LA GUERRE NE MEURT JAMAIS

Après la petite réunion de fondation de l'Ordre de la Croix de Fer, j'ai eu la plaisante surprise de découvrir que j'étais libéré car un certain nombre de personnalités en ville s'étaient portées garantes de ma personne, étrangement en grande majorité membres de mon nouveau groupe.

J'ai pu réintégrer mes quartiers de "La Vigne du Sud", mais j'ai vite déchanté. Autant les orques n'en avaient rien à foutre de la paperasse, autant les humains y sont accros. Je me retrouve désormais à essayer de comprendre un charabia abscons car tous les membres de l'Ordre y sont allés de leur petite lettre de compliment et joint suivant comment une liste des hommes ou des moyens qu'ils sont prêts à mettre à notre disposition.

- "Veuillez agréer, etc…" Pfff ! C'est la combientième lettre ?

- Je crois que vous en êtes à la seizième, me répond Gandalf confortablement assis dans le fauteuil en face de moi en train de fumer sa pipe.

Il dépose le papier qu'il tenait sur la pile des "mots gentils mais sans promesse".

- Malgré leur enthousiasme, beaucoup ne sont pas prêts à risquer les foudres de l'intendant et ne font que nous soutenir moralement, grommelle-t-il en regardant la pile grossir plus vite que les autres.

- Bof, fais-je en haussant les épaules. Il fallait s'y attendre. Par nature, plus un homme possède, moins il sera enclin à risquer ce qu'il a.

- C'est pourtant bien dommage, dit le magicien en rompant le cachet d'un autre pli. Voilà une chose que je n'apprécie guère au Gondor, la noblesse est trop timorée. Ils sont doué en paroles, mais au moment des actes ce n'est que contraint et forcé que la majorité bouge.

- Bizarrement moi ça ne m'étonne pas, dis-je cynique. C'est exactement la même chose d'où je viens. En-dehors de quelques fouille-merdes, les politiciens essaient avant tout de garder ce qu'ils ont et touchent le moins possible aux sujets sensibles.

- Hmmm, grogne Gandalf en lisant la prochaine lettre.

On toque à la porte.

- Herein ! Dis-je sans réfléchir, utilisant l'allemand sur une envie subite étant donné que j'ai déjà dit "entrez" une vingtaine de fois dans la journée.

Rien ne se produit et je me tourne pour voir que personne n'est entré.

Sinistre abruti, utiliser de l'allemand aussi…

- Entrez ! Dis-je plus fort.

La porte s'ouvre, laissant entrer une Hanna chargée d'un plateau comportant théière et tasses. Elle me fait un grand sourire en entrant, ce qui me met mal à l'aise depuis que sa mère m'a confié ses sentiments. Je remarque une odeur épicée dans son sillage quand elle dépose le plateau, ce qui me fait hausser un sourcil.

Elle se parfume ?

Un rapide coup d'œil m'apprend qu'elle est aussi maquillée.

Okay, madame a fourbi ses armes. Parfum, maquillage, etc… Le message est clair, c'est l'heure de la chasse.

- Merci mon petit, sourit Gandalf en prenant la tasse de thé qu'elle lui tend après l'avoir versée.

- Merci, mais je me servirais plus tard, interviens-je avant qu'elle ne m'en verse une tasse.

Elle conserve un excellent masque de bonne manière et son sourire est tout ce qu'il y'a de plus aimable, mais je crois bien discerner une légère hésitation.

Je n'aime pas le thé plus que ça, c'est trop amer à mon goût. Je suis un grand gamin qui aime encore le sirop.

Je fais mine de me plonger dans ma lettre, mais je n'arrive pas à y attacher de l'intérêt. La présence d'Hanna m'est devenue dérangeante. Non pas que je ne l'aime pas, mais c'est bien là le problème. Elle est jolie, gentille, sait bien faire la cuisine et est d'une politesse impeccable. Franchement, si ce n'était ses quatorze ans, je me laisserais bien tenter par l'idée de la connaître mieux.

Mais justement voilà, elle a quatorze ans. Et même si ce n'est pas mal vu ici, je ne me sens pas d'aller lui conter fleurette. Surtout que sa mère m'a mis en garde et recommandé de ne pas être plus pour elle qu'une passade. Sauf qu'elle est bien gentille, mais depuis que je suis revenu, Hanna s'occupe personnellement de moi. Elle trouve toutes les opportunités de venir me voir et elle me fait les yeux doux sans trop avoir l'air d'y toucher, ce qui est en plus un tantinet agaçant.

