DIN'GANAR
Je suis réveillé avant l'aurore et je dois avouer que ça me mets immédiatement de mauvaise humeur.
- Faust, par tous ce qui est sacré, levez-vous ! Gronde bassement une voix que je reconnais comme celle du vieux Gandalf.
- Et laisser les gens dormir, c'est pas possible ? Rouspète-je en m'asseyant.
- Ça ne m'enchante pas plus que vous, grommelle-t-il à voix basse. Prenez vos affaires, nous partons.
- Nous partons ? Répète-je un brin surpris. Pourquoi ?
- Faites ce que je vous dis, plus tard les questions.
Bon, vois le bon côté des choses, tu t'éloignes de ce fumier de Bergen.
Je tâtonne un peu à la recherche de mes habits, je me suis couché en caleçon, ou ce qui sert d'équivalent dans ce pays de fous, et m'habille dans la pénombre avec le vieillard qui trépigne d'impatience devant la porte.
- Allons pressons ! Me dit-il à voix basse en me faisant signe de venir.
- J'aimerais bien vous y voir, grommelle-je en réponse tout en finissant de boucler la ceinture de Din'Ganar à ma taille. Vous allez me dire ce qu'il se passe ou bien je me la mets sur l'oreille et je la garde pour plus tard ?
- Nous devons rapidement nous rendre à Minas Tirith, ce crétin de Touque a encore joué à l'idiot.
- Pardon ? C'est normal que je n'aie rien compris ? Dis-je en haussant les sourcils.
- Il suffit, nous devons nous hâter, m'interromps Gandalf en passant dans la grande salle à grands pas.
J'essaie de le suivre de mon mieux.
C'est qu'il a la foulée longue cet ahuri.
Je me retrouve rapidement dans la cour arrière avec quelques types qui ont l'air à peine plus réveillé que moi. Pourtant, ils s'empressent de seller un cheval, un machin absolument gigantesque d'une race que je n'ai jamais vue et dont je distingue difficilement la couleur dans la faible obscurité.
- Minute, pourquoi y'a qu'un seul canasson ? M'étonne-je en regardant autour de moi. On va faire le chemin à deux dessus ?
- Ne soyez plus idiot que vous ne l'êtes Faust, je vais voyager avec Pippin sur ma propre monture. Mais comme nous devons aller au plus vite, j'ai demandé de l'aide pour votre monture.
- Ha ? Et c'est quoi au juste comme cheval ? J'en ai jamais croisé des comme ça.
- Ce cheval est de la descendance de Gripoil, me réponds une voix depuis mon dos. Malheureusement, il n'y a en lui qu'une moitié de sang Méaras, même si sa mère a une lignée très appréciée aussi.
Je me tourne pour me retrouver face au roi, suivit de près par un mec que je connais.
- Grimbold ! M'exclame-je en portant la main à mon arme.
Le général me toise de toute sa hauteur et je peux lire dans son regard toute la haine qu'il a pour moi.
- Ainsi c'était vous à la bataille des Gués de l'Isen… Commente-t-il d'un ton glacial.
- Faust, ce n'est pas le moment de faire un esclandre, s'agace Gandalf.
- Ce n'est en effet pas le moment il me semble, commente le roi d'une voix calme.
Je retire la main de mon épée, mais ne peux pas détacher mon œil de ceux du général.
- Vous aviez besoin d'un cheval rapide, j'ai demandé au roi s'il ne pouvais pas m'en prêter un, commente le magicien blanc dans mon dos.
- Je vous prête Serras, reprend le roi. C'était le cheval de mon fils.
Je me tourne vers Théoden et le fixe un peu surpris.
- Heu… Mais j'ai tué quel cheval alors à la bataille ? Me surprends-je à sortir.
- Le prince n'utilisait pas Serras pour aller combattre. Ce cheval est prévu pour la vitesse et l'endurance, non pour le champ de bataille, précise Grimbold d'un ton dédaigneux.
- Ha… Dis-je d'un ton penaud. C'est gentil de votre part, mais il me semble que je ne mérite pas un tel cadeau, reprends-je d'un ton gêné.
- Ce n'est en rien un présent ! S'exclame soudain le général d'un ton hargneux qui me fait sursauter. Ce cheval doit revenir intact aux écuries royales !
- Grimbold, il suffit ! Le coupe soudain le roi d'un ton qui ne souffre aucune réplique.
Le général serre les dents et se tais, mais il n'y a pas besoin d'être devin pour comprendre que ce qu'il se passe lui laisse un goût très amer.
- Je vous confie le cheval de mon fils pour cette équipée de première importance. Je vous fais confiance pour en prendre soin et me le retourner aussitôt que possible.
- Je ferais de mon mieux, dis-je d'un ton dubitatif en regardant le grand cheval.
- Il vas falloir faire mieux que ça, gronde le général. D'après mes renseignements, vous ne savez pas vous occuper d'un cheval.
