Lundi 1er janvier 1996
Chère Marie,
Bonne année ! Bon, je ne vais pas te souhaiter une bonne année 1996, vu que quand tu liras ce journal, elle sera terminée depuis un loooooooooooong moment. Mais bon, le cœur y est quand même.
Personnellement, mon année commence moyennement bien. Je suis toute seule dans ma chambre, j'aurais pu t'écrire hier soir, mais j'étais trop... bouleversée, je suppose, pour t'écrire. En résumé, la journée n'a pas très bien commencé, s'est considérablement améliorée, avant de s'effondrer au dernier moment. Donc je ne sais toujours pas quel bilan en tirer. Le réveillon le plus animé qu'il m'ait été donné de vivre, en tout cas.
D'abord, donc, le Wizengamot. Augusta et Neville nous ont accompagnés au Ministère. J'avais ma robe verte d'avant-hier (pas besoin d'être formelle, je suis juste une visiteuse) mais Harry avait sa robe la plus formelle, avec l'écusson Potter bien visible sur sa poitrine. On n'a pas examiné nos baguettes ni demandé le motif de notre visite à l'accueil : les Longbottom et les Potter sont des Nobles et Anciennes Familles, on ne questionne pas un noble, voyons.
Ah, le Ministère est aussi grandiose que dans les films : une vraie ville souterraine, dont la place centrale est l'atrium, qui est l'étage le plus bas des étages administratifs. En dessous, on trouve les services opérationnels : les différentes brigades d'intervention dans différents domaines, le QG des forces de l'ordre, des Aurors et des tireurs d'élite, les salles d'interrogation et de séquestration, le Département des Mystères qui a un étage à lui tout seul, et une seule porte dans un couloir, et bien sûr, les salles de tribunal. Le Wizengamot siège dans la plus grande de ces salles. Tout est en effet décoré de carreaux brillants, avec des statues un peu partout à la gloire de la magie, des magiciens, de certains ministres... C'est assez impressionnant (et je pense que c'est un peu le but du bâtiment : impressionner).
Augusta et Neville n'ont pas paru du tout gênés par l'aspect grandiose du Ministère. Ils y viennent tous les deux régulièrement, et y sont habitués. Ils nous ont guidés, Harry et moi, jusque dans les tréfonds des sous-sols, dans l'immense salle d'apparat où siège le Wizengamot lorsqu'il n'est pas en tribunal. Neville m'a emmenée dans la loge des visiteurs, où nous avons retrouvé Susan Bones et Hannah Abbott. Je ne leur ai pas beaucoup parlé encore, mais elles font toutes les deux partie du cours de défense avancée de Remus.
« Harry et elle ont enfin compris qu'ils forment un joli couple, » a annoncé Neville en guise d'explication pour ma présence.
C'était donc vraiment évident pour tout le monde, apparemment. Susan et Hannah ont paru ravies par la nouvelle. Susan a eu une aventure avec Harry, et Hannah, comme je l'ai découvert le jour où on a parlé de mon histoire sentimentale, Harry et moi (il y a un mois environ... Dur de croire qu'il s'est passé tant de choses entre temps !), a toujours refusé les avances de Harry. Mais elles ont tout de suite compris que ce qui se passe entre nous deux est tout sauf une aventure d'un soir ou deux.
Qu'est-ce que c'est exactement, je n'en sais rien moi-même, même à l'instant où je t'écris ces lignes. C'est plus que de l'amitié, c'est certain, mais je ne pense pas qu'on puisse appeler ça de l'amour. En tout cas, pour l'instant, je n'ai jamais pensé à lui dire "je t'aime". On verra avec le temps. En attendant, le jeune Lord Potter doit faire son introduction dans la bonne société magique britannique.
Le Wizengamot est entré et s'est installé. Les communs sont en robe pourpre et les nobles en robe noire. Les cinquante plus importantes familles nobles ont un siège permanent. Parmi le reste de la noblesse, dix représentants sont élus pour une durée de dix ans par toutes les familles nobles sauf les cinquante disposant d'un siège permanent. Les communs sont également élus (oui, il y a des élections dans le monde magique britannique), pour une durée de neuf ans, par toute personne magique de plus de dix-sept ans ne disposant pas de titre de noblesse. Il y en a soixante, et ils sont renouvelés par tiers, tous les trois ans, donc. Cela fait donc une sorte d'assemblée parlementaire réunissant en un seul organe la "house of commons" (les députés élus) et la "house of lords" (les nobles) du système non-magique.
Enfin, il y a des sièges d'honneur, pour le Ministre, quatre représentants du Ministère (choisis par le Ministre), et bien sûr le président-sorcier du Wizengamot, qui doit avoir siégé en tant que Lord ou élu pour être président-sorcier. Contrairement à ce que les livres laissent entendre, le président-sorcier est élu, lui aussi pour dix ans, par le Wizengamot. Enfin, il y a un espace dans lequel siège toute personne dont les intérêts sont en jeu lors d'une session du Wizengamot. Cet espace est régulièrement utilisé par les différents directeurs de département et par les représentants des différentes créatures magiques.
Neville, Susan et Hannah m'ont expliqué tout ceci pendant qu'on attendait le début de la séance. Je suppose que Augusta a du donner les mêmes explications à Harry avant qu'elle-même ne s'installe à sa place. Harry devait attendre dans une petite salle spéciale avant d'entrer. Enfin, Dumbledore est entré à son tour et a pris sa place de président, annonçant le début de la séance.
« Lords et Ladies, éminents membres du Wizengamot, bienvenue en cette session de clôture de l'année 1995 ! À l'ordre du jour aujourd'hui, nous accueillons parmi les Lords de ce pays Lord Potter. »
Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en voyant la réticence de Dumbledore à annoncer le titre. Le garde en robe rouge placé près d'une petite porte l'a ouverte et Harry est entré. Il s'est mis au milieu de l'espace central, bien en face de Dumbledore et du ministre, très droit et fier, les bagues annonçant son statut bien visibles.
« Lord Potter, veuillez vous présenter à cette assemblée et prêter serment, » a ordonné Dumbledore, plutôt sèchement.
Harry a incliné courtoisement la tête et a sorti sa baguette magique pour la tenir droit devant lui, avant d'annoncer :
« Je suis Harry James Potter, fils de Lord James Charles Potter, Duc de Potter-Gryffindor et de Lady Lily Mary Evans-Potter. Je me présente aujourd'hui devant vous en tant que Lord Potter, Duc Potter et de Hogwarts, Héritier de Gryffindor et de Ravenclaw, Héritier de Slytherin et de Hufflepuff, Héritier de Merlin et de Viviane, Chevalier-Mage de l'Ordre de la Table Ronde, Comte de Lions' Hill, et Baron de Godric's Hollow et de Hogsmeade. Je jure sur ma magie de servir la Grande Bretagne, magique et non-magique, avec honneur, justice et honnêteté. Qu'il en soit ainsi. »
La baguette a étincelé un instant, avant de s'éteindre. Harry l'a rangée, et j'ai senti un sentiment de satisfaction et de... victoire émaner de lui. Il n'avait pas quitté le ministre et Dumbledore des yeux. Sans doute était-il extrêmement fier de leur montrer qu'il est maintenant indépendant, puissant et qu'il ne se laissera plus faire, ni par l'un, ni par l'autre. Dumbledore a froncé les sourcils :
« Harry, mon garçon, tu sembles un peu présomptueux... Chevalier-mage de l'Ordre de la Table Ronde ?
–Oui, Monsieur, a répondu Harry en plissant les yeux devant la familiarité de l'interpellation. C'est un titre que nous nous transmettons de père en fils, dans la famille.
