'Lut les chauves-souris (je ne sais jamais si les deux mots prennent un "S" au pluriel).

Vu l'heure qu'il est, pas l'temps de relire, pas l'temps de corriger, ni de faire un résumé.

Chapitre avec BEAUCOUP de dialogues.

Enjoy et je me remets à "Magical Dick" dès la semaine prochaine, si tout va bien.

...

JE. VEUX. MON. LIT.

T_T

(Merci pour vos super reviews habituelles, vous DECHIRAY !)


Kagami fixait sa tasse de thé d'un air absent, ou plutôt, absorbé par le breuvage, comme s'il espérait y trouver miraculeusement une réponse. Malheureusement, même si Himuro avait beaucoup de parfums différents en stock, il ne disposait pas de celui-ci... En tous cas, depuis qu'il s'était réfugié chez lui, le rouge n'avait pas prononcé le moindre mot. Il s'était muré dans un silence qui n'était pas du goût d'Himuro car en effet, comment était-il sensé aider Kagami si ce dernier ne lui expliquait pas en détails la raison de sa venue ? Tatsuya était doté de nombreuses qualités, mais hélas, il n'était pas encore devin ! Dommage, ça aurait été bien utile, surtout lorsqu'il s'agissait de savoir quoi cuisiner pour le repas du soir. Heureusement Atsushi n'était pas difficile, un rien le régalait. Tant qu'il n'était pas question de légumes, évidemment...

Quoiqu'une fois, Himuro avait eu l'idée (moui, bon, en vrai, il avait vu ça dans une émission télévisée type « Super Nanny », dans laquelle une mégère essayait de gaver de pauvres gosses innocents avec des aliments dont on ne sait même pas s'ils poussent sous terre ou alors carrément dans une décharge à ciel ouvert, ce qui revient un peu au même je dois dire...) de recouvrir des choux de Bruxelles avec du sucre glace et son petit subterfuge avait même bien failli réussir. Enfin, disons plutôt qu'il avait tenu bon jusqu'à la deuxième bouchée et c'est à ce moment-là que Murasakibara avait réalisé l'entourloupe. De rage, il en avait presque renversé la table ! L'illusion n'avait pas été assez forte pour tromper plus longtemps les papilles bioniques du titan mauve, malgré des débuts prometteurs...

En tous cas, point d'émission cette fois pour l'aider à faire parler Kagami.

Cependant, comme il connaissait son petit frère de cœur sur le bout des doigts, Himuro savait que son mutisme ne pouvait être causé que par trois choses :

Nash,

Le père de Kagami,

Et Aomine.

Et puisque les deux premiers étaient restés aux Etats-Unis, il était fort logique que les soucis de Kagami soient tournés vers Aomine. Elémentaire, même, mon cher Watson ! N'étaient-ils pas sensés dîner ensemble d'ailleurs, la veille ? Hmm... le mystère se dissipait peu à peu. Et Himuro n'avait pas encore abattu sa dernière carte... Il se dirigea jusqu'à la cuisine pour faire bouillir un peu de thé – à la cannelle, le préféré de Kagami – puis, il ouvrit la porte du réfrigérateur pour en sortir son meilleur atout : un cheesecake délicieusement sucré.

Himuro était loin de posséder le génie culinaire de son fiancé, mais cela ne voulait pas dire qu'il était nul derrière des fourneaux pour autant. Personne ne résistait à son fameux cheesecake double chocolat. Personne ! Il avait le pouvoir de dénouer les estomacs et de délier les langues, mais sa recette était gardée secrète par le garçon à la mèche. Dommage. Nul doute qu'avec un tel talent pour les pâtisseries, Himuro aurait pu être en mesure de résoudre bien des conflits dans le monde ! Le petit ami d'Atsushi poussa d'ailleurs le vice jusqu'à mettre une petite pancarte en face de chaque mets indiquant : « mangez-moi » et « buvez-moi », comme dans « Alice aux Pays des Merveilles », des fois que ce ne serait pas clair, hein...

« Tu ne veux toujours rien me dire ? Très bien. Mais sache que j'ai les moyens de te faire parler... » Sourit le brun, en arrivant avec une énorme part de gâteau sur un plateau et une tasse de thé fumante.

Bon, il avait essayé d'adopter un ton menaçant, comme celui des vrais inspecteurs de police, mais il n'y était pas parvenu... De son côté, Kagami ne touchait toujours pas aux victuailles...

« Taiga... sois raisonnable... je sais que tu adores mon cheesecake et le thé à la cannelle ! »

« Pourquoi est-ce que tu tiens tant que ça à ce que je mange ? Il y a un sérum de vérité caché dans ton gâteau ou quoi ? »

« Peut-être... » Répondit énigmatiquement Himuro, avant de lui adresser un clin d'oeil complice.

Le rouge soupira. Il savait à quel point son frère de cœur pouvait se montrer entêté lorsqu'il le voulait. Kagami n'avait aucune chance contre lui, mieux valait donc céder à sa volonté. Surtout qu'à la base, Himuro ne l'avait pas forcé à venir. Le pompier qui s'était rendu chez lui de son plein gré. Kagami joua un peu avec la cuillère dans son assiette et il se décida à prendre une bouchée du gâteau fondant. Effectivement, il était parfaitement exécuté et réussi. Un vrai délice pour les papilles. Et par miracle, cette petite douceur sucrée parvint à atteindre le cœur de Kagami. Mieux que n'importe quel mot.

« … Ca a recommencé, Tatsuya. » Sa voix était à peine audible et mal assurée.

« Recommencé ? Qu'est-ce qui a recommencé ? »

Néanmoins, Himuro n'eut pas réellement besoin de réponse verbale. Il comprit rien qu'en regardant la mine dévastée qu'affichait Kagami.

« C'est à propos de Nash, pas vrai ? »

Mais pourquoi ? Et surtout, comment ? Himuro posa une main sur le genou du rouge, qui gardait la tête basse.

« Est-ce que cet Aomine de malheur a fait quelque chose de déplacé hier ? Quelque chose qui aurait pu te faire penser à Nash ? Comment s'est passé votre dîner ? Il... il n'a tout de même pas abusé de toi !? »

Le ton du brun devenait de plus en plus cinglant et colérique au fil de ses questions. Il s'imaginait déjà le pire et s'il s'avérait qu'Aomine avait touché à un seul cheveu de Kagami, Himuro était prêt à lui faire bouffer son insigne de policier et ce, malgré la différence certaine de gabarit entre eux.

« Tu dois me le dire, Taiga ! » Supplia t-il presque, en se mettant à genou sur le sol pour prendre les mains du tigre. « Je suis inquiet pour toi ! Explique-moi tout depuis le début, c'est important pour que je comprenne bien et pour que je puisse t'aider, surtout. »

« D'accord. » Abdiqua le rouge, qui pouvait lire l'angoisse dans le regard de son frère.

Himuro était généralement calme et même plutôt froid. Il ne montrait pas facilement ses émotions, qu'il avait tendance à dissimuler ou à museler derrière un sourire aussi mystérieux que courtois. Et lorsque ce petit subterfuge ne fonctionnait pas, le garçon au grain de beauté n'hésitait pas à surjouer certains sentiments pour mener ses interlocuteurs sur de fausses pistes.

Et c'est justement parce qu'il connaissait l'instinct protecteur de Tatsuya en mode « maman ours », que Kagami décida d'occulter volontairement certaines parties du récit. Le brun n'avait en effet pas besoin de savoir que cela faisait plusieurs fois, que de manière involontaire, Aomine lui rappelait son ex, de par son comportement ou les mots qu'il utilisait. Mais c'était uniquement basé sur un ressenti, une impression, pas quelque chose de concret. Alors pas la peine d'alarmer Himuro là-dessus pour le moment.

« Et bien, comme tu le sais, nous sommes allés dîner ensemble en ville hier. »

« Oui, je me rappelle que vous aviez prévu une sortie. Mais tu ne m'as toujours pas dit pourquoi tu avais accepté son invitation, ni ce que tu en attendais... Et lui non plus, d'ailleurs. Dans quelle optique avait lieu ce tête-à-tête ? »

Aïe. Première question et déjà, Kagami se sentait piégé. Himuro était un gars perspicace. Peut-être même un peu trop, parfois.

« Heu... j'en suis pas très sûr... enfin, je veux dire... je peux pas parler à sa place. »

« Ok, ok, excuse-moi de t'avoir coupé. Continue stp. »

Kagami inspira profondément. Himuro n'avait pas besoin de connaître tous les détails de leur mésaventure française. Alors, il se concentra sur l'essentiel, sans faire de détours inutiles.

« Donc, on a dîné, puis on a fait un détour par un bar et puis... »

Il s'interrompit un court instant.

Devait-il lui raconter l'épisode du Viagra ? Non, il sembla à Kagami que cela n'avait rien à voir avec la choucroute et qu'en plus, cela risquait de plonger Himuro dans une colère noire, s'il apprenait qu'Aomine s'était livré à ce genre de... « canulars » douteux. Le blason du flic avait besoin d'être redoré aux yeux d'Himuro et une telle révélation pourrait le souiller davantage. Ce n'était pas le but recherché. Aomine avait beau être comme il était... il n'était pas responsable des ennuis de Kagami. Enfin, pas de ceux-là, en tous cas. Rendons à César ce qui lui appartient et les moutons seront bien gardés !

… Ou quelque chose comme ça...

« Oui ? » S'impatienta légèrement Himuro, toujours à ses pieds.

« Nous sommes montés chez lui pour prendre un dernier verre. »

« Ah, d'accord. Carrément. Je vois... vous en êtes donc déjà ce stade-là. »

« N-non, ce n'est pas ce que tu crois, Tatsuya ! »

« Pas la peine de me faire un dessin, tu sais. Figure-toi que j'ai déjà invité un tas de garçons et de filles et parfois même plusieurs simultanément à venir 'boire un dernier verre' et à vrai dire, la première fois que j'ai utilisé cette excuse vieille comme le monde, je devais avoir quinze ans à peine. Alors je sais comment ça marche, pas la peine de me mentir pour essayer de ménager ma sensibilité. »

Mais Kagami sentait dans la voix de son ami que ce dernier était sur le point de lui faire son numéro de 'mère la pudeur'. Avec à la clé, une belle leçon en bonne et due forme sur le fait qu'il ne faut jamais accepter de suivre un homme, tard le soir, dans sa tanière. A plus forte raison lorsqu'on a déjà un petit coup dans le nez. Et surtout pas dès le premier soir ! Ce genre de concepts archaïques pouvait laisser dubitatif la plupart des gens, mais pour deux garçons ayant grandi aux Amériques, c'était presque un art de vivre.

Kagami et Himuro avaient été biberonnés dès leur plus jeune âge à ces préceptes sociétaux insipides et infondés tous droits sortis d'un autre siècle, tels que le fameux « Il faut toujours laisser deux jours s'écouler après un premier rendez-vous avant de rappeler l'autre. » Et le fameux « On embrasse qu'à partir du troisième rendez-vous » semblait être la reine mère de toutes ces règles idiotes si chères aux habitants du Nouveau Monde... Celle à laquelle on ne déroge sous aucun prétexte. C'est pourquoi Himuro avait sorti sa mine déçue de circonstance. On pouvait être dévergondé et même se taper toute l'équipe de foot du lycée si on le désirait, ça d'accord, mais jamais, ô grand jamais, on ne brûlait les étapes ! Et là, Kagami venait de bafouer gravement l'ordre établi par des décennies de teenage movies, véritables guides spirituels garants de la bonne morale ! Evidemment, cela n'effleura même pas l'esprit de nos deux zigotos vivant encore à l'heure américaine, qu'au Japon également les règles de bienséance, bien que différentes, étaient tout aussi restrictives, voire davantage sur certains points...

« Non mais Tatsuya, vraiment... je te PROMETS que j'ai accepté son invitation en tout bien tout honneur. Je... je ne sais pas trop comment ça se passe ici, au Japon, ni quelles sont les règles en vigueur en matière de rendez-vous amoureux... mais personnellement, je ne pensais pas à mal... »

« Toi, sans doute pas. Mais lui... c'est une autre histoire. Est-ce qu'il a tenté de te mettre dans son lit ? »

A cet instant, Kagami hésita franchement à confier l'épisode du string et de la chantilly à son meilleur ami. D'un côté, cela le gênait parce que la virilité du policier allait en prendre un sacré coup. Mais de l'autre, cet incident rassurerait peut-être Tatsuya...

« Taiga ? » L'appela le brun.

« Et bien... je ne dis pas qu'il m'a invité sans aucune arrière pensée, mais... disons que son plan ne s'est pas exactement déroulé comme prévu... »

« C'est-à-dire ? »

« For the fuck's sake, Tatsuya ! He was wearing a pink string... Alex's string nontheless ! And he had chantilly all over his body ! Even his nipples ! » Déclara le tigre dans un anglais parfait, comme si cela pouvait l'aider à raconter le petit numéro burlesque d'Aomine, sans se mettre à rire.

D'abord silencieux, Himuro le fixa avec son unique œil visible complètement écarquillé. Puis, il finit par éclater de rire en s'imaginant la scène dans un coin de sa tête.

« Noooooooooo Taiiii ! Wahahaha... Please tell me you recorded it on your phone ! I totally wanna see it ! OMG ! Must have been priceless ! Ahahaha ! I can't... ! »

Himuro se tenait les côtes, il avait du mal à parler, tant il riait comme un hyène devant un ballet d'hippopotames.

« Sorry to disappoint but... no. I was too chocked myself to even think about it. »

« Gosh... that's too bad... but doesn't dat guy have any shame or what ? Alex would have been mad at him if she saw him hanging in one of her strings... Did Aomine give it back to you, at least ? »

« Non, même pas. Et crois-moi, je n'ai aucune envie d'aller sonner chez lui pour le réclamer... » Soupira Kagami, en fixant le plafond.

« Que s'est-il passé ensuite ? » Demanda Himuro, devinant que la situation avait dégénéré à partir de là.

