La Bataille De L'Ouest Emnet

Je ne saurais pas dire ce qui est le plus chiant. Le fait que mon plan ne se passe pas comme prévu ou le fait que je suis maintenant coincé dans le camp des sauvages ?

J'avoue, j'espérais, comme le dernier des idiots, qu'ils s'entre-étriperaient pour mon beau sourire. Sourire qu'ils n'ont toujours pas vu étant donné que je n'apparais que voilé hors du pavillon que j'occupe en ce moment.

Bergen avait un pavillon plus grand que je ne le pensais dans ses affaires, celles que je me suis appropriée sitôt arrivé. Bon, on est encore loin du deux-pièces avec cuisine et douche de campagne, mais au moins je peux y tenir debout et au sec, ce qui en soit est déjà un exploit. Il a recommencé à pleuvoir dès le lendemain de mon arrivée et si je n'en avais pas donné l'ordre, ces ahuris de barbares du Dun auraient laissé crever les prisonnier de pneumonie. J'ai encore dû arguer que j'en avais besoin pour obtenir des information et distribuer quelques baffes pour mettre les formes à mes exigences. Mais ma situation ne fait qu'aller en empirant.

Les anciens avaient définitivement plus de pouvoir que ce à quoi je m'attendais. Ils ont commencé à réunir leurs clans pour discuter. Moi qui espérais que les jeunes auraient le sang suffisamment chaud pour éviter les palabres, ben j'en ai été pour mes frais. Seuls une demi-douzaines de jeunes brutes bien épaisses sont venues me voir en me disant qu'elles se sentaient la carrure de devenir chef de guerre. Heureusement, ou malheureusement, je n'ai pas écopé des plus malins de la bande. Mais au moins je les ais convaincus de me rapporter ce qui se disait dans leur clans respectifs.

Ma warg grogne depuis le coin du pavillon que je lui ai alloué. Avec toutes ces personnes dehors qui ne rêvent que de me faire la peau, les vieux surtout, je préfère l'avoir avec moi dedans. Peu après, deux hommes sauvages solidement bâtis écartent un pan de mon pavillon en traînant Mewyn par son tronc d'arbre. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'après avoir passé une nuit dehors à moitié nue et la plus grande partie de la journée sous la pluie, elle n'a pas bonne mine.

- On vous a amené leur catin, commente l'un des deux hommes avant de partir sur un rire gras.

Je le toise froidement, les mains dans le dos, et ai le plaisir de constater que ça le calme assez rapidement.

- Quand vous aurez terminé vos pitoyables bouffonneries, je vous prierais de me la déposer ici, dis-je en désignant un espace vide dans le pavillon.

- Vous la voulez pas plutôt sur la paillasse ?

Je préfère ne pas répondre, ce qui est plus éloquent à mon avis que tout ce que je pourrais dire à un abruti pareil.

Mewyn est évanouie de toute façon. Ils la jettent sans égard là où je leur ai demandé. Je leur fait ensuite signe de me laisser. J'ai droit au traditionnel coup d'oeil égrillard mais je m'en moque tandis que je me penche sur la colosse. J'aimerais la détacher, mais à mon avis ce serait une mauvaise idée si elle venait à se réveiller à l'improviste. Elle serait bien capable d'essayer de m'étrangler avant de me laisser le temps de m'expliquer.

Bon, en attendant je peux pas la laisser traîner toute mouillée ici, en plus avec la poitrine à l'air.

Malgré que ce ne soit ni le lieu ni le moment, j'avoue être gêné par la situation. Je n'ai pas exactement de serviette en plus, donc pour l'essuyer, ça vas être coton à tous les sens du terme. J'utilise la couverture de Bergen pour ça, en coton justement. Je lui met la couverture sur les épaules et je m'assieds sur mes talons pour commencer à lui frotter vigoureusement les cheveux quand brusquement je me ramasse sa tête dans le nez. Je pars en arrière avec un grognement surpris. Aussitôt, elle se jette sur moi, malgré ses bras et ses chevilles attachées et je n'ai que le temps de me mettre sur le dos et d'interposer mes genoux. Elle s'affaisse sur moi de tout son poids et grogne tandis que certaine de ses blessures recommencent à saigner.

- Du calme ! M'exclame-je d'une voix nasillarde en me tenant le nez d'une main.

Elle ne m'écoute pas et tente de mordre la main que j'utilise pour lui tenir la gorge. Je déporte son poids sur mon genoux gauche et relève le droit afin de la faire tomber à côté de moi. Elle tombe sur le flanc, le tronc en premier et jure. Elle se tortille suffisamment pour m'envoyer ses genoux dans les cuisses.

Un peu plus haut et c'était les joyeuses qui morflaient.

Je m'éloigne en rampant de cette furie qui m'assène encore un coup des deux pieds dans le tibia gauche. Je dois faire un sacré effort pour ne pas gueuler un juron bien senti et me contente de me saisir la jambe en respirant bruyamment.

- Putain de merde... Dis-je tout bas.

Bien sûr, elle ne s'arrête pas là, sauf que cette fois j'ai la chance que ma warg lui saute dessus et referme sa gueule sur son cou de taureau. Elle pousse un glapissement de surprise et commence à se débattre, faisant pénétrer les griffes et les crocs de ma warg dans ses muscles.

- Arrière ! Abois-je au bord de la panique en voyant que ma warg vas la tuer si elle continue.

Celle-ci lâche immédiatement Mewyn et fait un bon en arrière pour s'éloigner, réagissant à l'ordre qu'on lui as enseigné en Isengard tandis que la colosse gesticule pour s'en éloigner. De nouvelles marques de griffures bien sanglantes sont désormais visibles sur le biceps gauche ainsi que des traces de morsure également sanglantes à son cou.

Je pousse un soupir d'agacement et me relève difficilement en me servant uniquement de ma jambe droite. Mewyn en profite pour m'insulter copieusement.

Elle est bien consciente qu'en agissant ainsi je risque d'ordonner à ma warg de continuer à la bouffer ?

- Bon, ça suffit ou je me fâche ! Dis-je énervé.

Elle ricane.

- Sinon quoi ? Tu vas me tuer fils de porc ?

- Je pourrais faire bien pire, réponds-je froidement pour la faire taire.

Ça n'a hélas pas le résultat escompté. Elle me jette un regard haineux à la place.

- Tu n'oseras pas, crache-t-elle d'un ton provocant.

Bon, okay... Un vrai grand méchant capitaine de l'Isengard l'aurait probablement faite jeter aux wargs ou aux orques pour qu'ils s'amusent avec. Je n'ai ni l'un ni l'autre sous la main, mais je ne vais pas la jeter aux sauvages parce que je m'en voudrais toute ma vie.

Je la toise de haut et lui adresse un sourire torve.

- Ha non ? Dis-moi, es-tu prête à parier la vie de tes compatriotes là-dessus ?

Comme je m'y attendais, elle se fige. J'accentue encore mon air de psychopathe.

- Je ne vois pas pourquoi je m'en prendrais à toi. Si tu ne te tiens pas tranquille, je ferais souffrir les autres. Il me semble que Méadras a survécu. Ce serait dommage qu'il perde un bras maintenant, non ?

Je me hais. Comment j'en suis arrivé à faire ce genre de trucs déjà ?

Au moins, le but premier est atteint : Elle s'est figée d'horreur et ne dis plus rien.

- Mieux, constate-je.

Intérieurement, je suis atterré par mon comportement. Jouer sur l'attachement des gens pour les faire obéir, c'est digne du dernier des salopards.

