoir des doutes sur Dumbledore. Tu ne l'aimes pas. À vrai dire, tu as même peur de lui. Et pour nous, c'est significatif. Nous savons que tu es mage, et que tu es beaucoup plus sensible que la plupart des gens aux auras qui entourent les personnes. Nous ne savons pas pourquoi tu n'aimes pas Dumbledore, mais ton instinct nous pousse à la méfiance. Ajoutons à cela son insistance à nous faire quitter Lions' Rock, alors même qu'une prophétie plane sur toi...
Lily pense que Dumbledore veut se servir de toi comme appât, pour attirer Voldemort et enfin réussir à le détruire. La décision de quitter Lions' Rock et de se prêter à ce drôle de jeu a été prise avec difficulté, mais il faut que ce statu quo cesse un jour. Il faut que nous parvenions à la fois à cesser la progression de Voldemort, et à afficher l'éventuelle duplicité de Dumbledore au grand jour.
Nous avons alerté nos conseils à ce sujet. Ils ont reçu une copie non scellée de notre testament, et nous avons leur avons transféré toute la gestion de notre patrimoine immobilier, jusqu'à ce que cette histoire soit terminée, ou, si le pire devait arriver, que tu sois en âge de toucher ton héritage.
Et si tu lis cette lettre, c'est que le pire est arrivé. Nous en sommes sincèrement désolés. J'espère au moins que cela aura porté ses fruits, et que Voldemort a disparu, et que Dumbledore te fiche la paix.
Il y a des choses importantes que tu dois savoir, et que même les Longbottom, les Bones, Sirius ou Remus ne pourront pas te dire.
Tout d'abord, concernant ta magie. Les mages sont fréquents, dans la lignée des Potter. Tu n'es pas le premier, et tu ne seras certainement pas le dernier. Lions' Rock est conçu pour être la demeure des mages Potter, et elle te répondra certainement beaucoup mieux qu'à moi. N'hésite pas à en profiter, et je t'en prie, ne répète pas la folie de tes parents, ne quitte pas les lieux si jamais tu doutes de ta sécurité à l'extérieur !
Ensuite, tu es, grâce à ta mère, non seulement héritier de Gryffindor et de Ravenclaw, mais également de Slytherin et de Hufflepuff. J'ignore dans quelle maison tu as été (ou tu seras) réparti, mais où que tu sois, je suis sûr que tu feras la fierté de cette maison. Siri te dira certainement d'éviter Slytherin à tout prix, mais si tu y es, alors sois un fier Slytherin. Mon propre père était un Slytherin, si ça peut te rassurer. On croit que tous les Potter ont toujours été à Gryffindor, mais ce n'est pas forcément vrai. Mon oncle William, l'héritier du titre jusqu'à ce qu'il le refuse, a bel et bien été à Gryffindor, mais mon père était à Slytherin, et il a été un excellent élève pour cette maison, et un excellent père pour moi, très doué pour la scène politique.
Là où je veux en venir avec cet héritage des Fondateurs, c'est que Hogwarts est ta deuxième maison, véritablement. Hogwarts te répondra certainement aussi bien que Lions' Rock. Père a toujours refusé de me montrer comment accéder à l'Héritage des Fondateurs, il avait peur que je m'en serve de façon abusive en tant que Maraudeur, mais je suis certain que tu trouveras dans son journal ou celui de nos ancêtres de quoi te guider dans ta démarche.
Enfin, il est important que tu découvres certaines alliances cachées de la famille.
Tout d'abord, Severus Snape. C'est un ami de ta mère, encore aujourd'hui. Je crois qu'il l'aime, mais il la respecte trop pour l'afficher, et nous commençons, après des années de guerre à Hogwarts, à nous respecter suffisamment également pour que je lui fasse suffisamment confiance dans ses rapports avec Lily. Sirius serait proprement effondré s'il lisait ceci, j'en suis certain. Nous n'avons jamais affiché cette amitié, Lily et moi, pour protéger Severus.
Severus, tu dois certainement le savoir aujourd'hui, a été un Deatheater. Pourquoi il a choisi de le devenir, ce sera à lui de te le raconter, mais toujours est-il qu'aujourd'hui, il n'en est plus un. Il n'en a plus les convictions, et il est aujourd'hui un espion efficace pour l'Ordre du Phoenix dirigé par Dumbledore, mais également pour Lily et moi. C'est lui qui a transmis à Voldemort la première partie de la prophétie vous concernant, Voldy et toi, mais ce que Dumbledore ne te dira certainement pas, c'est que Severus a été contraint de le faire. D'ailleurs, il avait pour consigne de transmettre la prophétie en son entier, et est parvenu avec difficulté à n'en transmettre que la première partie. Puis il est venu droit chez nous nous en avertir, et nous avons ainsi découvert la compulsion placée par Dumbledore sur lui.
Quel jeu joue Dumbledore, je ne le sais pas, et je n'ai pas particulièrement envie de le savoir, sous peine de détruire tout ce qui m'entoure. Il le faudra, certainement, si je veux sauver ma famille. Mais il est important que tu saches que Severus n'a jamais voulu attenter à notre vie, bien au contraire. J'espère qu'en grandissant, vous continuez à vous voir, tous les deux, il sera un modèle complètement différent de Sirius et Remus, et complémentaire.
Ensuite, plus surprenant encore sans doute : les Malfoy, et plus spécifiquement Lucius, Narcissa et leur fils Draco, qui a ton âge. Je suppose que tu dois connaître Draco, surtout si tu es déjà à Hogwarts. Je suppose également que si tu as grandi comme le futur noble que tu seras, vous avez également eu l'occasion de vous croiser tout au long de votre enfance, lors des différents événements mondains. J'ignore complètement si Lucius et Narcissa ont fini par afficher leur amitié avec nous, et vous ont donc laissé devenir amis, Draco et toi.
Si ce n'est pas le cas, lis bien ce qui suit :
Oui, Lucius est également un Deatheater, tout comme Severus. Et tout comme Severus, il est aussi peu convaincu par Voldemort. Il l'a été, mais il a heureusement une femme formidable qui lui a fait comprendre quelques vérités, et cela fait quelques mois que nous sommes amis, tous les quatre. Lucius et Narcissa sont les seuls, avec Severus, Sirius et Dumbledore, à savoir que tu es mage. Et avant d'accepter de venir ici à Godric's Hollow, nous avons fait promettre à Lucius et Narcissa de t'enseigner la magie noire, à partir de tes onze ans. Ils sont beaucoup plus compétents en la matière que Sirius, qui a des prédispositions certaines en tant que Black, mais a toujours refusé de s'y pencher. En tant que mage, tu peux pratiquer la magie noire avec beaucoup moins de risques qu'un sorcier. Et surtout, ce sont les seuls sorciers que nous connaissons, Lily et moi, qui seront capables de t'enseigner ce qu'est vraiment la magie noire. Et non, ce n'est absolument pas une magie de la mort. C'est Narcissa qui a aidé Lily à trouver la protection pour toi, qui fait que nous avons accepté de quitter Lions' Rock.
