ARMURE, ALTERCATION ET RETOUR A LA CASE PRISON

L'arrivée à la forge de Golwynn est un trajet que je parcours rapidement. Je remarque par contre que je fais forte impression dans ma nouvelle tenue. Beaucoup de monde se retourne à mon passage. Bon, c'est vrai que même le barbier a été très étonné quand je lui ai montré la longueur à laquelle je voulais mes cheveux. Je les aimes ras moi mes cheveux. Pareil pour la barbe que j'ai fait mettre à la même taille. Au milieu d'une population ou la majorité des hommes portent la barbe, voir sont rasés, je détonne à mort. Le seul que j'aie vu avec la moustache courte est ce tailleur, mais il ne me semble pas une référence étant donné qu'il a vraiment l'air pas net sur les bords. Mais ce sont surtout les cheveux qui sont à côté de la plaque, car je réalise bientôt que presque tout le monde porte les cheveux au moins mi-long. Par contre, je ne porte pas mon cache-œil depuis une heure qu'il me démange déjà. Je passe mon temps à le réajuster.

Il faudra que j'aille en toucher deux mots au cordonnier.

Par contre les bottes me vont comme un gant. Je pourrais vraiment me faire une habitude des vêtements sur mesure. Je ne comprends pas pourquoi c'est un luxe dans mon monde alors que ça a l'air tellement courant ici.

Arrivé devant la porte de la forge, la première chose qui me frappe c'est le silence. Et ça ne me dit rien qui vaille.

Pitié, si ce nain s'est envolé je fais une crise cardiaque !

Je frappe à la porte et attends. Une éternité plus tard, la porte s'ouvre et l'armurier me jette un regard perplexe.

- Désolé, mais j'attends que'qun, me dit-il.

- C'est moi… Dis-je d'une voix gênée.

Il plisse les yeux et me regarde mieux.

- Par ma barbe, qu'est-ce qui vous est arrivé ? S'exclame-t-il d'un ton ahuri. On vous a flanqué l'feu aux poils ?

- Non, réponds-je après un instant de silence surpris. Je les ais fais couper.

Il me regarde comme si j'étais fou. Je me souviens alors du couplet de Trolf sur le fait que la barbe doit arriver quelque part au milieu du torse chez les jeunes nains avant qu'ils soient considérés comme adultes. Le fait que je me sois rasé doit probablement lui paraître une aberration sans nom. Quoique… Il vit chez les humains depuis un moment, il a bien dû croiser quelques personnes qui ne portent pas la barbe.

Si, les elfes…

Je me traite intérieurement d'idiot, mais je ne suis pas venu ici pour discuter pilosité.

- Mon épée je vous prie, ensuite j'irais me faire pendre ailleurs, dis-je en espérant détendre l'atmosphère.

Il me regarde à nouveau comme s'il se posait des questions sur ma santé mentale. Puis, il décide de s'écarter et me fais signe d'entrer.

- Causons l'bout d'gras avant.

J'hausse un sourcil surpris, mais accepte sa proposition. J'entre dans l'échoppe où je trouve une drôle de scène. Din'Ganar est exposée sur un présentoir au-dessus d'une plaque d'acier gravée de Khuzdul et flanquée d'un bougeoir avec une bougie allumée de chaque côté.

C'est quoi ça ? Un autel ?

- Vous inquiétez point, j'vais vous la rendre dans un moment. J'pense just' qu'vous méritez que'que explications.

Oui, je veux bien là, parce que j'y comprends que pouic.

Il me fait signe de m'asseoir sur l'un des deux chaises de chaque côté de la table où est exposée mon épée et fait mine de me servir à boire, ce que je décline poliment. Il hausse les épaules et se verse une copieuse rasade de bière.

- À nos morts ! Dit-il en levant sa chope. Puissent-ils retrouver les êtres chers qu'ils ont perdu dans les cavernes de nos ancêtres et festoyer jusqu'à la fin des temps.

J'hoche la tête et lève mon verre vide, préférant ne rien ajouter. Le nain renverse la tête en arrière et bois sa chope cul-sec sous mon regard ébahis. Puis il la fait claquer sur la table en la reposant et clape la langue de satisfaction.

- Merci humain de m'avoir permit de faire enfin mon deuil.

- De rien, réponds-je un peu surpris.

- J'peux bien te l'dire maint'nant. Grimmir c'tait mon père. L'est r'descendu dans la Moria après la Guerre des orques et des nains. Un forgeron hors du commun que c'tait et un maître-artisan armurier. L'avais son apprenti 'vec lui. Comme on l'a jamais r'vu, on a tous pensé qu'y était mort, mais on était point sûr. Si ben qu'j'ai jamais vraiment fait mon deuil.

Il jette un coup d'œil du côté de Din avant de revenir vers moi.

- Maint'nant qu'je sais qu'l'est mort, j'me sens mieux. Et j'vous en dois une pour lui avoir permit d'reposer en paix. Qui plus est, ça m'a fait ben plaisir de r'voir encore une fois l'travail d'mon père. J'réalise toujours à quel point l'étais d'vant moi en matière d'expertise.

Je l'écoute, conscient qu'il essaie peut-être de me dire qu'il va faire mon armure au final. Ou alors me demander de lui laisser Din, mais ça c'est hors de question.

- En guise d'paiement d'ma dette, j'vous propose d'vous faire la meilleure armure de toute c'te cité.

YES !

- Je crois qu'on peut trouver un arrangement, dis-je en me sentant sourire. Mais je tiens à vous la payer. Votre père n'aurait sans doute pas aimé que vous travailliez gratis, ce d'autant plus qu'il a créé cette arme pour aller dans sa tombe.

- D'toute façon, j'vous aurais offert qu'la main d'œuvre, sourit le nain d'un air torve. La matière première, vous l'auriez payée d'toute manière.

Je lui rends son sourire.

Salopards, de toute façon tu avais calculé le coup. J'aime bien.

- Il va de soi. Bon, en quoi on la fait ?

- Tout dépend d'ta bourse l'humain. Si t'as rien d'plus que c'que tu m'as montré, on ira pas loin.

-Et si je vous donne un budget ? Essais-je.

- Là on parle la même langue bonhomme. Combien qu'tes prêt à mettre dans ton armure ?

Je réfléchis un moment. Gandalf m'as dit de ne pas hésiter à piocher dans la bourse, mais je ne sais pas à quel point je risque d'en avoir besoin par la suite ou s'il va me réclamer la monnaie après. Bon, j'ai vu que chaque pièce a une sacrée valeur, donc je me risque sur un chiffre rond.

- Je dirais que je suis près à monter jusqu'aux alentours de cinquante doublons nains de la Montagne Solitaire.

Les yeux de l'armurier s'agrandissent et j'ai l'impression que si je claque des doigts sa mâchoire va tomber sur la table et sa langue se dérouler jusqu'à la porte d'entrée.

Je le regarde sans pouvoir m'empêcher de sourire, il a l'air d'avoir vu passer Sauron en tutu rose et ballerines assorties.

- Combien qu't'as dit ? Me redemande-t-il après plusieurs secondes de blanc.

- Cinquante.

- Pièces d'or ?

- Doublons.

- D'où ?

- Montagne Solitaire.

- D'qui ?

- Nains.

Il perds son regard dans le flou une petite minute.

- J'comprends mieux qu'mon paternel s'soit donné tant d'mal si tu viens toujours avec c'genre d'arguments. C'est juste presqu' dommage.

Cette fois c'est moi qui hausse un sourcil intrigué.

- Pourquoi ?

- Un tout p'tit peu plus et je pouvais t'proposer décemment d'te faire toute l'armure en Mithril.

ARMURE EN MITHRIL ! NEED ! MON PRÉCIEUX !

