Samedi 30 décembre 1995

Chère Marie,

Et voilà, Harry est officiellement un Lord ! C'est paru aujourd'hui dans le Daily Prophet. Comme c'est une publication légale, ils n'ont pas pu changer un mot du communiqué produit hier chez les avocats. Mais ils ne se sont pas privés de faire leurs petits articles à côté expliquant que Harry cherche un nouveau moyen de se faire remarquer.

Ça va leur faire tout drôle : Harry en tant que simple garçon de quinze ans ne pouvait pas faire grand chose contre ces diffamations, mais Lord Potter a une équipe d'avocats prêts à réagir à la moindre insulte publique... Nous étions en train de prendre notre petit déjeuner quand Hedwig est arrivée avec un courrier de leur part annonçant qu'ils envoyaient une lettre d'avertissement au rédacteur en chef : on n'attaque pas impunément un Lord du rang de Lord Potter, et il serait bon de se le rappeler. Ça nous a mis d'assez bonne humeur, je dois dire.

Avec ce courrier étaient venus deux autres, de Lady Longbottom et Madam Bones. Le courrier de Madam Bones étant le plus épais, nous l'avons ouvert en premier. Il y avait une lettre annonçant à Harry la bienvenue parmi les Lords de la communauté magique britannique, ainsi qu'une note plus personnelle annonçant qu'elle était ravie que la lignée Potter ait à nouveau un Lord et qu'elle se tenait à la disposition de Harry s'il avait besoin d'aide dans la découverte de ses nouvelles fonctions.

Madam Bones a aussi joint les documents dont a parlé Kingsley hier, signés et approuvés, donnant l'autorisation à Harry de faire protéger la maison des Granger au niveau de sécurité qu'il souhaite. Il a aussitôt envoyé l'attestation d'approbation à Griphook, en lui demandant s'il pouvait organiser le nécessaire, et de prendre l'argent sur son coffre, avec une majoration de vingt pour cent sur les frais normaux si c'est réalisé avant le jour de l'an. Il m'a aussi demandé de prévenir Hermione via nos livres de communication, afin qu'elle soit avertie de la nouvelle et ait le temps de prévenir ses parents que des sorciers et/ou des gobelins vont venir chez eux et pourquoi, pendant que lui termine la lecture de son courrier.

J'étais en train d'écrire ce mot pendant qu'il lisait la lettre de Lady Longbottom quand un avion en papier rouge a surgi de la cheminée pour se poser devant Harry. Nous nous sommes regardés sans comprendre, et Harry a aussitôt appelé Tippy. Celui-ci a compris aussitôt en voyant l'avion :

« C'est la transcription d'une Beuglante, maître Harry. Les protections de Lions' Rock redirigent automatiquement les courriers suspects vers une salle spéciale. Vous recevez alors une notification sur un papier rouge vous expliquant en quoi le courrier est suspect. Si c'est une Beuglante, vous en recevez la transcription complète, et la Beuglante est détruite.

–C'est génial ! je me suis exclamée. Pourquoi il n'y a pas ça à Hogwarts ?

–C'est au directeur de choisir comment le courrier est acheminé, Miss Manon.

–Je vois. Il n'a pas du estimer ce genre de protection nécessaire.

–Je ne sais pas, Miss Manon., » a répondu respectueusement Tippy.

J'ai souri à l'elfe. Il est parfaitement éduqué et assez à cheval sur le protocole. Il ne dira donc jamais de mal d'un sorcier, surtout occupant des positions aussi prestigieuses que Albus Dumbledore. Mais cette simple reconnaissance de son ignorance signifie qu'il est d'accord avec moi. Harry l'a remercié et a ouvert l'avion en papier. Il a froncé les sourcils en commençant à lire et m'a tendu l'avion :

« C'est pour toi. »

Ah ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter une Beuglante ? Bon, petit jeu pour toi : qui a la sale manie d'envoyer des Beuglantes dans les livres et les films ? Qui ne me porte pas dans son cœur ? Et oui, la Beuglante vient de Mrs Weasley. Elle a un certain humour, Molly Weasley, il faut le lui reconnaître :

« Manon Nestral !

Je t'ordonne de t'éloigner immédiatement de Harry ! Avec tes belles paroles et tes manières de pute, tu es en train de lui monter complètement l'esprit contre ceux qui tiennent vraiment à lui ! Depuis que tu es arrivée, tout va de travers : Harry et Ron se disputent, Harry refuse de voir Ginny, Harry invente des histoires abracadabrantesques sur Albus Dumbledore, alors que celui-ci a toujours eu à cœur les meilleurs intérêts de Harry...

Tu es en train de complètement nous faire perdre notre si gentil garçon, avec tes histoires venues d'on ne sait où.

Tu es un danger pour Harry, pour ses amis et ses proches, et pour la Grande Bretagne en général.

Tu n'es pas la bienvenue ici !

Sache que j'ai demandé à Albus de faire annuler ton inscription à Hogwarts. Je ne veux pas que tu sois dans le même établissement que mes enfants et Harry, ils ont déjà trop souffert de ta présence.

Repars vite d'où tu viens, et bon voyage !

Molly Weasley »

Enfin, je te dis que je trouve qu'elle a de l'humour... Je pense ça maintenant, ce soir, pendant que je t'écris. Ce matin, ce n'était pas exactement la même chose, pour être honnête : j'étais choquée. Choquée qu'on puisse penser ça de moi, et l'exprimer avec une telle agressivité et méchanceté. Je n'ose pas imaginer l'effet qu'aurait fait une vraie Beuglante. Rien qu'avec la transcription, j'étais blessée.

« Tu l'as lue ? j'ai demandé.

–Non. Généralement, le contenu d'une Beuglante est typiquement du genre que le destinataire veut garder privé. »

J'ai hésité. Si je la montre à Harry, il va se mettre en colère, je le sais. Mais elle m'a vraiment fait mal. C'est idiot, je sais que Harry, Hermione et les autres ne partagent pas l'avis de chère Molly, mais n'empêche, c'est loin d'être agréable de s'entendre dire qu'on n'est qu'une manipulatrice qui n'hésite pas à jouer de tous ses atouts, y compris son corps, pour parvenir à ses fins diaboliques.

Tout ce que je ne suis pas.

Je peux être cynique, mais je ne pense pas être méchante ou diabolique. Je suis trop coincée pour accepter le désir évident de mon petit ami, alors on ne peut certainement pas dire que je suis une pute (désolée, c'est choquant au milieu de la lettre, mais whore ne présente aucune ambiguïté dans sa signification).

Et moi manipulatrice ? Bon sang, j'ai toujours cru que j'étais au contraire le parfait jouet du manipulateur : naïve, me reposant trop sur mon intelligence pour me méfier de celle des autres... Je sais jouer avec les mots, c'est vrai, et je sais faire des discours, sans aucun doute. Je le sais depuis des années (depuis ma première année de fac, en fait, quand notre prof de rhétorique a été agréablement surpris par les discours que je lui rendais). Mais ce n'est pas pour autant que je suis une sale manipulatrice avec un but caché et malsain...