J'ignore dans quel monde nous t'avons laissé grandir sans nous. J'espère que ce que tu viens de lire n'est pas une découverte, cela voudra dire que tu as bien été élevé comme nous l'entendions. Si ce n'est pas le cas, et que tu viens d'apprendre certaines choses, alors nous sommes désolés de ne pas avoir pris suffisamment de précautions pour nous assurer que tout se passe bien pour toi.
Si tu veux en savoir plus sur nous, et principalement sur ces derniers mois, tu trouveras à côté de cette lettre nos journaux, à Lily et moi. Lily les a enchantés pour que seul toi puisses les lire.
Nous t'aimons tous les deux très fort,
et nous nous reverrons un jour...
Je t'embrasse,
Ton père,
James Potter.
Wouah... Ça, c'est de la lettre...
Mise à part toute la charge émotionnelle évidente que cela doit représenter pour Harry, plusieurs choses à retenir :
Un, les Potter savaient parfaitement qu'ils marchaient dans un piège en acceptant d'aller à Godric's Hollow, et ils avaient des doutes plus que certains sur Dumbledore ;
Deux, la fameuse protection de Lily Potter dépasse le sacrifice altruiste. Il y a une vraie magie derrière, et certainement de la magie noire. Autant pour la force de l'amour que vante Dumbledore ;
Trois, ce n'est pas vraiment une découverte pour moi, mais plutôt une confirmation : Snape et ses rapports avec Lily. Bonne nouvelle : il semble avoir fait la paix avec James Potter, ce qui signifie que son comportement envers Harry est peut-être du à des compulsions, et cessera si McGonagall y met son nez. Et fais confiance à une Écossaise pour mettre son nez là où elle a dit qu'elle le mettrait. Un Écossais, c'est encore plus têtu qu'un Breton ;
Quatre, là, c'est une découverte : les Malfoy. Le comportement intelligent et ouvert de Draco n'est donc pas un accident généalogique, mais bien le résultat d'une éducation. Encore mieux que prévu. Reste à voir comment aborder ce sujet avec lui sans le braquer dans son image de Prince de Slytherin. Et reste à voir également comment Harry et Hermione vont réagir à cette nouvelle.
Harry, d'ailleurs... Je lui ai rendu la lettre en lui demandant :
« Tu veux la faire lire à Remus ? »
Harry a secoué la tête en lançant un regard d'excuse à Remus :
« Pas encore. Il me faut du temps pour digérer ce qu'elle contient, et je préfère d'abord en parler avec Hermione et Manon. »
Remus a souri :
« Je comprends. Tu sais que je suis là quand tu en auras besoin. Et je ne suis pas le seul. »
Harry a eu un sourire de remerciement, puis a replié la lettre pour la glisser dans son sac. Il a également récupéré les journaux dont parlait la lettre de son père. Avec la boite à bijoux trouvée par Remus, nous avons tout ce à quoi nous pouvons penser pour le moment.
Nous avons fait un détour par mon propre coffre pour que je puisse y déposer mes journaux déjà remplis, et j'ai eu du mal à ne pas sermonner Harry sur sa générosité excessive quand j'ai vu la montagne de Gallions entreposés (ben oui, dix mille, ça fait pas mal de piles qui brillent...).
Enfin, juste avant midi, nous sommes rentrés à Grimmauld Place. Sirius et Hermione étaient déjà là, impatients d'avoir des nouvelles. Nous leur avons raconté ce qui s'est passé depuis leur départ : McGonagall, les avocats, Gringotts, et surtout, Harry en bonne santé. Harry a abordé rapidement la lettre, mais a précisé qu'il n'en parlerait pour l'instant qu'avec Hermione et moi, et qu'on attendrait donc tous les trois d'être parfaitement seuls avant d'en parler sérieusement.
Au déjeuner, Fred a demandé à voix haute ce qu'avaient donné les examens de Harry. Celui-ci a fait la grimace, mais il faut jouer le jeu.
« C'est pas joli. Remus a une copie du dossier médical.
–Bien sûr que ce n'est pas joli, a répondu Mrs Weasley en fronçant les sourcils : tu es petit et maigre pour ton âge, et tu as une vue affreuse.
–Et le tout est du à de très fortes carences alimentaires dues à une sous-alimentation persistante durant son enfance, j'ai répondu sèchement. Il y a également les différentes fractures mal guéries parce que jamais soignées, les cicatrices dues aux coups et aux blessures infligées par sa... famille ?... L'affaiblissement des organes et des muscles... Non, ce n'est pas joli.
–On peut faire quelque chose ? a demandé Tonks.
–J'ai passé la nuit à l'hôpital parce qu'ils ont du re-fracturer les fractures mal guéries, a expliqué Harry d'une voix soigneusement neutre. C'est apparemment nécessaire avant que je puisse commencer un traitement qui va me permettre de rattraper mes carences et le retard de croissance. Ils ont dit que c'était dangereux pour moi de continuer à grandir avec un squelette aussi fragilisé.
–Allons, voyons, Harry, tu n'es quand même pas fait de porcelaine, a protesté Mrs Weasley. Ce sont des Guérisseurs, forcément qu'ils auront tendance à aggraver les choses pour pouvoir appliquer leurs traitements. »
J'ai eu un soupir d'impatience et récupéré le dossier des mains de Remus. J'ai rapidement trouvé ce que je cherchais : la carte anatomique des différentes traces de fractures de Harry avant le traitement de cette nuit, classées par couleur : bien guéries (vert), mal guéries (rouge), pas guéries (noir). Le schéma est beaucoup trop rouge et noir à mon goût. Je l'ai copié et placé le nouvel exemplaire devant Mrs Weasley :
« C'est une copie, faites-en ce que vous voulez : brûlez-la, encadrez-la, c'est à vous de voir. Mais l'état de santé de Harry est en effet plus que préoccupant. Il a l'air d'aller bien, mais il n'a pas la résistance physique qu'il devrait avoir, ce qui le pénalise dans sa puissance magique. Ce n'est pas parce qu'il n'a pas de traces visibles qu'il n'est pas fragilisé. Il va falloir que vous ouvriez un jour les yeux : ce qu'a fait Dumbledore, soit par négligence, soit volontairement, est criminel. Dans le système non-magique, il serait condamné à la prison à vie.
–Encore faudrait-il qu'il soit responsable de ce dont tu l'accuses. »
J'avoue que j'ai eu du mal à croire à ce qu'elle venait de dire. Comment peut-on être aussi aveugle et bornée ? J'ai inspiré profondément :
« Je vais me taire parce que sinon, je vais devenir vulgaire et insulter la mère de mes amis, et j'ai suffisamment de bonne éducation pour ne pas en avoir envie. »
Bon, je reconnais, pas encore suffisamment bien élevée pour ne pas mentionner que j'ai effectivement envie de l'insulter... Harry a pris ma main pour me calmer. C'est étrange comme c'est efficace, ce truc. Je me fais avoir à chaque fois.
« Des projets pour cet après-midi ? a demandé George pour changer de sujet.
