RETOUR EN CAMPAGNE

J'ai finalement été retrouvé par des serviteurs qui ont eu la gentillesse de me raccompagner à ma chambre où j'y retrouve un Jim agité et furieux. Cependant, celui-ci se calme vite me en voyant et disparais pour aller me chercher mon petit déjeuner.

Quelques heures plus tard, Elrond arrive à son tour, voir comment je vais. Il constate sans doute que je ne suis pas dans mon assiette mais ne me pose pas de questions. Cependant, il aborde un sujet différent.

- Vous allez bien mieux Faust, je pense que demain nous pourrons reprendre la route.

- Pardon ? Ne puis-je m'empêcher de lui demander.

- Nous avons eu de bonnes nouvelles, L'Isengard a été défait.

Cette information me choque.

- Comment c'est possible ? M'exclame-je surpris. Le Rohan était dispersé, son roi possédé et le prince mort. Qui plus est, j'ai vus les armées d'uruks de Saroumane se diriger vers leur ultime bastion. Ne me dites pas que dans cet état ils ont vaincu plus de dix mille uruks ?

- Et pourtant, Ils ont été vaincu, m'apprends Elrond. Qui plus est, l'Isengard a été ruinée par les Ents.

Je jette un regard ahuri à Jim, qui me retourne un autre regard voulant probablement dire "je vous avais prévenu".

- Mais le problème n'est pas là, je dois me rendre à Edoras. Je dois aller rendre son arme à un roi et lui donner une autre armée. Et comme Vous êtes sous ma tutelle, vous allez m'accompagner. J'ai besoin d'une escorte, mais avec les orques de Dol Guldur aux portes de la Lórien, j'ai des remords à demander d'autres soldats pour m'accompagner.

- Et c'est à moi que vous pensez pour servir d'escorte ? Reprends-je d'un ton grinçant. Il faut vous le dire en quelle langue que je suis un trouillard fini ?

- Vous avez décidément une image bien pessimiste de vous-même, me dit-il en s'asseyant sur la seule chaise de la pièce. Pourtant, ce que j'ai entendu de vous ne me donne pas à penser que vous ayez fait preuve de lâcheté autrement que dans vos propres propos.

Je le dévisage l'air assez surpris.

C'est moi ou bien il vient de me faire un compliment ?

- Quand vous êtes en face de votre mort, lui tourner le dos ne fait que lui faciliter la tâche, dis-je en bougonnant. Et je refuse qu'on me tue sans qu'il y ait une riposte, aussi pathétique soit-elle. Par contre je n'irais pas me faire tuer pour quelqu'un d'autre !

- Sauvegardez votre vie en tuant ce qui voudra se mettre en travers de notre chemin, je ne vous en demande pas plus. Je ne suis pas incapable de me défendre et les autres elfes qui voyageront avec nous non plus.

Je plisse les yeux d'exaspération.

Connard… Il avait vu le coup venir. Et comme je suis sous sa protection, je n'ai probablement pas le droit de refuser de le suivre.

- Je n'ai plus d'arme, lui fais-je remarquer pris par une inspiration subite.

- Dame Galadrielle m'a ramené votre épée. Elle dit qu'elle ne représente pas de danger pour vous. Au contraire d'après elle, elle ne veut que votre sauvegarde à tout prix.

Cette fois, mon cœur fait un bond. C'est la première bonne nouvelle de la journée.

Je vais retrouver Din'Ganar !

Elrond esquisse un sourire en coin. Je réalise que je dois avoir l'air béat d'un coup et je me secoue pour reprendre une expression neutre.

- Je vois que vous n'avez plus d'arguments, commente Elrond en se relevant.

- Grumash ! M'exclame-je subitement en réalisant que j'ai failli l'oublier, ce qui fait brièvement sursauter Elrond. J'ai besoin de mon capitaine !

Le Doc me jette un regard courroucé.

- Ha oui, cet orque…

- Faites-le libérer et je vous suivrais sans rouspéter, propose-je alors saisis s'une inspiration.

- Je refuse de voyager avec un orque qui tentera de tous nous trancher la gorge à la première occasion, me coupe-t-il d'un ton glacial.

- Je ne l'emmènerais pas en voyage dans ce cas, reprends-je agacé. Mais laissez-moi au moins tenir ma promesse de le libérer.

- Pour qu'il aille se joindre aux orques qui assiègent déjà la Lórien ? S'énerve Elrond.

- Il veut rejoindre le Mordor, pas Dol Guldur, reprends-je plus calmement. Là-bas, il ne menacera pas les royaumes elfiques, juste les humains.

- Et vous pensez que c'est mieux ?

- Non, mais puisque vous refusez de le laisser se battre à vos côtés, que suis-je censé faire ? Vous laisser l'exécuter sans réagir ? J'ai versé mon sang avec lui sur le même champ de bataille, je ne crois pas que vous oublieriez un compagnon d'armes aussi facilement vous non plus.

Elrond me regarde d'un air courroucé, mais ne réplique pas. Je me demande si je n'ai pas touché un point sensible. Il se retourne et s'accoude à la fenêtre, probablement pour réfléchir à mon avis. Sa réflexion ne dure pas longtemps.

- Faust, vous exigez trop de moi. Je n'ai en aucun cas le pouvoir de demander ici la libération d'un orque, encore moins d'un capitaine comme vous l'avez souligné. Cette décision, seul Dame Galadriel ou Celeborn peuvent la prendre. Et ni l'un ni l'autre n'ont de bonnes raison de vous obliger.

- Merde, dis-je tout bas.

- Voilà qui n'est pas très élégant Faust. Jurer ne vous mènera à rien.

- Peut-être mais ça calme, réponds-je un peu sèchement à Elrond.

- Vous ne pouvez pas le faire libérer maintenant. Mais pour le moment son sort n'est pas encore décidé, et il ne le sera probablement qu'une fois le vôtre fixé. Il peut donc être considéré comme en sécurité pour le moment. La prison n'a jamais tué personne et, s'il se tient tranquille, il sera toujours là quand nous reviendrons.

- Faut-il encore qu'il se tienne tranquille, Dis-je en appuyant le ton.

Mais après plusieurs minutes de réflexions, je dois reconnaître que je n'ai pas d'autre choix, ou alors celui de tenter de le faire évader avec les risques inhérents. J'y renonce rapidement, je ne me sens pas du tout d'attaque pour organiser une évasion à un jour de mon départ.

- Il me faudra de nouveau habits, vous avez jeté les anciens et j'ai perdu mes affaires de rechange.

- Ne vous inquiétez pas, les tailleurs passeront en soirée pour faire des essayages. Je leur ai recommandé des couleurs sombres, comme vous les aimez tant.

- Précisez-leur qu'il faut que ce soit mat, je déteste refléter la lumière du soleil, dis-je sans conviction. Et merci.

- Considérez que je rends service à Nirianteh. S'il n'y avait eu l'attachement qu'elle a manifesté pour vous, je ne serais peut-être pas intervenu lors de votre audience. Mais elle m'a tellement parlé de vous après votre départ que quand j'ai appris votre supposée mort, j'ai bien cru qu'elle allait finir le cœur en miettes. Alors si vous voulez me remercier, revenez vivant à Imladris pour la rassurer.

- Okay, réponds-je en sentant une boule se former dans mon ventre au souvenir de ma pseudo-mère.

Bordel, même à des kilomètres de là elle continue de me faire surveiller. Je vais être obligé de l'emmener avec moi en partant si ça continue comme ça.

Le reste de la journée se passe très vite, pour la simple raison que n'ayant pas franchement dormi cette nuit je me rattrape en faisant un somme. Jim me réveille en milieu d'après-midi quand les tailleurs, qui se révèlent d'ailleurs être des tailleuses, viennent me faire essayer des nouveaux habits. Elles radotent un bon moment entre elles en elfique et Jim semble prendre un malin plaisir à sourire de toute ses dents sans m'avouer ce qu'elles peuvent bien se raconter, ce qui me met passablement de mauvaise humeur. Elles ont prévu des couleurs grises pour les habits et je suis saisi d'une vague de surprise quand je sens la finesse du tissu qui n'a pas grand-chose à voir avec l'étoffe de lin grossière dont étaient fait mes vêtements en Isengard.

Je me retrouve équipé de pieds en cape avant le début de la soirée et le retour de Din'Ganar me fait le plus grand bien. Mais malgré tout, je suis hanté par l'image de Lia. Elle avait l'air tellement triste. Tellement désespérée.

