Hey salut mes biquettes !
Avouez, vous pensiez que j'avais laissé tomber cette fic !
Et bien non ! Mais je profite de mes vacances pour la reprendre, parce que boulot, manque de temps, manque d'inspi, tout ça, tout ça.
Surtout que ce chapitre est relativement important pour la suite, (comme tous les autres, me direz-vous sauf que noooon justement !) et du coup, je ne voulais surtout pas me louper !
Pourtant, je dois bien avouer que j'en ai chié ! Je n'en voyais pas le bout, je ne savais pas où j'allais, c'était loooong et en plus, c'est la première fois que j'écris AUTANT de dialogues !
J'espère donc ne pas m'être égarée en chemin. En tous cas, si cela peut vous motiver à lire ce chapitre, sachez qu'il y a un ENORME rapprochement entre Ao et Kaga ! (oui, je sais, je dis ça à chaque fois, mais là c'est vraiment la véridique vérité vraie !)
Sur ce, enjoy !
J'serai bien tentée de continuer sur ma lancée "Voisins" vu le retard et le manque d'update que j'ai eu sur cette fic depuis des mois, mais je sais également que vous attendez avec impatience la suite de "Magical Dick" alors...
Ahhh... cruel dilemme !
Le temps semblait s'être figé.
Et il n'était pas le seul.
Combien de secondes... - parlait-on encore en secondes, d'ailleurs ? - Kagami était-il resté bloqué ainsi, prostré, comme pétrifié sur sa chaise ? Sa conscience lui hurlait de s'enfuir en abandonnant le navire – et son matelot, Aomine – mais impossible. Il en était tout bonnement incapable, car son corps – son vaisseau – refusait d'obéir à son instinct de survie. Là, tout de suite, il n'avait qu'une envie : disparaître. Que ce soit sous la table, dans un trou de souris ou bien même à la manière de Kuroko. Oui, présentement, il enviait la transparence de son ami.
Il avait l'impression de subir une panne généralisée, le court-circuit ayant commencé dans son cerveau. Ses jambes semblaient peser une tonne, refusant de le porte soudainement. Et son ventre... son ventre, c'était comme s'il avait fondu. Quelle sensation bizarre. Il pouvait presque sentir ses entrailles s'écrouler et glisser sous sa chaise pour s'y planquer. A sa place, à lui.
Cette sensation le paralysait et il se mit à trembler de terreur machinalement, sans pouvoir s'arrêter.
Franchement, il aurait préféré être n'importe où, plutôt qu'ici.
Au fur et à mesure que les pas lourds de l'homme derrière eux se rapprochaient, son angoisse montait d'un cran. La seule chose qu'il put faire, fut d'adopter un profil bas, penchant la tête vers son assiette et cachant son visage à l'aide d'une main enfouie dans ses cheveux. Dos rond et épaules affaissées en signe de soumission, il devait attendre que la tempête passe...
Ou plutôt...
… L'ouragan Nash, auquel il avait déjà été confronté de par le passé. Un passé pas si lointain, qu'il pensait pourtant avoir laissé sur un autre continent, derrière lui. Mais apparemment, un océan ou deux, n'étaient pas suffisants pour se couper de son ex-fiancé. Et Kagami comprit qu'à cet instant, toute fuite était vaine. Même s'il changeait de planète, Nash le poursuivrait sans relâche, jusqu'à le retrouver. Car Kagami n'était pas dupe : il ne croyait pas au hasard. Sa rencontre FORTUITE avec Nash ce soir ne pouvait être qu'un signe.
« Oi ! Connards de singes ! On ne vous a jamais appris à ne pas balancer vos peaux de bananes dans les assiettes des autres !? » Cria t-il dans un japonais suranné.
Le ton était sec, cassant et extrêmement méprisant aussi. Du Nash tout crâché. Le blond avait en effet tendance à se croire au dessus de tout et tout le monde, comme si la Terre entière lui appartenait et lui devait allégeance. La tête de Kagami s'enfonça davantage dans ses épaules et il ferma les yeux, tellement nerveux qu'il aurait pu faire une syncope à tout moment.
Ca ne lui ressemblait pas, vraiment pas, lui, le fier pompier si courageux d'ordinaire. Et bien, il aurait préféré braver NU une maison en flammes, menaçant de s'écrouler à tout moment et polluée par des cendres rendant l'air irrespirable SANS MASQUE, plutôt que d'affronter le tornade peroxydée qui venait d'atteindre leur table.
Malheureusement pour Nash – et heureusement, peut-être (?), pour Kagami – le troisième protagoniste de l'histoire détestait par dessus tout qu'on l'ignore ou même qu'on l'oublie. Aussi, se fit-il un PLAISIR de rappeler sa présence, à l'aide d'une vanne bien sentie dont il avait le secret.
« Bah non comme tu peux l'voir et en plus, j'ai comme l'impression qu'elle a atterri sur ta tête ! » Répondit Aomine, en pointant du doigt la chevelure de son hôte, dont la couleur jaune rappelait inévitablement celle du fruit incriminé.
« Mais c'est qu'il me provoque, le macaque ! »
« C'est pas d'ma faute si tu ressembles à une banane géante avec ta tignasse ! Alors à ta place, j'ferai gaffe à c'que j'dis, parce que les macaques comme moi ne font qu'une bouchées des bananes comme toi... »
« Tu sais à qui tu t'adresses là !? »
« Ouais, à une banane qui parle ! Et qui commence à me faire chier... »
Cette fois, Aomine se leva, prêt à en découdre... physiquement. Visiblement, le policier ne goûtait que très peu le fait de venir se faire déranger en plein repas avec son ami en devenir – slash – future conquête – slash – actuel voisin.
« Ah... J'aurai du écouter Père et ne pas venir dans ce pays de barbares irrespectueux... »
« T'as qu'à retourner à Bananaland si t'es pas content. On a déjà bien assez de connards ici, alors un de moins... ça nous arrangerait... »
Le regard d'Aomine se fit mauvais, allant de paire avec son ton menaçant. On voyait que la situation ne l'amusait plus du tout. Un enfoiré d'étranger (et à en juger par son accent brise-couilles... il devait être amerloque ou rosbif, un truc du genre quoi...) en plus, qui se croyait tout permis ! Ce n'était pas parce que le Japon commençait à dérouler le tapis rouge aux touristes que le brun était obligé d'en faire autant, surtout quand cela impliquait de gâcher son dîner « romantique » avec Kagami !
C'est vrai quoi, tout allait parfaitement bien entre eux, avant que l'intrus ne débarque à leur table ! Aomine sentait même que son humour commençait à dérider le tigre, (qui à force de froncer des sourcils, risquait d'avoir le front comme le cul d'un vieux...) alors non, il n'allait pas laisser cet énergumène peroxydé foutre en l'air ses chances de conclure ! (ou du moins, de se rabibocher avec son cher voisin...)
Kagami, quant à lui, était toujours traumatisé. Il n'osait pas relever le tête, courbant l'échine au maximum comme un loup, en signe de soumission à son alpha. Et cette attitude apeurée ne tarda pas à faire tiquer à la fois leur agressif interlocuteur, qui y vit une faille à exploiter.
« Je ne partirai pas tant que Fifi Brindacier ne m'aura pas présenté ses excuses... Après tout, c'est moi la victime dans cette histoire. J'étais en pleine conversation pour du business et vous m'avez fait perdre des milliers de dollars à cause de votre maladresse ! Et comme si cela ne suffisait pas, vous avez tâché ma veste de grand couturier en envoyant votre sushi s'écraser dessus. J'attends donc également une compensation financière, même si je dois que des macaques comme vous puissiez payer autrement qu'en bananes... »
« N'importe quoi ! Le sushi s'est simplement téléporté dans ton assiette, je l'ai vu ! A aucun moment, il ne t'a effleuré ! » Objecta immédiatement Aomine, pas dupe.
« Et cette tâche là, hein ? Elle est apparue toute seule, peut-être ? Avez-vous une idée de combien coûte un bon teinturier ? Bien que je doute d'en trouver un correct dans ce pays de sous-hommes... » Continua le blond , mentant avec aplomb et désignant même une trace fictive de salissure.
Et Kagami connaissait bien ce genre de discours. Ce n'était pas la première fois qu'il l'entendait. Avec Nash, il avait l'habitude. Et pour cause : son ancien odieux petit-ami était le champion lorsqu'il s'agissait de faire des esclandres pour rien. Le blond avait en effet un talent particulier pour monter en épingle le moindre désagrément du quotidien. Et bien souvent, cela se soldait soit par un procès, soit par un gargantuesque pot-de-vin pour acheter son silence.
En effet, Nash n'était pas du genre à lâcher les proies potentielles qui croisaient malencontreusement son chemin. En cela, le californien lui faisait penser à un requin. Un véritable squale hantant les rues de Los Angeles, attiré par l'odeur du sang et de la peur, ne s'attaquant qu'aux personnes déjà blessées ou affaiblies par la vie, qu'il se faisait un plaisir d'achever.
La chasse pour la chasse ou l'amour du sport, ce n'était pas son truc. Disons que le blond n'aimait pas fournir d'effort, il choisissait donc précautionneusement ses victimes, uniquement celles contre lesquelles il était CERTAIN de gagner. Poursuivre en justice une mère célibataire sans le sou, uniquement parce que son rejeton avait malencontreusement renversé son jus de fruits sur les chaussures en crocodiles de Nash, faisait partie des activités favorites de l'héritier de l'empire Gold Gym... C'était comme s'il cherchait constamment ce genre de situations, les flairant à des kilomètres et il fallait reconnaître qu'il avait un don pour les dégoter et les retourner à son avantage.
Aujourd'hui ne ferait sans doute pas exception et ce, même si les lois japonaises et hautement différentes des américaines, davantage condescendantes.
Kagami se leva donc, essayant de dompter ses frémissements de terreur et il commença à fouiller maladroitement son portefeuille pour donner au requin ce qu'il désirait, le tout, sous l'oeil scandalisé d'Aomine (qui ne s'attendait vraiment pas à voir Kagami sortir la maille sans être en tort !) et en veillant toujours à ne pas croiser le regard de Nash tandis qu'il s'exécutait.
Le roux tendit toute sa fortune au blond, sans broncher. Il savait pertinemment que ce ne serait pas suffisant, mais résister ne ferait qu'augmenter le montant de la dette.
Le montant de leur liberté.
Et la colère de Nash.
Mais alors que le blond, sourire carnassier aux lèvres, allait se saisir de son maigre butin, Aomine le repoussa brusquement d'une tape bien placée sur le dos de sa main.
« Touche à ton cul, sale merde... »
« Pardon !? Répète un peu, pour voir ! »
Les yeux de Nash s'injectèrent de sang instantanément sous la provocation d'Aomine. En effet, le blond détestait qu'on le prive de son « dû » et surtout, qu'on s'interpose entre lui et sa proie potentielle. Mais la panthère était elle aussi une prédatrice redoutable et elle estimait avoir vu le tigre en premier... Bien qu'en l'espèce, Aomine ne chassait pas vraiment Kagami. Non, il avait même des velléités totalement différentes le concernant...
De son côté, le rouge sentit ses craintes s'accentuer, suite à la réaction imprévue d'Aomine. Nash et le brun semblaient prêts à se jeter à la gorge l'un de l'autre cette fois et Kagami dut se faire violence pour intervenir avant que la situation ne dégénère complètement. Le point de non-retour était sur le point d'être atteint et Kagami était conscient que s'il ne faisait rien, maintenant, le geste du brun serait « la goutte de sperme qui ferait déborder Mia Khalifa », comme le dirait sûrement Aomine lui-même, avec toute l'élégance qu'on lui connaissait...
« Aomine... non... stp... allons-nous en... »
Le regard de Kagami était suppliant et il était parvenu à articuler ces quelques mots de manière à peine audible.
Mais le brun ne se laissa pas attendrir.
Il était trop tard.
Ce maudit faux blond lui tapait sur les nerfs depuis de trop longues minutes pour faire marche-arrière.
« Ecoute-moi bien connard, je suis flic et dans ce pays, il y a des lois à respecter ! On n'extorque pas du fric à d'honnêtes citoyens comme ça ! Alors maintenant, tu vas bien gentiment retourner asseoir ton putain de cul sur ta petite chaise à ta putain de table, où je me charge de t'y envoyer moi-même à grand coups de pieds... Tu choisis. »
Aomine ne plaisantait pas.
Et cela ne fit qu'augmenter le malaise de Kagami. Sa plus grande crainte était en train de se réaliser sous ses yeux impuissants. Il avait déjà eu un infime aperçu de ce que pouvait donner un Aomine qui a pété un plomb et il ne tenait pas voir cette expérience traumatisante se reproduire. Sans compter que Nash n'était pas en reste en terme de rage, alors si ces deux-là venaient à se rentrer dedans, c'était le cataclysme assuré. C'est pourquoi, il fallait à tout prix éviter cela.
« Daiki, je t'en prie... partons... » Supplia à nouveau Kagami en le fixant de façon plus insistante.
Ses yeux étaient humides de larmes et lorsque le brun capta son regard, l'incompréhension frappa son visage. Qu'est-ce qui pouvait bien mettre Kagami dans un état pareil ? Aomine avait déjà remarqué que son voisin n'était pas très à l'aise avec la violence de manière générale, préférant éviter les événements agressifs, mais c'était d'autant plus suspect que, ok, si Kagami avait une fille de cinquante kilos toute mouillée, ne dépassant pas le mettre soixante, ça aurait été compréhensible.