« Nous sommes allés faire une partie de basket... »

« Si tard... ? »

« Ouais, c'est moi qui ai insisté. J'étais énervé et un peu paumé... je voulais me défouler. »

« C'est compréhensible. »

« Le terrain était désert, ça se passait bien... enfin... je perdais, mais c'était pas grave... parce qu'au moins, il avait cessé de se tourner en ridicule... »

« Et ça l'a empêché de continuer à te draguer ? »

« En quelque sorte. Tu sais, quand il joue au basket, il devient une toute autre personne. Il est différent. Plus sérieux, plus discipliné. »

« Je vois. Ca doit être difficile de lui résister lorsqu'il se comporte ainsi. » Sourit un peu sournoisement Himuro.

Touché. Il connaissait vraiment son frère de cœur sur le bout des doigts. Kagami avait tendance à craquer pour sportifs et les joueurs de basket, en particulier. Surtout si ces derniers se montraient entièrement habités par leur passion. C'était une attitude tout bonnement irrésistible pour le tigre et voir Aomine si déterminé n'avait sans doute pas manqué de lui faire de l'effet. Himuro en était persuadé.

Et preuve que le brun avait visé juste, il remarqua que la main droite de Kagami venait justement de se crisper sur l'accoudoir du sofa.

« Taiga, tu as cédé c'est ça que tu n'oses pas m'avouer ? Ecoute, il n'y a pas de mal à ça. Bien-sûr, je ne dis pas que j'approuve votre relation, mais c'est ta vie et tu devrais savoir que je te soutiendrai toujours dans tes choix, quels qu'ils soient. » Essaya t-il de le rassurer, s'agenouillant à nouveau près de lui et posant amicalement une main sur son genou.

Le roux releva la tête pour regarder celui avec qui il avait été élevé dans l'amour fraternel. Il savait bien entendu qu'il pouvait avoir pleinement confiance en Himuro, là n'était pas la question. Il ne craignait pas non plus son jugement. Après tout, le brun gracile avait toujours répondu présent pour lui. C'était même Himuro qui lui avait appris à jouer au basket, patiemment et avec pédagogie. Le brun l'avait soutenu dans toutes les épreuves de la vie, que ce soit lors de sa rupture avec Nash ou encore, lorsque son père avait été envoyé en prison... Kagami lui devait énormément. Mais cette fois, c'était différent. Parce qu'il savait qu'Himuro serait aussi impuissant que lui. Pourtant, il éprouvait tout de même le besoin de se confier à celui qui ne lui avait jamais fait défaut jusqu'ici.

« Il... il y a autre chose, c'est ça ? » Comprit le beau serveur.

Oui, Himuro avait toujours su lire en lui comme dans un libre ouvert.

Et cette fois ne dérogeait pas à la règle.

« Tu peux tout me dire, tu le sais. Je ne te jugerai pas. » Tenta t-il à nouveau de l'encourager.

« … Je... je ne sais pas comment c'est arrivé... mais nous avons commencé à nous disputer... et là, Aomine m'a demandé d'être moi-même... d'arrêter de me cacher... Il a dit qu'il voulait voir le véritable Kagami... »

« Le... 'véritable Kagami' » ? Répéta le brun, incrédule.

Qu'est-ce que c'était que cette connerie encore ? Ca ne voulait strictement rien dire ! Aomine insinuerait-il que Kagami jouait un rôle ? Non... ça ne ressemblait pas au rouge d'agir de la sorte. Il ne faisait jamais semblant. Kagami était quelqu'un de beaucoup trop franc et honnête pour ne serait-ce que penser à dissimuler sa véritable nature. Le tigre n'était pas un manipulateur, contrairement à Himuro lui-même, qui le revendiquait d'ailleurs.

« Mais qu'est-ce que c'est sensé vouloir dire ? »

Incompréhensible. Tout bonnement.

Mais face au mutisme de Kagami, Himuro n'eut d'autre choix que d'éluder sa question.

« Qu'est-il arrivé après ? »

« Je ne sais pas... je ne sais plus... »

« Comment cela ? »

« J'ai oublié... parce que... suite à cette conversation, j'ai eu une sorte de... blackout... Je ne sais donc pas ce qui s'est passé ensuite. Par contre... ce dont je suis sûr, c'est que je me suis réveillé ce matin, nu, allongé sur le sol du terrain de basket... et avec Aomine à mes côtés... à poil également... »

« Quoooooooiiiiii ? Alors vous avez vraiment... ? Tu t'es protégé au moins ? On ne sait pas où ce mec est allé tremper sa quéquette ! Enfin, si, justement, on le sait beaucoup trop bien ! Et ce n'était pas dans des vagins recommandables ! »

« Tatsuya... »

« I'm just stating facts ! »

« =_= »

« Ok, ok... excuse-moi, mais c'est une question importante, qui mérite d'être posée ! »

«Si j'en crois les DEUX préservatifs déballés qui traînaient près de nous lorsque j'ai émergé, je dirai que oui. »

« Ah ouuuuffff ! C'est déjà ça de pris ! D'ailleurs... bien que je ne devrais sûrement pas utiliser le terme 'prendre' compte tenu de la situation, c'est également une question qui mérite d'être posée ! Qui a pris qui hier soir ? Et quand tu parles de 'préservatifs déballés', tu veux dire qu'ils était usagés, c'est bien cela, n'est-ce pas ? »

« Oi Tatsuya, you're gross ! That's some intimate shit, you know ! I-I don't wanna talk to you about it ! …Et pour répondre à ta seconde question, oui, ils avaient été utilisés ! Mais j'ai pas vérifié s'ils étaient pleins non plus, faut pas déconner ! »

« J'ai besoin d'être rassuré, Taiga ! Tu comprends, ce type n'est pas fréquentable et je n'aimerai pas qu'il t'ait refilé une MST qui date de la préhistoire ! »

« Et bien... je ne suis pas allé faire de tests sanguins pour le confirmer, mais je suis à peu près sûr de me sentir en parfaite santé. » Rougit Kagami.

Bizarrement, la conversation avait pris une tournure inattendue beaucoup plus légère et détendue. En entrant ici, Kagami avait le moral dans les chaussettes, mais discuter avec Himuro lui avait changé les idées. Un peu. Lorsqu'il était question de sexe, son cher frère n'était jamais le dernier à participer et ce, malgré ses airs de gendre idéal. A tel point, que le roux se demandait comment Murasakibara faisait pour assurer... Himuro devait le bourrer de Viagra, ce n'était pas possible autrement... Tiens, d'ailleurs, en parlant de Viagra, mieux valait éviter d'aborder le sujet avec Himuro.

En effet, la veille, Aomine ne s'était pas privé pour en glisser dans le verre de Kagami, à son insu. Du moins, c'était ce qu'il avait affirmé, mais Kagami ne pouvait pas en être certain. Connaissant Aomine, il était possible qu'il ait raconté un énorme bobard, uniquement dans le but de le provoquer. Et bien entendu, Kagami occulta l'érection aussi soudaine qu'intempestive qu'il avait eue en arrivant à l'appartement du policier, ne faisant absolument pas le lien avec l'ingestion éventuelle de ce médicament. En tous cas, mieux valait qu'Himuro ignore ce fait, sinon, il serait capable d'aller faire un prélèvement sanguin sur Aomine et ce ne serait certainement pas pour s'assurer que le basané n'était porteur d'aucune maladie sexuelle...

« Tant mieux ! Mais qu'est-ce que tu as voulu dire par 'blackout' tout à l'heure ? Est-ce que par hasard, tu aurais abusé de l'alcool durant la soirée ? »

« Non, justement, je n'ai quasiment pas bu... Et c'est bien ce qui m'inquiète... »

« Oh Taiga... tu crois que... ? »

Un voile sombre couvrit le regard félin de Kagami et Himuro comprit immédiatement ce qui perturbait son ami.

« Je vois. C'est pour cela que tu m'as dit tout à l'heure que c'était comme avec Nash... Mais pourquoi ? Pourquoi ici, pourquoi maintenant ? Je croyais que tu n'avais plus ce genre de crises d'amnésie depuis que tu étais arrivé au Japon... »

« Je n'en sais rien, Tatsuya... Honnêtement, ça me dépasse. Moi aussi je pensais que ça allait mieux, je me croyais même guéri. Mais apparemment, ce n'est pas le cas... »

Le ton s'était soudainement assombri et le roux se prit la tête entre les mains. Sa voix tremblait. Les ténèbres du passé venaient de ressurgir pour l'engloutir à nouveau. Et il semblerait que partout où il aille, ce passé possessif finisse par le rattraper. Quoique Kagami fasse, il ne ne parvenait à s'en défaire. C'était peine perdue. Vraiment déprimant... et le pompier ne savait plus quoi faire. Il avait l'impression qu'on venait de le pousser dans le trou duquel il avait mis des années à s'extirper. Ses efforts avaient été réduits à néant en une fraction de seconde.

Heureusement, la voix d'Himuro le ramena dans la lumière, tel un phare dans la nuit noire.

« Tu as fait une rechute, oui et alors ? Ca ne veut rien dire ! Ne te crois pas condamné pour autant, Taiga ! Tu ne dois pas baisser les bras, toi seul est maître de ta vie ! Tu t'es battu pour ce droit et tu l'as gagné... ne laisse pas cette seule mésaventure ruiner tous tes efforts ! C'était peut-être... une coïncidence ? »

« Un cas isolé, tu veux dire ? »

« Oui, voilà ! Rien ne prouve que ça se reproduira... tu étais peut-être fatigué, stressé ou que sais-je... ? »

« Tu sais tout aussi bien que moi que c'est loin d'être aussi simple... On n'a jamais su ce qui causait ces pertes de mémoire soudaines... »

« Ce qui est sûr en tous cas, c'est que ces oublis ont commencé alors que tu étais en couple avec Nash ! Et puisqu'on parlait de coïncidences, je ne pense pas que ça en soit une ! »

« Ne sois pas mauvaise langue, Tatsuya... Tout allait bien avec Nash au départ et tout était normal de mon côté également. »

« Sauf que votre relation s'est dégradée et bizarrement, c'est là que cette amnésie sélective a commencé ! »

« J'en sais rien... pour être honnête, je ne me souviens pas précisément quand ça a commencé... et puis, quand bien même Nash serait lié à tout cela, explique-moi pourquoi. Et surtout comment ? »

« Je ne suis pas psy, Taiga, je n'ai donc aucune réponse viable à te donner. Je remarque juste que chronologiquement, tes crises coïncident avec vos premières disputes amoureuses. »

« Peut-être... mais ça ne veut pas dire qu'il y a un rapport. Ni que Nash est directement ou indirectement responsable. On ne peut pas manipuler la mémoire des gens comme ça, c'est impossible. D'autant plus qu'hier, Nash n'était pas là. Pourtant, cela s'est tout de même produit avec Aomine... »

« Sûrement parce qu'Aomine te rappelle inconsciemment Nash. »

« Ce n'est pas vrai ! I-ils sont différents ! » Protesta vainement le félin blessé.

« J'ai dit « inconsciemment », Taiga. Ce n'est donc pas volontaire, ça échappe à ton contrôle. Mais tu admettras tout de même que leurs comportements respectifs ont quelques similitudes... »

« C'est vrai... » Reconnut Kagami, en se passant la main dans les cheveux.

Plus le temps passait et plus il se sentait paumé. Il ne savait toujours pas ce qui causait ses amnésies partielles, dont il se pensait pourtant débarrassé en venant ici. Là, d'accord, il aurait pu y voir un signe. Un signe que Nash était la cause de ses problèmes de mémoire, même si Kagami ignorait comment. Mais... ce qui s'était passé hier remettait tout en question et surtout, menaçait l'équilibre précaire qu'il avait finalement retrouvé en posant ses valises à Tokyo.

« Qu'est-ce que tu vas faire maintenant, par rapport à Aomine ? Est-ce que tu comptes lui dire que tu as zappé votre petite partie de jambes en l'air ? »

« Ca n'va pas non !? Ce type est tellement narcissique, qu'il tiendrait à recommencer juste pour être certain que je n'oublie pas sa performance cette fois ! »

« Ahahaha ! En effet, c'est le risque avec lui. Je le vois totalement réagir comme ça, ça colle assez bien au personnage... »

« Je crois que le mieux à faire c'est... de passer sous silence ce qui s'est passé hier soir... »

« Tu penses qu'il va accepter bien gentiment de faire comme si de rien n'était ? Ce type a un ego démesuré, ça m'étonnerait vraiment qu'il apprécie qu'on lui impose quoi que ce soit... »

Kagami tourna alors la tête vers son frère, cessant momentanément de se morfondre. Il devait avouer qu'il n'avait pas franchement réfléchi au facteur « Aomine » jusqu'ici. Cependant, il était presque évident que leur relation – quelle qu'elle soit – se retrouve affectée par les récents événements. Kagami ne le réalisait que maintenant, mais une chose était certaine : il voulait mettre de la distance entre lui et la panthère. Ce n'était pas nouveau, mais il en ressentait le besoin impérieux cette fois. Un besoin presque vital, comme si sa sanité d'esprit en dépendait. De toute façon, Aomine était nocif pour lui, il le savait depuis longtemps déjà. Mais l'incident d'hier n'avait fait que le confirmer. L'histoire risquait de se répéter inlassablement au contact du basané et Kagami voulait à tous prix se sortir de cette spirale, même si cela signifiait laisser Aomine sur le bas côté de la route et continuer son chemin sans lui.

D'ordinaire, le tigre était plutôt scrupuleux au sujet des autres. Il voulait prendre soin d'eux et Aomine n'échappait pas à la règle. Jusqu'ici, l'américain avait tenté de composer avec le caractère exécrable et imprévisible de son voisin, mais même sa bonté avait ses limites. A plus forte raison lorsque sa raison était en première ligne. Pas question de la sacrifier sur l'autel de l'abnégation. Non, hier n'était pas un incident au final. C'était uniquement le dernier coup de semonce avant la guerre totale et Kagami comptait bien prendre cette ultime mise en garde au sérieux. Lui et Aomine n'étaient pas compatibles. Le tigre ne pouvait pas faire comme si rien ne s'était passé, il était trop tard déjà pour cela. Sinon, le cauchemar qu'il avait vécu avec Nash risquait de recommencer...