- Bien, maintenant je vais t'aider à t'asseoir. Tu vas ensuite rester assise et ne plus bouger. C'est compris ?

Elle hoche la tête positivement, du dégoût clairement visible au fond des yeux.

Si je parviens à les libérer, ils me détesterons tellement qu'ils essaieront de me tuer si ça continue.

Je lui saisi le biceps non endommagé et l'aide à se rasseoir. Le tronc qu'elle as en travers des reins ne l'aide pas et je remarque plusieurs griffures assez moches sur son dos au passage. Je reprends mon linge improvisé et recommence à lui essuyer les cheveux. Elle pousse plusieurs petits cris de surprise quand je frotte trop fort ou que j'accroche un noeud dans ses cheveux.

Bon, c'est ça crie. Comme ça on pensera que je suis un bourreau qui torture des femmes.

Je m'arrête ensuite sur ses nombreuses blessure au thorax, au biceps et au cou. Je suis surpris par son calme tandis que j'examine les plaies. Je suis obligé d'épier quand elle serre les dents pour deviner si je lui fais mal ou non. Heureusement, les griffures sont assez nettes. Un pansement et un peu d'alcool pour désinfecter et tout roulera. Je pense la même chose des marques de morsure. Les blessure au torse présentent elle un autre problème. Déjà, le sang a commencé à sécher. Ensuite, je suis incapable de dire si elles sont superficielles ou non. Mais elles sont toutes enflées. Dès que j'en effleure une, la colosse pousse tout de suite un gémissement plaintif.

Je m'assieds en face d'elle.

- Je crois que vos blessures sont en trains de s'infecter, lui dis-je en soupirant de lassitude.

- Et alors ? Réplique-t-elle d'un ton acide.

- Ça ne sert à rien de me répondre sur ce ton, grogne-je en lui adressant un coup d'oeil agacé. J'essaie de vous aider. Alors si vous ne m'aidez pas, je ne vais rien pouvoir faire de bon.

Elle hausse les épaules et j'éprouve une vive envie de la gifler.

Comportement je-m'en-foutiste de mon cul !

- Bon, que vous vouliez crever ou non, je m'en bats les couilles ! Siffle-je d'un ton énervé. Mais j'ai besoin de vous vivante. Alors si vous ne m'aidez pas, je vais employer la méthode la moins agréable.

Elle grimace de rage à mes mots.

Bon ! Aux grand maux les grands remèdes !

- Ou je peux aussi envoyer chercher Méadras et commencer tout de suite les séances de torture, qu'est-ce que vous en dites ?

Elle se fige à nouveau.

- Tu es ignoble... Commente-t-elle d'une voix rendue rauque par un mélange de colère, de peur et de dégout.

- La flatterie ne fonctionne pas sur moi, réponds-je d'un ton acide. Alors c'est la dernière fois que je te rappelle que soit tu coopère, soit ton ami fini en charpie humaine.

Elle tremble, de rage contenue à mon avis. Mais après quelques minutes, ses épaules s'affaissent et elle baisse le regard, vaincue.

- Qu'est-ce que je dois faire ?

- Pour le moment c'est pas compliqué, je vais rouvrir tes coupure pour les nettoyer. Faut juste me signaler où ça fait mal.

- Et je le signale comment ? Grince-t-elle.

- En parlant, ça ira très bien, réponds-je ironique. Je vais palper les blessures, faut me dire si elles font mal et dans quelle direction ça fait le plus mal. J'aimerais aussi que vous m'indiquiez si c'est profond ou non.

Elle hoche la tête.

Tête brûlée. Dire que je suis obligé de la menacer pour l'aider. Y'en a qui ont le sens de l'humour là-haut.

Malheureusement, la douleur est le seul moyen que j'ai pour localiser les zones enflammée par les débuts d'infection et les rouvrir pour en laisser s'écouler le pus.

Je me munis d'une série de chiffons que je fais bouillir avant de les imbiber de vin, faute d'avoir une gnôle plus efficace. Puis, armé de mon poignard passé à la flamme pour le désinfecter un minimum, je commence une tâche un peu étrange.

L'acte de toucher quelqu'un est en soi assez anodin. Mais faites-le sur une personne du sexe opposé et ça change déjà complètement la donne. Ajoutez-y le fait que ladite personne est attachée à un tronc d'arbre, donc relativement sans défense. Complétez la toile par le fait que la personne vous hait mais n'osera pas lever la main sur vous de peur que vous fassiez pire à son entourage et vous n'aurez encore qu'une vague idée de la situation.

Je commence d'abords par ce qui est le plus évident : À savoir, les coupures. Elle sont au nombre de sept. Une sur l'épaule droite, deux au niveau des abdominaux, une assez basse sur la hanche, une en diagonale qui commence sur la clavicule droite et se termine à la naissance du sein droit une juste sous le sein gauche et la dernière entre les seins légèrement en biais.

Pouvaient pas viser ailleurs ces cons ?

La tâche est rendue malaisée par la position assise de la colosse et par le fait qu'elle se tortille relativement facilement dès que ça devient inconfortable. Je commence par la blessure à l'épaule droite. Celle-ci pose relativement peu de problème, je palpe simplement la plaie et elle m'indique avec encore une relative facilité la zone enflammée. C'est au moment d'ouvrir qu'elle glapit et se renverse en arrière. Je pousse un juron et la remet en position assise en gardant ma jambe dans son dos pour l'empêcher de repartir. Elle serre les dents et gémit fortement dès que le le chiffon brûlant sentant le vin entre en contact avec la blessure. J'aimerais travailler aussi vite que possible, mais il faut croire qu'elle fait tout pour éviter que ce soit facile. Elle se dérobe souvent et ce qui aurait dû me prendre cinq minutes à tout casser m'en prends finalement quinze, et des bonnes minutes. Quand je pose enfin une compresse sur la blessure, elle tremble comme une feuille au moindre effleurement. Je ne peux hélas pas encore poser une bande étant donné que les plaies sont trop rapprochées pour pouvoir la faire sans passer sur les autres.

Je me morigène intérieurement pour ne pas avoir pensé à faire ses blessures dans l'ordre où j'aurais pu faire les bandes pour ne pas avoir à laisser des plaies ouvertes plus longtemps que nécessaire. C'est une bourde de débutant, j'en suis sûr. J'ai beau ne pas avoir de formation médicale, c'est de la simple logique à ce niveau-là et je m'en veux de ne pas y avoir pensé. En désespoirs de cause, je serre un simple foulard pour tenir la compresse en place le temps de terminer. Sauf que quand je me penche sur la prochaine, elle se défile avant que je commence.

- Non ! S'exclame-t-elle d'une voix terrifiée.

- Ho pas de ça avec moi ! Grogne-je agacé.

C'est alors que je croise son regard. J'y lit une douleur, mais surtout une peur qui me stoppe immédiatement.

C'est moi qui lui fait ça ?

Je m'immobilise, le poignard encore fumant dans une main, un chiffon violacé par le vin et fumant dans l'autre main. Je réalise que je dois présenter l'image du bourreau par excellence.

Je suis brusquement dégoutté de moi-même. Je n'ai passé que deux jours dans le rôle du méchant et j'ai déjà envie d'en vomir.

Je jette les outils dans la gamelle qui me sert de bac à laver et me relève pour m'éloigner.

Fais chier ! C'est pas moi ça ! Je ne suis pas comme ça ! Je ne veux pas devenir comme ça ! FAIS CHIER !