- Combien de plus à peu près ?

- Plus ou moins cinq doublons. D'la montagne Solitaire hein !

- Vendu ! M'exclame-je trop content de pouvoir faire affaire.

- Pardon ?

J'ouvre la bourse et la renverse sur la table.

- Cinquante-cinq doublons, cash ! Je récupère juste le doublon et les pièces d'or en trop, dis-je en joignant le geste à la parole.

Le nain me regarde faire avant de commencer à faire des petits tas avec les pièces. Il en fait onze, bien nets de cinq doublons. Il tourne un regard surpris vers mois avant d'afficher un sourire conspirateur.

- Marché conclut ! D'puis l'temps j'accumule des p'tits lingots d'Mithril comme mon père avant moi, j'me suis toujours d'mandé à quoi qui z'allaient m'servir. Maintenant je l'sais ! On va t'faire une armure comme on en a plus fait d'puis l'temps des légendes !

Le nain encaisse les doublons du vieux Gandalf avant de m'emmener à l'arrière à la forge. De là, il sort d'une cache sous ses fourneaux des barres de métal argentés extrêmement légers.

- Ça vas ben m'prendre plusieurs jours, mais j'veux t'avoir sous la main l'plus souvent possible pour t'ajuster c'te merveille au poil de cul près. J'te jure que la seule chose qui pourra rentrer sans permission, ce s'ra les courants d'air ! Et encore ! S'exclame-t-il en jetant du bois dans le haut fourneau au fond de sa forge.

Il a l'air très enthousiaste, pour ne pas dire heureux et je dois dire que sa bonne humeur est contagieuse.

Je vais avoir une armure en Mithril ! Nom de Dieu, le meilleur métal de toute la Terre du milieu !

- Gamin, faudrait qu't'aille me battre le rappel d'mes anciens apprentis. J'vais avoir b'soins d'aide pour faire c't'armure.

Je lève un sourcil.

- Pas que je veuille pas maître Golwynn, mais je ne sais pas où les trouver, lui rappelle-je.

- Juste. J'vais t'faire un mot et une liste. Bouge point d'ici et active c'te feu sous l'haut fourneaux.

Golwynn repasse derrière son comptoir tandis que je me retrouve avec une pelle dans les mains, un tas de charbon à ma droite et un four ouvert à ma gauche.

Bon, le message est clair je pense. Il est temps de mouiller un peu la liquette.

Le geste est idiot, c'est le moins qu'on puisse en dire. On plante la pelle dans le tas de charbon, on fait ensuite pivoter le bassin en élevant la pelle à hauteur de la ceinture et on enfourne la pelletée de charbon dans le four. Le feu fait le reste.

Emporté par l'enthousiasme, je bourre peut-être un peu trop le four car je n'arrive plus à y mettre de charbon quand Golwynn revient. Il me tend un papier où sont griffonnés une série d'adresses et trois plis cachetés.

- Vas là et donne ces lettres à ces gaillards. Z'ont été mes apprentis pendant des années et maint'nant y m'doivent ben une faveur ou deux.

J'hoche la tête, reprend ma chemise et vais pour sortir avant de réaliser que je n'ai toujours pas récupéré Din.

- Golwynn, je peux reprendre mon épée ?

Il hésite, mais finit par hoche la tête.

- Sûr. L'est à toi.

Je souris et saisi Din'Ganar. Celle-ci m'accueille comme toujours avec un sentiment de joie et je suis trop heureux de pouvoir à nouveau la passer à ma ceinture. Je m'envole littéralement dans les rues avant de réaliser que je n'ai pas la moindre idée d'où sont les adresses sur les plis et je dois m'arrêter pour demander mon chemin. Ça tempère mon ardeur de devoir m'arrêter tous les coins de maison pour demander la suite de la route. Par contre je ne comprends pas bien pourquoi les gens me servent du "monseigneur" à tout bout de champ.

Je redescends d'un niveau pour trouver le premier. Moi qui m'attendais à un nain, quand je demande Gérard Duvoisin, je me retrouve face à un humain qui fait presque une tête de plus que moi. Je lui tends le pli et attends sa réaction. Celle-ci est assez décevante je trouve. Il se contente de rentrer et de gueuler à l'intérieur qu'il sera absent quelques jours, puis il ressort avec quelques affaires dans un sac et me grogne qu'il connaît le chemin.

Le second se trouve aussi à cet étage, mais je le trouve dans un atelier de joaillerie. C'est un jeune homme roux aux oreilles décollées et qui porte une barbe très dépareillée. Il prend une moue gênée après avoir lu le pli.

- Ça vas être dur, commente-t-il. Ma femme vient d'accoucher et je ne suis pas mon propre patron. Je ne peux pas m'absenter comme ça.

- Ma foi, j'imagine qu'on y peut rien, dis-je en haussant les épaules. Voulez-vous que je transmette vos excuses à maître Golwynn ?

Il réfléchis encore deux bonnes minutes avec une moue gênée avant de répondre.

- Je ne peux pas laisser tomber mon travail, mais j'essaierais de passer en soirée pour donner un petit coup de main avant de rentrer chez moi.

J'hoche la tête avant de passer au suivant sur la liste. Cette fois, c'est presque une forge industrielle que je trouve avec un homme doté d'un solide embonpoint, d'une chevelure et d'une barbe de couleur neige qui me fait franchement penser au père Noël. L'homme est le plus vieux des trois et m'explique qu'il va venir sans problème. Ses deux fils sont assez grand pour gérer l'affaire seuls et ses trois apprentis peuvent se passer de lui quelques jours. Par contre, j'hérite de sa vieille épouse qui me fait mille recommandations pour son mari pendant qu'il se prépare.

- Ne le laissez pas boire trop ! Son foie ne le supporte plus et ce nain est un horrible soûlon ! Qu'il se couche tôt, sinon il est distrait ! Et qu'il prenne sa camomille !

J'hoche la tête à tout, sachant pertinemment que je ne m'essaierais même pas à donner des conseils à un homme qui a probablement l'âge d'être mon grand-père.

Il me propose de faire la route ensemble. C'est ainsi qu'il se révèle très bavard et bon enfant, ne tarissant pas d'éloges sur ses fils qui lui succèderont dignement et se vante aussi de ses apprentis. Mais il leur reconnaît aussi des points faibles, qu'il se fait fort de compenser par un travail assidu selon lui.

Quand nous arrivons à la forge en fin de matinée, le vieil homme et le nain se serrent longuement la main tandis que l'autre forgeron grogne quelque-chose qui ressemble à une salutation du fond de la forge. Je constate avec plaisir que ça martèle déjà et le temps de poser ses affaires, le vieil homme enfile un tablier élimé et passe aussi dans la forge. Avec peine cependant à cause de son ventre.

- Va-donc faire les courses pour midi en attendant, me lance le nain depuis la forge. Prévois pour cinq !

- Cinq ? M'étonne-je. Mais nous ne sommes que quatre.

- Je mange bien assez pour deux ! Me lance le vieil homme avant de partir d'un éclat de rire tonitruant qui est repris par le nain et vaguement par l'autre forgeron taciturne.

Je ressors pour me faire indiquer la direction du marché. Mais une fois face à cette cohue, je comprends vite que je n'ai aucune idée de ce que je pourrais bien ramener. D'un coup, les supermarchés me manquent horriblement.