–Je le sais bien, mais es-tu sûr de remplir les conditions requises pour te proclamer chevalier ?
–Oui, a répondu Lady Longbottom en se levant. Lord Potter remplit toutes les conditions requises, et ce titre n'a absolument rien d'abusif.
–Lady Longbottom, je ne mets pas en doute vos connaissances, mais ce garçon n'a que quinze ans...
–Vous êtes justement en train de mettre en doute mes connaissance, Mr Dumbledore. Mon propre fils a été fait chevalier à quatorze ans. Lord James Potter l'a été à treize ans. Les conditions pour devenir chevalier sont un secret de l'Ordre de la Table Ronde, et seuls les membres de l'Ordre sont aptes à déterminer les capacités d'un garçon à adopter le titre de chevalier. Lord Harry Potter est tout à fait apte. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir. »
Ah. Il ne faut pas marcher sur les pieds de Augusta Longbottom, apparemment. J'ai jeté un coup d'œil à Neville, et je l'ai vu sourire. Visiblement, l'attitude de sa grand-mère n'avait rien de surprenant.
« Vous avez pu aller à l'hôpital ? j'ai chuchoté.
–Oui, a répondu Neville, son sourire s'agrandissant. Grams me dit que je devrais être chevalier moi aussi avant la rentrée.
–Excellent ! Si tu as le temps, avant la rentrée, il faudrait qu'on puisse se voir. Je vais demander à Harry si on peut t'accueillir quelques heures à Lions' Rock. Nous avons des choses super intéressantes à te montrer, et ce serait bien que tu les découvres avant de retourner à Hogwarts.
–D'accord. On en reparlera ce soir, pendant le réveillon. »
J'ai hoché la tête et j'ai reporté mon attention sur la session en cours. Dumbledore avait renoncé à discuter le titre de chevalier, mais soulignait à présent la présence de titres pour le moins inattendus :
« Héritier de Slytherin et de Hufflepuff ? Les Potter ne sont descendants que de Gryffindor et Ravenclaw, Harry.
–J'ai laissé passer une fois, Mr Dumbledore, mais pas deux : je suis Lord Potter, à présent, et nous ne sommes pas à Hogwarts où vous pouvez à la rigueur vous contenter de Mr Potter. Vous n'êtes plus mon tuteur, ces familiarités sont déplacées. »
Surtout en plein Wizengamot.
« Harry, mon garçon, il est inutile de se montrer aussi rigide...
–C'est au contraire tout à fait utile, est intervenue Amelia Bones. Le protocole exige qu'on reconnaisse un Lord par son titre. Vous montrez un grave manquement à l'étiquette, Mr Dumbledore. Lord Potter, est-ce vrai que ces deux héritages sont... sujets à caution ?
–Non, Madam Bones. J'en suis effectivement héritier, par ma mère. »
Silence, puis tempête dans la salle. Lily Evans est connue pour être une née-moldue. Il est impensable que Harry puisse avoir un héritage aussi prestigieux par elle. J'ai profité du tumulte pour me pencher vers Susan :
« Pourquoi ta tante appelle Harry Lord Potter alors qu'il l'appelle Madam Bones ? Ce ne devrait pas être Lady Bones ?
–Non. C'est moi, la Lady Bones. Je n'ai pas encore fait valoir mon titre, parce que contrairement à Harry, mon tuteur fait du bon travail dans ma formation. Je vais assumer mon titre à la majorité.
–Mais... Neville aussi est le Lord Longbottom, et pourtant, tout le monde appelle sa grand-mère Lady.
–Non, je ne suis pas Lord, m'a corrigée Neville. C'est encore mon père qui l'est. Par contre, je pourrai réclamer le titre à ma majorité, puisqu'il est dans l'incapacité de l'exercer. Je ne suis qu'Héritier, pour l'instant. Et ma grand-mère est une Lady depuis qu'elle a épousé mon grand-père. Ma famille étant patriarcale, elle a toujours le droit de se faire appeler ainsi, même si ma mère est également devenue Lady quand mon père a pris le titre. C'est honorifique plus qu'autre chose. Les Bones peuvent avoir en chef de famille un homme ou une femme, il n'y a donc qu'un seul Lord ou une seule Lady. »
Ah, je savais que c'était compliqué, les titres de la noblesse ! Dire que si je continue à sortir avec Harry, il va falloir que je m'y intéresse au moins un peu...
En bas, Dumbledore a réussi à ramener le calme.
« Harry, as-tu...
–Nouveau manquement à l'étiquette, Mr Dumbledore ! a lancé Amelia Bones. Vous êtes un homme respecté et respectable, et nous passerons dessus pour l'instant, mais il serait bon que cela ne se reproduise pas.
–Lord Potter, a dit alors Dumbledore en contenant avec peine sa colère, avez-vous des preuves de ce que vous annoncez ?
–Vous doutez de la bonne parole d'un Lord du rang de Lord Potter ? s'est étonné Lucius Malfoy. Ignorez-vous donc tout des protocoles dus à la noblesse ? »
Il y a eu des murmures d'approbation parmi les membres habillés de noir. Apparemment, l'affront est suffisamment énorme pour que même un Lord notoirement connu pour ne pas supporter les Potter le souligne, même si ça peut donner l'impression qu'il soutient Harry. Le Ministre s'est levé :
« Lord Potter a fait preuve à de nombreuses reprises de son imagination fertile. Sans remettre en cause la légitimité de son titre, il serait bon, je pense, d'examiner la véracité de tous ses accessoires.
–Pour accéder à mon titre, a répondu Harry sèchement, il faut, comme vous le savez certainement, effectuer une Détection d'Héritage auprès des Gobelins. Pensez-vous qu'une copie des résultats de cette Détection sera suffisante pour apaiser vos doutes ? »
J'ai eu un sourire devant le ton volontairement arrogant et condescendant de Harry. Il commençait à en avoir marre qu'on joue avec son image.
« Lord Potter, sachez que vous n'y êtes pas obligé, est intervenue Amelia Bones.
–Je le sais, Madam Bones. Mais je tiens à montrer qu'en tant que Lord, je ne raconte pas de mensonges, » a-t-il déclaré fermement en montrant au Ministre son poing gauche, couvert de la vilaine cicatrice laissée par la Plume de Sang de Umbridge.
Le Ministre a pâli et s'est rassis dans son fauteuil sans insister. Harry a sorti d'une poche de sa robe la copie des résultats de Gringotts et l'a tendue à Dumbledore, qui l'a lue en fronçant les sourcils.
« Cette copie est-elle suffisante ? a demandé Harry, toujours avec le même ton condescendant.
–Oui... Lord Potter... a soufflé Dumbledore, son aura suintant la défaite, avant d'afficher une nouvelle détermination : vous êtes mineur, Lord Potter, et en tant que tel, vous devez présenter au Wizengamot un représentant pour vos voix et décisions. Puis-je vous conseiller...
–Inutile, Mr Dumbledore, a coupé Harry avec un sourire aimable. J'ai décidé de renouveler la confiance de mon père et mon grand-père en Lady Longbottom. Lady Longbottom, acceptez-vous de représenter ma famille lorsque je ne pourrais pas être présent ?
–Bien sûr, Lord Potter. Comme vous venez de le dire, ce ne sera pas la première fois.
–Très bien. Quelqu'un est-il contre la nomination de Lady Longbottom ? » a demandé Dumbledore, avec une légère note d'espoir.