« Ecoute Taiga, ce qui s'est produit hier soir n'était pas le fruit du hasard. »

« Je sais... j'en suis arrivé à la même conclusion que toi. »

« Mais tu n'as pas répondu à ma question : qu'est-ce que tu comptes faire REELLEMENT concernant Aomine ? »

« Comme je te l'ai dit, je vais le laisser dans l'ignorance et m'éloigner de lui. Tout simplement. »

« Ce ne serait pas judicieux, parce qu'il va vouloir comprendre les raisons qui t'ont poussées à prendre des distances... En particulier s'il a aimé votre petit un contre un sexy... »

« Naaaan... c'est pas son genre. Crois-moi, ce porc est adepte des coups d'un soir. Maintenant qu'il a eu ce qu'il désirait, ça va agir comme un véritable repoussoir et il va me lâcher automatiquement. Hey, je suis même persuadé qu'il ne me calculera même plus, lorsqu'il me croisera dans les couloirs de la résidence. »

Oui, logiquement, la réaction d'Aomine ne pouvait être que celle-ci. Il n'y avait qu'à voir comment il se comportait habituellement avec ses conquêtes et le peu de valeur qu'il leur accordait. C'était vraiment l'unique point positif de cette soirée terrible : au moins, maintenant, Kagami aurait la paix. Il avait finalement cédé à Aomine – à son insu – et son voisin allait le lâcher. C'était la seule conclusion possible pour Kagami et quelque part, il en était soulagé. Même si...

Non, rien...

Mieux valait ne plus penser à Aomine et le rayer de sa vie. Ce gars n'était qu'une source d'ennuis et même sa psyché semblait l'interpréter cette manière là...

Mais quelque part... imaginer qu'Aomine passe à autre chose aussi rapidement, cela lui fendait le cœur. Il ne voulait pas l'avouer, cependant. C'était tout de même vexant de penser qu'Aomine allait le traiter de la même manière que toutes ces filles qu'il avait eu un jour dans son lit et dont il avait oublié le prénom et le visage... Kagami aurait aimé plus que cela. Avoir une identité. Compter pour Aomine, juste un peu... être différent de la masse informe de vagins qui s'étaient succédés dans la vie du policier. Ne pas être qu'un agréable souvenir éphémère qui s'efface avec le temps...

Purée...

Suite à ce raisonnement, Kagami ne pu s'empêcher de penser à la réaction d'Aomine. Il y avait fort à parier qu'à l'heure qu'il était, le basané avait bondi sur son téléphone pour informer Kise de ses exploits sexuels. Et le brun devait sûrement s'en vanter, insistant sur les détails salaces et donnant une mauvaise image du tigre. Oh oui, Aomine était certainement en train d'exulter. Il avait eu ce qu'il désirait et dans quelques jours, Kagami aurait une réputation de mec facile... Un frisson d'horreur parcourut son échine. Il pouvait déjà voir la porte de son appartement taguée d'insultes et de mots obscènes, comme quand...

Kagami secoua la tête.

Himuro avait raison. Il avait raison.

C'était en train de recommencer.

Et il devait limiter les dégâts pendant qu'il le pouvait encore, tant qu'il avait la main sur son destin !

« Je hmm... je vais lui parler, ne t'en fais pas. Il ne posera aucun souci, je sais comment le gérer. »

« Tu as l'air bien sûr de toi, mais tu peux me dire ce que tu comptes lui raconter, si jamais il refuse de tourner la page ? Imagine qu'il veuille vraiment un truc sérieux avec toi... »

« Puisque je te dis que ça n'arrivera pas ! Je le connais, ce mec n'a aucune subtilité ! Il va sans doute fanfaronner quelques temps auprès de ses potes et puis, il se lassera. Le truc, c'est de ne surtout pas rentrer dans son jeu. » Expliqua Kagami pour convaincre Himuro, sans réaliser que c'était lui-même qu'il tentait de persuader, en réalité.

« D'accord, tu le connais mieux que moi, après tout. Et intimement maintenant, qui plus est... »

« Pas la peine de remuer le couteau dans la plaie, Tatsuya. Je sais que j'ai commis une bourde hier et je la regrette déjà suffisamment comme ça... »

« Excuse-moi... ce n'est pas ce que je voulais insinuer... C'est juste que... je ne comprends toujours pas comment cela fonctionne... La perte de mémoire, c'est une chose. Mais... que Nash et lui parviennent à te manipuler comme ils l'entendent, ça me dépasse toujours autant ! Parce que je sais bien que ce n'est pas quelque chose que tu as fait de ton plein gré... Tu voulais prendre ton temps avec Aomine et... hell... ! You even made him sign a contract about it ! No sex and all and he agreed ! So... why ? You never wanted this to happen, Tai ! And yet... it did... ! That's insane... »

Le roux était tout aussi largué que son frère à ce sujet. Car, comme si sa situation n'était pas déjà suffisamment étrange, l'amnésie partielle s'accompagnait de certains comportements... déviants de la part de Kagami. En fait, certains souvenirs incomplets ressurgissaient sous forme de flashs très brefs par moment et Kagami parvenait à saisir des brides de ce qu'il pensait avoir oublié. Or, ce n'était pas très joli, pour parler gentiment. Souvent, le tigre se revoyait faire des choses particulièrement abjectes et amorales... Il ne se reconnaissait pas, c'était comme s'il voyait une autre personne agir à sa place. Son corps ne lui appartenait plus et Kagami se contemplait en train d'agir, impuissant.

« Ne t'inquiète pas pour moi Tatsuya, je m'en sortirai. C'est vrai, j'ai eu un moment de faiblesse, mais ça ne se reproduira plus, fais-moi confiance. »

« Tsss... je n'arrive pas à comprendre qu'il ait pu profiter de toi à ce point. N'a t-il pas réalisé qu'il y avait quelque chose de... bizarre dans ton changement soudain d'attitude ? »

« Il a du penser que j'avais enfin craqué pour lui, après le petit discours qu'il m'a servi sur la nécessité d'être soi-même... »

« Aomine serait naïf à ce point ? C'est un prédateur, Taiga ! Ne lui cherche pas d'excuse ! Ce qu'il a fait est inadmissible ! »

« Il... il ne m'a pas forcé, tout de même... »

« Non, mais c'est tout comme ! Tu n'étais pas toi-même, alors il a sauté sur l'occasion... et pas que sur l'occasion, d'ailleurs ! »

« Il n'a pas du s'en rendre compte... C'est peut-être parce qu'il est flic, mais je t'assure que le consentement est loin de n'être qu'un concept à ses yeux. »

« Qu'est-ce que tu en sais ? Ce n'est pas l'image qu'il dégage, en tous cas. Je dirai plus qu'il... se conduit comme un dragueur impénitent extrêmement pragmatique ! Seule sa petite personne compte et il ne prend aucunement en considération les sentiments d'autrui ! »

Dans les paroles d'Himuro, on sentait clairement une forme... de ressentiment, de haine. Ce n'était pas assez fort pour en être, mais il était clair que les deux bruns ne se portaient pas dans leurs cœurs respectifs. Kagami avait déjà remarqué la même animosité dans la voix d'Aomine lorsqu'il évoquait Himuro et même s'il n'avait véritablement fait attention à cela, cette certitude lui sautait à présent aux yeux. Mais c'était absurde, étant donné que les deux hommes ne se connaissaient pas...

… Si... ?

Cela intrigua fort Kagami, qui trouvait la réaction de son frère disproportionnée par rapport aux faits reprochés à Aomine. Le dragon agissait presque comme s'il avait eu une aventure sans lendemain avec le policier et que ce dernier l'avait largué sans jamais le rappeler.

« Ce que je suis en train de te dire Taiga, c'est de faire très attention à toi. Je sais que ce flic à la noix te plaît et que tu lui cherches constamment des justifications. Mais ne tombe pas dans le panneau cette fois. Montre-toi ferme envers lui, si tu veux t'en sortir parce qu'avec ce qui s'est passé hier, j'ai bien peur qu'Aomine ne te tire vers le fond, si tu t'évertues à le fréquenter. Coupe les ponts avec lui définitivement, comme tu en as eu l'idée au départ, c'est encore le mieux que tu puisses faire pour te protéger ! » Sa voix s'adoucit cependant en constatant que Kagami semblait affecté par ses directives. « Et si tu ne peux vraiment pas t'empêcher d'aller vers lui, reste loin de cet énergumène, au moins le temps qu'on découvre ce qui provoque tes crises, ok ? »

Relevant la tête, le tigre plongea dans le regard singulier de son frère et il put y lire que ce dernier se faisait réellement un sang d'encre pour lui, ce dont il n'avait jamais douté. Mais pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Kagami arriva également à capter une émotion indescriptible. Himuro était en effet très doué pour les masquer, mais le contrôle qu'il exerçait sur ses sentiments avait ses aussi ses limites et Kagami ne parvint pas identifier avec certitude l'éclat dont il s'agissait. Mais une chose était sûre : Himuro jouait double-jeu et il ne lui disait pas tout à propos d'Aomine...

Cette nouvelle information méritait une enquête plus approfondie dans le future.

Mais pour le moment, il était temps pour Kagami de lever le camp et d'aller affronter sa chère Némésis...

« Merci de m'avoir aidé à faire le point Tatsuya, je vais rentrer. Excuse-moi encore de t'avoir dérangé. » Coupa court Kagami en se levant pour partir.

« Tu ne me déranges jamais, tu le sais bien. Tu es mon précieux petit frère adoré ! » Sourit Himuro avant d'embrasser le dos de sa main affectueusement.

Apparemment le garçon à la mèche semblait penser que Kagami allait lui obéir et mettre en application ses conseils sans broncher. Mais la vérité, c'est que le roux avait besoin d'y réfléchir encore un peu, surtout maintenant qu'il savait qu'Himuro ne se souciait pas uniquement de son bien-être dans cette affaire. Le dragon semblait avoir des comptes personnels à régler avec le voisin libidineux de Kagami et ce dernier refusait catégoriquement de devenir un instrument de vengeance dans la petite gué-guerre invisible qui opposait les deux bruns.

En particulier si cela faisait de lui un dommage collatéral.


Cela faisait quelques heures qu'il était rentré et Aomine faisait les cents pas dans son appartement.

Le premier réflexe qu'il avait eu en rentrant au bercail avait été d'aller sonner à la porte de Kagami.

Mais le roux n'avait pas répondu.

Faisait-il le mort ou n'était-il tout simplement pas là ?

Difficile à dire. L'appartement de l'américain était habituellement très calme, si bien qu'il était impossible d'affirmer avec certitude si l'occupant des lieux s'y trouvait ou non.

Aomine avait donc commencé par faire le pied de grue dans le couloir pendant quelques temps avant de se lasser en même temps qu'il parvint à la conclusion que cela ne ferait certainement pas rentrer Kagami plus vite. Il avait donc regagné son propre appartement et maintenant, il tournait en rond dans l'entrée, tel un lion en cage, sous le regard perplexe de Biscuit.

Comprenez-le bien. Cette situation était était inédite pour Aomine Daiki.

Et par conséquent, il ne savait absolument pas comment il était sensé réagir ou se comporter.

Kagami l'avait planté là, après une nuit de sexe torride et sauvage.

C'était la première fois que cela lui arrivait, d'habitude, il était dans la peau du gars qui se fait la malle avec ses fringues sous le bras. Oui, oui, même quand ces ébats avaient lieu dans son propre appartement !

Alors imaginez un peu sa surprise de s'être réveillé seul ce matin !

Forcément, il se sentait vexé.

Mais il n'y avait pas que cela.

Et c'était précisément ce qui le mettait dans cet état.

Parce que mine de rien, ce n'était pas la première fois que son amour propre se retrouvait légèrement écorné. En effet, aussi étrange que cela puisse paraître, il lui était arrivé de se prendre des râteaux de la part de jolies jeunes femmes auparavant. Peut-être pas assez pour ouvrir une boutique de jardinage mais suffisamment en tous cas pour que son ego en pâtisse sévèrement. Cependant, puisque c'est d'Aomine dont il est question, cela n'avait jamais suffit à le faire se remettre en cause jusque là.

Alors pourquoi est-ce que ça commencerait aujourd'hui ?

Ce qui était bizarre, c'est que ces filles l'avaient repoussé sans même étrenner ses talents d'étalon au préalable. Mais là, avec Kagami, ce n'était pas le cas ! Le rouge avait pleinement pu apprécier la qualité de ses performances – deux fois, même – et pourtant, il l'avait quand même jeté ensuite ? C'était incompréhensible et intolérable pour Aomine ! Le tigre ne pouvait PAS ne pas avoir aimé ! Le policier avait toujours veiller à combler ses partenaires et en plusieurs années de pratique intensive, pas l'ombre d'une réclamation ! C'était du 100 % satisfait ou remboursé ! Aomine mettait un point d'honneur à assurer un service de qualité, quelles que soient les exigences du client !

Et ce putain de Kagami avait le culot de l'éviter ? De le fuir ? De le... de le... raaaahh... ! Bon, bon, du calme... Aomine n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait. Le tigre était peut-être simplement parti en urgence pour une intervention matinale. Ce serait possible et puis, ce n'était pas comme si Kagami aurait pu lui laisser un mot ou quelque chose, étant donné qu'ils n'avaient pas exactement de quoi noter à portée de main sur le terrain de basket... Mais merde, quoi ! Dans ce cas, un petit SMS pour le prévenir eut été grandement apprécié. Pas besoin d'écrire un roman, juste deux ou trois mots auraient fait l'affaire ! Bon sang, Aomine commençait à avoir un aperçu de ce qu'avaient pu ressentir ses anciennes conquêtes et ce n'était franchement pas agréable... Non, c'était presque humiliant...