Je ne vais pas plus avant dans mes réflexions que mon pote le capitaine "nez-cassé" se pointe chez moi secondé de deux gardes alors que Jim est sorti. Je le regarde venir un peu surpris. Celui-ci affiche un sourire mauvais.

- Faucht, nous chommes à la recherche de dame Eliandrën. Chauriez-fous par hajard où elle che trouve ?

- Nan, réponds-je d'un ton acide. Et je ne vois vraiment pas pourquoi c'est moi que vous venez emmerder avec une question pareille.

Celui-ci me retourne un sourire victorieux, je commence à penser que j'ai peut-être fait une gaffe sans m'en rendre compte.

- Peut-être parche qu'on fous a aperchus à cha porte hier choir… À des cheures indues, conclut-il avec un sourire triomphant.

Mon sang ne fait qu'un tour, mais je réalise vite que ce n'est pas de peur, mais de colère. Cet elfe me tape sur le système plus que je ne saurais le décrire. Avant d'avoir pu me retenir, j'ai bondi sur mes pieds et l'ai saisi par le col de sa cape.

- La mâchoire ça t'a pas suffi, c'est ça ? M'exclame-je d'un ton haineux. Tu es venu pour que je m'occupe du reste ?

Une douleur sourde tente de me rappeler que je suis blessé, mais je n'ai pas de mal à l'ignorer. Par contre je sens les bras des gardes s'enrouler autour des miens et me tirer en arrière avec une force que je n'aurais pas soupçonnée. Je m'accroche au col de cet espèce d'enfoiré dans l'espoir de l'emporter avec moi, mais il se dégage assez facilement.

- Que de violenche humain, comment-il d'un ton suffisant mais satisfait. Che crain de defoir le chignaler à moncheigneur.

- Faust ?

Elrond s'encadre dans la porte, l'air assez mécontent. Le capitaine se tourne dans sa direction et je remarque qu'il semble un peu moins suffisant.

- Cheigneur Elrond, chet humain ch'en est pris à moi alors que che ne faijais que lui pojer des quechtions.

- Bien sûr ! Dis-je en laissant exploser ma rage. Et moi j'appelle ça proférer des menaces, pas poser des questions !

Je me débats entre les bras des gardes mais ils me maintiennent fermement en place. Si j'avais eu la bonne idée de saisir Din'Ganar, son aide m'aurait permis de leur apprendre à voler, mais elle traine dans son fourreau contre un des montants de mon lit. Je sens son esprit se tendre dans ma direction, mais je ne peux pas la laisser m'envahir sans l'avoir en main.

- Du calme Faust ! Me réclame Elrond en tournant son regard vers moi.

Puis il le tourne vers le capitaine et le fixe intensément avant de déclarer :

- Les versions divergent capitaine, et je conçois que vous ne portiez pas cet homme dans votre cœur, mais il est sous ma tutelle.

- Il m'a chaiji au col et menaché de me frapper ! S'offusque le capitaine.

- Je connais bien Faust, et en temps normal il est bien trop lâche pour faire ce dont vous l'accusez. Je pense plutôt que vous avez dû le pousser à bout pour cela. Je l'ai entendu vous apostropher depuis le bout du couloir.

Le capitaine serre les poings.

- Chet humain est danchereux ! Cha plache est aux joubliettes !

- Il part demain avec moi, le reprends Elrond d'un ton glacial. D'ici là, vous pouvez poster un garde devant sa porte mais je ne veux plus vous voir ensemble.

Sur ce, il désigne la porte et le capitaine sort en jurant tout bas. D'un geste, il rappelle ses gardes qui me relâchent comme si je ne valais pas mieux qu'un sac de patates et désigne l'un d'eux qui s'installe à côté de ma porte d'entrée.

Et n'y revient plus connard ! Ou alors la prochaine fois il n'y aura pas d'ultimatum !

Tout à ma colère, je n'ai pas vu Elrond s'approcher de moi. Par contre sa gifle me ramène à la réalité de façon aussi brutale qu'inattendue. Je tourne bêtement la tête vers lui sans comprendre.

- Êtes-vous réellement à ce point stupide ou cherchez-vous vraiment à vous faire tuer ? S'exclame Elrond d'un air agacé. Ce genre d'écart pourrait vous ramener tout droit devant le conseil et vous faire condamner cette fois !

- Mais c'est lui qui… commence-je à dire pour me défendre.

- Je ne veux pas le savoir ! Tempête Elrond. Je me demande vraiment pourquoi je m'échine à sauver votre peau alors que vous semblez si pressé de la perdre ! Votre comportement est celui d'un enfant, non pas d'un homme de votre âge ! Alors tenez-vous tranquille et je ne veux plus entendre parler de vous jusqu'à nouvel ordre !

Je ferme la bouche et serre la mâchoire de mécontentement, mais ne dis plus rien.

- Nous partons demain à l'aube ! Me rappelle Elrond d'un ton à peine moins cinglant. Tenez vos nerfs d'ici là !

Et il sort de ma chambre en claquant fermement la porte derrière lui.

Nom de Dieu, je vais haïr voyager avec cet elfe !

J'ouvre et je referme mes poings, cherchant des yeux quelque chose sur lequel passer ma rage. Je fini par abandonner car rien ne m'appartient en-dehors de mon armure et de Din'Ganar et je n'ai envie de me démolir les mains ni sur l'un ni sur l'autre.

Jim me retrouve encore passablement énervé et ne dis rien pendant le repas. Je ne cherche pas non plus à savoir ce qu'il bricole du reste de la soirée, bien qu'il n'y ait pas besoin d'être devin pour comprendre qu'il prépare nos affaires.

Le lendemain, je suis appelé assez tôt en-dehors des bâtiments où je me rends avec toute la mauvaise volonté du monde. Jim m'a aidé à me harnacher et je ne retrouve pas le poids de mon armure avec beaucoup de plaisir. Une petite troupe d'elfes en capes bleu-gris se trouvent en bas et un certain nombre me dévisagent comme si j'étais un animal sauvage dont il faut se méfier. J'accroche mon voile pour les priver du plaisir de me dévisager aussi ostensiblement. Jim trouve les chevaux qui nous sont destinés et nous les amène. Puis il commence à les charger, tâche à laquelle je n'ai pas envie de l'aider, trop occupé que je suis à bouder dans mon coin en foudroyant du regard tous ceux qui ont le malheur de tourner la tête dans ma direction.

Elrond nous rejoins peu après, en grande discussion avec le couple de dirigeants locaux. La sorcière hausse un sourcil surpris dans ma direction et je lui réponds d'un regard agacé.

J'en ai déjà soupé des elfes et de leur air de supériorité éternel. Et nous ne sommes pas encore partis.

Le trio discute encore quelques minutes avant que tout le monde se serre la main, puis Elrond monte en selle et fronce les sourcils en constatant que je n'y suis toujours pas.

Je grogne et tente de monter à cheval. Je dois m'y reprendre à trois fois à cause du poids de mon armure. Tout du long, je grogne de frustration et fini par jurer comme un routier avant de finir par réussir à me hisser en selle. Immédiatement, je regrette ma Warg. Elle avait un déhanché d'épaule dérangeant, mais elle était plus basse au garrot et avait un poitrail plus large sous la selle. J'avais moins l'impression d'être assis sur un rondin que maintenant.

Notre troupe se met en route à un rythme léger et nous traversons les brumes matinales qui remontent depuis le lit de la rivière au bout de quelques minutes. Je suis un peu surpris quand nous croisons un poney avec Trolf dessus. Celui-ci nous emboîte le pas comme si de rien n'était et je devine qu'il a plus ou moins décidé de s'inviter au voyage.

- Alors gamin ? Me dit-il en arrivant à ma hauteur. Content de repartir ?

- J'hésite encore, réponds-je dans un grognement. Je laisse un emmerdeur patenté derrière moi, mais j'en suis un autre qui est au moins aussi doué dans ce domaine.

- Je vois, commente le nain. Bah ! On trouvera bien de quoi t'occuper l'esprit pendant le trajet.

Sur ce, il sort sa tabatière et commence à bourrer sa pipe. Bientôt, la brume n'est plus la seule chose qui me bouche la vue et Trolf entonne une sorte de chant de route auquel je ne comprends rien. Je me laisse simplement porter par les basses qui sortent du large torse du nain et commence à me laisser aller à mes réflexions.

