Lundi 8 janvier 1996

Chère Marie,

Bouh, c'est le premier jour de la reprise, et je suis déjà claquée ! La journée a été très chargée... Et on n'est que lundi... Je veux retourner en vacaaaaaances ! Mais bon, il y a eu des bonnes nouvelles, donc ça valait la peine de revenir à Hogwarts.

Reprise des cours = reprise du sport à cinq heures du matin, dans la neige, le froid écossais, et tout ce qui peut mettre de bonne humeur de bon matin sans café. En plus, Remus nous a annoncé, à Harry, Hermione, Neville et moi que comme nous sommes à présent des Animagi, ce serait bien qu'on commence une demi-heure plus tôt et qu'on travaille notre forme animale avec Sirius. On a besoin de savoir se battre, comment dire non ? Donc du coup, tous les matins sauf le dimanche, on doit à présent se lever à quatre heures pour commencer à quatre heures trente... Moi qui déteste me coucher avant minuit, je suis absolument ravie, comme tu peux l'imaginer. Qu'est-ce qui se passe si je clapse pendant mon voyage spatio-temporel ? La Manon de 2008, si elle a survécu à son accident, meurt aussi ?

Finalement, c'est peut-être une bonne chose, ce blocage sur le sexe avec Harry, je suis sûre de vraiment dormir, comme ça.

Ensuite, reprise des cours. Ça s'est bien passé. J'avais fait mes devoirs de vacances entre le tout début avant que ça parte vraiment en vrille et les quelques jours à Lions' Rock (et je suis fière de moi, j'ai réussi à ne pas t'en parler du tout ! Je fais des progrès par rapport à mon babillage sur les cours !).

Grosse surprise en cours de potions : Snape est... gentil ? non, ce serait aller trop loin. En tout cas, il n'a mordu aucun Gryffindor, a même accordé des points à Hermione et Harry. Il a été plus pédagogue que jamais, en s'attardant près de tel ou tel chaudron en expliquant pourquoi l'élève faisait une erreur, au lieu de simplement lui dire qu'il se trompait. M'est avis qu'un certain sorcier s'est vu allégé de pas mal d'influences avant la rentrée. McGonagall a fait de l'excellent travail.

Mais le moment le plus important de cette journée : le cours de rattrapage de potions avec Draco. Il m'a fait faire une potion de quatrième année, signe que j'avance bien. Il était incroyablement taciturne, même par rapport à son habitude (Draco ne peut certainement pas être considéré comme bavard ou jovial de nature). Snape est passé nous voir dans la salle de classe pour contrôler si tout allait bien, puis est reparti dans son bureau. Après deux mois de cours de rattrapage, je savais qu'on ne le reverrait pas jusqu'à la fin du cours, sauf si nous avions un accident (ce qui ne m'est arrivé qu'une seule fois : une main légèrement trop généreuse sur un ingrédient sensible, et... pouf !). Du coup, j'ai profité d'être seule avec Draco pour aborder le sujet qui me travaillait un peu depuis hier :

« Tu sais que je suis empathe, n'est-ce pas ?

–Bien sûr... a répondu Draco en fronçant légèrement les sourcils.

–Et donc, tu dois te douter que ta... réaction d'hier dans le train n'est pas passée inaperçue, du moins auprès de moi.

–Quelle réaction ?

–Ta panique quand j'ai parlé de ton espérance de vie, et le fait que tu te sois calmé quand je t'ai traité de mignon. Tu n'as aucune raison de te calmer quand on te traite de mignon, sauf si tu es soulagé de me voir m'éloigner d'un sujet dangereux. Et si te me racontais tes vacances, Draco ? Elles ont l'air d'être aussi passionnantes que les miennes ?

–Tu ne sais pas de quoi tu parles, a grogné Draco.

–Justement, c'est pour ça que je veux que tu me racontes.

–Ça ne te regarde pas. »

Je l'ai regardé un instant, puis j'ai soupiré. Bon, on va passer à la manière brutale :

« Est-ce que tu sais qui je suis ?

–D'après Dumbledore, les journaux et ce que mon père a raconté de la session de clôture du Wizengamot, tu es une voyageuse spatio-temporelle. Apparemment, tu viens du futur.

–Exactement. J'ai grandi comme une... Moldue (oh, que je n'aime pas ce mot ! Et encore moins son équivalent anglais... Muggle, que ça sonne laid...). Et pourtant, je connaissais Hogwarts avant d'arriver ici, je connaissais Dumbledore, Harry, Hermione, et même toi. Je vous connaissais tous parce que ce qui est en train de se passer, là, pour l'instant, fera l'objet dans quelques années de romans. Une saga presque plus célèbre que le Seigneur des Anneaux, qui est pourtant considéré comme le classique du genre. J'adore cette saga. J'ai lu tous les livres, vu tous les films, et lu plein d'histoires écrites par des amateurs, qui estiment que certains points des livres sont mal traités ou ne leur plaisent pas, ou inventent des suites, ou des histoires complètement différentes. Je suis donc venue ici en connaissant toutes ces histoires qui se complètent ou se contredisent, et depuis, j'essaie de démêler le vrai du faux. Les résultats sont assez surprenants. »

Draco a relevé la tête de sa dissertation de potion qu'il travaillait pendant que je faisais ma potion. Il est resté un moment silencieux, puis a dit lentement :

« Je suppose donc que tu as effectivement quelque chose à voir avec le fait que Potter soit à présent Lord.

–De manière plus ou moins directe, oui.

–Et en quoi ça me concerne ?

–Je te l'ai dit : ces histoires, ces possibles, comme je les appelle, te concernent aussi. Avec mon empathie, j'ai pu éliminer les plus déplaisants d'entre eux. Tu n'as aucune envie d'être un Deatheater, n'est-ce pas ?

–Pourquoi est-ce que j'aurai envie d'être un Deatheater ? a répondu Draco agressivement.

–Parce que tu as été éduqué pour ça. Parce que c'est ce que tout le monde, d'une certaine manière, attend de toi. Ta famille, tes... amis... Mais également ceux qui te considèrent comme un ennemi.

–Potter et ses amis... a sifflé Draco.

–Harry est nettement plus ouvert que tu ne le crois. Comme tu es beaucoup plus ouvert qu'il ne l'imaginait. Je veux simplement dire par là qu'il y a peu de monde qui s'attend à ce que tu ne veuilles pas devenir un Deatheater.

–Et toi, tu accepterais l'idée que je ne veuille pas devenir un Deatheater ? »

Son ton était un étrange mélange de curiosité, d'appréhension, de peur, mais aussi d'espoir. J'ai souri :

« Tu t'es montré agréable avec moi depuis mon arrivée, alors que je suis une Née-Moldue, à Gryffindor. Hermione m'a dit que vous échangiez parfois des connaissances, tous les deux, et elle éprouve du respect pour toi, ce qui ne peut que signifier que tu es loin d'être un idiot. J'ai du mal à imaginer qu'un garçon un tant soit peu intelligent et capable d'être civilisé envers les personnes qu'il est censé détester veuille à tout prix rejoindre les rangs de Voldemort. »

Draco m'a regardée un long moment, m'étudiant soigneusement. Puis il a demandé :

« Que sais-tu de ma famille ? »

J'ai hésité. La question m'a surprise, honnêtement. Puis j'ai haussé les épaules :

« Ce que tout le monde en dit : que vous êtes alliés à la magie noire, et que vous êtes une des familles les plus conservatrices du monde magique britannique, qu'elle soutient Voldemort activement, mais pas ouvertement afin de ne pas détruire complètement sa réputation si jamais Voldemort venait à perdre. »

J'ai senti de la déception, et j'ai ajouté :

« Mais... Il y a ces possibles... Et ton comportement ici... Du coup, en grande idéaliste que je suis, je me prends parfois à espérer que tout ça n'est qu'une mascarade, une façon de protéger votre famille, et qu'en fait, vous n'avez aucune réelle envie d'être associés à Voldemort... J'ai parfois envie que ces possibles soient vrais. On s'entend bien pour l'instant, et tu m'as offert un super cadeau de Noël, ce parfum est absolument fabuleux... Je n'ai pas envie qu'un jour, on se retrouve dans des camps opposés. »

Draco a pris le temps de réfléchir avant de répondre. C'est un Slytherin jusqu'au bout des ongles, il pèse la moindre de ses paroles. Et c'est d'autant plus important pour lui dans une situation pareille. Je le comprends tout à fait. À sa place, je marcherais aussi sur des œufs, alors je le laisse tranquille, le temps qu'il prenne une décision.

Puis il a demandé :

« Est-ce qu'il y a des possibles où mes parents ne sont pas Deatheaters ?

–Dans la plupart, ta mère ne l'est pas. Je suppose que son statut de femme, d'épouse, la protège, dans une société aussi conservatrice que la vôtre : Voldemort la prend pour une personne d'intérêt négligeable. Ton père... ton père est toujours un Deatheater. Je n'ai pas lu un seul possible où il ne portait pas la Marque. »

Draco a fait une grimace, et j'ai repris avant qu'il ne puisse dire quelque chose :

« Mais ce n'est pas pour autant qu'il en a les convictions. Toi et ton père ne faites pas l'unanimité dans ces possibles. Surtout toi. Dans certains, tu prends la Marque et tu en es fier ; dans d'autres, tu la prends parce que tu n'as pas le choix ; dans d'autres tu la prends parce que tu ne réalises pas tout de suite les conséquences d'un tel choix, et tu regrettes par la suite ; dans d'autres encore tu ne la prends pas du tout, et trahis ouvertement ton père. Et... dans certains, plus rares, le fait de ne pas la prendre est exactement ce que ton père attendait de toi. Lucius... est plus souvent décrit comme un Deatheater convaincu que comme quelqu'un de repentant ou dont on a forcé cette décision. Mais il y a quand même ces possibles, où il porte la Marque sans adhérer du tout aux principes de Voldemort. Dans ces cas-là, il y a différentes raisons : il a fait ça pour vous protéger, Narcissa et toi, ou il a été forcé par son père, ou alors il y a cru dans sa jeunesse et a compris sa folie...

–Mais ça n'arrive pas souvent.