–Oui, a répondu Harry. Ce matin, je suis passé à Gringotts pour récupérer mon titre de Lord. J'ai en même temps récupéré les accès à Lions' Rock, la demeure familiale des Potter. Apparemment, j'y aurais passé quelques mois, bébé, mais je ne m'en souviens pas. J'ai envie d'y aller pour voir.
–Et la sécurité ? » a demandé Mrs Weasley.
Remus, Sirius, Bill et Kingsley ont éclaté de rire. Puis Kingsley a déclaré :
« Lions' Rock est certainement l'endroit le plus sûr au monde. Même Hogwarts n'est pas aussi bien protégé. Harry n'a absolument rien à craindre, là-bas. Surtout que c'est le Lord de la demeure. »
Kingsley est le « monsieur sécurité » de l'Ordre. Pas aussi parano que Moody, mais aussi efficace. Du coup, Molly n'a plus rien dit.
Après le déjeuner, Harry s'est rendu seul à Lions' Rock : Sirius a dit qu'il était fort possible que le domaine soit entièrement fermé à ceux qui ne font pas partie de la famille Potter, et Harry devra d'abord se faire reconnaître comme Lord, puis ouvrir les accès pour chaque personne qu'il souhaite voir arriver.
Pendant près d'une heure, nous avons attendu de ses nouvelles. J'étais vraiment en train de m'inquiéter. Puis il est apparu devant la porte de Grimmauld Place, souriant :
« C'est superbe comme endroit ! Désolé pour le temps, j'ai fait la connaissance de Tippy, et il a eu du mal à comprendre que je ne partais que pour revenir un peu plus tard. »
Sirius et Remus ont eu un petit rire. Au nom qu'il a donné, j'ai supposé qu'il s'agit d'un elfe de maison. Supposition confirmée par Sirius :
« Tippy s'est toujours montré extrêmement zélé envers la famille. Cela a du le frustrer de ne pas te voir grandir. Pauvre elfe. Il est tout seul ?
–Non, ils sont trois à s'occuper de Lions' Rock. C'est lui le chef. Il veut que je ramène du monde, il en a marre de voir la maison vide. Tenez. »
Il nous a tendu un bout de corde, suffisamment long pour qu'on puisse tous s'y accrocher.
« Tippy m'a aidé à faire ce Portoloin. Accrochez-vous, je vais nous emmener. »
Nous avons tous tendu la main pour toucher la corde, et il a déclenché le Portoloin. C'est aussi désagréable que la Cheminette, le Portoloin, même si ça secoue moins : cette sensation de crochet derrière le nombril n'est pas du tout confortable, et surtout, à l'arrivée, c'est le même atterrissage super glamour avec les membres dans tous les sens par terre. En l'occurrence, dans la neige, puisque Harry nous a fait arriver dehors.
« Tu aurais pu nous prévenir qu'on arriverait dehors ! a râlé Hermione.
–Désolé, » a répondu Harry avec un sourire qui le contredisait.
Et personnellement, j'étais incapable d'être en colère contre lui : devant nous, au sommet de la colline, s'étalait un petit château médiéval, pas tout à fait historique, un peu comme Pierrefonds, en parfait état (d'où l'aspect pas très historique, même si la base est restée), avec ses murs blanchis et ses tourelles. Un petit Hogwarts (pas beaucoup plus petit). De nombreuses cheminées fument, et au balcon au dessus de la grande porte d'entrée, on a accroché la bannière des Potter : un lion d'or dressé sur ses pattes arrières sur un fond sanguine. Ça te rappelle quelque chose ? C'est normal : c'est également la bannière des Gryffindors. Godric Gryffindor était un Potter, et il a donné son blason familial à sa maison.
Harry nous a conduits à l'intérieur. En chemin, il nous a expliqué qu'on était déjà sous les protections du château, qui vont un peu au delà de la colline. Tippy lui a dit qu'il y a un marquage pour la délimitation des protections, mais Harry n'a pas encore été voir : lui aussi a froid.
L'intérieur du château est chaud. Rien à voir avec les couloirs froids et venteux de Hogwarts. Ici, inutile de mettre sa cape pour passer d'une pièce à l'autre. Et c'est évident que c'est une habitation privée : pas de longs couloirs remplis de salles uniquement utilisées pour les cours, mais des sols couverts de tapis un peu partout, des fauteuils et des cheminées, des rideaux aux fenêtres (des vitraux, pour les fenêtres, d'ailleurs). C'est vraiment chaleureux.
Dans le hall, il y a un immense lustre qui pend du plafond, des tapis au sol, de très grandes fenêtres, des guéridons avec des fleurs ou des statues... À notre gauche immédiate et à notre droite immédiate, deux doubles portes. Juste au-delà, deux volées d'escalier, une de chaque côté, qui partent dans les étages. Et en face, une double-porte encore plus importante, avec la bannière Potter qui trône au dessus.
Je pensais qu'on irait là, mais Harry, Sirius et Remus se sont dirigés vers la gauche. C'est évident que les deux Maraudeurs connaissent les lieux. On a donc pris la double porte à gauche, et nous sommes entrés dans un grand salon confortable, qui rappelle un peu la salle commune de la tour de Gryffindor, avec ses canapés moelleux, ses fauteuils, ses petites tables et ses guéridons, l'immense cheminée, et les tapisseries au mur. Pas la Dame à la Licorne, cette fois, mais des scènes d'extérieur, une partie de campagne, avec des seigneurs à la chasse, les dames réunies dans une clairière pour jouer de la musique et broder, et une scène de banquet en extérieur. Du coup, comme les tons de ces tapisseries sont plus... naturels, la pièce paraît nettement moins rouge que la salle commune des Gryffindors.
Nous nous sommes installés dans un cercle de canapés et de fauteuils, et un elfe de maison est rapidement apparu pour apporter des boissons et des gourmandises. Il ne portait pas de torchon, mais un véritable uniforme, avec le blason Potter sur la poitrine.
« Voici Tippy, a présenté Harry. C'est le majordome du domaine. Tippy, tu connais Sirius et Remus, même si tu ne les as pas vu depuis longtemps.
–Maître Sirius, Maître Remus, c'est un plaisir de vous revoir ! » a déclaré l'elfe en s'inclinant.
Tiens, il parle normalement. Ça peut te sembler bizarre comme remarque, mais ni Dobby, ni Kreacher, dans les livres, ne parlent normalement : leur grammaire est pauvre, simpliste, et ils ont des difficultés à prononcer comme il faut les noms propres. Le vrai Kreacher, même s'il prononce tous nos noms comme il faut, a effectivement une grammaire pauvre et une tendance à parler de lui à la troisième personne (comme un enfant qui n'a pas encore appris à s'identifier comme une personne à part entière, pas comme un sombre égocentrique). Ce trait des elfes de maison a été repris dans les fan-fics que j'ai lues. Du coup, c'est surprenant de voir un elfe de maison parler comme il faut.