Sûrement plus qu'en l'état actuel des choses, où le tigre toisait les deux mètres et les quatre vingt dix kilos de muscles. Alors dans ce cas, qu'est-ce qui pouvait bien l'effrayer à ce point ? Aomine, lui, était prêt à en découdre. Il n'attendait même que cela, pour être totalement franche, sûr de sa force et certain qu'avec le soutien de Kagami, ils parviendraient à bouter cet indélicat amerloque du restaurant en moins de vingt secondes. Dans ce cas, pourquoi ne le faisaient-ils tout simplement pas ? Qu'est-ce qui pouvait bien bloquer Kagami à ce point ?
Le rouge ressemblait à un enfant perdu, privé de ses parents et de ses repères...
Jamais Aomine ne l'avait vu ainsi.
Ce fut sans doute pour cela qu'il abdiqua sans protester, dans le but de rassurer Kagami.
Aomine avait beau être d'un caractère plutôt belliqueux, prêt à jouer des poings pour s'imposer. Oui, Aomine l'avouait volontiers lui-même et d'ailleurs, cette attitude assez sanguine lui avait déjà causé bien des ennuis que ce soit dans le domaine professionnel, ou même personnel. C'était entre autre ce qui l'avait conduit à entrer en guerre avec Kagami. Mais étant donné qu'ils étaient tous les deux sur le point de signer un traité de paix suite à d'âpres négociations, Aomine n'avait EXCEPTIONNELLEMENT pas envie de tout foutre en l'air, quitte à se plier aux exigences de son voisin. Rengainant donc son amour propre pour l'un des premières et rares fois de sa vie, Aomine se détendit du slip, prêt à obéir à Kagami en quittant pacifiquement les lieux.
Sauf que Nash ne l'entendait pas de cette oreille.
Et en parlant d'oreille, il se pencha justement vers celle de Kagami.
Kagami qu'il avait scrupuleusement et copieusement ignoré jusqu'ici, l'épargnant bizarrement alors qu'il avait pourtant pleinement connaissance que c'était le roux l'auteur du « SushiGate »...
« I liked you more when you had your hair dyed in black... » Souffla t-il au tigre, effleurant même cavalièrement ses cheveux.
Kagami se tendit, pupilles dilatées et cette fois, Aomine n'en rata pas une miette. Jusqu'ici, il n'avait pu faire que des suppositions, mais là, là, il venait de prendre Kagami en flagrant délit d'effroi, captant sa peur avec ses propres yeux. Et surtout, jusque là, Aomine était davantage absorbé par l'enfoiré blond et ses répliques salées. Un peu trop pour faire attention à Kagami et guetter ses réactions, en vérité.. Or, maintenant, le manque de réaction du roux s'expliquait parfaitement. Ou pas. Mais disons que si Aomine ignorait toujours ce qui poussait Kagami à se replier ainsi sur lui-même, il était au moins certain qu'il s'agissait d'un réflexe de survie.
Et en effet, Aomine avait déjà assisté de par le passé à de tels comportements... Quand on exerce le boulot de flic, on est souvent confronté à des attitudes insolites de la part d'autres êtres humains. Que ce soit le déni, le repli, la violence extrême, ces comportements déviants attirent l'attention des yeux entraînés à les détecter. Et là, Kagami agissait exactement comme une femme battue par son mari.
Son visage, son corps, tout ce qui communiquait de manière non verbale affichait les stigmates d'anciens mauvais traitements essentiellement psychologiques. Aomine avait malheureusement été confronté des dizaines de fois à cela avant. Il savait donc détecter même la plus subtile contraction du visage ou des muscles, autant de précieux indices trahissant l'état réel de son interlocuteur.
Si bien que lorsqu'il fut sûr de son coup, déchiffrant ce qui lui avait échappé jusqu'alors, parce qu'il n'y avait plus prêté attention à Kagami depuis l'intervention de Nash, tout devient clair et limpide dans son esprit.
Et il sut exactement ce qu'il devait faire.
Cette réalisation le frappa de plein fouet, aussi violemment qu'elle frappa Nash, mais dans un sens beaucoup plus littéral, puisque le poing droit d'Aomine partit tout seul, impossible à retenir, tel le diablotin à ressors qui jaillit hors de sa boîte.
C'était plus fort que lui, impossible de se contrôler davantage, le coup partit tout seul, comme un réflexe salvateur. Il s'agissait sans doute de l'instinct protecteur d'Aomine qui avait repris le dessus, car sous ses airs durs et insensibles, se cachait un cœur d'or et une loyauté dans faille. Kagami n'avait même pas besoin de parler ou de lui demander de l'aide pour que le brun vole à son secours. En réalité, Aomine était un preux chevalier déguisé en en punk à chien.
« Aomine ! » Hurla Kagami, catastrophé.
Mais le mal était fait.
Et le choc fut terrible pour le roux. Les paroles de Nash, puis le coup de poing d'Aomine le tirèrent de sa semi-léthargie. Il s'interposa enfin entre les deux hommes, mais trop tard. La situation venait en effet de s'envenimer au delà de toute limite raisonnablement... raisonnable ? Quoiqu'il en soit, Kagami avait vu son pire cauchemar (actuel) se réaliser sous ses yeux. Et le tigre était même à deux doigts de se précipiter pour aider Nash à se relever, mais au dernier moment, il ne le fit pas, comprenant que ce serait une mauvaise idée de bien des façons. En l'état actuel des choses, même si ça ne pourrait pas empirer la donne, il était clair que cela n'arrangerait rien, en tout cas.
Nash, de son côté, était fou de rage. La lèvre éclatée, il se mit à crier des insanités en anglais avec une telle véhémence, que cela attira l'attention de tous les clients présents, ainsi que des propriétaires, hébétés par ce spectacle hallucinant pour des nippons. Il allait sans dire qu'au Japon, on n'avait pas franchement l'habitude d'assister à de tels débordements, les habitants de l'archipel étant plutôt réservés et pas du genre à laver le linge sale en famille ou tout du moins, à régler leurs comptes en public.
Et à plus forte raison en ayant recours à la violence.
C'était donc une montée de testostérone aussi insolite que répréhensible qui venait de se dérouler sous leurs yeux ébahis et réprobateurs. Dans une société aussi pudique sur ses émotions, se donner ainsi en spectacle était extrêmement mal vu et même foncièrement stigmatisant. Dans un autre pays, les personnes présentes sur place auraient peut-être pris parti pour l'un des deux protagonistes et se seraient enthousiasmés devant cette bataille d'ego, en dégainant leurs téléphones portables pour immortaliser la scène et la balancer sur les réseaux sociaux. Mais pas au pays du soleil levant, condamnant tout comportement qui dépasse des cases de la bienséance, en prônant plutôt une image lisse et transparente.
Ici, toute manifestation un peu trop visible ou bruyante était clairement inadmissible.
Mais ce n'était pas ce qui allait stopper, ni même retenir Nash. Sa fureur était à l'image de sa lèvre inférieure fendillée : rouge et sanguinolente. Aomine était définitivement allé trop loin en osant lever la main sur lui et le blond n'avait pas peur de la rendre la monnaie de sa pièce au policier, car si Aomine était capable d'user de violence physique, il allait très vite apprendre à ses dépends que cela ne faisait pas peur à Nash également. Cependant... Kagami était déjà en train de pousser son voisin un peu trop démonstratif vers la sortie justement pour éviter le retour de flammes de son ex-fiancé.
Et étrangement, Nash laissa couler.
Lorsque les deux japonais eurent disparu de son champ de vision, le californien se lécha la lèvre, affichant ensuite un rictus mauvais, tandis que le goût entêtant du cuivre noyait ses papilles.
Il venait d'avoir une idée.
Une idée aussi géniale que machiavélique, digne de sa grandeur.
Bien-sûr, écraser ses phalanges dans la gueule de ce connard de bridé serait sans aucun doute hautement satisfaisant et immédiat, d'ailleurs, il aurait pu s'en contenter, mais...
Il avait une toute autre carte à jouer, encore plus euphorisante et sur le long terme.
Ce maudit basané ne savait pas à qui il venait de s'attaquer et Nash comptait bien le lui enseigner de la pire de manières qui soit...
Il s'était inconsciemment saisi du poignet d'Aomine et ne le lâchait plus.
Kagami avait pris la tête de leur expédition « Retour au bercail express ».
Etait-il énervé ? Triste ? Heureux ? Aomine n'aurait su le dire. De toute façon, il était difficile de se prononcer sur l'état actuel du roux, sachant que ce dernier ne le regardait pas. Il lui tournait le dos, le tirant à la manière d'une mère ramenant à la maison son enfant qui a fait une bêtise. Aomine avait envie de parler mais... pour dire quoi ? Certes, dans son bureau, il en avait vu défiler des femmes battues et parfois, des mômes aussi.
C'était triste, ça brisait le cœur même, d'imaginer que des types profitaient de leur ascendant physique pour faire la misère autour d'eux. Mais... dans le cas de Kagami, Aomine sentait que c'était différent. En toute logique, le roux était doté d'une masse musculaire plutôt dissuasive, quel que puisse être son potentiel agresseur et si Aomine doutait que quelqu'un ait pu prendre le dessus sur Kagami d'un point de vue strictement... physique justement, il restait possible qu'on lui ait fait du mal psychologiquement. Et ce sale type qu'ils avaient croisé au restaurant aurait été le déclencheur de tous ses souvenirs douloureux enfouis, le bouton qui lance la bombe à retardement des mauvais traitements subis dans le passé.
Oui, pour Aomine, les choses se résumaient à cela.
Simples.
Sans détour.
Alors que pour Kagami, la situation était quelque peu différente... bien plus complexe.
Car ce que le policier ignorait était que l'homme dont il avait fait la connaissance ce soir ne se contentait pas de rappeler son ex-fiancé à Kagami, IL ETAIT SON EX-FIANCE !
En personne.
Au départ, Kagami avait espéré qu'en faisant profil bas, Nash finisse par se calmer tout seul. Mais c'était faire preuve de trop de naïveté à ce stade et surtout, négliger un élément sur lequel il n'avait strictement aucune prise Aomine. Ou plutôt, « Aomine ET sa fougue légendaire. » Ayant à présent été confronté maintes fois au caractère exécrable du flic, Kagami aurait du deviner que le brun ne laisserait pas les choses en rester là et qu'il ne se gênerait pas pour voler dans les plumes du squale.
Dans la nature, il est rare que deux prédateurs se battent réellement, même lorsqu'ils partagent involontairement le même territoire. En général, l'un des deux cède aux premières menaces de l'autre. On commence par se jauger, se tourner autour, le poil hérissé, les crocs et les griffes dehors, on cherche à se faire plus gros et dangereux qu'on ne l'est véritablement, dans le but d'impressionner l'adversaire et c'est tout.
Dans la majorité des cas, ça en reste là.
Aucune violence, aucun coup n'est porté.
Rien que du bluff.
Mais hélas, pas ce soir.
Et ça, Kagami aurait du s'en douter dès le départ. Avoir négligé ce paramètre avait conduit Nash à l'impensable. Le pire qui pouvait se produire à cet instant : prendre Aomine en grippe. Pourtant, Kagami savait que le blond avait la rancune tenace. Mais à vrai dire, ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus étant donné que l'influence de Nash au Japon était proche de zéro. Non, ce qui le terrorisait était le fait que Nash l'ait formellement reconnu.
Sa dernière phrase à son encontre ne laissait planer aucun doute sur cette donnée. Un moment Kagami avait pensé que l'agressivité d'Aomine permettrait de faire diversion et que donc, Nash, trop concentré sur son engueulade avec le basané, ne se rendrait même pas compte de sa présence. Or, le blond l'avait sûrement reconnu dès le début, mais il avait préféré ménager son effet pour rendre sa dernière déclaration plus impactante.
Inconsciemment, Kagami se passa une main dans les cheveux. Ses cheveux rouges encore parsemés de mèches noires corbeau, rémanentes de son histoire avec Nash. En effet, le blond n'affectionnait pas particulièrement la couleur naturelle de son amant. C'était même tout le contraire, alors, il lui avait ordonné sans possibilité de décliner de se teindre les cheveux dans des tons plus... « passe-partout. » Kagami avait donc opté pour du noir et c'était sans doute ce qui lui valait aujourd'hui son surnom de tigre, ce mélange de mèches brunes et flamboyantes, comme le pelage du félin rayé.
Nash était donc en ville. A Tokyo. Un océan ne les séparait plus. Il était physiquement là, à défaut de ne l'être uniquement que dans ses pensées. Et Kagami ne savait pas ce qu'il devait faire. Fuir à nouveau en Amérique pour y trouver refuge ? Non ce serait ridicule, il ne connaissait même pas les raisons de la présence de Nash ici, ni la durée prévisionnelle de son séjour. Ce serait s'alarmer pour rien, étant donné que le blond avait glissé dans la conversation qu'il... était là pour affaires. Pour le business. Mais il pouvait très bien avoir menti.
Oui, c'était probablement le cas, car en y repensant bien, le blond avait prétexté être avec un client à l'autre bout du fil, mais Kagami avait distinctement entendu que son ex était en train de congédier l'une de ses nombreuses maîtresses au téléphone. Alors on pouvait aisément en conclure qu'il ne disait pas la vérité à ce sujet là non plus. Et pourquoi l'aurait-il fait de toute façon ? Kagami craignait donc que toute cette mascarade ne cache la véritable raison de sa présence en ces lieux : le récupérer. Hmm... Nash était venu pour cela, c'était évident ! Et l'angoisse monta dans sa gorge, s'y nichant sournoisement, tandis que son estomac faisait des nœuds.