Il a attendu plus de temps qu'il n'aurait du, et quand c'est devenu évident que personne ne se manifesterait, il a validé la décision, et invité Harry à gagner son siège. Harry s'est incliné devant le Wizengamot et a monté les quelques travées qui l'ont mené entre Lady Longbottom et Madam Bones.
Harry est Lord, reconnu comme tel par la communauté magique, et a un représentant qui ne se pliera pas devant Dumbledore. Une excellente chose de faite !
Mais ensuite, ça a commencé à vraiment partir en vrille :
« Deuxième point à l'ordre du jour : la proposition de loi concernant l'encadrement et le suivi des personnes ayant effectué un voyage spatio-temporel. »
Une liasse de parchemin est apparue devant chaque membre de l'assemblée. J'ai vu Harry froncer les sourcils en la survolant, et me chercher du regard, son aura teintée d'inquiétude. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que cette proposition de loi n'est pas à mon avantage. Il s'est penché pour murmurer quelque chose à l'oreille de Lady Longbottom, et celle-ci a hoché la tête, avant de se lever.
« Lady Longbottom ? a dit Dumbledore. Vous souhaitez la parole ?
–Je souhaite simplement savoir la raison de cette proposition de loi. »
La raison est évidente : Dumbledore a compris que si Harry lui échappe, c'est en partie grâce à moi, et il tient à me montrer qu'il peut récupérer le contrôle quand il veut.
« La raison est simple, a expliqué Dumbledore d'une voix suave, son aura resplendissante de son sentiment de victoire. Les voyageurs spatio-temporels viennent d'une autre époque que la nôtre. S'ils viennent du passé, ils peuvent ne pas être au fait des dernières coutumes et habitudes, ainsi que des derniers faits historiques qui auraient modifié le paysage culturel, politique ou économique. Ils doivent donc être accompagnés. Cependant, ils doivent être également encadrés, car ramener ce genre de connaissances chez eux, à leur époque, pourrait se révéler extrêmement dangereux. Pour les voyageurs venant du futur, ou d'un futur, ils viennent ici avec des connaissances que nous n'avons pas, et auront forcément tendance à les exploiter pour faire de notre monde quelque chose qui leur convient. Là aussi, encadrement et suivi semblent nécessaires. »
Il y a eu un silence, et j'ai vu l'assemblée accueillir favorablement ces paroles. Et c'est vrai que dit comme ça, elles semblent raisonnables. Mais toute la subtilité vient dans les deux mots : encadrement et suivi. Harry s'est levé à son tour et Dumbledore lui a donné la parole :
« Je ne vois pas, dans cette proposition de loi, de distinction entre les voyages ayant une cause connue et les voyages sans cause connue.
–Pourquoi une distinction serait-elle faite ? Cela reste des voyageurs.
–Non, justement. Un voyage avec une cause connue a été provoqué, souvent par le voyageur, pour un but bien précis. Acquérir des connaissances de l'avenir, modifier volontairement le passé pour le faire aller vers quelque chose qui convient mieux au voyageur ou à celui qui a provoqué le voyage... Dans ce cas, en effet, si on délimite bien les notions d'encadrement et de suivi, cela peut sembler nécessaire. Dans les voyages n'ayant pas une cause connue, le voyageur subit complètement le voyage. Il ne l'a pas décidé, n'en a pas été informé, et se retrouve brusquement, sans aucune préparation, à une époque qui n'est pas la sienne, voire même une culture ou un pays qui ne sont pas les siens. Ces voyages sont provoqués par quelque chose qui dépasse l'entendement du voyageur, voire l'entendement humain. Nous sommes tous magiciens, ici, je pense que nous pouvons tous comprendre que parfois, la magie est quelque chose que nous ne pouvons pas comprendre. Dans ces cas-là, qui sommes-nous pour décider que non, un voyageur dont le voyage a été provoqué par cette magie ne doit pas effectuer la raison pour laquelle le voyage a été provoqué, quelle qu'elle soit ?
–N'êtes-vous pas parti pris dans cette histoire, Lord Potter ?
–Pas plus que vous, Mr Dumbledore. Vous êtes celui qui avez décidé de voir pourquoi Manon avait effectué ce voyage, lorsqu'elle est arrivée, il y a deux mois. Et maintenant qu'elle agit dans un sens qui ne vous convient pas, vous souhaitez la bloquer. Vouloir encadrer abusivement un voyageur parce que ce qu'il fait ne vous convient pas n'est pas moins grave qu'un voyageur qui voyage volontairement dans le temps pour jouer avec le déroulement des choses. Nous ne savons pas pourquoi Manon a voyagé. Manon ne sait pas pourquoi elle a voyagé. Elle essaie simplement d'agir selon ses convictions, rien de plus. Et croyez-moi, elle est parfaitement consciente des risques que ses interventions causent, et elle en a au moins aussi peur que vous.
–Cette jeune fille a un intérêt étrangement fort pour vous, Lord Potter, et vous dites que ni vous, ni elle ne savez pourquoi elle a voyagé ?
–En effet, Mr Dumbledore, nous ne le savons pas. Et son intérêt pour moi, comme vous le formulez, est nettement plus sain que l'intérêt que d'autres personnes ont pu avoir pour moi par le passé.
–Niez-vous que Miss Nestral est la cause de vos démarches de récupérer votre titre de Lord ?
–Vous savez comme moi que j'ai découvert l'existence de ce titre il y a trois jours. Manon n'y est absolument pour rien.
–Excusez-moi, est intervenue Madam Bones. Lord Potter, vous n'étiez pas au courant que vous aviez un titre jusqu'à il y a trois jours ?
–C'est bien ça, Madam Bones. Je ne connaissais de ma famille que l'identité de mes parents et leurs frasques scolaires. Et bien entendu ce qui est arrivé la nuit où je les ai perdus. J'ignorais que j'avais un véritable héritage. J'ai découvert Lions' Rock avant-hier. »
Il y a eu des remous parmi les nobles de l'assemblée. Amelia Bones a fait des efforts pour se calmer, et s'est tournée vers Dumbledore, son aura toujours vibrante de colère contenue :
« Mr Dumbledore, pourquoi accusez-vous une jeune fille qui n'est parmi nous que depuis deux mois de faire votre travail, c'est-à-dire informer votre pupille des responsabilités qu'il aura quand il sera un adulte ?
–Je ne souhaitais pas accabler Harry de soucis supplémentaires...
–Il ne s'agit pas de soucis, s'est emportée Madam Bones, il s'agit de ses responsabilités ! C'est un Lord Potter ! Et même si vous n'avez pas les compétences et connaissances nécessaires à sa formation, en tant que commun, vous savez, au moins en tant que président-sorcier de cette assemblée, que plusieurs d'entre nous auraient été capables de nous occuper de la formation de Lord Potter, et ce, dès ses onze ans ! Lady Longbottom et moi-même faisons partie du même ordre de chevalerie que les Potter. Lord Abbott est un allié de longue date des Potter. Nous avons tous les trois en formation l'héritier de notre propre famille, cela n'aurait certainement pas été une contrainte que d'en faire bénéficier le jeune futur Lord Potter. Vous avez failli à votre premier devoir de tuteur d'un futur Lord ! »
Neville s'est penché vers moi :
« Il n'a pas de chance, Dumbledore. Entre les trois familles, Potter, Longbottom et Bones, ce sont les Potter qui sont le moins à cheval sur le protocole. Mais même eux n'auraient pas laissé passer une telle faute. Grams et Amelia ne vont pas le lâcher. »
En effet, alors que Harry voulait intervenir pour calmer les choses, Augusta le lui a déconseillé, d'une main sur son bras. Harry s'est donc enfoncé dans son fauteuil, et j'ai senti une forme de satisfaction. Dumbledore a voulu me piéger et c'est lui qui se retrouve sur le grill.
