Dimanche 7 janvier 1996
Chère Marie,
finalement, je ne t'ai pas écrit hier et avant-hier. Nous avons pris conscience qu'aujourd'hui est notre retour à Hogwarts, et que nous ne serons plus vraiment tranquilles dans la sécurité de Lions' Rock, et du coup, nous avons pleinement profité de ces deux dernières journées.
Neville est venu nous rejoindre avant-hier, avec Hermione et Sirius. Sirius est ravi de la forme de Neville et a trouvé que c'est un très bon nom que nous lui avons choisi (enfin, Hermione...). Hermione a donné un carnet à Neville, qui pourrait passer pour un carnet pour ses notes d'Herbologie, mais qui est en fait relié à nos trois livres. Maintenant, il est au courant de toute l'histoire, et il est mage lui aussi, donc voilà, on l'inclut pleinement dans la boucle. Le trio remodelé devient un quatuor.
Nous avons chacun travaillé nos éléments, sous forme humaine comme animale. Nous avons aussi travaillé la magie sans baguette. Sirius était épaté par nos prouesses, mais il a reconnu que c'était prévisible : c'est la différence même entre un mage et un sorcier. En fait, tous les sorts qu'on a appris à faire avec une baguette peuvent être faits sans baguette. Et nous n'avons pas besoin de penser au sort, il suffit de se concentrer sur ce qu'on veut, mobiliser notre volonté et toucher notre pouvoir. Et voilà.
Les baguettes ne nous répondent plus très bien, d'ailleurs, mais Sirius a dit que c'est normal : une première baguette est là pour accompagner le sorcier jusqu'au plein développement de son pouvoir, et généralement, en tant qu'adulte, il doit en changer. Et c'est encore plus valable pour nous qui sommes mages. Nous pouvons avoir quand même l'utilité d'une baguette : cela nous aide à concentrer notre volonté sur un élément précis, ce qu'on pointe. Sans compter le fait que pour l'instant, personne n'est au courant que nous sommes mages, et nous devons maintenir l'illusion.
Alors nous avons décidé que pour l'instant, nous ferons semblant : nous agiterons nos baguettes et prononcerons nos sorts comme on s'y attend, mais en fait, en réalité, nous utiliserons notre magie de mage. Bref, nous ferons de la magie et non de la sorcellerie.
Nous avons aussi réussi à parler de la lettre trouvée par Harry dans le coffre familial, la semaine dernière. Sirius n'a pas discuté quand on lui a dit qu'on avait besoin de parler sans qu'il soit présent. Harry et moi avons hésité à inclure Neville, mais finalement, nous l'avons fait : c'est un mage comme nous et Hermione, à présent, et surtout, il est beaucoup plus au courant que nous trois de l'équilibre délicat des alliances et haines entre les familles nobles. Nous avons donc fait lire à Hermione et Neville la lettre de James. Ils ont tous les deux été très surpris, c'est le moins qu'on puisse dire.
« Au moins, a fini par dire Hermione, on sait que tes parents n'étaient pas complètement aveugles, et savaient qu'ils prenaient de très gros risques en quittant Lions' Rock, et pas uniquement à cause de Voldemort. »
Harry a hoché la tête :
« J'ai encore du mal à croire qu'ils aient pris un tel risque simplement pour mettre Dumbledore à jour. Ils ont risqué leur vie et celle de leur enfant pour ça. Je sais que mon père dit qu'ils avaient fait en sorte d'assurer ma sécurité, et dans les faits, ça a fonctionné, mais quand même...
–Tu leur en veux ? s'est étonné Neville.
–Non... Enfin, je ne crois pas. Ils en sont morts, comment est-ce que je pourrais leur en vouloir ? Ce sont eux qui ont payé le prix fort. Et entre le testament et les consignes qu'ils avaient laissées un peu partout, ils n'avaient aucune raison de penser que je ne sois pas éduqué selon ce qu'ils voulaient... Ils ont sous-estimé Dumbledore... »
Oui, ça, c'est une évidence. Même en ayant donné pour consigne à plusieurs puissantes familles de veiller sur leur fils unique, un seul homme a réussi à tout foutre en l'air pour faire de ce bébé ce qu'il voulait. Au moins, nous savons que Dumbledore ne recule devant absolument rien pour obtenir ce qu'il veut.
« À nous de ne pas faire la même erreur... j'ai dit lentement. Nous ne saurons pas forcément à quoi nous attendre, mais nous savons désormais qu'il faut nous préparer au pire. »
Ils ont hoché la tête. Puis Harry s'est tourné vers Neville :
« Avec les consignes données par mes parents, comment ça se fait que personne ne se soit intéressé à moi ? Ta grand-mère, les Bones, les Malfoy ?