- Je n'ai que de très vagues notions, admets-je gêné. Je sais qu'il faudrait leur retirer leur harnachement à chaque fois que c'est possible et les brosser, mais ça s'arrête un peu là.
- Je lui expliquerais le reste en route, intervient Gandalf, nous n'avons que peu de temps.
Théoden hoche la tête avant de me regarder bizarrement.
- Où sont vos affaires ? Me demande-t-il surpris.
- Sur moi, réponds-je en écartant les bras.
- Vous n'avez rien d'autre ? S'étonne le vieil homme.
- On m'a tout confisqué aux canyons de l'Ouest Emnet. Je n'ai récupéré que mon épée et mon armure a été refondue pour les besoins de la troupe qui m'a capturé.
- Vous n'avez même pas une cape à vous mettre sur le dos ? Les nuits sont encore fraîches vous savez.
- À qui le dites-vous, commente-je en réalisant que je frissonne déjà.
Je vais choper la crève que ça ne m'étonnerait pas.
- Il y'a une couverture dans vos sacoches de selle Faust, vous pourrez vous en servir comme cape, commente Gandalf.
- Pas con, admets-je en agitant l'index dans sa direction.
- Tenez, m'interromps le roi en portant la main à son torse.
Je le regarde défaire sa cape et me la tendre.
- Heu… Vous êtes sûr ? Parce que ça se tache vite une cape.
- J'en ai d'autres me dit le roi. Et défaire votre paquetage maintenant vous prendra trop de temps. Vous me la rendrez quand nous nous reverrons.
Je reste un moment silencieux à considérer la cape sans trop bien savoir quoi dire.
- Un "merci" ne serait peut-être pas malvenu, me susurre Gandalf à l'oreille d'un conspirateur.
- Merci, réponds-je en prenant la cape.
- Bien, sourit le roi. Gandalf et moi avons encore des choses à régler, en attendant, vous sortirez de la ville avec Grimbold comme escorte.
Je sursaute presque à cette mention.
- Pardon ? M'exclame-je choqué.
- Il vous fera passer les postes de garde et vous guidera sur le chemin hors de la ville. De là, Gandalf vous rattrapera plus tard.
Je tourne mon unique œil vers le grand général et constate que cette idée doit l'enchanter au moins autant que moi.
- Nous vous avons mis de la nourriture et de l'eau dans vos fontes Faust. Je vous rattraperais en début de soirée, vous devrez maintenir un train régulier. Le temps est devenu un facteur crucial.
- Compris, mais au fait, où va-t-on ? Ne puis-je m'empêcher de redemander en espérant une réponse.
- Nous allons à Minas Tirith mon garçon, me réponds finalement Gandalf. Maintenant, en selle ! Il n'y a plus un instant à perdre.
Je suis bien forcé de monter sur le cheval. Sitôt dessus, je suis sûr d'une chose : ce canasson vas me rendre malade. Il est plus haut que tout ce que j'ai monté jusqu'ici et il trépigne comme un animal sauvage. Surtout que je ne suis pas bien remis, je sens que je vais déguster les prochains jours.
Rapide j'en doute pas un instant… Mais s'il pouvais éviter de me foutre la gerbe ce serait encore mieux de mon point de vue.
Je me raccroche rapidement au pommeau, ce qui soulève un grognement méprisant de la part de Grimbold.
- Il sait à peine tenir sur un cheval. Comment avez-vous pu vaincre la prince dans ses conditions ?
- En m'attaquant en premier à son cheval, réponds-je machinalement en essayant de ne pas tomber de selle. Mais pourquoi ces étriers sont si bas ?
- Le prince avait de longues jambes, grogne le général en s'approchant.
Il resserre lui-même les sangles des étriers, ce qui m'étonne un peu.
- Je n'avais pas remarqué, commente-je d'un ton mi-surpris. En même temps, il gardait toujours les genoux pliés pendant le combat.
- Normal, il abaissait son centre d'équilibre pour être plus stable, grogne Grimbold en se relevant.
- Ha ? Je pensais qu'il faisait ça pour avoir une meilleure détente afin de permettre des mouvements plus rapides.
- C'était également le cas, approuve le général. Le prince était un adversaire très véloce.
- J'avais remarqué, dis-je en portant la main à ma cicatrice au ventre.
Si je n'avais pas eu mon armure lourde, il m'aurait tué dans la première minute d'engagement.
- Assez discuté, nous interrompt Gandalf. Vous pourrez poursuivre en chemin.
J'hoche la tête et essaie de mettre en route ce grand machin qui me sert de cheval. Je suis agréablement surpris de constater que ma première impression se révèle fausse. Il ne me rend pas malade pour deux sous. J'aurais pourtant cru qu'avec sa taille, le ballotement serait important et propre à filer le mal de mer, mais il n'en est rien. C'est même beaucoup plus agréable qu'avec tous les chevaux que j'ai monté jusqu'ici.