Le Ministre est intervenu :
« L'ordre du jour n'aborde pas la tutelle de Mr Dumbledore sur Lord Potter, mais ce projet de loi. »
Amelia Bones l'a regardé un instant, semblant réfléchir au fait d'insister ou non, puis a renoncé :
« Je pense que Lord Potter a un point valide : les voyageurs qui subissent leur voyage sans en connaître la cause ont d'une certaine manière pour rôle de faire quelque chose avec le déroulement du temps. Sinon, pourquoi ce... quelque chose aurait-il provoqué le voyage ? Avez-vous fait examiner ce projet de loi par le Département des Mystères pour voir s'ils n'avaient pas un éclairage plus averti à nous proposer ?
–Je n'aurai pas proposé cette loi sans de solides connaissances sur le voyage spatio-temporel, Madam Bones.
–Et pourtant, un garçon de quinze ans, qui n'a qu'une très courte expérience en la matière, soulève un point particulièrement intéressant qui n'est pas couvert par cette loi. Quelles autres questions avez-vous, dans votre grande sagesse j'en suis certaine, estimé nécessaire de ne pas couvrir ? Je propose une motion de suspension temporaire sur l'examen de cette loi, en attendant que le Département des Mystères ait pu émettre son avis. Les voyages spatio-temporels sont un sujet grave et sérieux, qui ne peut pas être traité à la légère entre deux points de l'ordre du jour d'une session de clôture.
–Je seconde la motion, est intervenue Lady Longbottom en se levant.
–Je la soutiens également, s'est levé Lord Abbott.
–Quelqu'un s'oppose-t-il fermement à cette motion ? a demandé Madam Bones.
–Moi, a déclaré le Ministre en se levant. Les voyageurs spatio-temporels peuvent représenter une menace, et en la présence d'un en ce moment-même, il convient d'agir au plus vite.
–Je soutiens cette opposition, a déclaré Dumbledore.
–Bien, a dit Madam Bones. Nous allons donc passer à un vote complet. Ceux qui sont pour la motion de suspension temporaire, levez votre baguette en blanc. Ceux qui sont contre la motion et pour un examen immédiat, levez votre baguette en rouge. »
Neville s'est penché vers moi :
« Si trois nobles ou cinq communs soutiennent une motion, elle est adoptable. Si personne ne s'y oppose clairement, elle est adoptée. Si deux personnes ou plus, nobles ou communs, s'y opposent, on passe à un vote sur la motion. Le vote se fait à majorité absolue : la moitié des voix plus une. »
J'ai hoché la tête et regardé les baguettes qui se levaient.
« Est-ce que dans ces situations, le nombre de voix porté par chaque famille compte ?
–Oui.
–Donc, Harry a allumé sa baguette en blanc, ta grand-mère, Madam Bones, Lord Abbott et Lord Malfoy également, et le Wizengamot semble partagé à moitié-moitié, on n'a pas besoin d'aller plus loin et de compter précisément pour savoir que la motion sera adoptée ?
–Exactement. Juste Harry et Lucius Malfoy suffisent à faire pencher la balance du côté de l'adoption, en fait, puisque Lord Malfoy détient les voix des Black.
–Ça aurait été plus délicat si Dumbledore était toujours tuteur de Harry et donc détenteur de ses voix.
–C'est ça. Grams et Amelia doivent être ravies du choix de Harry. »
En effet, une fois le compte fait, il y avait près de deux cents voix d'écart, et la motion a été adoptée. Ouf ! Mon avenir ici ne sera pas décidé en un après-midi de réveillon à peine deux mois après mon arrivée...
Les autres points à l'ordre du jour n'avaient pas grande importance. Comme l'avait dit Augusta avant-hier, il s'agit surtout pour le Wizengamot de se féliciter d'une belle année et s'en souhaiter une aussi bonne l'an prochain. La réunion s'est terminée en milieu d'après-midi. Susan, Hannah, Neville et moi avons rejoint leurs familles et Harry, qui discutaient devant la porte du Wizengamot, régulièrement interrompus par un membre souhaitant la bienvenue à Harry ou le félicitant pour son excellente participation lors de sa première session. Nous venions à peine de les retrouver quand Dumbledore s'est avancé vers nous :
« Harry, pourrais-je avoir un mot avec toi, mon garçon ?
–Mr Dumbledore, est intervenu sèchement Lord Abbott, vous êtes toujours en public, et le protocole a toujours lieu.
–Oh, je suis sûr que Harry préfère... a commencé Dumbledore d'un ton léger, rapidement interrompu par Harry, tout aussi sec que le Lord :
–Vous avez une idée étrange de ce que je peux bien préférer, Mr Dumbledore. Je vous l'ai dit : vous n'êtes plus mon tuteur, vous êtes à présent simplement le directeur de l'école où je suis scolarisé. Une telle familiarité est parfaitement déplacée.
–Harry, voyons...
–Plus vous insisterez, plus je serai ferme sur ce point. Venez-en au fait. De quoi voulez-vous me parler, Directeur Dumbledore ?
–J'ai reçu les inquiétudes de Mrs Weasley au sujet de l'influence de Miss Nestral sur ses enfants, et je dois reconnaître que je suis aussi inquiet des conséquences de votre amitié sur ton avenir, Harry. Peut-être serait-il préférable de...
–De ? l'a interrompu Harry sans marquer le moindre respect. Mettre Manon à l'écart ? L'ignorer ? Vous avez tellement l'habitude de choisir mes amis pour moi que vous ne supportez pas que je puisse avoir une amie qui ne vous porte pas particulièrement dans son cœur ?
–Je trouve la méfiance de Miss Nestral à mon égard tout à fait suspecte, en effet. Je n'ai toujours eu que le meilleur de tes intérêts à cœur.
–Madam Bones, a fait Harry en se tournant vers la concernée : au sujet de la vision de mes intérêts par Mr Dumbledore, mes avocats vous contacteront certainement rapidement. En attendant, Mr Dumbledore, j'aimerais que nos rapports se limitent aux intérêts purement scolaires. Passez un excellent réveillon et au revoir. »
Dumbledore s'est figé en entendant les propos de Harry. Puis il a dit lentement :
« Voyons, Harry, tu ne comptes pas déranger Madam Bones avec de telles affabulations...
–C'est toujours Lord Potter pour vous, Monsieur, et si des avocats s'en mêlent, c'est parce que ces... affabulations, comme vous dites, sont appuyées sur des preuves.
–Des preuves aimablement fournies par Miss Nestral, je suppose ?
–Qu'insinuez-vous par là, Monsieur ? je suis intervenue, commençant à en avoir marre de ses accusations.
–J'insinue par là que sans votre venue, Harry serait toujours ami avec Ronald et Ginevra Weasley, et ne remettrait pas systématiquement en cause mes choix pour lui, alors que je suis son tuteur et que je pense avoir fait de mon mieux jusque là.
–Dans ce cas, vous me voyez heureuse d'avoir... perturbé ? votre si merveilleux petit univers. Je n'ai rien fait d'autre que garder les yeux ouverts et montrer à ceux qui sont concernés ce que je voyais.
–Vous êtes venue avec des connaissances erronées d'un potentiel futur, et vous êtes aveuglée par ces connaissances, a décrété sévèrement Dumbledore. C'est exactement pour ça que les voyageurs doivent être encadrés.