–Ce n'est pas pour autant que ce n'est pas la bonne réponse. Après ce qui s'est passé pendant ces vacances, je n'écarte aucun possible sous le simple prétexte qu'il est minoritaire... » j'ai ajouté avec un petit rire.

Draco a froncé les sourcils, et j'ai haussé les épaules :

« Elles ont été animées. Et ça va au-delà du fait que Harry a récupéré son titre. »

Draco m'a regardée un instant, avant de murmurer :

« Tu crois au fait qu'il est possible que les Malfoy ne soient pas du côté de Voldemort.

–Je crois que c'est possible, en effet. Tant que je n'ai pas de preuves d'un côté ou de l'autre, je suis prête à accepter n'importe quelle hypothèse. Maintenant, explique-moi pourquoi tu veux que j'y croies. »

Il a froncé les sourcils, et j'ai affiché un grand sourire :

« Je suis empathe, Draco, ne l'oublie pas. »

Draco a hésité, puis a demandé :

« Est-ce que je peux te faire jurer que tout ce qu'on dira ce soir restera strictement entre nous ? »

J'ai levé la main sans aucune hésitation :

« Je jure sur ma magie et ma vie que tout ce que me dira Draco Malfoy ce soir dans ce cours de potions restera entre nous, jusqu'à ce qu'il me libère de mon serment. Qu'il en soit ainsi. »

Une flamme est apparue dans ma paume brièvement. Draco a froncé les sourcils :

« Qu'est-ce que c'était que ça ? Tu n'as même pas sorti ta baguette !

–Chacun à son tour pour les secrets. C'est moi la voyageuse qui doit trier les informations avant de savoir où est le vrai. Alors tu me racontes, et je saurai ce que je peux te raconter. »

Draco est resté un long moment silencieux, et j'ai senti son doute : est-ce que c'était vraiment une bonne idée de me parler ? Puis il a soupiré :

« Bien. Voldemort veut que je devienne un Deatheater cet été. Il veut mes compétences.

–Tes compétences ? Tu es doué en potions, mais je ne pense pas que tu sois au niveau du Professeur Snape.

–Si, j'ai le niveau de Severus, a répondu Draco en haussant les épaules. Mais contrairement à lui, je n'ai pas vraiment d'expérience, et l'expérimentation est fondamentale pour un potioniste. Ce n'est pas pour les potions que Voldemort me veut. C'est pour la magie noire. »

J'ai froncé les sourcils, et je l'ai vu étudier ma réaction. Mais je n'ai rien dit. J'attendais qu'il m'en dise plus. Je suis déjà surprise par la facilité avec laquelle il prononce le nom de Voldemort, je me dis que l'espoir qu'il ne soit pas un Deatheater est de plus en plus grand, mais il parle aussi de sa maîtrise de la magie noire. Je veux en savoir plus avant de me prononcer. Il a eu un petit rire amer :

« Les Malfoy n'ont pas volé leur réputation, en matière de magie noire. C'est vraiment notre spécialité. Certains d'entre nous sommes même meilleurs que les Black. Et je suis à moitié Black, comme tu dois sans doute le savoir. »

J'ai hoché la tête. Il a continué en baissant les yeux vers mon chaudron, dans lequel je continuais à réaliser ma potion presque automatiquement.

« Je suis doué pour la magie noire. C'est comme ça, ça l'a toujours été. Je la... comprends. Même mes parents n'ont pas autant de facilités, et ma mère affirme qu'aucun Black qu'elle connaît n'a mon niveau de compréhension. Parce que pour la magie noire, ce n'est pas tant une affaire de compétences et de connaissances que de compréhension et d'intention. Tout est symbolique, et doit être interprété. C'est une façon de se protéger. Rien n'est à prendre au pied de la lettre. C'est pour ça que les sorciers en ont peur, et qu'elle donne des résultats souvent affreux. Mais la vraie magie noire... C'est une belle magie, vraiment. Une magie de la vie, plus que de la mort. »

Il avait un air passionné en parlant. C'est visiblement un sujet qui lui tient à cœur. Puis il a fait une grimace, retrouvant son expression méprisante habituelle :

« Mais les sorciers n'y comprennent rien. Ils voient la magie comme un outil à plier à leurs besoins, via leur baguette magique. Ils oublient que la magie est une force qui nous dépasse, et que c'est elle qui fixe les règles, pas nous. Du coup, ils sont incapables de comprendre la subtilité de la magie noire. Ils en ont peur ou pire, ils pensent qu'elle peut servir leurs intérêts personnels. Voldemort est de ceux-là. Père m'a parlé des rituels auxquels les Black et les Malfoy du Premier Cercle de Voldemort ont assisté. Il n'est pas aussi doué que moi, mais lui et Mère ont vite compris les erreurs de Voldemort, mais Voldemort n'a rien voulu entendre. C'est le plus grand mage noir de tous les temps, tu comprends, il ne peut pas se tromper sur un tel sujet. Et tante Bella, cette idiote, le soutient toujours absolument, alors il croit simplement que mes parents sont de ces craintifs de la magie noire. Mes parents ne la craignent pas, ils craignent l'utilisation pervertie qu'en font les sorciers abrutis comme Voldemort, et ils ont raison. »

Je l'écoutais en silence, absolument captivée. Je ne m'attendais pas du tout à un tel discours de sa part. Il est resté un moment silencieux, plongé dans ses pensées, avant de reprendre :

« Mon père est devenu Deatheater à l'adolescence. À ce moment-là, il croyait en Voldemort et il croyait aux idéaux qu'il défendait. Puis Andromeda Black s'est mariée avec un Né-Moldu, et pour rattraper cet affront, sa famille a imposé à Mère son mariage avec Père. Une alliance très favorable aux Malfoy, moins aux Black, mais les Black sont si bien placés qu'à part en épousant un Potter, ils ne peuvent faire que des mésalliances. Mère n'a jamais adhéré aux principes familiaux. En cela, elle était très proche de tante Andromeda et de l'héritier Black, Sirius. Mais contrairement à Andromeda et Sirius, elle a caché ses croyances, et jamais ses parents n'ont soupçonné quoi que ce soit. Du coup, le fait de se marier à Père... était loin d'être une bonne nouvelle, surtout que Père ne cachait pas, à l'époque, qu'il était un Deatheater, comme tante Bella.

–Pourquoi n'ont-ils pas marié Bellatrix avec ton père alors ?

–Tante Bella était déjà mariée à Lestrange, a répondu Draco avec un léger haussement d'épaule. Ma mère s'est donc préparée à un mariage malheureux. Ce que personne n'avait prévu, c'était que mon père soit amoureux de ma mère. Vraiment. Depuis leur scolarité à Hogwarts. Ils n'ont qu'un an d'écart, elle a un an de moins que lui, et ils ont donc fait pratiquement toute leur scolarité ensemble. Père, en bon Malfoy, n'a jamais rien affiché de ses sentiments, parce qu'il savait que son propre père lui trouverait une épouse convenant à son rang et non à ce qu'il ressentait. C'était plus simple que son amour reste secret, cela évitait les sales histoires dans un cercle social déjà bien entaché. Et le voilà promis à Narcissa Black qu'il a convoitée sans succès pendant leurs dernières années à Hogwarts.

–Sans succès ? On dit pourtant que ton père est un bel homme... »

Draco a eu un rire franc.

« Les histoires de la noblesse magique sont parfois à mourir de rire, franchement. Sans succès, parce que ma mère avait des vues sur un autre homme, un homme dont elle savait pourtant qu'il ne la regarderait jamais.

–Pourquoi ?

–Parce qu'elle est Sang-Pur, et que la seule règle de mariage dans la famille de cet homme est que le futur Lord épouse une sorcière de sang-mêlé ou née-moldue. Et comme il était fils unique, il devait respecter cette règle. Oh, pour lui, ça n'a posé aucun problème... Il était fou amoureux d'une Née-Moldue... Ma mère était amoureuse de James Potter. »

J'ai ouvert de grands yeux. Voilà quelque chose à laquelle je ne m'attendais absolument pas... Qu'il parle à la rigueur de l'amitié entre ses parents et ceux de Harry comme d'un secret, pourquoi pas, mais de là à imaginer que sa mère ait été amoureuse de James Potter, non, vraiment pas. Remarque, ça explique aussi pourquoi les parents de Harry ont été si convaincus de la bonne foi des Malfoy...

Ma réaction stupéfaite a amplifié le rire de Draco, jusqu'à attirer Snape dans la salle :

« En quoi des potions sont si drôles ?

–Je lui raconte l'histoire de mes parents, » a répondu Draco en se calmant, mais affichant toujours un grand sourire.

Snape a froncé les sourcils :

« Tu es sûr de ce que tu fais ?

–Oui, Sev. Elle est sous serment. Elle ne répétera rien.

–Et pourquoi tout raconter à Miss Nestral ?

–Parce que j'ai senti son changement d'état d'esprit à la rentrée, j'ai répondu, et que j'ai voulu avoir des réponses. Et nous sommes tombés d'accord sur le fait que ce n'est pas inconcevable pour moi que sa famille ne soit pas aussi noire qu'elle est dépeinte par le camp de la Lumière.

–Vous, la petite amie de Potter, vous estimez possible le fait que les Malfoy ne sont pas les ennemis ?

–Exactement, j'ai répondu en souriant. Après tout, James Potter s'est lié d'amitié avec un Black. »

Et des Malfoy, mais je ne peux pas me permettre de l'annoncer pour le moment.

« Je ne veux pas être ami avec Potter, a protesté Draco immédiatement.

–Je n'ai pas dis ça, je veux simplement dire que tout n'est pas tout noir ou tout blanc. Professeur, votre comportement a... changé... Est-ce que vous vous sentez plus... léger, depuis quelques jours ? »

Snape m'a regardée un moment, puis a soupiré :

« C'est vous qui êtes derrière tout cet imbroglio qui s'est déroulé pendant ces vacances.

–En grande partie, j'ai reconnu. Draco, est-ce que ton parrain est au courant de tout ce que tu veux me raconter ?