- Je serais en bas si vous avez besoin de quelque chose, nous dit-elle en esquissant une révérence.

J'hoche la tête en faisant semblant d'être plongé dans ma lettre, mais je ne parviens à distinguer ce qui y est écrit qu'après son départ.

- Ce manège peut durer encore longtemps si vous n'y mettez pas un terme, me dit Gandalf distraitement.

- Ce manège ? Demande-je distraitement.

- Celui de la fille de Dutombil.

- Il n'y a aucun manège avec la fille de Dutombil, dis-je évasivement.

- Faust, je suis sans doute vieux, peut-être un peu sénile et probablement que ma vue n'est plus ce qu'elle était, mais même un aveugle verrait ce que je vois.

- À savoir ? Dis-je agressivement en baissant la lettre pour le regarder. Qu'est-ce que vous voyez exactement ?

- Que vous avez tapé dans l'œil de cette jeune fille, mais pour une raison que je ne m'explique pas, vous semblez beaucoup plus froid avec elle depuis votre séjour en prison.

- Peut-être que la prison m'a aigri, dis-je cynique. Je commence à en avoir marre de passer mon temps entre quatre murs avec des barreaux à la fenêtre.

- Il ne tient qu'à vous de changer cet état de fait, m'informe le magicien. Si vous vous mesuriez, vous n'auriez probablement pas autant d'ennuis.

- Ha, ha, ha ! Et à quel moment de la blague vous vous souvenez que j'ai un porte-haine à la ceinture ?

Gandalf pousse un profond soupir.

- Bon, je constate que vous comme moi sommes assez fatigués, dit-il en déposant sa lettre sur la table basse entre nous. Je vais prendre congé pour ce soir et nous reprendrons demain à tête reposée.

Je soupire également.

- Je suis désolé, j'ai été blessant dis-je en me calmant.

- C'est une bonne chose que vous parveniez à vous en rendre compte assez vite, constate-il d'un ton encourageant. Mais l'idéal serait de ne pas avoir à vous excuser.

- Ouais, donc à tenir ma langue, constate-je d'un ton las. Mais je débite sans cesse beaucoup de conneries avant de me rendre compte qu'elles sont parties.

- Vous savez, il existe un proverbe qui dit que les mots sont comme les flèches, me dit Gandalf. Une fois parties, il est impossible de les retenir.

- Je le connais, mais chez moi la personne qui me l'a dit les comparait aux torpilles.

- Les poissons ? S'étonne Gandalf.

- Un très vilain poisson dans ce cas précis, dis-je en pouffant.

Un poisson chargé au TNT, dans le genre vilain on fait difficilement mieux.

Le vieux magicien hoche la tête et sort. Moi je termine vite fait ma lettre avant de la poser sur la pile adéquate. De là, je me dessape et file me coucher.

Le lendemain, je suis réveillé par le soleil qui m'éclaire la figure. Je remarque que les rideaux sont ouvert et Gandalf de retour, occupé à fumer et lire silencieusement les lettres.

- Si ça continue, les gens vont jaser, dis-je à moitié endormis en m'asseyant.

- Et pour quelle raison jaserait-on ? Me demande le magicien.

- Parce que vous partez de ma chambre tard le soir et vous y glissez dès potron-minet. Il n'en faut pas plus pour démarrer des rumeurs.

- Faust, votre esprit tordu ne cesse jamais de me surprendre. On jurerait que vous voyez le mal chez les gens avant de penser au bien.

- C'est peut-être pas entièrement faux, admet-je en me frottant les yeux. Il en reste encore beaucoup ?

- Non, c'est la dernière, M'informe-t-il. Peut-être est-ce l'âge, mais je ne dors plus beaucoup les nuits. Je suis venu ici assez tôt. Au fait, la jeune fille est passée prendre vos vêtements pour les laver.

- Hein ? Dis-je surpris. Mais je lui avait pas demandé.

- Peut-être a-t-elle jugé qu'il était temps qu'ils le soient. Si vous la laissez continuer, bientôt elle vous trainera chez le tailleur pour vous rhabiller tous les trois mois.