–Je suis effectivement venue avec un ensemble de connaissances, ou plutôt, un ensemble de possibles connaissances. Ces possibles couvraient toutes sortes d'éventualités, les pires comme les meilleures. Je n'avais absolument aucun a priori. Ce sont les actes de chacun qui ont déterminé quels possibles sont les plus probables, et quand bien même tout désigne un possible en particulier, j'attends d'en avoir la preuve avant de transformer ce possible en certitude. Ma seule responsabilité dans l'émancipation de Harry est d'avoir choisi qu'il a le droit à une vie meilleure que celle qu'il a eue jusqu'à présent. Ce qui, en tant que tuteur, aurait du être également votre responsabilité.
–Ce n'est pas en l'accablant d'un titre de Lord que vous allez l'aider.
–Si ce titre de Lord est associé à un domaine dont la réputation en matière de sécurité n'est plus à faire, à des connaissances accessibles nulle part ailleurs et qui couvrent des domaines très variés, dont le combat, et à de nouvelles relations potentiellement intéressées pour le soutenir... alors, si, je pense que ce titre de Lord peut aider Harry. Lady Longbottom a déjà accepté de le représenter jusqu'à sa majorité, ce qui allège Harry du poids le plus lourd de son titre : la représentation politique de la famille. À présent, il peut se concentrer dans un endroit sûr pour travailler sur ce qui l'aidera à participer à la guerre contre Voldemort. Ce qui est également dans votre intérêt, n'est-ce pas ?
–Harry a déjà un endroit où il est en parfaite sécurité contre Voldemort.
–Privet Drive ? j'ai demandé, mine de rien. C'est curieux les résultats qu'on obtient quand on fait examiner les boucliers et protections de Privet Drive par un professionnel. »
Je n'ai pas pu m'empêcher d'afficher un petit sourire en voyant la fureur et la crainte de Dumbledore mêlées. Il commence à présent à savoir à quel point je connais son implication dans la vie de Harry.
« Lions' Rock est l'endroit le plus sûr de Grande Bretagne, je ne suis pas sûre qu'une propriété protégée depuis une quinzaine d'années fasse le poids... est intervenue Lady Longbottom. Il semble qu'avec le contexte actuel, où Lord Potter est sans doute en tête de la liste à abattre de Voldemort, c'est plus judicieux de lui offrir la protection ancestrale de sa famille plutôt qu'une maison moldue. Vous êtes un sorcier, Dumbledore, et il faudra reconnaître un jour que toute votre expérience et votre compétence ne peut pas faire le poids contre des protections lancées et enrichies par plusieurs générations de mages, et ce depuis Merlin lui-même. Harry, je crois qu'il est temps que Manon et vous rentriez à Lions' Rock pour vous préparer pour ce soir.
–Mais il reste encore plusieurs heures ! s'est exclamé Harry.
–Et Manon est une femme, a répondu Susan avec un sourire. Je vais moi-même faire un caprice si nous ne sommes pas à la maison dans la prochaine demi-heure, ma tante et moi. »
Il y a eu quelques rires, et Harry m'a regardée, interrogatif. J'ai hoché la tête avec un sourire. Non seulement en effet il ne reste que trois heures avant le début de la soirée des Longbottom, mais en plus, et je suis sûre que c'est pour ça que Augusta l'a proposé, c'est un excellent prétexte pour nous éloigner de Dumbledore. Harry a compris et m'a serré un peu plus fort la main, avant de se tourner vers Augusta :
« Nous sommes partis, alors. Nous devons utiliser une cheminée de l'Atrium ?
–Non, a répondu Madam Bones. Il doit y avoir des journalistes à l'affût du nouveau Lord dans l'Atrium. On va utiliser la cheminée de mon bureau, suivez-moi. »
Elle a complètement ignoré Dumbledore et nous a tous emmenés deux étages au dessus, en plein Département des Forces de l'Ordre Magiques, jusqu'à un grand bureau confortable. Une fois la porte fermée, elle ne nous a pas tendu la poudre de Cheminette mais nous a lancé un regard sévère :
« Que se passe-t-il avec Dumbledore ?
–Dumbledore est l'exemple même du tuteur qui a voulu se servir de son pupille pour ses intérêts personnels, j'ai répondu sans hésitation. Il a complètement modelé le monde autour de Harry, et Harry lui-même, pour en obtenir le pion dont il a besoin. Ma venue est... une donnée imprévue dans son monde si bien organisé. Je n'avais aucune certitude, mais j'ai cherché à en avoir. Et pour ça, j'ai posé des questions. Et nous nous sommes rendus compte, moi et ceux qui répondaient à ces questions, que les réponses sont extrêmement dérangeantes. Si Harry a récupéré son titre, c'est effectivement pour échapper à la tutelle de Dumbledore. Et Dumbledore a sans doute raison de m'en vouloir.
–Vous n'avez toujours pas répondu à ma question, jeune fille.
–C'est... délicat. »
J'ai hésité en voyant le monde. Susan et Hannah, surtout Susan, une ex de Harry. Le père de Hannah, sur lequel je n'ai absolument aucune information, en mal comme en bien. Et bien sûr, Madam Bones. J'ai regardé tour à tour Augusta et Neville, qui m'ont donné leur assentiment : on peut faire confiance à ces personnes ; puis Harry. Après tout, c'est son histoire. Il a hésité, puis a soupiré et s'est laissé tomber dans un fauteuil :
« Dumbledore m'a placé chez ma tante, la sœur de ma mère.
–Petunia Evans ? a demandé Madam Bones en fronçant les sourcils.
–Dursley, mais oui, c'est bien
–Mais... Lily disait qu'elle détestait la magie.
–C'est le cas. Elle déteste la magie, et son mari aussi, et ont éduqué leur fils à la détester aussi, ainsi que toute personne susceptible de l'incarner, y compris et surtout moi. Dire que je n'ai pas eu une enfance heureuse est un doux euphémisme.
–Tes cicatrices... a soufflé Susan. C'est pour ça que tu refusais d'en parler. »
Harry a hésité, puis a hoché la tête. Le regard de Madam Bones est allé entre sa nièce et Harry :
« Quelles cicatrices ? Auriez-vous été un enfant maltraité ?
–Oui. »
Il avait le regard fixé sur ses chaussures, et toute son attitude et son aura dégageaient de la gêne, de la colère et une certaine forme de honte. Je me suis approchée de lui dans son dos pour poser mes mains sur ses épaules. Il s'est redressé en sentant le soutien, et a fini par dire :
« Je n'en ai jamais parlé. La personne qui en sait le plus est Manon, et uniquement parce qu'elle a fait les bonnes suppositions. D'après elle, certains possibles concernaient cette partie de mon enfance, et elle voulait en avoir le cœur net. C'est cette conversation qui a tout déclenché.
–Pas vraiment, je l'ai contredit. Ce qui a tout déclenché, ce sont les toutes premières minutes de mon arrivée ici. Je suis une empathe, je ne sais pas si Hannah et Susan vous l'ont dit ? » ai-je ajouté en regardant Lord Abbott et Madam Bones.