J'accorde trop d'importance à cette Beuglante, je le sais. Molly Weasley a toujours eu tendance à réagir de manière extrême et bruyante, et son avis ne devrait pas m'importer. Allez Manon, ignore ça, et continue ton mot à Hermione, ou elle va voir les Gobelins débarquer chez elle avant d'en être prévenue.

J'ai posé la lettre à côté de moi, face écrite tournée vers la table, je me suis recomposée une apparence sereine, et j'ai repris la plume pour terminer le message à Hermione. J'étais en train de terminer quand je me suis rendue compte que Harry n'avait pas repris sa lecture de la lettre de Lady Longbottom et m'étudiait attentivement. Quand j'ai croisé son regard, il m'a demandé :

« Qu'est-ce que t'a dit Mrs Weasley ?

–Je croyais que tu ne l'avais pas lue ?

–Je ne l'ai pas lue. Mais ton nom et le sien se détachaient. Qu'est-ce qu'elle te dit qui te perturbe autant ?

–Des propos sans importance. »

Harry m'a regardée un instant, et a rapidement tendu le bras pour attraper la lettre. Elle avait beau être juste à côté de moi, je n'ai pas été assez rapide pour l'en empêcher. Foutus réflexes d'Attrapeur ! Il l'a lue en silence, mais j'ai senti sa colère monter à chaque ligne. Finalement, il m'a regardée à nouveau :

« Ce n'est pas rien, Manon. C'est une lettre d'insultes et de menaces.

–Elle peut vraiment me faire renvoyer de Hogwarts ?

–Je ne sais pas. Et si ça arrive, tu n'es pas dépourvue : tu n'as qu'à t'installer ici.

–Harry, je...

–Chut, m'a-t-il interrompue, presque brusquement. Tu m'as aidée bien plus que je ne l'aurais imaginé. Tu as pratiquement à toi toute seule réussi à me sortir des griffes de Dumbledore. C'est toi qui nous as informés de ce qui se passait, toi qui as tenu à ce qu'on aille faire ce premier bilan à St Mungo, toi qui as continué à suivre chaque étape, jusqu'à la protection de Hermione ce matin-même. Il me semble de te laisser habiter la chambre que tu as pour le moment est la moindre des choses que je puisse faire en retour. »

Oh. En effet, vu comme ça... Tu m'étonnes que j'ai l'impression d'avoir eu des vacances épuisantes ! J'ai hoché la tête :

« Merci.

–Mais d'abord, on va faire en sorte que tu ne sois pas renvoyée, d'accord ? On reprend les cours dans une semaine, et je n'ai aucune envie de ne plus te voir pendant six mois. Il me semble que Lady Longbottom fait partie du Conseil des Gouverneurs de Hogwarts. Dans sa lettre, elle nous propose de la rencontrer, tous les deux, lors du déjeuner.

–Tous les deux ?

–Elle dit en post scriptum que Neville est formel sur l'écriture de la lettre d'hier, que ce n'est pas la mienne, mais la tienne, et que du coup, ils savent que non seulement nous sommes au même endroit, mais en plus tu es parfaitement au courant de ce qui se passe, donc autant te joindre à la conversation. Elle ajoute qu'un esprit féminin sera certainement le bienvenu. »

J'ai haussé un sourcil, mais j'ai aussi eu un petit rire, ce qui était sans doute le but de Harry.

Hermione et Sirius nous ont rejoints peu après le petit déjeuner. Hermione a reçu une lettre de Gringotts annonçant la venue de gobelins demain matin pour poser des protections sur sa maison. Harry lui a donné des Portoloins pour ses parents, et lui a fait choisir quelques bijoux dans la boîte à bijoux que Remus a trouvée hier.

« Est-ce que vous avez moyen de partager cette boîte, à Hogwarts ? nous a-t-il demandé.

–Nous partageons notre maquillage, nous pouvons très bien partager une boîte à bijoux, j'ai répondu.

–Parfait. Alors vous l'emmenez avec vous, et vous vous débrouillez pour porter en permanence un de ces bijoux. »

Il n'y aurait pas eu toute la dimension protectrice des bijoux, j'aurais refusé net : ce sont de vrais bijoux, en vrai or, argent, pierres précieuses... Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les occasions, et le seul point commun, c'est que tous ont une vraie valeur. D'ailleurs, ça aurait été du toc, ils n'auraient pas tenu au fil des siècles. Heureusement, on ne doit porter qu'un seul bijou pour que la protection soit efficace. Si on veut, on peut porter une parure complète, mais ce n'est pas nécessaire. Donc, aujourd'hui, j'ai un sautoir en perles de différents matériaux : des boules d'argent aériennes (c'est juste la coque, l'intérieur est vide, et la coque est composée d'arabesques, et n'est pas pleine), de l'onyx, des perles...

Hermione a décrété que puisque ce midi, Harry et moi, nous déjeunons avec Lady Longbottom, et qu'il faut à présent qu'on assure le standing d'un Lord et d'une mage (même si personne ne le sait encore), il est grand temps d'aller étoffer notre garde robe. J'avoue que j'étais impatiente. C'est la première fois que je vais faire du shopping avec ma nouvelle silhouette. Et plusieurs fois, j'ai envié le corps de Laura ou Cathy en me disant que si j'avais la même silhouette qu'elles, je me ferais plaisir, et que c'est bien dommage que Cathy ne se mette pas plus en valeur. Et bien, maintenant, j'en ai l'occasion, et j'en ai les moyens, grâce à Harry, alors autant en profiter.

Sirius nous a transportés dans le Londres normal, et Hermione a posé des glamours sur lui, et des légers sur Harry (il faut quand même qu'il puisse choisir des vêtements qui lui vont...). Et nous nous sommes donc fait plaisir. Harry n'a aucune garde-robe, comme moi : jusque là, il a hérité des vêtements de Dudley. Nous sommes donc entrés dans une grande boutique d'habillement en sachant que lui comme moi devions nous faire une garde-robe complète. Heureusement, Hermione a choisi une boutique plutôt haut de gamme, où des vendeurs accompagnent les clients personnellement, et où, soulagement, la mode ne ressemble pas du tout aux horreurs que j'ai pu voir avant d'entrer dans la boutique.

Harry et moi avons bien amusé Hermione et Sirius, et je suis sûre que les vendeurs qui se sont occupés de nous eux aussi se sont amusés. Harry n'avait jamais fait de shopping, et le pauvre était donc complètement perdu dans les essayages, les accords de vêtements... J'ai laissé le vendeur et Hermione le conseiller. Ce que j'ai vu chez les garçons est moins horrible que chez les filles, et tous les deux sauront l'habiller de façon élégante, mais au goût du jour.