- Je lui ai rien demandé, dis-je en grognant tout en cherchant mon autre tenue dans les meubles.

- Non, mais c'est une manière plutôt classique pour une femme d'approcher un homme.

- Je vous demande pardon ? Dis-je en plein milieu de mon enfilage de chemise.

- C'est terriblement vieux comme technique. Elle cherche à attirer votre attention sur elle en faisant comme si vous étiez déjà marié. C'est-à-dire que je pense qu'elle va aussi vous apporter à manger sans vous demander ce que vous voudriez parce que c'est le devoir d'une épouse de nourrir son mari.

- En même temps, je sais à peine faire cuir un œuf depuis le temps que j'ai plus touché à la cuisine et elle le sait.

- Si vous lui laissez la porte ouverte, ne vous étonnez pas de la trouver dans votre lit un de ces quatre matins.

- Bon, vous avez encore beaucoup de remarques à faire ? M'agace-je.

- Faust, je pourrais en faire la moitié de la journée que nous ne serions guère plus avancés, dit-il en posant la dernière lettre sur la pile des promesses. Vous êtes distraits par cette jeune fille, et nous savons tous les deux pourquoi. Le fait est qu'elle vous trouve très à son goût mais que vous agissez de façon ambiguë, si bien qu'elle ne sait pas comment interpréter les signaux que vous lui envoyez. De même, vous êtes si perturbé par ce qu'il vous arrive que vous en êtes irritable et perdu dans vos réflexions. Bref vous ne parvenez pas à vous concentrer sur notre problème le plus immédiat.

Je grogne, mais ne peut qu'admettre qu'il a raison. Je termine de m'habiller en y songeant avant de le rejoindre sur les canapés de ma chambre.

- J'imagine que vous avez une solution ?

- Ho non, pas cette fois, me dit-il. Les questions d'amour sont trop complexes pour moi.

- Donc pourquoi m'en parler ?

- Pour mettre en exergue qu'il vous faut régler ce problème au plus vite. L'Ordre a des besoins qui ne peuvent attendre, de même que votre armurier. Maintenant que la pierre est lancée, il faut la suivre jusqu'en bas de la pente, sous peine de la voir s'arrêter en route. Vous n'avez pas le temps de courir deux lièvres à la fois. Parlez avec elle, ne serais-ce que pour poser les choses à plat et prendre une décision.

- Gandalf, elle est trop jeune, dis-je avec sérieux.

- Et alors ? Elle grandira ne vous inquiétez pas. Mais pour qu'elle aie cette opportunité il faut encore gagner cette bataille.

- Bon j'admets que votre raisonnement tient la route, mais le fait est que je ne veux pas faire de peine à cette fille. Hors, si je la convoque pour avoir une explication entre quatre yeux, ce sera probablement tout ce que j'obtiendrais.

- Pour quelle raison ? Me demande Gandalf. Vous comptez l'éconduire ? Elle est plutôt jolie fille. Qui plus est, elle semble gentille et attentionnée.

- Elle est sans doute l'épouse idéale, mais pour quelqu'un d'autre, réponds-je.

- Pourquoi non vous ? Me demande le vieux magicien en fronçant les sourcils.

- Pour elle, dis-je simplement en indiquant mon épée.

Il regarde mon arme d'un air réprobateur.

- Faust, nous devrons avoir une longue conversation à ce sujet quand la guerre sera finie.

Je ricane à cette mention.

- Non ? Sans déconner ?

On toque à la porte à ce moment-là, ce qui me convient bien car je n'ai pas envie d'engager un nouveau débat avec Gandalf.

- Entrez, dis-je.

Golwynn ouvre la porte et rentre de trois pas à l'intérieur en nous regardant comme s'il s'attend à ce que l'un de nous explose.

- J'mexcuse de v'nir vous déranger, mais faudrait qu'tu passes à la forge pour les derniers essayages avant les définitives… On a fait un peu tout c'qu'on pouvait sans toi, mais là j'ai b'soins t'ajuster ça s'tu veux pouvoir danser d'dans.

- J'arrive tout de suite, acquiesce-je. Juste le temps de régler une ou deux bricoles avant de partir.

Il hoche la tête et sort en reculant.

- Vous remettez vos ennuis à demain, commente Gandalf d'un ton sévère.