–Comment tu sais que c'est mon parrain ? s'est étonné Draco

–Les possibles, j'ai répondu légèrement. Et tu viens de l'appeler... Sev... »

Draco a fait la grimace et Snape a ricané :

« Vous devriez être à Slytherin, Miss Nestral. Vous faites beaucoup trop attention au discours pour être à Gryffindor. »

Ha ha... C'est la deuxième fois en deux semaines qu'on me dit ça... Je dois donc vraiment être un serpent... Faudrait vraiment que je demande au Choixpeau si je dois garder ma vraie maison secrète jusqu'à l'année prochaine. En attendant, on va assurer ses arrières et considérer que oui :

« Ça, c'est parce que je suis calme et concentrée. Dès que je m'énerve un peu, je vous jure que je mérite largement ma place à Gryffindor.

–Vous n'étiez pas calme, lors de cette réunion, a affirmé Snape.

–Non, mais j'avais un but, j'ai répliqué. J'étais concentrée. Ah, et d'ailleurs : bravo pour votre Occlumancie. À moins de focaliser toute mon attention sur vous, je ne peux plus percevoir vos émotions. »

Snape a fait un simple signe de tête, et s'est approché pour s'asseoir sur un bureau près de mon chaudron :

« Je veux suivre la conversation. »

J'ai regardé Draco, qui a haussé les épaules :

« Il sait déjà tout. Et je sais quel rôle il joue pour l'Ordre du Phoenix. »

J'ai hoché la tête, un peu soulagée de savoir que je ne devrais pas forcément prendre mille précautions pour continuer cette conversation. J'ai touillé un peu ma potion, presque terminée, et j'ai souri à Draco :

« Donc... Lucius Malfoy est amoureux de Narcissa Black qui est amoureuse de James Potter qui est amoureux de Lily Evans. Quoi d'autre ?

–Lily était une amie de Narcissa, a répondu Snape à la place de Draco. Plus exactement, c'était une amie d'Andromeda, et appréciait la compagnie de Narcissa. Lily était la seule Gryffindor à l'époque à accepter de fréquenter les Slytherins. »

Je l'ai regardé un moment, puis j'ai hésité :

« Professeur... Je sais que vous étiez dans la même année que Lily, James Potter, Sirius Black et leurs amis. Et... De nombreux possibles disent que vous étiez le premier ami de Lily. »

J'ai vu Draco hausser un sourcil surpris, et Snape a soupiré. OK. J'ai bien fait de ne mentionner que l'amitié, alors... Snape a fini par répondre :

« La famille de Lily et la mienne habitions dans la même ville. Nous nous sommes rencontrés avant Hogwarts, et nous nous sommes liés d'amitié à cette époque. Ça a duré quelques années à Hogwarts. Notre amitié s'est terminée pendant notre cinquième année. Curieusement, nous nous sommes réconciliés quand elle s'est mise en couple avec Potter, même si lui et moi ne pouvions pas nous supporter. Il aura fallu quelques années avant qu'on mûrisse tous les deux suffisamment pour accepter d'être dans une même pièce sans sortir nos baguettes, James et moi. Il aura fallu toute la médiation et les cris de Lily pour cela.

–Pourquoi... ? a commencé Draco, vite interrompu par Snape :

–Cela n'a aucun rapport avec l'histoire de ta famille. Continue ce que tu étais en train de raconter. Et Miss Nestral, il est temps pour vous d'ajouter le prochain ingrédient. »

J'ai regardé mon chaudron, puis ma recette et j'ai pris le flacon de poudre d'amanite pour en verser une pincée dans le chaudron avant de laisser mijoter à nouveau. Mais j'ai noté qu'il a employé le prénom du père de Harry, et non le très distant Potter habituel. Draco a regardé son parrain de travers mais n'a pas insisté :

« Bien. Donc Père est heureux de ce contrat de mariage et Mère résignée. Le mariage commence mal : Mère a décidé de montrer son mécontentement en affichant enfin ses positions vis-à-vis des Nés-Moldus et des Sangs-Mêlés. Au début, Père lui dit que ce ne sont que des idioties, qu'elle ne pense ça qu'à cause de sa sœur et de son cousin déviants, et de son amour imbécile pour James Potter, qui est Sang-Mêlé, comme tous les Potter. Et puis il a commencé à écouter ce qu'elle lui disait.

–En réalité, il a commencé à l'écouter quand je suis moi-même arrivé avec les mêmes idées, est intervenu Snape. Je ne suis pas un Sang-Pur, je suis de Sang-Mêlé.

–Je sais. Votre père n'est pas sorcier, j'ai répondu.

–Et si je déteste mon père, je ne déteste pas tous les Moldus. J'ai connu les parents de Lily, j'ai bien vu qu'ils adoraient leur sorcière de fille. Et Lily, comme Miss Granger et vous-même, était extraordinairement douée en classe. Aussi mal que ça me fasse de le reconnaître, Potter était un excellent élément lui aussi, quand il daignait s'intéresser aux cours. J'ai vu ses résultats à ses OWLs. Je voulais trouver un moyen de montrer à Lily qu'elle fréquentait des imbéciles. Malheureusement, les résultats de Potter affirmaient plutôt le contraire. Les Sangs-Purs qui refusent l'intégration des Sangs-Mêlés et des Nés-Moldus affirment que c'est parce qu'ils affaiblissent le niveau général. C'est faux. Les Potter ont toujours été d'excellents sorciers, voire des mages, certaines générations. Et ils ont toujours été des Sangs-Mêlés. Ce sont régulièrement des Nés-Moldus qui sont en tête des promotions, comme Lily Evans à l'époque, ou Miss Granger aujourd'hui. »

Draco a eu un grognement, et j'ai souri en me souvenant de Hermione en train de dire qu'elle n'avait que quelques minuscules points d'avance sur lui. Snape lui a lancé un regard impénétrable et a continué :

« En tout cas, Lucius a été beaucoup plus réceptif à mes arguments qu'à ceux de Narcissa. J'étais un Deatheater moi aussi, après tout. Et il a commencé à réfléchir, et Narcissa et moi l'avons aidé.

–Pourquoi êtes-vous devenu Deatheater si vous n'avez jamais cru que les Sangs-Purs étaient supérieurs aux autres ?

–Cela ne vous concerne pas. Draco a décidé de vous raconter son histoire, grand bien lui fasse. Mais je n'ai pas envie de vous raconter la mienne. »

OK... On ne va pas insister, donc, hein ?

« Bien. Donc, Lucius Malfoy a commencé à voir l'intérêt de vos arguments, à sa toute nouvelle épouse et vous. Cela a-t-il suffi à le convaincre de ses... errements ?

–Non, a répondu Snape. Ce qui a fini de le convaincre, c'est son intégration dans le Premier Cercle du Seigneur des Ténèbres. J'y étais déjà, à cause de mon talent en potions. Ce talent m'a épargné l'épreuve demandée lors de l'intégration. Le besoin du Seigneur des Ténèbres pour mes compétences était plus fort que son envie de me soumettre complètement à cette épreuve. »

Il a eu un moment de silence, que j'ai respecté. Puis il a repris :

« L'épreuve en question est particulièrement cruelle. Je ne l'ai jamais faite moi-même, mais j'y ai assisté plusieurs fois, et notamment lors de l'introduction de Lucius. Je ne vous raconterai pas ce qu'on demande aux aspirants à ce moment-là. Je crois que Lucius n'en a jamais parlé à Draco non plus. »

Draco a secoué la tête en signe de négation. Mais il n'y avait aucune frustration. Apparemment, ce qu'il sait déjà des Deatheaters lui suffit amplement.

« Lucius a en apparence réussi l'épreuve et il a intégré le Premier Cercle. Mais cela l'a définitivement fait renoncer aux idéologies du Seigneur des Ténèbres. Il a fait des recherches. C'est lui qui a découvert la véritable identité du Seigneur, Tom Riddle. Il m'a transmis les informations, sans savoir que je les transmettrais à Dumbledore. Il ne savait pas encore que j'étais espion, à l'époque. Il a donc découvert que Riddle est un Sang-Mêlé, comme moi, comme Potter, comme bon nombre de sorciers... mais pas du tout un Sang-Pur comme il le prétendait.

–Les Gaunt avaient un certain prestige, non ? »

Snape m'a regardée un moment, puis a eu un petit rire :

« Vos possibles sont effroyablement exacts, Miss Nestral. Je comprends les précautions dont vous vous entourez. »

Il m'a vue froncer les sourcils, car il a ajouté :

« Je sais que vous avez fait apprendre l'Occlumancie à la moitié du cercle restreint de l'Ordre du Phoenix, et ce n'est certainement pas pour les aider face à Tom. Je sais que Potter, Longbottom, Granger et vous avez un paysage mental. Très bien construit, d'ailleurs. Qui en a eu l'idée ?

–... Harry.

–Pour quelqu'un qui n'est pas censé savoir maîtriser l'Occlumancie, c'est une excellente idée... Et j'ai étudié votre comportement, au Quartier Général. Vous êtes prudente dans tout ce que vous dites. Vous êtes censée être en milieu ami, là-bas, et pourtant, vous contrôlez la moindre information que vous lancez. C'était du grand spectacle, cette réunion. Cela faisait des années que je ne m'étais pas autant amusé.

–Qu'est-ce qu'elle a fait ? a demandé Draco, à la fois curieux et impressionné.

–Elle est en train de faire en sorte que l'Ordre change de chef. »

Draco a ouvert de grands yeux, et j'ai eu un petit sourire :

« Je ne suis pas si douée que ça si vous avez compris ce que je voulais faire.

–Je suis un Slytherin, Miss Nestral, a répondu Snape d'un ton presque léger. Cet ordre est composé de Gryffindors, de Hufflepuffs et de Ravenclaws. Et les quelques qui pourraient se rendre compte de la manœuvre vous sont déjà acquis. Black, Lupin, Shacklebolt, Weasley père... Je suppose que vous savez quelle est cette arme, et que vous les en avez informés.

–C'est exact. Mais j'ai dis à Draco qu'il racontait d'abord son histoire avant que je lui raconte la mienne. Ne cassez pas le suspense... Les Gaunt, donc. Ils sont descendants de Slytherin. Cela devrait leur apporter un certain prestige, si j'ai bien compris comment vous fonctionnez.

