Attention : ce chapitre évoque de manière indirecte et non graphique de la violence, y compris sexuelle, y compris sur des mineurs.


Dimanche 14 janvier 1996

Chère Marie,

Désolée de ne pas t'avoir écrit plus tôt, mais je n'ai pas eu envie de grand chose depuis mardi dernier. Il s'est passé quelque chose d'assez terrible mardi, et je ne suis pas sûre que je suis vraiment prête à en parler. Enfin, en parler en détails. J'en fais encore des cauchemars. C'est la pire chose qui me soit arrivée, ma plus grande crainte depuis que je suis ici. Qu'on fasse payer à ma famille, la vraie, en France, le poids de mes actions ici.

Mardi dernier, j'ai ingéré involontairement au petit déjeuner une potion qu'on appelle Dementor's Dream. Comme tu peux l'imaginer, ce n'est pas un doux rêve peuplé de licornes et d'arcs-en-ciel. C'est une potion qui te fait revivre en boucle ton pire souvenir, jusqu'à ce que quelqu'un arrive à t'en faire parler en détail. Tant que ce n'est pas le cas, tu restes enfermé dans ce souvenir, que tu revois, encore et encore. Et encore. Et encore... Et à présent, plus besoin de potion pour que ce soit le cas. Chaque nuit, je les revois, en train de hurler. C'est une horreur.

Mon pire souvenir date du 2 janvier 1996. Pas celui que je t'ai marqué dans ce journal (qui a été par contraste très agréable), mais celui de la petite Manon de huit ans. Pendant que je riais dans les bras de mon petit ami avec mes amis autour de moi, en sécurité à Lions' Rock, petite Manon vivait l'expérience la plus traumatisante de toute sa vie. Tellement traumatisante que je l'avais complètement oubliée, et ce n'était pas du à la magie. C'était simplement un mécanisme de mon esprit, pour me protéger de la violence de ce qui s'est passé ce jour-là.

Ce jour-là explique tout. Pourquoi je n'avais pas de magie avant d'arriver ici, pourquoi j'ai tant de difficulté à accorder ma confiance, pourquoi les démonstrations d'affection dans la famille peuvent parfois sembler froides pour un regard extérieur, pourquoi je suis un peu maniaque du contrôle sur les bords, pourquoi également j'accorde tant d'importance à la valeur de mon corps et de l'acte sexuel. Pourquoi je panique quand je me retrouve nue devant Harry. Absolument tout.

Ce jour-là, on a voulu me faire comprendre qu'il ne valait mieux pas que je m'occupe de la magie et de ce qui peut se passer dans le monde magique. On a voulu me faire comprendre que la curiosité est un très vilain défaut, et que me mêler de ce qui ne me regarde pas ne peut m'apporter que du mal. Et on me l'a fait comprendre de la pire des façons : en me faisant souffrir, physiquement, mentalement, et en faisant souffrir ma famille devant moi. Je ne te raconterai pas les détails, c'est d'une violence qu'on n'ose normalement même pas imaginer. Je l'ai raconté une fois, puisque je suis sortie de la boucle de la potion, et je n'ai pas envie de le raconter une deuxième fois.

J'ai encore du mal à accepter les faits. Depuis mardi dernier, je suis à l'infirmerie. J'ai des tas de visiteurs, qui tentent de me remonter le moral. Harry est pratiquement tout le temps là. Il passe même ses nuits avec moi, pour ne pas que je sois toute seule à affronter mes cauchemars. Pomfrey a renoncé à le chasser. On ne fait juste que dormir, de toute façon. J'ai du mal à m'intéresser à ce qui se passe. Ma famille a souffert à cause de ce que je vis ici. Ce n'est tout simplement pas juste. Ni elle, ni moi, n'avons choisi de vivre ça.

Et tu sais l'ironie dans tout ça ? C'est que c'est certainement cet événement qui lance la boucle. Sans cet événement, j'aurais grandi avec ma magie, j'aurais été à onze ans à Beauxbâtons, en même temps que Harry aurait vaincu Voldemort, j'aurais grandi avec la connaissance des sorciers sur les faits, et les livres auraient juste été ça : des livres. Je n'aurais jamais du coup pu effectuer ce voyage en me demandant où est la vérité dans tout ce que j'ai lu. Je l'aurais connue, cette vérité. Et tout ce qui se serait passé en Grande Bretagne m'aurait sans doute semblé tragique, mais en même temps très loin.