Le tigre ne voulait pas sombrer dans la parano, ni même se laisser gagner par la peur, (bien qu'il soit déjà trop tard...) c'est pourquoi il ne tenta de se ressaisir mentalement. De toute façon, Nash ignorait où il habitait. Et la ville étant juste IMMENSE, il y avait très peu de chance pour qu'ils se recroisent à nouveau. De plus, Kagami s'était laissé prendre par l'effet de surprise, mais si une prochaine rencontre devait se produire, le roux y serait préparé cette fois.
Mieux que ce soit en tous cas, ça, c'était une certitude.
Brusquement, un mouvement le sortit de ses pensées. C'était Aomine, qui avait tiré sur son bras pour lui signaler qu'ils venaient de dépasser leur immeuble. Kagami s'arrêta et se retourna pour observer furtivement son voisin : Aomine était resté calme et même silencieux tout le long du trajet, le suivant docilement sans poser la moindre question. Etonnant de sa part. Après tout, le brun était doté d'une curiosité naturelle et par dessus le marché, ce trait de personnalité était encouragé par son métier.
Se pourrait-il que... ?
Kagami arrêta de le fixer et il poussa la lourde porte de la résidence après en avoir composé le digicode. Ca ne servait à rien de se poser des questions. Aomine était une énigme pour lui et il le resterait sans doute toute la vie. Pas la peine d'épiloguer sur cet état de fait. Le pompier dégaina donc sa clé pour entrer chez lui et Aomine se posta naturellement derrière lui, étant donné que Kagami l'avait lâché entre temps. Le brun espérait sûrement pouvoir boire un dernier verre en sa compagnie, mais honnêtement, Kagami était beaucoup trop sur les nerfs pour laisser cela se produire. Même en toute innocence.
« Merde, je réalise qu'on est parti sans payer... encore. Décidement, c'est une habitude quand je sors dîner avec toi. » Sourit de manière un peu forcée le roux.
« Ca ne fait rien, je retournerai demain matin au restaurant pour payer ce qu'on doit, avant de prendre mon service. »
« D'accord, merci. »
Kagami ne voyait pas bien quoi ajouter de plus, il pénétra donc de son appartement, mais de sorte à ce qu'Aomine ne puisse pas le suivre.
« Bon bah bonne nuit ! » Lança Kagami par dessus son épaule.
Et alors qu'il avait poussé la porte pour la claquer au nez de son voisin, ce dernier positionna son pied dans l'ouverture pour la bloquer.
« Attends Kagami... »
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Me dis pas que t'espérais sérieusement t'en tirer comme ça, sans la moindre explication !? »
Le ton du brun n'était pas agressif. Non, à vrai dire, il semblait... « concerné », empathique, même...
« Je ne te dois rien, Aomine. » Claqua sèchement le roux.
Taper là où ça fait mal, dans l'ego, c'est toujours payant lorsqu'on n'a pas envie de parler. En vexant Aomine, en se montrant dur avec lui, Kagami espérait que le flic passerait à autre chose. Parce que toute cette histoire ne le concernait pas et Kagami tenait à l'en préserver. Surtout quand la présence de Nash sur le sol nippon risquait de tout compliquer. Comme si... ce n'était pas DEJA assez compliqué entre eux justement...
« Non, en effet. Mais quand je cogne un mec, j'estime être en droit de savoir pourquoi je l'ai fait. »
« Je ne t'avais rien demandé, tu l'as fait tout seul, de ta propre initiative. »
Le ton était cordial, mais froid, montrant clairement que Kagami était fermé comme une huître à laquelle on aurait ajouté un cadenas et balancée dans un coffre fort.
« D'accord, j'ai compris, tu ne me diras rien. Je pensais pourtant que c'était le but de ce dîner : jouer cartes sur table. »
« Aomine, toi aussi, tu as des secrets et je ne cherche pas à mettre mon nez dedans, alors tu devrais faire de même et te tenir loin de mes problèmes. Je dis ça... pour toi... » Ajouta t-il plus amicalement.
« Sauf que... que tu le veuilles ou non, je suis impliqué maintenant, suite à ce qui s'est passé ce soir. Et tu oublies que je suis flic, les problèmes des autres, c'est un peu mon quotidien, voire même carrément mon boulot. »
« Ce n'est pas une raison. Justement même, si je peux t'épargner les miens... je pense que tu en as déjà bien assez à résoudre. »
« Comme tu voudras, après tout, je ne peux pas te forcer à te confier, n'est-ce pas ? »
Kagami soupira imperceptiblement en entendant qu'Aomine abdiquait. La dernière chose dont il avait besoin serait qu'Aomine margelle dans sa vie privée et s'attire davantage les foudres de Nash en agissant de la sorte.
Mais avant de sortir définitivement, la panthère reprit d'une voix plus grave :
« Néanmoins... sache que je ne vais pas te lâcher si facilement, Kagami Taiga. Tu es MA proie. Je vais donc chercher des informations, je vais fouiller dans ton passé, retourner chaque pavé de cette ville s'il le faut et même des Etats-Unis pour trouver des indices. Et crois-moi, je vais en trouver. Parce que si toi tu refuses de me parler, d'autres le feront à ta place, à commencer par ton cher brother Himuro... J'ai remarqué qu'il avait la langue bien pendue et s'il ne veut rien me dire et bien, ce sera une autre persone. Comme ton amie blonde, Alexandra Garcia, il me semble ? Elle se trouve du côté d'Okinawa en ce moment et quelque chose me dit qu'elle risque d'être en colère qu'on interrompe ses vacances... Oh et pourquoi ne pas directement interroger Kuroko Tetsuya, l'instituteur en école maternelle ? Voir débarquer un policier en uniforme pendant l'un de ses cours impressionnerait à coup sûr ses élèves. Je suis sûr que ça fera naître des vocations, quand ils me verront embarquer leur maître en lui passant les menottes. Je pourrai même mettre le gyrophare pour leur faire plaisir, tu crois qu'ils aimeraient ? Ca fait toujours son petit effet sur les gosses, à ce qu'il paraît. »
L'intonation n'était même pas menaçante et pourtant, c'était clairement une menace. Le cœur de Kagami se serra dans sa poitrine, s'y recroquevillant comme un oisillon blessé par le froid glacial de l'hiver. Mais la rage reprit rapidement le dessus, après ce court instant de vacillement.
« Laisse mes amis en dehors de ça, enfoiré ! »
« Ca ne dépend que de toi. Si jamais une envie subite de délier ta langue te prend, tu sais où j'habite. Et SPOILER, si tu ne t'en rappelles déjà plus : c'est la porte juste à côté de la tienne. »
« Fils de... »
« Tututut... ne te donne pas la peine de terminer ta phrase, les insanités ne te vont pas au teint. Mais pour information, c'est toi qui ne me laisses pas d'autre choix que d'en arriver là. Alors tu vois, c'est plutôt moi qui devrais faire la gueule et non l'inverse. Parce que si tu crois que ça m'amuse et que j'ai que ça à foutre de mener l'enquête sur toi, et bien ok, tu n'as pas tout à fait tort, mais sache que je déteste aider les gens contre leur gré. C'est foutrement contre-productif. Je préférerai donc autant que tu coopères de ton propre gré, si ce n'est pas trop te demander. D'ailleurs, je connais un type formidable qui se fera un plaisir de... bon, je n'irai pas jusque là hein, mais disons que si je lui demande de t'aider, je suis certain qu'il acceptera sans broncher. C'est un psy avec lequel ma brigade a l'habitude de travailler et bien que ses méthodes soient peu conventionnelles, je peux t'assurer que c'est le meilleur dans son domaine. C'est sans doute pour cela que je le respecte autant et que j'ai une confiance aussi totale en lui. Parce que lui comme moi, on ne se gêne pas pour dire ce qu'on pense et tant pis si ça ne plaît pas ! Malheureusement, il se trouve que la plupart des gens a tendance à oublier que la Vie est une pute borgne qui nous soufflette de sa main gantée de cuir bon marché, dès qu'elle en a l'occasion. Et si mon petit discours ne te convainc pas, demande à Kise, cet expert de la psyché humaine l'a aidé à se remettre d'aplomb lorsqu'il en a eu besoin. Alors ça vaut le coup d'essayer, d'après moi. »
Aomine espérait que ce dernier argument ferait mouche. Attaquer Kagami sur les sentiments, en évoquant Kise et son passé difficile que le roux n'était pas sans ignorer, pourrait lui permettre de marquer les points nécessaires à une remontée fulgurante. Mais le roux n'était pas homme facile à faire changer d'avis. Remarque, les deux félins avaient cela en commun.
« Si ce gars-là est aussi bon que tu le dis, pourquoi ne lui demandes-tu pas de te psychanalyser toi aussi ? M'est d'avis que t'en aurais bien besoin également. Et même encore plus que moi, si j'en crois le nombre de bouteilles d'alcool fort que j'ai retrouvées vides chez toi et les quatre marques différentes d'anti-dépresseur présentes dans ta chambre ! »
Kagami regretta immédiatement ses paroles. Mais d'un côté, il voulait prouver à Aomine qu'il n'était pas le seul à pouvoir jouer le rôle du « méchant flic ». S'excuser maintenant sera sans doute malvenu et stupide, de toute façon. Alors autant assumer d'être allé trop loin... et se prendre un retour de flammes bien mérité.
Sauf qu'Aomine eut une réaction totalement inattendue.
« Pourquoi pas ? »
« Hein ? » Kagami plissa les yeux, incrédule.
« A vrai dire, ce ne serait pas une mauvaise idée. Je suppose que je pourrai éventuellement le faire, mais je vais avoir besoin d'un petit coup de pouce pour cela. »
« Qu'est-ce que tu racontes ? » Se méfia Kagami, pas rassuré par son attitude, beaucoup trop calme pour être honnête.
« C'que j'dis c'est que ouais, je serai sans doute capable de faire ça. D'aller le voir, d'écouter et d'appliquer ses conseils. Cependant, la question est : « En ai-je réellement envie ? » Et actuellement la réponse est non, mais tu te doutes bien que si je parle au conditionnel, c'est justement parce que la situation pourrait changer... Et ça, ça dépend de toi, bien entendu. »
Ok, là, Kagami resta bouche bée. Il ne comprenait absolument pas en quoi ça le concernait, mais Aomine s'empressa d'éclairer sa lanterne.
« Hey ! Reste pas planté là comme ça, dis quelque chose ! T'as l'air aussi paumé qu'un fils de putain le jour de la fête des pères ! Bon, j'ai pas du être assez clair, alors laisse-moi expliquer un peu mieux le fond de ma pensée : j'disais donc que si tu acceptais de te faire soigner par ce gars, je pourrai éventuellement faire de même. C'est du donnant-donnant, si tu préfères. Et avant que tu m'répondes « non » ou « j'vois pas l'rapport avec moi », j'tiens à préciser que je m'en cogne royalement. Ce sont MES conditions et elles ne sont pas négociables. Toi et moi, on exerce tous les deux des métiers de service à la population, ce qui signifie qu'on a le sens du sacrifice et qu'on se doit de toujours faire passer le bien d'autrui avant le notre. Et comme t'as déjà du l'remarquer, j'suis pas très doué pour m'occuper de moi-même, tout seul. Ca m'emmerde foutrement, parce que j'ai mieux à faire, tu suis ? Alors c'que j'te propose, c'est simple : tu y vas d'abord et j'irai aussi après. En gros, t'es responsable de moi et là, sache que j'compte à fond sur ton côté « bon samaritain » pour céder à mon chantage. Parce que tout chantage est moins répréhensible, dès il s'agit en fait d'une bonne action déguisée, pas vrai ? Oh et fais pas genre de ne pas partager cet avis, j'te connais Taiga... Dans le fond, je te l'ai déjà dit, on est pareil. On se ressemble, que tu le veuilles ou non. Donc, tu comprends mieux que personne ce que je suis en train d'essayer de faire là et surtout où je veux en venir. C'est pt'être pas très loyal comme technique et tu risques certainement de me détester, enfin j'veux dire, encore plus que d'habitude, mais si c'est le prix à payer pour qu'un spécialiste t'accompagne dans ta démarche de reconstruction, alors j'suis prêt à sortir le flouz. Virtuel, bien entendu. »
Alors celle-là, Kagami ne s'y attendait foutrement pas. (comme je l'ai déjà dit quelques lignes plus haut, d'ailleurs...) L'argumentaire surprise d'Aomine le laissa perplexe, mais pas insensible. Grosso modo, pour résumer, le brun acceptait de suivre une thérapie uniquement si le roux faisait de même. Non mais... qu'est-ce que c'était que ce deal ? Complètement tordu... et à la fois, extrêmement fidèle aux principes retors du policier, qui ne reculait jamais devant rien pour obtenir satisfaction.
Mais comme d'habitude, Aomine restait aussi énigmatique d'imprévisible. « L'Enfer est pavé de bonnes intentions », paraît-il et Kagami commençait à comprendre qu'il avait à faire au Diable en personne, celui qui avait inventé et maîtrisé ce proverbe mieux que quiconque. Un démon, Aomine était un authentique démon. Ce n'était certainement pas uniquement pour se donner un genre, qu'il en portait un tatoué dans le dos et cela faisait grandement sens à présent. Plus que jamais. Cette image du folklore japonais représentait la ténacité du flic et surtout, son manque total de scrupule.
Faire du chantage et se rendre détestable pour le bien d'autrui ?
Provoquer pour faire réagir ?
Pas de problème, il suffisait de demander.
Car pour Aomine, c'est l'efficacité qui prime sur le reste...