Je shoote sans réfléchir dans le premier paquetage dqui me tombe sous la main. J'ai envie de hurler, mais je ne peux pas me le permettre. À la place, je choppe tout ce qui passe à portée de main et je les lances dans le pavillon sans réfléchir. Ma warg esquive les sacs avec des petits bond et en rattrape certains dans sa gueule comme s'il s'agissait d'un jeu. Ça m'énerve et je la chasse à grands cris de rage.

- DEHORS SAC À PUCES ! DE L'AIR !

Elle me regarde un moment sans comprendre car ce ne sont pas des mots utilisés pendant son dressage. Mais à mon ton et à ma propension à lui lancer des choses, elle finit par décamper.

Je continue à tempêter silencieusement encore une bonne dizaine de minutes avant de tomber finalement assis, malade à l'idée de ce que j'essaie de devenir.

Je ne peux pas. Je ne veux pas finir comme ça.

Je me prends la tête entre les mains et finis par jeter mon casque. Il règne désormais un capharnaüm incroyable dans ce putain de pavillon.

C'est plus compliqué que je le pensais de faire de l'ordre dans mes pensées. Ou mes émotions...

Ou le je-ne-sais quelle merde qui me sert de tête !

Je suis encerclé par du monde, mais je me sens puissamment seul. L'ironie de la situation ne me donne même pas envie de rire. J'en ai si lourd sur la patate que j'ai l'impression que je vais exploser.

Bonne chance pour trouver un psy dans le coin, pauvre con.

Un mouvement attire mon attention. Mewyn semble essayer de se dresser.

Je l'observe un petit moment à la dérobée. Elle n'essaie pas que de se dresser, elle essaie également de sortir du pavillon.

Elle a de la suite dans les idées... Vite, foutons le camps pendant que le bourreau est occupé à tout casser dans sa tente pour une raison obscure ! Peut-être qu'on échappera à une autre séance de torture comme ça. Putain, pourquoi je me casse le cul pour des gens qui me haïssent déjà ?

Je commence à en avoir marre. Marre de me débattre pour me refoutre dans des merdes encore pires qu'avant. Marre d'être remercié par des sermons et des remontrances vaguement déguisées en compliments. Marre d'être une espèce de loque même pas bien capable de prendre soin de lui-même tout seul. Marre que mes pauvres idées soient détruites dès leur premier contact avec la réalité. Bref, marre de tout.

Et surtout, j'en ai marre de prétendre être ce que je ne suis pas.

Si je dois rentrer maintenant, je ne pourrais plus jamais regarder ma famille en face.

Je me relève et dégaine Din'Ganar. Le bruit interromps la colosse dans sa tentative de fuite. Je m'approche d'elle sans me presser. Elle ne rampe plus et je suis à son niveau en quelques enjambées.

- Vous essayez de faire quoi ? Lui demande-je d'une voix qui me semble éteinte.

Elle ne réponds pas. Je pousse un profond soupir.

- Après tout, faites ce que vous voulez.

Je passe mon épée entre ses jambes et tranche ses liens. Je fais de même pour les cordes qui la retenait au tronc.

Elle se débarrasse de son encombrant fardeau et me jette un regard surpris.

- Le nécessaire de soins est là, dis-je en lui désignant la gamelle avec les chiffons et le poignard. Vos amis sont dans leur enclos à l'extérieur. En attendant la nuit et en contournant les tentes, vous devriez pouvoir les rejoindre sans trop de problèmes, les sentinelles sont aussi attentives que des nains bourrés. Vos chevaux sont dans leur corral improvisé, en les emportant tous ou en dispersant les autres, vous n'aurez pas de problème à les semer. De toute Façon, ils lèveront le camp dès qu'ils verront que vous leur avez échappé.

Je lui désigne les paquetages épars des cavaliers.

- Vous devriez trouver une chemise ou l'équivalent pour vous couvrir là-dedans. Où, j'en sais rien et franchement je m'en fiche. Ha, et faites examiner ça par quelqu'un de plus compétent, dis-je en pointant finalement ses blessures du pouce.

Je me retourne pour aller m'asseoir dans mon coin à déprime. Un bruit de métal suivit d'un bruit de course m'intrigue, mais je ne réagis pas assez vite pour éviter de sentir soudain un bras m'entourer le torse et une lame râper contre ma gorge. Je réalise un peu surpris que c'est la lame encore humide de mon poignard.

Étrangement, je suis plutôt calme. Je dirais même un peu résigné.

- Donne-moi une bonne raison de ne pas de te saigner comme un porc.

- Mon cadavre risque de rendre folle ma warg qui, si elle ne vous tue pas, fera suffisamment de barouf pour réveiller tout le camp et, même si je suis mort, ils ne vont pas vous encenser pour autant, dis-je sans avoir besoin de trop réfléchir. Et, même si vous arrivez à nous tuer tous les deux en silence, vous prenez le risque que quelqu'un trouve nos cadavres d'une manière ou d'une autre avant que vous ayez pu sortir du camp, ce qui ficherait tout en l'air. Et enfin, je ne pense pas que vous soyez une tueuse de sang-froid.

Elle est hélas du côté de mon oeil manquant, mais je sens clairement qu'elle respire de façon saccadée et je sens aussi qu'elle est un peu trop chaude pour que ce soit normal. Cette fille est un véritable radiateur dans mon dos, ce qui confirme mes soupçons d'infection, je suis sûr qu'elle est brûlante de fièvre.

- Tu crois que j'oserais pas te tuer ? Gronde-t-elle de façon menaçante.

- Je ne pense pas que vous n'oseriez pas, vous êtes parfaitement capable de le faire, comment-je simplement. Mais le fait que vous ne m'ayez pas déjà planté ce poignard dans le dos signifie que vous essayez de vous donner bonne conscience. Et comme vous n'avez pas suggéré l'idée d'une prise d'otage, ce qui serait inutile au passage, c'est que vous cherchez une raison pour pouvoir me tuer et vous en laver les mains après.

Elle reste silencieuse, même si elle continue à souffler comme un buffle à mon oreille.

- Pourquoi tu nous as laissé tombé ? Demande-t-elle soudain. Tu étais de mèche avec les pillards depuis le début ?

Je reste silencieux un moment. Mais que dire d'autre si ce n'est la vérité ?

- J'étais mort de peur à l'idée d'attaquer en sous-nombre et je me suis fâché avec Bergen à ce sujet. Quant à être avec les pillards, je les connais, mais je ne suis pas avec eux.

- Ils ont dits que tu étais le capitaine de l'Isengard. C'est vrai ?

- C'est vrai, je l'ai été, réponds-je presque soulagé.

- Mais l'Isengard est tombée ! S'exclame-t-elle choquée.

- Je n'y étais plus à ce moment-là. Saroumane m'avait signifié mon congé. Dites merci à Langue-de-Serpent pour ça. J'ai été capturé par les elfes qui ont levé le sortilège qui me contraignait à obéir au magicien blanc.

- Tu étais ensorcelé ? S'étonne-t-elle.

- Disons plutôt que ma mémoire était scellée et que le vieux s'en est servis pour me manipuler.

- Et ils t'ont laissé partir comme ça ? Continue-t-elle méfiante.

Je ricane à cette mention.

- Ho que non, un seigneur elfe s'est porté garant pour moi et je devais l'accompagner je ne sais trop où faire je ne sais plus quelle commission.

- Et tu t'es enfuis ? Tu as réussi à échapper à des elfes ?

- Pas vraiment, j'ai aussi eu des mots avec ce seigneur et je me suis éloigné pour passer ma colère. Mais après, je me suis perdu, il a plut et je me suis retrouvé dans la ferme où vous m'avez trouvé.

- Et ils ne t'ont quand même pas retrouvé ?