Harry a continué les présentations :
« Voici ma meilleure amie, Hermione Granger. Ma petite amie, Manon Nestral. Et des amis : Kingsley Shacklebolt, Bill Weasley et son amie, Fleur Delacour, les jumeaux Fred et George Weasley, Ginny Weasley, le père de tous ces Weasley, Arthur Weasley, et Nymphadora Tonks, qu'il faut absolument appeler Tonks. »
Au fil de la présentation, Tippy a posé ses yeux sur chacun de nous, et je suis certaine qu'il n'oubliera jamais nos noms. À la fin, il s'est incliné devant nous tous, et a déclaré :
« Bienvenue à Lions' Rock, amis des Potter. Si vous avez besoin de quoi que ce soit pendant votre présence ici, appelez-moi. Souhaitez-vous une boisson chaude ?
–Du thé, ça sera parfait, a répondu Harry.
–Je peux avoir du chocolat chaud ? j'ai demandé.
–Bien sûr, Miss Nestral.
–Moi aussi, alors, » est intervenue Ginny.
Tippy s'est incliné et a disparu dans un pop. Quelques secondes plus tard, un plateau avec une théière et des tasses est apparu, et deux grandes tasses de chocolat chaud. Mmh, j'aime la magie, et j'aime les demeures où on se fait servir. Je vais finir par être exigeante, tu vas voir...
Un silence confortable a plané quelques instants, puis Sirius a demandé :
« Alors, pup, des projets ?
–Je comptais rester ici pour le reste des vacances, a avoué Harry. Ceux qui le veulent sont également les bienvenus. Manon, j'aimerais franchement que tu restes ici aussi. On a besoin d'en savoir plus sur notre magie, et on n'aura pas besoin de faire attention à ce qu'on fait ou on dit dès qu'on sort de la bibliothèque, ici. »
J'ai hoché la tête et j'ai adressé un sourire moqueur à Sirius :
« Désolée, j'apprécie sincèrement ton hospitalité, mais rien que le fait de voir la campagne à travers les fenêtres me fait préférer Lions' Rock. »
Sirius a éclaté de rire :
« Oh, comme je te comprends ! Hermione, tu comptes rester ici aussi ?
–Non, j'ai vraiment envie de passer du temps avec mes parents. Je ne les ai pratiquement pas vus l'été dernier avec l'Ordre, et encore ces vacances... Est-ce que je pourrais venir ici quand ils seront au travail tous les deux ?
–Bien sûr, a répondu Harry avec un sourire. Sirius ?
–Je continue à assurer la protection de Hermione.
–Je vais rester à Grimmauld Place, alors, a dit Remus. Et vous ? a-t-il demandé aux Weasley.
–Nous aussi, a répondu Arthur. La situation est délicate avec Molly et Ron, et elle ne ferait que s'aggraver si on vient s'isoler ici. C'est parfaitement compréhensible que Harry profite de sa demeure familiale, mais ce serait malpoli de notre part d'accepter l'invitation sans ma femme et mon fils.
–Au sujet de Ronald, je suis intervenue. Qu'en est-il ?
–Son comportement lors de la conversation d'hier a été révélateur, a répondu Bill avec une grimace. Je ne crois pas qu'il soit raisonnable de la part de Harry de continuer à le considérer comme un ami proche.
–Et il est au courant pour le parfum, a enchaîné Harry avec un soupir.
–Quel parfum ? s'est étonné Arthur.
–Ron m'a offert un parfum à Noël, a expliqué Hermione. Un parfum senteur Amortentia. Et nous nous demandions, tous les trois, s'il était au courant ou s'il avait simplement accepté un cadeau tout prêt de la part de Molly, sans vraiment savoir ce qu'il offrait.
–Et il sait, a ajouté Harry. Pour lui, Hermione lui est destinée. Tout comme je suis destiné à Ginny. Il est persuadé que... Comment dire... Je suis incapable de savoir où j'en suis sentimentalement parlant, et que je suis convaincu d'avoir un crush pour Manon et Hermione, alors que mes vrais sentiments ne peuvent aller que pour sa sœur.
–Ah oui, ce serait un beau bordel... j'ai soupiré. Et il t'a vraiment dit tout ça ?
–Non, bien sûr. Je l'ai compris entre les lignes, et j'avoue avec l'aide d'un peu de Légilimancie.
–Donc c'en est vraiment fini de l'amitié, a commencé Fred.
–... Entre notre petit frère et Harry Potter ? a terminé George.
–Désolé, a répondu Harry. Mais il est effectivement ami avec Harry Potter, et pas avec Harry tout court. Et ce n'est pas le genre d'amitié dont j'ai besoin pour l'instant. S'il ne fait pas l'idiot, il restera un bon camarade de maison et peut-être dans quelques temps, quand il aura dépassé sa jalousie, on sera amis à nouveau. Ah, pour vous préparer : j'ai fait fermer le coffre dans lequel il recevait les versements à partir de mon compte, ce matin. »
Les Weasley ont accepté la décision sans faire de commentaire. Harry les avait prévenus. Il a respecté un moment de silence, comme pour dire adieu à cette amitié, puis a repris :
« Je compte profiter des derniers jours de vacances pour prendre contact avec Lady Longbottom et Madam Bones.
–Excellente idée, pup, a approuvé Sirius. Si quelqu'un peut t'aider à découvrir tes devoirs de Lord Potter, ce sont elles.
–OK. Je leur enverrai un message tout à l'heure. Ensuite... J'aimerais que la famille de Hermione soit mieux protégée. Tippy m'a montré comment faire des Portoloins d'urgence qui leur permettraient de venir ici au cas-où, mais cela signifie que leur maison est déjà soumise à une attaque. Bill, Kingsley, est-ce que c'est possible de faire poser des protections magiques sur une maison moldue ?
–Uniquement si un sorcier y vit, a répondu Kingsley. C'est la maison de Hermione, donc tu as le droit de la faire protéger. Mais il y a tout un tas de paperasse à remplir au Ministère pour ça...
–OK. Ça va traîner en longueur, donc, avec l'amour que me porte le Ministère pour le moment.
–Tu serais surpris, a souri Kingsley. Il suffit de faire faire la paperasse auprès d'un gradé du Département des Forces de l'Ordre Magique. Et tu as le Chef des Aurors dans cette pièce. »
Harry l'a regardé un instant, puis a affiché un immense sourire, accompagné d'une vague de soulagement. Il s'est tourné vers Hermione :
« Tu es d'accord ?
–Bien sûr que je suis d'accord pour protéger mes parents ! Merci de proposer de les abriter ici si besoin.
–Je vais proposer la même chose à chacun de vous, a assuré Harry. Vous êtes tous ici inscrits sur les registres de sécurité de Lions' Rock, vous pouvez venir quand vous voulez, par le moyen que vous voulez, tant que je ne mets pas Lions' Rock en mode de défense complet.
–Quel est le niveau de sécurité ici pour l'instant ? a demandé Sirius.