–Les règles de la noblesse sont assez strictes quand il s'agit de l'éducation des héritiers. Aucune famille extérieure n'a le droit de s'immiscer dans l'éducation d'un enfant avant ses onze ans, sauf maltraitance évidente. Comme personne ne savait où tu étais, nous ne pouvions pas savoir. Ensuite, après le onzième anniversaire, jusqu'au quinzième, il est possible d'intervenir dans des cas spécifiques, et notamment, sur autorisation du chef de famille. Ton père demandant aux Malfoy de t'enseigner la magie noire, par exemple. Malheureusement, ils n'ont sans doute aucune preuve de cette requête. Pour nous, les Bones et les Longbottom, la licence est un peu plus grande, parce que nous faisons partie du même ordre de chevalerie. En l'absence du chef de famille, de ton père, le chef de famille des deux autres peut intervenir, au delà des droits du tuteur désigné, en l'occurrence Dumbledore. Grams et Amelia Bones avaient parfaitement le droit de te contacter pour prendre de tes nouvelles, demander l'avancée de ton instruction, et en se rendant compte que tu n'en recevais pas, s'assurer que tu en reçoives...
–Pourquoi ça ne s'est pas fait ?
–La grand-mère de Neville avait une compulsion, j'ai rappelé. On lui a demandé de t'ignorer. Je suis sûre que Amelia Bones a une compulsion équivalente ou lui demandant de laisser ces sujets à Augusta, qui a théoriquement plus de temps à te consacrer.
–Ce qui signifie que Dumbledore était parfaitement au courant de ces subtilités nobiliaires, et a agi contre... » a fait Hermione brusquement.
Nous l'avons tous les trois regardée, et je ne suis pas la seule à avoir affiché un air de réalisation : Dumbledore sera un adversaire redoutable, et il est essentiel pour nous d'apprendre au plus vite tous ces sujets. Neville a soupiré :
« C'est probable. Et les Malfoy, sans amorce de la part de Harry, n'ont sans doute pas osé agir.
–Mon père dit que Lucius Malfoy a renoncé aux principes des Deatheaters. Mais il était présent dans ce cimetière l'été dernier.
–Il continue sans doute à protéger sa famille... j'ai suggéré.
–Tu y crois vraiment ? m'a demandé Harry avec incrédulité.
–Je ne sais pas quoi croire, j'ai reconnu. Mais ton père est formel sur les allégeances réelles des Malfoy, et nous savons déjà que Draco est loin d'être le crétin arrogant dont il se donne l'air. C'est un garçon intelligent, et suffisamment ouvert d'esprit pour se renseigner sur des pratiques non-magiques qui ne sont certainement jamais enseignées aux sorciers. Ça ne peut pas venir de nulle part. C'est peut-être un mouton noir comme Sirius chez les Black, ou alors c'est le fils de ses parents. Nous n'en savons rien. Depuis que je suis arrivée ici, j'ai appris qu'il ne faut jamais juger sur les apparences. L'aura de Draco n'est pas négative. Je n'ai jamais rencontré ses parents, je ne peux rien dire à leur sujet. »
Harry a réfléchi un moment, assimilant mes propos. Puis il a demandé :
« Et tes possibles disent quoi ?
–Que lorsque Lucius abandonne effectivement les croyances des Deatheaters, il n'en reste pas moins en apparence un, pour protéger sa famille. J'ai même lu un possible où il était dans ce cimetière pour te protéger. Alors non, je ne juge pas sans savoir ce dont il en retourne. »
Les trois m'ont regardée avec des yeux ronds.
« Pour protéger... Harry ? » a répété Hermione, stupéfaite.
J'ai affiché un grand sourire :
« Oui. À ta demande, en fait. Dans cette histoire, les Malfoy et les Longbottom s'entendent pour vous protéger, tous les deux. Ils ne partagent pas les mêmes opinions politiques, mais ils sont d'accord sur une chose : la famille et les enfants passent avant tout. C'est un de ces possibles où Draco fait un excellent ami.
–Pourquoi nous protéger ? a demandé Harry.
–C'est compliqué et inutile, en l'espèce, j'ai répondu. Ça vous rendrait plus confus qu'autre chose. Honnêtement... » j'ai ajouté en voyant leur air incrédule.
Je n'ai pas envie de leur dire que c'est une de ces histoires où un Harry et une Hermione de dix-sept dix-huit ans, en couple et très amoureux, meurent ensemble lors du combat final, et sont renvoyés dans le passé, comme une deuxième chance pour obtenir une fin meilleure et sauver bien des vies. En réalité, ils se voient comme frère et sœur, et les morts qu'ils pleurent dans cette histoire n'ont pas encore eu lieu, ou n'auront jamais lieu (on croise les doigts). Je n'ai pas envie de les charger d'un poids dont ils n'ont certainement pas besoin.