Soudain, Biscuit qui était affalé au sol jusque là, se redressa, les oreilles au garde à vous et il commença à aboyer gaiement. Pas agressivement, mais plutôt comme s'il venait de flairer un délicieux gigot braisé. Aomine fixa son chien une fraction de seconde et il comprit le message.

Bordel ! Même un clébard était plus loquace que Kagami !

En tous cas, l'attitude joviale du canidé ne laissait aucun doute sur la présence du tigre, dans les parages.

« Tu as senti Kagami, hein ? Il arrive, n'est-ce pas ? Bon chien ! » Sourit Aomine en tapotant la tête de son compagnon à quatre pattes.

Bien ! Cela lui laissait donc une poignée de minutes pour intervenir. L'idée était d'intercepter Kagami avant qu'il ne pénètre dans son appartement, sinon, il serait trop tard. Aomine siffla Biscuit et il sorti en trombe de chez lui. Puis, il donna des indications au Berger Allemand pour que ce dernier se cache dans l'angle du mur qui donnait sur les escaliers par lesquels Kagami allait arriver. Une chance (non, pas vraiment...) que l'ascenseur soit toujours en panne, malgré l'intervention de techniciens, comme cela, Kagami ne pouvait arriver que par un seul endroit. Aomine quant à lui, se positionna bien en évidence au milieu du couloir, barrant l'accès à l'appartement du roux. Si Kagami voulait rentrer chez lui, il n'aurait d'autre choix que de lui passer sur le corps ! Et si cette perspective réjouissait Aomine, pas sûr qu'elle convienne à l'américain...

Biscuit se posta à l'endroit indiqué par son maître, se tapissant dans l'ombre et il attendit le signal de ce dernier. Ses oreilles papillonnèrent, dévoilant une fois de plus la proximité du tigre.

« 5... 4... 3... 2... 1... Here's Johnny ! Cible en vue, Biscuit, tiens-toi prêt ! » Siffla Aomine, en voyant la tête de Kagami qui émergeait justement de la cage d'escaliers.

L'OPERATION « TIGER TIGER » ETAIT LANCEE !

Aomine voyait le cucul de son chien se dandiner en l'air et sa queue balayer l'air avec enthousiasme. Il était visiblement aussi excité que lui de retrouver Kagami.

Mais dès que le tigre aperçut Aomine, il se figea presque imperceptiblement, ce qui n'échappa pourtant pas à l'oeil aiguisé du policier. Kagami semblait nerveux, comme s'il avait quelque chose à se reprocher. Aomine avait déjà vu ce genre de comportement chez des criminels, alors on ne la faisait pas !

Kagami avait du considérer un instant la possibilité de faire demi-tour, y renonçant quasi instantanément, en comprenant qu'il était déjà trop tard. Aomine l'avait vu. Kagami n'avait donc plus d'autre choix que celui d'avancer et faire comme si de rien n'était. Mais s'il pensait pouvoir tromper le brun, il se fourrait le doigt dans l'oeil jusqu'au cerveau !

Le roux s'engagea enfin dans le couloir, sans remarquer Biscuit qui attendait toujours patiemment les ordres d'Aomine pour agir.

« Hey Kitty Cat... »

« Putain... ne m'appelle pas comme ça, Aomine, j'te l'ai déjà dit cent fois ! Qu'est-ce que tu veux encore ? »

Bingo. La provocation, il n'y a que ça de vrai ! Ca fonctionnait toujours avec Kagami !

Et face au mutisme souriant du brun, Kagami s'impatienta :

« Oi, t'es bouché ou quoi ? Faudrait p'têtre arrêter la branlette ! J'tai demandé c'que tu foutais planté dans le couloir ! »

« Du calme, T-ai-gaaaa... je faisais juste ma ronde habituelle. »

« Ta... quoi ? »

« Tiens, tiens c'est toi qui es sourd maintenant... Mais tu sais, avec ce qui s'est passé hier entre nous, t'auras plus besoin de te palucher avant un bon moment... et si jamais l'envie t'en prenait quand même, je serai plus que ravi de te prêter main forte, si jamais ça peut t'éviter une surdité précoce... » Enonça t-il en agrémentant son petit discours d'un clin d'oeil complice.

« Tsss... » Se renfrogna Kagami. « Ca ne m'étonne pas de toi... toujours au taquet dès qu'il s'agit de m'emmerder... »

« J'apprécie davantage le terme 'rendre service'. Après tout, j'te rappelle que c'est toi qui me casses les couilles depuis des semaines avec ton couplet sur les relations de bon voisinage. Enfin bref, pour répondre à ta question, et bien que je préfère être celui qui mène les interrogatoires, figure-toi que j'effectuais ma ronde quotidienne. Tu n'avais jamais remarqué ? Comme il n'y a que des vieux ici... que ce soit mentalement... » Fit-il en désignant Kagami. « ... ou en âge, il faut bien que quelqu'un s'en occupe. »

« Et en quoi ça consiste, au juste ? »

« A s'assurer qu'il n'y ait rien de dangereux qui traîne. Que ce soit un type louche ou encore des câbles électriques, des trucs dans ce goût-là. Faire en sorte que cet immeuble vétuste réponde toujours aux normes de sécurité, ah, mais tu dois connaître ça toi, puisque t'es pomplard, genre surveiller que les tous extincteurs sont bien remplis et accessibles, par exemple. Et puis surtout vérifier que chaque chose est à sa place... et ça comprend les résidents eux-mêmes. »

« Je vois. Et qui t'a donné cette mission au juste ? Le syndic' de l'immeuble ? »

« Naaan... ces types-là sont juste bons à encaisser les chèques en fin de mois. Si je ne faisais pas ce boulot, personne ne le ferait. Alors je me le suis confié moi-même. »

« Tant d'abnégation de ta part, j'en reste sans voix. »

Connaissant la 'générosité' d'Aomine, ça cachait forcément quelque chose... mais quoi ?

« J'sais que tu me prends pour le plus gros fils de chien qui ait foulé le sol de cette planète... » Il marqua une légère pause, espérant que Biscuit ne l'avait pas entendu parler en des termes si dégradants pour la race canine. « Mais tu te trompes. J'suis juste un peu connard sur les bords, tout au plus. Et si je ne vivais pas ici, rien que la semaine passée, on se serait retrouvés avec deux décès sur les bras. Monsieur Mishima et Madame Yagami ont fait une crise cardiaque et j'ai du les conduire à l'hôpital. Quant à Madame Ootani, je l'emmène tous les jeudi à sa séance de rééducation. Elle s'est cassé le col du fémur, il y a six mois et depuis, elle a une hanche en plastique. Tu as du remarquer qu'elle avait du mal à se déplacer. »

« Ouais, la pauvre d'ailleurs. Obligée de se taper tous ces escaliers à pied parce qu'elle vit au sixième étage, alors qu'il aurait été tellement plus simple qu'elle prenne ce putain d'ascenseur qui est tout le temps en panne oh... mais attends... je me demande bien à cause de qui... » Asséna Kagami, pince sans rire.

« Ok, ok, touché. Je l'ai bien cherchée, celle-là. » Fit Aomine, levant les mains en l'air en signe de défense. « Mais pour le reste... il s'avère que ma ronde a révélé une anomalie. »

« Ah ouais ? Laquelle ? »

« Il manquait quelque chose ce matin. Ou plutôt quelqu'un. »

« ... »

« Je suis sûr que du vois de qui je parle... Grand, cheveux de feu, musclé, sourcils bizarres... »

« Je t'arrête tout de suite, Aho. Je ne fais pas partie des meubles. Tu n'as donc pas besoin de t'assurer que j'réponds bien présent. »

« Ah mais tu te trompes. En venant habiter ici, c'est comme si le Destin t'avait confié à moi. Tu es devenu l'un de mes protégés, au même titre que les autres résidents. »

« Trop d'honneur. Et ça ne t'est pas venu à l'esprit que je pourrai être au travail ? »

« Impossible. J'ai immédiatement checké ton emploi du temps. Et j'ai même appelé ton chef de brigade pour le confirmer. »

« TU AS QUOI ? »

« Oi Taiga... vraiment, arrête la branlette, ça devient grave là. C'est mauvais pour ta main gauche aussi et puis je te rappelle que je suis là à présent, si tu as des besoins à satisfaire... » Se moqua Aomine, tout en se récurant le conduit auditif avec son auriculaire.

« ALORS TU M'ESPIONNES MAINTENANT ? » Eructa Kagami, aussi rouge que sa chevelure.

« Pourquoi tu dis 'maintenant' ? Ca fait un moment déjà... »

Le regard d'Aomine se fit perçant comme des poignards et Kagami ne put réprimer un frisson électrique. Le rouge n'avait rien remarqué pourtant, mais... Oh mon Dieu... Et si... Aomine avait été au courant de sa véritable identité, à l'instant même où Kagami avait posé ses valises ici ? Alors... le brun jouait la comédie avec lui depuis le début ? Aomine Daiki était véritablement un démon. Un dangereux et sournois démon. Le besoin de fuite de Kagami s'intensifia. Cette situation lui rapelait beaucoup trop Nash et son amour malsain...

« Laisse-moi passer. »

« Non. »

« Laisse-moi passer, je t'ai dit ! »

« Et moi je t'ai dit non. Pas avant de savoir où tu étais. »

Le brun se mit alors à faire quelques pas en se tapotant la joue avec son index.

« Hmm... laisse-moi deviner... tu étais encore chez ce gars... celui qui a une mouche qui lui a chié sous l'oeil... »

« Tatsuya. Il s'appelle Tatsuya ! Ne fais pas comme si tu l'ignorais, alors que t'es sensé être au courant de tout ce qui touche de près ou de loin ceux qui vivent dans cet immeuble. Tes 'protégés', comme tu nous surnommes affectueusement... »

« Tatsuya, ouais... J'ai tendance à avoir une mémoire très sélective dès que ça concerne les enfoirés. »

Kagami baissa la tête. Ces paroles avaient une résonance particulière pour lui. La mémoire... était un sujet délicat... Mais il ne devait pas laisser le malaise s'installer, alors il profita de la dernière phrase d'Aomine pour rebondir. Il ne devait pas sombrer devant le flic.

« Oh. Pas de bol, tu dois souvent souffrir d'amnésie quand qu'il est question de toi alors. »

« Ahaha ! Elle était presque drôle celle-ci, c'est bien, tu t'améliores. » Sourit Aomine.

« Ravi que mes talents comiques te plaisent, mais maintenant que tu sais où je me trouvais, tu pourrais pt'être me laisser passer ? »

« Nope. C'est moi qui pose les questions et j'ai pas fini. Déformation professionnelle. »

« Emmerdement professionnel plutôt, oui... » Cracha Kagami à voix basse.

« Pourquoi t'es allé le voir de si bon matin ? T'avais un truc urgent à lui raconter ? Comme... au hasard... ce qui s'est passé entre nous hier soir ? »

« J'crois pas qu'ça méritait franchement d'être raconté. »

« Qu'est-ce que t'essaies de dire là, au juste ? » Se vexa immédiatement Aomine.

« C'est toi l'inspecteur. A toi d'en tirer les conclusions qui s'imposent. » Le provoqua à nouveau Kagami, amusé par la susceptibilité de son interlocuteur.

Les petites joutes verbales avec Aomine allaient lui manquer, il devait tout de même bien l'admettre.

« Joue pas au con avec moi, Kagami ! Ca t'a tellement plu que t'as voulu recommencer dans la foulée ! Et même encore après, mais on a du arrêter parce que j'avais plus de capotes ! » Lui rappela fort brutalement le policier, qui avait pénétré dans son espace personnel.

Le tigre eut un mouvement de recul, mais il se cogna au mur, pris au piège.

« C'était une erreur, ok !? Ne va surtout pas croire que j'ai aimé ! »

« Une erreur ? Deux fois de suite, une erreur !? Donc, ça ne t'a pas suffit de te planter une fois, il a fallu que tu recommences pour être bien sûr que c'était une connerie ? » Le ton d'Aomine reflétait rage et déception. Il empoigna alors le roux par le col de son T-shirt.

« Lâche-moi, Aomine ! Ca ne voulait rien dire, tu comprends !? Ca ne signifiait rien pour moi ! Je... je n'avais pas prévu de coucher avec toi ! Je t'avais même fait signer un contrat précisément pour éviter cela et tu ne l'as pas respecté ! »

« Oh... alors je t'ai forcé la main ? C'est ça que tu insinues ? De mieux en mieux, putain... »

« C'est pourtant comme ça que ça s'est passé, tu ne peux pas le nier ! »

« Non, je ne t'ai obligé à rien, Kagami ! C'est toi tout seul qui m'as sauté dessus ! Et le contrat ne m'interdisait pas d'essayer de te convaincre, j'te rappelle... tout ce que ça disait, c'était que tu avais besoin de temps pour TE faire enc... mais... c'est pas comme ça que ça s'est passé hier, vu que c'est uniquement toi qui m'as baisé et non l'inverse ! »

Cette fois, Kagami s'empourpra furieusement. Et merde ! C'était bien ce qu'il craignait et ça expliquait les griffures et autres morsures féroces parsemant le corps d'Aomine. Evidemment, ce fut ce moment fort approprié que choisirent quelques souvenirs fort opportuns pour refaire surface. Le rouge sut qu'Aomine ne mentait pas lorsqu'il se revit passionnément plaqué contre le dos de la panthère, elle-même toute aussi passionnément plaquée au grillage du terrain. Aomine devait avoir la marque de la clôture tatouée sur le torse, tant Kagami l'y avait encastré avec puissance et enthousiasme...

Raison de plus pour rompre définitivement avec Aomine.

Il ne fallait pas qu'un tel débordement se reproduise.

Hélas, lorsqu'Aomine était près de lui, il était facile pour Kagami de perdre les pédales et de dérailler.

Surtout lorsque les lèvres de la panthère touchèrent les siennes.

Ca, ça lui faisait fatalement perdre la tête.

Merde... il devait se ressaisir, avant de succomber à nouveau...