- Je soupçonne plutôt qu'ils ne m'ont pas cherché avant qu'il ne devienne trop tard. Je n'étais pas supposé me perdre et je n'avais théoriquement nulle part où aller.

J'hausse les épaules.

- Mais bon, l'alcool fait des miracles quand on en consomme un peu trop. J'avais d'ailleurs pour projet de retourner à leur camp au matin si je ne m'étais pas perdu.

Elle reste un bon moment silencieuse.

- Pourquoi tu nous as attaqués à la ferme si tu n'y étais pour rien ?

- Parce que rien ne me disais que vous n'étiez pas d'autres pillards. Quand je vois débarquer quatre personnes armées jusqu'aux dents, je me méfie un peu.

Elle s'interromps encore un petit moment. À mon avis elle a de la peine a organiser ses idées.

- Qu'est-ce que tu as fait quand tu étais en Isengard ?

Cette fois, mon silence est encore plus long, mais je ne vois pas de bonne manière de présenter ce que j'y ai fais.

- J'ai aidé à conduire la mise en place de ses installations, entraîné les premiers uruks, dirigé la bataille des Gués de l'Isen...

J'inspire un grand coup.

- Tué le prince du Rohan et participé à la sélection des cibles pour les pillards de Dun.

Plusieurs secondes extrêmement longues s'écoulent et je m'attends à tout instant à sentir une douleur cinglante à travers mon cou.

- Est-ce que le village de Defret y figurait ? Me demande-t-elle d'une voix tremblante.

Je réfléchis un bon moment pour essayer de m'en souvenir, mais je n'ai jamais vu ce nom.

- Non, je ne vois même pas où il est situé.

- C'était à la frontière entre l'Estfold et l'Ouest Emnet, dit-elle d'un ton grinçant. Sur la berge de la rivière Snowbourn.

J'hausse un sourcil un peu étonné.

La vache, ils ont poussé jusqu'à la Snowbourn ? Qui devait aller dans ce coin déjà ? Ha, oui...

- Couloir de pillage N°3, récite-je sans hésitation. Clan des ailes-de-corbeau sous le commandement d'Uldred Serres-Noire.

Elle hoquette de surprise.

- Tu le connais ?

- Ainsi que presque tous les chefs du pays de Dun qui ont répondu à l'appel de Saroumane, je les ai accueillis en Isengard.

Je termine sur une inspiration brusque quand je sens l'acier s'enfoncer légèrement dans la chaire tendre de mon cou.

- Espèce de bâtard, tu nous as vendu à ces sauvages comme des moutons à un boucher ! Et en plus tu as tué le fils du roi ! Est-ce que tu te rends compte de tout le mal que tu nous as fait ?

Je grogne difficilement.

- Ce serait mentir de prétendre que je comprends. Je n'en sais rien. Je constate le résultat, c'est tout.

- C'est tout ? S'énerve-t-elle. Tes actes ont entraînés des centaines, non, des milliers de victimes ! Et c'est tout ?

- Les regrets ne font pas revenir les morts, réponds-je presque agacé. Ça j'en sais quelque chose. J'ai vu mon lot de cadavres. Certains que j'ai fait, d'autres que j'ai simplement vu mourir. Alors oui, mes mains sont tellement pleines de sang que je ne me reconnais plus moi-même. J'ai été manipulé pour me battre dans le camp adverse et je n'ai retrouvé ma mémoire que depuis un peu moins d'un mois. Mais je ne peux pas prétendre que je ne savais pas ce que je faisais. J'étais juste persuadé que j'étais dans le bon camp. Et ça, je n'avais aucun moyen de m'en faire un avis sans ma mémoire. Toutes mes informations venaient de Saroumane et j'étais persuadé qu'il suivait un noble but. J'ai été trompé et j'ai fait du mal autour de moi. Tu as le droit de m'en vouloir et de vouloir me tuer, mais est-ce que tu te sentiras mieux après ?

Elle ne réponds pas. J'en profite pour continuer tant que j'ai encore une gorge pour parler.

- Saroumane m'a désigné le prince du Rohan comme l'ennemi que je devais à tout prix abattre. Je l'ai vu tuer des dizaines d'orques et d'uruks. Beaucoup que je connaissais et que j'estimais. Avant d'engager le combat contre lui, je le détestais et je voulais me convaincre que je vengeais les guerriers qu'il m'avait pris. C'était un combattant de premier ordre et il s'est admirablement défendu. Pour dire, il a bien failli m'entraîner dans sa tombe. Mais quand je l'ai tué. Quand j'ai vu la vie quitter son regard, je m'attendais à en éprouver une sorte de soulagement. Mais je ne me suis pas senti soulagé, ni rien d'autre. Bordel, il avait l'air d'un gamin égaré en enfer quand il est mort. Non seulement ça ne m'a pas soulagé, mais en plus, ça n'avais rien de glorieux. J'ai juste eu l'impression d'avoir perdu une partie de moi-même en le tuant. Je n'aime pas tuer et je déteste devoir me battre, c'est pour ça que je me tiens le plus éloigné possible des champs de bataille, mais je ne sais faire que ça. C'est la seule chose qu'on m'a appris à faire ici. Je ne sais même pas bien m'occuper d'un cheval, c'est dire ! Et la seule chose de bien que j'aie fait jusqu'ici, c'est briser le coeur d'une femme qui m'aime pour lui éviter des problèmes.

Ma voix se brise alors que je continue mon monologue et je sens mes yeux me piquer.

- Tout ce que je touche se brise ou meurt et me laisse uniquement avec ses cendres entre les mains. Je dois avoir laissé suffisamment de cadavres dans mon sillage pour passer le reste de ma putain de vie à en avoir des regrets. Et ça me pèse sur la conscience pire que si j'essais de porter une montagne sur mon dos.

Ça me fait un bien fou de vider mon sac. C'est incroyable comme sentir qu'on peut mourir dans la seconde vous rends loquace. J'ai même l'impression que je me détends à chaque aveux.

- Alors voilà, termine-je d'une voix presque atone après mon monologue. Je me suis brouillé avec toutes les personnes qui m'appréciaient un tantinet. Je n'ai plus ni port d'attache, ni destination. Je ne suis même plus très sûr d'avoir un but. Il me reste le faible espoir de pouvoir un jour rentrer chez moi et retrouver ma famille. Mais si tu as envie de rendre justice ici, je ne pourrais pas t'en empêcher.

Elle semble respirer plus calmement qu'au début de la conversation.

- Au moins, comme ça, ce seras fini, commente-je.

Désolé Papa, on ne bricolera plus ensemble. J'aurais voulu pouvoir dire une dernière fois à maman que je l'aime et revoir son sourire. Faudrait que tu te trouves un vrai copain soeurette. On finit sur un score en ta faveur frérot, on jouera jamais de match retour sur tes consoles. Quand à la petite dernière, j'espère que tes rêves se réaliserons, même si tu devrais les revoir un peu à la baisse.

Je perds soudain l'équilibre et pars en avant la tête la première. Je me rattrape sur les mains à la dernière minutes et suis écrasé par la masse de Mewyn. Le poignards glisse et tombe sur le sol de la tente.

Il se passe quoi là ?

Je me contorsionne pour tourner mon oeil valide vers la cavalière. Elle a les yeux fermés et respire fortement. Elle transpire aussi abondamment.

Heu ?

Je secoue un peu les épaules, mais sa tête roule sans plus de réaction.

Elle est tombée dans les pommes ?

Je me sens soudain très con. Pour ne pas dire à la limite vexé.