En même temps, c'était la monture d'un prince. Normal qu'on lui aie réservé le top du top.
Je fais suivre sans difficulté la monture de Grimbold qui est redevenu taciturne. Mais avant que nous n'ayons pris congé, le roi attrape la bride de Serras.
- Quand nous nous reverrons, commence-t-il d'un ton très bas. Pourrez-vous me raconter la mort de mon fils ?
Je le regarde avec un air coupable.
- Je n'ai rien contre… Mais vous êtes sûr de vouloir entendre ça ?
- Je tiens à savoir quels ont été ses derniers instants… Vous me feriez une immense faveur en acceptant.
J'hoche la tête.
- Je vous promets que je vous raconterai tout.
- Fort bien. Bon voyage, me souhaite-t-il en relâchant la bride du cheval.
Je fais en sorte que ma monture suive celle de Grimbold. Il m'a l'air encore plus grand vu de près que pendant la bataille. Il ne m'adresse plus la parole de tout le temps où nous traversons la cité endormie. Arrivés à la porte principale, il m'ordonne de passer le capuchon de la cape du roi et se présente seul à visage découvert. Les gardes ne font pas de problèmes pour nous laisser sortir et sitôt hors des murs le général lance sa monture à un rythme plus soutenu. Mon cheval le suis sans difficulté et nous nous éloignons rapidement des murs de la cité. Pendant une bonne heure de trajet, nous dévorons littéralement les kilomètres et je ne me souviens pas avoir jamais voyagé aussi vite. La chose qui me semble le plus épatant restant encore que ma monture semble ne pas se fatiguer de ce rythme. Je suis au contraire forcé de lui tenir la bride car elle essaie de dépasser celle du général.
Finalement, nous arrivons à un embranchement où Grimbold stoppe. Je jette un coup d'œil derrière moi pour évaluer à quelle distance nous sommes d'Edoras, mais malgré que le jour pointe à peine, la cité a déjà disparu dans le lointain.
Le général met pieds à terre et m'indique une direction.
- La Cité Blanche est au bout de ce chemin. Prenez toujours tout droit et ne déviez jamais, vous finirez par l'atteindre.
- Merci, dis-je en tournant bride.
- Attendez, m'intime Grimbold en lâchant la bride de son cheval. Descendez de selle et battons-nous avant.
Je le fixe plusieurs secondes d'un air surpris.
- Pardon ?
- Vous prétendez avoir battu mon prince, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il y'a eu ruse ou coup en traître sous cette victoire. J'aimerais évaluer votre force pour me débarrasser de ces doutes.
Je l'évalue rapidement. Pour moi ça ne fait pas un plis, sans mon armure il vas me casser en deux, et même avec probablement.
- Je risque de vous décevoir, dis-je en baissant les yeux, il y'a bien eu une astuce sous ma victoire.
Le regard du général se fait soudain noir.
- Je m'en doutais ! Vous avez usé d'un coup bas pour le vaincre.
- Si on veut, dis-je mi-figue, mi-raisin. Saroumane a joué sur un détail qui avait son importance.
- Il y'a eu magie ? Demande Grimbold d'un ton froid.
- Non, le prince se battait à l'aide d'une épée à une main, vous le savez déjà.
- En effet.
- Je portais une armure lourde, le genre d'armure qu'une arme de ce genre est impropre à affronter, lui avoue-je honteux.
Le général me fixe silencieusement pendant une bonne minute.
- Et quoi d'autre ? Finit-il par demander.
Je je le regard sans comprendre.
- C'est tout, réponds-je surpris.
- Et vous voulez me faire croire qu'une armure lourde est la seule chose qui vous a permis de battre mon prince ? Demande-t-il d'un ton soupçonneux.
Il y'a aussi Din'Ganar, mais ça c'est un sujet que je n'ai pas envie d'aborder.
- Oui, dis-je. C'est tout. Sans elle, j'aurais été tué dès le troisième assaut. Mais grâce à ses plates renforcées, l'arme du prince n'est pas passée.
- Vous êtes en train de vous payer ma figure, grogne le général d'un ton méprisant. Le prince a affronté plusieurs fois des soldats du Gondor caparaçonnés comme des tortues et il les a tous vaincu. Votre armure n'aurait rien changé pour lui.
- Je me défendais aussi, rétorque-je en grognant. Et je me suis arrangé pour ne pas laisser d'ouvertures vers des parties non défendues de mon armure.
- Vous disiez qu'il y avait eu ruse, j'attends encore de la connaître, insiste Grimbold.
Je le regarde droit dans les yeux. Je vois qu'il sait qu'il y'a eu autre chose.
Je lui parle de Din ou pas ? Elle m'a filé un sacré coup de pouce pendant la bataille en augmentant ma force et ma vitesse.