« C'était pas une erreur pour moi, en tous cas. Et je t'interdis d'le penser, c'est clair ? Y a aucun regret à avoir. On en avait besoin tous les deux. Et c'était bien. » Susurra tendrement le basané au creux de son oreille. « J'ai vraiment aimé, tu sais. D'ailleurs, je ne serai pas contre... recommencer. Autant de fois que tu le voudras ou jusqu'à ce que tu en aies assez... mais j'risque de faire en sorte que qu'tu n't'en lasses jamais. »

Son index flirtait doucement avec la jugulaire de Kagami pour le tranquilliser en même temps qu'il parlait et honnêtement, Kagami ne demandait rien de mieux que croire le brun, mais... il n'y parvenait pas. C'était au dessus de ses forces... Aomine désirait quelque chose qu'il ne pouvait pas lui apporter... ce mec était obsédé par le sexe et c'était tout ce qui l'intéressait. Une relation sérieuse ne faisait pas partie de ses objectifs, que ce soit à court ou à long terme. Kagami n'avait rien à attendre de l'instable basané pour qui seule la satisfaction de ses besoins primaires comptait... et le roux refusait de s'abaisser à son niveau. Devenir comme Aomine ne l'intéressait pas. Pas plus que devenir le plan cul régulier de Monsieur le Poulet..

… Et ce, quelle que soit la taille de sa matraque...

Le rouge avait fermé les yeux pour se couper du monde qui l'entourait quelques instants et surtout pour se protéger de la tentation incarnée par cet homme à la peau caramélisée si parfaite. Lorsqu'il les rouvrit, Aomine était en train de tâter la poche de son jean où Kagami remarqua une forme carrée... un genre de bosse qu'il n'avait pas vue jusqu'ici. Comme une petite boîte qui déformait le pantalon de son compagnon.

« Ah merde... mon briquet, j'ai du le faire tomber... et comme par hasard, il est de la même couleur que ce fichu tapis... fais chier... »

Aomine s'agenouilla alors, faisant mine de le chercher, tandis qu'il se fouillait toujours la poche et là... Kagami se tendit, prenant peur.

Il ne croyait pas une seconde au baratin du brun et suite à sa petite déclaration, le tigre était maintenant persuadé que ce n'était pas un paquet de clopes qui se trouvait dans la poche d'Aomine. Et ce n'était certainement pas pour chercher son briquet qu'il s'était mis à genoux...

BORDEL !

AOMINE ALLAIT LUI FAIRE UNE DEMANDE EN MARIAGE !

Oui, c'était la seule conclusion possible !

Ca lui avait tellement plu hier soir qu'il avait fait le pied de grue dans le couloir toute la matinée, pour être certain de pouvoir intercepter l'élu de son cœur et lui faire sa proposition ! Evidemment, ça ne pouvait être que cela ! Le brun était assez futé pour savoir que Kagami ne lui ouvrirait pas s'il sonnait à sa porte et... oui, Kagami faisait vraiment une fixette sur le mariage. C'était déjà la deuxième fois en trois ou quatre chapitres que le roux s'imagine qu'on va lui faire une demande ! Que ce soit Kise au restaurant chinois ou maintenant Aomine, Kagami est vraiment trop fleur bleue !

« D-désolé Aomine, mais je n'peux pas ! » S'écria Kagami en le poussant pour s'écarter du mur.

« Hein, quoi ? Qu'est-ce que tu m'chantes ? Oi, Taiga ! Où tu vas comme ça !? »

« Tiens, reprends ta clé... je... il ne faut plus qu'on se voit ! »

« Mais quelle mouche t'a piqué, enfin !? C'est celle de Tatsuya ? Encore un sale coup de ce maudit cyclope ! » Fit Aomine en se redressant tant bien que mal.

Le rouge commença à faire demi-tour, se dirigeant vers la cage d'escaliers.

« Hey mais où tu crois aller comme ça ? Reviens ici tout de suite ! »

Face à l'indifférence (et à l'entêtement) de Kagami, Aomine fronça des sourcils avant de siffler pour que Biscuit sorte de sa cachette. Il fallait à tout prix empêcher le suspect de s'enfuir ! Le molosse s'interposa en un éclair entre Kagami et la sortie, arrachant un cri d'horreur à ce dernier, qui se mit à trembler comme un passager du Titanic après avoir fait le grand plongeon dans l'eau glacée.

« C'est ça, pas bouger... »

« AOMINE ! DIS A TON SALE CLEBARD DE DEGAGER DE LAAAAA AU LIEU DE L'ENCOURAGER A SQUATTER LE PASSAGE, COMME UNE STATUE DE CIRE DU MUSEE GREVIN ! »

« … C'était pas au chien que je m'adressais, là. Alors n'essaie surtout pas de te sauver, sinon j'ordonne à Biscuit de te bouffer un mollet. Ou de faire autre chose de tout aussi dégueulasse avec. »

La bête sauvage se mit à aboyer, dévoilant des canines pointues en retroussant les babines d'un air menaçant. Kagami recula avec prudence, mais sa démarche manquait de coordination, si bien qu'il buta contre le torse développé de son cher voisin. Ce dernier attrapa la taille du tigre, le ceinturant à un bras.

« Tu voulais déjà m'quitter Tai ? C'est pas très gentil, ça... Pas vrai, Biscuit ? »

Le chien aboya de plus belle, agressivement cette fois et Aomine passa sa main libre dans les cheveux de sa proie. Pris en tenailles entre les deux prédateurs, Kagami ne pouvait même pas se retourner. Difficile de dire, en cet instant, lequel était le pire des deux : Cerbère, le molosse des Enfers ou Hadès, son maître en personne ?

« Et qu'est-ce qu'on leur fait aux fuyards, hein ? On leur pète les rotules... ouais, exactement. C'est qui le bon chien-chien à son pépère ? » Rit un peu Aomine, voyant que la situation excitait son animal.

Mais lorsque la main d'Aomine, qui l'emprisonnait jusqu'ici, glissa jusqu'à son pantalon pour essayer de se glisser dedans, l'alarme interne de Kagami se déclencha. Il devait absolument se défaire de l'étreinte du policier ! Ce connard, d'ailleurs, était en position de force et il en profitait sournoisement.

« Coopère, c'est dans ton intérêt, bébé. D'ailleurs, on pourrait aller poursuivre cette conversation entre hommes civilisés chez moi, qu'est-ce que tu en penses ? » Souffla t-il chaudement contre la peau de son cou.

Kagami se sentait exposé. Vulnérable. Impossible de fuir, mais pourtant tous ses voyants étaient au rouge ! Il ne voulait pas discuter, tout avait été dit ! Pourquoi Aomine refusait-il de le comprendre ? Kagami ne voulait pas de lui ! Leur histoire ne rimait à rien, elle n'allait nulle part ! Et à cause de son comportement possessif et imprévisible, Aomine effrayait complètement Kagami... le basané était trop loin de marquer des points ainsi.

« Aomine, laisse-moi partir... je... je t'ai dit non... »

« Pourquoi tu ne veux pas venir t'amuser avec moi, Taiga ? T'avais l'air d'aimer ça hier, pourtant... »

Mouais évidemment. Demander ne suffisait pas. Il fallait déployer tout un argumentaire pour que Monsieur l'Emmerdeur en chef décide de lever le pied, Kagami aurait du s'en douter...

« Tu refuses de voir la réalité en face... hier, c'était un accident. Un moment de faiblesse. Ca n'arrivera plus jamais... toi et moi... c'était... »

« Si tu me ressors encore une putain de fois que c'était une erreur, je demande à Biscuit de pisser sur ton mollet, après qu'il te l'ait arraché, j'te préviens ! » Le coupa Aomine.

Le cœur de Kagami se mit à tambouriner très fort sous le poids de la menace. Mais il ne se démonta pas pour autant.

« … C'était stupide... Enfin, je veux dire... ok, c'était sans doute sympa, mais maintenant qu'on a eu ce qu'on voulait tous les deux, pourquoi s'acharner alors qu'on sait pertinemment que ça va foirer ? Autant se séparer d'un commun accord, sur un chouette souvenir, tu ne crois pas ? » Répondit calmement l'américain, de sa voix la plus rassurante.

« Je rêve là où t'es en train d'essayer de me larguer en douceur ? Tu m'prends vraiment pour le dernier des cons, en fait... J'vais t'dire une bonne chose Taiga... tu connais le proverbe 'la meilleure façon de céder à la tentation, c'est d'y céder ?' Ouais, c'est Oscar Wilde qui a dit ça. Ou Brandon de 'L'Ile de la Tentation', j'sais plus. Quoi qu'il en soit, c'était un grand homme. Et bien, tu ferais mieux d'appliquer ce conseil... j'ai bien compris que j'te plaisais et tous tes amis le disent également. Alors pour quelle raison est-ce que tu cherches à te débarrasser de moi, maintenant que tu m'as finalement ? »

Ses lèvres vinrent fureter avec la nuque de son prisonnier.

« Ce que tu m'as fait ressentir hier... ça faisait très longtemps que personne ne m'avait donné autant de plaisir. D'habitude, les nanas que je saute m'offrent leur cul sur un plateau le temps d'une nuit, c'est vrai, mais toi... tu avais presque quelque chose de... désespéré. Tu t'es donné tout entier, pas seulement ton corps, mais aussi ton âme et contrairement à ce genre de baises, ce n'était pas un acte égoïste... Tu ne cherchais pas le plaisir pour le plaisir... tu étais beau, Taiga... tu t'es abandonné à moi... et je donnerai tout pour revoir cette expression transcendée que tu as sur le visage quand tu jouis.. »

Les pupilles de Kagami se dilatèrent et son cœur s'affola de plus belle.

« Tu sais pourquoi je suis le meilleur policier de toute cette foutue ville ? »

Mais le brun ne le laissa pas répondre.

« Parce que j'ai un caractère obsessionnel. Quand je veux vraiment quelque chose, je ne lâche pas, jusqu'à ce que l'ai obtenue... et ça s'applique à tout... Coller un truand derrière les barreaux, arrêter un violeur, résoudre un cambriolage... Sauf que ça marche aussi pour des choses beaucoup plus triviales comme mettre quelqu'un dans mon lit, tu vois... »

Dans un élan d'adrénaline, Kagami tapota discrètement sur sa cuisse, au niveau de là où se trouvait son téléphone. Il espérait que ce dernier se mettrait à sonner ou à faire quelque chose qui pourrait le sortir de ce traquenard. Aomine ne remarqua rien, trop occupé sans doute à visiter l'oreille de Kagami avec sa langue humide.

Mais brusquement, une vibration venant de la jambe de Kagami se propagea dans tout son être.

Bingo !

« Haaan... tu sens comme ton corps vibre pour moi, bébé ? » N'en démordait pas le brun.

« Abruti... quelqu'un est en train d'essayer de m'appeler...! Il faut que je décroche... il s'agit de... mon téléphone pro... c'est sûrement une urgence... » Mentit Kagami avec le peu d'aplomb qu'il lui restait.

Aomine s'éloigna alors légèrement et Kagami fit mine de décrocher, en sueur.

« A... allô... ? »

« Au quatrième top, il sera exactement 11h23... »

Merde... c'était cette connerie d'horloge parlante... Kagami soupira, puis il inspira profondément, croisant les doigts pour qu'Aomine n'entende rien. Si le policier se rendait compte de quelque chose, c'était fini pour le roux !

« Ah... Kiyoshi-senpai... oui... oui... heu je... non... tu ne me déranges pas, je ne faisais rien de spécial... Comment ? Une intervention dans Shibuya ? Oui... je peux y être dans dix minutes... ouais je sais... le week-end c'est toujours compliqué à cause des sous-effectifs... ok... à tout à l'heure... » Fit Kagami sans quitter son voisin des yeux, guettant la moindre de ses réactions. « Désolé Aomine, je dois y aller, le devoir m'appelle. » Il raccrocha et se tourna vers lui.

« Je ne me souviens pas t'avoir donné l'autorisation de me fausser compagnie, Kagami. »

« C'était un appel de la caserne ! Je ne peux pas refuser ! Toi, tu fais peut-être ce que tu veux, mais moi, j'ai des comptes à rendre à mon supérieur ! Bref, j'ai pas de temps à perdre avec toi, j'dois aller me préparer... » Affirma le tigre, de mauvaise humeur, mais soulagé d'être enfin débarrassé du collant Aomine.

Son cœur battait toujours aussi vite, sûrement parce que Kagami craignait que son petit subterfuge improvisé n'ait pas paru très crédible aux yeux du basané... Heureusement, Aomine tomba dans le panneau et il sembla gober ses palabres.

« Ok, mais on n'en a pas terminé toi et moi ! Ce n'est que partie remise, t'entends ? »

Sans même un regard pour Aomine, Kagami le bascula presque pour rentrer dans son appartement. Mais en le croisant, il déposa quelque chose dans la main de son dévoué voisin.

La clé de son appartement.

« Oi ! Qu'est-ce que tu fous Kagami ? »

« Ca ne se voit pas ? » Répondit-il sans se retourner, pendant qu'il ouvrait la porte de chez lui. « Je te rends ta clé. »

« J'avais compris, merci ! Mais pourquoi ? »

« Parce que je ne … compte plus venir... »

Sa voix et sa main tremblait, tandis qu'il enfonçait la clé dans la serrure. Il se mordit la lèvre inférieure en souhaitant qu'une fois de plus, Aomine ne perçoive rien de son trouble.

« Mais... ! »

« C'est mieux comme ça. » L'interrompit à son tour Kagami. « Ne rends pas les choses plus difficiles... »

« Kagami... » Protesta Aomine qui avait réalisé la gravité de la situation tout à coup. « J'veux pas que t'arrêtes de venir chez moi... garde la clé stp. »

« Non. »

« On n'sait jamais, elle pourrait te servir un jour, si t'as nulle part où aller ou même si t'as des emmerdes et... »

« N'insiste pas, Aomine. Une bonne fois pour toutes, je ne veux plus te voir, c'est clair ? On n'a plus rien à se dire. »

« ... »

Ok message reçu apparemment. Aomine semblait sous le choc, il ne pipa mot. La réalité venait de le heurter de plein fouet et sans doute comprenait-il tardivement qu'il était allé beaucoup trop loin. Il n'essaya même pas d'empêcher Kagami de pénétrer dans son appartement. Mais avant que la porte ne se referme, il lança :

« Je laisse ce double de clé dans ta boîte aux lettres, ok ? Si jamais tu le cherches, il est là ! »

Jusqu'au bout, il s'accrochait, refusant d'accepter que Kagami sorte de sa vie... que ce soit au sens propre, comme au figuré.