Et peu importe s'il doit se mettre la Terre entière à dos durant le processus...
Après tout, on ne fait pas d'omelette sans casser quelques œufs innocents au passage...
Ce côté manipulateur n'était pas forcément un aspect que Kagami approuvait, mais par chance, le tigre parvenait à se projeter au delà des manigances du brun. Et en l'occurrence, il prenait pour la première fois conscience que c'était de cette manière étrange et détournée qu'Aomine lui témoignait son attachement et son inquiétude.
« Je vais y réfléchir. » Abdiqua t-il finalement, en refermant la porte derrière lui, sans même avoir pu apercevoir le sourire qui prit place sur le visage d'Aomine suite à ses paroles.
Parce que, mine de rien, c'était déjà une micro victoire pour le brun.
Au moins, Kagami n'avait pas répondu de manière catégorique par la négative et rien que cela suffisait à l'enchanter.
Peut-être y avait-il encore un espoir de rédemption pour tous les deux...
Et si cette rédemption passait justement par l'autre... ?
« Sauver l'autre pour se sauver soi-même. »
A vrai dire, ce concept ramenait Aomine quelques années en arrière.
En effet, il avait fait cette découverte dans le passé et il avait donc déjà eu l'occasion d'expérimenter cette théorie par lui-même.
Malheureusement, à l'époque, on ne pouvait pas vraiment dire que cela s'était bien terminé pour lui et aujourd'hui encore, il en portait les stigmates. Des stigmates auxquels il avait donné la forme de tatouages, qu'il arborait fièrement, mais qui en réalité, étaient un rappel de son but ultime. L'objectif final qu'il ne devait en aucun cas perdre de vue, impliquant de laisser toute humanité de côté et de se muer en un instrument de vengeance implacable.
Or, Kagami était un obstacle sur son chemin, parce que justement, il éveillait en lui des sentiments que le brun pensait éteints ou même morts depuis longtemps. Et qui dit « sentiments » dit « humanité ». Merde... dire qu'il était à deux doigts de passer un deal avec le roux pour que celui-ci accepte de se faire prendre en charge psychologiquement... Aomine sentait qu'il était tombé bien bas. Normalement, il ne devrait pas y accorder la moindre importance, après tout, cela ne le concernait pas ! Mais incapable de rester concentré sur ses noirs desseins sans se préoccuper de son mystérieux voisin, le policier s'écartait peu à peu de la route qu'il s'était tracée et donc, de la destination qu'il s'était fixée également.
Et ça, c'était problématique.
Hautement problématique même...
Comme promis cependant, le policier alla payer son dû aux propriétaires du restaurant et il fila ensuite au poste. Pourtant, il n'eut pas le temps de franchir le seuil de son bureau que son collègue Wakamatsu, qui partageait l'espace avec lui, le harangua sans crier gare :
« Le boss veut te voir immédiatement dans son bureau. »
Aomine haussa un sourcil interrogateur et le blond se sentit obligé d'ajouter :
« Il a dit que c'était urgent, alors ne traîne pas. Et à ta place, je commencerai déjà à rassembler mes effets personnels, parce que ça a l'air vraiment grave, cette fois. J'sais c'que t'as encore fait, ni à quelle affaire sordide tu t'es encore trouvé mêlé, mais à mon avis, il risque de te falloir un peu plus qu'une de ces pirouettes dont tu as le secret, pour t'en tirer cette fois. »
L'homme marié bafoué affichait un sourire de satisfaction des plus évident, comme s'il se réjouissait d'une situation dont il ignorait tout et sur laquelle il ne pouvait faire que des suppositions. Et en temps normal, il allait sans dire qu'Aomine l'aurait envoyé paître avec la délicatesse qu'on lui connaît, mais à ce moment bien précis, l'air confiant de Wakamatsu ne lui disait rien qui vaille. Sans perdre de temps (et putain, il n'avait même pas eu le temps de se poser deux minutes pour prendre son café du matin, sans lequel le basané ne pouvait pas entamer sereinement sa journée.), Aomine fila jusqu'au bureau de son supérieur, situé au bout du couloir. Mais à vrai dire, l'ambiance incroyablement tendu qui régnait dans le commissariat et ce, dès qu'il y avait pénétré, conjuguée aux regards en coin bien souvent désolés des collègues qu'il croisa, confortèrent Aomine dans l'idée qu'il allait sûrement s'en prendre plein la gueule de la part de son chef adoré.
Et ce ne serait pas la première fois.
Alors, on pouvait dire qu'Aomine avait l'habitude, en quelque sorte.
Mais cette fois, la situation semblait différente, plus complexe. D'ordinaire, ses équipiers ne tiraient pas des gueules de trois mètres de long, dignes de celles qu'on sorte normalement lors des enterrements. Et puis, il ne fallait pas se mentir : Imayoshi avait beau être le supérieur hiérarchique d'Aomine, il n'était cependant pas pourvu d'une autorité naturelle ou d'un charisme quelconque imposant directement le respect. Non, Imayoshi Soichi était bien loin de ces commissaires américains qui pullulent dans les films, alimentant les clichés du chef bedonnant et bourru, voire patibulaire, qui balance vingt gros mots à la minute, à tel point qu'on pourrait venir à s'en demander s'il ne s'agit pas d'une forme archaïque de ponctuation...
Pour commencer, l'homme n'était pas un cliché ambulant. Il était grand (pour un japonais), relativement fin et il avait encore tout ses cheveux. Cheveux derrière lesquels se cachaient deux petits yeux malicieux, eux-mêmes surmontés d'une grosse paire de lunettes carrée, qui le faisait plus ressembler au type qui bosse à la morgue dans les séries policière, appréciant davantage la compagnie des cadavres que des vivants.
D'ailleurs, ce n'était pas le teint blafard de l'homme qui allait infirmer cette théorie. Non, car voyez-vous, Imayoshi était sans doute ce que l'on pouvait considérer comme... un genre d'intellectuel. Un tacticien. Il préférait coller son nez dans la paperasse à longueur de journées, plutôt que d'aller sur le terrain soutenir ses hommes, ce qui expliquait sans doute la pâleur de sa peau. Et son besoin de lunettes. C'est qu'à force d'éplucher des rapports, Imayoshi avait du s'user les yeux.
Pour autant, il tenait plus de la fouine sournoise que de la taupe à moitié myope et pataude.
Au commissariat, tout le monde le craignait, exception faite d'Aomine.
Bon, ok, pas tout à fait... Mais disons que ce n'était pas grâce à son physique peu impressionnant et même un peu glauque, qu'Imayoshi parvenait à s'imposer. D'ordinaire, il était même plutôt enclin à passer l'éponge sur les comportements inadéquats d'Aomine et il existait une sorte d'entente tacite entre les deux hommes, ainsi qu'un respect mutuel.
Et pour cause.
On avait pour ainsi dire imposé à Imayoshi la présence d'Aomine dans sa brigade et l'homme à lunettes n'avait pas eu son mot à dire. A l'époque, il s'agissait d'un arrangement interne qui ne devait pas durer. Une solution temporaire, qui s'était éternisée. Mais dès le départ, il avait été convenu qu'Aomine serait très vite transféré dans une autre structure. Sauf qu'au final, cela faisait maintenant plusieurs années que le brun errait au sein de ce commissariat devenu trop étroit pour lui, ses frasques et son besoin de liberté.
D'ailleurs, dès qu'Aomine se montrait un peu trop curieux ou impulsif que ce soit pour sa propre bien ou celui de son équipe, Imayoshi avait tendance à le changer d'unité. Le plus souvent, cela consistait à le punir en l'envoyant régulier la circulation (poste ennuyeux par excellence) pendant quelques semaines, le temps que la situation se tasse. Mais jusqu'ici, Aomine avait toujours été réintégré après ses séjours au « bagne », au sein de la section enquête et gestion de la criminalité. Il fallait dire qu'Imayoshi reconnaissait tout de même ses talents mieux que personne et il avait donc du mal à s'en passer définitivement.
Le côté tête brûlée d'Aomine avait conduit à la résolution de nombreuses affaires, parce que le brun ne craignait pas de prendre des risques inimaginables pour n'importe qui d'autre. Alors autant dire qu'Aomine avait sauvé la mise à son chef de nombreuses fois, indirectement ou non, en tous cas, assez pour qu'Imayoshi fasse preuve d'une certaine tolérance à son égard.
Mais cette fois...
Pas sûr que cela suffise encore...
A un moment donné, lorsque vous avez causé plus de tort que vous n'avez apporté de bénéfices, la situation s'inverse et la balance penche inévitablement du mauvais côté...
C'était la raison pour laquelle Aomine appréhendait particulièrement ce rendez-vous impromptu.
Pour être franc, il se sentait relativement bien ici. Disons que ce poste servait aussi ses intérêts personnels, bien qu'il faudrait même plutôt en parler au passé. Oui, bosser ici l'avait aidé à un moment donné de sa vie où il se trouvait sans repères. Ce job l'avait aidé à s'accrocher et à repartir du bon pied, mais surtout, cela avait satisfait ses desseins de vengeance d'une manière extrêmement efficace. Et sans l'aval d'Imayoshi, rien de tout cela n'aurait été possible et il le savait.
Alors ouais, forcément, se faire remonter les bretelles n'est jamais un moment agréable et bien qu'en général, Aomine le cherchait un peu aussi par masochisme, il était pleinement conscient que cette fois, le refrain risquait de ne pas être le même et donc, de ne pas tourner à son avantage. Il prit même la peine de frapper avant d'entrer, c'était dire si l'heure était grave !
Imayoshi l'autorisa à pénétrer dans la petite pièce et il l'invita à s'asseoir cordialement, bien qu'un peu froidement. Lui, était déjà assis de l'autre côté du bureau, attendant qu'Aomine fasse de même. Bien souvent, lors de ces entrevues de recadrage, Aomine se permettait d'allonger ses pieds sur le bureau, juste sous le nez de son chef, pour bien lui montrer qu'il n'avait cure de ce qu'Imayoshi pouvait bien lui reprocher.
Mais cette fois, Aomine se montra incroyablement docile et bien disposé.
Poli, même.
Il s'assit de manière conventionnelle, un peu tendu malgré l'air « cool » qu'il s'appliquait à se donner en toute circonstances.
Imayoshi quant à lui, avait son air fermé, insondable.
Pas bon, ça...
Pas bon du tout...
Mains croisées, menton reposant dessus, l'homme commença au bout de ce qui sembla être une éternité à Aomine. C'était calme, beaucoup trop calme pour un simple entretien de tirage d'oreilles...
« Aomine-kun, j'imagine que tu ignores pour quelle raison je t'ai demandé de venir immédiatement dans mon bureau ? »
« J'en sais foutrement rien, mais j'imagine que si vous ne m'avez même pas laissé le temps de poser mes affaires, c'est que ça être sacrément important. »
« C'est une bonne déduction. »
L'homme à lunettes se leva.
Il se dégageait toujours quelque chose de sinistre de lui... Aomine se souvenait du malaise qu'il avait ressenti en le rencontrant pour la première fois. Imayoshi était un prédateur lui aussi. Mais pas de deux qui sont comment dire... ? Respectables. Non, Imayoshi était un charognard, celui qui passe derrière les autres animaux plus forts pour ne dévorer que leurs restes, les morceaux les moins appétissants et nobles. Il y avait quelque chose de profondément malaisant dans sa voix et la façon dont il semblait constamment vous décortiquer, à l'abri derrière ses épaisses montures, épiant la moindre faille comme s'il attendait le meilleur moment pour frapper, l'instant où sa proie serait la plus vulnérable.
« Et bien... »
Imayoshi se dirigea vers la fenêtre, jouant un peu avec les stores, de façon à ce qu'Aomine et lui se retrouvent presque piégés dans le noir, sans doute pour amoindrir les réflexes de son collaborateur.
« Où étais-tu et qu'as-tu fait hier soir ? » Demanda t-il sans détour.
Aomine se renfrogna, s'enfonçant dans sa chaise.
Il n'aimait pas cela.
Avoir l'impression d'être cuisiné comme un vulgaire malfrat...
« En quoi ça vous r'garde ? J'étais pas en service et j'fais encore c'que j'veux de mon temps libre ! »
La question d'Imayoshi l'avait mis sur la défensive pour une raison très simple : il ne pouvait être légalement reproché à Aomine quelque chose qui se serait produit en dehors de ses heures de travail. Du moins, ce n'était pas à son supérieur hiérarchique de s'en mêler et encore moins de le sanctionner pour une éventuelle faute commise à cette occasion.
« Aomine-kun, je crois que tu ne réalises malheureusement pas la gravité du méfait que tu as commis... » Soupira le binoclard.
« Comment ça ? » Interrogea Aomine, faisant mine d'ignorer ses propres agissements de la veille. Il tenait absolument à savoir ce qu'on lui reprochait précisément avant de se lancer dans une ligne de défense hasardeuse, en confessant des choses qui n'auraient strictement rien à voir avec la choucroute...
Et pour cela, il devait faire parler Imayoshi au maximum et ainsi mieux réfuter ses propos.
« Un homme est venu très tôt ce matin au commissariat déposer plainte contre toi. Un gaijin. Grand, blond, les avant-bras bardés de tatouages tribaux. Tu vois de qui je parle, je suppose ? »
« Vaguement... » Cracha Aomine, un peu plus agressivement qu'il ne l'aurait voulu.
La surprise, mêlée au choc, sans doute.
Ca, pour sûr, il ne s'y attendait pas.
D'après sa description, il ne pouvait choisir que du salopard de la veille...