–Cela devrait, a acquiescé Draco, après un regard soupçonneux en ma direction. Mais nous savons aussi que Slytherin les a déshérités. »

J'ai hoché la tête, en réfléchissant à toute vitesse :

« Donc Voldemort est bel et bien héritier par le sang, comme il le proclame, mais n'a jamais été reconnu héritier magique de Slytherin ?

–Non, a répondu Snape. Il l'aurait fait savoir, sinon. Les Potter n'ont jamais caché qu'ils sont les Potter-Gryffindor, voire également Ravenclaw, comme pour Charles Potter. Mais Tom Riddle est juste un Gaunt, c'est-à-dire une famille complètement désargentée et enfoncée si loin dans sa folie de sang pur que même Slytherin ne veut plus les reconnaître.

–Pourtant, il a réussi à trouver et à ouvrir la Chambre des Secrets de Slytherin, j'ai répondu, dubitative.

–Potter aussi, a répliqué Draco.

–Harry y est arrivé parce que Tom Riddle a laissé des traces de son passage, j'ai expliqué. Les pétrifications, la personne morte...

–Personne n'est mort en deuxième année ! s'est exclamé Draco.

–Non, pas cette fois-là, mais la première fois, si. Et cette personne morte est restée au château, en tant que fantôme. Tom a été assez vantard pour annoncer à Harry que quelqu'un était mort. Et pièce par pièce, le puzzle s'est reconstitué et Harry a trouvé l'entrée. Entrée qui ne peut être ouverte que par un Fourchelangue, ce qu'est Harry.

–Lucius m'a dit que Potter s'était annoncé comme héritier de Slytherin, au Wizengamot ? a demandé Snape.

–Oui. Par sa mère. »

J'ai souri en voyant l'expression de choc sur les deux visages et leur ai expliqué cette histoire de lignée. Puis j'ai haussé les épaules :

« Nous digressons à nouveau. Lucius a donc compris que Voldemort est un fraudeur. Et donc ?

–Donc, a repris Draco, ça, plus le fait qu'il ait remis en cause ses idéaux, plus le fait qu'il aime véritablement ma mère, plus... ma naissance... Père a complètement renoncé aux idéaux des Deatheaters. Mais c'était trop tard : il était déjà dans le Premier Cercle, et ce n'est pas exactement le genre de club que tu quittes en rendant ta carte de membre. En plus, Père était, est toujours... meilleur que tante Bella dans la compréhension de la magie noire. Voldemort a besoin de lui pour ses rituels, et il ne le laissera pas partir. Alors Père a... joué le jeu. Je suppose que c'est quand Severus a été certain que Père n'était plus un Deatheater convaincu qu'il lui a dit qu'il travaillait également pour Dumbledore.

–Oui. Je lui ai même proposé de me joindre, mais il a refusé.

–Pourquoi ? j'ai demandé.

–Parce que contrairement à moi, il avait quelque chose à perdre. Une femme qu'il aimait et qui apprenait à l'aimer au fur et à mesure que ses convictions devenaient plus humaines, un fils qui les a aidés à se rapprocher davantage, un héritage familial important qu'il doit protéger... Lucius a beaucoup trop à perdre à jouer double jeu. Il n'a jamais pris ce risque. Les espions ont une durée de vie très courte, généralement, et le Seigneur des Ténèbres n'aurait pas hésité un instant à se venger sur Narcissa et Draco. Donc il s'est contenté de continuer à jouer le rôle du parfait Deatheater, tout en scellant la fin du Seigneur des Ténèbres.

–Pardon ? je suis intervenue, choquée.

–Les rituels de magie noire, a expliqué Snape. Le Seigneur des Ténèbres est incapable de les interpréter seul. Il a besoin des compétences de Lucius et de Bellatrix, et Lucius est en effet meilleur que Bellatrix. Cela n'a pas été particulièrement compliqué pour lui d'introduire volontairement des erreurs d'interprétation dans les rituels choisis par le Seigneur des Ténèbres. Et comme Tom a la sale habitude de choisir parmi les rituels les plus difficiles et les plus sujets à interprétation, cette marge d'erreur passe parfois inaperçue.

–Comment ne peut-il pas se rendre compte que ses modifications d'apparence sont liées à ces échecs ? a demandé Draco en fronçant les sourcils.

–Il sait que c'est lié aux rituels, mais il ne considère pas ça comme des échecs. Après tout, les rituels ont les effets désirés, et rien n'indiquait, la plupart du temps, la présence ou non d'effets secondaires. Lucius a réussi à faire passer ça pour des données inconnues mais négligeables, puisque le but premier du rituel est atteint.

–Ça demande quand même une grande maîtrise de la magie noire... j'ai dit en fronçant les sourcils.

–Père est bon, a acquiescé Draco. Mais il doit à chaque fois faire un gros travail d'interprétation et de corrélation entre les différents symboles utilisés pour déchiffrer le rituel complètement. Chez moi, c'est beaucoup plus instinctif.

–Oui, Draco a la même aisance avec la magie noire que moi en potions, a approuvé Snape. Mais ça joue à présent des tours aux Malfoy. À la chute du Seigneur des Ténèbres, leur prestige et leur richesse a réussi à leur faire éviter Azkaban. Et Lucius n'a eu aucun mal à prouver sous Veritaserum qu'il ne partageait pas les idéaux du Seigneur des Ténèbres et qu'il était parmi les Deatheaters contraint et forcé. On a donc laissé les Malfoy en paix, et Lucius a pu éduquer son fils comme il le souhaitait.

–Il m'a appris ce que j'étais censé croire, et censé être, a répondu Draco. Severus nous a fait savoir que Dumbledore était convaincu que Voldemort n'était pas mort et qu'il reviendrait. Donc Père a remis à plus tard ses projets de redorer le nom des Malfoy, et a continué à faire ce qu'il faisait depuis des années : nous protéger. Il m'a fait comprendre combien c'était important que j'apparaisse comme le parfait fils de Deatheater. En parallèle, il m'a donné une éducation que certainement peu d'enfants ont eue. J'ai appris la magie noire, la magie de combat, la médicomagie, les sortilèges, la métamorphose... Severus m'a aussi appris les potions... Tout ça avant que j'arrive à Hogwarts.

–Pourquoi ? j'ai demandé, véritablement intriguée.

–Pour que je sois plus fort que les autres Slytherins, et que je domine la maison, a répondu Draco comme si c'était une évidence. Quand je suis arrivé ici, je ne comprenais pas pourquoi c'était si important que je sois le Prince de Slytherin, mais maintenant, j'ai compris. J'ai du pouvoir, vraiment, sur les gens de ma maison. Je suis en cinquième année, et ceux de septième année obéissent au moindre claquement de doigt. Ce que je dis fait presque office de loi. Seul Severus a une plus grande influence sur les Slytherins, et discrètement, il fait en sorte que ma position ne soit jamais remise en question. Tout Slytherin se demande si je vais vraiment devenir un Deatheater ou non. Et la moitié d'entre eux me suivront sans se poser de questions, quelles que soient les consignes familiales ou leurs croyances personnelles. »

Snape a enchaîné :

« Lucius a toujours voulu faire en sorte que Draco maintienne les apparences auprès du Seigneur des Ténèbres jusqu'au dernier moment, et refuse finalement de prendre la Marque, et entraîne dans son sillon la plupart des Slytherins. Cela a pour but à la fois de miner les Deatheaters, mais aussi de protéger Draco, qui a donc toute une armée de fidèles pour le protéger.

–Vous pensez que ce sera vraiment le cas, si Draco annonce qu'il ne veut pas être un Deatheater ? j'ai demandé, sceptique.

–Vous êtes le grain dans l'engrenage de Dumbledore, et Lucius a eu son propre grain : Bellatrix, a répondu Snape sombrement. Bellatrix a découvert le don de Draco pour la magie noire, et l'a annoncé au Seigneur des Ténèbres. Du coup, le Seigneur des Ténèbres veut à présent le recruter au plus vite, cet été sans doute, alors qu'il aurait normalement du attendre la majorité de Draco.

–Je serai majeur juste avant ma septième année, a repris Draco, et ça aurait été sans doute assez facile de convaincre Voldemort de me laisser passer mes NEWTs avant de me recruter officiellement. Severus avait déjà prévu de faire pression pour que je devienne Préfet-en-Chef, ce qui m'aurait donné encore plus de pouvoir sur Slytherin, mais également sur les autres maisons, car Voldemort ne recrute pas qu'à Slytherin. C'est à ce moment-là que l'annonce de mon choix aurait été la plus efficace. Pas avant. Les sixièmes et septièmes années m'obéissent, tant qu'on est dans le cadre de Hogwarts. Mais s'il s'agit de politique, et choisir d'être Deatheater est avant tout une question de politique, pour les Slytherins, ils obéiront aux consignes familiales. Je n'ai pas encore assez d'ascendant absolu pour faire un choix sans risque. Si, avant cet été, je refuse d'être Deatheater, j'aurais au bas mot une dizaine de camarades de classe de mon âge ou plus prêts à me tuer sur la moindre consigne de Voldemort. Et Voldemort le fera payer à ma famille. Père et moi avons réussi à épargner Cassi pour l'instant...

–Qui ? j'ai interrompu.

–Cassi... Cassiopeia, ma petite sœur... » a répondu Draco lentement, soudain méfiant.

J'ai ouvert de grands yeux, surprise :

« Tu as une petite sœur ?

–Avec toutes vos connaissances, vous n'étiez pas au courant ? s'est étonné Snape.

–Non. Draco est toujours présenté comme un enfant unique. »

Draco a haussé un sourcil :

« Et je dois prendre ça comme un bon signe ?

–Je n'en sais absolument rien. Elle a quel âge ?

–Sept ans. »

J'ai souri.

« Louise a neuf ans. Ma petite sœur. Et je crois que je ne supporterais pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Et même ma sœur de dix-huit ans, j'ai tendance à la surprotéger...

–Elle est plus âgée que toi... a répondu Draco en fronçant les sourcils.

–Euh, non... Voyage spatio-temporel, tout ça... Ça a fait déconner mon âge, j'ai répondu en bafouillant légèrement, avant de me reprendre : C'est un peu long à expliquer. Donc... Tu veux protéger Cassiopeia, et tu sais que le temps presse, à présent.