- Au contraire, je me concentre sur ce que je peux régler dans l'immédiat. Je n'ai pas encore la liste des personnes qui nous aideront lors de la bataille de Minas Tirith, je n'ai donc rien à faire de ce côté-là. Pour Hanna, j'ai besoin de réfléchir à comment lui faire comprendre que je ne veux pas l'épouser et enfin, pour Din'Ganar, j'en ai besoin jusqu'à la fin de la guerre, ce qui clos la question pour le moment.

Gandalf fronce le nez, mais acquiesce.

- Vous n'avez pas entièrement faux. Je vous accorde ça. Mais ne perdez pas de vue que tout ce que nous faisons vise un tableau d'ensemble.

- Un problème à la fois, c'est vous qui me l'avez dit, dis-je en enfilant ma cape avant de sortir.

Je salue Dutombil et sa femme en sortant avant de descendre à la forge. La séance d'essayage qui s'ensuit me donne l'impression de passer en un instant car j'ai à peine le temps de répondre à une question qu'un autre armurier m'en pose une autre pour une deuxième pièce. La cuirasse est presque achevée, les spallières sont encore à ajuster, mais sont aussi proche d'être finies, les canons d'avant-bras et les gantelets sont en bonne voie et les jambière sont à quelques détails près achevées. Je réalise vite que l'armure ne sera pas aussi intégrale que je l'avais souhaité, mais ma liberté de mouvement est à ce prix. Elle me changera pas mal de mon armure de l'Isengard qui visait avant tout à protéger les zones principales. J'aurais un supplément de protection sur des zones moins sensibles tout en conservant une excellente mobilité pour ce que je peux en juger.

C'est assez surpris que je constate en sortant de la forge que le soleil est assez bas sur l'horizon. Je dois avoir manqué le dîner et le petit-déjeuner tout à mon enthousiasme. J'estime que ce doit être la fin de l'après-midi, et que Gandalf ne m'aie pas envoyé chercher signifie probablement qu'il n'a pas besoin de moi pour le moment.

J'ai une brusque envie de prendre le temps de zoner un peu en ville. Après tout, je viens d'y arriver et je n'en connais pour le moment que La Vigne, la forge de Dutombil, un peu la place du marché et la prison. Pas forcément le meilleur panorama qu'il y aie.

Au premier croisement, je prend une direction complètement aléatoire et décide que je vais me perdre une bonne fois pour toute. Je prends plusieurs ruelles et découvre la cité. Je vois de nombreux artisans et tombe des nues plusieurs fois en découvrant ce que certains arrivent quand même à faire sans toutes les machines et toute la technologie moderne.

Je remarque aussi qu'en règle générale, la population s'écarte de moi, ce que je ne suis pas sûr de devoir attribuer à mes "exploits" de la ruelle ou bien à mes habits. Je détonne à mort avec mes beaux vêtements au milieu de la foule.

- Vous êtes pas sur l'bon ch'min mon prince, me dit soudain un mendiant en me faisant un sourire édenté.

- Je vous demande pardon ? Demande-je surpris.

- Z'êtes dans l'bon quartier, mais z'avez manqué la bonne intersection, monseigneur, reprend le mendiant avec une voix de nez à faire peur. Mais l'vieux Thomas peut vous r'mettre dans l'bon ch'min contre un tout p'tit sous pour qu'y puisse manger.

Je le regarde très surpris.

- Le bon chemin pour quoi exactement ? Ne puis-je m'empêcher de demander.

Il me fait une sorte de sourire canaille et cligne de l'œil.

- Té, vers l'jardin des roses pardi.

Je continue de n'y comprendre que pouic, mais décide de rentrer dans son jeu.

- Très bien, va pour ça, dis-je en sortant trois sous de cuivre. Mais tu vas me montrer le chemin plutôt que de me le dire.

- Mais, avec plaisir monseigneur, me dit le vieil homme en me faisant la révérence.

Je suis curieux de voir ce jardin de roses. Je ne savais pas qu'il y avait des jardins publics en ville.

Le vieillard se lève et secoue vite fait ses haillons avant de partir tout courbée en remontant la ruelle que je venais de commencer à descendre. Le soir commence à poindre et nombre de commerçants son occupés à fermer leur étal tandis que d'autres allument torchères et autres lampes à huile pour éclairer leur enseigne. Le mendiant me guide à travers trois ruelles avant de s'immobiliser et de me tendre la main.