Mais même si ce type avait déposé une plainte contre lui, aux yeux d'Aomine, cela ne justifiait pas le fait qu'Imayoshi l'ait convoqué en urgence dans son bureau. Après tout, des plaintes, la fouine en recevait régulièrement au sujet de la panthère et en général, il ne se donnait même pas la peine de les recevoir, choisissant même de les ignorer sciemment.
En quoi était-ce donc différent aujourd'hui ?
« Et donc ? Tu vas m'annoncer que ce type à qui j'ai collé un pain hier soir est en réalité le prince du Qatar ? » Ironisa Aomine, dans une tentative désespérée de détendre l'atmosphère pesante.
Non parce que, franchement, il ne voyait que cette explication là pour qu'Imayoshi en fasse tout un foin. Aomine s'était même permis de tutoyer son chef, dans l'espoir de créer un sentiment de connivence entre eux.
En vain.
Parce que non seulement cette tentative ne suffit pas à dérider son chef, mais en plus, le ton de l'homme à lunettes se durcit instantanément. D'ordinaire, le « copinage » ne le gênait pourtant pas. Enfin... seulement avec les personnes qui glissaient des billets dans sa poche, bien entendu. Et manque de bol, Aomine était justement à sec et il devait déjà une blinde à Kise, à qui il avait la fâcheuse tendance d'emprunter de l'argent. Comble de l'illogisme, quand on savait que LES comptes en banque d'Aomine débordaient de liquide, mais il fallait croire que prendre son meilleur (et unique) ami pour un distributeur automatique était moins fatiguant que d'aller tirer de l'argent directement.
« Hélas, dans ton propre intérêt, je pense qu'il aurait été préférable que ce soit le cas... »
« Quoi, à ce point-là ? Il n'a pas pris la peine de se présenter ou d'me montrer ses papiers tu sais, alors dis-moi : à qui ai-je refais le portrait ? »
« A ta place, je prendrai tout cela beaucoup moins à la légère. » Le prévint Imayoshi, embêté.
« Oh, allez quoi ! Au point où j'en suis, j'ai bien l'droit d'le savoir quand même ! Que j'sache si ça en valait la peine, au moins ! » Répliqua Aomine, d'un ton qui se voulait amusé.
« Laisse-moi te dire qu'en tous cas, tu as eu une terrible idée en frappant ce gars-là précisément. Je ne doute pas qu'il l'ait bien mérité, mais au final, ça va t'attirer plus d'ennuis qu'autre chose, alors j'espère que tu as bien profité de la satisfaction fugace de l'instant. »
« Pas suffisamment, si tu veux connaître mon ressenti. Mais je t'écoute, alors, dis-moi, de qui ai-je fracassé les molaires ? »
« Nash Gold Jr. »
« Connais pas. Bizarre. Pourtant, avec un blase pareil, il est sûrement acteur porno et dans ce cas, ça devrait me parler. Mais nan, même pas. Quelle tristesse. »
« Il s'agit pourtant du fils unique d'un magnat des affaires qui a fait fortune aux Etats-Unis et en Europe en lançant sa propre licence de salles de sport et de coaching privé. Dans le milieu du fitness et du sport de haut niveau, la famille Gold fait autorité. Leurs sociétés, Gold Gym et Gold Gears sont mêmes cotées en Bourse à Wallstreet depuis deux ans. Apparemment, ils ont pignon sur rue, tant leur commerce est florissant et ils comptent s'exporter prochainement au Japon et en Corée du Sud, dans le but de conquérir le marché asiatique. Plus impressionnant encore, d'après mes informations, leurs bénéfices s'élèvent à près de six cent millions de dollars rien que pour l'année fiscale en cours. »
« Ah ouais. Quand même. Pas le genre de salary men bourrés qu'on ramasse habituellement à la sortie des bars. »
« Non, clairement pas. Et en te montrant violent envers Nash, tu t'es attaqué à un empire financier tout entier. Une véritable machine à broyer de l'être humain. Bravo, je te félicite pour ta témérité et ta bêtise. »
« J'sens comme une pointe d'ironie là, non ? »
Imayoshi soupira et il cessa de tourner le dos à Aomine pour fouiller dans un des tiroirs de son bureau, dont il sortit un document qu'il remit à l'autre brun.
« C'est quoi ? Sa déposition pour que j'en fasse des confetti ? »
« Pas exactement, non. »
Le commissaire laissa son subordonné prendre connaissance tranquillement du contenu de cette feuille et Aomine ouvrit de grands yeux en lisant ce dont il était question.
« Une mise à pied d'un mois ? C'est une blague ? Putain, dis-moi que tu déconnes là ! »
Bon, il n'était pas encore officiellement viré, mais c'était tout comme...
« J'ai bien peur que non, Aomine-kun. Hélas, je ne peux plus te couvrir. Tu es allé trop loin et je n'ai aucunement le pouvoir d'infléchir cette décision à ton avantage cette fois, au vu de tes trop nombreux précédents débordements. Crois bien que cela me peine énormément de devoir tirer un trait sur notre précieuse collaboration. Devoir me passer d'un aussi bon élément que toi pendant un mois entier risque d'être un gros handicap. Enfin, il y a tout de même une petite chance pour que tu sois réintégré, lorsque le conseil de discipline ce sera prononcé sur ton cas... Même si je ne suis pas très optimiste à ce sujet, au vu des accusations qui pèsent contre toi, à plus forte raison avec le passif que tu te traînes en matière d'usage abusif et disproportionné de la violence. D'ailleurs, ne dit-on pas que la violence ne résout rien ? Et bien, tu viens d'en avoir la preuve irréfutable. »
Bordel, Aomine était sérieusement à deux doigts (ou, plus exactement, à deux phalanges) de lui en coller une à lui aussi. Son poing le démangeait, réclamant son tribu. Il fallait dire qu'Imayoshi semblait prendre cela un peu trop... bien, comme s'il était soulagé dans le fond d'être débarrassé de son encombrant collaborateur au sang chaud. Aomine n'était pas naïf au point d'ignorer qu'Imayoshi s'était mouillé plusieurs fois pour lui, endossant certaines de ses fautes pour le protéger et que du coup, le préfet avait souvent reproché à son chef son incapacité à le canaliser.
Cependant, les deux hommes s'entendaient globalement bien et Imayoshi était souvent ravi de trouver quelqu'un qui n'avait pas peur de se salir les mains pour lui, quitte à faire le sale boulot dont personne ne voulait. Mais apparemment, cette affaire sordide était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase et Aomine s'était complètement leurré en pensant que son chef prendrait encore une fois sa défense.
Parce qu'à présent, Imayoshi semblait prêt à se passer de ses services.
Définitivement.
Aomine avait du mal à croire à toute cette mascarade.
C'était sûrement un malentendu !
Pourtant, l'ordre qu'il tenait dans ses mains était bien réel. Palpable. Formel.
Et signé de la main d'Imayoshi en personne...
On ne voulait clairement plus de lui dans la police et on le lui faisait comprendre sans équivoque, en le jetant aux ordures après l'avoir usé jusqu'à la corde, sans la moindre sollicitude.
« Je suppose qu'au point où j'en suis, ça ne changera plus rien si je décide de te rectifier ta sale petite gueule de fouine ? » Objecta Aomine, en faisant craquer ses poings pour s'échauffer.
« En effet. Mais je préférerai autant que tu fasses des confetti avec cette lettre, ainsi que tu l'évoquais précédemment, si cela peut soulager. Bien que là encore, ta situation restera la même. Mais ça aurait peut-être au moins le mérite de te défouler quelque peu. »
« Et sinon, j'ai le droit de dire quelque chose avant d'aller voir ailleurs si j'y suis ? »
« Mais naturellement, fais donc, je t'écoute. » Accepta Imayoshi, s'armant même d'un stylo pour faire croire à Aomine qu'il était prêt à consigner ses réclamations dans un calepin.
« T'as vraiment pas de face et t'en as parfaitement conscience en plus, espèce de cuve à foutre... Mais tu sais, à force que tous les mecs avec du pouvoir que comptent cette ville se paluchent sur toi, tu vas finir par déborder et à ta place, j'ferai gaffe, parce que ça risque d'arriver plus vite que prévu... Oh et tant que tu y es, tu peux me rajouter cet ô combien mérité outrage à agent sur le dos, je m'en tartine allègrement le fion avec le pinceau de l'indifférence. » Asséna t-il avec autant de seum que Courtois, le gardien Belge après sa défaite contre l'équipe de France.
La fâcheuse tendance qu'avait Imayoshi de retourner sa veste venait donc de se confirmer de la pire des façons pour Aomine. Mais quitte à se faire sortir comme un malpropre, autant le faire avec classe (selon sa propre définition, bien entendu...) et de manière marquante.
« C'est tout ce que tu avais à dire ? Je suis un peu déçu, tu m'avais habitué à être bien plus incisif Aomine-kun, néanmoins, puisque tu as eu l'occasion de formuler tes observations, tu es libre de prendre congé à présent. Je t'accorde dix minutes pour vider ton bureau, dire aurevoir à tout le monde et quitter les lieux. Tu vas nous manquer, Aomine-kun. Ou pas, nous verrons. Seul l'avenir nous le dira. Quoiqu'il en soit, sache que ça a été un plaisir de travailler avec toi. Enfin, dans la majeure partie des cas. Oh et n'en veux pas à tes collègues s'ils n'ont pas eu le temps de préparer ton pot de départ, comme le veut la coutume. C'est que... vois-tu... la nouvelle vient tout juste de tomber pour eux également et je les ai comme qui dirai pris un peu au dépourvu. Cela étant, ils ont été mis au courant juste avant toi et personne n'a versé la moindre larme à l'annonce de cette tragique nouvelle. Tu comprendras, je l'espère, que j'ai agi avant tout dans le bien dans l'équipe, c'est pourquoi le premier concerné est toujours le dernier informé. Je ne saurai d'ailleurs que trop te conseiller d'envisager une reconversion professionnelle, parce que j'ai bien peur qu'une affaire de cette gravité ne te colle à la peau, te fermant les portes de tous les commissariats de l'archipel. Quoique, si cela peut t'apprendre à contrôler tes pulsions ou ne serait-ce qu'à te renseigner sur qui tu frappes avant de le faire, j'imagine que ce sera juste un mal pour un bien au final. Bonne chance pour la suite. »
Et ultime coup bas, tel un glaviot projeté en pleine face, Imayoshi tendit sa main vers le brun pour la lui serrer en guise d'adieu cordial. Bon, sauf que là, en l'occurrence, c'était Aomine qui était à deux doigts de lui cracher un glaire en pleine poire... Heureusement, il parvint à s'abstenir à temps. Sans demander son reste, il sortit tel un ouragan du bureau de son supérieur.
« Oh et Aomine-kun ! Merci de bien vouloir claquer la porte en sortant, elle a du mal à fermer en ce moment. »
… Ce que le brun ne se priva pas de faire...
Explosant la vitre au passage et faisant sortir la porte de ses gonds.
Ah oui et le petit écriteau indiquant « Bureau d'Imayoshi Soichi, Commissaire », s'écrasa lamentablement face contre terre aussi.
On se satisfait de ce que l'on peut et ceci faisait indéniablement partie des petits plaisirs simples de la vie...
Dont il faudrait se contenter plus souvent à l'avenir.
Il n'était pas encore midi, pourtant Kagami avait déjà faim.
Une bonne grosse dalle, même.
Et sommeil aussi, ce qui n'était sans doute pas une surprise, au vu de la nuit atroce qu'il avait passée. Immédiatement après le départ d'Aomine hier soir, le roux s'était mis au lit. Et encore une fois sans surprise, il n'était pas parvenu à s'endormir tout de suite. Et la situation ne s'était pas forcément arrangée lorsque Morphée s'était enfin décidé à venir le kidnapper vers trois heures du matin. Et pour cause, étant donné que Kagami avait passé une nuit infernale, ponctuée de cauchemars mettant en scène Nash, évidemment.
Il s'agissait pelle-mêle d'un gloubiboulga indigeste d'émotions négatives, de peurs viscérales et de souvenirs déformés.
Mais surtout, une question était revenue sans cesse, tournant en boucle dans son cerveau.
« Why does the bird fly ? »
Ce qui en français dans le texte donne pour les plus anglophobes d'entre vous :
« Pourquoi est-ce que l'oiseau vole ? »
En voilà une question à la con bien énigmatique, vous ne trouvez pas ? D'ailleurs, vous devez vous demander quelle rapport obscur elle a encore avec toutes les conneries que j'ai déjà pu relater dans cette histoire.
Enfin, j'imagine que les plus « Jean-Micheline Enquêtrice » d'entre vous sentiront le mystère s'épaissir un peu plus, non sans se dire « Nom d'une vache Normande, il serait peut-être temps qu'elle commence à nous fournir quelques réponses l'auteure, parce que là, ça fait trop de questions et on n'en voit plus le bout ! Ciel, même la série Lost semblait plus cohérente et compréhensible que cette fanfiction ! »
Mais que voulez-vous, on ne se refait pas et j'aime vous retourner les neurones (en multipliant les pistes), autant que j'adore lire vos petites théories ensuite !
N'hésitez donc pas à m'en envoyer tout plein !
Même si c'est juste pour me parler de complots fomentés par les Reptilluminazis ou Raptor Jésus, les Francmaçons ou encore concernant le « drama » du moment qui fait trembler le Youtube Game... (et pour celles qui n'ont pas suivi, je parle bien-sûr de la dernière sortie de Squeezie sur Twitter qui accuse certains de ses collègues – sans jamais citer de nom, comme c'est pratiiiique – d'abuser de leur notoriété pour se transformer en Pedobear et attirer des petites jeunes filles influençables dans leur lit.)