En voyant qu'ils continuaient à me fixer, j'ai soupiré :
« Certains éléments de ce possible peuvent encore se dérouler, et je n'ai certainement pas envie d'en parler avant. Alors non, je ne vous raconterai rien. Mais c'est l'un de ceux qui donnent une lumière très favorable aux Malfoy, de manière crédible. J'ai envie de croire que ça, c'est possible. Alors tout ce que je vous demande, c'est d'écouter James Potter quand il parle de son amitié avec eux, et Hermione et moi quand on vous dit que Draco est un garçon intelligent et plutôt ouvert, et de ne pas se fermer au simple nom de famille. Si finalement, ils sont effectivement des Deatheaters convaincus, tant pis, mais au moins, on leur aura laissé une chance de nous montrer que ce n'est peut-être pas le cas. »
Harry et Neville ont échangé un regard, puis Neville a haussé les épaules :
« OK. Il est aussi fréquentable que Zabini et Greengrass dans les soirées mondaines, il n'y a qu'à Hogwarts où c'est un crétin, alors je veux bien vous croire et lui laisser une chance. »
J'ai senti le sentiment de défaite chez Harry et il a soupiré :
« OK. Puisque vous semblez tous les trois d'accord, je vais essayer de faire un effort. »
J'ai affiché un grand sourire. Il a arrêté d'insulter Draco depuis la fois où nous lui avons parlé, Hermione et moi, mais si en plus, il accepte de reconsidérer vraiment son opinion sur Draco, alors c'est une excellente chose.
« Et si Draco est effectivement quelqu'un de bien, a alors dit Hermione, qui a ignoré la grimace de Harry à l'idée que Draco puisse être quelqu'un de bien, alors on lui demandera de nous enseigner la magie noire. Il n'y a pas que Harry qui est mage et qui en aurait peut-être besoin.
–Je ne sais pas si... a commencé Harry, mais je l'ai interrompu :
–La magie noire, c'est de la magie. James dit que c'est sans doute de la magie noire qui a sauvé ta vie, bébé. Alors ça vaut la peine qu'au moins on s'y intéresse. Si c'est vraiment quelque chose de mal, alors ceux qui ne le veulent pas pourront arrêter, mais ce serait dommage de se braquer sans savoir vraiment ce que c'est. »
Harry m'a regardée un moment, puis a haussé les épaules :
« Ouverture d'esprit ? Si Malfoy est capable de considérer tous les sorciers comme égaux sans ces sales préjugés sur la pureté du sang, je suppose que je suis capable de voir ce qu'est vraiment la magie noire avant de dire non. »
J'ai eu un sourire encourageant. Tu me connais, je ne crois pas au manichéisme primaire qui oppose magie noire et magie blanche. Je pense qu'on peut trancher une gorge avec un sortilège de découpe, pourtant enseigné en deuxième année. Alors l'inverse peut être vrai aussi, non ?
Nous avons continué à discuter un peu sur ce qui nous attend, entre la magie, Hogwarts, Dumbledore, les allégeances véritables de telle ou telle famille... Nous avons bien fait d'inclure Neville dans la boucle. Grâce à son éducation de noble, il sait exactement quelle famille est potentiellement associée à Voldemort ou non, au delà de ceux qui étaient présents dans le cimetière l'été dernier ou qui ont déjà été repérés il y a quinze ans. Beaucoup de familles sont restées suffisamment dans l'ombre pour n'avoir jamais été inquiétées, alors que ça se sait qu'elles ont financé, au moins la première fois, la guerre de Voldemort contre les Nés-Moldus et tous ceux qu'il considère comme de sang impur. Harry, Hermione et moi avons à présent un tableau beaucoup plus complet des allégeances probables de toutes les familles de la noblesse, haute ou petite, et de la grande bourgeoisie. Ça a bien sûr rejoint nos notes dans nos livres de communication.
Enfin, nous avons fini par rejoindre Sirius pour nous détendre dehors et profiter de nos derniers moments de vacances.
Sinon, j'ai constaté que Harry est beaucoup plus câlin que d'habitude. Pas uniquement lorsque nous sommes seuls tous les deux, mais également quand il y a du monde. Il n'y a pas que moi qui trouve ça étrange. Hermione m'a prise à part en me demandant ce qu'il se passait : elle n'a jamais vu Harry afficher aussi ouvertement ses relations, ni être aussi tendre. Elle n'a pas cru à notre petit jeu sur la possibilité d'une relation sexuelle entre nous, elle sait que ce n'est pas le cas (ne me demande pas comment... C'est Hermione tout craché de comprendre ce genre de choses...). Mais Harry se comporte comme si c'était le cas.