Moi... Moi, je viens de 2008. Et même si je ne suis pas à la dernière mode, je n'ai pas le même sens de la mode que la plupart des adolescents de quinze ans de 1995. La vendeuse m'a d'abord fait essayer « la dernière mode dans la rue », et franchement... Non, hors de question. Du Skaï rose vif ! Tu y crois, toi ? Finalement, la vendeuse et moi sommes parvenues à nous comprendre. En fait, d'après ce que j'ai compris, elle adore mes choix, mais n'aurait jamais imaginé les proposer à une adolescente. Bah si. Du coup, elle s'est amusée à me styliser encore plus, et , on a commencé à vraiment s'amuser !

Des jeans bruts, des pantalons de toile droits, des jupes plissées, d'autres amples et légères, des collants unis et plutôt aux couleurs naturelles (à comprendre pas fluo), des blouses de différentes couleurs, cintrées pour la plupart, avec un joli col en V, des jolis pulls et des vestes, quelques t-shirts imprimés, des tenues de sport, des chaussures et des bottes à talons, d'autres plates, des ceintures de toutes sortes, des sous-vêtements ultra-sexy (yeah ! Mais seule Hermione a vu les essayages pour ceux-là, quand même...), des bijoux fantaisie mais quand même élégants, des écharpes, bonnets, gants, foulards... pour se protéger du froid... et un magnifique manteau en laine feutrée, bleu sombre, un peu style marine ou militaire, fermé à la taille par une ceinture, et de gros boutons dorés sur la longueur, et des petites épaulettes pour le style.

Le tout, en deux heures, montre en main. L'avantage d'un magasin qui rassemble tout ceci en un seul endroit, et une vendeuse payée à la commission qui en plus s'amuse. Des couleurs, mais rien qui pique aux yeux, des vêtements bien coupés avec lesquels je peux m'amuser à me mettre en valeur si j'en ai envie... ça va me changer des trois tenues hyper-sages achetées avec McGonagall à mon arrivée !

« Tu t'habilles comme une star... a dit Hermione en regardant ce que j'ai choisi.

–Pardon ?

–Ce sont les stars qui s'habillent comme ça, pas les gens normaux. »

J'ai regardé ce que j'avais choisi. Rien que du normal pour moi. Typiquement la façon de s'habiller d'une jolie adolescente citadine à notre époque. J'ai haussé les épaules :

« C'est comme ça que les filles de quinze ans ayant un peu de goût s'habillent en France.

–L'élégance à la française, a approuvé la vendeuse. Chic et casual à la fois. »

J'ai souri. C'est le style que j'avais essayé d'atteindre, en effet. Apparemment, c'est réussi. La note est astronomique pour seulement deux heures de shopping, mais au moins, j'ai une garde robe.

Harry a pris nettement moins de vêtements. Pas parce que rien ne lui est allé ou lui a plu, mais parce que Hermione s'est souvenue que les potions vont lui donner une crise de croissance, en plus de sa croissance naturelle, et qu'il est donc idiot d'acheter trop de vêtements. Donc il s'est contenté de deux jeans, quelques chemises, t-shirts et quelques pulls, un manteau, les indispensables sous-vêtements, deux paires de chaussures, une tenue de sport et une tenue plus classe si besoin.

J'avais oublié cette histoire de croissance... Enfin, si je garde la même taille en tant qu'adulte, il me reste que cinq centimètres à prendre, il n'y aura peut-être que les pantalons qui ne m'iront plus, et encore...

Nous sommes tous les deux ressortis de la boutique avec une nouvelle tenue sur le dos. Jean pour tous les deux, mais enfin à sa taille pour Harry, blouse bleu canard et pull crème pour moi, et t-shirt vert et pull gris pour lui. Et la panoplie complète bonnet-gants-écharpe-manteau complètement fermé pour se protéger du vent.

Nous avons profité de l'heure et demie qui restait pour aller à Diagon Alley, avec Sirius sous sa forme de chien, cette fois, pour acheter des robes à porter hors de l'école. Nous ne sommes pas allés chez Madame Malkin, qui fournit habituellement les robes de Harry et Hermione pour Hogwarts, mais chez un tailleur plus haut de gamme, à la demande de Sirius. Une fois dans la boutique déserte, nous avons annulé les glamours sur Harry, et le tailleur s'est soudain montré très disposé à servir ''le jeune Lord et ses amies''.

L'heure et demie a été pleinement utilisée, et nous sommes sortis tous les trois avec plusieurs robes sur mesure et d'excellente qualité : des robes distinguées pour moi, une vert sombre, une bleu sombre et une noire, pour les occasions qui ne nécessitent pas de tenue de soirée mais quand même de l'élégance (par tenue de soirée, les sorcières entendent les robes de la même façon que nous, pas les robes de sorciers) et d'autres un peu moins formelles (vert sombre et noires) pour quand la situation exige que je m'affiche comme sorcière mais ne demande pas de decorum particulier (pour aller au Ministère de la Magie, par exemple).

Hermione a choisi des robes dans les tons de gris, de noir et de rouge foncé, elle aussi des tenues formelles et d'autres plus... quotidiennes. Harry, lui, a deux robes de soirée (une vert sombre et une noire), une robe distinguée (gris anthracite) et trois moins formelles (une de chaque couleur).

Ces robes nous serviront principalement à ne pas être pris au dépourvu en cas d'invitation ou convocation de dernière minute, mais il est apparemment de bon goût de faire faire une tenue spécifique pour chaque événement auquel nous pourrions être conviés. Ce serait considéré comme un faux-pas de porter à un événement important une tenue déjà portée à un autre moment. Les sorciers sont parfois pires que les people, franchement.

Mais j'ai l'impression que le tailleur nous a dit ça parce que ça l'arrange pour son business. Sirius a tempéré ses propos dès que nous sommes arrivés à Lions' Rock : s'il est en effet mal vu de porter une tenue strictement identique, un nouvel assemblage de vêtements existants passe très bien. C'est plus délicat pour les femmes avec les robes de soirée, mais pour les hommes, ce n'est pas aussi strict que le tailleur voulait le laisser penser.

Nous avons tout juste eu le temps de nous changer. Et sur le coup, je me suis félicitée du choix de ma garde-robe : Lady Longbottom nous accueille à déjeuner. Est-ce que je considère cette invitation comme venant de la part d'une amie de la famille de Harry, dont le petit-fils est notre camarade de classe, ou est-ce que c'est une Lady qui invite un nouveau Lord allié et son amie ?

Du coup, le ''chic & casual'', comme le dit la vendeuse, c'est juste parfait. Jupe longue, bottes montantes à talon, chemisier cintré et avec un col en V pas trop décolleté, ceinture large et visible, et le sautoir issu donc de la boîte à bijoux Potter. Une tenue que je pourrais porter pour aller boire un verre avec des potes, mais aussi pour aller au restaurant. Impeccable. Maquillage hyper discret (c'est une vieille dame, j'ignore comment elle perçoit le maquillage chez les adolescentes), parfum offert par Draco (désolée Harry, mais ce parfum est juste idéal), cheveux libres, la robe de sorcier la moins formelle (la verte) pour continuer dans la même lancée, et c'est parti.