J'essaie de décider si je dois ou non lui en parler, mais mes précédentes cachotteries et mes mensonges ont failli me conduire à l'échafaud. Mieux vaut être honnête et voir ce qui en découle.
Je descend de selle et dégaine gentiment Din'Ganar, exposant sa longue lame et je réalise un peu tard que personne ne l'a nettoyée depuis la bataille de l'Ouest Emnet car elle est couverte de sang séché.
Voilà pourquoi ça fait deux jours qu'elle me fiche la paix avec ses envies de massacre récurrentes.
Grimbold regarde la lame d'un air dégoûté.
- La ruse que vous réclamiez, la voilà, dis-je en lui présentant mon épée. Cette lame porte le nom de Din'Ganar et a été forgée par des fantômes nains dans les profondeurs de la Moria sur consignes de Saroumane. Elle soutient son porteur en lui donnant une force, une endurance et une vitesse monstrueuse. Ayant été forgée par des fantômes, elle peut également prendre forme spectrale et ignorer ainsi les armures de ses adversaires. Mais ce faisant, elle plonge celui qui la tient dans un état de rage meurtrière.
Je vois le général frissonner en regardant la lame d'un œil neuf.
- On dirait une arme de légende… Commente-t-il. Comme on en forgeait dans les temps anciens…
- Saroumane était très vieux et s'est intéressé de très près aux artefacts créés en Terre du Milieu, précise-je en me souvenant de ce que j'avais entraperçu dans son laboratoire. De plus, les fantômes étaient des nains également anciens… Je pense que cette arme est un aboutissement. Sans doute l'un des derniers artefacts que cette terre a vu forgé.
Grimbold reste un moment silencieux.
- Vous prétendez que cette arme plonge son porteur dans une rage meurtrière. Mais vous n'avez pas l'air très enragé.
- Elle s'active quand elle goûte le sang d'un adversaire, réponds-je. Et je dois mobiliser toute ma volonté pour conserver un tant soit peu d'autonomie de pensées.
- Pourtant elle est couverte de sang, fait-il remarquer.
- Les personnes dont le sang est sur la lame sont mortes, ça n'excite plus Din'Ganar.
- Je vois… Commente le général. Il y avait donc bien magie sous votre victoire. Je comprends mieux pourquoi mon prince a perdu. Il n'était qu'un homme et il avait affaire à un monstre maniant un artefact puissant.
- Merci pour le monstre, dis-je sarcastique.
- Vous avez vous-même admis que votre force n'a plus rien d'humain une fois votre arme activée. Et cette capacité à frapper par-delà les armures est proprement ignoble. Saroumane n'a pris aucun risque. Ce piège était bien monté et nous avons foncé tête baissée dedans.
Je le regarde un peu surpris.
- Vous savez que c'était un piège ? M'étonne-je.
- Qu'aurais-ce pu être d'autre ? Commente-t-il d'un ton amer. Mais je ne l'ai réalisé qu'une fois la bataille finie. Votre objectif c'était le prince depuis le début non ?
J'hoche la tête.
- C'était l'objectif principal de Saroumane, afin de disperser l'armée du Rohan.
- Et ça a bien failli marcher, grâce à vous…
- Je ne suis pas le seul, je n'étais qu'une pièce sur l'échiquier de l'ancien mage blanc. Et il m'a jeté comme un vieux sac quand il n'a plus eu besoin de moi. Et sur conseil de Grima qui plus est, grince-je à ce souvenir en baissant les yeux sur Din. Celui-là, si je le revois, je le cloue au mur, lui met ses entrailles en écharpe et m'en sert comme cible d'entrainement.
Rien que l'idée de Grima me file la rage au bide de manière bien plus viscérale que je ne l'aurais cru. Din'Ganar réagit elle aussi violement en hurlant dans mon esprit pour réclamer du sang et des carnages. Je la vois passer du matériel au spectral en un instant, brisant la croûte de sang qui la recouvrait. Mais juste avant ça, j'ai pu apercevoir dans une partie de la lame qui n'était pas maculée un œil. Un œil rouge et luisant, brillant de haine et d'envie de meurtre. Un œil qui se trouvait dans ma figure, le seul qui me reste.
Un hoquet de stupeur me ramène brusquement à la réalité et je réalise aussi que je me suis laissé aller devant une personne qui n'avait pas forcément besoin de voir ça. D'une pensée je ramène Din'Ganar à son état normal, sa lame étincelant à nouveau sous la lumière de l'aube.
Mais Grimbold a changé complètement de regard quand je relève mon unique œil. Et il me semble lire un début de peur dans son regard.
Merde, j'ai fait une connerie !
Filer la frousse à l'un des plus éminents généraux du Rohan n'est probablement pas la meilleure des idées qu'il me soit arrivé d'avoir. Mais surtout je suis surpris qu'avec mon physique j'aie pu intimider un homme qui fait une tête de plus que moi et qui a des bras presque aussi épais que mes cuisses.