Après avoir tourné un petit moment, je finis par décider de faire simple. J'embarque deux belles miches de pain, un jambon à l'os fumé, une meule de fromage de chèvre et une paire de saucissons. Je suis forcé d'acheter un panier pour emporter le tout et je décide aussi de prendre quelques bouteilles de rouge. Mais étant le plus doué des incompétents pour juger un vin, je me contente de prendre le plus cher de la boutique. Je réalise vite que ce genre de repas ne coûte pas bien cher, mais que je pourrais vite me retrouver ruiné si je dois leur avancer sans cesse les fonds. Bon, je n'ai pas entamé mon dernier doublon et je n'ai même pas dépensé pour une pièce d'or au complet. Juste quelques argents, tout au plus.

Quand je reviens à la forge, quelle n'est pas ma surprise de trouver le troisième apprentis sur place. Celui-ci hausse les épaules en me voyant avec un sourire d'excuse sur les lèvres.

- J'ai démissionné, dit-il. De toute façon, j'étais mal payé.

- Mais et votre femme ? M'étonne-je surpris.

- Elle comprendra, me dit-il avant de passer à l'arrière, un tablier de forgeron un peu court sur le dos.

Plus tard, les quatre viennent manger et, en voyant ce que j'ai ramené, pilent net.

- Humm… p'têt ben qu't'as pris un peu trop… constate le nain. C'est sûr qu'ça creuse d'forger, mais à c'point…

- Voyez le bon côté des choses, commente le père Noël, il en restera pour souper.

- Ben vrai ça, admet le nain en s'asseyant.

Je suis convié sans autre au repas et je dois avouer que même si tout le monde mange de bon appétit, il reste une quantité confortable de victuailles à la fin. Pas la moitié, ça c'est sûr, mais je dirais un bon tiers.

J'assiste à une sorte de rituel étrange. Avant de se lever de table, le nain sort un sachet de cuir et chaque convive y dépose quelques piécettes tirées de sa poche. Le nain me tend le tout ensuite. Je regarde le sachet d'un air étonné.

- Tu croyais quoi ? Me dit le nain. Qu'on allait t'faire payer la graille ? Ici chacun achète ce qu'il mange. Comme t'as avancé c'est toi qui récolte.

- Ha, merci, dis-je en regardant les pièces de cuivre d'un air surpris.

- Pense juste à ramener d'la bière pour l'souper. J'ai rien cont' le vin, mais j'préfère la bière.

- Quelques légumes ne feraient pas de mal non plus, grogne le forgeron taciturne. Ma femme me dit tout le temps que j'en mange pas assez.

- En soupe dans ce cas, propose le père Noël. Les légumes passent mieux une fois bien bouillis, dit-il en se frottant le ventre.

- Surtout pas ! S'exclame le roux. Ça va lui donner des gaz et il va tous nous asphyxier !

Golwynn et le bougon éclatent d'un rire franc tandis que le vieux type foudroie le jeune du regard.

Okay, me voilà promu au grade de cuistot… Je leur dit de chercher un enchanteur qui sais faire bouillir de l'eau ?

Bon, sans exagérer, je sais faire la cuisine, ce n'est pas un problème. Le problème c'est que je n'ai plus trop l'habitude de le faire et je crains d'avoir un peu perdu la main. Sans compter qu'il faut le faire au feu de bois.

Bon, de la soupe ça doit pas être dur de faire au feu de bois.

De retour en ville je ramasse une botte de carottes et un chou pour le repas, j'embarque aussi un tonnelet de bière. Je vais faire dans le classique. L'eau du puits du nain fournit l'élément principal et je mets choux et carottes à bouillir. Sauf qu'un truc ne joue pas, cette eau de vaisselle n'a pratiquement aucun goût.

Bon, autant pour la démerde. Je suis incapable de faire une soupe aux choux décente.

Je couvre le tout et laisse aller à feu doux avant de remonter à toute vitesse à l'hôtel. Je peux peut-être demander conseil à la femme de Dutombil.

Mais sitôt arrivé, Dutombil lui-même m'apprends qu'elle est sortie. Je m'ouvre à lui de mon problème de soupe.

- Humm… C'est un problème, constate-t-il d'un ton grave. Je ne sais pas moi-même faire la soupe aux choux aussi bien que ma femme… Mais mes filles doivent savoir je pense. Attendez un instant.

Il revient au bout d'un petit moment avec Hanna.

- Elle va venir vous aider, vous lui expliquerez en chemin, me dit-il.

- Heu… Je pensais prendre quelques conseils, pas embaucher une cuisinière, dis-je un peu surpris.

- Ce n'est pas grave, m'assure Dutombil. Elle a dit que ça ne la dérangeait pas.

- Ha ? Dis-je surpris. Et bien, merci.

Je ressors avec la petite fille qui me suit. Mais au moment où j'ouvre la bouche pour lui expliquer la situation, elle me devance de justesse.

- Vous êtes très joli aujourd'hui, me dit-elle en rougissant comme une pivoine.

Je la regarde un peu surpris.

- Merci, réponds-je étonné. Tu es très mignonne aussi.

- Merci, me dit-elle d'un toute petite voix.

Je lui explique ensuite ma tentative de soupe et elle me fixe finalement d'un air sévère en m'expliquant ce que j'ai fait faux en ajoutant que je devrais laisser la cuisine à ceux qui savent la faire.

Bon, surtout ne rien dire qui soit désobligeant…

Elle nous fait repasser par le marché où elle me fait prendre pas mal de nouvelle choses : des poireaux, une laitue, des navets, du céleri. Mais au moment où elle veut prendre une courgette, je lui indique clairement que je préfère attaquer le Mordor seul que de manger de cette horreur. Elle repose le légume d'un air surprise.

- Vous n'aimez pas la courgette ?

- C'est probablement le légume que je supporte le moins, dis-je en jetant un coup d'œil assassin à l'étal.

- C'est dommage, commente-t-elle. C'est pourtant très bon simplement revenu avec de l'huile et un léger assaisonnement.

Je grimace de dégoût à cette idée.

Mort à la courgette ! Et au bûcher tous les experts en armes biologiques qui la cultivent ! La convention de Genève devrait les inclure dans les choses dont l'utilisation constitue un crime contre l'humanité !

Elle termine nos emplettes avec des oignons, quelques champignons secs et du persil.

Quand je la ramène à la forge, elle fronce le nez en entrant.

- Cet endroit sent la sueur et le métal brûlé, constate-t-elle.

- C'est une forge, je te rappelle, dis-je amusé.

Elle me fait signe de déposer mon panier sur le comptoir et jette un coup d'œil à ma casserole de jus de légume. Elle fronce les sourcils.

- Je constate que la cuisine n'est pas une affaire d'hommes, me dit-elle en touillant le contenu à l'aide d'une cuillère en bois.

- J'admet avoir besoin d'aide, dis-je un peu penaud.

- Bon, laissez-moi travailler, me dit-elle en saisissant planche et couteau.

Force m'est d'admettre que la gamine travaille avec vitesse et efficacité. Elle découpe rapidement la laitue et le poireau en bandes qu'elle ajoute à la soupe. Puis elle coupe en dés les navets et le céleri qu'elle ajoute également avant de régler l'assaisonnement au sel et au poivre, chose que j'ai misérablement oublié de faire. Elle découpe ensuite les champignons séchés qu'elle met à tremper dans une bassine d'eau. Bientôt un parfum bien plus apetissant commence à flotter dans la pièce pendant que la petite furette ici et là, constatant le "manque d'ordre" des lieux.

- Plaint-toi au propriétaire, mais ne t'attends pas à ce qu'il t'en remercie, dis-je en imaginant déjà Golwynn remettre la pauvre Hanna à sa place.

- Je lui en ferais part après le souper, dit-elle du ton de l'évidence.

Oulà, ça va tomber…

Après un bon moment d'attente, elle reprend le couteau et la planche pour émincer les oignons et hacher le persil. Elle jette ensuite une noix de beurre dans une poêle et fait revenir oignons, persil et champignons sortis de l'eau avant d'incorporer le tout à la soupe.