- L'jardin l'est juste après c'te tournant. J'vous accompagne point plus loin, j'suis point trop l'bienvenue à c't'endroit.

La ruelle débouche sur une rue plus large et mieux pavée qui est brillamment éclairée. Je doute fortement que ce soit un piège, donc je paie le vieux, mais avant d'avoir pu le remercier, il me fait une courbette et part presque en courant dans l'autre sens comme un voleur.

Je pose la main sur Din. Cette attitude m'a quand même l'air suspecte. Je regarde la rue et suis assez surpris. Il y'a bien quelques fleurs, mais elle sont surtout dans des pots suspendus aux balcons et autres rebords de fenêtres de la rue. La foule qui s'y trouve est très hétéroclite et on y devine aussi bien les tenues des gens aisés et des nobles que certaines moins ostentatoire des petits bourgeois. Mais de roses, nulle trace.

Me voilà bien, je viens de me faire arnaquer et ramener vers une grosse rue piétonne.

Je passe dans la rue. Elle est vraiment très bien illuminée et plus propre que nombre d'autres de la ville.

- Bonsoir mon beau seigneur ! M'apostrophe une voix depuis légèrement au-dessus de moi.

Je lève les yeux pour voir une femme à un balcon qui me fait un sourire charmeur mais un peu jaune.

Je regarde un peu autour de moi, mais personne ne semble s'être arrêté, j'en déduis que c'est bien à moi qu'on parle.

- Bonsoir, réponds-je. Je peux vous aider ?

- C'est plutôt moi qui peut vous aider, me dit-elle en gloussant.

- Ha ? Dis-je un peu surpris. À quoi ?

- À grimper au septième ciel mon tout beau, me dit-elle en tirant sur son corsage dans ma direction.

Je reste interdit plusieurs secondes avant de réaliser que je ne suis de loin pas le seul dans cette rue à avoir ce genre de conversation avec des filles à des balcons.

Ho le con ! Le jardin des roses c'était une allusion au quartier rouge !

Je trouve rapidement les enseignes des bâtiments et tous sont assez imagés pour confirmer mon hypothèse. Je suis dans le quartier chaud et on est en train de me faire du racolage.

Sale petit enfoiré de mendiant…

Puis, pris d'une inspiration soudaine, je décide qu'au final ce n'est pas si mal, il y'a un endroit que je veux voir. Je relève la tête vers la femme qui attend au balcon.

- Non merci, une prochaine fois peut-être. Je cherche un établissement appelé La Rose de Númenor. Vous pouvez me l'indiquer ?

Elle me fait une grimace contrariée, mais tends le bras vers le haut de la rue.

- C'est tout au bout de la rue, remontez au quatrième niveau et c'est le bâtiment appuyé contre le mur du cinquième niveau.

- Merci, dis-je. Et bonne soirée.

On va aller jeter un coup d'œil à l'ancien lieu de travail de la mère d'Hanna, je suis bien curieux de voir ça.

Je remonte assez vite l'allée, une sorte de boule dans la gorge et les intestins noués par la gêne et le stress au fur et à mesure que j'avance. Après tout, c'est la première fois que je descends dans un bordel et l'anticipation de ce que je vais y trouver m'excite autant qu'elle me dérange. Je me sens soudain trop timide pour aller jusqu'au bout de mon idée folle, mais comme je remonte l'allée, je fini par voir une énorme maison qui arbore une rose rouge aux pétales écartés de façon suggestive. On aurait voulu suggérer une vulve de femme qu'on n'aurait pas fait autrement.

Ben mon vieux, je me demande ce que je fiche ici…

Bon, ce n'est pas que l'envie d'aller voir me manque, c'est que j'ai une sorte de reste de pudeur qui me dit de ne pas entrer dans la bâtisse.

- Tiens donc, le seigneur Ignis ici ? S'étonne une voix dans mon dos.

Je me retourne pour voir l'homme à la canne qui est venu me visiter hier dans ma cellule. Il arbore un air surpris et porte des vêtements plus décontractés.

- Bonsoir… Monsieur ?

- Limain, me précise-t-il. J'ignorais que vous fréquentiez le même établissement que moi.