- J'avoue que j'étais dubitatif quand vous m'avez parlé des pouvoirs de cette épée, reprends le général d'une voix blanche. Mais je n'aurais pas cru que c'était à ce point.
Je rengaine Din avant de faire une autre bêtise. La vision de mon propre œil brillant de haine venant me hanter.
Et moi qui croyais que c'était la prothèse de Saroumane. Mais non, je crois bien que c'est Din qui fait ça.
Je suis atterré au fond de moi. J'avais vraiment espéré que ce ne soit pas ça, mais je me rends bien compte que je me voilais la face. Celle qui me rend fort et qui se nourrit de ma rage n'est autre que mon épée. Et j'en suis conscient depuis le début.
Et Gandalf s'en est probablement aperçu lui aussi.
Malgré tout, je refuse de penser à me séparer de ma lame. Sans elle, j'ai l'intime conviction que je ne serais plus bon à rien. Depuis que j'ai mis la main sur elle, c'est ma force qui a définit mes plans d'action et mes perspectives d'avenir. M'en séparer maintenant ruinerais mes possibilités aussi sûrement que si je me tranchais la gorge.
- Maintenant vous savez pourquoi le prince a été défait, dis-je d'un ton presque triste.
Sans ajouter un mot, je me remets en selle.
- D'aucun dirons que vous êtes un lâche qui a usé de magie pour l'emporter et non de votre véritable force, commente Grimbold en me regardant. Et ils auront raison.
Il se tait un petit moment et à l'instant où je lance ma monture sur le chemin, je l'entends ajouter :
- J'ai pitié de vous, car en usant de la force d'un autre, on finit toujours par se perdre soi-même.
Je ne réponds rien et préfère continuer en silence.
Perdu dans mes pensées, je laisse le cheval adopter le pas qui lui convient le mieux. Le soleil monte lentement dans le ciel et, malgré l'air frais, tape durement sur ma tête et mes vêtements. C'est une froide matinée de printemps et en temps normal, j'aurais apprécié ça. Mais je n'ai ni envie de rire ni envie d'en profiter. Din'Ganar, mon pilier depuis des mois, se révèle de plus en plus sombre à mon grand désarroi. Et je commence à avoir peur d'elle plus que jamais en réalisant que je perds de plus en plus facilement le contrôle de ma colère. La vivacité avec laquelle elle a choisit d'elle-même de devenir spectrale sonne pour moi comme une alarme qu'un cap a été franchis. Jusqu'ici j'ai toujours dû le lui demander, elle ne l'avait jamais fait d'elle-même. Si elle peut prendre ce genre de décision d'elle-même, dans combien de temps me fera-t-elle basculer dans la rage de son propre chef ? Que se passera-t-il si elle devient incontrôlable ? Ou pire, si elle me contrôle ?
Je deviendrais une marionnette manipulée par la colère et l'envie de meurtre ? Une sorte de monstre sanguinaire qui tue tout ce qui se dresse sur son chemin jusqu'à ce qu'on l'arrête ?
Cette idée me terrifie. Non seulement j'ai peur de la mort, mais j'ai peur de ce que je pourrais faire si je perdais définitivement les pédales.
Je ne m'arrête pas pour midi et continue à ressasser mes idées noires une bonne partie de la journée, si bien que je ne remarque même pas les paysages que je traverse. Ce canasson a l'air infatigable et trotte à un rythme qui avale les kilomètres sans le fatiguer. Je n'ai rien besoin de dire ou faire, sauf quand nous arrivons aux croisements où il s'arrête quand je ne lui agite pas la bride dans le sens qui m'intéresse. Plus docile que ça, tu meurs.
Enfin, en début de soirée, un galop me tire de ma semi-torpeur et je fais faire volte-face à mon cheval pour voir arriver Gandalf sur une monture aussi blanche que sa robe. Devant lui se trouve une petite forme que je prends au début pour un enfant avant de le voir de plus près. Ce sont ses pieds couverts de fourrure qui m'indiquent qu'il s'agit d'un hobbit.
- Bonsoir, dis-je au magicien avec un pâle sourire.
- Qu'entendez-vous par là exactement ? Me demande ce dernier. Que cette soirée est bonne ou que vous souhaitez qu'elle le soit ?
- Ou tout simplement vous saluer au moyen d'une expression adaptée à l'heure qu'il est, fais-je remarquer un peu agacé par ce genre de jeu de mot débile.
Gandalf esquisse un sourire avant de se pencher sur son passager.
- Maître Touque, laissez-moi vous présenter Monsieur Ignis, qui voyagera avec nous.
- Enchanté, me dit le petit homme en me tendant la main. Mes amis m'appellent Pippin.
- Mes amis ne m'appellent pas, ils se déplacent, réponds-je pince-sans-rire en lui serrant la main.
- Ho, dit-il en hésitant.