–5 sur 10, d'après Tippy. Seules les personnes autorisées peuvent accéder au domaine, mais les moyens de communication, comme les hiboux, ou les appels par poudre de Cheminette, sont libres. Et même si vous êtes inscrit dans les registres, vous ne pourrez pas accéder à Lions' Rock si vous possédez un objet compromettant ma sécurité ou celle de mes proches sur vous. Et à la moindre tentative d'attaque, vous serez proprement expulsés des lieux, sans que j'ai à y faire quoi que ce soit.
–Les moyens de communication sont publics ? a demandé Remus.
–Oui. D'où le niveau de sécurité assez faible. Je remonterai ça à 7 quand je partirai pour Hogwarts : seuls ceux inscrits au registre pourront accéder à Lions' Rock et communiquer avec quelqu'un à l'intérieur du domaine. C'était le cas quand je suis arrivé ici tout à l'heure.
–Il n'y a pas de Fidelius ici ? j'ai demandé.
–Non, a répondu Sirius. Les protections de Lions' Rock n'ont pas besoin de Fidelius. L'endroit est incartable, et les différents boucliers combinés valent finalement plus qu'un Fidelius. Il doit y avoir quelques livres dans la bibliothèque ici qui expliquent le fonctionnement précis des défenses de Lions' Rock, sans compter l'elfe de maison en chef, qui est tenu de toujours être au courant de leur état.
–Comment ça se fait que les Potter aient une telle demeure, alors que les Black, de rang équivalent, ont un simple hôtel particulier en pleine ville ? a demandé Hermione.
–Nous avons également une demeure ancestrale, un vieux château en bord de mer. Nous n'y habitons plus depuis plusieurs générations. Et je n'y ai plus accès depuis que ma mère m'a rejeté de la famille, a reconnu Sirius. De toute façon, Black Manor a toujours été beaucoup moins bien défendu que Lions' Rock.
–Et tu ne pourrais pas t'installer ici, plutôt que de rester enfermé à Grimmauld Place ? a demandé Fred.
–Tant que l'Ordre y a son QG, non. Je dois protéger la bibliothèque des Black. »
J'ai soudain eu une illumination :
« Est-ce que justement, Dumbledore n'aurait pas choisi Grimmauld Place pour avoir accès à cette bibliothèque ?
–Pour quoi faire ? a demandé Arthur en fronçant les sourcils.
–Les Black n'ont jamais caché leur affinité avec la magie noire. Si Dumbledore veut en savoir plus sur les Horcruxes, la bibliothèque des Black serait certainement un bon endroit où trouver des réponses... Ou bien sur les protections que Voldemort doit avoir utilisées pour protéger ses Horcruxes.
–Ce n'est pas idiot, a approuvé Sirius. Heureusement, la bibliothèque est protégée par des boucliers supplémentaires et Dumbledore n'y a pas accès. Mais je préfère quand même y rester, plutôt que de me fier entièrement à ces protections.
–Pourquoi tu ne virerais tout simplement pas l'Ordre de chez toi ? a suggéré Harry.
–Parce que Dumbledore serait quand même le Gardien du Secret de la maison, a répondu Sirius avec un soupir. Et malheureusement, aucun de nous n'est capable de remplacer ce Fidelius. »
Harry, Hermione et moi avons échangé un regard. Puis j'ai ricané :
« Heureusement que vous avez trois mages dans cette pièce, alors... »
Tout le monde nous a regardé, puis Sirius a souri :
« Heureusement. Remus, tu as un livre qui parle du sortilège ?
–Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, est intervenue Hermione. Le fautif est Dumbledore, pas l'Ordre. L'Ordre est même utile pour chercher à convaincre discrètement plus de sorciers que Voldemort est de retour, malgré la propagande du Ministère. Ce serait dommage de punir tout un groupe pour un seul homme. Quand Voldemort sortira de sa tanière, on aura besoin de l'Ordre pour le contrecarrer. Priver l'Ordre de QG n'est pas raisonnable dans ce contexte.
–Et... j'ai commencé, réfléchissant à voix haute. Si on écarte Dumbledore de la scène, complètement, il ne sera plus à la tête de l'Ordre, n'est-ce pas ?
–Je ne pense pas que l'Ordre le suivra toujours si nous rendons public tout ce que nous savons, a approuvé Remus. Minerva était son plus loyal agent, et n'a pas hésité une seule seconde quand on l'a mise face aux manipulations de Albus.
–Et dans ce cas... Est-ce qu'il ne serait pas possible de déplacer le QG ici ? Grimmauld Place reste la maison des Black, et le prochain Lord Black, tant que Sirius n'est pas innocenté, c'est Draco Malfoy. »
Il y a eu des exclamations choquées, et j'ai levé la main :
« Je ne pense pas que ce soit Draco le véritable danger, mais plutôt ses parents et sa tante. »
J'ai hésité à inclure les parents de Draco, surtout après la lettre de ce matin, mais pour l'instant, seuls Harry et moi l'avons lue, et nous n'avons que la parole de son père, disparu depuis quinze ans. Qui dit que finalement, Lucius n'est pas revenu à ses anciennes amours ? Alors en attendant d'avoir des preuves de son innocence, autant se méfier. J'ai continué, sans montrer mon trouble ni laisser le temps à Harry de réagir :
« Grimmauld Place est peut-être protégée par un Fidelius, mais ça ressemble quand même à une jolie faille de sécurité. Qu'est-ce qui sera le plus fort ? Le légitime Lord de la maison ou un Fidelius gardé par quelqu'un qui n'a aucun lien de parenté avec les Black ? »
Il y a eu un silence, puis Sirius a demandé :
« Ça fait partie des possibles, n'est-ce pas ?
–Non, pas vraiment. Dans les différents possibles, ton statut de criminel en fuite met le titre en suspens, mais ne le dirige pas vers le prochain héritier. Et dans ces possibles, au cas où, tu as un testament qui désigne le prochain héritier. »
Sirius a hoché la tête pour montrer que c'était déjà le cas. J'ai continué :
« Je n'ai jamais lu Draco devenir Lord Black et avoir accès à Grimmauld Place. Par contre... j'ai hésité, avant de reprendre plus fermement : par contre, dans ces possibles, Kreacher et toi n'auriez jamais appris à vous respecter, et il n'aurait pas hésité à se tourner vers ceux qu'il considère comme de véritables Black, quitte à vous trahir, toi et l'Ordre.
–C'est pour ça que tu insistes autant sur le fait que je dois lui montrer de la considération ?