Harry m'attendait dans le salon. Lui aussi avait choisi un juste milieu : un jean brut mais une chemise et également une robe de sorcier. Nous sommes donc assortis.

« Tu es superbe ! » m'a-t-il lancé avec un sourire.

J'ai rougi légèrement. Je sais qu'il le pense : j'ai senti son admiration en me voyant entrer. C'est quand même gênant, n'est-ce pas ?

« Toi aussi, » a été ma seule réponse.

Et c'était vrai : la chemise met en avant sa carrure élancée d'Attrapeur. Et le gris qu'il a choisi, loin de paraître terne ou sombre, fait juste... classe. Il a regardé sa montre et a déclaré :

« C'est l'heure. Tu passes la première ?

–Tu ne peux pas passer en premier et revenir me dire si le feu est allumé chez elle ? j'ai demandé avec un ton suppliant qui l'a fait rire.

–Je déteste autant que toi le voyage par Cheminette. On va souffrir tous les deux, ensemble, comme tout bon couple. Allez, Longbottom Manor. »

J'ai soupiré exagérément et pris une poignée de poudre de Cheminette que j'ai lancée dans la cheminée où ronflait un grand feu, et j'ai annoncé ma destination avant de m'avancer. Et bien sûr, une fois arrivée à destination, je me suis étalée sur le tapis... Je déteste ce moyen de transport... Je me suis poussée juste à temps pour voir Harry s'étaler par terre de façon aussi peu élégante. En effet, on souffre ensemble, comme tout bon couple...

Nous nous sommes époussetés (un autre inconvénient de la Cheminette...) et nous avons regardé où nous étions arrivés. Nous étions dans un grand hall, lambrissé de bois de chêne brun, avec un grand lustre, des tapis au sol, et la bannière des Longbottom : une armure et deux épées qui se croisent, couleur argent sur un fond azur. Les Potter affichent leur supériorité hiérarchique avec le lion, les Longbottom affichent leur statut de chevaliers-mages.

Lady Longbottom est entrée dans le hall. Elle m'a fait moins peur que je l'avais imaginé : elle est certes droite et assez stricte et brute dans ses manières, mais il y a une aura de bienveillance et de générosité autour d'elle. Ses manières sèches sont sa façon de se faire respecter dans une noblesse quand même assez patriarcale, mais elle reste une femme de cœur, et attentive au bonheur de ceux qui l'entourent, et sans doute en premier lieu son petit-fils.

« Lord Potter et Miss Nestral, nous a-t-elle salués. Bienvenue à Longbottom Manor. Je vous remercie d'avoir accepté mon invitation.

–Merci à vous de nous avoir invités, Lady Longbottom, a répondu Harry avec un sourire. Et je vous en prie, pas de Lord Potter... Je suis un camarade de Neville.

–Bien, Harry, a souri Lady Longbottom. Appelez-moi donc Augusta. Neville est déjà dans la salle-à-manger. Vous nous raconterez ces vacances, qui semblent avoir été mouvementées.

–C'est le moins que l'on puisse dire, j'ai répondu en réprimant un ricanement. Plus elles avancent, plus je désespère d'avoir de vraies vacances avant la rentrée. »

Augusta Longbottom m'a lancé un regard, avant de nous conduire dans la salle à manger. C'est une grande salle, pouvant accueillir confortablement une vingtaine de convives. Le même chêne brun aux murs, les meubles de chêne clair, avec des assises couvertes de coussins brodés. Neville était en effet déjà installé, à la droite de la tête de table, et il s'est levé en nous voyant entrer. Il nous a regardés un moment, puis a souri :

« Quelle classe ! Ça vous va très bien. Vous comptez porter ce genre de vêtements à Hogwarts ?

–Quand nous ne devons pas porter l'uniforme, certainement, j'ai répondu. Même si dans un château avec tant d'escaliers et une salle commune au dernier étage, je crois que je vais me passer des talons.

–Neville m'a dit que vous venez d'une sorte de futur ? a demandé Augusta. Dois-je en espérer que les jeunes filles finiront par abandonner les frusques qu'elles portent aujourd'hui pour s'habiller avec un peu plus de goût ?

–En effet, j'ai souri. Il me semblait bien que Neville avait compris plus que je ne l'aurais souhaité des paroles étranges de Luna, dans le Hogwarts Express.

–Vous ne souhaitez pas faire savoir que vous venez du futur ?

–Je ne le souhaite pas particulièrement, non, j'ai reconnu. Je viens d'un futur disposant d'une certaine manière d'un bon nombre d'informations sur la Grande-Bretagne magique de votre époque, et... certaines sont vraies, d'autres sont fausses. Certaines sont encourageantes, d'autres proprement effrayantes. Dans tous les cas, c'est un savoir dangereux, surtout à cause des personnes présentes.

–Dois-je considérer que vous êtes pour quelque chose dans l'émancipation de Harry ici présent ?

–Elle en est le déclencheur, a répondu Harry avec un sourire. Néanmoins, avant d'aller plus loin dans la conversation, et pour la sécurité de Manon, j'ai une question... gênante à vous poser. À toi aussi, Neville.

–Allez-y, l'a invité Augusta.

–Je veux savoir où vous vous positionnez par rapport à Dumbledore.

–Vous voulez savoir si, dans un potentiel conflit entre vous et lui, je m'alignerai avec lui ou avec vous ?

–C'est exactement ça, a répondu Harry, plus affirmé.

–Les Longbottom sont des alliés de plusieurs siècles avec les Potter, a affirmé Augusta. Votre grand-père était un ami à moi, et votre père mon filleul, et quasiment un frère pour mon fils. Votre mère et ma bru s'entendaient également extrêmement bien, Alice est même d'ailleurs votre marraine. J'ai été particulièrement attristée par la disparition de vos parents, et ce qui nous est arrivé après la chute de Voldemort ne m'a pas rendue aveugle au point que je n'ai pas remarqué que tous vos gardiens potentiels ont été... écartés d'une manière ou d'une autre, au profit de Albus Dumbledore. Normalement, si les traditions de la noblesse et de l'Ordre de la Table Ronde étaient respectées, vous auriez du être confié à Amelia Bones ou à moi-même. Nous seules étions en mesure de vous apporter l'éducation dont vous avez besoin. La préférence aurait même été certainement pour moi, puisque j'ai la garde de Neville, qui reçoit lui aussi l'éducation des chevaliers-mages. Et pourtant, votre tuteur a été Albus Dumbledore. »

Elle a fait une pause, puis a repris :

« Je ne sais pas encore à quel jeu joue Dumbledore, mais s'il se trouve que ce n'est pas dans votre intérêt ou dans le nôtre, il est évident que je ne m'allierai pas avec lui. »

Harry m'a jeté un coup d'œil, et j'ai compris ce qu'il voulait : est-ce qu'elle était sincère ? Oui. Parfaitement sincère. J'ai hoché la tête discrètement, et il a souri :

« Merci pour votre soutien, mais avec les découvertes de ces derniers jours, il fallait que je m'en assure. J'aimerais également... a-t-il commencé avant de s'interrompre et de reprendre dans une autre direction : Tout a commencé le jour où Manon a découvert que Hedwig est mon familier.