La première se porte vers Lia et je ne peux m'empêcher de m'inquiéter.

Qu'est-ce qu'il lui voulait l'autre andouille pour finir ?

Je réalise qu'il m'a tellement énervé à me baver dans les oreilles comme ça que j'en ai oublié la raison première de sa visite. Mais aussi vite que me vient cette pensée, je m'énerve contre elle. Après tout, s'il l'avait trouvée, il ne serait pas venu me chier dans les bottes.

Et puis merde ! Qu'elle aille au diable ! Je suis désolé de lui avoir brisé le cœur, mais putain, Dieu sait que je n'ai pas voulu ça. Moi aussi ça m'a fait bien chier d'être tombé amoureux merde !

Je rumine encore le reste de la journée et ne me rends même pas compte quand nous quittons les bois pour nous engager sur les plaines.

Les jours passent lentement pendant notre trajet. Nous sommes une petite dizaine, Elrond, Trolf, Jim et moi compris. Les autres elfes ne m'adressent pas la parole et je m'en porte tout aussi bien. Tous les midis nous faisons un arrêt où nous mangeons des provisions froides et le soir nous montons le camp souvent quelques heures avant la nuit. Je vois défiler des paysage qui se ressemblent tous. Une chaine de montagnes sans fin au sud et partout autour, des plaines recouvertes d'herbe et de buissons bas. Parfois une touffe de noisetier vient briser la monotonie du paysage, mais je n'y attache aucune importance.

Elrond insiste dès le premier soir pour que je m'entraîne avec Trolf afin de me réhabituer à me battre avec un œil en moins. C'est ainsi que je découvre que c'est vraiment la merde d'avoir qu'un seul œil. Notion de profondeur : Nada ! Et un côté de mon champ de vision qui laisse de grosse ouvertures parce que je ne vois plus ce qu'il s'y passe.

C'est tout con, les premiers jours, dès que Trolf roule ou s'esquive sur mon côté droit, je le perds totalement et me fait plusieurs fois surprendre de cette façon. J'écope ainsi d'une certaine quantité de bleus à l'arrière des mollets car le Nain se sert sans arrêts du manche de son marteau pour faucher mes jambes et me faire tomber. J'ai beau savoir que la simple logique veut qu'attaquer un adversaire plus grand que sois est plus simple une fois qu'on l'a fait tomber que d'essayer de le choper à bout de bras, ce n'est pas pour autant que j'apprécie de me faire foutre à terre une dizaine de fois par soir. En plus Trolf est d'une rapidité déconcertante pour sa carrure et son marteau semble ne pas l'encombrer le moins du monde malgré que le manche fasse presque les deux tiers de sa taille.

Jim aussi s'essaye à l'épée sous le regard inquisiteur d'Elrond, mais je me demande souvent s'il ne cherche pas plutôt à lui apprendre à danser.

Jim est ridicule quand il s'entraine dans le vide, mais je me garde bien de le lui faire remarquer. Après tout, il fait ma lessive et ma vaisselle en plus de ranger mes affaires tous les matins et de les déballer tous les soirs. Mais ses petits bonds et ses mouvements me font plus penser à une sorte d'apprenti mime ou de futur acrobate qu'à un futur guerrier.

Et c'est moi qui pense ça. J'aurais dû être automaticien et me voilà mercenaire.

Mes blessures guérissent lentement, mais pour éviter de dégoûter Jim, je porte un bandeau sur mon orbite vide plutôt que de la laisser visible comme j'avais pensé le faire.

Nous chevauchons à un train facile à tenir pour nos montures et, visiblement, Elrond ne semble pas très pressé. Ce qui me donne largement le temps de m'emmerder dès le troisième jour après le départ. Et quand je m'emmerde, je broie du noir. Je passe le plus clair de mon temps entre Trolf et Jim, mais j'en viens à apprécier beaucoup plus le nain que les elfes. Ceux-ci sont tellement collet monté que je m'étonne que leur espèce ne se soit pas éteinte à force de bienséance. Au moins pour les nains, un chat est un chat et s'il faut le gueuler bien fort, ça ne les dérange pas plus que ça.

J'aurais presque cru que je retomberais dans mon ancien travers de fumeur pendant le trajet, mais finalement, je tombe au piège de l'alcool. La fumée ne m'a jamais permis de me changer les idées, tandis qu'avec un verre dans le nez, j'en viens à trouver les elfes drôles quand ils ne le sont pas. C'est pourquoi, entre Trolf et moi, nous commençons à faire un sort aux outres de vin que notre troupe a emporté. Je ne suis définitivement pas un amateur de vin, qu'il soit grand cru ou autre, la seule chose qui m'y intéresse c'est son taux d'alcool supérieur à la bière. Et comme de toute façon, nous n'avons pas emporté de bière, ben je me venge sur ce que je trouve.

Trolf "m'apprends à boire", quoique pour moi c'est surtout une excuse pour se biturer la tronche en meilleur compagnie qu'avec Elrond et ses regards de reproche. Au début, je ne voulais boire un petit verre que pour me changer les idées. Mais, chemin faisant, je me mets à boire de plus en plus et je finis par me prendre une cuite pendant le sixième ou le septième soir du voyage. Si bien que le lendemain, le voyage en cheval est une torture et j'en éprouve une haine féroce envers tout ce qui n'a pas le bon sens de garder le silence. Je finis par abdiquer et prendre la tisane que me propose Trolf pour faire passer ma gueule de bois. Ça la calme un peu, mais ne m'empêche pas de reprendre un verre le soir même. Si bien qu'Elrond finit par décider de venir me voir.

- Faust, puis-je vous parler ?

- Visiblement, vous n'avez pas attendu ma permission pour commencer, lui réponds-je avec un sourire ironique. Mais faites-donc puisque ça a tant l'air de vous démanger, monseigneur.

Je laisse trainer un accent de dérision sur le dernier mot, histoire de lui faire comprendre à quel point son titre m'inspire peu de choses ce soir.

Elrond s'assied en face de moi et Trolf semble trouver que c'est le bon moment pour aller chercher une brindille pour allumer sa pipe. Je le regarde se lever et partir avec un soupçon de ressentiment. Il aurait quand même pu rester, le grand méchant elfe n'a pas demandé qu'on nous laisse seul aux dernières nouvelles.

- Faust, que vous arrive-t-il ? Me demande Elrond tout à trac.

Je hausse les épaules en contemplant le fond de ma coupe. Un reste de vin scintille de paillettes d'or jetée par le feu au milieu de la nuit.

- Sais pas, il m'arrive pas grand-chose ces dernier temps.

- Quand vous étiez à Imladris, vous n'étiez pas porté sur la boisson. D'après votre page, en Isengard non plus. Et vous ne l'étiez pas plus en Lórien. Donc je m'inquiète un peu de vous voir soudain boire tant et plus.

- C'est gentil de vous en soucier, mais je cherche juste à faire passer l'ennui du voyage, dis-je en agitant la main comme si je voulais chasser une mouche incommodante.

- Faust je ne vous crois pas.

- Libre à vous, dis-je d'un ton cynique.

- Vous buvez trop, et vous avez commencé récemment. Ce n'est probablement pas à cause de l'orque que vous avez laissé derrière vous, j'en déduis que ça vient d'ailleurs.

Merde, avec tout ce boxon, j'en avais presque oublié Grumash. Quel con, je l'ai même pas prévenu que je partais !

Le remord s'abat sur moi comme la vérole sur le bas-clergé. Et mon début de coup dans le nez n'aide pas.

- Donnez-moi cette coupe Faust, continue Elrond en tendant la main dans ma direction.

Je retire la coupe de la trajectoire de sa main.

- Bien essayé Doc, dis-je dans un grognement sarcastique. Mais je crois bien que j'en ai plus besoin que vous.

Elrond pousse un soupir de lassitude.

- Vous m'êtes de plus en plus insupportable, commente l'elfe d'un ton fatigué. Et à chaque fois que je pense que vous avez atteint la limite, vous vous évertuez à me prouver que j'avais tords. Au nom de Valars, Faust, avez-vous juré de me faire perdre la tête ?

La tirade me frappe plus durement que je ne m'y attendais. S'il avait hurlé, je pense que je l'aurais mieux encaissé, mais je sens toute l'usure de sa patience dans sa voix. Il continue sur le ton d'une personne à bout de nerfs.