–Oui. Dans certains possibles, cette trahison aurait conduit à ta mort. »
Il y a eu un moment de silence, et j'ai inspiré avant de continuer :
« La maison est au diapason de Kreacher. Depuis que Kreacher te respecte en tant que maître, et est également plus respectueux envers tes invités, la maison est également plus... chaleureuse ? Et ça n'a rien à voir avec le fait que Kreacher fait mieux son travail. Depuis que Kreacher nous accepte, la maison nous accepte aussi. Et c'est en partant de cette idée que je me dis que si Kreacher peut nous trahir, la maison le peut aussi, et que donc c'est un endroit dangereux pour un QG d'une organisation luttant contre Voldemort. Tant que Dumbledore dirige l'Ordre, il ne voudra certainement pas en changer : c'est pratique, en plein centre de Londres, il en est le Gardien du Secret, ce qui veut dire qu'en théorie, il décide qui entre ou non, et il y a donc la bibliothèque. Mais le danger n'en reste pas moins important. Ici, on peut être sûrs qu'aucun Deatheater ne pourra y accéder. Si on veut abriter des personnes, une infirmerie... c'est quand même mieux. Et il y a la place, et le fait qu'il y a un extérieur. Mine de rien, pour ceux qui doivent rester ici un long moment, pour une raison ou pour une autre, ça a de l'importance. C'est fou comme sortir la tête de chez soi de temps en temps fait du bien au moral, n'est-ce pas Sirius ? »
Il y a eu des petits rires, et je me suis tournée vers Harry :
« C'est chez toi. Qu'est-ce que tu en penses ?
–Ça se comprend, mais c'est délicat à mettre en place : je dois inscrire chaque personne dans un registre pour leur donner accès à l'endroit. Et je n'ai pas envie de donner le même accès à Snape qu'à toi, par exemple.
–Le registre de Lions' Rock comporte des niveaux, a dit Sirius. Tu peux parfaitement décider qu'au niveau 5, le niveau actuel, tout l'Ordre a accès à Lions' Rock, mais si tu montes au niveau 7 ou plus, seules quelques personnes peuvent y accéder. J'ai vu James le faire. Seul le niveau 10 refuse tout accès.
–Aucun accès ? je me suis étonnée.
–Aucun accès, aucune sortie. Au niveau 10, Lions' Rock est en mode de défense intégral, et rien n'entre, rien ne sort. Seul le Lord peut passer les protections, à ce niveau. »
Comment Dumbledore pouvait-il imaginer que Godric's Hollow pouvait être plus sûr que Lions' Rock ? Ou sans doute mieux : comment espérait-il le faire croire au Lord Potter, ayant grandi avec l'histoire de la demeure, et sachant parfaitement la sécurité qu'elle représente ? Ce vieil homme est complètement bercé par ses illusions... Lily et James n'auraient pas voulu en savoir plus et n'auraient pas avancé volontairement dans ce qu'ils savaient parfaitement être un piège, personne n'aurait pu les déloger d'ici...
Harry a soupiré :
« Je vais y réfléchir, alors, et voir comment on peut faire ça sans ruiner la sécurité de Lions' Rock avec Tippy. Vous voulez faire le tour des lieux ? Je n'ai pas encore visité, et Tippy m'a promis de faire le guide. »
Tout le monde a accepté avec enthousiasme, même les deux Maraudeurs qui connaissent déjà l'endroit. Harry a appelé Tippy, et nous avons commencé la visite.
Le château paraît encore plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur. Au rez-de-chaussée, en plus du salon dans lequel nous étions, il y a une immense salle à manger, et la grande double porte en face de l'entrée donne sur une salle de réception qui peut faire office de salle de bal. Il y a également des petits salons plus intimes, des petites salles à manger et de réception, et un bureau qui ne sert qu'à recevoir et non à travailler (il est presque vide). De l'autre côté du château par rapport à l'entrée principale, il y a également la seule pièce véritablement privée du rez-de-chaussée, qui sert à la fois de salle à manger, de salon et de pièce de détente.
Les escaliers permettent d'accéder aux trois étages. Globalement, le premier est l'étage "public" : autres salons plus petits, chambres d'amis, le bureau du maître de maison (le vrai cette fois) et le premier étage de la bibliothèque, qui se prolonge aux étages supérieurs avec les livres les plus confidentiels. Justement, l'étage supérieur est l'étage privé, avec la chambre du maître, une dizaine d'autres chambres pour la famille et les amis proches, un autre bureau, une salle de travail, certainement pour les enfants pour étudier, une salle de jeux... Et enfin, le dernier étage est consacré au travail et à l'entraînement : les combles de la bibliothèque avec des livres très pratiques sur le combat, les potions, les enchantements... des salles d'entraînement du même style que celle qui se trouve chez Sirius, sans ressembler à des cathédrales, un laboratoire de potions... Les sous-sols contiennent les cuisines et les cachots.
Il y a également diverses dépendances tout autour du château : une écurie (avec ses chevaux, pris en charge par le seul être humain ayant eu accès ces dernières années au domaine, un non-magicien connaissant l'existence de la magie), des maisons pour accueillir certains invités désirant une plus grande indépendance (pratique quand on reçoit des créatures, par exemple, comme des vampires, des Vélanes ou autres...), mais également une infirmerie complète, et un centre de sport, avec une piscine qui peut se découvrir à la belle saison (il y en a une en Grande Bretagne ?). Un peu plus loin, on peut voir un terrain de Quidditch, ce qui a évidemment enthousiasmé les garçons et Ginny.
A mi-hauteur de la colline, on trouve une ligne de piliers de pierre couverts de runes, qui font tout le tour de la colline. Ils délimitent la partie la plus sécurisée du domaine, qui comprend tout ce que je viens de te décrire. Le reste du domaine est plus ouvert, non pas aux magiciens, mais aux non-magiciens et surtout aux créatures magiques. Cette partie, beaucoup plus importante en surface, comprend une forêt plus grande que la Forêt Interdite de Hogwarts, un petit lac desservi par une rivière vive et beaucoup de champs, cultivés par des non-magiciens, qui habitent à Lions' Hill, le village voisin, ou sur place. C'est une sorte de havre pour toutes sortes de créatures qui sont discriminées ou chassées ailleurs : les centaures, licornes, elfes, fées, lutins, naïades...
Tous les habitants de Lions' Hill, qu'ils pratiquent la magie ou non, ont connaissance de son existence, et savent parfaitement qu'au sommet de la colline se cache la demeure du protecteur des lieux, et que dans la forêt du domaine, ils risquent de rencontrer des créatures que le commun des mortels ne rencontre pas habituellement. Lions' Hill bénéficie d'ailleurs du troisième niveau de protection du complexe Potter. Le village a été fondé par les fermiers du domaine et les employés de ces fermes et du château, et le Lord peut parfaitement étendre les protections du domaine jusqu'aux limites du village, village inclus. Cela fait plusieurs siècles que cela n'a pas été fait, mais si besoin, Harry peut parfaitement appliquer le niveau de sécurité 10 sur l'ensemble de son petit comté, et ainsi sans problème assurer la vie quotidienne de tous ceux qui y vivent pendant quelques mois, puisque les champs, ainsi que les bêtes qui y paissent, sont placés sous le bouclier protecteur.