–Cassi et ma mère.

–Et ton père ?

–Père le prendrait très mal si je le protégeais, et non l'inverse, a répondu Draco avec un petit sourire.

–Ah, ces pères... je me suis moquée. Et donc, ni lui, ni toi, n'avez envie que tu deviennes Deatheater. Aucun de vous deux n'adhère aux idées de Voldemort, d'ailleurs. Ton mépris des Nés-Moldus ? Tu as insulté Hermione de Sang-de-Bourbe pendant des années, après tout.

–Non, je ne l'ai fait qu'une fois, en deuxième année, m'a contredit Draco. Les autres Slytherins commençaient à me mettre la pression, ils me trouvaient trop gentil avec elle. Père et Mère m'ont éduqué selon les principes de Mère. Je n'ai absolument rien contre les Nés-Moldus et les Sangs-Mêlés. Par contre, je suis pour une autre forme d'intégration des Nés-Moldus.

–C'est-à-dire ?

–Ils sont magiciens, donc ils sont les bienvenus dans la communauté, mais leur famille moldue ne devrait pas l'être. A chaque proche moldu informé, on affaiblit le secret magique et on risque d'être découverts. »

Je l'ai regardé un moment, puis j'ai haussé les épaules :

« Je n'ai jamais réfléchi à ça, j'ai reconnu. L'essentiel est que tu ne complotes pas pour l'extermination des Nés-Moldus ni ne croies qu'ils volent la magie des Sangs-Purs.

–Non, en effet, je ne suis pas comme ça, a répondu Draco facilement.

–Et ton attitude à Hogwarts ? Envers justement les Nés-Moldus, les Gryffindors, et tout le monde d'une manière générale ?

–Tu es plus intelligente que ça, Manon, je suppose que tu as compris que tout ça n'était qu'une apparence, a répliqué Draco en haussant un sourcil.

–J'ai besoin de te l'entendre dire, j'ai affirmé.

–Bon... Père m'a appris à me comporter en parfait Malfoy, et j'ai joué ce rôle à l'école. J'avoue que j'ai vraiment du mal à vous comprendre, les Gryffis, mais ce n'est pas pour autant que je souhaite votre mort. Ces insultes, c'est presque un jeu... Sauf « Sang-de-Bourbe »... C'est pour ça que j'évite au maximum cette insulte. Et Potty et sa bande sont pas mal pour répondre, alors forcément, c'est sur eux que je vais me focaliser. Ça n'a rien de drôle de voir l'autre juste se transformer en carpette dès que tu as un mot trop dur envers lui.

–Tu... t'amuses... avec Harry, Hermione et Ron ?

–Oui, a répondu Draco en haussant les épaules. C'est marrant de voir Weasley devenir aussi rouge que ses cheveux, et je ne l'aime vraiment pas. Et Potter et Granger ont de la répartie. Même mes camarades de maison n'osent pas me répondre comme eux le font. C'est... divertissant. »

Je l'ai regardé un moment, et j'ai demandé :

« Et si tu laissais tomber le masque que tu dois porter, tu serais comment ? Comme tu es là avec moi, ou toujours un Malfoy, avec le mépris et l'arrogance ?

–Un peu des deux, je pense, a répondu Draco honnêtement. Je ne suis pas un... gentil, Nestral, ôte-toi vite cette idée de ta jolie petite tête. Peut-être que je cacherais moins mes amitiés, mais je cacherais également moins le mépris que j'ai pour certaines personnes, y compris dans ma maison. Mais il n'y aurait plus d'insultes gratuites à cause de l'origine des gens, c'est certain. »

Je l'ai étudié un moment, réfléchissant à l'ensemble de la conversation. Draco n'a donc pas été élevé selon les préceptes habituels des Sangs-Purs nobles et conservateurs, mais on lui a appris à avoir cette attitude. Sans doute a-t-il eu autant de facilités à la maintenir parce qu'il y a du vrai dans son comportement. Il est véritablement arrogant et méprisant. Mais ce n'est pas pour autant qu'il est idiot ou borné. Je suis capable d'être arrogante ou méprisante quand je veux, et ça ne fait aucun doute que je préfère être du côté de Harry que du côté des Deatheaters. L'essentiel est qu'il est capable d'affection et de respect des autres. Il a du respect pour ses parents, pour Snape, et même pour moi, dans une certaine mesure. Il adore sa petite sœur. Et il parle de la magie noire comme d'une magie de la vie et non de la mort. C'est... un méchant gentil. Un gentil capable d'endosser le rôle du méchant à volonté, et qui refusera qu'on le traite de gentil. Mais fondamentalement quelqu'un de bien. Le type même de personne qui fait que le gris existe, entre le noir et le blanc.

« Bien, j'ai fini par soupirer. Est-ce que tu serais prêt à rejoindre l'Ordre du Phoenix ?

–Je ne veux pas rendre des comptes à Dumbledore. »

Le ton ne laissait aucune place à la contradiction, et j'ai froncé les sourcils :

« Pourquoi ?

–Parce que je vois ce qu'il fait avec Severus, et il est hors de question qu'il fasse pareil avec moi.

–Ça tombe bien, on veut écarter Dumbledore du circuit, j'ai répondu légèrement. Il se trouve qu'il n'est pas si lumineux que ça, finalement. Et si je te dis que c'est à Harry que tu dois rendre des comptes ?

–Saint Potter ? » a répliqué Draco avec tout son mépris malfoyen.

Mon froncement de sourcil s'est accentué. J'ai plusieurs fois mentionné Harry dans la conversation sans qu'il ne réagisse. Et là, il redevient le Malfoy agressif et méprisant qu'il a été pendant des années. Sauf que je sais, à présent, que tout ça n'est qu'un masque, il n'est plus obligé de le porter devant moi.

« Qu'est-ce que tu reproches à Harry ? j'ai demandé, histoire de le tester.

–D'être le Survivant, Celui-qui-ne-se-trompe-jamais, le preux chevalier des Gryffindors... »

J'ai échangé un regard avec Snape, et j'ai enfin compris. J'ai soupiré :

« OK. À mon tour de révéler quelques secrets. »

Je leur ai parlé des influences. Snape était déjà au courant dans une certaine mesure, mais cette fois, j'ai donné des dates. Je n'ai pas parlé de notre magie, ni de tout ce qui en découle, juste des influences, et le fait que ça a joué dans la décision de Harry de s'émanciper... avant la fameuse réunion de l'Ordre.

« Vous saviez déjà que Potter était noble ? a déclaré Snape, surpris. Vous aviez pourtant l'air d'apprendre la nouvelle, quand je vous l'ai dit.

–Non, j'ai répondu avec un grand sourire, en réalité, ce qui nous a véritablement surpris, tous les trois, c'est que ce soit vous qui lâchiez le morceau, parmi tous les membres présents. »

Draco a ricané et Snape a eu un petit reniflement méprisant. Mon sourire s'est effacé alors que je continuais :

« Si je vous raconte ça, c'est parce que le monde de Harry a complètement été façonné par Dumbledore : ses amitiés, ses amours, ses ennemis... Et jusqu'à présent, Draco, tu figures parmi ces derniers, même si ce ne sont que des brouilles d'école. Involontairement, tu fais partie du monde de Harry, et il est donc probable que tu aies toi-même des influences.

–Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

–Le fait qu'on puisse parler de Harry pendant toute une conversation sans que tu ne dises rien, et que tout d'un coup, tu deviennes agressif sans aucune raison apparente. C'est complètement déplacé avec ce que j'ai déjà découvert de toi. Tu es un vrai Malfoy, tu maîtrises normalement plutôt bien tes émotions, et si vraiment tu n'aimes pas Harry, tu n'as aucune raison de montrer ton animosité à la personne en face de toi, qui est en train de te proposer une solution, et qui est la petite amie de Harry. Tu es normalement plus intelligent que ça. Alors j'aimerais te tester, voir si tu as des influences. »

Draco a pris le temps de réfléchir, puis a regardé son parrain, qui a hoché la tête. Merci Snape ! Visiblement, Draco fait grand cas de l'opinion de Snape, et si ce dernier peut me donner un coup de main, je lui en suis tout à fait reconnaissante.

Puis il m'a demandé :

« Qui connaîtra les résultats ?

–Ils sont très complets : état physique, état magique, avec ton niveau de magie et les différents pouvoirs auxquels tu as accès, et état mental. Tu seras le premier à les lire. S'ils ne rapportent aucune influence, tu les gardes privés, et tu seras heureux de savoir exactement ton état de santé physique, magique et mental du moment. S'ils montrent des influences, je vais demander à les connaître. Et si ces influences sont vraiment importantes, avec ton accord, je vais demander à ce que Harry les connaisse.

–Avec mon accord ? a répété Draco.

–Tout se fera avec ton accord, » j'ai assuré.

Il a hésité encore un peu, puis a hoché la tête en se levant de son bureau :

« OK, vas-y, fais ton diagnostic. »

Comme promis, une fois le diagnostic fait, je lui ai donné le parchemin qui venait d'apparaître sans le lire. Il a froncé les sourcils à la lecture, puis me l'a tendu sans un mot. Je t'ai agrafé une copie.

Draco Lucius Malfoy
Date de naissance : 5 juin 1980
Taille : 5ft8
Poids : 143,3lbs

État de santé physique général : Moyen
Traces récentes du sortilège Cruciatus, système nerveux en cours de récupération.