Ils ont secoué la tête, curieux. J'ai souri :
« Je suis une empathe, c'est comme ça. D'où je viens, je ne pratique aucune magie. Quand je suis arrivée, j'avais la magie et l'empathie. Et du coup, comme c'était complètement nouveau, j'étais incapable de la contrôler, et toutes les émotions de la Grande Salle m'ont submergées. Et notamment celles de Dumbledore et de Harry, que j'ai distinguées des autres parce qu'ils étaient tout près de moi. Harry, aucun problème, envie de me protéger, esprit chevaleresque... Harry Potter dans toute sa splendeur. »
Les filles ont eu un petit rire et Neville a ricané, pendant que Harry rougissait. J'ai continué :
« Dumbledore... Son aura est malsaine, autant vous le dire franchement. Elle tranche considérablement avec son sourire bienveillant et ses yeux pétillants. J'ai d'ailleurs l'intime conviction que le pétillement dans ses yeux est signe de Légilimancie sans baguette, mais passons. Son aura est mauvaise, elle est pleine d'ambition personnelle, de manipulation, de mensonges. C'est la première impression que j'ai eue, alors que j'étais paniquée parce que j'étais dans un endroit inconnu pour une raison inconnue, et depuis que je suis un peu plus au courant de ce qui se passe, cette impression n'a jamais changé. Et c'est à cause de ça que j'ai commencé à poser des questions, et à vouloir absolument éclaircir certains possibles rapidement, plutôt que d'attendre que les choses se fassent.
–Est-ce que vous savez ce qui va se passer ?
–Non, j'ai répondu. Ma venue a déjà bien troublé les choses. Ça a complètement foutu en l'air le plan de Dumbledore pour Harry. Harry est à présent au courant de choses qu'il n'aurait pas du savoir avant l'été prochain, voire même dans deux ans. Et entre temps, il se serait passé beaucoup de choses qui auraient pu être évitées si justement Harry en savait plus sur la situation dans laquelle il est. La seule chose qui me rassure, c'est que j'avance à l'aveugle. Je... C'est bancal, peut-être, comme façon de penser, mais... Ma présence ici forme comme une boucle dans le temps. Je suis ici, mais il y a une Manon, en France, qui continue à grandir sans se douter de quoi que ce soit, et qui effectuera un jour, sans en avoir été avertie de quelque manière que ce soit, un voyage dans le temps pour se retrouver ici, le 31 octobre 1995. Je ne suis pas venue en sachant qu'une voyageuse avait agi, et que ses actions avaient mené à tel résultat, souhaitable ou non. Rien n'indique, dans mes connaissances, la présence d'une voyageuse. Du coup, je n'ai pas à reproduire mes événements, puisque je ne les connais pas. Et c'est ça, d'une certaine manière, qui préserve la boucle du temps. Quoi que je fasse, c'est ce qui doit être fait, d'une certaine manière, pour que la future Manon accomplisse à son tour son voyage et intervienne à nouveau. Je radote et je suis confuse, n'est-ce pas ? »
Je voyais le regard de tout le monde posé sur moi, stupéfait. Puis Madam Bones a secoué la tête :
« Non, curieusement, c'est assez clair. C'est juste surprenant d'entendre un tel raisonnement chez une adolescente.
–Ah, mon âge... Voilà toute une histoire, mais je sens que Susan et Hannah vont m'assassiner si on les retient trop longtemps. Peut-être serait-il préférable qu'on prenne le temps d'une demi-journée, avant la rentrée, et je promets de mettre les cartes sur table avec vous. Harry avait de toute façon l'intention de vous en parler.
–Bien, je vous enverrai un hibou demain avec mes disponibilités. Vous êtes tous les deux à Lions' Rock ?
–Oui, a répondu Harry, et les hiboux arrivent sans problème.
–Parfait. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps. Nous nous reverrons certainement ce soir, de toute manière. »
J'ai hoché la tête et j'ai hésité en regardant Lord Abbott. Harry l'a senti, car il a déclaré :
« Lord Abbott, si vous et Hannah souhaitez vous joindre à notre récit, vous êtes les bienvenus. Nous aurons besoin de tous les amis et alliés possibles.
–Merci pour l'invitation, a souri le Lord. Miss Nestral sait donner envie de découvrir la suite d'une histoire.
–Je ne saurais que vous inviter, par contre, à vous faire tester, tous les quatre, et surtout Susan et Hannah, contre les sortilèges et potions d'influence.
–Pardon ?
–Manon, Hermione, moi, tous les Weasley, Kingsley Shacklebolt, Nymphadora Tonks, Remus Lupin, Minerva McGonagall, Lady Longbottom, Neville... Nous sommes tous ressortis positifs à différents sorts et potions d'influence, à différents niveaux. Manon a dit que Dumbledore a modelé le monde autour de moi, ce n'est pas à la légère. Je suis sorti avec Susan et j'ai montré de l'intérêt pour Hannah. Il est possible qu'il s'en soit rendu compte et soit intervenu. Allez à St Mungo voir la Guérisseuse Tonks ou le Guérisseur Milott de ma part. Ils comprendront rapidement et resteront discrets. Et si ce n'est pas déjà le cas et qu'elles ont la possibilité d'apprendre, j'encouragerai fortement Hannah et Susan à apprendre l'Occlumancie.
–Ce sont de futures Ladies, elles apprennent l'Occlumancie depuis des années, a répondu Lord Abbott.
–Excellent, » a simplement répondu Harry avec un sourire.
Il s'est levé et s'est avancé vers la cheminée :
« Nous nous revoyons ce soir et donc plus tard dans la semaine, avant la rentrée lundi prochain.
–C'est bien ça, a approuvé Madam Bones.
–Manon, est intervenue Lady Longbottom, sachez que ce soir, la cheminée de l'entrée sera allumée dès 18h et tout au long de la soirée. »
J'ai eu un grand sourire : pas de Cheminette pour aller à la soirée de réveillon.
« Merci. A ce soir, donc. »
Je suis passée la première, sans prendre de poudre, et en pensant très fort à la cheminée du salon de Lions' Rock. Je sais que Tippy a laissé le feu allumé, je le lui ai demandé (oui, ma solidarité avec mon petit ami a ses limites, surtout en matière de transport magique). Entrée par le bureau de Amelia Bones, sortie par le salon de Lions' Rock, immédiat et sans secousses, parfait !
Harry est venu quelques minutes plus tard, amusé :
« Tu leur as fait peur avec ta cascade, ils m'ont retenu le temps d'être certains que tu vas bien et que tu sais ce que tu fais. Heureusement que Augusta et Neville étaient là pour confirmer que tout va bien. »
J'ai eu un petit rire. C'était un peu mon but, de faire une sortie, comme on dit. Puis j'ai filé dans ma chambre pour me préparer. Il m'a bien fallu les deux heures et demie restantes pour ça : la douche, les cheveux, s'habiller, se maquiller, se coiffer... J'avais hier soir une robe bleu roi en soie brillante, dont les reflets changent avec la lumière. C'est une robe bustier, qui descend jusque juste en dessous des genoux. Il y a de nombreuses broderies ton sur ton, qui sont là pour donner une texture à la robe, un peu comme des écailles de dragon (Harry a adoré, vu que mon élément est le feu). Toute simple en apparence, mais très élégante.
Les chaussures que j'ai portées avant-hier pour la leçon de danse donc, des bijoux en argent issus du coffre à bijoux Potter : il y avait une parure en argent massif avec des pierres de lapis-lazuli et des saphirs. J'ai porté le collier et le bracelet. Et les cheveux étaient relevés en un chignon lâche, avec des boucles qui s'en échappaient sur les côtés du visage. Et une pince avec un saphir pour tenir le chignon. Pour le maquillage, je suis partie sur un rouge à lèvre magique (quand ils disent tenue douze heures sans bavure, c'est tenue douze heures, quoi que tu fasses, boives, manges, et en effet sans aucune bavure, ni sur un verre, ni sur une joue, ou pire, sur un vêtement...) rouge sombre, et du fard à paupière effet smoky. Et voilà !
Neville nous a prévenus qu'il y aura un feu d'artifice, et donc j'ai pris ma jolie robe de sorcière bleue, j'ai glissé un foulard dedans, et je suis parée. Et je n'ai que dix minutes d'avance sur l'heure qu'on a fixée, Harry et moi.