- Allez chercher vos compagnons maître Ignis, me dit-elle. C'est prêt.

Je passe dans la forge où je suis accueilli par un concerto de marteaux en enclume majeur.

- Tu tombes bien gamin, me salue le nain en passant une pièce dans le bac d'eau à côté de lui. Viens essayer ça.

Il dépose ce qu'il tenait sur son enclume et m'amène près d'une table où certaines pièces encore inachevées de l'armure m'attendent. Il me fait essayer rapidement des pièces destinées à devenir des canons d'avant-bras pour les gantelets intégraux. Il prends quelques mesures au passage et trace des marques à la craie en Khuzdul dessus.

- Au fait, on soupe, dis-je en haussant la voix pour me faire entendre.

- Pas de problème gamin ! Me dit-il avant de retirer un gant et de porter ses doigts à ses lèvres pour émettre un sifflet digne d'une sirène d'usine. Les trois autres s'interrompent et regardent le nain mimer le geste de porter quelque chose à la bouche. Tous sourient et déposent leur travail avant de se diriger vers la porte. Mais à nouveau, ils se stoppent à l'entrée et créent un embouteillage.

Allons bon, qu'est-ce qu'il se passe encore ?

Que j'sois pendu ! S'exclame soudain le forgeron taciturne. Ce s'rait pas une des serveuses de "la Vigne" ?

- Si si, confirme le père Nöel d'un air de professeur, je suis formel, c'est la petite dernière.

- Et alors ? M'étonne-je. Vous n'avez jamais vu une fille ?

- Des comme celle-là, ça se croise pas à tous les coins de rue, commente le jeune.

- "Celle-là" a un nom je te signale, lui dis-je un brin agacé. Et tu pourrais commencer par lui dire "bonjour" et "merci" parce que c'est elle qui a préparé la nourriture.

Les hommes se répartissent autour de la table avec une lenteur presque comique, comme s'ils s'attendaient à ce que le mobilier les attaque. L'armurier passe se mettre au bout de la table, hochant la tête au passage d'Hanna qui, malgré qu'elle ait les bras remplis de vaisselle, esquisse une sorte de petite révérence.

Tout le monde finit par s'installer et la fille de Dutombil prend en main le remplissage des bols et le service autour de la table, ce qui suscite des commentaires dont j'hésite sur le côté flatteur.

- Mazette, nous sommes devenus des rois, commente le père Noël en regardant son bol d'un air gourmand, un gigantesque sourire aux lèvres.

- Le service en vaut la peine. Commente le jeune en ne lâchant pas Hanna du regard.

- Retiens tes yeux, sinon ils vont rouler par terre, grogne le taciturne d'un ton mi-amusé en attaquant le repas sans autre forme de procès.

Le nain ne dit rien, mais par contre hoche la tête à tout bout de champ, ce qui me fait songer qu'il va finir par attraper le tournis à ce rythme. La soupe se révèle bien meilleure que je n'aurais pu l'espérer, la seule chose qui me désole c'est qu'Hanna se relève à tout bout de champ pour faire le service. La soupe est accompagnée des restes de ce que j'avais ramené ce midi et l'équipe fait à nouveau bombance. Puis, le père Noël sort une pipe et lance un regard entendu au nain qui hoche la tête en sortant la sienne. Je réalise vite que tout le monde sort un moyen quelconque d'émettre de la fumée et je manque d'exploser de rire en voyant la pipe ultra-alambiquée du jeune, tout en fer sauf le tuyaux en bois. Elle ne colle tellement pas au personnage que c'en est grotesque. Tous commencent rapidement à émettre des nuages de fumée et entament une discussion basse.

Je devrais faire sortir la petite, avec toute cette fumée passive elle va… Où qu'elle est passée ?

Je regarde autour de moi et finit par la repérer en train d'amener la vaisselle en cuisine.

J'ai honte, j'ai tellement pris l'habitude de me faire servir que je n'ais même pas remarqué qu'elle a commencé à débarrasser. Je me lève pour la rejoindre en cuisine.

- C'est bon, je m'occupe de ça à partir de là, dis-je en prenant les bols pour les poser sur le comptoir. Je vais te raccompagner.

- Ça ne me dérange pas de faire la vaisselle vous savez, me dit-elle.

- Mais moi si, dis-je en l'entraînant vers la sortie. En plus, il va bientôt faire froid et tu n'es pas habillée pour te promener dehors, dis-je en avisant qu'elle porte toujours son habituelle tenue orientale de "la Vigne".

Se promener le ventre à l'air un soir de printemps, on aura tout vu.

- Hep ! Gamin ! Me lance le nain.

Je me retourne et rattrape tout juste par réflexe le sachet de cuir de ce midi qui tinte à mon contact.

- Merci p'tite demoiselle, c'tait très bon, dit-il en exhalant un nuage de fumée.

- On se serait cru à l'hôtel de ton père, renchérit le Père Noël,

- Vraiment très bon, meilleur que ma femme ! S'exclame le jeune.

- Excellent, commente simplement le taciturne.

Hanna fait une petite révérence.

- Merci, ce fut un plaisir, dit-elle d'un ton strictement neutre.

Je lui ouvre la porte et la laisse passer avant de sortir avec elle. Un courant d'air froid nous accueille à l'extérieur et je réalise que la bise souffle assez violement à ce niveau. Et la pauvre Hanna qui n'a que ce qu'elle a sur le dos.

Au lieu de mettre ma cape sur mes épaules, je la pose sur les siennes. Comme elle est beaucoup plus petite que moi, c'est assez rigolo car elle a l'air un peu ridicule.

- Mais, et vous ? Dit-elle d'une voix étonnée.

- Il ne fait pas trop froid, dis-je en mentant comme un arracheur de dents.

Malgré mes manches longues je frissonne sous mes habits. Mais je n'ose pas imaginer ce que ça doit être pour elle.

- Allez, ne perdons pas de temps et rentrons. Tes parents doivent s'inquiéter que tu ne soit pas encore revenue.

Je lui prends la main et l'entraîne en direction de la rue principale. Elle ne dit rien et suit. Mais à peine avons-nous tourné le coin que nous croisons un groupe de quatre personnes. J'ignore pourquoi mais je stoppe net en les voyant. Quelque chose ne m'inspire pas confiance, mais je ne parviens pas à définir quoi jusqu'au moment où l'un d'eux ouvre la bouche.

- R'gardez ça les gars ! On a d'la compagnie ! S'exclame l'une des personnes en sortant de l'ombre pour passe dans la lumière dégagée par une fenêtre de la rue.

Que ce soit au vingt-et-unième siècle ou dans la terre du milieu, le simple comportement de ce type suffit à comprendre que je ne vais pas aimer la suite. Ses copains ricaneurs me font comprendre que je dois être tombé sur une bande de jeunes en pleine crise d'anti-autorité. Le mec en face de moi est blond, le sourire charmeur quoique désagréable, les dents jaunes et légèrement disjointes, arborant les yeux fatigués de qui ne dort pas assez. Ou peut-être qu'il se drogue à je ne sais trop quoi.

Super, des racailles du moyen-âge. J'avais vraiment besoin de ça. Et Hanna qui est avec moi, c'est vraiment ma veine.

Je me raidis, songeant à dégainer Din'Ganar, mais je crois bien que ce serait la dernière chose à faire. Si je la sors, je ne suis pas sûr de pouvoir empêcher qu'il y ait des morts.

- Je peux vous aider messieurs ? Demande-je en posant lentement les mains sur la boucle de ma ceinture et en me plaçant entre Hanna et eux.

Surtout ne pas les provoquer. Peut-être qu'on peut encore s'en tirer sans dommage.