Du coup, j'ai profité d'une soirée entre nous deux pour en parler avec lui. C'est vrai qu'on ne couche pas ensemble, mais ça ne nous empêche pas d'avoir nos moments câlins. Et heureusement, il ne fait pas partie de ces garçons pour qui ces moments sont uniquement consacrés au pelotage intensif, et il accepte de parler. J'ai même l'impression que ça le rend plus... prolixe, plus ouvert sur ses sentiments. Et il m'a expliqué que pour l'instant, il est heureux avec moi, et c'est ce qui l'inquiète : d'habitude, quand il est heureux, il se passe quelque chose de grave qui va détruire son bonheur.
Sauf que d'habitude, je ne suis pas là, et moi, ce ne sont pas les ennuis qui me trouvent, mais la chance. Et d'habitude, soit Dumbledore, soit Voldemort, a emprise sur lui. Mais Dumbledore est en train d'être écarté et beaucoup d'adultes sont là pour faire en sorte que ce soit effectivement le cas, y compris des adultes détenant un vrai pouvoir, comme Augusta au Wizengamot ou Amelia dans les forces de l'ordre. Voldemort, lui, est pour l'instant en train de se remettre d'un orgasme auquel il ne s'attendait pas (tu crois qu'il considère ça comme un viol ?), et il n'a plus accès à l'esprit de Harry, sauf si Harry le veut bien. Et Harry est en train de quitter la sécurité de Lions' Rock pour celle de Hogwarts, qui sera renforcée par le simple fait qu'il est duc du château, et que très bientôt, il en sera également l'héritier magique.
Mon optimisme l'a fait rire, mais j'ai senti que ça a marché : l'inquiétude qui l'habitait en permanence s'est un peu envolée.
Mais hier soir, même de ma part, il y avait un peu d'appréhension. Depuis quelques jours, nous sommes un peu comme dans une bulle. Et puis, tous les bouleversements qui ont eu lieu ces derniers temps dans la vie de Harry (et la mienne) se sont déroulés sur les deux dernières semaines de vacances. Quand nous avons quitté Hogwarts, Harry était encore sous la coupe de Dumbledore, avec son pouvoir bloqué, et Ron comme meilleur ami, et toutes ces vilaines influences sur lui, et persuadé que sa famille se résumait principalement à ses parents morts à Godric's Hollow et un coffre laissé pour héritage, ainsi qu'un parrain et un oncle plus enclins à raconter les frasques de son père que son histoire, et une famille Weasley qu'il considérait comme la sienne... Et entre nous, il n'y avait que de l'amitié.
Et à présent, nous sommes tous les deux mages, Hermione et Neville aussi, nous sommes Animagi, nous sommes en couple, Harry est duc et nous sommes tous les quatre héritiers des plus grands noms de la magie, nous savons que Dumbledore n'est pas le gentil leader de l'Ordre du Phoenix qu'il veut bien paraître, que tout le monde ou presque autour de lui a été victime de ses manipulation à des degrés divers...
Tout a changé, donc. Jusque là, ça ressemblait à peu près à la trame des livres, et à celle voulue par Dumbledore, et à présent, tout est prêt pour définitivement échapper à son contrôle, et nous en sommes responsables (et j'en suis fière). Du coup, nous sommes un peu dans l'expectative. Harry sera pour la première fois confronté aux autres étudiants depuis qu'il a récupéré son titre, moi depuis que je suis en couple avec lui, Hermione et Neville depuis qu'ils savent qu'ils sont mages et libres des influences de Dumbledore.
Heureusement, nous avons toujours des amis, et même presque plus qu'avant. Le cercle s'est élargi à d'autres personnes, d'autres maisons. Ça s'est senti aujourd'hui dans le train : dans notre compartiment, nous étions tous les quatre installés ensemble, et beaucoup de monde a passé un moment avec nous : Luna, Susan et Hannah (ensemble, comme d'habitude), les jumeaux, Ginny et son copain (Michael Corner, à Ravenclaw)...
Elle sortait déjà avec lui avant les vacances, et en discutant avec Hermione, elle a décidé de maintenir cette relation malgré les révélations des vacances : cela lui fait un repère stable dans toutes ses émotions. Elle n'est pas amoureuse de lui, mais ça lui fait quand même du bien. Tant que ça la rend un peu heureuse, je suis contente pour elle.
Même les jumelles Patil et Lavender sont venues passer un moment, Parvati et Lavender pour les ragots, et Padma en a profité pour discuter avec Hermione et moi sur un sortilège que nous devions étudier pendant les vacances.