–Le jour où Manon a parlé avec Hedwig ? a demandé Neville avec un sourire.

–Exactement, a répondu Harry avec le même sourire. Manon a découvert que Hedwig est mon familier, mais que pour une raison inconnue, je n'étais pas lié à elle. Et Hedwig lui a apporté la réponse.

–C'était ça, ces livres ?

–Oui, j'ai répondu. Un livre sur les familiers avec les explications sur ce qui pourrait potentiellement bloquer le lien entre un familier et son magicien, et un autre livre sur les verrous et les liens magiques. L'association des deux, avec l'aide de Hedwig, m'a fait comprendre que Harry avait un verrou magique.

–Un verrou magique sur un héritier d'une ancienne et noble famille ? a dit Augusta en fronçant les sourcils.

–Ce n'est malheureusement que le début. J'ai découvert, grâce à Crookshanks, le chat et familier de Hermione, qu'elle aussi avait un verrou. Donc nous avons décidé de...

–Manon a décidé et nous avons approuvé, a rectifié Harry avec un sourire.

–Si tu veux, j'ai répondu sans insister. Donc, il a été décidé que nous irions pendant les vacances de Noël à St Mungo rencontrer un Guérisseur. »

À nous deux, nous avons continué les premières explications : d'où je viens, mes soupçons, la demande de tests complets, les résultats. Quand nous avons terminé, Harry s'est tourné vers Neville :

« Si tout s'était bien passé, nous aurions du grandir ensemble. Pourtant, nous sommes tout juste camarades, à Hogwarts. Nous nous entendons bien, mais ça ne s'est jamais transformé en amitié, alors que c'est évident que tu aurais fait un meilleur ami que Ron. Je n'avais aucune compulsion spécifique par rapport à toi, juste une qui m'incitait à m'éloigner de tous mes camarades de classe sauf Ron. J'aimerais découvrir si toi aussi, tu n'as pas été influencé. Une Guérisseuse nous a appris, à Manon et moi, à lancer le sortilège de diagnostic. Est-ce que vous nous autorisez, tous les deux, à ce que nous testions Neville ? Je ne pense pas qu'il soit utile de vous tester, Augusta, nous ne nous sommes jamais rencontrés.

–Et cela mérite un test, a affirmé Augusta. J'aurais du venir vous voir dès votre quinzième anniversaire prendre les choses en main concernant votre héritage.

–Oh... a seulement répondu Harry. Dans ce cas, si vous êtes d'accord, nous vous testerons tous les deux. »

Les deux Longbottom ont accepté. Harry s'est occupé de Neville et moi de Augusta. En effet, Augusta avait bien diverses compulsions, visant à éteindre son intérêt pour Harry, voire à restreindre l'enseignement de Neville. Neville, lui, a eu des résultats beaucoup plus surprenants :

Neville Frank Longbottom
Date de naissance : 30 juillet 1980
Taille : 5ft9
Poids : 154,3lbs

État de santé physique général : Excellent

État de santé magique général : Mauvais
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 187
Puissance générale : 30%/30%
Animagus : 0 %/0%
Occlumancie : 0 %/0 %
Légilimancie : 0 %/0 %
Magie sans baguette : 0 %/0 %
Magie élémentale : 0 %/0 %
Particularités magiques : mage élémental, biologiste

État de santé mentale général : Mauvais
Sortilèges d'influence détectés : 765 sur 10 ans
- Manque de confiance en soi (+répétitions, sur 10 ans)
- Volonté d'isolement (+répétitions, sur 10 ans)
- Confiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Dévouement envers les figures d'autorité (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Comportement distant avec les camarades de classe (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Mise à distance avec Harry Potter (+ répétitions, sur 4 ans)
- Mise à distance avec Manon Nestral (+ répétitions, sur 2 mois)
Sortilèges de mémoire détectés : 15 sur 4 ans
Potions d'influence détectées : 0

Neville est donc mage. Et son verrou est encore plus fort que celui que nous avons eu, ce qui explique son niveau plutôt faible en classe. Quatre mages dans la même génération de sorciers... ça commence à faire beaucoup...

Neville a découvert ses résultats avec de grands yeux surpris. Même Augusta n'en revenait pas.

« Mage élémental ? a lu Neville à voix haute.

–Tu maîtrises un élément, j'ai expliqué. Vu ta passion pour l'Herbologie, je pense qu'on peut partir sur la terre, mais j'ai peur du feu, et c'est pourtant mon élément.

–Tu avais peut-être peur du feu parce que tu savais, au plus profond de toi, que normalement, tu aurais du le contrôler, et que tu ne le pouvais pas, » a proposé Harry.

Je l'ai regardé, stupéfaite. Mais c'est que son explication tient la route, dis donc ! Il a souri et poussé plus loin :

« Est-ce que tu as eu peur du feu, depuis ? Tu as commencé à travailler avec, et tout à l'heure, tu m'as même demandé s'il était possible que tu voyages par le feu plutôt que par la Cheminette... »

En effet. Depuis que j'ai commencé à travailler avec, je n'en ai plus peur. Pourquoi est-ce que j'en aurais peur, puisque je le contrôle ? Je joue même avec, à présent (au sens figuré aussi, d'ailleurs...). J'ai souri :

« Donc, ça rend encore plus probable que ton élément soit la terre, Neville.

–Et biologiste ?

–Ça veut dire que tu as justement un don avec les plantes et les animaux, j'ai expliqué. Animaux à prendre au sens large : animaux classiques, créatures magiques ou non, humains... Tu sais ce qui les construit, et comment en prendre soin. Par extension, je suppose que tu ne devrais pas être trop mauvais en métamorphose du vivant, et en guérison.

–Je suis nul en potions.

–Je n'ai pas parlé de potions, mais de guérison, j'ai souri. Pas la guérison des Guérisseurs, mais la guérison des mages, la médicomagie. Nous avons tous les trois passé les tests d'héritage pour l'Ordre d'Avalon, et nous avons eu tous les trois au moins un résultat positif. Tu es mage, et tu es un futur chevalier-mage de l'Ordre de la Table Ronde. Deux bonnes raisons pour que, une fois ton verrou supprimé, tu ailles à Gringotts demander à passer le test d'héritage pour l'Ordre d'Avalon. Peut-être qu'un de ses mages te choisira comme héritier. Je ne serais pas étonnée que tu sois un héritier de Galaad. La guérison. Est-ce qu'il peut être un héritier de Lancelot aussi ? j'ai demandé à Harry.