- Quel établissement ? M'étonne-je.

- Et bien…La Rose bien sûr, me dit-il en désignant la maison de passes de sa canne.

- Ho ? Réponds-je en rougissant. Non, je ne le fréquente pas. On m'en a parlé, alors par curiosité je suis venu jeter un coup d'œil.

Limain me fait un sourire conspirateur.

- Ha ? Et quelles sont vos impressions ?

J'éclate de rire pour masquer mon malaise.

- Aucune, je n'y suis pas encore entré.

- Hé bien, voilà tourment facile à rattraper, me dit-il en me saisissant par l'avant-bras. Laissez-moi vous servir de conseiller pour cette première fois et je vous garanti une nuit que vous raconterez à vos petits-enfants.

- Mais… Dis-je en le sentant m'entraîner vers la porte.

Non pas qu'il soit très fort, je pourrais planter les pieds et je suis sûr qu'il n'avancerait plus d'un pouce. Cependant, pour une raison qui m'échappe, je me laisse entraîner à l'intérieur.

Le bâtiment était déjà bien entretenu à l'extérieur, mais l'intérieur est somptueux. Des dalles de marbre blanc lisses comme un miroir recouvrent le sol, des peintures, pour la plupart érotiques, sont placée avec goût à des intervalles régulier. Le hall spacieux est gardé par un grand comptoir de bois laqué et une hôtesse très jolie nous accueille d'un sourire chaleureux.

- Ce cher seigneur Limain, dit-elle en tendant les bras par-dessus son comptoir pour embrasser mon accompagnateur. Comment allez-vous ce soir ?

Lorsqu'elle se penche. Je remarque un mouvement étrange au niveau de sa poitrine avant de réaliser qu'elle porte un corset qui laisse cette dernière apparente et que l'étrange mouvement c'était le balancement de ses seins que je ne suis pas habitué à voir à l'air libre. Je rosis passablement en détournant le regard.

- Ma chère Estelle, c'est un plaisir de vous voir, comme chaque fois, répond Limain en arborant un sourire charmeur.

- Vous êtes un vil flatteur, lui dit-elle en se rasseyant, ce qui n'a hélas pas le mérite de cacher sa poitrine.

Je commence à avoir chaud rien qu'à la regarder, ce qui me rend désagréable le port de mes vêtements.

- Je suis accompagné de cet homme dont nous avons discutés le soir d'avant, continue mon guide en me désignant.

Estelle tourne ses yeux dans ma direction et je devine qu'elle s'amuse que les miens regardent dans le vide un peu au-dessus de sa tête.

- Bonsoir Monseigneur, me dit-elle. C'est grand honneur pour notre établissement que de recevoir un homme aussi illustre que vous.

- Je n'ai rien d'illustre, dis-je en grommelant.

- Et modeste avec ça, glisse Limain à la réceptionniste qui part d'un léger rire.

- C'est votre première visite à notre établissement si je ne m'abuse ? Me demande-t-elle.

J'hoche la tête plutôt que de répondre, fixant désespérément une chambranle au-dessus d'elle pour éviter d'avoir autre chose que sa figure en vision périphérique.

- La maison a quelques règles qu'il me faut vous énoncer avant de vous permettre d'aller plus avant, me dit-elle. J'espère que cela ne vous dérange pas ?

- Non, non, réponds-je.

Je devais juste regarder et voilà que je suis dedans ! J'attends quoi pour faire demi-tour et m'enfuir en courant ? Mais bien sûr, si je pars maintenant je perds la face devant un potentiel allié pour l'Ordre. Et puis, avoue, tu es un grand pervers, même si tu n'aime pas que cela se sache. Donc mon excuse de perdre la face, c'est des conneries. J'ai juste envie de voir des filles à poil pour de vrai. Et peut-être, qui sait, ne plus être puceau d'ici la fin de la soirée ?

À cette pensée un violent filet de colère m'assaille depuis Din et me brûle l'arrière du crâne comme une plaie vive.

Merde ! J'avais oublié !

Je pose ma main à l'arrière de mon crâne pour tâter la zone douloureuse alors que la standardiste m'explique que les filles sont libres de leurs clients et de leurs pratiques et qu'il ne me sert à rien de demander à l'une des hôtesse quelque chose qu'elle ne souhaite pas faire.