Il y a eu quelques moments amusants, lors du voyage. Ron a voulu s'installer avec nous. Après tout, c'est toujours le meilleur ami de Harry, et il a toujours des vues sur Hermione. Mais il me déteste et méprise Neville. Comme il ne sait pas que Neville est au courant des influences et de ce qui s'est passé lors des réunions de l'Ordre, impossible d'en parler. Du coup, il est resté assis sur son siège en silence pendant un bon moment. Hermione lisait un livre sur les formes avancées de la lecture d'esprit, Neville sur les pouvoirs des biologistes, que Harry a trouvé dans la bibliothèque de Lions' Rock, et Harry et moi étions... en moment de couple ? J'étais assise sur ses genoux, blottie contre lui, en train de jouer avec ses mains, pendant qu'il regardait dehors par dessus ma tête, apparemment indifférent ou rêveur, mais son aura était teintée d'affection et d'amusement.
Ron s'est finalement éclairci la gorge bruyamment et a demandé :
« Alors, Harry, Lions' Rock, c'était comment ?
–Grandiose, dommage que tu aies manqué ça. »
J'ai eu du mal à retenir mon rire. Ron a grogné :
« Je ne comprends pas pourquoi je n'ai pas pu y aller : Dumbledore sait que tu y es, ce n'est pas un secret.
–Mais ta famille m'a rapporté les propos particulièrement insultants que tu as eu envers Manon, et tu vois, je n'aime pas qu'on insulte ma petite amie. »
Il a tourné la tête vers Ron, et j'ai senti son aura changer : plus d'appréhension, mais également l'envie de laisser une chance à quelqu'un qui a été un ami pendant des années. Ron n'a pas saisi sa chance :
« Cette fille te monte à la tête. Franchement, tu y verrais plus clair si elle n'était pas toujours à côté de toi.
–Et elle est justement à côté de moi, et doit se sentir insultée que tu parles d'elle comme si elle n'était pas là, et en plus pour dire des choses désagréables.
–Bon sang, Harry, tu la connais depuis deux mois ! Regarde l'influence qu'elle a sur toi, en deux mois ! Tu ne trouves pas ça suspect ?
–Absolument pas. C'est la première qui a vraiment été voir au delà des apparences. Donc c'est normal que tout a été beaucoup plus vite avec elle.
–Regarde la merde qu'elle a foutu ! Tu n'arrêtes pas de te disputer avec moi, tu fuis ma famille, tu fuis Dumbledore, Dumbledore ! Celui qui est le chef de l'Ordre du Phoenix, qui sait le mieux ce que prépare Tu-Sais-Qui, et qui est le seul qui lui fasse peur !
–Et qui s'est arrangé pour que Harry soit maltraité toute son enfance, je suis finalement intervenue. Tu sais qui est en tête de la liste à abattre de Voldemort ? Oh, arrête de trembler, Ronald, ce n'est qu'un stupide nom, et toute ta famille est engagée dans le combat contre lui ! En tête de sa liste à abattre, ce n'est pas Dumbledore, c'est Harry.
–Comment tu peux en être aussi sûre, à part si tu es dans son cercle de fidèles ? »
Hermione et Neville ont relevé brusquement la tête de leurs bouquins, furieux. J'ai relevé ma manche :
« Tu vois une Marque ? Non ? C'est normal ! Je ne suis pas au service de Voldemort. Mon seul but est que Harry survive à cette guerre, et que cette guerre se termine rapidement par la défaite de Voldemort. Je viens de te le dire : Harry est en tête de la liste à abattre de Voldemort, et n'aura pas la paix tant que Voldemort n'aura pas disparu. Et arrête de trembler, ce n'est qu'un NOM, espèce de... de... stupide crétin ! [en français dans le texte, l'insulte, mais je sais qu'elle se dit presque de la même façon en anglais, il y a juste la prononciation qui change.] »
La porte du compartiment s'est ouverte à nouveau, sur Draco, accompagné de ses sbires, comme d'habitude. Il ricanait :
« Voyons, voyons, Nestral. Je suis sûr que tu peux être plus créative pour désigner la Belette. »
Une belette, en anglais, c'est weasel. Weasel, c'est aussi ce qu'on pourrait traduire en français par se faufiler, mais de manière assez fourbe. Bref, ce n'est pas un compliment, et Draco n'appelle Ron pratiquement que comme ça. Ron, d'ailleurs, a vu rouge :
« Et toi, le furet, qu'est-ce que tu viens faire ici ?
–Juste écouter Nestral t'insulter, mais je suis déçu. Potter, faudra que tu apprennes à ta copine quelques insultes en anglais, ça rendra les choses plus intéressantes. »
Je n'ai pas vu le sourire de Harry, mais j'ai senti son amusement, et sa satisfaction en voyant la réaction vexée de Ron.