Nous avons tous été proprement impressionnés par cette nouvelle : cela demande une puissance magique incroyable. Mais apparemment, Lions' Hill est à un des nœuds de courants telluriques magiques les plus importants non pas du Royaume-Uni, mais d'Europe. C'est de là que vient la quasi-invulnérabilité de Lions' Rock. Tiens, ça fait plusieurs fois que je te parle de ces courants, est-ce que tu sais ce que c'est ? Ce n'est pas un concept que j'ai découvert avec la littérature Harry Potter, mais avec les concepts celtiques. Selon eux, et apparemment d'autres civilisations sont d'accord, la magie circule dans la Terre en suivant des courants. Un peu comme des fleuves, des rivières et des ruisseaux de magie qui parcourent la croûte terrestre. Parfois, ces courants se rencontrent et forment comme des lacs. On parle de nœuds. A ces endroits, la magie est plus forte. Les anciennes civilisations plaçaient leurs monuments sur ces lieux, riches en magie ambiante. Stonehenge ou le Tor, en Grande Bretagne, par exemple. Newgrange en Irlande. En France, Brocéliande, le Mont-Saint-Michel, l'île de la cité à Paris, la colline de Fourvière à Lyon... et plein d'autres lieux de part la France, l'Europe, le Monde. Lions' Rock en est un.
C'est là où aurait élu domicile Merlin, pour cette exacte raison. En Europe occidentale, le seul lieu plus puissant en magie est Avalon, en France. Quand Tippy nous disait que la famille Potter a toujours habité ici, ce n'est apparemment pas à la légère : la famille Potter habite à Lions' Hill depuis son fondateur, Merlin.
Tout ce que je viens de te dire (à part la théorie sur les courants magiques telluriques, dont je connaissais les bases), je l'ai découvert cet après-midi. Je me doutais de l'existence des nœuds, mais je n'aurais jamais pensé qu'il y en ait autant. Je pensais que c'était quelque chose d'assez rare. Ben non. C'est une vraie toile d'araignée de magie, sous nos pieds. Seule l'importance de ces nœuds varie, et rend certains beaucoup plus intéressants que d'autres.
Voilà pour la présentation de Lions' Rock et les explications de base sur sa puissance. Une fois le tour du propriétaire terminé, tout le monde est reparti à Grimmauld Place, sauf Hermione et Sirius, qui sont retournés à Crawley. Harry et moi ne sommes pas restés longtemps à Grimmauld Place : juste le temps de faire nos valises et de saluer ceux qu'on voulait saluer, et nous étions de retour ici. Si nous sommes restés une demi-heure là-bas, c'est beaucoup.
Tippy m'a attribué la chambre voisine de la chambre de maître (qui est bien sûr celle de Harry). Ma nouvelle chambre est immense et lumineuse et luxueuse. Honnêtement, depuis que je suis arrivée ici, j'ai l'impression d'être dans un palace. C'est une vraie suite, que j'ai. Quand tu entres dans la chambre, tu n'entres pas dans une chambre, mais dans un salon. Avec un long canapé et des fauteuils autour d'une cheminée, une grande bibliothèque et un espace de travail. C'est plutôt grand, une quarantaine de mètres carrés, et pour l'éclairer, de hautes fenêtres à la française qui donnent sur un balcon. J'ai vue sur l'arrière du château, la forêt et le lac.
Pour aller dans la chambre à proprement parler, je dois emprunter un petit escalier, qui me mène dans une tourelle, une des nombreuses tourelles qu'on voit accrochées au château. La tourelle fait deux étages : le premier comprend la belle salle de bain étonnamment moderne et un dressing (pour l'instant vide, c'est déprimant). Et en haut, une chambre qui fait presque la taille de mon salon, avec un grand lit à baldaquin, une autre cheminée, des fauteuils, toujours avec la même vue, et le même décor chaleureux... L'ensemble est plus grand que la maison de mes parents, où nous avons pourtant vécu à six.
N'empêche, si ça, c'est une chambre "normale", je me demande à quoi doit ressembler la chambre de maître... Franchement, j'ai l'impression d'être logée comme une reine, ici. Je m'étais étonnée du peu de pièces par rapport à la taille du château, mais forcément, s'ils comptent une suite complète de quatre pièces comme une simple chambre, ça change la donne.
Sinon, pour le côté bizarre : nous ne sommes que tous les deux ici, Harry et moi. C'est la première fois depuis... que je le connais, je crois, que nous sommes vraiment tous seuls. D'habitude, quand nous sommes tous les deux, c'est parce que nous sommes isolés dans une pièce, et ailleurs dans le bâtiment (Hogwarts, Grimmauld Place), il y a nos amis. Là, non. Dans ce château, il n'y a que trois elfes et nous. Trois elfes à qui j'ai été présentée comme la petite amie de leur Lord et maître. Autant te dire qu'ils ne nous ont pas dérangés une seule fois, et nous ne les avons vus que lorsque nous les avons appelés.
Et à tous les deux, cette solitude nouvelle a fait de l'effet. Ici, sans visiteurs, nous n'avons pas besoin de nous cacher ou de faire attention aux convenances. Non pas que nous nous refusions tout geste affectueux avant, mais bon, nous avons tous les deux la bonne éducation nécessaire pour ne pas nous peloter en public. Et ici, il n'y a pas de public. Et je découvre un nouveau Harry, sans doute celui que connaissent ses copines : beaucoup plus entreprenant, plus séducteur, même s'il ne fait toujours rien qui pourrait me choquer ou me rebuter. Il cherche plus souvent à m'embrasser, me toucher, me serrer contre lui...
Quand nous avons travaillé ensemble sur les lettres pour Lady Longbottom et Madam Bones, il n'arrêtait pas de me chatouiller avec sa plume ou de se pencher vers moi pour m'embrasser sur la joue, dans le cou, vers l'oreille... Pendant le dîner, la conversation a été légère pour la première fois depuis des jours, et il n'arrêtait pas de me taquiner et de flirter, comme il le faisait déjà à Hogwarts, sauf que maintenant, ça prend un sens nouveau puisque nous sommes ensemble... Après le dîner, nous nous sommes installés dans un canapé du deuxième étage de la bibliothèque, et il m'a fait m'installer contre lui, mon dos contre son torse, pour qu'on suive ensemble le même livre (les courants magiques telluriques, d'où aussi les notions que je t'ai données plus haut), et pendant que je tenais le livre, il avait les mains libres... et baladeuses. Il n'a rien touché hors-limite, il s'est contenté de mes bras et de mon ventre, mais c'est le contact le plus intime que nous avons eu pour le moment.
En fait, pour la première fois, j'ai eu aujourd'hui l'impression d'avoir un petit ami et non une amitié améliorée. Et... c'est sans doute idiot à dire, mais j'aime ça. J'aime me blottir contre lui, être dans ses bras, ses baisers, ses mains qui se baladent sans jamais aller là où il ne faut pas, mais sont quand même tendres et câlines. J'aime cet Harry. Il me fait me sentir... désirée. Pas au sens physique, mais moral. Je n'ai pas l'impression d'être seule. J'ai l'impression que quelqu'un tient à moi, plus fort qu'une amitié. J'ai l'impression qu'avec lui, je peux me laisser complètement aller : si je suis triste, en colère, ou au contraire heureuse, il l'acceptera et sera là pour moi. Je ne suis pas seule. Et c'est une sensation complètement... bouleversante.