Psychologie murale, je cause à une personne qui m'a sans doute écouté que d'une oreille tandis que ça ressortais par l'autre. Même pas foutue d'assassiner quelqu'un.

Je me surprends soudain à avoir un petit rire nerveux.

Ce n'est même pas drôle !

Mais je ne peux pas m'en empêcher. Bon Dieu, je suis à quatre pattes dans une tente sans dessus-dessous avec une colosse malade évanouie sur le dos qui essayait de me tuer il y'a pas une minute et à qui j'ai déballé ma vie dans ses moindres détails honteux.

Faut croire que l'histoire de ma vie est un excellent somnifère.

Et je repars sur un fou-rire injustifié. Je ne peux plus m'arrêter à tel point que je finis couché à me tenir les côtes, toujours avec Mewyn qui reste inconsciente sur mon dos. J'en ris à en avoir des spasmes douloureux.

Au secours, je deviens fou.

Cette pensée ne réussi qu'à me faire repartir dans un autre fou-rire. Ça ne ressemble à rien ma situation.

Ce sont finalement les gémissements de Mewyn qui me tirent de mon rire. Mais je dois présenter un drôle de tableau à essayer de l'allonger en me retenant de rire sans trop de succès. J'enchaîne les réflexions absurdes à mi-voix les unes sur les autres en me marrant pendant que je la couche. Puis c'est encore le festivals d'absurdités pendant que je range la tente.

Au secours, d'où je tire des idées aussi absurdes ? ET D'OÙ QU'ELLES SONT DRÔLES ?

C'est à croire que je me suis torpillé la tronche pire qu'un polonais, mais je ne me souviens pas d'avoir bu la moindre goutte d'alcool.

Quand je parviens à retrouver un semblant de calme, j'ai terminé de ranger la tente, même si je n'ai aucune idée du temps que ça m'a pris. Même ma warg est revenue sans que j'y fasse attention. Il ne reste plus que ma géante évanouie sur ma couverture avec laquelle je ne sais plus quoi faire. Soigner trois blessures et mettre une bande, passe encore, je me débrouille. J'ai eu la chance d'avoir une mère infirmière. Éventuellement, essayer de faire tomber la fièvre de quelqu'un avec des compresses fraîches et du repos, ça peut toujours aller. Mais là on commence gentiment à sortir de mon domaine de compétence. Je ne sais juste pas définir ce qui ne vas pas. Est-ce que c'est l'infection que je redoutais tant avant ou bien est-ce qu'il s'agit d'autre chose pour qu'elle en perde conscience ? La seule chose que je sais c'est qu'elle est brulante de fièvre et que si personne ne fais rien, elle vas probablement y rester. Et avoir un gamin qui me claque entre les pattes ça m'a largement suffit pour le reste de ma putain d'existence.

Youpi, tu as pris de bonnes résolutions Faust. On va les ajouter au bas de la liste pendant que tu cherches une méthode pour lui sauver les miches ?

Plus facile à dire qu'à faire, je ne vois pas comment je suis censé m'y prendre. Sans une base de connaissance minimale, je suis aussi utile qu'un coup de pompe dans le cul.

Bon, quand tu ne sais pas, que fais-tu ? Tu poses la question à quelqu'un qui sait. Bien, mais qui sait ? Un docteur ? Y'en a pas ici. Un guérisseur alors ? J'en connais pas. Bon, dans ce cas il faut en trouver un. Qui en connaitrais ? Les sauvages ou les cavaliers. Demander aux sauvages ? Négatifs, si je montre le moindre signe de faiblesse ce sera utilisé contre moi. Les cavaliers ? Possible, à condition qu'ils en aient un dans leurs prisonniers et qu'ils soient d'accords de me filer un coup de pogne. En même temps, c'est pas pour moi, c'est pour l'une des leurs.

Le coup est risqué, mais est à tenter.

Je récupère ma cape et sors en faisant signe à ma warg de rester surveiller la tente. Une fine bruine m'accueille à l'extérieur, le temps idéal pour chopper la crève.

Je n'ai pas à chercher longtemps pour tomber sur l'un des lascars qui espère entrer dans mes bonnes grâces. Je lui indique de me suivre tandis que je me rends à l'enclos aux prisonniers. Les deux sentinelles qui nous voient venir ne font pas le moindre geste pour sortir de sous leur abris, ce qui me convient tout à fait.

Avec mon Schwarzy de service, nous pénétrons dans l'abris des prisonniers. Les murmures qui couvaient sous l'abris de peau se taisent immédiatement à mon entrée et un silence hostile s'installe. Repérer Bergen est l'affaire d'un instant.

- Monseigneur, votre présence est sollicitée dans votre tente, dis-je d'un ton sarcastique à souhait.

- Renvoyez-les ! Me répond-t-il d'un ton égal. Je ne suis pas d'humeur à quitter mes passionnantes activités pour recevoir ces ruffians !

Là pour le coup, je suis scié par le cran du bonhomme.

- Hem... Ce n'est pas une proposition, dis-je d'un ton plus cassant.

- Dans ce cas, apprenez à formulez correctement vos phrases ! Me lance-t-il sans même se tourner vers moi.

- Bon, soit tu me suis sans faire d'histoires, soit je te fais trainer par la peau du cul ! Réplique-je finalement énervé.

Il se lève tranquillement et commence à me rajuster ses habits sous le nez.

- Puisque mon auguste présence est requise... Commente-t-il d'un ton hautain.

Mon Dieu, donnez-moi la force de résister à cette envie de le buter sur place...

Il finit par me suivre, mais je remarque que c'est à un rythme de limace amorphe.

Ce mec est désespérant quand il s'y met.

Au bout de la troisième fois où je dois m'arrêter sous la pluie pour l'attendre, je le fais porter par le sauvage qui m'accompagne. Il ne résiste heureusement pas.

Une fois à l'entrée de ma tente, je renvoie le Schwarzy et fait entrer Bergen.

- Et maintenant ? Demande-t-il en entrant. Tu vas me tuer ou bien m'administrer la question ?

- Ni l'un ni l'autre, espèce de tête de lard, réponds-je franchement agacé.

Ma warg lève la tête à ce moment, ce qui fait sursauter mon interlocuteur.

- J'ai besoin de savoir si quelqu'un parmi tes survivants s'y connait en soins.

- Et pourquoi donc ? Tu ne t'es pas battu que je sache. À moins que mon éraflure de la dernière fois n'aie pris un mauvais tours et dans ce cas j'aurais plaisir à t'entendre agoniser.

Je pousse un profond soupir de découragement.

- Mon Dieu qu'il est bête... Dis-je en me frottant l'arrête du nez. Bête à manger du foin. Que dis-je du foin ? Des fagots d'épines !

- dans ce cas que dire de vous ? Réplique-t-il acerbement. Vous nous avez superbements trahis il me semble.

- Bla, bla, bla... Oui je sais, je connais le couplet de "qu'est-ce que tu fabriques dans le camp d'en face ?". Alors épargne-toi la peine d'un morale longue et inutile. Je ne te demande pas de l'aide pour moi, c'est pour la dame.

- La dame ? S'étonne-t-il.

- Celle qui était accrochée à un poteau dehors jusqu'à y'a peu.

- Demoiselle Mewyn ? Pourquoi ? Que lui avez-vous fait ? Reprend-t-il agressif.

- Moi rien, lui dis-je d'un ton froid. Mais les sauvages dehors lui ont fait pas mal de trucs et maintenant elle n'est pas bien.

En lui parlant, je lui ai sais le bras pour l'amener vers la couche où repose Mewyn. En la voyant, il se penche sur elle et l'examine rapidement.