Quand j'y repense, j'ai l'impression qu'on a refait la scène du bal de Noël de quatrième année dans le film : moi qui descends les escaliers, Harry qui m'attend au pied, et qui me regarde, émerveillé (non, je ne me vante pas, je suis une empathe, tu te souviens ?), et avec quelque chose que je suppose n'était pas présent au bal de Noël lorsqu'il a vu Hermione : du désir. En parfait gentleman, il ne l'a pas montré, mais je ne sais toujours pas, au moment où je t'écris, s'il a laissé volontairement cette émotion transparaître ou non. Un vrai parfait gentleman qui sait masquer ses émotions et qui sait qu'il a une empathe en face de lui aurait fait en sorte de le masquer, non ? Mais en même temps, est-ce que sur le coup, il y a pensé ? Je n'en sais rien du tout.
Toujours est-il que je lui plaisais. Et il me l'a montré en m'enlaçant et m'embrassant longuement. Finalement, les dix minutes d'avance n'étaient pas si mal.
Et enfin, nous sommes allés au bal. Harry est passé le premier, et le temps que j'estime nécessaire pour voyager et se redresser après une gamelle à l'arrivée, je me suis avancée dans les flammes. Harry était déjà en train de discuter avec Neville quand je suis arrivée. Il a passé un bras sous le mien, et nous avons suivi Neville, qui a rapidement rejoint les autres adolescents de la soirée.
Susan était merveilleusement belle, Hannah plus discrète, mais très jolie aussi, Daphne mérite sa réputation de beauté personnifiée. À Hogwarts, c'est plus discret parce qu'elle porte les robes de l'école, même quand on n'est pas en cours, et qu'elle s'attache toujours les cheveux de façon négligée, mais hier soir, elle portait une longue robe près du corps, et ses cheveux descendaient en boucles noires dans son dos... Franchement magnifique. Et sa petite sœur est aussi prometteuse. Astoria n'a que douze ans, mais elle annonce déjà une féminité aussi épanouie que Daphne.
Blaise (Zabini, Slytherin lui aussi) est un garçon qui a pas mal d'humour quand il veut bien se laisser approcher. C'était le cavalier de Daphne hier, et comme je m'entends bien avec elle et relativement bien avec Draco, dont il est le meilleur ami, il m'a laissée faire connaissance avec lui. C'est un beau garçon, avec une beauté assez aristocratique. En fait, il pourrait être le jumeau de Draco, au niveau des manières et des expressions, à part qu'il est aussi brun que Draco est blond. Et qu'il y a globalement moins de mépris dans ses manières. Mais c'est un héritier de la petite noblesse, contrairement à la famille Malfoy, et on n'a pas du lui farcir la tête dès l'enfance avec le fait que sa position sociale le place au dessus de tout le monde.
Ce qui m'a frappée, c'est que tout ce petit monde qui normalement à Hogwarts s'évite et se méprise, s'entend très bien dans ce genre de soirée. Daphne, qui n'adresse jamais un mot à Susan ou Hannah, a passé la soirée à discuter avec elles et moi. Blaise s'est montré parfaitement amical avec Harry, alors que pareil, ils ne se sont jamais adressé la parole à Hogwarts (heureusement pour lui, Blaise ne fait pas partie des Slytherins qui insultent Harry à la moindre occasion).
Je me demande si c'est une attitude hypocrite de leur part lors des événements sociaux comme celui-là, ou si c'est à Hogwarts qu'ils jouent un rôle. Le plus troublant, c'est que leur aura était au diapason de leur attitude : ils se sentaient bien, entre amis, en train de passer une bonne soirée. Pas de calcul, d'apparences trompeuses, de jeux de vipères ou quoi que ce soit. Juste une foule d'enfants qui ont grandi d'une certaine manière ensemble et qui se respectent. Et qui nous ont accueillis, Harry et moi, à bras ouverts.
La soirée était très rigoureusement organisée : arrivée des invités entre 18h et 19h, repas servi de 19h30 à 21h, puis bal, puis feu d'artifice juste après minuit. Pendant le repas, on nous a placés tous les adolescents ensemble. Aucun adulte à proximité. Du coup, nous avons pu discuter sans contraintes. Il y avait d'autres couples, alors Harry n'a pas hésité à afficher notre relation.
J'ai encore du mal avec toutes ces attentions, tous ces gestes. Je veux dire : j'aime les recevoir, et le fait que ce soit en public ne me dérange pas particulièrement tant que ça reste dans une certaine mesure, mais je ne sais pas rendre la pareille. Généralement, c'est Harry qui cherche ma main, m'enlace, m'embrasse, me taquine avec ses doigts... J'aimerais pouvoir lui rendre ces gestes en retour, mais j'ai l'impression que c'est... emprunté, quand je le fais, alors même que je le ressens ou que j'en ai envie. Peut-être que ce sera plus facile avec le temps.
Toujours est-il que le repas s'est très bien passé, et ni Neville, ni Susan, ni Hannah, n'ont fait la moindre allusion à la conversation qui a suivi la session au Wizengamot. Tant mieux. Je veux bien faire confiance à des familles historiquement alliées aux Potter, mais je ne sais pas où se placent les Greengrass et les Zabini, pour ne citer qu'eux.
Ensuite est venu le bal. Heureusement que Harry m'a appris à danser. La danse doit être enseignée en même temps que la marche, ce n'est pas possible autrement. Tout le monde connaît toutes les danses. Les seuls qui ont du mal sont les personnes comme moi, qui ont rejoint ce cercle assez fermé sur le tard (souvent une petite amie ou une épouse, d'ailleurs). Du coup, ma maladresse (relative, je suis sûre que je m'en serais très bien tirée dans une soirée avec des gens normaux...) a amusé mes cavaliers. Je m'en sortais pas trop mal, mais je n'ai pas la fluidité des autres filles. Forcément. En plus d'avoir appris à danser il y a trois jours, j'étais avant d'arriver ici une obèse avec une très mauvaise coordination de ses membres.
Harry lui était... particulièrement séducteur. Pas en train de me harceler de gestes évocateurs ou de paroles grivoises ou quoi que ce soit, mais c'était son regard, les émotions qui émanaient de lui, sa magie qui frôlait la mienne en ondes chaleureuses, les baisers beaucoup plus fréquents que d'habitude, et sa façon de chercher à me garder le plus souvent contre lui, pas pour me montrer qu'il a envie qu'on aille plus loin, mais pour lui, comme s'il avait besoin de me sentir contre lui.
J'ai utilisé le mot "séducteur", mais je ne suis pas sûre que ça ait été son but. En tout cas, c'est l'effet que ça a eu sur moi. Sincèrement, si c'était voulu de sa part, c'était extrêmement bien pensé. Sans jamais manquer du moindre respect envers moi, ni me forcer en quoi que ce soit, il s'est juste laissé plus de libertés dans l'expression de son attirance pour moi. Jamais ça n'a eu le message : regarde, j'ai trop envie de toi, viens. Ça donnait vraiment l'impression que c'était pour lui, sans aucune arrière-pensée : il avait envie de m'embrasser, alors il m'embrassait. Il avait envie de me serrer contre lui, alors il le faisait... Et ainsi de suite. Et ça m'a donné l'impression qu'il avait vraiment envie de moi, mais pas au sens sexuel du terme, mais humain, comme si j'allais lui manquer si je m'éloignais un peu trop.