- Je ne connais personne d'aussi déraisonnable que vous. Quoi que vous fassiez, vous vous arrangez toujours pour laisser une traînée de de personnes excédées dans votre sillage et vous laissez toujours aux autres le soin de payer les pots cassés à votre place. Votre mentalité est celle d'un enfant qui pique une crise quand on ne se plie pas à ses quatre volontés et qui après rejette le blâme sur son entourage. Avez-vous seulement une fois dans votre vie eu à vous débrouiller seul ?

Je ne réponds pas, mais je gronde comme un animal acculé. Je déteste ce que j'entends. Je le déteste d'autant plus que je sais que c'est vrai. Et Elrond de continuer son monologue.

- C'est bien ce que je pensais. Vous êtes très doués pour jouer les victimes Faust, mais avec moi ça ne prend pas ! Alors tant que vous serez sous ma responsabilité, je veux que vous filiez doux et que vous vous pliez à mes consignes, sans quoi je ne répondrais plus de vous !

J'éclate ! Déjà qu'on me traîne d'un bout à l'autre du continent contre ma volonté, qu'on me manipule et qu'en plus j'ai une potentielle sentence de mort en suspens au-dessus de ma tête, c'est l'éternel mécontent qui vient me faire la morale sur mon caractère ! Celle-là elle est trop forte pour moi !

Je jette la coupe au sol et il sursaute face à mon geste.

- Cette fois j'en ai ma claque ! Tonne-je de toute la puissance de ma voix. Tout le monde s'acharne à gouverner ma vie et après viens se plaindre que j'y mets de la mauvaise volonté ! J'en ai marre ! Vous entendez ? MARRE !

Je me lève en titubant et quitte le camp furax. J'entends vaguement Jim qui m'appelle, mais la voix froide d'Elrond l'interrompt. La tête embrumée par l'alcool et le corps dopé par l'adrénaline que ma colère a sécrété, je m'enfonce dans la nuit sans vraiment regarder où je vais.

Je rumine un bon moment en marchant, mais ne parvient pas vraiment à me départir de ma colère. Le paysage défile sous mon œil, masse grise sous la lumière grise de la lune entrecoupée d'ombres insondables et de vagues taches plus claires signalant des rochers.

Finalement, c'est le poids de mon armure conjugué à ma fatigue qui me fait me stopper. Je me retourne en me demandant vaguement combien de chemin j'ai parcouru. Je ne vois plus le feu du camp, ce qui ne veut rien dire. Il y'a tellement de creux et de bosse dans cette plaine maudite que deux armées pourraient camper à deux cent mètres l'une de l'autre sans se remarquer.

Bien ma veine, j'ai oublié ma couverture.

Au moins il me reste ma cape, et puis je ne veux vraiment pas revenir au camp maintenant. Je m'allonge à l'endroit où je me suis arrêté, retire mon casque pour mettre mon capuchon et serre ma cape contre moi après m'y être roulé en boule. Je trouve une position pas trop inconfortable et essaie de m'endormir. Mais c'est peine perdue, je passe encore plusieurs heures à me retourner et à pester intérieurement contre le Doc.

Au fond de moi, je ne sais pas ce qui me fait le plus mal, le fait de me dire que je suis une sorte d'assisté et ce depuis toujours ou le fait qu'on me le balance à la tronche. C'est vrai que je n'ai jamais été seul et entre Nirianteh, Lia, Trolf, et Jim, j'ai toujours eu quelqu'un pour s'occuper de moi. Même chez moi, je vis toujours chez mes parents et il faut qu'il n'y ait personne à la maison pour que je daigne me traîner aux fourneaux pour envisager de me faire à manger pour ne pas crever de faim.

Fait chier ! Je sais que je suis un emmerdeur, mais depuis que je suis ici, il m'arrive que des merdes ! Pourquoi est-ce que je devrais serrer le poing dans la poche et sourire comme un hypocrite ? Tout ne va pas bien ! Je suis si loin de chez moi que je me demande s'il me reste un espoir de rentrer un jour. Les personnes que je connais me détestent ou ont eu le cœur brisé à cause de moi et les seuls qui m'apprécient un peu c'est un gamin souffrant d'un putain de syndrome de Stockholm, un orque qui ne voit que la personne que j'étais sans mémoire et un nain ivrogne. Bordel de Dieu, elle est pas belle la vie ?

Je commence à pleurer. Ha ! Je dois être beau à chialer comme une gonzesse tout seul dans mon coin. Je me fais pitié, et pas dans le bon sens du terme. Au fond, je commence à penser que c'est bien fait ce qui m'arrive. Avec un peu de chance, un Warg me reniflera cette nuit et je n'irais plus emmerder personne. Ou bien je chopperais une bronchite à cause du froid et je crèverais d'ici quelques jours en crachant mes poumons et bon débarras ! Faust aura fini de pourrir la Terre du Milieu avec sa grande gueule et sa manie de vivre au crochet des autres ! Que le diable l'emporte ! Il ne faudrait surtout pas qu'il vienne se la couler douce au paradis, ce serait trop facile !

Quand j'ouvre l'œil, c'est pour me rendre compte que je n'avais pas réalisé m'être endormi. Je me sens un peu vaseux et toujours fatigué. Le soleil n'est pas très haut et se cache derrière quelques nuages, mais comme les jours tendent à s'allonger, je pense que l'heure du départ au camp doit déjà avoir été sonnée. Le tout reste encore de savoir ce qu'ils ont prévu.

La question à mille balles c'est : moi, qu'est-ce que je prévois ?

Est-ce que je retourne sur mes pas et je vais présenter des excuses ?

Le moi d'avant l'aurais fait sans hésiter, si je reste livré à moi-même ici, je peux parier que je ne ferais pas long feu. Le moi sans mémoire aurais refusé tout net, question de principe, quand on fait son lit, on se couche. Le moi d'aujourd'hui ne sais plus du tout où il en est.

Je suis assis dans l'herbe, fatigué, pas très propre, sans eau ni nourriture, même pas certain de pouvoir retrouver mon chemin et pas sûr du tout d'avoir envie de retourner d'où je viens.

J'ai découvert que mon égo, que je pensais avoir détruit étant petit, était en fait toujours là et qu'il vient de se faire démolir à coup de poings par les paroles de l'une des rares personnes qui se souciait un peu de moi. J'ai toujours su que je n'étais pas très résistant physiquement, mais je n'aurais pas cru que j'étais aussi fragile mentalement. Ma séparation douloureuse d'avec Lia n'a pas dû aider en plus.

Quelle ironie, j'étais une espèce de monstre insensible quand j'avais un corps de fillette, et maintenant que je me tape enfin quelques muscles dignes de ce nom, je me fais réduire le cœur et ma fierté en miettes. Headshot et combo-kill les gars.

Je me lève pour jeter un œil aux alentours. Quelle que soit la situation, je ne peux pas rester au milieu de nulle part, je ne suis pas capable de survivre en broutant, il me faut soit retrouver le camp ou bien au minimum trouver de l'eau.

Je trouve un point de repère, un gros rocher plus pâle qui dépasse de l'herbe, et je commence à rayonner autour à la recherche de ma propre piste. Mais le pistage n'est pas mon fort et toutes les herbes du coin se ressemblent. Ma recherche reste infructueuse malgré toute la minutie que j'y mets.

Plaine de merde 1 – Faust 0.

Un grondement retenti au loin et je constate que, pour compléter le tableau, le ciel s'est assombris. Le vent se lève en charriant une odeur d'humidité qui me fait comprendre que je vais avoir droit à de la flotte plus vite que je ne l'aurais souhaité.

Chouette… Météo 1 – Faust 0. D'autant plus que la pluie va effacer mes traces.

Je pousse un gémissement consterné, seul sur la plaine. Ce n'est décidément pas mon jour.

Bon, rester ici me rendra plus facile à retrouver, en espérant qu'on envoie quelqu'un me chercher, ce qui n'est pas très sûr après mon cirque d'hier soir. Sinon, il faut que je trouve de l'eau.

Les premières gouttes commencent à tomber autour de moi.

Trop aimable, enfoiré. Sauf que je risque peu de réussir à boire une quantité suffisante en reversant la tête et en restant la bouche grande ouverte. Me faudrait un récipient…

En regardant un peu autour de moi pour voir si quelque chose pourrait faire l'affaire, je pose la main sur mon casque. Je m'interromps pour y penser. Puis le retire et passe le capuchon de ma cape. En le renversant j'obtiens un récipient tout à fait potable. Je retire juste la couche de laine du fond mais ne peut rien faire pour les liens de cuir et le masque qui y sont rivé.