–Bien sûr !

–Mais... L'épée ?

–La légende de l'épée dans la roche est vraie. Si j'ai pu l'en sortir, c'est que c'est bien moi qui dois la porter. Non, Manon, tu n'as pas accès au coffre de Lancelot, tu ne verras pas la roche ! » a-t-il ajouté en voyant mon expression.

J'ai éclaté de rire. Il a bien compris ce que je pensais.

« L'épée dans la roche ? a répété Neville. Comme Excalibur ? »

Harry a écarté sa robe de sorcier et porté sa main à sa droite. Une poignée d'épée est apparue, suivie de la lame complète et du fourreau.

« J'ai été désigné entre autres comme héritier de Lancelot. Ce n'est apparemment pas inhabituel chez les Potter.

–Non, a approuvé Augusta. Edward, Charles, William et James l'étaient aussi. Mais seul James avait réussi à tirer Excalibur du rocher. Et en effet, les Longbottom sont descendants d'une branche secondaire de la famille de Lancelot, et leurs fils en sont régulièrement héritiers. Franck l'était.

–Pourquoi n'avez-vous pas encore fait tester Neville ? j'ai demandé.

–Parce qu'il n'a pas encore montré les compétences adéquates, a répondu Augusta avec un soupir : je comprends mieux pourquoi, à présent. Nous irons tout à l'heure à St Mungo corriger ça. En attendant, si vous continuiez votre récit ? »

Harry a rengainé son épée qui a disparu à nouveau, et nous avons continué l'histoire de nos vacances, tout en profitant du repas de Lady Longbottom. Celle-ci et Neville posaient régulièrement des questions, mais elles n'étaient pas idiotes, et nous y avons répondu facilement avant de reprendre là où nous nous étions arrêtés. Lorsque le repas s'est terminé, nous n'avions toujours pas fini de raconter. Augusta nous a emmenés dans un confortable salon, où nous avons encore parlé pendant deux heures, Harry et moi, avant d'enfin arriver au bout.

A la fin, il y a eu un silence, puis Augusta a soupiré :

« Bien. Je comprends beaucoup mieux la précipitation de Harry à récupérer son titre de Lord. En effet, je pense comme vous que cela devenait nécessaire, au vu des circonstances. Je vais faire de mon mieux pour vous accompagner jusqu'à ce que vous soyez complètement prêts.

–À ce sujet, a commencé Harry en hésitant, il est évident qu'à cause de ma scolarité à Hogwarts, je ne pourrai pas être tout le temps présent pour assumer mon rôle, notamment au Wizengamot. Je voulais savoir si vous accepteriez de représenter la famille Potter lorsque je ne peux pas être présent.

–En réalité, je comptais vous recommander une solution un peu plus drastique : vous remplacer à toutes les sessions qui ne requièrent pas le Lord en titre, afin que j'applique à vous les mêmes leçons qu'avec Neville. En réalité, je ne suis que la Régente du titre Longbottom, Neville est dans la même situation que vous. Lorsqu'il est disponible, il assiste en tant que spectateur aux sessions du Wizengamot, afin d'observer ce qui s'y passe. Je sais que Amelia Bones fait la même chose avec sa nièce, dont elle est aussi la Régente.

–Oui. Susan et moi sommes souvent ensemble dans les loges des visiteurs, a acquiescé Neville. C'est beaucoup plus formateur que des leçons théoriques.

–Et donc vous me remplaceriez complètement jusqu'à ma majorité ? a demandé Harry.

–C'est ce que je vous propose. En sachant que vous êtes le Lord. Vous pouvez reprendre le contrôle de la représentation quand vous voulez, même pendant une session, si vous estimez que je ne vous représente pas justement.

–Sirius m'a dit que vous avez déjà représenté plusieurs fois ma famille, je vous fais confiance.

–Merci, a souri Augusta. Il nous faudra officialiser ça lors de la prochaine session du Wizengamot. Vous êtes tenu de vous y rendre pour vous y présenter.

–Quand est cette prochaine session ?

–Demain après-midi. Le Wizengamot se réunit toujours le dernier jour de l'année pour... la clore.

–Des choses que je dois savoir à ce sujet ? a demandé Harry, visiblement inquiet.

–Pas que je sache. Soyez poli, appelez quelqu'un par son titre, et ne vous emportez surtout pas, quoi qu'on vous dise. C'est une arène politique, et les joutes verbales sont fréquentes. Si vous vous sentez de taille, acceptez d'affronter votre interlocuteur sur ce terrain, mais je ne le ferais pas : ce sont des personnes qui manquent parfois de subtilité et d'intelligence, mais ils ont tous de l'expérience.

–Comment ça va se passer ? j'ai demandé.

–Comme la publication du communiqué a eu lieu aujourd'hui, l'introduction de Lord Potter sera certainement le premier point de l'ordre du jour de demain. Harry sera officiellement introduit. Comme il est tout de même mineur, même émancipé, on lui demandera de présenter un représentant. C'est à ce moment-là que vous me nommerez, Harry. Ensuite, vous vous installerez sur votre siège du Wizengamot pour le reste de la séance, avec la possibilité de participer et de voter. Les règles stipulent que si vous êtes présent, votre représentant ne vous représente pas, justement.

–Est-ce que... Où est-ce que je serai assis ?

–Entre le représentant des Bones et moi. Amelia si aucun point de l'Ordre du jour n'implique son service, ou Lady Abbott, si elle doit participer à la réunion en tant que Directrice de service. Normalement, les ordres du jour des clôtures d'année sont assez légers, il s'agit principalement de se féliciter de l'année écoulée si bien remplie et de se souhaiter une année à venir aussi fructueuse.

–Est-ce que je pourrai y assister ? j'ai demandé.

–Oui, bien sûr. Vous vous installerez avec Neville et Susan dans la loge des visiteurs.

–De quoi traite le Wizengamot exactement ? j'ai demandé. Dans certaines de mes lectures, c'est une sorte de tribunal, dans d'autres, c'est un organe législatif.

–Ce sont ses deux rôles, en effet. Le Wizengamot crée et applique les lois. Les procès avec le Wizengamot sont assez rares et concernent des cas plutôt graves, qui encourent la peine de mort ou la condamnation à perpétuité à Azkaban. Dès qu'un cas concerne un Lord, l'affaire est également portée devant le Wizengamot.

–C'est pour ça que l'été dernier, je suis passé devant le Wizengamot ? a demandé Harry.