« Je n'y manquerai pas, Malfoy, a-t-il simplement répondu.
–Si bien sûr tu survis assez de temps pour ça... a ajouté Draco, sarcastique. Nestral, franchement, tu aurais pu choisir quelqu'un ayant une espérance de vie un peu plus longue que Potter.
–Eh ! s'est exclamé Ron, prêt à défendre Harry.
–Ta gueule, Ronald, je l'ai interrompu. Je suis assez grande pour me défendre toute seule, contre n'importe quel idiot. Malfoy, j'ai ajouté en me levant pour me mettre devant lui, espérerais-tu que je sortes avec toi ? Crois-tu que ton espérance de vie soit plus longue, avec les allégeances de ta famille ? »
La provocation était volontaire, après la discussion que nous avons eue, Neville, Hermione, Harry et moi. Une sorte de premier test, pour voir la réaction de Draco, non seulement extérieurement, mais également ses émotions. Et le résultat a été... surprenant : j'ai vu Draco afficher un visage soudainement très neutre, mais son aura tourbillonnait. De la peur, de la pure panique.
J'ai eu du mal à ne pas afficher ma surprise : ce n'est pas la première fois qu'on l'accuse plus ou moins d'être un Deatheater devant moi, même si c'est la première fois que c'est moi qui le dis. Et d'habitude, la réaction, c'est du mépris, de l'arrogance et de la certitude. Il n'a jamais douté de ses convictions, quelles qu'elles soient. Et en fait, là non plus, il n'a pas l'air de douter de ses convictions, mais le mépris et l'arrogance ont complètement disparu au profit de cette peur panique.
Curieuse évolution. Ses vacances ont du être aussi animées que les nôtres...
« Fais gaffe, Nestral, a-t-il fini par dire, sa voix lente pas autant chargée de sarcasme que d'habitude. Tu risques de te retrouver du mauvais côté d'une baguette, un de ces jours.
–Ohhh ! Mais c'est que tu t'inquiètes pour moi, Draco ! C'est trop mignon ! » j'ai répondu avec une voix exagérément girly et en lui tapotant d'une main sur la joue.
J'ai entendu les rires des autres derrière moi. Draco a fait la grimace, mais je l'ai senti se détendre, et même être légèrement amusé. Tiens, je n'aurais jamais pensé que ça aurait cet effet là.
« Venez, on s'en va... a-t-il grommelé à ses sbires. Et méfie-toi des fouines qui se faufilent entre les mailles [weasel out, donc, en anglais], Nestral. »
Tous les trois sont sortis du compartiment sans faire davantage de commentaires. Ron a attendu que la porte se ferme pour s'exclamer :
« Mais qu'est-ce que c'était que ça !
–Une gestion d'une situation à risque selon les principes du chapitre treize de notre vénérée Umbridge, j'ai répondu tranquillement. Comme quoi, ça peut finalement servir à quelque chose, ce bouquin. »
Harry, Hermione et Neville ont éclaté de rire, mais Ron s'est emporté :
« Toi ! Malfoy t'as donné des conseils ! Vous êtes du même côté !
–Ronald, et si tu enlevais un peu tes œillères et décidais de voir un peu plus loin que le bout de ton nez ? Ce n'est pas parce que Malfoy est civilisé que c'est un ami. Il sait simplement que je suis une protégée Potter, et qu'on ne plaisante pas avec un Potter qui a récupéré son titre.
–Toi, par contre, tu l'as insultée de Deatheater, a ajouté Harry froidement. Alors tu prends tes affaires et tu changes de compartiment avant que l'envie me prenne de te jeter un sort que je réserverais normalement à Malfoy et sa clique. »
Ron l'a dévisagé un moment, comme s'il se demandait s'il devait répondre, mais j'étais de retour sur les genoux de Harry, et cette fois, c'était lui qui jouait avec mes mains. Ron a récupéré sa valise et a simplement dit, en partant :
« J'espère que tu te rendras compte un jour de la vipère qu'est Manon.
–Moi, elle me fait plus penser à un gros chat. Ça crache et ça sort ses griffes, mais ça ronronne aussi. »
Ron ne pouvait pas comprendre la blague, et est sorti sans faire de commentaires, alors que j'avais un grand sourire.
« Un jaguar, ça ronronne aussi, je te rappelle... » j'ai dit quand la porte du compartiment était fermée à nouveau.
Harry s'est contenté de rire et de me serrer un peu plus fort, avant de retrouver son sérieux :
« Et maintenant, qu'est-ce qui s'est vraiment passé avec Malfoy ?