Et Kagami, justement, s'écroula le long de sa porte une fois en sécurité à l'intérieur de chez lui. La pression retomba et de grosses larmes salées roulèrent sur ses joues. Que venait-il de faire ? Mais sans réponse de sa part, Aomine cogna violemment dans sa porte par vengeance. Sans doute le temps que l'information lui monte au cerveau... Kagami sursauta, transi de peur. Bien-sûr qu'Aomine n'allait pas lâcher le morceau comme cela et sagement accepter, qu'est-ce qu'il espérait ? C'était Tatsuya qui avait raison, comme d'habitude...

« Alors c'est comme ça ? Ecoute-moi bien, sale pute ! J'aurai tout donné pour toi, Taiga. J'aurai tout fait pour te protéger. Mais tu viens de faire une erreur monumentale en me repoussant... t'as qu'à crever, je m'en tape ! S'il t'arrive quoi que ce soit, compte pas sur moi pour intervenir ! Tu vas souffrir ! A partir de maintenant, tout redevient comme avant entre nous et j'te ferai aucun cadeau, ça, tu peux en être sûr ! Croise les doigts pour qu'aucune galère te tombe dessus, parce que j'bougerai pas l'cul pour venir te sauver ! Viens Biscuit, on s'casse... »

Kagami se tenait le crâne recroquevillé sur lui-même. Aomine avait-il vraiment dit cela ? Ou n'était-ce que le fruit de son imagination ? Il avait l'impression d'entendre Nash... Les mêmes paroles... lorsque le rouge avait essayé de lui rendre les clés de l'appartement qu'ils partageaient depuis huit mois... Le blond n'avait rien voulu entendre et il l'avait même frappé. Heureusement, Aomine n'était pas allé jusque là... c'était normal qu'il réagisse mal... et qu'il évacue son venin en même temps que sa frustration... Kagami le comprenait et ne lui en voulait pas. Honnêtement, le rouge ne souhaitait pas que ses relations se dégradent avec Aomine et régressent à leur stade antérieur, mais si c'était le seul moyen pour que Daiki passe à autre chose, alors... il était prêt à l'accepter.

Tout comme Aomine lui avait avoué hier qu'il était prêt à recevoir sa peur, sa rage, sa haine, Kagami était prêt à prendre celles d'Aomine maintenant...

Il le fallait.

C'était sa décision.

La seule façon pour que l'histoire ne se répète plus.


Kise avait reçu un SMS de la part d'Aomine vers quinze heure trente cinq.

Etrange. D'ordinaire, le brun dormait encore à cette heure si... « matinale » de l'après-midi.

Le week-end, lorsqu'il n'était pas en service, Aomine avait plutôt tendance à émerger vers... dix-neuf heures. Dans le meilleur des cas.

C'est que parfois, il lui arrivait de dormir deux jours entiers d'affilée...

Alors Kise était un peu étonné, forcément et même un chouilla inquiet, pour tout vous dire.

Surtout que le SMS en question était... très concis.

« Je l'ai fait hier avec Kagami. Viens vite stp. Problème. »

Bon normalement, le blond se serait réjouit d'une telle révélation, mais... quelque chose clochait. Il savait lire mieux que personne entre les lignes, du moins, assez pour deviner qu'Aomine l'aurait plutôt appelé pour lui raconter sa folle nuit dans les moindres détails. Après tout, il ne se gênait pas d'habitude, quand il était question de vanter ses exploits sexuels et Kise avait même droit à la version mimée parfois (quand il avait de la chance... ou pas), avec l'ordre des positions pratiquées.

Tiercé, quarté, quinté plus.

Et dans l'ordre, s'il vous plaît.

Au lit, Aomine était plutôt paresseux. Pas du genre très... imaginatif ou spontané. Il commençait toujours soit par une fellation, soit par un cunnilingus. Puis, Missionnaire. Ensuite, Amazone. Et enfin, Sodomie. Et si jamais sa partenaire se réveillait pendant la nuit avec une grosse fringale, c'était la même rengaine qui recommençait.

Ahhhh... c'était le privilège octroyé à quiconque pouvait prétendre au titre de meilleur ami d'Aomine Daiki. Un privilège dont Kise se serait bien passé en temps normal, mais peut-être pas cette fois, quand même. Car l'ex-mannequin devait bien avouer qu'il était plutôt curieux quant aux performances du tigre. Dire qu'il l'avait eu dans son lit il y a quelques jours à peine, sans pouvoir en profiter... mais c'était pour la bonne cause et il fit secrètement le souhait qu'Aomine n'oublie AUCUN détail et se montre aussi bavard qu'à l'accoutumée. Parce qu'autant, il n'en avait rien à carrer de savoir que Samantha-san faisait du 100 D, mais qu'elle avait, je cite : « un sein vachement plus gros que l'autre ! », ni de savoir que Rebecca-san (oui, Aomine avait toujours un mal fou à retenir les prénoms de ses partenaires sexuelles, alors il les affublait des noms d'actrices pornos exotiques...) « mouillait autant que les chutes du Niagara. J'te parie vingt billets que c'est une femme fontaine ! Naaaan, j'exagère pas, elle a détrempé tout mon matelas, j'ai carrément du en changer !»

Ahhh la finesse !

Certains auraient trouvé cela hilarant, mais pas Kise.

Jamais Kise.

Il plaignait même les pauvres filles qu'Aomine enfilait comme des perles.

Et par moment, il était ravi de ne pas figurer au tableau de chasse du chéri de ces dames.

Qui sait ce qu'Aomine serait allé raconter sur lui, ensuite ? Hmm... mieux valait ne pas tenter le Diable...

Alors voir que le brun était aussi peu loquace – même par SMS – au sujet de Kagami, avait de quoi perturber Kise.

Et si, malgré tous ses efforts, les deux fauves ne s'entendaient pas au lit ? Et s'ils ne faisaient aucune étincelle, sexuellement parlant ? Naaaaan impossible ! Ces deux-là ne manquaient jamais une occasion de se bouffer le nez et pour ce que Kise avait pu en observer – voire expérimenter par lui-même – ce genre de petites querelles domestiques était synonyme de feu sous la couette ! Foi de blondin !

Il arriva rapidement jusqu'au repaire de la panthère et sans même prendre la peine de s'annoncer, il ouvrit directement grâce à une clé que lui avait confié son ami. Il faut dire que si Kise s'était mis en tête de sonner pour qu'on vienne lui ouvrir, il en avait jusqu'à Noël, le temps qu'Aomine traîne sa carcasse hors de son canapé (un jour, il allait finir par fusionner avec ce maudit sofa au tissu collant et tâché de substances immorales...) alors autant entrer soi-même sans attendre.

Des gémissements et des claquements de peau secs l'accueillirent d'emblée en stéréo. Aomine avait dépensé sans compter pour s'équiper d'un home cinéma dernier cri... Pas qu'il soit un grand cinéphile, pourtant...

Kise ne fut donc pas étonné de trouver le maître de maison devant un bon vieux film mature des familles...

Deux filles nues et maigrelettes (on pouvait compter leurs côtes...) chevauchaient en même temps un bel étalon chauve. (de partout...)

La panthère se trouvait devant ce spectacle, avachie dans son canapé, sur le ventre, un bras pendant dans le vide et l'autre tenant mollement la télécommande.

Pas de doute, l'odeur de nourriture brûlée et une montagne d'emballages vides lui signalèrent également (en plus de l'environnement sonore...) qu'il était arrivé à bon port. Kise enleva sa veste de costume beige et il hésita à la poser sur le dossier du canapé, mais il se ravisa immédiatement, préférant la garder dans ses bras.

« Daikicchi ? »

Le brun ne répondit pas, en slip en T-shirt crado, (qui avait du être BLANC, autrefois...) le regard vague.

« Ohé ! Daikkichi... » Insista Kise, ne se laissant pas démonter par cet échec.

Il secoua doucement Aomine et ce dernier sembla enfin réaliser qu'il n'était plus seul. Il se redressa en position assise, bâilla et salua Kise d'un :

« Hey Kise, d'après toi, pourquoi c'est toujours les grosses bites qui jouissent les premières ? »

Ok.

Bon.

Même venant d'Aomine, Kise s'attendait à tout sauf à ça.

« Heu... tu peux répéter ? »

Non. En fait, non.

Grave erreur.

« Ben ouais ! T'as jamais remarqué que dans les films de boules, ce sont toujours les mecs les mieux montés qui jouissent les premiers ? »

« A vrai dire, ce n'est pas le genre de détails sur lesquels je m'attarde habituellement... » Avoua Kise, toujours debout.

« Raaah... mais si, j'ai raison, essaie de te rappeler ! »

Et bien que le blond n'en ait pas franchement envie et malgré le fait qu'il ne soit pas un grand consommateur de films classés X, il ferma les yeux pour tenter de rassembler ses souvenirs.

Et faire appel à ses quelques connaissances personnelles sur le sujet...

« Hmm... Et bien, peut-être, j'en n'en sais, c'est possible, mais... pourquoi me poses-tu cette question tout à coup ? »

« Parce que... tout le monde veut une bite avec des proportions épiques, mais à quoi ça sert si c'est pour cracher la purée à peine entré dans la nana ? Quel intérêt ? »

« Je ne suis pas sûr... de voir où tu veux en venir... »

« J'dis juste que ce que Mère Nature te donne d'une main, elle te le reprend de l'autre. Grosse queue ? D'accord, tant mieux pour toi. Mais... toute la nuit à te secouer la nouille ? Naaan... même pas en rêve, mon gars... dommage pour toi. T'auras une minute de bonheur. Deux, si tu t'étais branlé juste avant... Pas plus. »

Ok, Kise était de plus en plus largué. Il cligna des yeux avant de se tripoter pensivement le menton. Y avait-il un message caché dans les paroles sordides d'Aomine ? Qu'était-il en train d'essayer de lui dire, fort maladroitement, nous en conviendrons... ?

Mais soudain, l'illumination !

HARE KISENA !

« Est-ce que par hasard, tu serais en train de faire référence à Kagamicchi et à la taille de son pénis ? » Sourit Kise, fier de sa conclusion.

ENIGME RESOLUE !

Mais il ne récolta point d'ovation.

Juste un regard circonspect de la part d'Aomine.

« Mais tu penses vraiment qu'avec ton zgueg, toi... » Genre lui, il était bien placé pour parler... ahem... « Pourquoi ça aurait un rapport avec Kagami, d'abord ? »

« Et bien... peut-être parce qu'accessoirement, tu m'as demandé de venir ici pour parler de lui ? »

« ... »

« Ah non, Daikicchi ! Je n'ai pas traversé la moitié de Tokyo pour me heurter à un mur de silence ! Maintenant que je suis là, tu vas m'éteindre cette fichue télévision et tu vas tout me raconter ! Tu passes beaucoup trop de temps devant ces films dégoûtants, c'est en train de ronger le cerveau ! » Le houspilla le blond, à la manière d'une maman bienveillante.

« P'tain tu fais chier... il était bien ce film ! J'avais envie de connaître la fin ! »

Kise roula des yeux.

« Mais oui, mais oui, c'était probablement très intéressant ! Je vois ça d'ici, dans ses cinq dernières minutes, cette œuvre hautement philosophique contenait un débat enlevé sur le sens de la vie et la futilité des considérations matérielles dictées par notre société capitaliste ! »

« Bah ouais, parfaitement ! C'est vrai après tout, pourquoi pas ? »

« Tu as raison sur ce point. On peut très bien imaginer n'importe quel scénario, tant qu'on ne l'a pas vu en entier, ce film. A ce stade, tout est possible. C'est exactement comme avec le chat de Schrödinger ! »

« Le... quoi ? C'est qui ce mec ? Ton voisin allemand sénile ? »

« Mais non, triple andouille ! Le chat de Schrödinger ! Tu ne connais pas cette théorie ? Hmmpf... question stupide... En gros, pour les besoins d'une expérience scientifique, Schrödinger avait enfermé un chat dans une boîte et tant qu'elle n'était pas ouverte, on pouvait clairement imaginer que le chat était mort dedans. Ou encore vivant. Ou peut-être même qu'il n'y était plus parce qu'il s'était sauvé. Tu vois ce que je veux dire ? Pour le savoir, il aurait fallu ouvrir la boîte, mais tant qu'elle restait fermée, on ne pouvait émettre que des suppositions ! Et bien là, c'est pareil ! »

« … Toi, tu passes BEAUCOUP TROP de temps avec ce foutu Midorima... Il a une sale influence sur toi, tu commences même à parler comme lui, fais gaffe ou tu vas finir encore puceau à trente cinq piges ! »

« Heu... Aominecchi =_= c'est impossible ce que tu dis... Tu sais que je ne suis plus vierge, j'espère ? Et bien, j'ai un scoop pour toi : on ne peut pas le redevenir. Une fois que tu as perdu ton pucelage, c'est pour de bon ! C'est pas comme un portefeuille que tu égares et que tu arrives à retrouver un peu plus tard, hein... »

« Ah. Bah j'suis à peu près sûr que lui, il a jamais paumé le sien ! Et que même si par miracle, c'était le cas, il aurait repoussé depuis ! Comme une queue de lézard ! »

« Oui enfin, qui te dit qu'il n'a jamais couché avec quelqu'un ? C'est méchant de sous-entendre ça ! Quoiqu'il en soit, tant qu'on ne lui demandera pas, tout est envisageable ! »

« Un peu comme ta saloperie de matou de Black et Decker, quoi ? »

Comprenez bien qu'Aomine savait dire le mot « vagin » en allemand, mais retenir un nom de famille germanique relevait du domaine de la science fiction pour lui !