- Je plaisantais, ajoute-je avec un demi-sourire. Appelez-moi Faust.
Le hobbit semble se détendre tandis que Gandalf m'adresse un regard scrutateur.
- Ça n'a pas l'air d'aller fort, dites-moi. Commente le magicien.
- Non, tout vas bien, réponds-je d'un ton cassant. Le soleil brille, il fait frais mais pas froid et nous nous dirigeons dieux sais où. Tout va pour le mieux…
Gandalf me dévisage avant de grogner légèrement.
- Il faudra que nous ayons une conversation vous et moi à la halte de ce soir.
- Le plus tôt sera le mieux, conviens-je sans détour.
- En attendant, en avant, il reste encore de nombreuses lieues avant d'arriver.
Ce disant, il relance sa monture dans un petit galop et, avant que j'ai pu en faire autant, mon cheval décide de suivre le rythme, manquant de me désarçonner. Je pousse une série de jurons en reprenant péniblement mon équilibre.
Le cheval semble avoir décidé de n'en faire qu'à sa tête et se lance à la poursuite de son collègue immaculé. Je découvre à mes dépends que ce qui semble être un petit galop pour lui serait sans doute du grand galop pour les autres montures que j'ai eu entre les mains jusque-là. Quoique, je n'ai jamais lancé ma Warg à fond de train pour essayer. Et je me rappelle un peu tard que je n'aurais plus jamais l'occasion de le faire, ce qui me renvoie à ma déprime.
Je me cramponne comme je peux au pommeau de ma selle pour laisser le cheval suivre le rythme et je suis vraiment épaté par la vitesse à laquelle nous avançons toute la fin d'après-midi. Les collines et la plaine défilent à un rythme stupéfiant et je soupçonne qu'en moins d'un quart de journée nous parcourons autant de kilomètres que d'autres chevaux en une demi-journée de grand galop.
Quand finalement le vieux s'arrête, j'en rends grâce au ciel car je ne sens plus mes fesses ni mes cuisses tellement je me suis arc-bouté sur la selle. Je descends en chancelant.
- Nous n'aurons pas besoin de tente cette nuit. Les couvertures suffiront.
- Dieu merci ! M'exclame-je en réalisant que n'ai aucune envie de monter la moindre tente.
Ni même de faire le moindre geste ou le moindre pas de plus que nécessaire. Ça me fait vraiment très bizarre de ne plus porter d'armure, j'ai l'impression d'être trop léger. Je libère les courroies de ma couverture et la déroule avant de me laisser tomber dessus avec délice.
- Vous n'oubliez pas quelque chose Faust ? Me réprimande le vieux Gandalf.
Je lui jette un regard intrigué.
- Quoi ?
- Votre cheval.
- Et bien ? Qu'est-ce qu'il a ? Demande-je en regardant cet ahuri de canassons faire quelques pas pour brouter un peu plus loin.
- Il ne va pas se desseller tout seul.
Je lève l'œil au ciel.
- Il va pas en crever de passer une nuit avec sa selle cet espèce d'animal.
- Vous apprécieriez de dormir en armure ? Me demande le magicien.
- Pas plus que ça, mais on fait rarement ce qu'on veut vous savez ?
- Faust, levez-vous et allez desseller ce cheval, je vous rappelle que ce n'est pas le vôtre.
- Ça vous va bien de dire ça, grogne-je d'un ton irrité. Vous montez à cru.
- Gripoil ne supporte aucune selle, me rappelle Gandalf. Mais même si sa descendance la tolère ce n'est pas une raison.
Je pousse un grognement irrité, mais me relève pour aller desseller Serras. Je m'y prends sans motivation et je traîne à la tâche jusqu'au bout avant de laisser le cheval avec juste son mors et sa bride. Je ramène le tout et m'effondre sur mes couvertures. Je réalise que j'ai faim et soif au moment où je trouve une position confortable.
Je me serais fait emmerder jusqu'au bout dans cette histoire.
Je me relève pour prendre dans mes sacoches de quoi grignoter et boire. Le soleil termine de se coucher, teintant les nuages d'ocre et d'or mêlé de rose. Un léger bruit me fait tourner la tête, mais je réalise que c'est le hobbit qui ronfle.
- Je me suis arrangé pour que nous ayons la paix, dis le magicien en s'asseyant à côté de moi. Ce Touque est très aimable, mais c'est aussi une vraie pipelette.
Je remarque que ça n'empêche pas Gandalf de parler à voix basse.
- Vous et votre manie du secret, dis-je en prenant une bouchée de pain et de fromage.
- Elle est regrettable, mais nécessaire, commente-t-il en sortant sa pipe avant de la bourrer. Nous devons parler de choses importantes qui ne le concerne nullement.
Je le regarde allumer sa pipe tout en mâchonnant mon souper. L'odeur du tabac me rappelle de bons souvenirs mais je n'ai plus ni cigarettes ni pipe pour en profiter. Je me contente donc d'un peu de fumée passive.