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à notre glouton en chef !
Le roux s'était donc mis en quête de nourriture pour se sustenter après cette nuit particulièrement infernale. Il fouilla son frigo, à la recherche d'un peu de lait, habitude qu'il avait héritée de sa vie aux States, puisqu'en effet, les asiatiques n'étaient pas très branchés lait pour petit-déjeuner, à la base.
« Faudrait vraiment que je trouve le temps d'aller faire les courses... »
Et inévitablement, il pensa à Aomine.
Son brun de voisin avait tendance à se négliger et Kagami se demanda s'il avait actuellement de quoi se nourrir correctement dans ses placards, ce dont il doutait fort. Aomine n'était pas du genre à cuisiner, ça, Kagami s'en était rendu compte lorsqu'il était venu faire le ménage chez lui et logiquement donc, le flic semblait être un grand adepte des plats préparés et autres boîtes de conserves, même si le roux soupçonnait Aomine de consommer plus souvent des bières et des chips en guise de repas équilibré... C'était d'ailleurs fou, presque impensable que le basané ne soit pas surpoids, vu ses déplorables habitudes alimentaires. On serait même en droit de se demander s'il n'hébergeait pas un clandestin de type « ténia » dans son estomac, d'ailleurs, pour afficher une ligne aussi irréprochable...
Toute en muscles...
… Souplesse...
… Et sensualité...
Kagami piqua un fard en sentant son train de pensée dérailler complètement et il secoua la tête pour chasser toute idée salace concernant son exécrable voisin de son esprit.
Hmm ! Voilà qui était NETTEMENT plus acceptable !
Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule – nan, c'est le contraire normalement – Kagami tomba sur la bouteille de lait qu'il cherchait. Il se sortit donc un verre, parce que pas question de boire au goulot comme le premier porc Aominesque venu et il versa le contenu de la brique dedans. Attirée par l'odeur alléchante de la boisson lactée, Sassy vint mettre son grain de sel en passant entre les jambes de son maître, s'y frottant et miaulant pour solliciter son attention.
« Tu as faim toi aussi ? Attends, je vais te sortir une boîte de pâtée. »
Ce que fit donc notre responsable ami des animaux, tandis que la petite chatte trottinait de joie vers sa gamelle, située dans le salon. Et alors que son maître s'accroupissant pour déverser la pâtée tant méritée dans la petite écuelle, Sassy grimpa sur la commode du salon et... par inadvertance... elle précipita Kagami dans les ténèbres, en faisant tomber le fameux colis qu'Aomine lui avait ramené la veille. Le roux n'avait pas pris le temps de l'ouvrir tout de suite et il l'avait du coup fatalement laissé croupir là depuis. Que Sassy lui rappela donc, en l'envoyant valser d'un coup de flanc droit sur le crâne de Kagami. Heureusement que son humain avait la tête dure et surtout que le paquet ne contenait rien de lourd.
« Hmm... ? Tiens, c'est le colis d'hier. Je l'ai complètement oublié. »
Mais cette fois, l'objet en question piqua la curiosité de Kagami, au grand désarroi de Sassy qui elle, attendait toujours sa pitance, sagement perchée sur la commode. Le roux choisit cependant de la délaisser le temps de se munir d'une paire de ciseaux pour ouvrir le fameux paquet. Il se demandait bien ce que ça pouvait être... et surtout, qui lui adressait ce cadeau inattendu. C'est que... l'expéditeur n'avait pas pris la peine de laisser ses coordonnées sur l'emballage... Mais on pouvait distinctement lire le nom et l'adresse du tigre en revanche. Ce n'était donc pas une erreur et cela ressemblait à du Alex tout craché. En effet, la blonde était réputée pour son étourderie et il ne serait donc pas étonnant qu'elle ait oublié de mentionner son nom en envoyant un présent à son ancien élève.
Ce fut donc avec une certaine bonhommie que Kagami entreprit de charcuter le carton...
Sans méfiance.
Sans inquiétude.
Juste avec une pointe de curiosité.
Et lorsqu'il parvint à extirper le contenu du sachet, Sassy se hérissa et découvrit les crocs, comme si elle venait de détecter une menace.
L'américain devint blême.
C'était comme si toute énergie venait de quitter son corps. Ses membres avaient été vampirisés de leur substance et ils le lâchèrent...
Sa tête tourna, ses jambes le trahirent et il s'écroula lourdement au sol, heurtant le mur dans sa chute. Le bruit fut suffisamment important pour alerter Biscuit ET Aomine, situés de l'autre côté. Le Berger Allemand se leva de son panier rongé et il commença à aboyer devant l'entrée vers laquelle il se précipita. Grattant la porte comme un forcené pour sortir, son comportement ne tarda pas à rameuter son maître. Aomine sortit donc dans le couloir avec son fidèle acolyte, se dépêchant de tirer le loquet pour déverrouiller son appartement. Il ne lui fallut parcourir que quelques mètres pour se retrouver sur le seuil de l'appartement de Kagami.
« Kagami ! Qu'est-ce qui se passe ? J'ai entendu un grand bruit ! Tout va bien ? »
Pas de réponse.
Et Biscuit qui continuait à aboyer et à couiner en collant sa truffe mouillée contre la porte d'entrée. Aomine comprit qu'il venait d'arriver quelque chose de grave pour que son chien agisse de manière aussi fébrile.
« Ouvre-moi ! Tu m'entends !? Kagami ! » Cria à nouveau le brun en tambourinant la surface boisée cette fois.
Mais toujours rien.
Pas le moindre signe de vie de l'autre côté.
Qu'à cela ne tienne, il en fallait plus pour dissuader le brun.
« Laisse-moi passer, Biscuit. »
Aux grands mots, les grands remèdes. Semblant percevoir le plan que son maître avait en tête, l'animal s'éloigna docilement, tandis qu'Aomine reculait à son tour pour prendre l'élan. Il inspira profondément, puis, il fonça épaule en avant vers l'obstacle. La porte fut percutée de plein fouet et il ne fallut que quelques coups pour qu'elle cède. Une fois qu'il l'eut enfoncée, Aomine la franchit avec son chien sur les talons et il ne tarda pas à localiser le corps avachi de son voisin. Biscuit fut le plus rapide cependant, se ruant sans hésiter sur Kagami pour lui lécher le visage. La grosse langue baveuse du canidé, couplée à son haleine chaude et pestilentielle, ramenèrent instantanément Kagami à lui, ajoutant une ligne supplémentaire à sa liste de raisons selon lesquelles il détestait les chiens.
Le roux tenta de repousser au mieux son tenace prétendant, qui semblait adorer lui rouler des pelles, tandis que Sassy se recroquevillait contre le meuble pour ne pas se faire repérer par l'autre animal.
« Kagami, est-ce que ça va ? » Demanda Aomine en s'accroupissant près de lui.
Cette fois, sa voix était douce... caressante comme du velours et Kagami en eut des frissons rien qu'à l'entendre flirter avec ses oreilles. Mais parce qu'il s'était cogné la tête plutôt violemment en chutant, il avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se produire et où il se trouvait...
« Ao... mine... ? Qu'est-ce que... tu fous... en slip et en chaussettes dans mon salon ? »
Ah ça.
Il n'y avait que le brun pour porter aussi bien le slip. Il n'y avait pas à dire, ce minuscule morceau de tissu était particulièrement saillant sur son corps parfait, moulant ses fesses musclées et mettant également en valeur une certaine partie de son anatomie, située sous son bas ventre... N'importe qui aurait eu l'air ridicule attifé ainsi. So 80's... Mais pas Aomine, comme le brun l'avait déjà précédemment en s'affublant d'un string FEMININ, en plus ! Le roux cligna des yeux et essaya de ne pas laisser son regard s'attarder trop longuement sur l'anatomie remarquable en tous points de son cher voisin. Il se frotta le crâne, mâchoire serrée par la douleur qui lui vrillait les tympans, ce qui incita Aomine à l'examiner rapidement pour s'assurer que son tigre n'était pas blessé.
« Fiou... Dieu soit loué, tu n'as rien ! J'dis ça et pourtant, j'suis pas croyant. » Soupira Aomine, soulagé de ne trouver aucune plaie. « T'excuseras mon accoutrement, mais j'ai pas franchement pris le temps d'enfiler un futal avant d'me précipiter ici. J'aurai p't'être du mettre des chaussons, cela dit... »
« Hmm... que s'est-il passé ? Je ne me souviens pas vraiment... je suis tombé ? »
« J'en ai comme l'impression, ouais. Heureusement, t'as l'air en un seul morceau et j'crois qu't'as rien de cassé, mais tu devrais peut-être passer par les urgences si ton mal de crâne persiste, juste au cas où... »
« Nan... ça va aller mais... » Son regard croisa celui de son voisin, reflétant de l'incompréhension, au fur et à mesure qu'il reprenait ses esprits. « … qu'est-ce que tu fiches ici à cette heure-là ? T'étais pas sensé bosser aujourd'hui ? Je croyais que... »
« Ouais, bah t'as mal cru, c'est tout. Et puis, c'est quoi c'bordel dans ton appartement ? Y a un antiquaire qui l'a pris pour son entrepôt ? C'est à toi toutes ces babioles ? Dire que tu te plaignais que j'sois bordélique... Enfin, il paraît que ce sont toujours les cordonniers les plus mal chaussés... » Le coupa promptement Aomine pour faire diversion.
« … Aomine, dis-moi la vérité et n'essaie pas de changer de sujet. » Exigea le rouge, sans pour autant faire preuve de remontrances dans la voix.
« J'ai été viré, voilà. »
« Quoi !? » S'étouffa à moitié Kagami.
« Nan mais on s'en fout, on parle d'ça plus tard ! C'qui compte pour l'instant, c'est toi ! Comment tu te sens ? T'as encore la tête qui tourne ? Et puis d'abord, comment ça s'fait qu't'es tombé ? T'as glissé sur une peau de banane comme dans Mario Kart ou quoi ? » Plaisanta t-il pour détendre l'atmosphère et surtout pour désamorcer la situation.
L'humour avait toujours été la meilleure arme du brun et il espérait bien qu'elle lui sauve la mise cette fois encore.
« Raconte-moi au moins ce qui s'est passé... Même si c'est la version courte... »
Devant le silence d'Aomine, Kagami insista.
« Please... »
Ce fut le mot, l'intonation de trop.
Aomine sentit sa résolution voler en éclat. Il y avait tant d'inquiétude et de sincérité dans les yeux de Kagami que cela le fit craquer.
« Tu t'souviens le mec que j'ai décalqué hier soir au resto ? Ben il s'avère que c'était un V.I.P. Very Important Pourriture ! LE gars à ne surtout pas cogner ! Mais comment j'étais sensé l'deviner ? Oh et puis, tu sais quoi ? Même si j'avais été au courant, je me serai quand même essuyé les phalanges sur sa tronche de gland, ça n'aurait strictement rien changé ! Enfin... toujours est-il que cet enfoiré est allé pleurer dans le bureau de mon boss, qui a décidé de m'infliger une sanction exemplaire, en échange d'un joli chèque à quatre zéro, j'imagine... »
« T... Tu veux dire que tu t'es fait renvoyer par ma faute ? » Murmura faiblement le tigre en baissant la tête.
« Va surtout pas penser ça, t'y es pour rien ! Et si c'était à refaire, je recommencerai sans hésiter ! »
Mais ces paroles ne suffirent pas à rassurer Kagami, qui se sentait foncièrement coupable. Si Aomine avait perdu sa place, c'était à cause de lui. Qu'allait-il faire à présent ? Pour autant... le rouge ne parvenait pas à lui parler de Nash. Ce serait pourtant la moindre des choses, il devait bien ça à Aomine, car même en essayant de le laisser en dehors de ses histoires, il l'y avait embarqué malgré lui...
Malgré tout, Aomine ne semblait pas lui en vouloir et il le força même à relever le menton.
« Taiga, regarde-moi. »
Appelé par son prénom, le tigre ne put résister, plongeant à nouveau ses prunelles dans celles de la panthère.
« Crois-moi, tu m'as rendu un fier service en réalité et je devrai même plutôt te remercier pour ça. C'est vrai quoi, ce job était merdique... Je n'avais aucune liberté d'action, ça ne me convenait pas, il y avait trop de règles, trop de procédures à suivre... C'était pas fait pour moi, de toute évidence, on perdait un temps fou à remplir des papiers, sans pouvoir agir et l'inaction, c'est pas mon truc. »
« C'est vrai ? »
« Puisque j'te l'dis ! En tous cas, moi, j't'en suis reconnaissant et bien entendu, j'suis pas en train de dire ça pour que t'aille mieux hein ! »
« Ca, j'en doute... Mais... Je vais quand même faire semblant de te croire. Du coup, qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ? »
« J'en sais rien. J'ai pas encore eu le temps d'y réfléchir sérieusement. Mais j'trouverai bien, t'as pas à t'en faire pour ça ! Après tout, j'suis plutôt débrouillard comme mec ! » Tenta t-il de le rassurer pour la énième fois.
Les arguments du brun semblèrent faire mouche. De toute façon, Kagami n'avait d'autre choix que celui de croire Aomine, même s'il se doutait que le basané lui mentait de manière éhontée.
« Bon, revenons-en à toi ma chère Belle au Bois Dormant ! Comment se fait-il que tu sois tombé dans les pommes ? Aurais-tu, justement, croqué dans une pomme empoisonnée pour en arriver là ? »
« La pomme, c'est dans Blanche-Neige, Aomine. Tu ne connais pas tes classiques. » Rit un peu Kagami, surpris par sa gentillesse.