- Bien sûr l'homme que tu peux nous aider, ricane le chef de la bande. On est jamais contre une p'tite pièce ou deux.

- Et j'y gagne quoi exactement dans cette transaction ? Demande-je après une courte pause.

- L'droit d'passer par not' rue, ça m'semble honnête non ? Me dit-il.

Tiens, il connaît le mot "honnête" lui ?

- Mille excuses, mais je n'ai pas vu que cette rue était propriété privée, dis-je en sachant parfaitement que c'est le seul chemin pour rejoindre la rue principale.

- Dommage hein ? Ricane mon interlocuteur. Mais on s'ra bon prince, ça coûtera pas trop cher. Mettons… deux pièces d'argent.

Ben voyons, je te lourde le prix d'une bonne semaine de travail moins les charges pour passer ? Et puis quoi encore ?

- Pour les deux ? Demande-je suspicieux.

- Ho, nenni monseigneur, par personne, me précise-il avec son sourire de travers.

- Je trouve ce prix un peu élevé, dis-je en faisant glisser ma main vers la poignée de Din.

L'un de ses amis fait un geste brusque, un sifflement se fait entendre et une vive douleur me traverse le bras droit. Je tourne la tête pour voir le manche en bois d'un couteau type Opinel qui en dépasse. Je grogne de dédain. La douleur est vive certes, mais elle est loin de ce qu'il faut pour m'arrêter. C'est triste à dire, mais avoir été plusieurs fois blessé semble m'avoir rendu moins sensible à la douleur, ou du moins en ais-je l'impression. En-dehors de m'énerver, son couteau s'est fiché dans une partie peu dangereuse. Il faudrait juste que je le retire avant de passer à l'attaque, sinon là il va me ralentir.

Un cri appeuré provient de derrière moi.

- Allons, soyez raisonnable messire, je ne voudrais pas qu'il vous arrive malheur, dit le chef en m'approchant.

Encore un pas ducon. Encore un tout petit pas…

Il fait la foulée de trop qui bouche la vue à son copain lanceur de canifs. Je fais un pas rapide et projette ma main gauche en avant, en direction de son cou. Avant qu'il ait réagis, je referme ma main sur sa gorge et serre, ce qui provoque un hoquet de stupeur de sa part.

- Tu sais ce que c'est le problème des ruelles sombres ? Grogne-je d'un froid.

Ses copains s'agitent et crient derrière lui, sortant des armes diverses allant du couteau à lame rétractable en passant par le traditionnel gourdin jusqu'à un qui a l'air d'agiter une sorte de poignard.

- On ne sait jamais ce qu'on risque d'y croiser, dis-je avant de faucher sa jambe droite d'un coup de talon et de le pousser en arrière.

Comme je le pensais, il tombe les quatre fers en l'air, ce qui me donne le temps de saisir le manche du couteau pour le retirer pendant que ses copains se précipitent vers lui.

- Tuez-le ! S'exclame le chef, vert de rage.

Ça va pas être facile sans Din et sans armure.

Malgré tout, ils ont négligé un point de détail essentiel : Ils ne peuvent venir que de front. Je retourne le couteau pour le saisir à l'envers. Il est beaucoup trop court pour m'en servir comme je le voudrais, mais à part en dégainant Din, je n'ai pas le choix.

Le premier et le plus rapide arrive avec un gourdin. Je fais un pas de côté quand il l'abat et lui retourne mon coude dans le nez. Le gaillard se plie en deux en geignant. Le suivant essaie de frapper par-dessus son collègue pour m'avoir. Cette fois c'est à un couteau que j'ai affaire, et il essaie de me planter avec. Je donne un coup de genoux à son pote "nez en moins" qui, par reflexe, se rejette en arrière et son comparse ripe avec sa lame contre son épaule.

Son collègue jure et pousse celui qui m'a servit de bouclier humain sur le côté. Je devrais presque le remercier de m'avoir libéré le passage et plonge en avant. Je vise les jambes de mon adversaire à l'aide du canif, mais il esquive d'un rapide mouvement de recul.

Je réalise à la dernière seconde que j'ai laissé mon flanc exposé quand le troisième de la bande tente de m'y asséner un coup de gourdin. Par réflexe, je réussi à me rouler en boule et je termine ma roulade dans les tibias du second qui tombe en avant avec un cri de surprise. Le dernier fait aller sa dague dans ma direction comme s'il s'agissait d'une épée, me forçant à reculer vers son collègue qui m'agresse de flanc.

C'est plus réfléchi que je le croyais.

Je me remet sur pieds aussi vite que possible et bloque le coup de gourdin suivant à l'aide du canif inversé. Le coup résonne durement contre mon avant-bras, mais la lame a beaucoup amoindri le coup en fendant à travers le bois. La surprise de mon adversaire me permet de lui loger mon poing dans le nez. J'entends aussi bien que je sens un craquement apprécié. Malgré mon biceps meurtri, je commence à prendre mon rythme dans cette bagarre.

Le deuxième qui se tenait derrière moi me passe soudain le bras sous le cou.

- C'te fois j'vais t'suriner ! Me dit-il avec un ton mauvais.

Je saisi son bras à deux mains et fait un violent mouvement de balancier avec mes hanches auquel il ne s'attendait visiblement pas. Il se retrouve projeté par-dessus moi et ses jambes finissent sur la tête de son pote en face de moi qui pensait tenir l'opportunité de me planter. Ils s'effondrent tous les deux assez lamentablement.

- Quand tu tues, tu racontes pas ta vie, dis-je assez fier de moi d'avoir pu placer une phrase comme ça.

Un cri derrière moi me signale que tout ne va pas bien pour Hanna. Je réalise que je ne vois plus le chef de la bande et me retourne précipitamment.

Cette enflure a profité de la cohue pour passer derrière moi et saisir la pauvre Hanna dont il se sert comme d'un bouclier humain. Il tient lui aussi un couteau à lame rétractable pointé sur la gorge de la gamine.

- Pose ton arme fils de putain ! S'exclame-t-il.

J'estime qu'il est juste trop loin pour tenter quoi que ce soit. Du moins, sans aide.

C'est trop con, une faute d'inattention pareille !

Je n'ai aucun moyen de renverser la vapeur et je vois que certains de ses copains sont déjà en train de se relever. Si je n'agis pas très vite ça va devenir très vilain pour ma pomme.

Et pour Hanna surtout.

Je réfléchis pour essayer de trouver une idée pendant que je lance le canif un peu plus loin. Mais rien ne me vient.

- Ton épée aussi fils de chienne ! Dit l'autre en jubilant.

Et merde… J'ai vraiment pas le choix.

Ça me fout une rogne monstre de devoir en arriver là et je sens cette colère viscérale qui n'est pas vraiment la mienne m'étreindre avec une facilité désagréable. Din me fait comprendre qu'elle est prête, elle n'attend plus que mon signal.

Je sens des filets de puissance filtrer dans mon organisme tandis que je pose la main sur la poignée de l'épée. Cette impression d'invulnérabilité et de haine m'envahit comme un poison, mais j'ai de toute façon résolu que celui-là ne s'en sortirait pas. Pas pour m'avoir forcé à utiliser Din. Toujours dans la ligne de mes propos jusque-là, je prends mon ton le plus froid tandis que je fait glisser lentement chaque pouces de l'acier de Din.

- Le monde se divise en deux catégories blondin. Ceux qui savent estimer le danger…

Je termine de dégainer tandis qu'il me jette un regard d'incompréhension.

- … Et ceux qui en sont incapables.

VAS-Y DIN !

L'énergie de ma lame explose littéralement dans mes veines tandis que Din prend forme spectrale en un instant. Je me jette en avant tandis que le mec se décompose de peur comme dans une scène au ralenti. Din'Ganar s'abat et rit de plaisir dans ma tête.