Bon, pour le moment le problème de la flotte est temporairement réglé.

Je doute fortement qu'il se mette à pleuvoir de la bouffe aussi. Et pour ça, les seules fois où j'ai chassé, c'était avec mon grand-père et ce n'était pas moi qui tenais le fusil. De toute façon, je suis bien incapable de trouver la moindre piste de gibier.

Quand tu ne peux pas poursuivre ta cible, trouve où elle va et tends-lui un piège.

Et où finissent fatalement par aller des éventuelles proies ? Boire ! Donc point d'eau. Retour au point de départ : trouver de la flotte, si possible une rivière, un lac ou une mare.

Bon, on se rend mieux compte du terrain en altitude.

Je fais un tour d'horizon pour essayer de trouver la colline la plus haute du coin. Chose plus difficile qu'on pourrait le croire parce que tout ici semble sur deux niveaux : le niveau "creux" et le niveau "bosses".

En désespoir de cause, je monte sur la plus proche et recommence à chercher. Une fois en haut, je finis par me rendre compte qu'au moins trois autres bosses sont plus hautes que la mienne. J'en choisis celle qui se rapproche le plus du sud et des montagnes et m'y rends en quelques minutes. Le sol commence à devenir boueux et les solerets qui protègent mes bottes me gênent un peu pour marcher.

Arrivé au sommet, je repère encore une éminence plus haute que les autres. Et si les montagnes sont au sud, ça signifie qu'elle est à l'Est de ma position. Je redescends donc de ma butte pour aller grimper la seule vraie colline du coin.

Je m'empêtre à nouveau de plus en plus dans la boue et la pluie s'est progressivement transformée d'une petite bruine en trombes d'eau. Ma cape commence à laisser passer l'humidité et je sens déjà mes habits s'humidifier sous mon armure.

Finalement la pneumonie pourrait bien venir.

Une fois en haut de ma colline, j'en remarque encore une autre plus haute plus loin à l'Est ! À croire que les éléments ont décidé définitivement de se foutre de ma gueule !

Allez vous faire foutre !

Je cherche rageusement une trace ou une activité liquide autre que les flaques créées par la pluie. J'en profite pour vérifier que je ne vois pas un groupe de cavaliers elfes avec un nain au passage. Mais je ne trouve rien.

Il doit être plié en deux de rire là-haut.

J'éternue, ce qui me fait jurer à haute voix. Ça ne m'aide pas, mais ça meuble le silence et ça calme mes nerfs. Je prends un peu d'eau dans mon casque. Sans surprise, elle a le goût un peu rance du cuir et du métal de mon casque, mais c'est mieux que rien. Je dois avoir l'air d'un fou à me promener emmitouflé sous ma cape en tenant mon casque à l'envers à côté de moi.

Mieux vaut fou que mort.

Je n'en ai aucune envie, mais je décide d'aller jeter un coup d'œil de l'autre éminence, légèrement plus au Sud-Est.

Cette fois, la marche me prends un bon moment et je constate avec autant d'amertume que d'agacement que je n'ai plus vraiment affaire à une autre petite colline, mais bien à une grosse. Et à une très grosse même. Je mets, de mon avis, une bonne heure à l'atteindre sous la pluie avec en prime le vent qui se lève. On aurait un avis de tempête que ça ne m'étonnerait pas. La grimper se révèle encore plus malaisé que je le pensais et je dois faire plusieurs fois demi-tour pour trouver un chemin moins raide, et surtout moins boueux.

Du haut de ma nouvelle conquête, j'estime qu'il doit être environ midi. Mais comme le soleil ne se montre pas et qu'il tombe des hallebardes selon un angle se rapprochant de plus en plus de l'horizontale, j'abandonne vite l'idée d'estimer le temps écoulé. Je suis déjà trempé par la flotte et j'en cherche une encore plus grande concentration. Si je croisais un passant, c'est sûr que je me ferais interner. Enfin… S'ils avaient des sanatoriums ou quelque chose d'approchant.

Soudain, joie ! Bonheur ineffable ! Je repère une rivière qui descend paresseusement dans un lit trois fois plus gros que nécessaire. Heureusement qu'elle forme une petit chute, sinon je l'aurais probablement prise pour un lit de rivière asséché. En la suivant du regard, je suis confirmé dans mon impression que ce n'est pas juste un cours d'eau créé par l'orage, elle se jette dans un petit lac que je devine à l'horizon. Et vu la taille de la mare, je suis prêt à parier mes bottes qu'il n'a pas pu pleuvoir assez pour recouvrir une telle surface, serai-t-elle profonde de seulement vingt centimètres.

Bon, j'ai ma flotte. Ce serait intéressant de trouver un coin au sec maintenant.

Mon ventre commence à grogner de protestation.

Il est midi. Plus de doutes là-dessus.

J'entreprends de descendre de ma colline. Une centaine de mètres plus loin, après les jurons d'usage, je tente de continuer la descente en position debout plutôt qu'assise comme j'ai débuté ma descente. Le grand avantage de l'armure, c'est que je ne me suis pas détruit le pantalon en glissant. Le gros désavantage de l'armure, c'est que quand vous tombez sur le cul, ça glisse mieux et votre coxis encaisse plus rudement les chocs. Heureusement, je n'ai pas perdu mon casque dans l'affaire, mais j'ai perdu mon eau si durement récoltée. Qu'à cela ne tienne, la pluie s'intensifie pour mon consoler.

Je montre un doigt au ciel. Après tout, il faut bien le remercier de ses largesses. Et le choix du majeur, c'est uniquement parce que c'est le doigt le plus long de la main et qu'il se voit de plus loin.

Je raccroche la lanière de mon casque à ma ceinture et reprends la descente. Je dois néanmoins consentir à un compromis avec la pente un poil raide de la descente. Après tout, je ne vois pas ce que l'on reproche à la marche à quatre pattes. La plupart des animaux y recourent et l'humain aussi avant d'apprendre à ne s'en servir que de deux. Ce qui est ridicule quand on y repense. On est tellement plus stable à quatre pattes. Moins rapide, ça ne je ne peux pas le nier et la boue ça vous pourri le cuir des gants. Je m'inquiète un peu moins pour mes grèves, l'acier ça ne crains pas trop la terre. Juste la rouille, mais on ne peut pas tout avoir dans la vie.

À la fin de la colline, je me redresse. Après tout, il ne faut pas trop abuser des bonnes choses. Le ciel salue d'ailleurs l'acte d'un coup de tonnerre et je salue mon public d'un geste ironique de la main.

Merci, je suis heureux que vous ayez apprécié la prestation. N'oubliez pas l'artiste et en espérant vous revoir bientôt.

Malheureusement, il semble que la représentation sous orage tonnant soit censée se poursuivre. Je poursuivrais bien le metteur en scène pour abus de pouvoir sur la vedette du show, mais je crains bien d'avoir égaré l'adresse du bureau des réclamations.

Je suis désormais trempé de la tête aux pieds et j'ai de l'eau plein mes bottes. La température étant encore fraîche, je commence à souffrir du froid. Mes doigts et mes pieds sont gelés, sans parler que j'ai le cul congelé après ma tentative de départ en dérapage peu contrôlé.

Qu'est-ce qu'on se marre en Terre du Milieu. Je ferais une petite lettre au guide du routard pour leur recommander l'endroit.

Suivre le cour d'eau se révèle beaucoup plus facile que la descente de la pente et j'avance d'un meilleur pas. Le sol est beaucoup plus pierreux, ce qui m'évite de patauger dans la boue jusqu'aux chevilles et j'atteins plus rapidement que je le pensais mon petit lac. Je n'ai pas rencontré d'abris en chemin et les berges ne recèlent rien qui puisse me servir comme tel.

Je commence à avoir sacrément froid, même si je sais que c'est surtout dû au fait que je sois trempé et qu'il vente, ça ne me rassure pas. Je sais que l'air est plus chaud que la pluie qui me tombe dessus, mais je ne vais pas me foutre à poil au milieu de nulle part sous prétexte que j'aurais moins froid. Ce qui n'est même pas sûr en plus.

Pour éviter de me refroidir trop, je décide de faire le tour du lac. Je constate qu'il est alimenté par un deuxième cours d'eau, qui lui doit être un ruisseau alimenté par la pluie à voir le maigre filet d'eau qu'il charrie. Par contre il n'y a qu'une seule petite rivière qui part du lac.