« Ouiiiiiii ! C'est exactement ça, bravo, tu as tout compris ! » ^w^

« Cool, j'ai droit à une petite pipe pour fêter ça ? »

« Gnaaaaaaaaaaa cochon ! » S'offusqua le blond, en constatant que le brun faisait semblant de retirer son pantalon. « Tu n'as qu'à demander à Kagamicchi de t'en faire une ! C'est sa responsabilité, maintenant ! »

« Kagami, hein... ? Ouais... » Répondit sans grand entrain Aomine.

« Ben oui ! Vous avez bien conclus hier soir, non ? »

« ... »

« Aominecchi, il y a un problème ? »

Oups. Vu la tronche d'enterrement que tira Aomine, Kise comprit qu'il venait de commettre une bourde...

« Il ne veut plus me voir, Kise... Il... Il n'assume pas. »

Cette fois, le D.J. n'hésita pas et il prit place sur l'accoudoir du sofa, près d'Aomine. Tant pis pour son costume de grand couturier ! Réconforter Aomine n'allait jamais sans quelques sacrifices, de toute façon, il le savait pertinemment en venant ici...

« Ca s'est mal passé entre vous ? »

« N-non... Je veux dire, Le dîner a été un fiasco ok, mais je l'ai emmené dans un bar ensuite et ça arrangé. On est monté prendre un dernier verre chez moi après et j'ai essayé de le shooter au Viagra, mais... »

« Ah. ._. Somme toute, une soirée assez normale, selon tes standards... »

« Ben ouais ! Et pourtant, Monsieur me fait la gueule, non mais tu te rends compte ? Dans quel monde vit-on ? »

« Je me demande surtout dans quel monde tu vis, TOI, par moment.. » =_=

« Non mais, on croit rêver ! J'ai toujours pas capté pourquoi il faisait sa mijaurée ! »

« C'est vrai que c'est incompréhensible... tu es un tel gentleman... » =_=

« On a fini par aller jouer au basket et il m'a sauté dessus comme une bête sauvage ! J'ai rien eu le temps de faire, qu'il était déjà sur moi, refusant de me lâcher ! »

« Comme c'est surprenant... » =_=

« J'te jure ! Si tu l'avais vu, il m'a chargé comme un rhinocéros fonçant sur sa proie ! »

« … T'es au courant que les rhinos sont herbivores ? »

« On s'en fout de ça ! Laisse-moi te dire que ce type est taré, en tous cas ! Il a un gros souci de heu... gestion de la colère... ! Ouais, c'est ça ! Je crois que Mido m'a déjà parlé de ce trouble psychologique une fois... et bah, c'est exactement pareil ! »

« Tu veux dire que dès qu'il te voit, il se montre... violent ? Agressif ? »

« Dans le mille ! »

« … waouh... mon pauvre Aominecchi, toi qui es si gentil et courtois... tu n'as vraiment rien fait pour mériter cela, comme je te plains... » ._.

« Ah ! Je savais que tu serais de mon côté, merci Kise ! Mais... »

« Mais... ? »

« … Même si Kagami avait déjà pris la tangente à mon réveil, c'était bien. Très bien, pour être franc. Peut-être pas la meilleure baise de toute ma vie, mais pas loin. » Déclara t-il, voix apaisé et air rêveur, prêt à verser une petite larmichette de nostalgie.

« Oh, je vois... Hmm... Dis-moi Aominecchi, est-ce que c'est... purement sexuel entre toi et Kagamicchi ? Ou... il y a autre chose ? »

« Oi ! C'est quoi cette question de gonzesse ? »

« Réponds sincèrement. Si c'est juste une histoire de fesses, tu oublieras rapidement. Par contre, si c'est autre chose... ça risque d'être plus compliqué... et je sais de quoi je parle... »

Le regard mélancolique de Kise se posa sur Aomine.

« C'était juste du cul, t'as cru quoi !? » Vociféra la panthère.

« Alors ça va. C'est simplement une blessure d'ego ! Tu t'en remettras vite ! Heureusement qu'il ne s'agissait pas d'une peine de cœur, sinon, je t'aurai conseillé d'aller t'excuser sur le champ, pour tenter de recoller les morceaux. » Sourit Kise, en tapotant affectueusement la cuisse de son ami.

« Ouais, t'as sûrement raison... ahaha... quelle chance j'ai, en effet, que ce ne soit pas cela... » Mentit inconsciemment le brun, le regard dans le vague.

« Ecoute, je suis désolé que ça n'ait pas marché entre vous. Mais mieux valait s'en rendre compte plus tôt, que plus tard. Au moins, vous avez limité la casse et puis, rien ne vous empêche de rester amis et de réessayer dans quelques temps, peut-être, quand vous aurez mûri...? »

« Y aura pas de seconde chance, Kise. Il me déteste et c'est entièrement de ma faute, parce que je me suis emporté contre lui tout à l'heure. J'me suis franchement conduit comme le roi des enfoirés. »

« Tout à l'heure ? Heu, tu veux dire hier, non ? »

« N'importe quoi ! J'me suis parfaitement bien comporté hier ! Je lui ai même tenu la porte au restau ! » Ce qui était un mensonge éhonté, mais le principal était de s'en auto-convaincre...

« Je ne comprends pas alors. A quoi fais-tu allusion, dans ce cas ? »

« Je l'ai envoyé au Diable et je lui ai souhaité plein de choses mauvaises, que je ne pensais pas... Enfin si, je les pensais sur le coup, mais... c'était con de ma part... j'ai vraiment agi comme un enculé de première... »

« Allons, allons... je suis certain que ce n'était pas si terrible que ça ! » Essaya de le réconforter Kise, en caressant son bras.

Mais il se ravisa lorsqu'Aomine lui raconta les choses hautement sympathiques qu'il avait déblatérées à son cher voisin.

« KWAAAAA ? MAIS BON SANG, QU'EST-CE QUI CLOCHE CHEZ TOI ? ON NE DIT PAS DES CHOSES PAREILLES, QUELLES QUE SOIENT LES CIRCONSTANCES ! NON MAIS J'Y CROIS PAAAS ! APRES TOUT LES EFFORTS QUE J'AI FAIT POUR QUE CA FONCTIONNE ENTRE VOUS, TU AS TOUT RUINE ! DIRE QUE J'AI REFUSE SES AVANCES, DANS TON PROPRE INTERET ! TU N'AS MEME PAS RESPECTE MON DUR LABEUR ! QUE DE TEMPS PERDU POUR RIEN, CA ME REND MALAAAAADE ! » è_é

Cette fois, Kise faisait des moulinets avec les bras et de la fumée lui sortait des oreilles. Enfin, d'après Aomine... Mais un bon coup de coussin bien placé dans les chicos lui remit les idées en place.

« Putain mais arrête de me frapper, merde ! »

« Naaaaaan tu l'as cherché ! Je venge Kagamicchi, espèce de mufle ! »

« C'est la meilleure, celle-là ! C'est lui qui m'abandonne et c'est moi qui m'en prends plein la gueule, comme toujours ! »

« Aomine Daiki ! Tu vas aller t'excuser, TOUT DE SUITE ! »

« Plutôt crever ! »

« Tu vas le faire, même si je dois te priver de porno pendant un mois ! »

« T'oserais pas faire ça ! »

« J'vais m'gêner, tiens ! » Affirma Kise, sans cesser de lui coller des coups d'oreiller.

« Ca va, ça va, j'y vais ! » Bougonna Aomine.

Il arrêta de se protéger avec ses mains et il commença à s'habiller à peu près décemment pour sortir, sous le regard inquisiteur de Kise. Autant dire que le brun n'avait pas intérêt à tenter la moindre entourloupe, sous peine de le sentir passer ! Biscuit, de son côté, observait la scène avec circonspection, une oreille relevée.

Ah tellement compliqués ces humains qui ne savent jamais ce qu'ils veulent...

Ecouter ses désirs est tellement plus aisé.

Encore faut-il être en mesure de les accepter et de les embrasser pleinement...

Mais tandis que Kise poussait Aomine vers la porte, en lui prodiguant ses ultimes conseils avisés tels que « Va lui acheter des fleurs ! » « Et une bague ! » « Si tu veux, j'ai un ami magicien, il pourrait nous préter une de ses colombes ! » « Et n'oublie pas l'orchestre au pied de l'immeuble pour la sérénade ! », on sonna à la porte du basané.

Les deux hommes marquèrent une pause et se regardèrent, interloqués.

Qui cela pouvait-il bien être ? Ce n'était pas comme si Aomine croulait sous les visites et à moins d'un mari trompé ou d'une ex-maîtresse humiliée, les deux comparses n'avaient aucune idée de qui il pouvait s'agir. En tous cas, une chose était sûre, ce n'était certainement pas une bonne nouvelle.

« Tu attendais quelqu'un ? »

« En dehors de toi, non... »

« Tu devrais peut-être ouvrir. »

Biscuit se redressa et se mit à aboyer, signe qu'un inconnu se trouvait derrière la porte. Le brun termina de boutonner sa chemise noire de la veille, qu'il avait enfilée à la hâte et il ouvrit enfin.

Sur le seuil de son appartement se tenait l'employé d'une grande enseigne de livraison à domicile.

« Bonjour, excusez-moi... j'ai un colis pour le 7B, c'est ici ? »

« Ah non c'est l'appartement ju... »

Mais avant qu'il n'ait eu le temps de finir sa phrae, Kise coupa Aomine d'une main ferme sur la bouche.

« Ahahaha ! Mon ami confond tout le temps, nous venons juste d'emménager et il a encore du mal à s'y faire ! Vous êtes au bon endroit, le 7B, c'est bien cet appartement. » Confirma Kise, avant que le brun n'ait pu protester.

« Lequel de vous est Kagami Taiga ? Il me faut une signature. »

« C'est moi ! » Continua Kise, griffonnant à la hâte sur le carnet du livreur.

Puis, il réceptionna le paquet, tenant toujours Aomine à bonne distance et sous silence. Après avoir salué l'homme, du bout du pied, Kise referma la porte.

« Bordel, mais à quoi tu joues, Kise ? Kagami va encore plus me détester, si je commence à piquer ses colis ! »

« Idiot, tu n'as pas compris ? C'est parfait au contraire, pile ce qu'il nous fallait ! »

« Hein ? »

« Tu vas prendre ce colis et aller sonner chez Kagami. Il sera obligé de t'ouvrir s'il veut récupérer son contenu ! Et tu pourras lui parler, c'est une occasion en or ! »

« Ohhh j'avais pas pensé à ça ! Hmm... je me demande ce que c'est... c'est léger... tu crois que ce sont des DVD pornos ? J'me demande ce qui le branche, tiens... plutôt Gay ou Het, à ton avis ? »

« Raaah Aominecchi, tu es vraiment irrécupérable ! »

« Ouais, t'as raison, définitivement GAY, quelle question ahaha ! »

« Hmpfff ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! Tout le monde ne pense pas constamment au sexe, contrairement à toi ! »

« Ah bon ? Tu veux dire qu'il existe... D'AUTRES CHOSES dans la vie ? Naaaaaaan, arrête, j'te crois pas ! »

« … »

« C'est bon, je plaisantais... tu devrais songer à aller te faire bouffer le gland un bon coup, Kise. J'tassure que ça te détendrait. »

« … Amène ce colis à Kagamicchi. Excuse-toi, puis invite-le à dîner pour te faire pardonner. Moi, je vais rentrer. Tu m'appelles ce soir ou demain, selon comment ça se passe, pour me raconter. » Ordonna t-il, sans se laisser démonter, collant même le colis en question dans les bras de son détracteur.

« Attends ! T'as vraiment pas envie de savoir ce qu'il y a là-dedans ? J'suis assez curieux pour ma part, je l'avoue... »

« Cela ne nous regarde pas, Aominecchi ! Il te le dira peut-être, mais plus tard ! Alors, ne t'avise surtout pas de tout gâcher en regardant ce que le colis contient, ce n'est pas à toi ! »

« Même pas un p'tit coup d'oeil de rien du tout... ? »

« Non ! »

« Oh allezzzz... steuplé ! Si ça se trouve, c'est une bombe ! Ce serait de la non-assistance à personne en danger, si on laissait passer ça ! »

Aomine colla alors une oreille contre le carton et le secoua pour capter le moindre bruit suspect.

Kise roula des yeux.

« Cesse de faire l'enfant ! Si tu ruines encore mes plans, je ne te parle plus et tu te débrouilleras tout seul la prochaine fois, c'est compris ? »

« Ok, ok, pas la peine de le prendre sur ce ton ! Je vais le livrer ce putain de colis ! … Mais dis-moi que j'peux au moins donner des coups de pied dedans pour le faire avancer jusqu'à chez Kagami ? »

« NON ! »


Quelques minutes plus tard, c'est-à-dire après s'être fait mettre à la porte de son propre appartement par Kise, (qui avait pris congé, depuis.) Aomine arriva devant chez Kagami, colis sous le bras.

Il déglutit, humidifia sa lèvre inférieure avec sa langue et prenant son courant à deux mains, il se décida à sonner.

Pas de réponse.

Il insista.

Toujours personne.

Mais Aomine ne se découragea pas pour autant.

Il tapa à la porte.

« Kagami ! Je sais qu't'es là ! Ouvre-moi, j'ai un colis à te donner, c'est important ! »

Les secondes passèrent et Aomine perdait patience. Il était prêt à rebrousser chemin, quand, enfin, la porte s'ouvrit.

« Passe-le moi. »

« Laisse-moi entrer d'abord. Je veux juste discuter. »

Refusant d'obtempérer, Kagami referma sèchement la porte, mais Aomine fut plus rapide. Il retint le battant avec son pied et parvint à s'engouffrer dans la brèche, pénétrant à l'intérieur. Kagami tenta bien de l'en empêcher, mais Aomine avait une force colossale et surtout, la souplesse d'un serpent. De là, le brun jeta le paquet au sol sans précaution, l'envoyant littéralement valser et se rua sur l'autre homme. Kagami se retrouva bloqué entre le mur et le corps musculeux d'Aomine. Décidément, ça devenait une habitude dont il se serait bien passé...