Le bras du blond se détache tandis qu'il ouvre la bouche pour crier. Je ramène Din et fauche au niveau du cou, juste au-dessus de la tête d'Hanna. La tête du blond tombe sur le côté avec un bruit humide. Intérieurement je réalise qu'il n'a au final même pas eu le temps de crier.

Din m'assaille immédiatement, sa présence roucoulant qu'il reste encore des hommes à tuer. Elle n'a pas eu de sang depuis des semaines et elle meurt d'envie de continuer le festin. Elle le demande avec une telle force et une telle insistance que je ne vois pas pourquoi le lui refuser. Mais au moment où je vais pour me retourner, Hanna s'effondre.

Je réalise alors ce que je m'apprêtais à faire et secoue la tête pour m'éclaircir les idées.

Arrière ! Ne me pousse pas plus !

Din pousse un gémissement d'incompréhension à fendre l'âme mais étonnamment, elle obéit et redevient normale. Je la rengaine et me penche pour voir ce qui ne va pas, mais heureusement, elle a juste perdu connaissance. Un bruit de cavalcade résonne dans la ruelle et je vois mes derniers adversaires se carapater en hurlant à l'assassin.

Chier, il faut que je me tire d'ici !

Je ramasse la fille de Dutombil et la plaque contre moi, son menton sur mon épaule. Je la retiens difficilement à cause de mon bras blessé mais serre les dents avant de m'enfuir à toutes jambes.

Par chance, je ne croise personne sur mon chemin de retour vers "la Vigne" et y arrive à bout de souffle. La femme de Dutombil me regarde entrer avec un air curieux depuis son bar avant de réaliser que c'est sa fille que j'ai sur l'épaule. Elle crie pour appeler son mari et se précipite vers moi.

- On a été attaqués, dis-je hors d'haleine. Elle va bien.

La dame me prends sa fille et s'immobilise avant de retirer sa main rouge de sang des cheveux d'Hanna.

- C'est pas… le siens… Dis-je en tombant à genoux.

Dutombil arrive en courant accompagné de l'un des deux gros costaud qu'il emploie. Il embrasse la scène d'un coup d'œil.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? S'exclame-t-il perdu.

- Des voyous… commence-je avant d'avoir la parole coupée par son épouse.

-Ils ont été agressés, dit-elle en écartant le tissu de ma manche à l'endroit où le couteau est passé.

Dutombil se tourne vers sa fille et se penche sur elle. Mais sa femme le repousse de l'épaule.

- Fais chercher la garde de la ville ! S'exclame-t-elle.

Il hoche la tête et fait signe au baraqué qui sort en courant. Moi je m'effondre contre un fauteuil pour retrouver mon souffle.

- Occupe-toi de M. Ignis, ordonne la femme de Dutombil à ce dernier en se levant. Je vais m'occuper d'Hanna.

Celui-ci me saisit par l'autre épaule et m'aide à m'asseoir tandis que la dame disparaît avec sa fille dans les bras.

- Vous êtes blessés ? Demande Dutombil.

- Sans importance, dis-je entre-deux halètement en jetant un coup d'œil à mon épaule. Mais Gandalf ne va pas être content.

- Pourquoi ?

- Pas ici, dis-je en avisant enfin le reste de la clientèle qui nous regarde d'un air curieux.

Dutombil regarde autour de lui puis acquiesce avant de m'aide à me relever. Je titube jusqu'à une salle à manger privée, un point de côté me fait un mal de chien quand je respire.

Le maître de lieux me sert un verre de quelque chose d'ambré et fortement alcoolisé. Je lui fais un rapide topo de ce qu'il s'est passé, m'excusant que sa fille aie été prise là-dedans. J'ai la voix qui tremble au moment où j'évoque mon meurtre presque de sang-froid.

- Je ne pouvais rien faire d'autre, dis-je en tremblant. Si je laissais les autres se relever, je n'ose pas imaginer ce qu'ils nous auraient fait. Avec le couteau je n'avais pas la moindre chance. J'ai dû user de mon épée… Et je l'ai tué. Je lui ai tranché un bras et la tête.

- Ce fils de chien ne méritait rien de mieux ! Crache Dutombil dont la figure s'est énormément assombrie depuis le début de mon récit. Aurais-ce été moi, je vous jure qu'il n'aurait pas eu droit à châtiment aussi magnanime que la mort que vous lui avez infligé. J'aurais usé de mes contacts pour qu'on lui fasse subir la question ! Il s'en est lâchement prit à ma fille alors qu'il ne pouvait vous affronter. Cet immonde fils de porcs a eu trop de chance de tomber sur vous !

Je reste très surpris de la réaction de Dutombil et son ton haineux. J'ai quand même tué quelqu'un mais il n'a pas l'air de s'en soucier.

- Mais la garde va m'arrêter pour meurtre ! M'exclame-je.

- Il y'a là légitime défense. J'aimerais bien le voir vous arrêter pour ça. Et s'ils insistent, j'irais à votre place !

J'ouvre de grands yeux à ces mots.

- Vous avez sauvé ma fille des griffes de cet immonde vipère, me dit-il d'un ton sans appel. Si vous devez pourrir en prison pour cela, j'affronterait toute la garde de la ville les armes à la main plutôt que de permettre cette injustice !

- Heu… Dis-je à court d'arguments.

- Nous n'en sommes pas encore là, tranche la voix de l'épouse de Dutombil en entrant.

Celui-ci se lève immédiatement.

- Hanna ? Demande-t-il d'un ton inquiet.

- Elle n'a rien, pas même une égratignure, le rassure sa femme. Le sang qu'elle avait sur elle n'était pas le siens.

- Les dieux soient loués ! S'exclame Dutombil en tombant à genoux les bras écartés.

- Je suis vraiment désolé pour votre fille… Entame-je.

Une gifle retentissante s'écrase sur ma joue et je regarde l'instigatrice de cet acte d'un air ahuri.

- Excusez-vous encore de me l'avoir ramenée saine et sauve et je vous en retourne une deuxième Monsieur Ignis, me dit la mère en me montrant son autre main.

Là pour le coup, je ferme ma gueule et me tais.

- Par contre vous avez raison sur un point, vous vous êtes mis dans de sales draps en prenant une vie, même si c'était celle d'un voyou qui ne méritait pas mieux.

- Qu'ils essaient de l'arrêter… Commence Dutombil en bondissant sur ses pieds.

- Veux-tu bien te calmer mon chéri ? Le coupe à nouveau son épouse. Ce n'est pas de fermeté dont il faut faire preuve, mais de tact. Et je crains que vous n'en manquiez un peu dans la situation présente.

Elle nous regarde tour à tour. Je préfère ne rien dire ou faire qui puisse être mal interprété.

- Je vais accueillir la garde et leur expliquer la situation : À savoir que notre fille a été agressée par une bande de vauriens, que l'un des clients de notre hôtel s'est interposé pour la défendre et que, forcé par les événements, il a dû faire usage de son arme et que l'un des vauriens y a laissé sa vie par accident.

Je me surprends à pouffer.

- Par accident ? Je lui ai tranché le bras avant de lui trancher la tête, dis-je d'un ton mi-amusé mi-horrifié. Ce n'est en aucun cas un accident, c'est une exécution.

-Si vous êtes d'une force suffisamment colossale pour trancher bras et tête, qu'y pouvez-vous ? Me dit-elle du ton de la constatation. Ne déviez pas d'un iota de cette version et tout ira bien.

Sur ce elle sort, à ma grande consternation. Je ne croirais pas un instant qu'un poids-plume dans mon genre puisse trancher des membres si je ne savais pas le "petit quelque chose de spécial" de Din'Ganar. Je sens que le capitaine de la garde ne va pas y croire non plus.