- La fièvre est haute, constate-t-il.

- J'avais remarqué, réponds-je.

- Qu'a-t-elle ?

- Comment veux-tu que je le sache ? Les blessures je les fais, je les guéris pas.

- Ho, donc c'est pour elle que tu veux un guérisseur.

- En effet.

- Pourquoi ?

- Comment pourquoi ? M'étonne-je.

- Pourquoi vouloir l'aider ? N'est-tu pas avec ces sauvages ? Reprend-t-il d'un ton méfiant.

- Je ne répondrais pas à cette question. L'un de tes cavaliers peut-il l'aider ou non ?

Bergen me regarde d'un air songeur pendant une bonne minute.

- Je regrette. Mais je crois que parmi les survivants, personne ne s'y connaît en guérison.

Je reste silencieux un petit moment avant de me retourner pour jurer tout bas. Je me sens horriblement las.

- Il y avait un guérisseur au village que nous avons quittés juste avant de venir, me dit Bergen. Mais je pense que ce n'est pas la peine de t'en parler, raille-t-il.

Au village... Donc il faut qu'elle parte d'ici. Mais le seul moyen de rentrer rapidement ce sont les chevaux et ils sont gardés. De plus, je ne peux pas juste l'emmener elle et abandonner les autres à cette bande de monstres de Dun. Ça reviendrais à les condamner à mort.

Je suis piégé. J'espérais avoir un peu de temps pour planifier une évasion de masse, mais là je ne l'ai plus. Je pensais laisser les cavaliers refaire leurs forces après leur assaut désastreux, mais ils sont mal nourris, ce qui les fait s'affaiblir avec le temps qui passe. Qui plus est, mon entrée en fanfare me ligue petit à petit les sauvages du camp. Si j'attends encore, je vais tout perdre.

Merde, je déteste les plans montés à l'arrache.

- Bergen, ce que je vais te dire vas te surprendre. Si je suis revenus, ce n'étais pas pour rejoindre les sauvages.

- Tiens donc, et c'était pourquoi ? Réplique-t-il d'un ton dédaigneux.

- Pour vous sauver, crétin.

Cette fois, je lui ai coupé la chique. Si la situation n'était pas aussi grave, j'aurais savouré le silence avec une délectation de gourmet en face d'un bon rôti d'agneau.

- Et tu vas me faire croire que les sauvages t'on confondu avec quelqu'un d'autre.

- Ils ne m'ont pas confondu, lui dis-je en grinçant des dents. Je suis bien un ancien capitaine de la main blanche.

Je me prépare à ce qui vas suivre, mais l'éclat que je pensais entendre ne vient pas. À la place, Bergen me regarde avec une étrange lueur dans les yeux.

- Il me semblait bien que tu me disais quelque chose, commente-t-il d'un ton soudain glacial. Tu étais à la bataille des gués de l'Isen, non ?

- Je... dis-je en hésitant sur la réponse. Ben...

- Y étais-tu ou non ? Insiste le capitaine du Rohan d'un ton qui me fait presque penser à un grondement.

C'est étrange comme on peut parfois se sentir piégé dans sa propre peau. J'ai une brusque envie de connaître un sort pour disparaître dans le sol. Autant je me suis livré assez facilement à Mewyn un couteau sous la gorge, autant re-raconter ma petite histoire à quelqu'un qui vous regarde avec ces yeux-là me fiche une frousse de tous les diables.

J'avale difficilement avant de reprendre la parole.

- Oui, j'y étais, réponds-je d'une toute petite voix en détournant le regard.

- J'en étais sûr, commente le capitaine d'un ton plus dédaigneux que jamais. Cette armure et cette épée me disaient quelque chose depuis le début. C'est toi qui a assassiné notre prince !

- Oui, c'est moi. Mais là n'est pas la question, je ne fais plus partie de l'Isengard.

- Tu es encore plus lâche que je ne l'aurais cru, commente Bergen d'un ton de souverain mépris. Tu as abandonné ton maître quand tu as appris que ses projets avaient été déjoués au gouffre de Helm j'imagine.

- Non, il m'a jeté à la porte à cause de Langue-de-Serpent ! M'énerve-je. La bataille pour le gouffre n'avait même pas encore été lancée.

- Et tu essaies de me faire croire que tu t'es repentis depuis ? Crache-t-il.

- J'ai récupéré la mémoire depuis, dis-je en grinçant. Saroumane m'a ensorcelé pour effacer ma mémoire et se servir de moi comme pion à la tête de ses troupes, mais je ne l'ai pas satisfait. Alors Grima l'as convaincu de me jeter dehors et les elfes m'ont retrouvés. J'ai eu de la chance que certains elfes m'aient reconnus et que j'aie pu être désensorcelé. Et maintenant je suis ici à essayer de sauver les fesses d'une bande de cavaliers prisonniers. Alors soit tu m'aides, soit je vous abandonnes tous à votre sort.

- Tu nous as déjà abandonnés une fois, réplique Bergen d'un ton buté. Je serais un fou si je décidais de te faire confiance en sachant que tu es un de nos ennemis.

- Fais-moi pas confiance si t'en a pas envie, mais je pense que je suis ta seule chance de réussir à sortir tes hommes de là, lui rétorque-je. Et plus tu attends, plus ils seront faibles au moment de tenter le coup.

Bergen reste à nouveau muet et je commence à trépigner sur place. S'il dit non, je l'ai dans le cul et Mewyn aussi. Surtout qu'avec mes histoires de présent de Saroumane et tutti quanti, je pourrais difficilement me casser en disant simplement "au revoir".

- En admettant que je te suive dans cette équipée, tu as un plan ?

- Pas vraiment. Je pensais neutraliser les gardes et fuir avec les chevaux.

- Certains d'entre nous sont malades, me fait remarquer le capitaine.

- Et ? Si tu attends encore ils n'auront même plus la force de se lever de leur couche.

- Nous n'avons pas d'armes.

- Les sauvages se les sont appropriées, acquiesce-je. Donc il faudra que vous en preniez sur les gardes que nous neutraliserons. De plus, cette maudite pluie pourrait bien nous aider en couvrant nos traces.

- La plupart d'entre nous sont affamés, fait remarquer Bergen en avisant les paquetages que j'ai entreposé dans la tente.

- Je vais te renvoyer chez les prisonniers avec autant de nourriture que tu pourras en cacher sur toi. Dis à tes hommes de dormir et de manger tout ce qu'ils peuvent. Ce soir il faudra qu'ils soient en forme.

Il réfléchis encore un moment avant d'accepter.

- Que les choses soient bien claires, me signale Bergen. Je ne te pardonne pas pour ce que tu as fait prince.

- Du moment que tu ne plante pas une dague dans le dos, commente-je sans enthousiasme.

J'aide un peu Bergen à enfourner autant de nourriture que possible dans ses habits et je le ramène chez les prisonniers. Je dois admettre qu'il est très convaincant en blessé titubant.

Il continue de pleuvoir et ça ne semble pas vouloir s'arrêter. Du coup je passe le reste de la journée à attendre le soir. Impossible de dormir un tant soit peu.

Finalement, je fais quelques exercices d'étirement histoire d'être prêt au cas où. Mewyn délire parfois dans son sommeil fiévreux, mais je ne peux rien faire d'autre que de changer la compresse humide sur son front. Je ne sais déjà pas comment je vais l'emporter dans cette confusion et j'espère qu'elle y survivra.

Finalement, je me décide à sortir.