État de santé magique général : Mauvais
(Type de magie : pourcentage disponible / pourcentage effectivement utilisé)
Indice de Gend : 210
Puissance générale : 35%/35%
Animagus : 0 %/0%
Occlumancie : 50 %/50 %
Légilimancie : 50 %/25 %
Magie sans baguette : 0 %/0 %
Magie élémentale : 0 %/0 %
Particularités magiques : mage élémental, affinités particulières pour la magie noire

État de santé mentale général : Mauvais
Sortilèges d'influence détectés : 235 sur 4,5 ans
- Arrogance (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Méfiance envers Albus Dumbledore (+ répétitions, sur 4,5 ans)
- Haine envers Harry Potter (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Haine envers Ronald Weasley (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Haine envers Hermione Granger (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Croyance en la suprématie des sangs-purs (+répétitions, sur 4,5 ans)
- Volonté de servir le Seigneur Noir (+répétitions, sur 6 mois)
- Méfiance envers Severus Snape (+répétitions, sur 6 mois)
- Mise à distance avec Manon Nestral (+répétitions, sur 2 mois)
Sortilèges de mémoire détectés : 5 sur 4 ans
Potions d'influence détectées : 0

« J'avais raison, j'ai soufflé. Il y a bien un cinquième mage ! »

Draco a froncé les sourcils :

« Cinq mages, en même temps ? Je sais que tu viens d'arriver, Manon, mais même toi, tu devrais savoir que c'est hautement improbable...

–Je le sais. Et pourtant, c'est le cas. Tu es le cinquième mage qu'on découvre depuis deux semaines. Un mage élémental. J'avais raison ! »

J'avais un grand sourire. Ma théorie sur les cinq mages complémentaires pour les différents éléments est vraie ! J'avais hâte de voir la réaction de Harry et Hermione en découvrant que le cinquième mage n'est autre que Draco Malfoy !

Puis j'ai compris que pauvre Draco était complètement perdu, et j'ai souri à son attention :

« Félicitations, en tout cas. Même si je ne suis pas sûre que ce soit vraiment un cadeau, puisque être mage parmi cinq signifie forcément quelque chose d'exceptionnel. Dur d'imaginer que cinq mages vivent en même temps dans le même pays sans qu'ils aient un rôle à jouer.

–Qui sont ces mages ?

–Tant que tes influences ne sont pas enlevées, je ne te donnerai aucune réponse. J'ai besoin d'abord de savoir à quel point ces influences ont marché.

–Elles n'ont pas marché chez tout le monde ? s'est étonné Draco.

–Non. Ces influences se voulaient discrètes, et je suppose que c'est pour ça qu'elles sont faibles, afin que personne ne note de changement drastique de personnalité. Et du coup, ça a diminué certaines d'entre elles chez certaines personnes. Regarde, chez toi, on te demande bien de me mettre à distance, mais tu me donnes des cours particuliers, tu m'offres un cadeau de Noël très personnel, et tu me racontes des choses que tu n'as sans doute pas raconté à grand monde. Mais avec le temps, elles ont pu quand même jouer un rôle important sur ta personnalité, la faisant évoluer doucement vers ce qu'elles veulent. Regarde le comportement du Professeur Snape, qui a beaucoup changé en classe aujourd'hui par rapport à avant. »

Snape a simplement haussé les sourcils, mais Draco a affiché un sourire narquois avant de demander :

« Et lorsque les influences seront levées, que se passera-t-il ?

–Ça dépend. Si tu me tiens toujours les mêmes propos que ce soir et avec la même sincérité, et n'oublie pas que je le saurai, alors oui, tu sauras tout ou presque, et on cherchera une solution pour t'aider. Je pense que ce sera le cas.

–Comment je fais pour lever les influences ?

–Madame Pomfrey est de confiance ? j'ai demandé à Snape.

–Oui... Enfin, tant que vous éloignez Potter de l'infirmerie. »

J'ai froncé les sourcils, et il a ricané :

« Elle a tendance à être dans un état dramatique dès qu'on mentionne Potter. Problème de conscience professionnelle, apparemment. »

J'ai haussé les yeux au ciel devant son mépris apparent. Mieux valait ne pas entrer dans cette petite guéguerre. Donc je me suis simplement tournée vers Draco pour lui dire :

« OK. Dès que j'ai terminé la potion, on ira voir Pomfrey, et tu seras libre des influences dès ce soir. Pour le verrou, faudra aller à St Mungo. Tu demanderas le Guérisseur Milott et tu lui diras que tu viens de la part de Harry, il comprendra immédiatement qu'il faut que ça reste absolument confidentiel. Je... D'où viennent les traces de Cruciatus ?

–Tante Bella a fêté la nouvelle de ma prochaine intégration à sa manière... » a répondu Draco froidement.

Je n'ai pas insisté et j'ai continué à travailler sur ma potion. C'est Snape qui a rompu le silence tendu :

« Quelle est la puissance relative de Draco par rapport aux autres mages ?

–Légèrement supérieure, mais dans le même ordre de grandeur que trois d'entre eux, mais nettement inférieure au dernier.

–Inférieure ? a répété Draco, stupéfait.

–C'est un archimage. »

Les deux Slytherins m'ont regardée un long moment avant de réagir. Draco a secoué la tête et Snape a ricané :

« Je suppose que l'archimage est Potter ? »

J'ai eu un petit rire mais je n'ai pas pris la peine de répondre. Je sais qu'il sait qui sont les mages. Il a mentionné les quatre bons noms tout à l'heure quand il a parlé de paysage mental. Et je sais qu'il va correctement interpréter mon absence de réponse. J'ai donc terminé rapidement ma potion, qui ne nécessitait plus que deux ingrédients et une minute de repos, avant de la tendre à Snape qui l'a observée avant de déclarer que ça valait un O et donc vingt points pour Gryffindor. Draco m'a aidée à tout ranger, impatient d'aller à l'infirmerie voir ces influences disparaître.

« Bien, a soupiré Snape. Allons voir dans quoi exactement mon cher filleul s'est encore fourré... »

Draco a rougi légèrement, mais n'a rien répondu. Il sait, comme je l'ai senti, que Snape est tout simplement inquiet pour lui. Draco est un des rares proches de Snape, et si on considère que Snape est capable d'avoir de l'affection pour quelqu'un, alors il en a pour Draco (je plaisante, il en est évidement capable, ce n'est pas un robot... j'aime juste te charrier, c'est tout...).

Nous sommes à peine sorti de la salle de classe que nous sommes tombés sur Harry, appuyé contre un mur. Il a souri en me voyant, et haussé un sourcil en voyant avec qui j'étais.

« Draco a eu un diagnostic intéressant, j'ai lancé en guise d'explication.

–Ah oui ? a simplement demandé Harry.

–C'est un mage élémental. »

Je n'ai pas pu cacher mon sourire victorieux, et Harry l'a bien interprété. Il a eu un petit rire :

« Hermione va te détester, tu sais. Vous allez où ?

–À l'infirmerie. Pomfrey va lever les influences sur Draco. Ça va nous permettre de savoir ce qu'il en est à son sujet.

–OK.

–Harry... Tu me laisses parler avec Pomfrey avant que tu entres dans l'Infirmerie ?

–Il nous accompagne ? a demandé Draco avec colère.

–Même si je ne le voulais pas, il le ferait, j'ai répondu en haussant les épaules. Harry, c'est important. Elle a retrouvé ses souvenirs et sa liberté de penser, et sa conscience professionnelle en a pris un coup. Elle doit certainement se sentir coupable de n'avoir rien fait ces dernières années. McGonagall a déjà mal réagi, imagine la réaction de Pomfrey. »

Harry m'a regardée un instant, puis a hoché la tête. Il s'est décollé du mur quand nous avons commencé à marcher, et s'est aligné à côté de moi pour me prendre la main.

Ce geste a attiré l'attention de toute l'école toute la journée. Ce serait absolument fascinant si je n'étais pas directement concernée, d'ailleurs : dans tout bon lycée, on s'intéresse au dernier couple en date, certes, mais l'intérêt des autres étudiants pour chaque geste que Harry et moi pouvons avoir l'un envers l'autre tourne presque au malsain. J'avais pensé qu'il n'y aurait pas trop de commentaires, au moins les premiers jours, les autres me prenant pour la dernière conquête de Harry, mais apparemment, c'est très inhabituel de voir le Boy-Who-Lived avoir ce genre de gestes en public. Donc, du coup, comme chaque chose nouvelle qui concerne Harry, tout le monde était au courant avant le déjeuner.

Harry a passé la journée à me conseiller de rester calme et de ne pas attaquer tous ceux qui trouvaient... généreux ? de nous adresser leurs félicitations... Mais qu'ils se mêlent de ce qui les regarde, ces abrutis ! Est-ce que je vais les voir pour les féliciter de leur O dans telle matière ou d'avoir embrassé telle personne, moi ?

Nous sommes rapidement allés des cachots jusqu'au premier étage où se trouve l'infirmerie. J'ai insisté à nouveau pour que Harry attende dans le couloir, et qu'il en profite pour prévenir Hermione que la visite ne se faisait pas pour lui. Elle est certainement au courant de l'endroit où nous sommes, avec sa Carte du Maraudeur. Il a souri en sortant son agenda, et Snape, Draco et moi sommes entrés dans l'infirmerie.

Snape a parlé d' ''état dramatique'' ? C'est un euphémisme à la Snape. Pomfrey est dans un état catastrophique. D'après ce que j'ai compris de sa crise de larmes quand elle s'est précipitée vers moi pour me serrer contre elle, c'est qu'elle a bien vu dès la première année que Harry est un enfant maltraité, et qu'elle aurait fait remonter plusieurs fois l'information sans aucun résultat, et en oubliant à chaque fois qu'elle avait déjà fait la démarche.

Et apparemment, Harry n'est pas le seul enfant battu dont les maltraitances ont été volontairement ignorées. Il y avait d'autres enfants maltraités, ces dernières années, principalement des Nés-Moldus dont les familles ont eu du mal à accepter la magie, et plusieurs d'entre eux n'ont jamais reçu de l'école l'aide qu'ils auraient du recevoir. Certains dossiers passaient quand même. Pomfrey est incapable de dire pourquoi certains enfants bénéficiaient d'un soutien et d'autres non. Personnellement, je soupçonne le respect des statistiques : ce serait vraiment étrange que tout d'un coup, il n'y ait plus de cas de maltraitance...

Pour calmer Pomfrey, on a du lui assimiler une potion calmante. Une potion calmante à une infirmière dont le travail est de soigner et apaiser ses patients... Finalement, nous avons suffisamment réussi à la calmer pour qu'elle puisse m'écouter :

« Vous n'avez pas à vous excuser de quoi que ce soit, Madame Pomfrey, vous n'avez pas eu le choix. Vous avez fait votre travail. À chaque fois que vous avez constaté les symptômes chez chacun d'eux, vous avez fait remonter le dossier, comme la procédure le demande. Vous avez fait votre travail ! Et à présent, vous allez pouvoir continuer à le faire, et vous allez pouvoir les aider, Harry comme les prochains..