J'hésite un moment à la suivre. Après tout, l'homme est comme la plupart des animaux, il s'établit de préférence le long des cours d'eau. Et je viens de réaliser que mes projets de chasse au piège sont compromis par le manque d'outils à ma disposition et surtout le manque d'idée de comment m'y prendre.

Autant bouger tant que j'en ai la force.

Je descends la rivière.

Plusieurs heures plus tard, la petite rivière a été rejointe par au moins cinq affluents pour former une grosse rivière. J'imagine que si la rivière est si imposante, il y'a de fortes chances que quelqu'un se soit établis quelque part le long de sa berge. J'ignore combien de temps s'est écoulé, mais je pense que je dois approcher du milieu de l'après-midi.

Finalement, la rivière se jette en cascade du sommet d'un petit dénivelé de terrain et de là, j'aperçois enfin trois petites bicoques à toit de chaume qui se serrent les unes près des autres dans un replat de terrain, vers un endroit où la rivière s'élargit et devient facilement traversable à gué. Le tout me fait penser à une ferme et ses dépendances.

Enfin ! Merci quand même là-haut.

J'accélère le pas et c'est moitié courant, moitié trébuchant que j'atteins les première baraques. Sauf qu'un détail me choque arrivé tout près.

Il est possible que personne ne m'ait vu approcher, ça ne m'étonnerais pas, mais plus j'approche de l'endroit, plus son calme me choque. Normalement, une ferme ça devrait être animé, on devrait au moins entendre les animaux, il n'est jamais possible de leur faire fermer leurs gueules à ces cons-là. Les bâtiments en face de moi sont au contraire silencieux comme des tombeaux. Pas un panache de fumée qui s'élève de la cheminée alors que je suis bien placé pour savoir qu'il fait frisquet. Pas le moindre bruit, même pas le croassement d'un corbeau. J'accueillerais même le cri entêtant d'un crébain avec beaucoup d'enthousiasme.

On dirait que c'est abandonné.

Pourtant la maison ne présente pas encore de signes de dégradation dû au temps, c'est donc récent. Je suis arrivé par un côté qui ne présente qu'un mur sans porte avec à peine une ou deux fenêtres sales. J'en déduis que les portes doivent s'ouvrir sur la cour intérieur de la ferme, car je suis maintenant convaincu que c'est est une. Je vois d'ici des outils typiques de cette profession, notamment une charrue à bras et en faisant le tour de la maison je croise un enclos à cochon et une structure qui doit être un poulailler.

Mais il n'y a rien. Pas un animal, pas même un putain de cadavre d'animal.

Je fini le tour de la maison et regrette aussitôt mes pensées. Moi qui voulait des cadavres, j'en trouve une douzaine, tous humains, de taille, d'âge et de sexe différents, mais tous dans un état encore peu avancé de décomposition et à des niveaux divers de démembrement.

Je me fige et frissonne de dégoût, mais bizarrement, alors que je suis persuadé que mon estomac devrait se soulever à cette vue, il n'en fait rien. Il me rappelle au contraire qu'il est toujours aussi vide.

Bordel de merde ! Je suis au milieu d'un charnier et la seule chose qui me vient à l'esprit c'est que j'ai faim ! Je ne pourrais pas une fois dans ma vie avoir une réaction de dégoût normale et vomir un bon coup quand je tombe sur un truc pareil ?

Le moi qui étais général chez Saroumane dois m'avoir un peu immunisé contre ça. J'ai de nombreux souvenirs où c'est moi qui les ais faits les cadavres. Je me rends compte que j'observe la scène d'un œil critique et je m'horrifie moi-même en constatant à quel point je constate froidement la débauche de violence inutile qui a eu lieu ici. Les hommes ont été tués plus ou moins vite et la plupart on eut leur tête plantée sur des piques. Les positions des cadavres féminins laissent, eux, peu de doutes sur ce à quoi on s'est occupées sur elles avant d'en finir. De même que leurs habits déchirés à des endroits "stratégiques".

Je suis un monstre, je constate le gaspillage d'énergie pour faire souffrir plutôt que simplement tuer. Pitié ! Abattez-moi, sinon je ferais bientôt la morale aux pillards en leur donnant l'exemple !

L'extermination n'a pas l'air de dater de très longtemps, mais il n'y a à mon avis plus personne. La preuve, les enclos à bestiaux sont vides. Je pense ne pas trop m'avancer en disant que ces pauvres bougres ont eu affaire à des pillards. Des pillards aussi intéressés par le bétail, mais qui laissent tout un tas d'outils agricoles ayant une certaine valeur, ça ne court pas les rues. Je ne m'avance pas trop non plus à penser que c'est là l'œuvre des hommes sauvages du pays de Dun. Je ne suis d'ailleurs pas très loin de leur couloir d'invasion d'origine si j'ai bonne mémoire.

L'Isengard doit être environ à quinze jours de marche, en allant bon train. Un peu plus peut-être et les sauvages ont ravagé la région pendant un bon mois avant que le prince vienne entamer la chasse. Les corps me semblent un peu récents pour dater de plus d'un mois. Sûrement une bande séparée en train de retourner chez elle maintenant que Saroumane n'est plus en moyen de tenir ses promesses. Les bêtes sauvages n'en ont pas encore fait leur casse-croûte sur les victimes. Ça doit faire un jour ou deux qu'ils sont partis. Allez, trois pour être optimistes.

Je me rapproche du bâtiment principal. À la pâle lumière qui filtre à l'intérieur par les carreaux sales, je constate que tout est dévasté. Les meubles ont été renversés, certains fracassés, d'autres éventré et laissé en plan. Seule la grosse table en bois massif semble avoir été quelque peu épargnée ainsi qu'une grosse marmite en cuivre qui s'est effondrée dans le foyer de la cheminée. Visiblement, les architectes ne sont pas fans des pièces séparées et, en-dehors d'une sorte de plafond incomplet, il n'y a pas d'autres murs que ceux qui protègent de l'extérieur.

À ma grande surprise, la porte ne semble pas avoir souffert, sans doute que les pauvres personnes qui vivaient ici ont été surprises avant d'avoir eu le temps de se calfeutrer. Le sol de terre battue est tellement recouvert de débris que mes bottes craquent sur lui comme si je marchais sur un tapis de gravier.

Mais bon, au moins je suis au sec.

L'endroit est étroit et là où se trouve le bout de plafond cela s'aggrave encore. Je commence à comprendre pourquoi les pillards ont trainé leurs victimes à l'extérieur pour s'en occuper. Je me dirige vers le foyer et cherche au passage une réserve de bois ou quelque chose d'approchant. Je passe plusieurs fois dessus avant de me rendre compte que ce que je cherche se trouve juste à côté du foyer dans une sorte de niche en pierre. Je n'en ai vu que deux fois dans ma vie quand j'étais encore "chez moi" ce qui explique probablement pourquoi je ne reconnais pas tout de suite les briques noires de tourbe.

Tu pourrais aussi arguer que tu es borgne tant que t'y es, y'a personne pour t'écouter Faust.

Sauf que je réalise vite que je n'ai plus l'habitude de trimballer un briquet partout depuis que j'ai été délesté de mon Zippo. J'ai bien vu différentes personnes frotter un morceau d'acier à un silex, mais je n'ai jamais allumé de feu de cette façon.

Bon, ça doit pas être bien sorcier. Si une bande d'arriérés y arrivent, je dois pouvoir le faire aussi, nan ?

À condition que le matériel soit encore présent sur place parce que je me vois mal tenter d'en trouver par moi-même de l'acier et du silex. Coup de bol, je fini par trouver un pot en terre cuite qui a roulé et s'est brisé sous la table. Il n'y a pas que le morceau d'acier et de silex, il y'a aussi une sorte de filasse très sèche à l'intérieur. Ce qui me permet de remarquer que je n'avais jamais pensé à avoir de l'amadou.

Décidément, la modernité ça ne rends pas que des services…

Je m'échine un bon quart d'heure avant de faire partie une petite flambée. Que j'étouffe sans m'en rendre compte parce que la tourbe ne brûle pas comme le bois. Rageant et pestant tous mes diables, je recommence avec plus de précautions et cette fois il me faut bien une bonne demi-heure pour faire partir correctement le feu. Je pousse un soupir de soulagement en m'asseyant sur la table en face du foyer et en me laissant sécher à cette chaleur plus que bienvenue. J'hésite aussi à enlever mon armure pour sécher plus vite. Le rappel qu'il me faut toujours un temps monstre pour l'enfiler me décourage et je décide de me laisser sécher dedans. Après tout, je ne vois pas bien qui irait se plaindre de l'odeur vu ce qui traine dans la cour.