C'est une véritable tempête qui souffle à l'extérieur, avec tonnerre, éclairs et tout le toutim. J'étais tellement perdu dans mes pensées que je ne l'avais pas remarqué. Du coup, j'hésite quant à savoir si ça vas nous compliquer ou nous faciliter les opérations. Certes, le bruit couvrira celui que nous ferons, mais la pluie battante vas juste nous ralentir et elle ne vas pas améliorer l'état des blessés.

Quand il faut y aller...

Il est de toute façon trop tard pour reporter. Comme je l'ai avancé à Bergen, plus nous attendrons, plus ses hommes seront affaiblis.

L'essentiel des hommes de Dun sont dans leurs tentes et les rares qui trainent à l'extérieur sont en réalité en train de se déplacer d'un abris à l'autre.

J'arrive vers les deux sentinelles qui ne sont visiblement pas ravie de se retrouver sous un petit abris de fortune pour surveilles les prisonniers. Ceux-ci donnent d'ailleurs l'impression de dormir comme des souches.

- Sale temps, commente-je en m'approchant d'eux.

Ils me regardent avec méfiance. Ceux deux-là font partie du clan de la colline grise d'après leurs marques claniques. L'un des rares clans qui m'ait été immédiatement hostile. Leur aîné m'a vite pris en grippe, mais il est trop malin pour me l'avoir jeté à la face. Heureusement que l'un de mes ahuris me l'a signalé, sinon je ne m'en serais jamais méfié.

- Que veux-tu, capitaine de la main blanche ? Me demande le plus vieux des deux.

Au ton où il crache presque mon titre, je comprends que je risque peu d'arriver à les amadouer comme je le souhaitais.

Tant pis pour l'approche sympa et la tentative de corruption à coup de vin. On passe au plan B.

- Juste te signaler que ta tête me revient pas, réponds-je d'un ton plus froid.

- Quoi ? S'étonne l'autre bêtement.

Je ne lui laisse pas le temps de réfléchir plus loin, je suis déjà complètement équipé et je porte mon casque et mon voile. Je ramène brièvement la tête en arrière et je lui envoie le coup de boule de sa vie. De la mienne aussi d'ailleurs car je chancèle dans la seconde.

Ho merde ! L'autre garde... Putain, l'autre garde!

Je tente de lui balancer mon poing dans la figure, mais je le rate. Il tente de saisir une arme dans son manteau mais à ce moment, je vois les énormes bras musclés du forgeron se refermer autour de son cou. Malgré les liens autour de ses poignets, il plaque le pauvre sauvage contre son torse et gonfle son biceps pour commencer à l'étrangler. Le pauvre type comme à se débattre en couinant misérablement, mais un autre cavalier arrive pour délester son compagnon de l'épée courte qu'il leur ont volé et l'embroche une bonne fois pour toute pour le faire taire. Il émet un gargouillis et vomi un mélange de sang et de bile sur le bras du forgeron qui ne le relâche qu'une fois qu'il a cessé de bouger.

Je peine un peu à me remettre les idées en place après le coup de sonnage de cloches que je me suis tapé. Je me jure que c'est la dernière fois que je file un coup de boule à qui que ce soit sauf cas de force majeur. Mais alors que je me remet, j'entrevois juste Bergen qui acchève le type que j'ai mis au sol.

- Hé ! Je m'insurge. Il était hors-combat !

- C'est un adversaire de moins, commente Bergen en se relevant. Où sont les chevaux ?

- Dans l'enclos, grommelle-je en regardant le pauvre type assassiné. À l'ouest du camp.

- Tout le monde à l'ouest et en silence ! S'exclame Bergen.

À ce moment, un cris retenti et je me tourne juste à temps pour voir une silhouette s'éloigner dans la tourmente en hurlant.

- MERDE ! M'exclame-je en dégainant Din'Ganar. PLAN B ! TOUT LE MONDE AUX CHEVAUX EN VITESSE !

Sans trop réfléchir, je me lance à la poursuite de mon fugitif. La boue le gêne autant que moi, mais ce salopard pousse des hurlements de porc qu'on égorge qui commencent à mettre de l'agitation dans le camp.

Par chance, il dérape et glisse dans une flaque. Je me jette sur lui et lui enfonce mon épée dans le dos. Il hurle de plus belle et se tortille sous moi tandis que ma lame soupire de bonheur dans mon esprit.

MAIS TA GUEULE ! PUTAIN TA GUEULE !

Poussé par la panique, je ressors Din'Ganar et la lui enfonce une seconde fois dans le dos. Les cris de ma malheureuse victime se font plus désespérés mais moins puissants. Je remet ça encore un coup, et il se tais finalement, je dois probablement avoir touché un truc vital. Mais quand je me relève, je ne peux que constater que le mal est fait.

Des sauvages de Dun s'amassent vite autour de moi en une masse compacte et hostile.

Je suis pas dans la merde cette fois. Ils vont comprendre que je suis un traître et ça vas commencer à crier au loup dans la seconde. À moins que...

Pris d'une inspiration soudaine, je relève la figure de ma victime pour examiner ses marques claniques.

Ironie du sort, c'est un aile-de-corbeau.

Je me relève immédiatement, je n'ai plus qu'une carte à jouer, après je n'aurais plus le moindre atout dans ma manche.

- TRAHISON ! Hurle-je face à l'assemblée qui se fige. LES AILES-DE-CORBEAU SE SONT ALLIÉS À NOS ENNEMIS ET VIENNENT DE LES FAIRE S'ÉCHAPPER !

Dans la foule un silence surpris règne.

- MENSONGE ! S'exclame soudain un autre aile-de-corbeau de la foule.

- LES PRISONNIERS SE SONT ENFUIS ! S'exclame alors une autre voix.

- SALE TRAÎTRE ! Hurle-je en chargeant l'homme du clan des ailes-de-corbeau. Immédiatement, les autres s'écartent et j'abats ma lame sur sa clavicule du sauvage qui se brise dans un craquement poisseux. Celui-ci hurle à son tour de douleur tandis que Din'Ganar éclate de joie dans ma tête et se délecte de la sensation du sang sur son tranchant et des os qui se brisent. Elle en veut plus, beaucoup plus.

Je dois profiter de la confusion maintenant !

Je retire ma lame en appuyant ma botte contre le torse à moitié découpé de mon adversaire et la lève bien haute.

- MORT AUX TRAÎTRES ! TUEZ-LES TOUS !

Par chance, mes cris ont attirés certains de mes fidèles et ceux-ci reprennent cette devise pour le porter sur toutes les lèvres. L'effet de meute aidant, je me retrouve vite suivit par tout un groupe alors que je replonge tête la première dans le camp. En profitant de la mauvais visibilité, je choisi une direction au hasard et la parcours au pas de charge, changeant souvent de direction. Au passage, j'abat ma lame sur tout ce qui passe devant moi au hasard en continuant à hurler des "mort aux traîtres" bien sentis.

Très vite, le camp devient l'image même du chaos. La pluie et l'obscurité jouant plus en ma faveur qu'à celle des sauvages qui commencent à frapper aussi au hasard que moi sur tout ce qui as le malheur de bouger. Je commence d'ailleurs aussi à ramasser des coups, ce qui m'inquiète un peu. Un ahuri a jailli hors d'une tente avec une espèce de gourdin pour me l'abattre sur le casque. J'en ai été sonné quelques secondes avant de riposter par réflexe. Je n'étais même pas sûr de l'avoir touché avant d'entendre Din'Ganar soupirer d'aise dans mon esprit. Un instant plus tard, je prenais un coup d'épée dans le torse et remerciait le ciel d'avoir une armure complète en expédiant l'auteur du coup en enfer. Malgré tout, la confusion que j'ai créée est en train de jouer à la fois pour et contre moi. Pour moi, dans le sens où j'ai réussi à obtenir que les sauvages se sautent à la gorge entre eux, même si ça tient de l'improvisation totale. Contre moi, dans le sens où maintenant je suis au beau milieu de la mêlée.