Din ! Arrête !

Une violente vague de jalousie me répond en provenance de ma lame. Elle veut étriper la fille en face de moi.

Din ! Stop ! C'est un ordre !

Aussi violement que le débordement de Din avait commencé, il s'arrête, à notre grande surprise à tous les deux.

Je secoue la tête de surprise, essayant de voir si je suis sujet à un vertige dû à la douleur générée par Din, mais tout vas bien.

- Monseigneur ? Vous m'écoutez ? Me demande avec insistance l'hôtesse.

Je prend conscience que ce n'est pas la première fois qu'elle me pose la question.

- Ho, heu… Désolé, j'étais ailleurs, dis-je en clignant des yeux tout en esquissant un sourire d'excuse.

Din obéit aux ordres directs ?

En me concentrant il me semble distinguer autre chose. Comme une sorte de mur intangible qui serait apparu entre elle et moi. Je parviens toujours à la sentir, mais je ne sens plus le moindre soupçon d'énergie filtrer d'elle vers moi. En temps normal, il y'a toujours quelque chose, aussi infime soit-il. Mais là, plus rien. Comme si j'avais activé une sorte de sécurité qui aurait coupé net les ponts entre elle et moi. Je la sens d'ailleurs qui commence à paniquer, essayant de forcer le "mur" dans ma direction.

Tout va bien, je suis toujours là.

Malgré cela, elle continue à être nerveuse. Elle semble m'avoir entendu, mais ne se calme pas pour autant.

Calme-toi, je suis toujours là et je ne crains rien.

J'ai l'impression qu'elle tente de me faire passer quelque chose. C'est très étrange car j'ai l'impression que notre "canal de pensée" s'ouvre comme lorsqu'elle me transmet des émotions, mais en-dehors de sa panique, je ne distingue qu'un sentiment de manque. Sauf que je ne parviens pas à définir ce manque. Elle sent ma présence, je le sais, mais elle semble privée de quelque chose par le "mur". Puis soudain son sentiment change et cette fois je comprends ce qu'il lui manque. Elle me transmet un profond sentiment d'impuissance, de perte de toute force.

Nom de Dieu… Elle a perdu le contact avec sa force ? Avec Lia ?

- Vous ne m'écoutez guère plus Monseigneur, s'agace l'hôtesse d'acceuil.

Je me tourne vers elle et Limain qui me regarde d'un air étrange.

- C'est vrai, dis-je un peu pressé. Je m'excuse mais je viens de réaliser que j'ai oublié quelque chose d'urgent. Je m'excuse pour cette soirée Limain, mais je dois m'absenter immédiatement. Une prochaine fois sera bien volontiers mais je dois trouver Gandalf tout de suite !

Je tourne les talons et ressort un peu pressé. Sitôt dans la rue, je fais quelques pas rapides avant de passer à la course en direction de La Vigne. Je rentre comme un diable e traverse l'hôtel sous le regard ahuri de tout ceux qui s'écartent précipitamment de mon chemin. Je débaroule droit devant la porte du vieux magicien et tambourine contre comme si je voulais l'enfoncer à la force de mes poings.

La porte s'ouvre et Gandalf s'encadre dans l'entrebâillement.

- Quel est donc tout ce tintouin ? S'agace-t-il en me voyant.

- J'ai un problème Gandalf, dis-je de but en blanc en dégainant Din'Ganar.

- Par ma barbe mon garçon, rangez ça ! M'ordonne-t-il d'un ton sec en regardant dans le couloir.

- Non, justement Gandalf, dis-je en la prenant par la lame pour lui tendre la poignée. J'ai un souci. Je crois qu'elle ne fonctionne plus.

Il plisse les yeux et saisi la poignée de ma lame. Il la tient un petit moment avant de grommeler.

- On ne peut décidément plus se fier à quoi que ce soit. Qu'avez-vous donc fait ?

Il rentre dans sa chambre en me posant la question et je lui emboîte le pas.

- Pas grand-chose. Elle était en train de me faire un accès de jalousie et je lui ai ordonnée d'arrêter.

Un silence de quelques secondes s'installe avant que Gandalf ne se tourne.

- Et bien, continuez, me dit-il.

- Ben, elle s'est arrêtée.