Et moi qui, au fil de la soirée, me sens de plus en plus à l'aise avec ça, et commence même à lui rendre les démonstrations d'affection. Est-ce du à l'alcool (j'ai du boire deux verres de vin pétillant que non, je n'appellerai certainement pas du champagne anglais !) ou les attentions de Harry qui avaient vraiment de l'effet sur moi ? Aucune idée. Encore maintenant, je n'en sais rien. Toujours est-il que plus la soirée avançait, plus nous étions proches, tous les deux. À un tel point que je n'ai pratiquement rien vu du feu d'artifice : nous étions bien plus occupés à... euh... visiter, voilà... une pergola (séance de câlins intenses, et je suppose que seul le froid nous a vraiment empêchés d'aller plus loin). Pour notre excuse, il y avait du gui dans cette pergola.
Puis ça a été le moment de prendre congé de tout le monde et de rentrer à la maison. Et là, une fois à Lions' Rock, la même étrange impression que le premier jour : nous sommes absolument seuls, et personne ne viendra nous déranger. Ajoute à ça le fait qu'à peine une demi-heure plus tôt, on était presque prêts à braver le froid pour aller jusqu'au bout, et qu'à présent, nous sommes dans une habitation confortablement chauffée, et nos robes de sorciers ne sont absolument pas nécessaires.
Harry m'a emmenée dans sa chambre, nous avons commencé à nous déshabiller...
Et quand je me suis retrouvée nue devant lui, j'ai eu une réaction à laquelle je ne m'attendais pas vraiment.
J'ai paniqué.
Une vraie belle panique, comme j'en ai rarement ressenti. Je me suis sentie vulnérable, exposée, fragile, honteuse... en danger.
C'est stupide, je sais, et avec du recul et la nuit qui a passé, je ne comprends toujours pas pourquoi j'ai réagi comme ça. J'avais envie de passer la nuit avec lui. Toute la soirée a semblé nous y mener, et je n'ai jamais ressenti la moindre peur. Ça semblait même naturel. Et quand je me retrouve nue devant lui... Une des peurs les plus intenses que j'ai ressenties. Je n'avais aucune raison d'avoir peur. Je savais qu'il ne me ferait pas mal, qu'il ne me forcerait pas, et qu'il veillerait sans doute à ce que j'ai du plaisir moi aussi. Mais j'ai eu peur, c'est un fait.
J'ai ramassé ma robe, et je suis partie en courant, en bafouillant une excuse. Je ne l'ai pas vu depuis.
Je ne sais pas quoi faire, honnêtement. Je l'ai rejeté. Il pourrait prendre ça très mal, se sentir vexé, abandonné... J'ai promis que je serai toujours là, mais je fuis sa chambre. Je sais que c'est irrationnel, que les deux n'ont pas grand chose à voir. Ce n'est pas parce que je refuse de coucher avec lui que je refuse de le soutenir. Mais si je suis capable d'être irrationnelle, il en est sans doute aussi capable.
J'ai honte, quelque part. Je suis sûre que dès que nous sommes rentrés à Lions' Rock, hier soir, il avait en tête la nuit qu'on allait passer ensemble. Il m'amène dans sa chambre, il me déshabille, dans la passion, les baisers et les caresses, et voilà que je disparais d'un coup. Franchement, à sa place, je me sentirais insultée.
Je ne sais pas quel est mon problème. J'étais certaine que si je trouvais un garçon qui m'accepterait pour ce que je suis, j'accepterais de baisser enfin mes défenses, et j'aurais enfin une vie sentimentale et sexuelle normale pour mon âge (que ce soit mes vingt-et-un ans ou mes quinze ans). J'ai confiance en Harry. Je suis bien avec lui. J'aime être dans ses bras. J'ai aimé la passion entre nous hier soir, la tension sexuelle. J'étais aussi impatiente que lui...
Pourquoi j'ai fui ? Qu'est-ce qui, dans ma vie, fait que je suis incapable de me laisser aller ? Pourquoi est-ce que je ne veux pas lâcher ce putain de contrôle sur moi, mes émotions, mes sensations ? Bon sang, j'ai vécu une enfance tout ce qu'il y a de plus normale et monotone, une adolescence difficile peut-être, mais rien d'exceptionnel ni de traumatisant. La seule épreuve que j'ai vécue, c'est ce cancer, il y a cinq ans, et je n'en retiens que du positif, la capacité de relativiser, de rester optimiste, l'esprit ouvert, la compassion... Alors pourquoi ?
Je pense que je pourrais me poser cette question pendant des heures. Je me la suis posée pendant des heures avant, quand j'avais toujours vingt-et-un an et que j'étais incapable de me lâcher lors d'une sortie. Bon sang, un de mes potes m'a fait du rentre-dedans explicite sans autre réaction de ma part qu'un braquage définitif... Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ? Je fantasme sur des mecs... Ces derniers temps, je fantasme sur Harry (oui, ça va, aucun commentaire...), et quand Harry est devant moi, la soirée s'annonçant particulièrement intense, je... dis non ?
Bon, je crois que je vais sortir me changer les idées. Devenir Flamme peut-être pendant quelques heures. Ses pensées sont tellement plus simples...
À tout à l'heure ou à demain !
Notes de l'auteur :
Et voilà le chapitre où Manon a prit définitivement ses distances avec moi. Elle a toujours les grandes lignes de mon vécu parce que ça m'évite d'inventer une chronologie, mais c'est vraiment à partir de ce chapitre qu'elle est devenue "Manon" à part entière, lorsque j'ai écrit l'histoire.
En toute honnêteté, il y a eu une première version (depuis supprimée) où Manon ne disait pas non à Harry. Mais c'était beaucoup trop facile, et je n'aime pas quand mes personnages ont la vie facile. Du coup, remaniement de l'histoire, et voici le résultat ;)
Sinon, j'ai eu plusieurs personnes qui m'ont demandé combien de chapitres il reste... J'ai modifié les infos en première page pour souligner la longueur de l'histoire. Il y a un chapitre dont je ne suis pas encore sûre que je vais le publier, et un autre qui est tellement long qu'il sera certainement publié en 2 fois. Donc, dépendamment de ce que je décide de faire avec ces deux chapitres, il y a encore 100 à 102 chapitres pour cette première partie (sur trois). À raison d'un chapitre par semaine, le calcul est facile : il y en a encore pour deux ans... Mais je me dis qu'avec un chapitre par semaine, je suis une des auteurs avec le rythme le plus soutenu pour une histoire aussi longue, alors je ne changerai rien.
Je suis en train d'écrire la deuxième partie, j'en suis encore au début en termes d'écriture brute (l'histoire est elle complètement planifiée), donc je suis encore incapable de dire combien de chapitres il y aura : tout dépendra de l'envie de Manon d'écrire souvent ou pas ;) En tout état de cause, le volume de l'histoire devrait être sensiblement identique à cette première partie : environ 450 000 mots.
Pour la troisième partie, elle devrait être plus courte.
Bref, si vous avez envie de suivre l'histoire jusqu'au bout, vous avez signé pour un long moment ;)
Aussi, on m'a demandé si je publierai d'autres histoires, notamment parce que je mentionne avoir écrit d'autres fics. Pour l'instant, aucune n'est assez aboutie pour envisager une publication, même si une ou deux a ses chances. En deux ans, beaucoup de choses peuvent changer, et peut-être que d'ici là, je publierai deux histoires par semaine ;)
En tout cas, merci, merci, merci, merci, merci ! Vous êtes un super soutien, et je ne m'amuserais pas autant à publier sans vos commentaires, alertes et favoris ! Les timides, n'hésitez pas à commenter, me dire ce que vous pensez de ce mastodonte en train de grandir, je réponds toujours, et je ne pense pas être méchante ;)
A lundi prochain !
MAJ le 19/10/2017