Mon estomac gronde pour me rappeler que mon dernier repas remonte à bientôt vingt-quatre heures. Je tourne un peu la tête pour voir s'il n'y a rien de comestible qui traine. Je ne nourris pas beaucoup d'espoir à ce sujet, les pillards semblent avoir correctement fait leur boulot et emporté tout ce qui se mange. Mais je décide de pousser un peu mes investigations par acquis de conscience.

L'obscurité tombe rapidement et la seule lueur du feu me rends difficile de faire la moindre recherche, j'abandonne vite l'idée de trouver quoi que ce soit de mangeable.

En relevant la tête, je surprends un mouvement dans la cour. Je m'immobilise aussitôt pour regarder un peu mieux. L'orage continue de battre son plein à l'extérieur et un éclair complaisant me permet de voir plusieurs silhouettes tenant des chevaux par la bride dans la cour.

Serais-ce Elrond ?

Une pensée plus sombre me vient en songeant que ça pourrait tout aussi bien être les pillards. Un autre éclair me permet au moins de confirmer que ce n'est pas le groupe d'elfes. Leurs capes sont trop grossières et le harnachement de leurs chevaux ne correspond pas du tout. Je peux voir par la vitre sale que deux d'entre eux se dirigent vers la porte du bâtiment où j'ai trouvé refuge. L'un exhibe une hache et un bouclier rond qui me donne enfin une première indication sur leur nationalité.

Rohirrims ! Pas de doutes là-dessus, c'est tellement leur style la hache et le bouclier.

L'autre en arrière semble dégainer une paire de longues dagues, ou d'épée courtes, c'est impossible à dire.

Bon, réfléchissons, je suis seul, encerclé et il n'y a qu'une porte de sortie à moins que je défonce une fenêtre pour en aménager une nouvelle.

Je hausse les épaules. Il n'y a rien de vraiment dangereux. Au contraire, je peux faire jouer la porte à mon avantage et la pluie me garantit qu'ils ne vont pas pouvoir bouter le feu à la bicoque pour m'en faire sortir. En plus, à leur manière de se déplacer et de dégainer des armes relativement inutiles pour des combats en espace confinés, je comprends que je n'ai pas affaire à des vétérans. La hache du premier à un trop grand manche, elle va se prendre dans tout ce qui traine et les deux épées courtes de l'autre ne vont pas lui être d'un grand secours contre mon armure de plate. Alors que moi avec mes deux poings blindés par mes gantelets, je peux faire bien plus de dégâts sans m'encombrer.

L'avantage d'avoir appris avec des uruks, c'est qu'ensuite on sait vraiment ce que veut dire "tape aussi fort que t'es con".

Je me dirige en catimini vers la porte et me colle derrière elle. Pour éviter que ces deux ahuris ne me privent de l'opportunité de m'en servir plus tard, je tire le loquet pour les laisser entrer. Au pire, je pourrais le remettre en place après. Enfin, mu par l'habitude, je remets mon voile en place.

Ils n'ont rien entendus et le premier pousse la porte délicatement, la faisant grincer horriblement. Je vois passer la tête de sa hache et j'entends ses bottes faire craquer les débris sur le sol. S'il me fallait encore une preuve que j'ai affaire à des débutants, ce type me l'apporte en entrant dans la salle sans même regarder derrière la porte, la laissant tout juste assez ouverte pour que son compagnon puisse tenter de le suivre.

Enfin, c'est ce qu'il ferait si je lui en laissais l'occasion.

Dès que j'entends le crissement de la deuxième paire de bottes, je donne un violent coup de pied dans la porte. Un craquement retenti quand le panneau de bois se heurte à mon adversaire surpris.

Je m'élance vers le second qui ne se trouve encore qu'à trois pas de moi. Il se tourne avec une lenteur qui me fait pitié. Je suis sur lui avant qu'il se rende compte que ce serait peut-être une bonne idée d'armer un coup de hache. Je saisi son arme par le manche et profite de mon élan pour lui enfoncer mon genou dans l'abdomen. Il se plie en deux et lâche son arme sans plus de résistance.

C'est une farce c'est ça ? Ils font semblants d'être aussi nuls, c'est pas possible autrement !

Je me retourne pour voir où se trouve mon premier adversaire. Je finis tout juste mon mouvement qu'une flèche passe en sifflant et ripe sur le côté de mon casque, soulevant une gerbe d'étincelles.

Peut-être pas si nuls que ça en fait !

L'archer s'encadre dans la porte et cherche une autre flèche dans le carquois accroché à son dos.

Pas aujourd'hui mon gars !

Je saisi un tabouret qui traîne à mes pieds et le lance de toutes mes forces dans sa direction. Il tente de se baisser, mais trébuche sur son collègue qui tentait de se relever au même moment. Les deux finissent au sol en se débattant l'un avec l'autre pour tenter de se relever.

Non mais je rêve ! Si on était dans un manga, on verrait la grosse goûte de la gêne me couler le long de la tempe.

L'archer réussit à prendre appuis sur un meuble bas. Je fais deux pas rapides pour arriver à sa hauteur et lui enfonce mon gantelet dans le nez. Un craquement sonore retenti juste avant les hurlements de son propriétaire et il retombe sur son compagnon. Je me retourne en vitesse pour voir où en est le mec à la hache, mais celui-ci est toujours en train de chercher son souffle.

C'est trop facile.

Je saisi un mouvement dans le coin de mon champ de vision et me rejette en arrière plus par réflexe qu'autre chose. L'instant d'après, une autre hache traverse l'espace où se trouvait ma tête. Je me tourne pour faire face au dernier de la bande. Contrairement aux autres, je remarque tout de suite que c'est un véritable colosse. Entre ses mains, la hache d'armes qu'il tient doit être vraiment dangereuse. Mais je n'ai pas vraiment la place de manier Din'Ganar.

Je m'attendais à ce qu'il m'attaque comme un forcené, mais il se contente de me repousser sans attaquer, juste en marchant sur moi. Je n'ai pas vraiment l'habitude de voir des humains de ce gabarit, il est même plus baraqué que certain des uruks que j'ai entraînés.

Je n'y comprends plus rien. Je devrais être mort de trouille. Pourquoi est-ce qu'au contraire j'ai des fourmis dans les doigts et l'envie de sourire ?

- Qui es-tu ? Me demande soudain le géant d'une voix...

FÉMININE ?

Je m'immobilise sous le coup de la surprise.

Mais elle fait quoi ? Dans les deux mètres ! Avec une carrure de bûcheron par-dessus le marché !

Mais c'est vrai que maintenant que j'y regarde de plus près, elle a une allure bizarre au niveau du torse et des hanches. Enfin plutôt de la poitrine je devrais dire.

- Et toi, t'es quoi exactement ? Ne puis-je m'empêcher de laisser tomber d'un ton surpris.

L'autre me montre les dents, visiblement il… Elle, n'a pas apprécié ma sortie.

- Ça n'est pas assez évident, PEUT-ÊTRE ? Rugit-elle en balayant l'air horizontalement avec son arme.

Je l'esquive à la dernière seconde en reculant d'un pas et me retrouve soudain le dos collé au mur.

Merde ! Pris au piège !

Mon adversaire fait un pas et cette fois lève sa hache pour donner un coup en diagonale. Je n'ai plus de marge de manœuvre, si je ne pare pas ce coup, je serais dans une très mauvaise posture.

Et probablement aussi en très mauvais état !

Je plonge la main sous ma cape et trouve la poignée de mon épée. Sa chaleur m'envahi dans la seconde où mon assaillante abat son coup. Je la devance en vitesse et dégaine sur la diagnolae opposée dans l'optique d'intercepter son arme. Din'Ganar chante littéralement en sortant de son fourreau et je sens une vague résistante quand elle intercepte l'arme de mon ennemi.

Le fer de la hache continue tout droit malgré ma parade.

Hein ?

Celui-ci s'enfonce juste à côté de mon casque, dans le mur de torchis avant que j'aie pu réagir. Je prends doucement conscience que la géante ne tient plus que le manche de son arme que mon épée a tranché net. Elle portait également un casque avec nasal et protège-joues à la mode du Rohan. Je le lui ai littéralement arraché et entaillé la joue au passage.