–Oui, cette fois, je vais veiller à ce que les dossiers tombent entre de bonnes mains.

–Non. Vous n'allez faire aucun dossier de maltraitance pour Harry, » j'ai répondu fermement.

Madame Pomfrey a voulu protester, mais j'ai levé une main pour la faire taire, et j'ai appelé Harry, qui est entré aussitôt. Quand elle l'a vu, l'infirmière a voulu à nouveau s'excuser, mais je l'ai fait taire d'un nouveau geste :

« Je vous l'ai dit : vous allez pouvoir les aider. Harry a rempli un dossier médical complet retraçant tout son historique de santé à St Mungo pendant les vacances. Le dossier est déjà entre les mains de ses avocats, et donc en créer un nouveau maintenant n'a aucune utilité. Par contre, vous pouvez faire votre travail d'infirmière en suivant Harry. Il est en train de prendre un traitement pour compenser les carences alimentaires de son enfance, et ça doit déclencher une crise de croissance. Ce serait bien qu'elle soit suivie. Une crise de croissance trop importante et mal suivie peut entraîner des fatigues inhabituelles et des problèmes osseux, et ce serait dommage de causer ça alors que nous voulons justement le contraire.

–Comment savez-vous ça ? s'est étonnée Pomfrey.

–Les non-magiciens ont des cours de biologie bien plus complets que les sorciers, j'ai répondu. Je crois qu'on étudie le phénomène de puberté et les crises de croissances à treize-quatorze ans, si ça n'a pas trop changé de l'époque où j'avais moi-même cet âge... Bon sang, je me sens vieille en disant ça... Enfin... Donc vous pouvez aider Harry ainsi. Harry, tu as la liste de tes potions sur toi pour montrer quel traitement tu prends ? »

Harry a hoché la tête et sorti de sa besace un rouleau de parchemin, qu'il a tendu à l'infirmière. Il transporte également dans son sac les potions qu'il prend à chaque repas, histoire de ne pas avoir à monter et descendre plus de dix étages juste pour une potion, et il a sorti une fiole, qu'il a directement donnée à Snape pour qu'il puisse l'examiner. Pomfrey a lu attentivement le parchemin, puis l'a tendu à Snape avant de se tourner vers Harry :

« Et votre traitement doit durer combien de temps ?

–Jusqu'à ce que j'arrête de grandir, dans quelques années, a répondu Harry.

–Et vous avez des potions jusqu'à quand ?

–Fin du mois. Ils m'ont donné le stock nécessaire pour le premier mois.

–Je ferai les potions, est intervenu Snape en rendant la fiole à Harry. Et vous les récupérerez ici. »

Harry lui a lancé un regard surpris, mais n'a pas insisté et a hoché la tête.

Comme moi, et comme Hermione et Neville, il a remarqué le comportement différent du maître de potions pendant le cours du matin. Nous en avons discuté pendant le déjeuner, et nous avons tiré la seule conclusion qui s'impose : Snape avait un bon paquet d'influences sur lui concernant Harry et les Gryffindors d'une manière générale, et elles ont été supprimées. Au plus grand bonheur de Neville, qui a passé son premier cours de potion sans se faire harceler depuis le début de sa première année.

Beaucoup de Gryffindors pensent que cette amélioration n'est que temporaire, sans doute la conséquence de bonnes vacances de Noël (et ils ont eu une imagination fertile pour décrire les vacances idéales de Snape, crois-moi... J'en rigole encore : tu imagines Snape en combinaison de ski rose, en train de siroter du chocolat chaud avec des petits marshmallows sur une terrasse de station de ski ?), et qu'il reviendra à ses vieilles habitudes dès que la bonne humeur s'envolera. C'est-à-dire sans doute dès sa première leçon avec des premières années.

Puis Madame Pomfrey a examiné Harry, afin de mettre son dossier à jour, notamment par rapport à son poids et sa taille, et elle lui a fait promettre de venir tous les vendredis pour vérifier ces variables, récupérer ses potions quotidiennes pour la semaine, et avaler les autres.

Puis vient le cas de Draco. Pomfrey a ouvert de grands yeux en découvrant le diagnostic, mais n'a fait aucune difficulté concernant les influences. Elle a également donné à Draco une potion à prendre sur les trois prochains jours avant de dormir afin d'apaiser son système nerveux et l'aider à récupérer. Et enfin, elle a fait une suggestion des plus étonnantes :

« Nous pouvons enlever ce verrou ce soir, si vous le souhaitez. »

Nous avons tous douté. Draco parce qu'il n'y croyait pas vraiment, Harry et moi parce que nous nous souvenons de comment ça s'était passé pour nous, et Snape, apparemment, est bien au courant du protocole :

« Vu l'indice de Gend qu'il possède, ce serait dangereux pour vous de réaliser ça seule.

–Je ne comptais pas le réaliser seule, non plus. Ces deux jeunes gens portent l'insigne de Galaad. Je peux donc les former à cette magie, et nous serons trois, comme le veut le protocole de sécurité dès lors qu'on débloque la puissance d'un mage. »

Harry et moi avons été stupéfaits. Je n'aurais jamais imaginé que quelqu'un ici reconnaisse la signification de la fibule dont je me suis servie aujourd'hui pour fermer ma cape. Madame Pomfrey a eu un sourire :

« Je suis Guérisseuse, jeunes gens. Tous les Guérisseurs britanniques connaissent l'emblème de Galaad. »

Elle a posé un long regard sur la deuxième fibule que je portais pour mieux fermer ma cape, et je suis certaine qu'elle a également reconnu l'insigne de Nimue. Dans un sens, heureusement que nous n'avons pas reconnu les artefacts de Viviane et Merlin, Harry et moi, et que l'artefact de Lancelot soit l'invisible Excalibur... Deux héritages affichés et reconnus suffisent comme ça.

« Que signifie l'insigne de Galaad ? a demandé Draco.

–Que nous avons des prédispositions pour la médicomagie, j'ai répondu vaguement. Si vous avez une salle adaptée à Hogwarts, je suis partante pour apprendre.

–Moi aussi, a ajouté Harry.

–Parfait ! s'est exclamée Madame Pomfrey, ravie. Mr Malfoy, asseyez-vous sur ce lit, je vais m'occuper des influences qui vous contrôlent. »

Elle a fermé le rideau qui entourait le lit, et nous n'avons plus rien entendu. Snape s'est tourné vers nous :

« Seuls les mages sont membres de l'Ordre d'Avalon.

–En effet, j'ai répondu. Nous en sommes tous les quatre.

–Tu veux tout lui dire ? m'a demandé Harry en fronçant les sourcils.

–Tout lui dire, je ne sais pas encore. Mais il t'a donné un joli coup de main, l'autre jour, pendant la réunion de l'Ordre, et il a soulevé un point intéressant tout à l'heure : c'est le parrain de Draco. Si Sirius a le droit de savoir pour son mage de filleul, pourquoi le Professeur Snape ne le pourrait pas pour le mage de sien ? »

Le froncement de sourcil s'est accentué et j'ai souri :

« Je ne lui ai rien dit, pour toi. Il a deviné tout seul.

–C'est votre Occlumancie qui m'a donné la réponse, Potter, est intervenu Snape. Vous avez un paysage mental.

–Pardon ?

–Quand je vous observe avec ma Légilimancie, je vois un esprit relativement semblable à ce que je pouvais voir avant les vacances de Noël. Les différences sont trop infimes pour qu'elles sautent aux yeux. Cependant, autre chose vous trahit : vous maîtrisez beaucoup mieux vos émotions qu'avant. Vous êtes plus réfléchi. C'est typiquement le comportement de quelqu'un qui apprend l'Occlumancie. Seul un paysage mental peut donner l'impression qu'un Occlumens accompli ne maîtrise pas l'Occlumancie. Et construire un paysage mental est hors de portée d'un sorcier.

–C'est vrai ? j'ai demandé à Harry, qui a hoché la tête.

–Je l'avais appris lors de mes recherches, mais comme tu m'avais parlé de ce verrou et que je ne me sentais pas diminué par rapport aux autres de la classe, j'en ai déduit que sans le verrou, ma puissance serait peut-être suffisante pour développer une protection par paysage mental.

–Y aurait-il possibilité que j'en apprenne plus sur cette... merveilleuse aventure que semblent avoir été vos vacances de Noël ? a demandé Snape.

–Honnêtement, tout dépendra de Malfoy, a répondu Harry. Tout dépendra de sa capacité à abdiquer sa haine pour Hermione et moi.

–Je ne suis pas d'un coup ton meilleur pote, Potter, a fait la voix de Draco alors que Madame Pomfrey rouvrait le rideau autour du lit. Mais je ne te hais pas, ni Granger, et on peut apprendre à se connaître et repartir sur des bases plus saines. »

Harry l'a observé un moment, semblant le juger pour savoir s'il pouvait raisonnablement lui faire confiance. Puis il a demandé :

« Et ta position sur les Nés-Moldus ?

–Demande à ta copine, a répondu Draco tranquillement. Nous avons eu une longue discussion sur mes convictions tout à l'heure. Mon point de vue n'a pas changé, et je te libère de ton serment vis-à-vis de Potter. Potter uniquement, pas Granger et certainement pas Weasley, » a-t-il ajouté à mon intention.

J'ai souri : malgré sa dureté et sa méfiance, il était sincère, exactement comme je m'y attendais. J'ai hoché la tête en direction de Harry, qui s'est détendu.

« OK, a-t-il soufflé avant de suggérer : On débloque ton verrou, et un de ces jours, on aura une sérieuse conversation avec vous deux. Prévoyez quelques heures. Manon, quels sont les cours de rattrapage dont tu as encore besoin ? »

J'ai réfléchi. C'est vrai que maintenant que je suis mage, je n'ai plus besoin de tous ces cours. Comme les sortilèges... Il me suffit de les lire. Puisque de toute façon, leur réalisation ne sera qu'une mascarade pour cacher le fait que j'utilise ma magie, et non le sort en lui-même.