Dutombil hausse les épaules et se rassied à côté de moi.

- Il faut lui faire confiance. Elle a plus d'expérience avec la garde que moi.

J'hausse un sourcil.

- Rapport à son ancien métier, me dit l'homme du ton de la confidence.

- Ho, dis-je en rougissant.

Dutombil rit en voyant ma tronche.

- Je ne comprends décidément pas les gens de votre peuple. Ça n'a rien de honteux, c'est même nécessaire pour la prospérité d'un pays. Pourquoi le cacher et n'en parler qu'à voix basse comme s'il s'agissait d'un monstre difforme ?

- Disons que ce n'est pas un sujet que nous avons pour mœurs d'exposer en place publique, dis-je d'un ton gêné.

- Sans aller jusque-là, vous ne trouvez pas que c'est ridicule de cacher ainsi aux enfants une partie aussi essentielle de leur éducation ?

- J'admets que je ne sais pas trop, réponds-je. D'où je viens on m'en a parlé à l'école.

- Vous avez fait l'école ? S'étonne Dutombil.

- Comme tout…

Le monde… Bien sûr, ça existe pas pour tout le monde ici.

- … Ceux qui étaient avec moi, termine-je assez pitoyablement.

- Je ne savais pas que vous aviez des origines nobles, s'étonne Dutombil. Vous n'avez pas vraiment le type.

- Je ne viens pas d'une famille noble, le détrompe-je.

- Ha ? D'une famille de bourgeois ou de riches marchands ?

- Sans aller jusque-là, disons que mes parents gagnent bien leur vie.

- Quel profession exercent-ils ?

Haut fonctionnaire communal et infirmière, je traduis ça comment en métiers de la terre du milieu ?

- Mon père… Heu… Travaille pour le gouvernement et ma mère est… Comment vous appelez les personnes qui soignent ici ?

- Guérisseuse ? Propose Dutombil.

- Voilà, guérisseuse.

- Je commence à comprendre pourquoi vous êtes ainsi, me sourit l'homme. Vous baignez depuis votre plus tendre enfance dans une famille qui aide son prochain.

- … C'est une manière de le présenter, dis-je en songeant pour moi-même que je n'avais jamais vu les choses sous cet angle.

La porte s'ouvre alors brutalement et un homme en armure de soldat du Gondor portant les petites décoration en cuivre d'un officier autour des ailes gravées sur le casque entre sans autre forme de procès.

Je tourne la tête pour le regarder venir tandis que Dutombil lui jette un air mécontent. Le gaillard est solidement bâti et il doit être impressionnant même sans son armure. Plus large que moi, il est pourtant d'une taille similaire, porte une barbiche où le gris le dispute au brun sombre et a d'impressionnants yeux gris acier.

- Êtes-vous le dénommé Ignis ? Me demande-t-il d'un ton où perce une très nette pointe de surprise.

- C'est moi-même, réponds-je d'un ton neutre.

Il me regarde plusieurs secondes avant de reprendre.

- Où vous trouviez-vous cette nuit il y'a environ une heure ?

Je me lève posément et lui fait face.

- J'étais dans une ruelle du quatrième niveau, à deux rues de la forge de Golwynn, à repousser une bande de canailles qui cherchaient à s'en prendre à moi et à la personne que j'escortais.

- Vous ne les avez pas juste repoussées, je me trompe ? Me demande le capitaine d'un ton doucereux.

- Non, en effet, réponds-je froidement. J'ai dû faire usage de mon arme pour défendre ma vie et celle de la personne qui m'accompagnait.

- Cette personne étant la fille de votre hôte, je suis déjà au courant dit l'officier en tournant son regard vers l'épouse de Dutombil qui vient de rentrer dans la pièce, son visage recouvert d'un masque de dignité outrée. Mais il y'a une chose qui me préoccupe un peu plus. Dans cette "altercation" il semble que quelqu'un y aie trouvé une issue fatale.

- Un blond, environ la vingtaine, à peu près ma taille, sec comme un cou de trique, des cernes sous les yeux ? Demande-je.

- C'est cela.

- C'est moi qui l'ai décalqué, dis-je en levant la main.

- "Décalqué" ? Relève l'officier. Vous pouvez me préciser ce que ça signifie pour vous ?

- Que j'ai repeint une bonne partie de la rue avec son sang, réponds-je.

Le visage de l'officier s'assombrit.

- J'admets que vous étiez probablement sur les lieux, mais je pense qu'il est temps de cesser de me raconter des mensonges. Vous ne pouvez pas avoir tué cet homme.

- Et pourquoi je vous prie ? M'étonne-je.

- Il est très dur en temps normal de trancher des os, hors la victime a eut la tête tranchée. Même avec une épée très bien affûtée, il faudrait la force d'un troll pour arriver à ce résultat. Hors vous n'avez clairement pas le gabarit.

J'hausse un sourcil surpris.

Il est loin d'être con. Je pensais qu'on aurait affaire à un abruti qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, mais ce n'est pas le cas.

Je me rassis.

- Dans ce cas je suis soulagé, dis-je avec un sourire torve. Heureusement que vous me dites que ce n'est pas moi.

Mais non ! Pourquoi je le cherche ce type ? Arrête-ça Faust !

- Ce n'est peut-être pas vous, mais vous avez assisté à la scène. Qui a fait ça ?

- Un grand, ma taille, cheveux brun coupés ras, rasé de près, pas très épais, yeux bruns, habillé en noir de la tête aux pieds, réponds-je avec mon sourire narquois scotché au visage.

Faust arrête ! Tu vas avoir des ennuis.

- C'est votre propre description, s'agace l'officier.

- Non ? M'étonne-je faussement. Mais je ne crains rien puisque ce n'est pas moi, si ?

Je vais l'avoir dans le cul quelque chose de méchant je le sens… Mais pourquoi suis-je idiot au point de toujours vouloir provoquer ceux qu'il vaut mieux éviter ?

- C'en est trop ! S'exclame l'officier avant de se tourner vers les hommes qui l'accompagnent. Emmenez-le ! Il avouera bien une fois en cellule !

- On m'embraque sous quel motif exactement ? M'enquiers-je toute raillerie disparue.

- Pour obstruction à la justice et faux témoignage, réplique l'officier.

- Vous ne pouvez pas ! S'exclame Dutombil d'un ton scandalisé.

- Embarquez la fille aussi, ordonne le capitaine en fixant l'aubergiste d'un air assassin. Peut-être qu'elle parlera plus vite que le jeune bouffon.

Je reste silencieux en voyant les gardes arriver.

Bon, je vais lui prouver à cet officier de mon cul qu'il devrait écouter les autres. Gandalf ne va pas aimer, mais je n'ai pas envie qu'Hanna se fasse embarquer parce que j'ai merdé.

Je me relève.

Din, j'aimerais toute la force que tu peux me donner.

Je caresse sa garde en sentant l'énergie en sortir et m'emplir. Je ferme mon seul œil valide pour éviter que ces cons ne remarquent la lueur rouge. J'écarte les bras comme si je me rendais.

Je sens deux mains se saisir fermement de mes biceps et j'entends le cuir de leurs gants crisser.

C'est ça, tenez-moi bien.

Le filet d'énergie s'est transformé en torrent, pour enfler jusqu'à devenir un fleuve.

Excuse-moi Lia, j'espère que tu dors bien en sécurité chez la sorcière elfe.