Bientôt je n'ai même plus vraiment le loisir de réfléchir correctement à ce que je devrais faire. Je suis pris et attaqué de tous les côtés. Je vois passer des haches, des épées et des dagues, illuminées par les éclairs qui tombent désormais aussi dru que la pluie qui martèle les combattants. Tous les visages que je croise sont confus et aux abois. Plus personne ne sait qui est l'allié de qui. Tout le monde est devenu un ennemi. Mes bras me font souffrir à cause de la fatigue de brandir mon épée dans tous les sens. De plus en plus, je suis forcé d'accepter de laisser Din'Ganar prendre le contrôle car mes réactions deviennent trop lentes, ce d'autant plus que je ne vois désormais plus que d'un oeil. Malgré ça, je sens plusieurs endroits de mon corps m'élancer et je comprends vaguement que je suis blessé à plusieurs endroits. Malgré le froid de ce début de printemps, je suis également trempé de sueur. Par-dessus le marché, je ne saurais plus dire où je suis dans le camp ni dans quelle direction est quoi. Presque toutes les tentes ont été jetées à terre et piétinées avec leurs contenu et leurs occupants, ce qui a supprimé tous mes points de repère.

Bordel, je n'en peux plus !

Mais je n'ai ni le temps ni la possibilité de m'arrêter pour souffler. Déjà, mon prochain adversaire jaillit de l'obscurité comme un diable hors de sa boîte et tente de me transpercer en hurlant. Je lève mon épée pour intercepter le coup de mon adversaire qui utilise également une lame, quoique bien plus courte que la mienne. Il se révèle malheureusement plus rapide que moi et la lame ripe pour la énième fois contre mon plastron d'armure. Déséquilibré, il glisse dans le mélange de boue d'eau et de sang qui recouvre le sol et s'affale sur le côté. Avant d'avoir eu le temps d'y réfléchir, Din m'a poussé et j'ai abattu mon arme dans son dos. S'il crie, ça passe complètement inaperçu dans le fracas ambiant. Je fais faire un quart de tour à mon arme avant de la retirer. Mais je n'en ai pas le temps. Une vive douleurs traverse mon épaule tandis que quelque chose trouve la faiblesse de mon armure entre mes épaulières et mon plastron d'armure. Presque aussitôt, mon esprit s'embrume tandis que Din m'éloigne de mes propres sensations et je me rends à peine compte que je me suis retourné pour faucher mon adversaire d'un unique revers.

Je sens que je suis à bout de force, c'est un véritable miracle que je tienne encore debout. Enfin, le miracle s'appelle Din'Ganar et je commence à la soupçonner de me doper à je ne sais trop quoi. L'adrénaline, peut-être ?

Je continue à me mouvoir par réflexes, enchaînant coup sur coup, n'en voyant toujours pas la fin, ignorant depuis combien de temps cette bataille dure. Le bruit semble à peine avoir décrut au milieu de l'orage qui éclate par intermittence.

Je continue hélas à ramasser des coups. Heureusement pour moi, la plupart sont sans importance, portés avec des armes improvisées. Mais j'accumule à la fois la fatigue et la douleur. Me mouvoir devient extrêmement laborieux. J'ai extrêmement mal à la jambe gauche, ce qui est un gros problème étant donnée que c'est la jambe qui me sert le plus par réflexe. J'ignore pourquoi elle me fait aussi mal, mais je suis persuadé également que si je m'arrête maintenant pour regarder, je n'oserais plus la bouger ensuite, ce qui risque de m'être fatal.

Je déguste un sale coup de hache dans l'avant-bras gauche et cette fois mon gantelet d'armure ne me sauve pas d'une grosse blessure, même s'il empêche probablement que j'aie le bras complètement tranché. Je n'essaie pas de retirer l'arme pour éviter de saigner à mort mais ça me fait un mal de chien. Plus tard, un salopard réussi à me planter dans l'épaule du même bras une deuxième fois, mais aussi vite que le coup est venu, mon assaillant a été avalé par l'obscurité ambiante et je n'ai même pas l'occasion de lui faire part de ma façon de penser.

Je reçois alors le coup de trop. Un autre coup de hache, mais cette fois je sens le fer mordre dans mon flanc malgré mon armure. J'ai vaguement conscience de hurler tandis que Din'Ganar m'échappe des mains. Je saisi l'arme par son manche pour éviter qu'elle bouge dans la plaie et me débat faiblement avec mon agresseur.

Sauf que je n'ai presque plus de forces et le propriétaire de l'arme me fiche un coup de botte dans le dos qui libère finalement son arme. Je tombe à genoux, mon dernier bras valide me soutenant à peine tandis que j'essaie de reprendre mon souffle.

Je sens soudain Din'Ganar hurler dans mon esprit. Elle crie si fort que j'en tombe dans la boue en essayant de me couvrir les oreilles à travers mon casque. Je n'y parviens pas, mais le cri s'arrête tandis que résonne celui d'une personne que je ne connais pas. Je tourne la tête pour voir un sauvage lâcher ma lame. Sans réfléchir, je me jette en avant pour la reprendre. Au moment où je sens son contact rassurant, une botte de fourrure grossière s'abat sur ma main. Je ne sais pas comment je fais pour ne pas crier, mais probablement que mes autres blessure me font trop mal par rapport à cette douleur-ci. La hache s'abat à nouveau et cette fois mon biceps droit déguste un max et je recommence à hurler.

Dans ma tête, Din semble être au bord de la folie furieuse. Je sens sa haine envers mon agresseur tourbillonner en moi avec une frénésie intense. Celui-là, elle le veut en morceaux dans la seconde.

Cet espèce de fumier à de nouveau coincé son arme dans mon armure et remue comme un salopard pour extraire son arme. Je n'ai même plus la force de hurler tellement j'ai mal.

Puis, aussi soudainement que ça à commencé, il émet un gargouillis et tout pression sur ma main ou la hache s'évanouit tandis qu'un léger bruit d'éclaboussure se fait entendre à mon côté.

Pour moi ça ne change pas grand-chose. Je ne peux tout simplement plus me lever. Je suis paralysé par la douleur et la fatigue. En soit, tenir la poignée de mon arme est une torture pour mon bras blessé. Pourtant, je ne peux pas la laisser exposée comme ça, sinon on risque de me la voler.

J'ignore pourquoi je brûle mes dernières forces à ça, mais je traine mon épée à moi pour la cacher sous mon corps.

- Tu es à moi, lui murmure-je dans un souffle éperdu. Tu es à moi et à personne d'autre.

Oui, mon amour, me répond-t-elle d'une voix terriblement aimante. Je resterais toujours près de toi.

Je la glisse plus ou moins sous moi en roulant un peu pour donner du jeu avant de m'effondrer sur elle. Malgré que la seule chose qui soit désormais dans mon champ de vision soit sa poignée couverte de boue, de sang et d'autres choses indéfinissables, dans ma tête, je vois l'image d'une femme merveilleuse qui m'entoure de ses bras chaleureux en me souriant paisiblement.

- J'ai fais tout ce que je pouvais, dis-je faiblement.

Je sais. Ne t'en fais pas. Je m'occupe du reste.

Je souris faiblement à cette mention.

- Tu... Tu es gentille, dis-je en perdant gentiment connaissance.