« Potions, Runes Anciennes, Herbologie, Astrologie, Défense contre les Forces du Mal. Je n'ai plus besoin de la Métamorphose et des Sortilèges. Je n'avais pas de cours de Sortilèges à proprement parler puisqu'on faisait ça en guise de distraction, Hermione et moi, mais du coup, j'ai mon vendredi soir de libre, en plus du mardi soir et du samedi.

–Demain soir, Potter doit avoir son premier cours d'Occlumancie avec moi, a déclaré Snape. Puisque vous devez de toute façon venir dans mon bureau, autant en profiter. »

Nous nous sommes consultés du regard, Harry et moi, et j'ai haussé les épaules.

« Manon peut venir ? a demandé Harry.

–Je sens que la question a été posée par simple politesse alors je vais répondre oui, ça me donnera l'impression de vous en avoir effectivement donné l'autorisation. »

Je n'ai pas pu m'empêcher de glousser et Snape m'a envoyé un regard que je pourrais qualifier de... gris ? Un regard qui se veut noir mais qui échoue à l'être. Enfin, je suppose que toute personne incapable de détecter ses émotions l'aurait trouvé réussi. Il s'est seulement redressé :

« Bien. Et si nous nous occupions de Draco, pour le moment ? Poppy, où est la salle blindée la plus proche ?

–Juste à côté, la porte à gauche. Elle sert de cellule d'isolement pour les mages qui perdent contrôle.

–Un mage peut perdre contrôle ? a demandé Harry.

–Alors tu sais qu'un paysage mental ne peut être réalisé que par un mage, mais tu ne sais pas qu'un mage peut perdre le contrôle de sa magie ? je me suis moquée. Un enfant mage n'est pas sujet à autant d'accidents magiques qu'un enfant sorcier, mais ils existent, et surtout, pour un mage, ils ne cessent jamais. Notre magie est trop profondément ancrée en nous, elle se sert de nos émotions. Si tu perds le contrôle de tes émotions, tu perds le contrôle de ta magie, bien plus rapidement et dangereusement qu'un sorcier. C'est pour ça qu'un mage doit absolument maîtriser l'Occlumancie.

–Sans compter les maladies, a continué Pomfrey d'un ton léger. Les mages sont aussi sensibles que les sorciers aux maladies magiques. »

Le regard de Harry est passé de l'une à l'autre, et il a froncé les sourcils :

« Vous devriez fonder un club des personnes optimistes, toutes les deux... C'est encourageant.

–Je suis une optimiste, chéri, et tu le sais, j'ai souri. Ce sont de simples faits. Mon optimisme me dit que ton paysage mental sera suffisant pour que tu n'aies plus d'accidents magiques. On y va ? »

Je lui ai pris la main pour l'entraîner avec moi. J'ai vu Snape lever les yeux au ciel derrière nous, mais il a pris Draco par l'épaule avant de nous suivre sans faire de commentaire. En sortant de l'infirmerie, nous sommes donc entrés dans la première salle à gauche. C'était une pièce assez petite, sans aucune fenêtre ni meuble. Juste quatre murs gris, un sol et un plafond unis. En tant que mage, ça ne donne aucune envie de perdre contrôle de sa magie... Je n'ai pas du tout l'intention de me retrouver enfermée ici...

Pomfrey nous a enseigné à Harry et moi le sort pour débloquer un verrou magique. Il n'est pas très compliqué, mais requiert énormément de concentration et de volonté. Puis, comme à St Mungo, nous avons fait asseoir Draco par terre et nous nous sommes placés en triangle (équilatéral, si tu te souviens bien) autour de lui. Draco était tendu, et j'ai plaisanté pour alléger l'atmosphère :

« Draco, ça ne fait pas mal. Au contraire, le terme employé a été... orgasmique, c'est bien ça, Harry ?

–Ose dire que tu as ressenti le contraire ? a protesté Harry.

–Ah, c'est peut-être parce que tu es juste un mec, ou parce que ton pouvoir est plus fort que le mien, mais moi, je me contenterais d'euphorisant. Enfin bref, ça ne fait pas mal du tout, et c'est même très agréable. »

Draco a hoché la tête, avec son petit sourire narquois qui est un peu sa marque de fabrique. J'avais réussi à le détendre. Harry m'a fait un clin d'œil, et nous avons fait signe à Madame Pomfrey que nous étions prêts.

Dans un même mouvement, nous avons commencé la courte incantation qui nous permettrait de sentir le verrou sur la magie de Draco. Je maintiens ma comparaison avec un élastique. Ou un anneau. En tout cas, ce que j'ai perçu, ça ressemblait à quelque chose qui encerclait son pouvoir pour le restreindre et l'empêcher de couler librement. Un peu comme une artère trop étroite qui réduit l'afflux sanguin. Et à partir de là, on se concentre sur le verrou en lui-même et on mobilise notre volonté pour le détruire.

Comme avec Harry, Hermione et moi, nous avons vu cet anneau de lumière blanche irisée, avec les arcs de lumière qui se créent le temps d'un instant. Le cercle s'est agrandi, agrandi, agrandi et... sblam, l'élastique qui pète. J'ai tout juste le temps de dresser un bouclier par réflexe, sans baguette et sans sort, juste avec mon besoin, et j'ai pu voir l'explosion de lumière, avant qu'elle se rassemble en un vortex, puis une boule qui est descendue sur Draco et l'a pénétré. La boule de lumière éblouissante disparue, il m'a été plus facile de voir ce qui se passait autour de moi. Harry aussi avait du avoir le temps de créer un bouclier, parce qu'il était debout, mais Snape et Pomfrey étaient tous les deux à terre. Je me suis avancée vers l'infirmière et Harry vers le prof de potions, pour les aider à se redresser.

Je sentais l'euphorie de Draco. Pas aussi puissante que celle de Harry, mais toujours plus que celle de Hermione. Pourtant, ils n'ont que quelques points d'indice d'écart. Peut-être une façon différente de concevoir leur magie et/ou leurs émotions. Finalement, au bout d'une minute, il a ouvert les yeux, avec un grand sourire :

« C'est absolument génial !

–Bienvenue chez les mages, Draco ! j'ai souri. Première priorité : tu te construis un paysage mental, et tu crées à l'intérieur une copie de ton esprit tel qu'il devrait être normalement, qui fera office de... masque, pour que tous ceux qui n'ont pas à être au courant restent dans l'ignorance. »

Harry a fouillé dans sa besace et a sorti un livre qu'il a tendu à Draco : Occlumancy and Mind Landscapes : How To Build And Perfect Your Own Mind ? (Paysages mentaux et Occlumancie : comment construire et perfectionner votre esprit ?). Il aurait du le rendre aujourd'hui à la bibliothèque, mais... euh... Il se trouve qu'il a une petite amie qui a voulu avoir son attention pendant les deux heures qui suivent les cours. Après tout, autant en profiter tant qu'on n'est pas débordés de devoirs, n'est-ce pas ? Et en fait, ça nous arrange bien, finalement : il aurait rendu ce livre comme prévu, il n'aurait pas pu le prêter à Draco, qui se serait retrouvé l'esprit passablement ouvert aux explorations de Dumbledore pendant les prochains jours, et qui aurait donc su que les mages dont il a verrouillé la puissance retrouvent contact avec leur magie ! Tu vois que je suis optimiste !

La soirée commence à être bien avancée, et nous avons donc quitté Pomfrey, Snape et Draco pour retourner dans notre dortoir, avec promesse à Snape de l'informer de la situation demain et de former Draco à ce que nous savons déjà de la magie ce vendredi. Nous sommes retournés Harry et moi à la tour de Gryffindor, et me voilà donc à présent dans mon lit. Trop tôt par rapport à mon rythme normal. Mais bon, comme je l'ai dit hier, avec le rythme que nous imposent Remus et Sirius, je crois que ça vaut mieux. Est-ce qu'on dit à Draco demain que c'est sa dernière semaine en tant que chanceux Slytherin qui ne participe pas aux cours de sport ?

En attendant, moi, je dois bien me lever... Donc à demain ! Bisous.


Notes de l'auteur :

Alors ? Est-ce que je suis très prévisible ou est-ce que vous êtes surpris par le fait que Draco soit le cinquième mage ?

Et je ne sais pas encore si ce... rectangle amoureux (Lucius, Narcissa, James, Lily) aura de l'importance par la suite, j'ai juste trouvé ça amusant :)

Et pour une fois, je suis presque synchro : mes personnages eux aussi font une rentrée ! ;) (ouiii, je saiiis, c'est tiré par les cheveux :p ). Bonne rentrée à tous ceux qui retournent à l'école ou au travail aujourd'hui ou cette semaine ! :)

Réponse aux guest reviews :

Artena : les voici de retour, et en fanfare ! :)

Alea : J'espère que tu as passé de bonnes vacances ! :)

Voilà, tu as tes réponses concernant Draco et Snape... Pour une fois, je ne te dis pas "tu verras dans les prochains chapitres !" :)

Concernant Neville, c'est comme ça que je le conçois dans cette fic, et c'est plus ou moins son rôle dans le petit groupe qui est en train de se former.

Hermione aura sa relation amoureuse aussi, ne t'en fais pas... Avec Viktor ? Là, tu verras :)

Pour Harry héritier de Hogwarts... là, aussi, tu verras ;)

Et oui, ma meilleure amie fait du médiéval dans une troupe. Le pseudo que j'utilise pour parler d'elle, Blanche, est celui qu'elle utilise en méd. Sa compagnie s'appelle l'Ordre de la Tour, et est basée dans la Loire, là où on habite toutes les deux. Elle se concentre sur les XIIIè et XIVè siècles. Elle se déplace pendant tout l'été hors du département pour faire des fêtes et des animations avec d'autres troupes. Disons qu'elle voyage dans tout le grand sud de la France :)

Il y a plein de compagnies un peu partout en France, qui donnent des animations pour différentes occasions, pendant tout l'été : fêtes de village, animation d'un château, festival... Si ça vous intéresse, vous trouverez assez facilement quelque chose proche de chez vous :)

À lundi prochain !

MAJ le 20/10/2017