« Ouais, bah tu vois, ne plus avoir de boulot va me permettre de pouvoir les réviser étant donné que j'vais avoir plein de temps libre pour ça dorénavant. »
Et tandis qu'Aomine se laissait aller à caresser tendrement le visage de Kagami, son regard fureta dans la pièce et... tomba nez à yeux avec...
« Tiens, c'est quoi ça ? »
… Le paquet qu'il avait ramené hier, éventré au sol et posé non loin de lui...
… Un collier.
Mais pas dans le genre de la chaîne en argent que portait Kagami, non, non, on aurait plutôt dit... un collier de chien.
En plus gros.
Tout en cuir avec des piques (ce qui lui conférait un aspect très... SM...) et même une médaille sur laquelle était distinctement gravé le nom « Mine. » Et il ne s'agissait en aucun cas d'un diminutif pour le nom « Aomine », parce que hey, qu'est-ce que ça foutrait là franchement ?
Pas besoin d'être un génie sorti de Todai avec mention pour comprendre que c'était de l'anglais et d'après les vagues souvenirs d'Aomine cela signifiait l'appartenance à quelqu'un. L'instinct de flic du brun se chargea d'établir le reste des connexions manquantes...
… aidé par la réaction horrifiée de Kagami lorsqu'il posa à son tour le regard sur le collier.
Et encore une fois, nul besoin de s'appeler Midorima pour faire le lien avec le rouge...
Etant donné que ledit collier provenait du colis adressé à Kagami et le fait qu'il soit à taille humaine, il était clair que cet objet n'était pas destiné à un animal. Ce que confirmait malheureusement l'inscription gravée dessus...
Le roux se recroquevilla automatiquement sur lui-même, le visage fermé, les larmes perlant dans ses beaux yeux rubis humides, sans parvenir à couler.
Et là, tout devint clair pour Aomine.
Les pièces du puzzle s'assemblèrent toutes seules.
Kagami agissait exactement de la même façon qu'hier, lorsqu'ils avaient croisé la route de cette ordure peroxydée.
Cela suffit à mettre la puce à l'oreille de Détective!Aomine, tant cette réaction psychosomatique en disait long...
« BORDEL DE MERDE ! » S'écria Aomine. « J'aurai du m'en douter, ce mec, celui d'hier, c'était... »
Malgré son haussement de ton, Kagami n'avait pas bougé. Il paraissait totalement déconnecté de la scène, de la réalité, plongé dans les limbes de sa mémoire confuse.
« Oi Taiga ! Taiga, réponds-moi ! » Commença Aomine, l'attrapant par les épaules pour le secouer doucement.
Sans succès.
Et le brun avait déjà assisté à cela avant. C'était typique des victimes de mauvais traitements, hélas. Il fit claquer ses doigts devant Kagami pour le sortir de sa léthargie, de son cauchemar éveillé, mais là encore, sa tentative se solda par un échec...
Profondément affecté et inquiet de le voir ainsi prostré en n'étant plus que l'ombre de lui-même, Aomine prit son rival dans ses bras, l'entourant de sa chaleur et il se laissa aller à l'embrasser avec d'infinies précautions, effleurant seulement ses lèvres pour ne pas risquer de lui faire peur. Il souhaitait seulement que Kagami ressente sa présence et s'y raccroche. Voir Kagami ainsi était extrêmement douloureux pour Aomine qui en voulait à la Terre entière, à commencer par lui-même. Comment n'avait-il pas vu l'évidence plus tôt ? Il se sentait con, con et stupide de s'être laissé berner aussi facilement hier ! S'il avait su, il aurait doublement fracassé l'enculé responsable de l'état de Kagami, en l'envoyant faire un tour aux urgences par dessus le marché.
En tous cas, une chose était sûre.
A présent, Aomine regrettait ses agissements antérieurs envers son voisin. Plusieurs fois, il avait dépassé les bornes, se montrant même virulent et blessant en plusieurs occasions et aujourd'hui, avec les nouvelles informations qu'il venait d'obtenir, il s'en voulait. Il regrettait de s'être conduit comme le parfait connard de service.
Mais il paraît qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire...
« Je suis là maintenant... Taiga, écoute-moi... je ne laisserai plus personne te toucher. J'te protégerai et j'buterai tous les fils de pute qui essayeront de te faire du mal. »
Ses paroles, son intonation, tout se voulait rassurant.
Le basané berçait Kagami avec tendresse, sans geste brusque et lorsque sa bouche n'était pas occupée à prononcer des mots doux, c'est parce qu'elle embrassait le rouge. Kagami lui rappelait Kise. Le blond était passé par une phase similaire, suite aux atrocités qu'il avait subies. En tous cas, maintenant, tout était clair. Ce n'était pas un hasard s'ils étaient tombés sur l'ex de Kagami dans ce restaurant. Ce foutu amerloque était sans doute en train de les pister. Et puis maintenant, il avait l'adresse de Kagami... Le roux risquait de ne plus se sentir en sécurité dans l'immeuble et il voudrait sûrement partir, mais Aomine ne le laisserait pas.
Pour la première fois, le brun colérique réalisait qu'il avait autant besoin de Kagami que l'inverse.
Le roux n'aurait qu'à rester ici.
Aomine veillerait sur son tigre blessé. Oui, ce serait plus facile de le protéger si Kagami continuait à partager le même pallier que lui et comme il n'était plus lié par de quelconques obligations professionnelles, Aomine pourrait même le faire à plein temps.
Kagami finit par se détendre et fermer les yeux, si bien qu'il ne remarqua même pas quand Biscuit se colla à lui. Les animaux domestiques sentent la détresse des humains et le Berger Allemand n'échappait pas à la règle. Il coucha donc sa tête sur les genoux du rouge, qui ne remarqua rien, signe évident que sa phobie des chiens n'était rien comparée à celle qu'il éprouvait envers Nash.
Quelques instants plus tard, le cocktail manque de sommeil/trop plein d'émotions rattrapa Kagami, qui s'endormit dans les bras de sa panthère...
Lorsque Kagami émergea, il était sans doute tard, comme le laissait penser le peu de luminosité dans sa chambre. Bizarre, il ne se rappelait pas s'être assoupi... et encore moins dans son lit... Mais ce fut en sentant un poids au bout de son matelas qu'il comprit et sursauta.
Un cri d'effroi irrépressible lui échappa.
« Aaaaaaahhh ! »
Biscuit, couché aux pieds du tigre sur son lit, releva la tête, la penchant légèrement sur le côté, visiblement un peu surpris par l'élan vocal de Kagami.
Aomine arriva en trombe dans la pièce, prêt à... à... pâtisser quelqu'un à mort... (?) à en juger par le rouleau à pâtisserie qu'il tenait dans sa main droite.
« Fioou... j'ai flippé, je croyais que tu faisais encore un cauchemar ou que ce connard avait réussi à entrer ici par la fenêtre ou que sais-je... »
« What the fuck ? Aomine, tu peux m'expliquer comment t'es entré ? Et dis à ton sale clébard de descendre de mon lit ! »
« Hmm... t'as l'air d'être à nouveau toi-même, c'est bien ! » Sourit le brun.
« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? »
Mais le rouge regretta bien vite sa question, lorsqu'une autre interrogation, HAUTEMENT PLUS GRAVE, fusa dans son esprit...
… QUE FAISAIT AOMINE ICI, A MOITIE NU, AVEC UN SLIP TELLEMENT PETIT QU'IL PEINAIT A LUI ... C-COUVRIR LE CUL !?
… Et avec un... ceinture... autour de la taille, contenant un étui dans lequel était glissé un... FLINGUE !?
Immédiatement, une autre question fit suite à cette constatation et Kagami s'empressa de soulever son drap pour vérifier que...
Ouf ! Il était toujours habillé !
Cela voulait sans doute dire que lui et le brun n'avaient pas couché ensemble ! Mais mieux valait s'en assurer, au cas où... Juste au cas où... telle une Anastasia qui se réveille dans le lit de Christian Grey, après une nuit de débauche. A ceci près que Kagami ne se souvenait pas avoir bu, lui...
Mais n'était-ce pas là l'un des premiers signes de biture sévère ?
« Aomine... dis-moi... est-ce qu'on a... ? »
« J'comprends rien, qu'est-ce que tu baragouines ? »
« … Est-ce qu'on a... couché ensemble ? Je veux dire... toi et moi.. »
« Heu tu veux dire... présentement ? »
« Ou-ouais... »
« Ahahahah bien-sûr que non ! Tu dormais, j'te signale ! T'as cru quoi, que j'étais nécrophile ? Je sais qu'j'ai des défauts, mais quand même ! Moi j'aime qu'on participe ! Faut qu'ça bouge un minimum, sinon j'arrive pas à bander ! »
Et Kagami de soupirer de soulagement UN PEU TROP FRANCHEMENT... Ce qui n'était pas une bonne idée. Normalement, c'était lui qui aurait du être vexé qu'Aomine se moque de lui ainsi, mais finalement, c'était l'arroseur arrosé.
« Héééé ! C'était quoi ça !? T'aurais pu faire semblant d'être déçu, au moins ! »
« Sûrement, mais je pense que ta déception aurait été encore plus grande si nous avions réellement couché ensemble et que j'avais tout oublié, tu ne crois pas ? »
« Mouais, c'est pas faux. Tu marques un point. »
« Alors... tu veux bien m'expliquer la raison de ta présence ici... en slip... et armé ? »
Pour Aomine, il était clair à ce stade que Kagami refoulait ses souvenirs. Sa mémoire devait choisir d'effacer certains faits pour préserver le roux et le brun prit donc place sur le bord de son lit.
« Tu t'es évanoui tout à l'heure je crois, comme si tu avais eu un malaise, mais j'en suis pas sûr et comme tu répondais pas, bah j'ai décidé de venir vérifier par moi-même. Du coup, j'ai été obligé d'enfoncer ta porte d'entrée. »
« TU AS FAIS QUOI !? » Eructa Kagami.
Les conneries de ce type allaient le tuer, un jour.
« Nan mais m'engueule pas, c'est pas grave, une porte, ça se remet hein ! »
« T'as intérêt à réparer tes conneries tout seul ou à payer la facture ! »
« Hé ! C'est comme ça que tu remercies le mec qui t'a sauvé la vie ? Sympa ! »
« … Ouais bon, excuse-moi... c'est juste que j'ai pas les moyens de faire remplacer une porte en ce moment... »
« Nan mais c'est pas grave ça, j'comptais m'en occuper de toute façon... Enfin, je veux dire, au pire des cas, tu pourras voir ça avec ton propriétaire. Ca doit être prévu dans ton contrat de location ce genre de pépin... »
« Heu... je n'suis pas certain qu'il y ait une clause qui prévoit la prise en charge de les réparations de la porte, suite à l'enfoncement de celle-ci par le voisin... »
« Mais c'était un cas d'urgence ! »
« J'entends bien, mais mon proprio risque de ne pas être de cet avis, lui... »
« On trouvera bien un moyen, t'inquiète. J'irai lui parler s'il le faut. »
« Ouais, on verra... Et sinon, c'est pour quoi le pistolet que tu portes à la ceinture en mode cowboy ? Ca ne me semble pas très indiqué en cas de malaise vagal... » Fit Kagami, en désignant l'arme (de service ?) de son compagnon.
« Hmm... tu ne te souviens vraiment de rien, alors ? « Le brun marqua une pause avant de reprendre plus sérieusement. « En tous cas, tout à l'heure, quand j'suis arrivé, t'avais l'air de te souvenir qu'on avait croisé ton ex au resto hier soir... »
« C-comment tu l'sais ? J'veux dire... qu'est-ce qui te fait dire que c'était mon ex ? » Pâlit Kagami.
Il ne se rappelait en effet pas avoir avoué une information d'une telle importance à Aomine ! Se pourrait-il donc que le basané l'ait deviné tout seul ? Après tout, il était flic et Kagami pensa qu'il n'était pas impossible que quelque chose dans son comportement l'ait trahi à ce sujet...
Aomine reprit donc la parole. Bon au moins, Kagami ne niait pas, c'était déjà ça...
« On s'en tamponne les couilles de ça ! J'le sais, c'est tout ! Et tu aurais vraiment du m'en parler avant, d'ailleurs... Ca m'aurait évité... de faire et surtout de dire de la merde... »
Wow. Kagami était-il encore en train de rêver, ou Aomine venait-il de lui présenter maladroitement ses excuses ?