Mais avant même qu'il n'ait pu chercher à se dégager, Aomine écrasa ses lèvres contre les siennes, avidement.

Kise avait raison.

Les blessures du cœur sont les plus ardues à guérir... et Aomine ne devait pas laisser son ego surdimensionné ruiner ses chances avec Kagami. Si le rouge avait besoin de temps, alors il lui en donnerait. Autant qu'il faudrait. Il se montrerait patient et compréhensif. Kagami avait commencé à se dévoiler à lui hier, puis sans aucune raison, il s'était refermé comme une huître. Aomine y voyait soudainement un peu plus clair. Il devenait à présent évident pour lui que Kagami cachait quelque chose de grave...

« Pardonne-moi, je me suis conduit comme une merde tout à l'heure... J'pensais pas les horreurs que je t'ai balancées... En revanche, j'étais sérieux hier quand je t'ai dit que je serai là pour t'aider à porter ton fardeau... Me laisse pas sur la touche, Kagami. Je veux faire partie de ta vie, même si ce n'est que comme ami, je l'accepterai, mais tu dois cesser de me fuir ! Parce que je n'abandonnerai pas ! »

« Daiki... » Souffla le rouge.

Son regard était franc... compatissant. Rien à avoir avec les poignards, ni les éclairs qu'ils lançaient pendant leur dispute matinale. Même son ton s'était radouci considérablement, redevenant cette voix chaude enrobée de chocolat fondant, à laquelle Kagami ne pouvait résister.

« Ne me repousse plus. Ou je m'accrocherai encore plus fort. Tu peux te confier à moi, comme tu l'as fait avec Kise. Je t'en prie, j'ai besoin de savoir... je sens que quelque chose t'étouffe... parfois, partager un secret à deux peut soulager, je sais de quoi je parle... Alors je m'excuse pour toutes les horreurs que je t'ai dites, mais tu dois t'ouvrir à moi ! » Implora t-il en prenant le visage de Kagami entre ses mains.

Peut-être qu'Aomine avait raison.

Peut-être que céder était la meilleure manière d'être tranquille, au final.

C'était la seule tactique que Kagami n'avait pas encore tentée...

« D'accord... je vais tout te dire, c'est promis... m-mais pas ici, pas maintenant. J'ai besoin de d'air, j'ai l'impression d'étouffer là... t'as raison... f-faut qu'je sorte... »

Le tigre se morfondait dans le noir depuis des heures. Il n'avait pas bougé de sa position depuis qu'Aomine avait craché son venin sur lui au petit matin.

Et son estomac grogna, se tordant de faim et trahissant son état de faiblesse, ce qui n'échappa pas à l'ouïe aiguisée d'Aomine.

« Pas de problème. Que dirais-tu d'aller manger un morceau ? C'est moi qui invite et cette fois, j'ai bien pensé à prendre ma carte bleue ! »

« Je... je ne sais pas si c'est une bonne idée... »

Kagami le dévisagea un moment, visiblement peu convaincu. Il repensait à l'air cruel et terrifiant sur le visage de son voisin, lorsque celui-ci avait cogné contre sa porte, il y a quelques heures à peine... Et même si Aomine s'était excusé depuis, ses paroles percutantes résonnaient dans la tête du rouge avec une virulence inouïe.

« Promis, y a aucun piège ! On ira où tu voudras et on feras ce que tu voudras, j'te forcerai pas ! »

« Il y a un restaurant de sushis juste en bas de la rue. C'est un bel établissement, dont mes collègues disent beaucoup de bien, mais je n'ai jamais eu l'occasion de le tester... tu vois duquel je veux parler ? » Demanda Kagami, après avoir hésité un court instant.

Mais la perspective de se retrouver sur un terrain neutre et surtout, un lieu public pour discuter avec Aomine paraissait suffisamment rassurant aux yeux de Kagami, pour qu'il accepte l'invitation. De plus, Aomine lui avait présenté ses plus plates excuses et il paraissait sincère, ce qui n'était pas rien quand on connaissait le personnage...

« Oh... l'Aoiya ? Ouais, c'est plutôt pas mal, en effet. On peut y aller, si tu le souhaites. »

Touché ! Dès qu'on s'adressait à son estomac, le tigre devenait facile à amadouer !

« Je vais me changer alors, j'en ai pour deux minutes. » Abdiqua le rouge.

Qu'est-ce qu'il avait à perdre, après tout ? Ce n'étaient que des mots, ils ne l'engageaient à rien. Tout ce que voulait Aomine, c'était résoudre leur différend de manière pacifique et discuter.

« Ok, je ne bouge pas d'un poil, je t'attends sagement et poliment ici, sans dire ou faire quoique ce soit qui pourrait tout foutre en l'air, cette fois ! »

Kagami faisait peur à voir, sa mine était grisâtre, atroce. Et... il n'arrivait pas à croire qu'il avait passé l'éponge aussi vite avec Aomine... Il devrait lui en vouloir à mort à l'heure actuelle, mais la détermination du brun était touchante et ses excuses semblaient sincères. Kagami savait qu'il avait juré à Tatsuya qu'il prendrait du recul par rapport à Aomine, mais le policier ne semblait pas disposé à le laisser lui échapper. Cependant, cette fois, c'était différent de Nash.

Il n'y avait là aucun désir égoïste, dicté par des raisons superficielles et peu reluisantes. Non, Aomine paraissait vraiment tenir à lui, sans chercher à en tirer aucun profit. Et puis, vu ce qui était arrivé hier soir entre eux et malgré le peu dont Kagami parvienne à se souvenir, il lui devait bien quelques explications. C'était la moindre des choses. Aomine comprendrait que l'américain n'était pas fréquentable et il l'enverrait alors paître. C'était la meilleure solution, Kagami s'y était mal pris dès le départ. Attendre qu'Aomine se lasse semblait le choix le plus sage et le plus efficace.

Personne ne veut d'un jouet brisé.

Nash l'avait prouvé.

Et cette fois, Aomine agirait exactement de la même façon.

Il ne dérogerait pas à la règle.

Kagami en avait l'intime conviction.


Le serveur de l'Aoiya les installa rapidement au fond du restaurant. Chaque table était séparé des autres par un joli paravent gravé d'estampes traditionnelles, représentant des oiseaux ou des carpes colorées.

Tout ce qu'Aomine voulait, c'était dialoguer pour comprendre.

Peu importe le temps que cela prendrait. Il avait tendance à vouloir tout, tout de suite, mais Kagami fonctionnait différemment. Il lui faudrait s'en accoutumer. Même si, comble du comble pour un policier, la patience n'était pas son fort, ce serait vraiment trop bête de tout gâcher, alors qu'hier soit – galipettes mises à part – Aomine avait senti qu'il touchait du doigt quelque chose de crucial au sujet de Kagami. En réalité, il n'avait fait que l'effleurer, mais ses talents d'observateur et d'enquêteur hors pair l'aideraient sûrement à aboutir dans sa démarche. Le jeune homme devait juste veiller à ne pas se précipiter, sinon, Kagami allait se braquer, encore, et se refermer.

Peut-être définitivement, même.

C'était sa dernière chance.

Pourtant, le rouge l'intriguait de plus en plus.

Que ce soit son passé, en passant par son appétit et en finissant par son magnétisme animal au lit, tout était mystérieux chez lui. Et Aomine était bien loin de se douter qu'il inspirait les mêmes sentiments contradictoires à Kagami. D'où la méfiance du pompier à son égard.

Voici pourquoi il était donc capital que le brun réussisse à mettre à l'aise Kagami.

Et à gagner sa confiance.

Si le début du repas s'avéra poussif et timoré, bien vite, Aomine modula son approche. Moins agressif qu'à l'accoutumé, il parvint à trouver les mots pour détendre l'atmosphère un peu pesante. C'était l'un de ses nombreux dons. Il savait mieux que personne passer des menaces, aux rires... inspirer la crainte ou la sympathie... Le policier pouvait se cacher derrière n'importe quel masque à sa convenance, tantôt séducteur, tantôt dangereux, tel un démon, comme le rappelait explicitement l'Oni tatoué dans son dos.

« Ahahaha... mais non, je t'assure que c'est dans ta tête ! »

« Non, non... je suis certain de ce que j'avance ! Les mecs montés comme des éléphants sont tous précoces, tu peux me croire ! Je ne comprends d'ailleurs pas que personne ne se soit encore jamais penché sur la question ! »

« Sans doute parce que ça porte sur un sujet qui n'intéresse que les pervers comme toi... »

« C'est une possibilité. Mais qu'on ne soit que deux dans le monde à se sentir concernés ou dix milliard, qu'est-ce que ça change à cette constatation scientifique ? »

« Heu... nous ne sommes que six milliards sur Terre, Aomine. Alors dix milliards, ça semble un peu... »

« Raaah, mais c'est qu'un détail ça ! Un jour, je prouverai ma théorie au monde entier ! Et je recevrai une récompense pour cela ! »

« Ouais, bien-sûr, mais t'attends pas à un prix Nobel. Ce sera plutôt un Hot d'Or ! »

« Un Oscar du sexe ? Ca me va, je m'en contenterai ! »

Ah mais le mec était intenable ! Jamais il ne lâchait l'affaire, quel que soit le débat !

Mais c'était un trait de caractère que Kagami trouvait... mignon.

« Le contraire m'eut étonné venant de toi... Tu sais... avant de te rencontrer, je croyais que ton appart' servait de plateau de tournage pour films pornos... » Avoua Kagami, un peu honteux.

« Nan, sérieux ? »

« Ben ouais ! C'était le défilé de filles en permanence ! Je me demandais même quel était ton secret pour tenir aussi longtemps... Mais aujourd'hui, je le sais enfin. »

Indice : ce n'est pas la consommation intensive de Viagra. Et nooon...

« Ah ouais et c'est quoi alors, d'après toi ? »

Kagami se pencha vers Aomine et il mima un touuuuut petit espace entre son index et son pouce, pour désigner la taille des attributs masculins d'Aomine.

« Ah putain, arrête t'es pas drôle, Taiga ! » Maugréa Aomine, en lui collant un amical coup de coude.

« Je ne fais que me référer à votre théorie, cher voisin... »

« Et toi, tu t'es tiré en vitesse ce matin en fait pour éviter que je n'ébruite ton petit secret... je comprends mieux d'où provient ta piètre endurance ! » Se moqua à son tour Aomine.

« Est-ce que par hasard, tu serais en train d'insinuer que j'ai Elephant Man entre les jambes ? »

« Elephant Man, j'en sais rien, j'aurai plutôt penché pour le T-Rex de Jurassic Park... »

« Et pourquoi cela ? »

« Parce que vu le peu de temps que t'as tenu, j'ai tout de suite deviné que ça faisait un moment que tu ne l'avais pas sorti de sa grotte, ton dinosaure... d'ailleurs, si tu veux tout savoir, c'est toi qui m'as inspiré ma théorie sur les grosses bites ! »

« Ta technique de drague est vraiment à chier, complètement à revoir. » Pesta Kagami, dont le pied vint dangereusement flirter avec le compsognathus de son voisin.

« Hey j'y peux rien, moi ! C'est pas d'ma faute si on dit qu'il vaut mieux une petite travailleuse, qu'une grosse feignante ! Tu en es la preuve incarnée, T-ai-gaaa ! »

FINESSE.

CLASSE.

ELEGANCE.

Au restaurant.

Waouh, Aomine envoyait vraiment du rêve.

Manquait plus que les chandelles... et le tableau serait complet.

Ok, d'accord, donc le concept de « se rattraper » selon Aomine, voulait dire parler de cul pendant le repas.

Très bien, très bien.

Tout est normal.

En tous cas, cette stratégie portait ses fruits, car l'ambiance était plutôt bon enfant à présent et Kagami paraissait plus détendu qu'à son arrivée. Ce n'était pas une mince victoire pour Aomine ! Finalement, c'était davantage de cela qu'il se vanterait auprès de Kise s'il le pouvait, plutôt que d'avoir réussi à coucher avec Kagami...

Mais alors que les deux hommes riaient de bon cœur en se taquinant et que tout semblait aller pour le mieux (Aomine avait même commencé à faire du pied au tigre...), une voix familière vint flirter avec les oreilles de Kagami...

« What I'm saying Amanda is that we should stop seeing each other... Yeay, I admit, it was good while it lasted, but I grew tired of your pussy... and there's nothing you could say that would make me change my mind...so... move on, bitch... Find yourself another cock that isn't mine. »

Le roux pouvait sentir son cœur pulser si furieusement dans ses tempes, que sa respiration se bloqua dans sa gorge et il serra ses baguettes tellement fort qu'il manqua de les briser. Le sushi qu'il tenait entre elles glissa alors comme une savonnette, échappant à Kagami. A croire que le morceau de poisson au riz (ou de riz au poisson ?) était encore vivant ! La nourriture ainsi projetée dans les airs, effectua un vol plané spectaculaire, pour finalement venir s'écraser dans l'assiette du client anglophone, qui se trouvait assis à la table juste derrière la leur...

Ce même client au timbre si familier et arrogant, qui avait réduit Kagami en une statue de sel pantelante.

Sa réaction emportée ne se fit d'ailleurs pas attendre...

« I'M GONNA KILL THE MOTHERFUCKER RESPONSIBLE FOR THIS WITH MY CHOPSTICKS ! » Hurla le type en question, en envoyant valser sa chaise avec fracas lorsqu'il se leva.

Se dirigeant d'un pas lourd vers la table occupée par les deux tourtereaux, en quête d'un règlement de comptes épicé...


... Sur ce, Maman!Kise vous souhaite bonne nuit les zouzous !

Faites de beaux rêves toussa toussa... et oh... à votre avis qui est le mec SUPER CHARMANT ET BIEN ELEVE qui va venir chier une penduler à Kagami à cause d'un malheureux sushis ?

Dites-moi tout en reviews !

Bisousss et à la prochaine !

*DEAD* (18590 mots, les gars ! x_X)