- Faust, pouvez-vous sortir votre épée ? Me demande-t-il au bout d'un instant de silence.
J'hoche la tête et dégaine Din'Ganar. Celle-ci réagit en m'envoyant une vague de curiosité.
- Vous la ressentez n'est-ce pas ? Me demande Gandalf.
- Je ne sais pas si nous parlons de la même chose, mais je ressens une présence dans mon épée.
- Et qu'est-ce que cette présence vous transmet ? Continue le vieil homme.
- Au début, je ne ressentais que de l'amour provenir d'elle. Puis cela a changé petit à petit, avec le temps. Je sens qu'elle m'aime toujours profondément, à un point que je ne saurais décrire. Mais cet amour a un côté malsain, presque… Comme une obsession, dis-je en butant un peu sur les mots. De même, elle me pousse à une sorte de surprotection en préférant faire le vide autour de moi plutôt que de risquer que je sois blessé. Et je ne compte plus les fois où elle a littéralement embrasé ma colère et mon instinct de survie au détriment de tout autre sentiment. Mais elle me fournit également une force, une endurance et une rapidité à laquelle je ne pourrais pas prétendre sans elle.
- Et cela ne vous rappelle rien ? Enchaîne le magicien d'un ton énigmatique.
Je le regarde un peu surpris. L'obscurité à creusé les ombres de ses rides et les reflets dansants du feu dans ses yeux le rendent complètement impénétrable au seul œil qui me reste.
- Rappelez-vous Faust, avez-vous déjà croisé un objet aux capacités similaires ? Insiste ce dernier d'une voix douce, mais ferme.
Je fouille ma mémoire un bon moment sans succès.
- Là comme ça, je ne vois pas.
Gandalf pousse un soupir et effleure la lame de sa vieille main. L'esprit de Din semble se voiler et je sens de nouvelles sensations. Enfin, pas si nouvelles que ça car il me semble que je les ai déjà ressenties avant. L'impression qu'une partie de mon cerveau est occupé à penser à autre chose tandis que j'acquiers l'intime conviction de connaître la position exact de quelque chose. Une petite pierre verte à la base de la gouttière de l'épée a commencé à luire doucement en même temps que les incrustations dorées dans le métal de la lame et je me fige en comprenant.
CES PENSÉES ! JE LES CONNAIS !
Je lâche soudain mon arme en reculant comme si elle était chauffée à blanc, terrifié par la compréhension de ce que je tiens depuis des mois sans m'en rendre compte.
- Ce n'est pas possible ! M'exclame-je d'un ton éperdu. C'est une mauvaise plaisanterie !
- Hélas non, commente le magicien. C'est bien votre ancien anneau de régence qui se trouve fondu dans l'acier de cette épée.
- Mais… l'anneau n'avait pas de pensées propres ! Me débat-je en regardant mon arme d'un œil neuf.
- Non, convient le magicien. Cet esprit, vous le devez à l'intervention de Saroumane sur les mécanismes de l'anneau de régence. Je ne comprends pas encore tout. Mais de toute évidence, il a retiré nombre des barrières que j'avais placée sur l'anneau à sa création, ce qui explique votre force, endurance et vitesse augmentées lorsque vous portez cette lame. Vous avez deviné juste quand à sa capacité à passer en forme spectrale pour ignorer les protections de vos adversaires, elle vient bien du fait qu'elle a été forgée par des morts avec des métaux que vous avez envoyé dans leur monde avant de les ramener dans le nôtre. Mais Saroumane a rajouté des choses dans cette arme. Un sort qu'il a probablement finalisé la première fois qu'il a posé la main sur votre épée. Au lieu de donner à votre esprit une place pour la personne portant l'anneau de vassalité, il l'a relégué dans l'épée et a accentué fortement l'émotion qui l'intéressait le plus. À savoir : la colère. Cette rage dont vous me parlez sans cesse en est le résultat. Mais cet amour dont vous me parlez ne vient pas des sortilèges de l'arme. C'est l'émotion qui prédomine chez le porteur de l'anneau de vassalité à votre égard.
Je sens mon œil s'agrandir à cette mention tandis que le magicien tourne vers moi un regard grave.
- En l'occurrence, devrais-je plutôt dire la porteuse.
La nouvelle me coupe la voix autant qu'elle me scie les jambes. Heureusement que je suis déjà assis parce que je pense que je me serais fais mal.
- Je sais que c'est rude à encaisser, mais il y a autre chose, continue le mage blanc. Quand je suis passé en Loríen, j'y ai croisé la jeune Lia et celle-ci se plaignait déjà de moment de fatigue et de faiblesses inexpliquées. Vous croyant mort et donc votre anneau perdu ou détruit, je n'ai pas fait le rapprochement. Maintenant je comprends.
Je frisonne en voyant où il veut en venir.