« Tu ne pouvais pas savoir. Laissons cela au passé, tu veux bien ? »
« Nan, c'est trop facile, j'tiens à faire amende honorable ! »
« Et ça implique de venir faire des rondes en slip et en chaussettes chez moi avec Biscuit et ton arme de service ? »
« Alors pour commencer, j'sais pas pourquoi tu fais une telle fixette sur mon slip. Ou mes chaussettes. Qui sont propres. Les deux, je précise. A moins que je n'ai une tâche sur le cul et dans ce cas-là, tu m'excuseras mais j'l'avais pas vue étant donné que j'suis pas encore capable de tourner ma tête à 180° comme dans l'Exorciste. Ensuite, c'est pas mon arme de service ! T'as cru quoi ? Ils nous filent que des pétards dans la police, même pas de quoi faire peur à un chat ! J'ai carrément vu des gosses mieux équipés que nous et ils avaient que des lance-pierres, c'est dire la crédibilité de notre armement... »
« Bah alors d'où tu sors ce flingue ? »
« C'est pas un simple « flingue » pour commencer, c'est un 357 Magnum, modèle Smith and Wesson et j'peux t'assurer qu'on n'en trouve pas de ce calibre-là sur le sol Japonais ! En fait, il appartenait à ma mère, qui l'avait fait importer des Etats-Unis dans les années quatre-vingt... »
« Ah bon ? Ta mère était policière aussi ? »
« Ouais... quelque chose comme ça, on va dire... » Répondit évasivement Aomine. « Au départ, j'ai hésité à simplement le glisser dans mon slop en le prenant avec moi. Puis, j'me suis dit qu'au réveil, ce serait un peu rude pour toi de voir une telle bosse à cet endroit et que tu risquais de ne pas m'laisser l'temps de m'expliquer, avant d'me fracasser un vase sur la tête en traitant de pervers... »
« Hmm... Tu commences à me connaître, on dirait. C'est totalement quelque chose que j'aurai pu faire. Mais tu sais que si tu avais enfilé un pantalon entre temps, cela t'aurait évité cette inutile prise de tête ? »
« Han. J'aurai du y penser, c'est clair... »
« N'est-ce pas ? »
« Ouais bah on dirait que j'étais trop pris dans le feu de l'action pour avoir des pensées cohérentes ! »
« Ca t'arrive souvent, j'ai l'impression... »
« Sympa, c'est ma fête ou quoi ? Bref, j'disais donc qu'actuellement, t'as besoin d'une garde rapprochée... »
« Non mais tu déconnes !? Et pourquoi ça ? »
« Parce que ce type... ce Nashville, il sait où tu crèches ! »
« C'est Nash... pas Nashville, crétin ! Nashville, c'est un patelin et non une personne ! »
« Peu importe ! J'viens d'te dire qu'il est courant de ton adresse ! J'sais pas comment il l'a su, mais du coup, t'es plus en sécurité ici... »
« Comment ça ? »
« Tu te souviens le colis que je t'ai apporté hier ? Qu'on avait livré chez moi par erreur ? Bah, ça venait de lui, aucun doute là-dessus vu ce qu'il contenait ! »
« Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? Y avait quoi dans ce paquet ? Une bombe artisanale ? » Ironisa un peu Kagami, sans se rendre compte qu'il caressait machinalement la cuisse de basané.
« Heu nan... pense... plus petit ! »
« Il existe des bombes minuscules mais bon... disons... une fiole de poison ? »
« Perdu, c'était un collier. Et t'es devenu tout bizarre en le voyant. »
« Un collier... ? »
Ok là, Aomine se foutait de sa gueule.
Obligé.
« Et donc... heu... je serai tombé dans les pommes à cause d'un collier ? » Devina Kagami, de plus en plus largué.
« Mais naaaan t'es pas tombé dans les pommes à ce moment-là ! C'était avant, tu suis un peu !? Fais un effort putain ! »
« J'y peux rien si tu racontes les histoires aussi bien qu'un gland malade ! »
« Bah t'as qu'à écouter un peu mieux, si tu veux pas que j'te débouche les oreilles avec mon gland justement ! »
« Hmmpff... et donc, y avait quoi sur ce collier de si terrible ? »
« Attends. C'était pas n'importe quel collier. »
« C'est-à-dire ? »
« Bah laisse-moi finir, j'y viens ! C'était un collier de clébard. Genre... mauvais genre justement. Tu vois le style fin, rose bonbon et avec des petits strass ? Bah c'était tout le contraire. »
Kagami se pinça l'arête du nez.
Ca allait être compliqué d'écouter les inepties d'Aomine plus longtemps, sans perdre patience...
« Mais pourquoi est-ce qu'il m'aurait envoyé un collier pour chien d'abord !? »
« Hey, c'est ton ex, d'accord ? Pas l'mien ! Il a p't'être des fantasmes chelous, qu'est-ce que j'en sais moi ? »
« Une minute... tu m'as dit qu'il y avait quelque chose d'inscrit dessus, c'était quoi ? »
« Mine. »
Cette fois, le cœur de Kagami se serra et il prit beaucoup moins ces péripéties à la légère. Pas de doute, c'était FORCEMENT Nash ! Il n'y avait que lui pour imaginer un coup aussi tordu et avilissant.
« Tu m'crois maintenant ? T'en fais pas, j'ai jeté cette merde à la poubelle pour éviter que tu retombes dessus accidentellement dans tous les sens du terme. »
« Merci... » Répondit faiblement le roux, encore sonné.
Alors, cela ne s'arrêterait jamais ? Nash ne le lâcherait pas ? Malgré leur séparation, le blond semblait décidé non pas à le reconquérir, mais à le reprendre de force, en indiquant qu'il lui appartenait toujours... Comme une possession. Comme un vulgaire animal. Comme un... objet.
Un esclave sexuel...
Le pompier frissonna.
Il avait la nausée.
« C'est bon Aomine, je te remercie de m'avoir raconté tout cela et d'avoir pris soin de moi pendant que j'étais... en crise... mais... tu vas pouvoir rentrer chez toi maintenant. »
« Tu en es sûr ? »
« Oui, j'me sens mieux, promis. Et puis, comme je te l'ai déjà dit, ça ne te concerne pas... »
« Ca, ce n'est pas à toi d'en décider, je regrette Kagami. Ca m'a toujours concerné, depuis le début, depuis que je t'ai rencontré... » Depuis que le destin t'a mis sur ma route... Pensa même Aomine. « Et je comprends mieux ta méfiance à mon égard à présent. J'suis désolé de t'avoir brusqué comme je l'ai dit. J'dis pas que ça n'arrivera plus dans le futur, mais j'vais essayer de faire attention à ne pas dépasser les bornes, ok ? »
« Aomine... »
« Nan, écoute-moi. On est dans cette galère tous les deux, que tu le veuilles ou non. J'me suis p't'être fait virer de mon taf, mais je n'en reste pas moins un flic dans l'âme et j'exècre l'injustice. Ton ex s'est vraiment attaqué à la mauvaise personne et sous mes yeux, qui plus est. Je ne peux donc plus les fermer. C'est trop tard, il aurait du y réfléchir avant... »
« T-tu n'as pas à faire cela, je m'en sortirai seul. »
« Je n'en doute pas. J'suis pas en train d'te dire que t'es faible ou quoi. Mais je veux t'aider, parce que si je t'aide, tu t'en remettras plus vite. C'est logique, non ? Alors laisse-moi être là pour toi, Taiga. Steuplé. J'te demande pas de m'autoriser à devenir ton garde du corps personnel, de t'escorter au taf et aux chiottes, mais au moins, je veux que tu puisses compter sur moi en tant qu'ami. Même si je suis à chier par moment et que j'vais encore faire plein d'erreurs avec toi... »
Le rouge s'empourpra, touché par les paroles amicales et sincères de son voisin. Honnêtement, il n'en attendait pas tant de sa part. Il semblait déjà loin le chantage de la veille. Aomine était véritablement un gars épatant. Un cœur d'or surmonté d'une couche de gras de cochon... que Kagami prenait plaisir à découvrir sous un angle nouveau...
« Ok, ok, de toute façon, je n'ai pas le pouvoir de t'en empêcher, je présume ? »
« Exactement. En tous cas, maintenant, c'est sûr. On sait que ce n'était pas le hasard et que ton ex va sûrement essayer de revenir. Mais on a une petite longueur d'avance sur lui et je compte bien en tirer parti... »
« Que veux-tu dire ? » S'étonna Kagami, sans cesser de caresser la cuisse de l'autre homme.
« Et bien, tu te souviens du colis qu'il t'a envoyé ? Apparemment, il a ton adresse et il sait où tu habites. Apparemment. Parce que dans les faits, il s'est planté. Une toute petite imprécision qui va lui coûter très cher... » Sourit Aomine en tripotant son arme (et je parle bien de son gun...). « C'est MOI qui l'ai reçu. Il pense donc actuellement que tu vis chez moi, tu comprends ? En plus, j'ai signé le bon du livreur à ta place, ce qui risque de le conforter dans son erreur. Faut simplement qu'on trouve le moyen de tirer avantage de cette info. »
« Hmm... d'accord, mais j'ignore ce qu'on peut faire... »
« Laisse-moi m'en charger, ok ? C'est un boulot de flic, ça ! »
« … Boulot que tu n'as plus, par ma faute... »
« Je t'ai déjà dit d'arrêter avec ça, Taiga ! Tu fais chier, p'tain ! »
Et Aomine de lui coller un coup d'oreiller en pleine poire.
Non mais !
Le rouge répliqua par la même, mais le tout dans une ambiance bonne enfant.
« Bien, bien, je vous laisse vous en occuper Monsieur l'Agent... Mais... même en sachant qu'il s'est planté sur l'adresse, il n'en demeure pas moins qu'il était très proche de me localiser... et le revoir hier de cette façon là, ça m'a fait un choc... J-j'ai du mal... à m'en remettre... alors... s-si tu pouvais rester ici ce soir... juste le temps que je digère tout ça... je c-crois que ça me rassurerait. Une présence amicale me ferait du bien... Mais s-si t'as autre chose de prévu, j'comprendrai hein ! J'peux toujours demander à Tatsuya si tu peux pas t'libérer... »
« Qu'est-ce que tu racontes, Duschmol ? Bien-sûr que j'vais pas t'abandonner ici tout seul ! Moi et Biscuit, on va rester avec toi et veiller sur toi pendant qu'tu t'reposes. »
« Merci... et hmm... une dernière chose... On peut savoir c'que tu peux fabriquais avec mon rouleau à pâtisserie alors que tu avais ton flingue sur toi pendant tout ce temps ? »
« Ahhh nan mais ça, c'est parce que j'comptais te préparer un p'tit plat vite fait pour t'aider à te remettre de tes émotions ! »
« Heuuuu non mais ça va hein ! Te sens surtout pas obligé ! J'peux cuisiner pour nous, tu sais ! J'suis pas mal en point... à ce point quand même ! Allez accepte, en signe de reconnaissance ! »
Surtout qu'Aomine au fourneaux égal mort dans les boyaux !
« Mokay, j'dis pas non dans ce cas. Hey c'est marrant n'empêche, tu te rappelais pas du collier, mais que j'avais perdu mon taf, ouais par contre. »
« M-ma mémoire me joue des tours en ce moment... » Confessa t-il, penaud.
« Ouais, j'avais déjà remarqué... C'est pour ça que mon offre de consultation tient toujours. »
« Et ma proposition d'y réfléchir tient toujours également. J'ai besoin... d'encore un peu de temps, d'accord ? »
Le brun hocha de la tête pour montrer son approbation et Kagami se leva donc pour aller préparer le dîner du soir. Bon, il fut tout de même convenu qu'Aomine dormirait sur le canapé et non pas dans son lit... et qu'il devrait enfiler une tenue un peu plus décente que ce slip ridicule... Et tandis que ce repas fut le PREMIER qu'ils passèrent de manière NORMALE et CORDIALE, sans incident, en dehors du fait que Biscuit se mit à courser Sassy à un moment pour lui voler ses croquettes, l'heure de se faire dodo arriva rapidement. Aucun des deux ne traîna à regagner son poste : la chambre à coucher pour Kagami et le canapé du salon pour Aomine.
Le brun prenait son rôle tellement à cœur que pour rassurer Kagami, il était disposé à rester éveillé toute la nuit pour faire le guet.
Mais quelle ne fut pas sa surprise, lorsque Kagami vint le rejoindre quelques minutes seulement après s'être couché. Au départ, Aomine crut que le roux avait simplement envie d'aller assouvir un besoin naturel aux toilettes, (ben, quoi ? Ca arrive !) sauf qu'il s'avéra que son hôte du soir le rejoignit dans le canapé.
Sans piper mot, Aomine se poussa naturellement pour lui laisser une place.
Kagami vint se nicher également en silence dans ses bras, tête appuyée contre son torse pour écouter la musique apaisante produite par le cœur de l'ancien policier réformé.
Au bout d'un moment, plongés dans le noir à ne pas bouger et à ne pas se parler, Kagami prit la parole.
« Aomine... tu sais pourquoi que les oiseaux volent ? »
Heu... c'était franchement bizarre comme question, mais Aomine eut la décence de ne faire aucune remarque dessus et il réfléchit un instant, avant de réplique, craignant sans doute de donner la mauvaise réponse. (si tant est qu'il y en ait une...)
« Parce qu'ils le peuvent, je suppose... ? C'est dans leur nature. »
« ... »
Apparemment, ce n'était pas exactement la réponse que Kagami attendait.
Néanmoins, le rouge se garda bien de faire la moindre réflexion et il sourit même légèrement, se blottissant bien contre Aomine.
« Bonne nuit Daiki... »
Perplexe, le brun cligna des yeux.
« Hey, si tu m'appelles par mon prénom, ça veut dire que j'ai eu bon ? Oi Taigaaaaaa ! Ca s'fait pas, réponds-moi au moins, avant d'te mettre à pioncer !»
Et voilà, c'est (déjà) la fin !
Alors non, contrairement aux apparences, ce chapitre n'est pas le plus long que j'ai pu pondre jusqu'ici, puisqu'il flirte avec les 18630 mots. Cependant, on reste dans la moyenne haute quand même !
Comme d'habitude, dites-moi ce que vous en avez pensé, ce que vous souhaitez voir dans la suite de l'histoire, vos impressions sur le cheminement etc etc etc... Ecrivez tout ce que vous voulez quoi !
Pour celles qui sont en vacances comme moi, profitez-en au maximum et à très vite :p !