Je sais que tu es là, que nous avons notre amitié de cinq ans, que je peux tout te confier ou presque. Mais la différence est que toi, je sais que tu es là si j'ai besoin. Nous n'habitons même plus dans la même ville... Harry est là. Point. Ça n'enlève absolument rien à la force de l'amitié que j'ai pour toi, c'est juste quelque chose de nouveau.
C'est assez effrayant en même temps. J'ai toujours tout fait pour ne dépendre de personne. Indépendante jusqu'au bout des ongles. Avec ses avantages : la force de caractère que ça donne, le fait que je sois du coup assez volontaire pour apprendre en auto-didacte... et les inconvénients : même avec une meilleure amie avec qui j'ai l'impression de partager un cerveau et trois sœurs avec lesquelles je suis très soudée, je suis seule. Et Harry est en train d'exploser cette solitude. Il est en train de m'emmener dans quelque chose que je ne connais pas, que j'ai toujours eu peur de connaître, dans un certain sens. Et c'est aussi complètement inattendu. C'est logique, quelque part : si ça me surprend autant, c'est que je ne l'ai pas souhaité. Mais c'est aussi inattendu parce que je n'aurais imaginé que je puisse vivre ça ici, et aussi rapidement. Ça va faire deux mois complets que je suis là au premier janvier. En moins de deux mois, un mec de quinze ans a complètement explosé ma carapace que j'ai mis tant d'années à construire, et qui avait si bien marché jusque là.
Je ne sais pas quoi en penser. Pour te donner une idée, il m'a fallu autant de temps pour écrire les six derniers paragraphes que le reste de la journée. Si tu étais là, peut-être qu'on aurait une de ces discussions profondément philosophiques et que j'y verrais plus clair. Tant pis, j'attendrais.
Notes de l'auteur :
Concernant la dernière partie, c'est ce que je m'imaginais ressentir si jamais je devais avoir un petit ami un jour... Avant que je comprenne mon aromantisme. À l'époque, j'étais effectivement dans une sorte de carapace épaisse, de peur que quelqu'un découvre à quel point je me sentais différente et minable par rapport aux autres qui étaient capables de se laisser aller et d'avoir des relations.
C'est triste, mais ça m'est passé en apprenant que je suis aromantique. J'ai moins peur de moi-même, donc j'ai aussi moins peur des autres, en quelque sorte. Je me laisse plus aller dans mes amitiés, et je me sens nettement moins isolée. Je recommence même progressivement à être un peu plus tactile ! (progressivement, hein ! ne me demandez toujours pas de faire une câlin-party ! :) )
Comme quoi, se découvrir une petite case dans le monde bien ordonné de la société, même discrète, bien cachée et peu fréquentée, ça peut faire des miracles ;)
Cette petite note personnelle terminée, passons à la suite :
Les courants telluriques ne sont absolument pas mon invention, ni celle des fan-fics. C'est un concept millénaire. Pour certains, ce sont des courants d'énergie, pour d'autres, des courants magiques... Et effectivement, de nombreux lieux sacrés ont été placés à certains endroits à cause de ces "noeuds". Il existait des "sourciers" pour ces courants, comme il pouvait en exister pour l'eau, et quand ils sentaient un endroit de pouvoir, on pouvait décider d'installer là un lieu de culte plus ou moins important.
Concernant l'héraldique, Manon n'a que très peu de connaissances, et traduit donc directement ce qu'on lui dit. Pour les puristes (dont ma meilleure amie), je sais que la couleur "sanguine" n'est pas une couleur officielle. Normalement, le rouge est appelé "gueule", ou "gules" en anglais, ce qui aurait permis à Manon de retrouver le terme français pour son journal. Néanmoins, la couleur "sanguine" existe véritablement. Elle est entre "gueule" (rouge) et "pourpre". Une sorte de rouge sombre, sanguin, donc... De nombreux historiens considèrent cette couleur comme "ternie", marque d'un déshonneur, et c'est pour cela qu'elle serait peu utilisée. D'autres pensent que la couleur "sanguine" est la couleur originale, qui aurait ensuite donné "gueule" et "pourpre", selon qu'on renforce le rouge ou le bleu... Au risque de faire hurler les puristes, je suis partie sur cette dernière version pour ma fic, parce qu'après tout, c'est ma fic et je fais ce que je veux ;)
Mais sachez, chers historiens puristes qui peuvent me lire et qui ont envie de hurler "cépahisto !", je sais que je m'écarte de l'histoire officielle de l'héraldique, et je le fais en connaissance de cause, et voyez, je pense même à en avertir mes lecteurs qui seraient comme moi moins calés que vous ;)
(Qu'est-ce que ma meilleure amie ne m'aura pas fait faire comme recherches pour une simple fic... :p )
Concernant la maltraitance et ses conséquences, là aussi, c'est réel. Mais c'est comme dire qu'un fumeur risque un cancer du poumon et de la gorge et je ne sais quoi encore : le risque est présent et réel, mais ce n'est pas dit que la personne sera malade un jour. Là, j'ai fait l'énumération de tous les risques possibles (et il m'en manque certainement d'autres, je n'ai jamais fait d'études médicales), mais sachez que tout enfant maltraité ne risque pas tout ça. Déjà, parce que chaque cas de maltraitance est différent, et que chaque personne a sa propre résistance aux événements.
Enfin, dernier point, concernant les métiers de Amelia Bones et Kingsley Shacklebolt :
Dans mon histoire, au Ministère de la Magie, il y a le Département des Forces de l'Ordre Magique (DMLE pour Department of Magical Law Enforcement, ça fait partie du canon...), qui regroupe plusieurs services de protection des civils et des intérêts gouvernementaux, que ce soit au niveau opérationnel (l'équivalent de la police et de l'armée) ou judiciaire (la justice pure, hors ce qui est géré par le Wizengamot, dont les compétences seront détaillées plus tard dans l'histoire). Amelia Bones en est la Directrice. Je crois que dans les livres, elle est la directrice de la Justice Magique, j'ai donc étendu ses compétences, parce que dans de nombreuses fan-fictions, elle est chef des Aurors.
Le service opérationnel a plein de services, mais les deux plus importants sont les LEOs (Law Enforcement Officers), qu'on pourrait traduire comme officiers de police, et les Aurors, les super-flics, genre GIPN ou RAID. Shacklebolt se présente dans ce chapitre comme le Chef des Aurors, mais ce n'est pas exactement vrai : il est le chef opérationnel des Aurors. C'est lui qui va décider de la répartition des équipes en fonction des missions existantes et il va aller sur le terrain. Il y a également un chef administratif, qui gère la formation et l'entraînement des Aurors, leur volume et horaires de travail, les rapports, les congés, la santé... La RH quoi... Shacklebolt lui rend des comptes, et ce chef administratif rend des comptes à Amelia Bones (qui est donc le N+2 de Shacklebolt, si vous suivez...).
Le rôle des Aurors, LEOs, et même des Hit Wizards (le métier du père de Harry, dans ma fic), sera détaillé plus tard, ce n'est pas important pour le moment. C'est juste pour situer le contexte des responsabilités de chacun :)
A lundi prochain !
MAJ le 12/10/2017