–En effet, même si c'était une absurde comédie, du fait que tout le monde avait conscience que vous n'avez pas été éduqué avec la connaissance de votre héritage, et que le Ministre a joué dessus. Je n'ai que très peu apprécié le comportement de Dumbledore à ce procès, d'ailleurs, à vous considérer comme un simple adolescent qui doit être traité devant un tribunal normal et non comme un futur Lord, qui doit en effet être jugé devant le Wizengamot, mais qui a également des privilèges dans l'utilisation de la magie. Jamais on n'aurait du vous poursuivre pour avoir lancé un Patronus. C'est un privilège de la haute noblesse que de considérer que si vous utilisez un sortilège évidemment conçu pour la défense, c'est que vous êtes effectivement en situation où vous avez besoin de vous défendre. Cette présomption ne doit pas être remise en cause. »

La conviction de Augusta était évidente. Visiblement, cette histoire de tribunal n'était pas encore tout à fait digérée. J'ai dévié le sujet :

« À quelle heure nous devons y être ?

–Vous allez venir avec nous, a décrété Augusta. Je vous attends ici, à Longbottom Manor, à 13h30. Harry, mettez votre robe la plus formelle, et veillez à ce que le blason Potter y figure bien. Vous êtes un Lord, à présent, et vous devez paraître comme tel. La première impression est très importante. Ensuite, demain soir, nous hébergeons le traditionnel réveillon des Longbottom. Toute la noblesse magique est invitée, et je suis certaine qu'on espérera vous y voir. Souhaitez-vous venir ? »

Harry a hésité, et Neville est intervenu :

« C'est beaucoup plus cool que le Wizengamot. Et tu ne seras pas le seul de notre âge. Je serai là aussi, et de nombreux autres héritiers également. Susan, Hannah et son grand frère Josue, Luna, Cormac, Blaise, Daphne et sa petite sœur Astoria... Tu n'as pas invité les Parkinson, les Malfoy et les Nott, cette année, Grams ?

–Certainement pas, a répondu Augusta avec une grimace. Les Rosier et les Avery non plus.

–Dommage, j'aime bien Eva Rosier, a soupiré Neville. Je sais Grams ! Pas de Deatheaters à Longbottom Manor, a-t-il ajouté précipitamment en voyant sa grand-mère prête à intervenir.

–Dans ce cas, je pense que je vais accepter votre invitation, a dit Harry. J'avoue que c'était la principale raison de mon hésitation : je ne sais pas comment j'aurais réagi à croiser Lucius Malfoy ou Theodore Nott Senior dans une soirée mondaine après ce qui s'est passé l'été dernier.

–C'est compréhensible. Amènerez-vous une cavalière ? »

Harry m'a regardée avec un grand sourire. Ah non ! Hors de question ! Je ne veux pas aller à un bal ! Et je ne sais pas danser ! D'abord !

« J'espère que tu ne comptes pas m'inviter ? j'ai dit d'une voix que j'espérais menaçante.

–Tu es ma petite amie, Manon, qui donc d'autre inviterais-je ?

–Harry Potter, arrête ton numéro de charme tout de suite, ça ne marchera pas avec moi !

–Et pourquoi tu refuses d'aller à une soirée festive ?

–Parce que je n'ai pas de tenue de soirée...

–Ça peut s'arranger facilement.

–Et que je ne sais pas comment agir au milieu de la haute société...

–Pas moins que moi.

–Et que je ne sais pas danser.

–Je peux t'apprendre.

–Pardon ? Tu sais danser ?

–Eh ! s'exclama Harry, un brin vexé. Tu as un Champion du Tournoi des Trois Sorciers devant toi ! Évidemment que je sais danser ! Tu crois que Parvati aurait accepté de m'accompagner sans ça ? »

Oh misère... J'ai un petit ami qui sait danser et qui en plus est assez motivé pour me donner des leçons pour que je l'accompagne à une foutue soirée mondaine. Harry s'est penché vers moi :

« Manon, tu es mage. Quand ça se saura, tu seras invitée à ces soirées, que tu sois ma petite amie ou non. Alors profite d'être juste une cavalière tant que tu peux. »

Oh misère bis. Il a raison, le bougre... J'ai soupiré :

« Bien. Je t'accompagne. Mais tu m'apprends à danser et tu me prouves qu'on peut avoir une robe de soirée décente en moins de vingt quatre heures...

–Manon, on vit dans un monde magique... On ira t'en faire faire une cet après-midi ou demain matin. »

Oh misère ter... Je sens que je vais vraiment y avoir droit à cette soirée... Tu crois que si je me casse une jambe d'ici demain soir, je serai épargnée ?

Augusta et Neville nous ont encore donné quelques conseils pour le Wizengamot demain après-midi et le réveillon demain soir, et nous sommes partis, directement à Diagon Alley puisque nous étions encore en milieu d'après-midi. Direction le tailleur recommandé par Augusta (encore un autre, différent de ce matin).

Ce tailleur ne fait que des tenues qu'on pourrait considérer comme « haute couture ». Ce sont des robes de soirée, très très belles et très très classes, qui sont faites à l'avance pour pouvoir avoir tout ce qui va bien : broderies, parures... et ensuite, elles sont remodelées sur la cliente pour l'adapter à sa taille. Et grâce à la magie, donc, nous sommes repartis de la boutique deux heures plus tard avec une magnifique robe de soirée sur mesure sous le bras, de celles que j'aurais du commander des mois à l'avance dans une boutique normale, ainsi que les chaussures qui vont avec.

Une fois de retour à Lions' Rock, Harry m'a fait mettre les chaussures en question (très jolies, blanc crème, brillantes, un peu comme des escarpins, mais sans talon parce que sinon, ça me fait plus grande que Harry) et m'a emmenée dans la salle de réception. La grande et immense salle du rez-de-chaussée, avec ses grandes portes-fenêtres qui donnent sur la cour à l'arrière du château.

Là, leçon de danse.

Et crois-moi, danser avec des chaussures neuves, pas évident du tout ! Au bout d'une heure, j'avais un mal de chien aux pieds. Harry a accepté (enfin ! tortionnaire !) que je me mette pieds nus, et on a continué jusqu'à ce que j'assimile complètement les pas de différentes danses : valses à différents temps, quelques danses typiques de la communauté sorcière... Cours encore plus intensif que lorsque j'ai voulu apprendre les danses médiévales avec ta compagnie... Et Harry n'a pas arrêté tant que je ne maîtrisais pas les danses.

Nous sommes allés dîner, et il a tenu à revoir une dernière fois les danses après le dîner, pour être certain que j'avais bien tout retenu. Et cette fois encore, avec mes chaussures... Bouh, je le préfère en prof de métamorphose ou de DCFM, moi... Et finalement, il a décrété que j'étais prête. Ah, quand même ! Il a remis une dernière danse, et cette fois m'a invitée galamment à le rejoindre. C'était une sorte de valse, celle que je maîtrise le mieux. Du coup, on a commencé à tournoyer, presque automatiquement.

Et là... ça s'est transformé en moment magique.