Putain ! Mais quel con ! Je voulais parer la hache moi, pas la laisser risquer de me finir en pleine poire !

Le bruit mat de la chute du casque de mon adversaire me rappelle à la raison. J'ai affaire à une brune, le visage très carré, mais indubitablement féminin. Une énorme crinière de cheveux mouillés qu'elle avait cachés sous son casque se déploie derrière elle, me laissant admirer tout l'éclat de sa surprise.

Surprise qu'il faut que j'exploite tant qu'elle dure. Je ramène la pointe de Din'Ganar sous son menton, une légère trainée sanglante commence à glisser le long de la gouttière de mon arme qui en glousse littéralement de plaisir.

- C'est fini, dis-je en prenant l'air aussi grave que possible.

Pitié, faites qu'elle se rende ! Si elle continue, elle a l'avantage sur moi avec sa force herculéenne et moi qui suis gêné par la taille de mon épée.

Elle ne semble pas me voir tout de suite, tout obnubilée qu'elle est par le tronçon de manche qu'elle tient dans sa main. J'hausse un sourcil interrogateur.

Allô la lune, ici la terre. Demandons votre reddition.

J'appuie un peu ma lame contre son cou. Je le regrette immédiatement car Din'Ganar perce sa peau avec facilité et fait couler une nouvelle larme de sang sur sa lame dont elle se délecte. Je suis obligé de me retenir pour ne pas l'égorger sous la pression de mon arme.

Heureusement, ça a le mérite de réveiller mon adversaire qui lâche finalement son manche tranché.

Bon, un bon point. Maintenant reste plus qu'à espérer qu'elle ne décide pas de me fracasser le crâne à mains nues.

- Bien, maintenant recule lentement en gardant tes mains là où je peux les voir. Reprends-je froidement.

Elle me lance un regard qui n'a rien d'engageant, mais obéis et recule avec un luxe de précaution presque comique étant donné sa taille.

Ses compagnons se remettent plus ou moins derrière elle. L'archer a fini de se relever, mais se tiens le nez au lieu de tenter de se servir de son autre main pour encocher. Le mec au bouclier et à la hache a finalement retrouvé son souffle, mais est devenu verdâtre et continue de se tenir à quatre pattes. Quant au dernier, je vois dépasser ses jambes et ses bottes de l'encadrement de la porte, mais ne les vois pas bouger.

- Hé ! Dis-je en apostrophant l'archer. Qu'est-ce qu'il a ton camarade ?

Je fais un signe de tête en direction du mec allongé pour qu'il comprenne.

L'archer se tourne pour regarder avant de me répondre d'une voix nasillarde à cause don son nez qu'il pince.

- Il s'est cogné la tête contre l'encadrement de la porte.

Je le regarde en fournissant un gros effort pour cacher le mélange de stupeur et d'étonnement que m'inspirent ces quatre bras-cassés.

Ils sont pires que moi à mes débuts…

- Rentre-le, dis-je d'un ton que j'espère assez neutre. Manquerais plus qu'il chope la crève.

La fille et l'archer me regardent avec un air surpris à leur tour.

Ça y est, je viens de bousiller ma petite image de dur à cuire.

- Maintenant serait appréciable, reprends-je d'un ton plus froid.

L'archer hésite jusqu'au moment où je tourne mon épée encore ensanglantée dans sa direction. Il attrape son collègue à bras le corps et le hisse sur ses épaules. Il a visiblement l'habitude de transbahuter du monde sur ses épaules.

Peut-être un berger, ça expliquerait la pelisse en peau de mouton qu'il porte. Et aussi pourquoi il s'acharne à l'arc à moins de trois mètres de son adversaire.

Je me retourne vers mon phénomène de foire et lui désigne son copain verdâtre au sol.

- Ramasse-le et assieds-le quelque part.

Elle n'hésite qu'un instant avant de l'aider à s'asseoir sur la grosse table massive. Son collègue allonge le dernier de la bande à côté du premier.

- Bien, reprends-je. Maintenant, votre nom, grade et unité s'il vous plaît, dis-je avant de me rendre compte que je ne suis décidément pas le moins con de la pièce.

Abruti ! Comment tu veux qu'ils connaissent ça !

Les deux éveillés me regardent d'un air interloqués.

- Bon, faute de grade et d'unité, on dira que les noms suffiront, essais-je dans une tentative assez pitoyable de reprendre ma bourde.

La fille prend la parole, visiblement ce doit être elle le chef de groupe.

Je m'appelle Mewyn. Cet homme se nomme Hardred, dit-elle en désignant celui qu'elle a aidé à s'asseoir.

Elle désigne ensuite l'archer puis le type allongé.

- Lui c'est Méadras, et le dernier Thédolaf.

Bien ma veine, que des noms à coucher dehors. Au moins les elfes avaient des noms à consonance commune pour moi.

- Et on peut savoir ce que vous faites dans le coin ? Reprends-je d'un ton égal.

Pitié, dites-moi que vous êtes des fermiers ou des aides de cette ferme.

Le regard de la grande se voile rapidement et une expression hargneuse se peint sur sa figure.

Wow ! J'espère que c'est pas pour moi ce regard-là.

Par mesure de précaution, je remets Din'Ganar entre elle et moi.

- On pourchasse les pillards qui ont fait ça, me réponds l'archer en regardant la fille de l'air de quelqu'un qui voudrait être ailleurs.

- Fait quoi ? M'étonne-je en regardant la fille de plus près.

- Qui ont pillé cette ferme, me réponds l'archer sur le ton de l'évidence.

Je réalise au passage que C'EST évident. J'ai juste oublié que je me cachais dans une ferme pillée.

Allô Jupiter, ici la Terre.

La demoiselle ne s'est pas départie de son air haineux, mais je comprends qu'il ne m'est pas destiné à son regard dans le flou.

- Ha, dis-je. Donc ça ne me concerne pas.

Je ramasse une loque au sol et essuie le sang sur Din'Ganar. Celle-ci émet un gémissement indigné dans un coin de mon esprit mais je l'ignore.

Je la rengaine sous leurs regards surpris.

- Un conseil cependant, reprends-je en tirant sur le fer de hache pour le déloger du mur. Arrêtez de les chercher, tout ce que vous allez y trouver c'est la mort.

Je détache le fer de hache et le jette aux pieds de sa propriétaire qui me regarde d'un air à la fois furax et vexé.

- Vous nous attaquez sans raisons et après vous essayez de nous dissuader de poursuivre ces vermines ! Crache-t-elle avec dédain. Vous êtes qui pour vous permettre ce genre de commentaires !

- Je suis plus fort que vous, réponds-je agacé. Et je connais les hommes sauvages du pays de Dun. Ce sont des raisons suffisantes.

- Vous nous avez pris par surprise ! Dans un vrai combat…

- Vous seriez morte, l'interromps-je d'un ton glacial. Je n'avais pas l'avantage de la surprise contre vous. Pire, je vous tournais à moitié le dos et je suis borgne. N'importe quel homme avec un semblant d'entraînement m'aurait tué avant que j'aie le temps de réagir. Alors avec votre force, ce n'est tout simplement pas excusable ! Et si je ne m'étais pas retenu, je vous aurais décapitée vous au lieu de votre hache ! Alors ne venez pas me parler de surprise !

Elle crispe les poings à mes mots et je sens qu'une violente envie de me frapper doit lui monter à la tête en ce moment. Je rectifie ma position pour pouvoir lui asséner un uppercut des familles au cas où.

L'archer intervient à ce moment en lui posant la main sur l'épaule.

- Calme-toi Mewyn ! S'exclame-t-il. Tu as vu dans quel état il nous a mis !

Pitié écoute-le ! Je n'ai pas envie de me fritter à poings nus avec elle, elle aurait le dessus.

Étrangement, elle ne me saute pas à la gorge, mais sa colère est toujours bien présente.

Faisons un peu de mea culpa, ça ne peut qu'améliorer mon image.

- Sur ce, je vous dois quand même des excuses, reprends-je plus normalement. Je vous ais bel et bien attaqué sans savoir qui vous étiez. Aussi, pour tous les bosses encourus, je m'excuse. Mais j'espère que vous comprendrez que j'avais de quoi être méfiant.

L'archer hoche lentement la tête. La fille donne juste l'impression qu'elle a envie de me dévisser la mienne.

Rancune tenace, fait chier…