–Quand je lui ai parlé de son espérance de vie, il a paniqué. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant les vacances, mais il a l'air de douter de sa propre survie.
–C'est ce que j'ai perçu de ses pensées aussi, est intervenue Hermione. Il est bon Occlumens, et je n'ai pas voulu aller trop loin, mais c'était bien ses pensées les plus évidentes.
–J'ai rattrapage de potions avec lui, demain, j'ai continué. Je vais voir si je peux lui en parler. »
J'ai senti l'hésitation de Harry et j'ai souri :
« Ouvre les yeux, on a dit : il s'est montré courtois avec toi, et avec une réaction pareille, c'est évident qu'il ne pense pas que Deatheater est un métier d'avenir. Et je suis mage... j'ai ajouté en faisant apparaître rapidement une boule de feu dans ma main. Je sais me protéger des vilains garçons. »
Harry a ri et s'est détendu, et il a fini par accepter, tout comme Hermione et Neville. Donc demain, mission sauvetage Draco Malfoy ?
Le reste du voyage s'est passé sans incident. Devant les calèches, Harry m'a « montré » les Thestrals : il m'en a fait toucher un, tout en m'expliquant à quoi ils ressemblent. C'est super grand, ces bestioles ! Et ça a la peau étrangement lisse et froide. Mais quand je l'ai caressé, j'ai cru entendre le Thestral hennir légèrement. Neville a souri :
« Il apprécie. »
Ah oui, lui aussi les voit. Brr, j'espère que je ne les verrai jamais. Je n'ai aucune envie de voir quelqu'un mourir !
Le dîner s'est déroulé dans la bonne humeur. Ron était assis assez loin de nous. Parvati et Lavender ont passé la moitié du repas à me harceler de questions sur ma relation avec Harry (jusqu'aux questions les plus intimes, du genre combien de fois on a couché ensemble, les positions les plus inhabituelles qu'on a prises... Comme je l'ai dit avant les vacances : Parvati et Lavender, même combat contre la pudeur !). Hermione a semblé amusée par certaines de mes réponses, même si elle s'est bien gardée de le montrer. J'ai continué à jouer le jeu qu'on a lancé pendant les vacances, Harry et moi, en laissant planer le doute sur l'éventualité d'une relation charnelle entre nous, et en comptant sur l'esprit tordu des adolescents pleins d'hormones qui nous entourent pour qu'ils en tirent les conclusions qu'ils veulent.
J'ai donc simplement répondu que j'avais entendu dire que le Kama Sutra était différent chez les sorciers que chez les non-magiciens, et que j'avais hâte de voir ce que ça pouvait donner. Réponse qui bien sûr est tombée à un moment où il y avait un silence dans notre coin de table, et tout le monde nous a regardés, Harry et moi. Et Harry a laissé tomber sa tête sur la table, évitant de justesse son assiette. Il a pour principe de ne jamais aborder en public l'intimité de ses relations. Euh... raté ?
À ma grande surprise, ma réponse n'a pas le moins du monde déstabilisé les filles, qui se sont empressées de me confirmer qu'en effet il est différent, et que je ferais bien de tester certaines positions en particulier. Je dois le reconnaître, je me suis fait bien eue... l'arroseur arrosé. Mais mon expression estomaquée aura au moins fait rire toute la table. Et donné à Harry l'impression qu'il y a une justice.
« On doit ajouter Manon sur la liste, donc ? a demandé Seamus.
–Non, a répondu Harry sèchement. La liste est terminée. »
Silence. J'ai été touchée par sa réponse, d'une certaine manière. Même si je le savais, voilà bien une preuve qu'il considère notre relation comme plus qu'une aventure, et il n'a pas l'intention de s'en cacher.
« Parce qu'il y a vraiment une liste ? » a demandé Hermione.
Je l'ai regardée en fronçant les sourcils, et j'ai soudain compris : quel meilleur moyen que de savoir quelles filles ont peut-être été influencées que d'avoir la liste de toutes les copines de Harry ? Les jumeaux l'ont dévisagée eux aussi :
« Bien sûr. Notre business est basé sur des faits vérifiables.
–Je pourrais avoir cette liste ? »
Silence gêné. Comment Hermione peut-elle justifier le besoin d'avoir la liste des ex de Harry ? Elle a soupiré et s'est penchée vers les jumeaux pour murmurer sans que personne d'autre n'entende :
« C'est en lien avec ce qui s'est passé pendant les vacances. Nous avons croisé des filles qui font partie de cette liste, et...
–Elles aussi sont concernées... a terminé George, très sérieusement.
–Oui, a reconnu Hermione.
–Et vous aimeriez savoir combien d'entre elles le sont aussi, a ajouté Fred.
–Oui.