En me privant de ma magie, on m'a privée de ces connaissances, et on a frustré une partie de moi, qui sait que la magie existe, mais qui n'y a pas accès. On a fait de moi la fillette, l'adolescente, l'adulte plus curieuse de trouver la magie autour d'elle que de l'actualité du monde réel et concret et sans magie. On a fait de moi la fille si peu confiante en son apparence (elle a été prise pour cible) que j'ai tout misé sur un autre atout : l'intellect. Petite Manon de huit ans a compris que si on pouvait la déposséder de force de son corps, on ne pourrait jamais lui voler son esprit et ce qu'il contient.

Quant au commanditaire... Tu t'en doutes, je suppose. Je ne sais pas qui a versé la potion, mais celui qui a fait souffrir petite Manon et sa famille, c'est Dumbledore. Pas lui directement, bien entendu. Mais il était présent, et c'est lui qui m'a donné la morale de l'histoire, à l'époque. Avec le même sourire de grand père affectueux que lorsqu'il explique à Harry que ce qu'il a fait est très courageux et que l'amour est la plus belle force de ce monde.

Harry a failli le tuer en apprenant ça. Ce n'est pas une expression. C'est le pouvoir combiné de Hermione, Neville et Draco qui l'ont empêché de tuer Dumbledore. Maintenant, Dumbledore est dans les prisons du Ministère. Apparemment, on ne peut pas mentir quand on raconte quelque chose sous l'effet de cette potion. Et ils ont eu la présence d'esprit de faire en sorte qu'un Auror soit présent lors du récit.

Tout le monde sait que nous sommes mages, maintenant. La démonstration de colère de Harry, l'intervention de Hermione, Neville et Draco. Spectacle en son et lumière, sans aucune baguette ni aucune formule.

Le point positif dans l'histoire ? Harry, Hermione et Neville ont maintenant confiance en Draco. J'étais prisonnière de la potion, ramenée à l'âge de huit ans, et à huit ans, je ne parlais pas anglais. Draco, par son éducation de noble dont la mère est passionnée par la France, parle couramment français. C'est lui qui m'a fait raconter. Et apparemment, la façon dont il s'est occupé de moi a été exemplaire. Et ensuite, il a aidé Neville et Hermione à contrôler Harry pour ne pas qu'il commette un meurtre en pleine Grande Salle à l'heure du petit-déjeuner. Du coup, tous les trois savent que le cinquième mage ne fera pas bande à part.

Voilà, tu sais.

Je suis fatiguée, je vais te laisser.

Bisous ma belle. Et merci. D'une certaine façon, grâce à ton amitié, j'ai pu un peu guérir de ces blessures que j'avais pourtant oubliées dans le fin fond de mon esprit.


Notes de l'auteur :

Ce chapitre est volontairement très vague. Manon est encore très choquée par ce qui s'est passé et n'a ni la force, ni l'envie d'entrer dans les détails. Le prochain sera un flash back sur ce mardi où Manon a pris la potion, raconté d'un point de vue extérieur. Il sera plus descriptif, mais toujours sans rien d'explicite.

La dernière phrase est réellement destinée à ma meilleure amie. Je n'ai pas vécu ce qu'a vécu Manon, mon enfance est beaucoup plus tranquille, mais j'étais néanmoins dans une phase bien noire quand j'ai rencontré ma meilleure amie, et elle m'a beaucoup aidée à m'en sortir. Au moment où j'ai écrit cette partie de ma fiction, j'étais dans une autre phase pas bien jolie, et elle était encore là... J'ai une meilleure amie en or ! :)

Réponse aux guest reviews :

Mel : merci pour cette longue review, et je suis super contente que mon histoire te plaise autant. Je suis d'accord, ce n'est pas du tout évident de faire une histoire avec des Marie-Sue et ses super!copains sans tomber dans la facilité, et j'espère que la suite continuera à être à la hauteur de tes attentes :)

À lundi prochain !

MAJ le 20/10/2017