- Faust, chacune de vos colères draine l'énergie de la princesse. Et cela est dangereux maintenant que les sceaux que j'avais apposés sont brisés.
Et merde !
Je me relève en titubant comme un homme ivre, Din'Ganar toujours au sol.
- Vous voulez que j'abandonne mon épée ? Questionne-je le cœur transpercé par cette éventualité.
- Non, en l'état actuel des choses, ce serait prendre un risque. Vous et moi sommes les seuls avec Saroumane à connaître ce secret. Et si cette lame venait à tomber entre de mauvaises mains, nous pourrions bien avoir une victime involontaire sur la conscience, vous comme moi. Non, il vaut mieux que vous la gardiez et que vous n'usiez plus de ses capacités pour éviter un drame le temps que je trouve une solution.
- Mais Din'Ganar devient de plus en plus dur à contrôler, dis-je en pleurnichant. J'ai l'impression qu'elle prend de plus en plus l'ascendant sur moi. J'ai peur Gandalf ! Plus encore maintenant que j'ai l'assurance qu'à chaque fois que je me laisse emporter quelqu'un en souffre !
Et, au nom du ciel, c'est bien la dernière personne sur cette terre à qui je souhaite causer des souffrances !
- Du calme, m'intime gandalf avec fermeté. Je suis bien conscient que ce doit être dur pour vous. J'ai eu du temps pour y songer, mais en attendant que nous ne retirions son anneau à Lia, il n'y a pas d'autre soltution. Un autre porteur ne se laissera probablement pas arrêter par l'idée de drainer les forces d'un autre pour augmenter les siennes et je pense probable que c'est cet amour que Lia vous porte qui vous permet de ne pas sombrer constamment dans la rage.
Ce disant il détourne légèrement les yeux et plonge son regard dans le feu d'un air pensif.
- Ceci aussi présage des problèmes pour la suite si ses sentiments pour vous sont aussi forts. Mais nous n'en sommes pas encore là, élude-t-il en agitant la main comme pour chasser une mouche dérangeante. Il va vous falloir apprendre à contrôler vos émotions Faust et ne plus laisser la porte ouverte à cette colère que l'épée veut vous faire ressentir. Une domination complète sur sois ne s'apprends pas en un jour, mais nous allons employer notre voyage à vous rendre plus maître de vous. Votre jeunesse explique en partie que vous vous laissiez facilement aller à vos émotions, mais cette lame va toujours faire en sorte de les amplifier dans le but de vous mener à cette colère qu'elle recherche chez vous. Ce n'est pas la volonté de Lia, mais un sort tracé par Saroumane qui influence cela. Et comme vous l'avez souligné, l'amour et la colère forment un mélange malsain qui, malheureusement, se marient aisément.
Je regarde lagrande épée qui git dans l'herbe, immaculée comme au jour de sa naissance dans les mines de la Moria, le feu jetant ses reflets d'or sur la lame d'acier polie et faisant miroiter les têtes de Wargs dont s'orne la garde. Avec un peu d'imagination, je pourrais croire y voir le visage peiné de Lia me regarder à travers les reflets embrasés de la lame.
Alors c'est toi qui tout ce temps cherchait à me protéger ?
Gandalf la ramasse par la lame et me la tends, poignée en avant.
- Ne laissez personne vous la prendre, ou vous en subirez les conséquences, me dit-il d'un ton grave avec le regard le plus sérieux que j'aie jamais vu.
J'hésite plusieurs longues minutes avant de la reprendre délicatement. Aussitôt, je sens que l'esprit de Lia a disparu pour faire à nouveau place à l'esprit de Din. Celui-ci semble très troublé, mais calme pour le moment. Elle m'adresse une vague de curiosité inquiète qui me fend le cœur et la pensée que ce bâtard de Saroumane m'a piégé enfle en moi comme une tumeur. Je réalise un peu tard que c'est un nouveau stratagème pour me pousser à éprouver de la colère, mais elle semble le faire aussi naturellement que de respirer. D'elle-même je ne sens aucune malice, au contraire ses émotions ne m'ont jamais parut aussi pure et naïve. Je suis submergé par le chagrin de finalement réaliser qu'on utilise Lia malgré elle et contre moi d'une façon aussi insidieuse et révoltante.
Je la rengaine tandis que mon regard se brouille.
- Ça ne vas pas être facile Gandalf, dis-je d'une voix brisée par l'émotion.
Je sens mes premières larmes couler sur ma joue tandis qu'un bas réconfortant s epose sur mon épaule.
- Les épreuves de ce monde visent à faire de vous un homme meilleur Faust. À vous de lui prouver qu'il n'a pas eu tort. L'échec signifie l'abandon de ce qui vous est cher.
- Je vais essayer… Mais je trouve que votre monde a un mauvais sens de l'humour.
- Pas autant que moi, commente le vieil homme. Pas autant que moi…