–Est-ce que ça vaut le coup ? a demandé George.
–Pardon ?
–C'est du passé, a dit Fred.
–C'est bel et bien terminé, a enchaîné George.
–Est-ce que ça vaut le coup de remuer le passé ? »
Hermione a semblé stupéfaite, puis nous a regardé, moi et Harry. Harry semblait torturé. D'un côté, en effet, c'est du passé, et révéler des influences ne changera rien aux faits, ni aura de conséquences sur le présent, à part donner à ces filles l'impression peut-être d'avoir été forcées. Mais en même temps, c'est du mensonge. Mais est-ce que la révélation du mensonge vaut la peine ? On ne pourra jamais prouver que c'est Dumbledore qui les a ensorcelées, de toute façon, on ne pourra donc même pas se servir des résultats. J'ai soupiré :
« Ils ont raison. Ça fera du mal à beaucoup de monde pour un bénéfice nul. Et est-ce que avoir un nombre et des noms allégera ta peine, Harry ? »
Harry a hésité, puis a soupiré à son tour :
« Non. On laisse tomber.
–Mais... a protesté Hermione.
–Ils ont raison. Ça ne sert à rien. On ne pourra pas se servir des résultats, et ça les fera souffrir.
–Je ne comptais pas les en informer.
–Donc tu aurais violé leur intégrité pour savoir combien d'entre elles ont eu leur libre arbitre, sans les en informer, ni pouvoir exploiter les résultats ? Ce n'est pas de la connaissance pour le plaisir de la connaissance, Hermione. »
Hermione a regardé Harry un moment, puis s'est tournée vers moi. J'ai hoché la tête. Je suis d'accord avec eux : si on doit examiner ces filles, il faut qu'elles soient au courant. Nous ne sommes pas Dumbledore. Et si ni elles ni nous ne pouvons en retirer un bénéfice suffisant pour compenser la peine de la nouvelle, c'est inutile. Hermione a levé les mains :
« OK. On abandonne. »
J'ai senti le soulagement des trois garçons. Les jumeaux n'auraient pas aimé être impliqués dans cette histoire, apparemment. Je les comprends : c'est assez glauque.
Du coup, on abandonne. On ne saura jamais, et c'est peut-être mieux comme ça. Je ne suis pas certaine d'avoir envie de savoir.
Le dîner s'est terminé sans autre détail croustillant. Ah si ! Les nombreux regards noirs de Dumbledore, et Hermione l'a senti apparemment plusieurs fois tester sa Légilimancie sur nous. Nous avons tous les quatre un paysage mental, à présent, et tous les quatre une sorte d'antichambre dans notre esprit, qui reproduit un esprit sans défenses ou avec peu de défenses (dans mon cas, je suis censée après tout maîtriser suffisamment l'Occlumancie pour me protéger de mon empathie), dans lequel flottent des souvenirs sans importance. Nous sommes donc tous les quatre bien protégés, mais seule Hermione est pour le moment capable de percevoir une attaque de Légilimancie. Elle a promis de nous apprendre, toutefois. Je ne sais pas si Neville y arrivera, mais Harry et moi sommes aussi héritiers de Nimue, on devrait pouvoir le faire.
Et à présent, je suis de retour dans mon dortoir. Fini la chambre pour moi toute seule... C'est fou comme les habitudes agréables se prennent vite !
Bon, je te laisse, journée chargée demain : retour en cours, on recommence le sport matinal aussi, et le cours de rattrapage avec Draco demain soir...
La routine reprend ! Enfin, on verra à quel point elle va tenir...
Bisous ma belle !
Notes de l'auteur :
C'est le premier chapitre que je publie sans bêta-lecture. Entre son boulot et ses reconstitutions médiévales, ma meilleure amie n'a pas le temps de suivre. Mais j'ai du coup relu avec plus d'attention, et vous ne devriez normalement pas sentir de différence. N'hésitez pas à me le dire si c'est le cas.
La fiction sur les Malfoy dont parle Manon est une de mes préférées. Je crois que je vous en ai déjà parlé, mais elle a inspiré une grande partie du fonctionnement politique et nobiliaire de ma fic, alors elle vaut la peine que je la cite à nouveau : c'est Came Out Of The Darkness, sur ce site. Elle est en pause pour le moment, et je croise les doigts pour que l'auteur reprenne l'écriture :) J'ai cru voir des traductions en français se balader, alors si vous n'êtes pas anglophone, vous devriez pouvoir la découvrir quand même :)
Réponse aux guests reviews :
Fet : wow, ça, c'est rapide ! :) Contente que cette fic te plaise autant ! Tu auras ta réponse prochainement ! :)
À lundi prochain !
MAJ le 20/10/2017