Ce n'était plus la leçon de danse, c'était juste nous deux, en train de danser ensemble sur la musique, l'un en face de l'autre, à se regarder... À la fin de la danse, quand le cavalier doit soulever sa partenaire, il ne m'a pas relâchée après, et m'a serrée contre lui. Du coup, la danse est devenue une sorte de valse très... intime ? Les jambes ont continué à suivre le rythme, mais les deux bras de Harry étaient autour de moi et me serraient contre lui.

Et puis nous nous sommes embrassés. C'est le baiser le plus passionné que nous ayons échangé. Typiquement le genre de baiser qui, échangé sur un canapé, s'échauffe pour devenir de plus en plus brûlant. Mais là, nous étions au milieu d'une salle vide et immense. Alors la passion était là, et ça a commencé à chauffer un peu, mais ça n'a pas été très loin avant qu'on s'écarte à nouveau.

Il m'a souri et a dit :

« Je suis heureux que tu aies accepté de m'accompagner demain soir. »

Et il s'est écarté pour aller éteindre la musique et nous sommes sortis de la pièce avant d'aller chacun dans notre chambre.

Je ne sais plus quoi penser de ce garçon : il s'amuse à souffler le chaud et le froid, et ça marche très bien. Je sais qu'il a envie qu'on aille plus loin, je le sens à son aura, à sa magie quand elle rencontre la mienne dans ces moments intimes, et quand il souffle le chaud, justement. Et puis, d'un coup, il va tout arrêter, et redevenir le Harry ami, et non pas petit-ami, avec juste un petit sourire qui dit : « un jour, on ne s'arrêtera pas là. ».

C'est... frustrant, d'un certain côté, qu'il soit autant sous contrôle, alors que moi, quand il fait ça, je deviens de la guimauve. Il sait exactement ce qu'il fait. Je te parie que dans son esprit, il a même déjà prévu le jour et l'endroit où on fera l'amour pour la première fois. Et le pire, c'est que je ne suis même pas vraiment en colère contre lui, ni effrayée. Il fait juste en sorte que des années de peurs finissent par disparaître petit à petit, jusqu'au jour où si je dis non, ce n'est pas à cause d'une panique mystérieuse ou d'a priori inutiles, mais bien parce que je n'ai pas envie. Et nous savons tous les deux qu'en fait, j'en ai plutôt envie.

Enfin... Je vais retourner à mes frustrations pour cette nuit, il faut que je dorme, la journée de demain sera très longue. Je ne sais pas si je pourrai t'écrire demain, je ne pense pas que j'aurai le temps entre le Wizengamot et la soirée, et je n'aurai certainement aucune autre envie que me coucher après la soirée.

Donc, bon réveillon, et à l'année prochaine ! (haha, même dans le monde sorcier, on fait ce genre de blagues stupides...)


Notes de l'auteur :

Etrange de publier un chapitre de Nouvel An en plein été, mais bon :)

Cathy et Laura (et Louise que j'ai déjà du mentionner ailleurs, je suppose) sont les pseudos que j'ai donnés à mes sœurs. Cathy est juste après moi, ensuite Laura. Dans l'histoire, en 2008, elles ont respectivement 20 et 18 ans (pour 21 ans pour Manon). Louise en a 9. Les pseudos sont pratiques, car ils me permettent de m'éloigner de la personnalité réelle de mes sœurs sans les trahir. Ça n'a pas grande importance dans cette histoire, mais dans l'éventuelle suite que je suis en train d'essayer de planifier, ça en aura.
Et Cathy est réellement celle des trois grandes avec la plus jolie silhouette, mais celle qui a aussi mis le plus de temps à se mettre en valeur. À croire qu'elle n'attendait que l'amoûûr pour ça, car depuis qu'elle est en couple, c'est une autre femme ;)

Concernant le chapitre en lui-même, c'est le 28ème chapitre, et c'est seulement maintenant que je vous impose le shopping obligatoire des fics racontant un super!Harry... Considérez-vous chanceux ;)

Comme je vous l'avais annoncé, on découvre petit à petit le Wizengamot, le Ministère, le pouvoir de la presse, de la justice... Bref, on découvre la culture magique britannique en dehors de Hogwarts :) Même si parfois, ça peut sembler très (trop ?) pointilleux, j'ai essayé de faire à chaque fois les choses de manière digeste... N'hésitez pas à me dire si ce n'est pas le cas !

Augusta Longbottom parle de Edward, Charles, William et James Potter... Pour la petite explication, c'est Lord Edward Potter, père de Charles et William. Charles deviendra lui-même Lord, bien qu'il soit le second fils, vous en découvrirez la raison plus tard. James est le fils unique de Charles. Si on ajoute Harry, ça fait quatre générations d'hommes Potter. Comme chez les Weasley, il y a peu de filles dans cette famille. Pour avoir une idée du temps qui passe, Edward est de la même génération que Dumbledore.

Et enfin, un nouveau mage. Le quatrième... Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire avec tous ces petits mages qui ne demandent qu'à être formés et éprouvés ? (*musique angoissante et rire machiavélique en fond sonore*)

Réponses aux guest reviews :

Alea : Merci pour cette review !
Et encore de nouvelles révélations ! :)
Si, si, bien sûr que c'est risqué pour eux d'affronter Molly et Dumbledore. Mais... tu me connais, je crois, hein ? : réponses dans les prochains chapitres ! :p
Haha aromatique ! Oui, je suis très parfumée, aussi ! :) Oui, sinon, je suis asexuelle et aromantique (ce qui est plus confortable que d'être asexuelle et romantique, donc tant mieux !). Et tu as raison, l'un n'entraîne pas l'autre, je connais une asexuelle romantique, d'ailleurs.
Il donne envie, Lions' Rock ! Je me suis fais plaisir ! :) Après tout, c'est une vieille famille, il n'y a pas de raison qu'ils n'aient pas un chouette domaine ! :)
Le travail n'est pas aussi intense que ça en fait... j'imagine déjà beaucoup de choses en amont, et plein de choses que je vous précise en notes d'auteur ont l'air de faire l'objet d'une réflexion poussée alors que non, c'est juste une évidence dans mon petit univers... Au moment de l'écriture, j'écris d'abord au kilomètre, sans me préoccuper de l'exactitude de quoi que ce soit. Puis ce sera au fil des relectures que je vais peaufiner les détails et faire des vérifications.
Beaucoup d'auteurs conseillent de tout écrire de bout en bout sans jamais relire, mais j'en suis incapable. Les chapitres que je vous poste ont déjà eu des dizaines de relectures, que ce soit pour l'ambiance, les "faits", des modifications pour les adapter par rapport à la suite (les avocats n'étaient pas des vampires, à la base, par exemple)...
Mais ce n'est pas vraiment du travail, parce que c'est comme ça que je fonctionne... C'est un peu comme une frise, dont le dessin global avance assez lentement, parce que je suis en train de travailler les détails du début en même temps que je suis en train d'avancer le long de la frise.

MAJ le 19/10/2017