Les deux hommes tirent pour me faire avancer. La saturation d'énergie est arrivée à un point où j'ai l'impression de la sentir physiquement boucher mes veines et mes artères. C'est la première fois que je prends le temps de la laisser monter à ce point, d'habitude je ne m'en sers que quand je suis acculé et n'ai que quelques secondes pour réagir. Outre la sensation de gêne, j'ai l'impression d'avoir de l'acier en fusion dans les veines et un sentiment de brûlure qui me parcourt les os, particulièrement à la base de la nuque jusqu'au sommet de l'occiput.

D'une secousse, je me libère des deux hommes et profite de leur surprise pour les saisir par leur cuirasse au niveau de l'épaule en passant mes mains par la jointure des aisselles. Et là je pousse pour soulever.

Ça passe avec une étonnante facilité et je sens que je soulève bien les deux hommes qui poussent des cris de surprise.

- Par les couilles des Valars ! S'exclame la voix du capitaine.

Je ne peux pas m'empêcher de ressentir une pointe de satisfaction mesquine piquer ma fierté. Je souris d'un air retors et rouvre l'œil pour fixer mon interlocuteur.

- Je crains qu'il ne vous faille reconsidérer mon… Comment disiez-vous ? "Mensonge" il me semble ?

C'est si facile de garder ses deux hommes à cette hauteur que j'hésite à les lui lancer.

Malgré son juron pour le moins imagé, il n'a pas perdu son calme et pose la main sur la poignée de son épée.

- Reposez mes hommes doucement et sans casse, dit-il d'un ton froid comme un blizzard sibérien.

- À votre guise, dis-je en obtempérant.

Je fais descendre ses hommes et les repose doucement. Ceux-ci s'écartent sitôt que je les ais lâchés.

- Vous allez me suivre bien gentiment et sans résister maintenant, dit le capitaine sans se départir de son ton.

Cet ordre est tellement idiot qu'il m'arrache un sourire insolent.

- Sinon quoi ? Demande-je d'un ton mielleux.

Il reste muet mais me regarde de manière inflexible.

- Je suis peut-être en situation d'infériorité numérique, mais incontestablement, je dispose de la supériorité au niveau de la puissance de frappe, continue-je d'un ton railleur. Et, à moins que vous ne cachiez plusieurs escouades dans vos poches, je crains de la conserver. Donc expliquez-moi pourquoi je devrais vous suivre ?

- Parce que je vous arrête pour meurtre, troubles de l'ordre public et résistance aux forces de l'ordre, me réponds ce dernier sans se départir de son air mortellement sérieux.

- Voyez-vous ça ? M'étonne-je faussement. Je croyais que ce n'étais pas moi l'assassin.

- Votre démonstration prouve le contraire, grince l'officier.

- Vous n'avez donc plus besoin de faire arrêter la jeune fille ? Questionne-je en conservant mon sourire. Puisque vous avez brillamment démasqué l'assassin.

L'officier semble réfléchir quelques secondes avant de répondre.

- Non en effet, admet-il du bout des lèvres.

- Parfait, vous m'en voyez ravis, dis-je en relâchant mon emprise sur Din.

La puissance reflue rapidement, me laissant essoufflé.

- Je vais… vous suivre… sans résistance… Dis-je en m'affaissant un peu.

L'officier me regarde d'un air calculateur, puis fait un geste sec à ses hommes et je me retrouve avec deux lances pointées sur le crâne.

- Je ne tolérerais plus la moindre plaisanterie de ce genre. Est-ce bien clair Monsieur ?

- Limpide, réponds-je en me redressant.

- Au nom du ciel, que se passe-t-il ici ? S'exclame Gandalf.

L'officier se tourne pour le regarder.

- Mithrandir, Dit-il en hochant la tête dans sa direction.

Tiens, il a un autre nom ?

- Bonsoir capitaine, lui répond le magicien en lui retournant son hochement de tête. Pourquoi toutes ces armes ? Que se passe-t-il ici ?

- Rien Mithrandir, j'appréhende simplement un meurtrier.

Je lève les yeux au ciel.

Encore un qui a tout compris.

- Un meurtrier dites-vous ? S'étonne le magicien. Ce jeune homme ? Comment voulez-vous qu'il puisse tuer qui que ce soit, il ne ferait pas de mal à une mouche.

- Il vient pourtant de soulever deux de mes hommes de terre alors que nous tentions de l'appréhender, réponds le capitaine d'un ton neutre.

- Ha, il a fait ça ? Dit Gandalf en me jetant un regard en coin qui me fait comprendre que je vais avoir droit à un sermon plus tard.

- Il l'a fait pour vous prouver ses dires alors que vous le traitiez de menteur, soulève l'épouse de Dutombil de l'air de ne pas y toucher.

- J'ai mis en doute qu'un homme de sa stature puisse trancher bras et tête avec une aussi grande netteté, mais après avoir vu ce que j'ai vu, je n'en doute plus un instant et je tiens là l'homme qui a perpétré un meurtre au quatrième niveau il y'a de cela quelques heures.

- C'était de la légitime défense ! S'outre Dutombil. Il l'a fait pour protéger ma fille.

- Là n'est pas la question, il y'a eu mort d'homme, rappelle le capitaine. Nous devons l'enfermer le temps que toute cette affaire soit tirée au clair et qu'il soit jugé.

- Je comprends, le rassure Gandalf. Et je suis sûr qu'aussi bonne que soit ses raisons d'avoir agit ainsi, il comprend également et vous suivra sans plus faire d'histoires.

- Je l'espère Mithrandir, dans son intérêt. Le juge n'est pas aussi patient que moi.

Ho la vache, le vieux cliché… Mais il peut pas connaître la Guerre des Étoiles ici !

Je regarde le capitaine avec des yeux ronds.

Okay, au niveau des surnoms, je tiens le meilleur : le capitaine Dark Vador !

- Je vous prie cependant, s'il m'est possible de placer une recommandation, de bien le traiter. Je serais très peiné qu'il lui arrive quelque chose de fâcheux.

- Ne vous inquiétez pas. Je vais le faire mettre dans une cellule adaptée à son rang.

Parce que j'en ai un de rang ?

- Grand merci capitaine, sourit Gandalf. Et comment va votre épouse au fait ?

L'officier fait signe à mes gardes qui me poussent du bout de leurs lances.

- Elle va bien, merci de vous en inquiéter, répond le capitaine.

- Ho, avant que j'oublie, dit Gandlaf en me désignant. Accepteriez-vous que je conserve son arme ?

- Navré mais il s'agit de l'arme d'un crime, réponds le capitaine.

- Dans ce cas, j'ai quelques recommandations…

Je suis trop éloigné pour entendre la suite, mais de toute façon je n'ai plus l'intention de résister.

Bon, retour en tôle. Chic, ça m'avait manqué.

On m'amène deux niveau au-dessus de celui de l'hôtel, celui du palais royal, ce qui m'épate un peu. J'aurais cru que la prison se trouverait tout en bas de la cité. Mais final, je réalise que c'est logique qu'elle soit accolée au palais, c'est le quartier le plus sécurisé.

Je suis encore plus surpris quand je vois la cellule. Ok, il y'a des barreau aux fenêtre et une porte renforcée qu'on ne peut pas ouvrir de l'intérieur, mais elle as un lit, une petit commode en bois, une sorte de siège à pot de chambre, une table, deux chaises et un écritoire.

Putain, je suis tombé dans la prison des rupins.

On me confisque mon épée et on me demande si j'ai une autre arme, mais je réponds que non puisque c'est la pure vérité.

Je m'allonge sur le lit sitôt qu'on me laisse seul. Je suis mort de fatigue. Même si se sont les forces de Lia que j'ai drainées, les miennes aussi ont été mises à contribution et je sens déjà les prémices à des crampes monumentales dans les bras.

Bonne nuit Faust, enfin si t'arrives à dormir avec ce qui va venir.