- Et ensuite ? Demande-t-il après une nouvelle pause de quelques secondes.

- Et depuis elle est comme ça, termine-je. Mais la seule chose que j'ai fait qui sorte de l'ordinaire c'est de lui donner un ordre.

- Lui donner un ordre ? S'étonne-t-il. Vous ne le faisiez pas déjà en temps normal ?

- Pas vraiment. Elle était plutôt libre d'agir à sa guise et, en règle générale, je lui adressais plutôt des demandes que des ordres.

Gandalf me jette un regard scrutateur avant de faire de même avec Din'Ganar qu'il a posée sur une grande table.

- Avez-vous essayé de lui ordonner de vous donner de la force ? Me demande-t-il.

- Non, elle semble avoir perdu toute force. D'après ses propres sentiments, elle se sent impuissante et comme c'est la première fois elle panique.

- Attendez, elle pense encore dans votre tête ?

- Bien sûr, réponds-je.

- Sans la toucher ?

- La toucher renforce notre lien, mais ça fait un moment que je peux la sentir sans forcément la toucher. Qui plus est, depuis peu je suis à même de lui demander des forces sans forcément l'avoir en main. Simplement à la ceinture ou qu'elle soit proche suffit.

Gandalf s'assied sur une chaise et se masse les tempes.

- Et vous comptiez m'en parler ? Me demande-t-il d'un ton las.

Je le regarde sans comprendre.

- Non, pourquoi ? J'aurais dû ?

- Bien évidemment, soupire Gandalf. Pourquoi Grands Dieux m'évertue-je à sauver les gens d'eux-mêmes ?

Je le fixe avec des yeux ronds.

- Il y'a un problème ?

- Non ! Eclate le magicien blanc d'une grosse voix énervée. Bien sûr que non ! Tout part à vau-l'eau, la citadelle comme la politique et les nobles ! L'armée reste sourde à mes appels à la prudence, l'intendant me sert un numéro de cirque de celui qui n'entend rien et par-dessus le marché, vous trouvez encore le moyen d'approfondir votre addiction à un artefact de Saroumane ! Vous me demandez s'il y'a un problème Faust ? Mais il y'en a une montagne jeune homme ! Et personne d'autre que moi ne semble s'y intéresser ! Je devrais m'en laver les mains et vous laisser vous débrouiller avec vos ennuis ! J'en ai déjà bien assez des miens !

La violence de la tirade m'a fait reculer de plusieurs pas et le regard de Gandalf semble prêt à pulvériser les murs. Il ne semble d'ailleurs pas vouloir en rester là.

- Vous avez cassé votre jouet ? Fort bien ! Prenez vos responsabilités comme une grande personne et réparez vous-même ! Et s'il vous reviens à l'esprit que vous avez un ordre à gérer, j'aurais nombre de tâches à vous confiez ! Maintenant prenez cette arme et sortez ! Je travaille moi ! Je n'ai pas le temps de me pencher sur le moindre de vos petits problèmes !

Sur ce, il me jette mon arme que je parviens de justesse à saisir par la poignée. Je bats prudemment en retraite hors de la pièce. Je pense que je dois être un peu gris en sortant.

L'étais pas content le vieux.

J'ai rarement vu quelqu'un s'énerver à ce point contre moi. Bon d'accords, il y a eu Bergen, mais lui c'est un roquet qui brasse de l'air pour ne rien dire. Quand à Elrond, même si ses paroles m'ont blessé, il n'a jamais élevé la voix contre moi à ce point.

J'ignore pourquoi, mais je me sens nauséeux et peu sûr sur mes jambes.

- Monsieur Ignis ? S'étonne une voix que je ne reconnais pas.

Je tourne les yeux pour voir une des filles de Dutombil qui me regarde depuis l'intersection qu'elle vient de tourner, un panier remplis de linge plié sous le bras.

- Vous ne vous sentez pas bien ? Me demande-t-elle. Vous avez l'air pâle.

Je la regarde sans vraiment la voir, encore secoué par l'engueulée que je viens de me prendre.

- Monsieur Ignis ? Insiste-t-elle. Dois-je faire chercher mon père ?

J'entrouvre la bouche pour répondre, mais la referme, ne sachant pas quoi dire.

Je dois probablement donner une image de poisson hors de l'eau assez pitoyable.

Soudain, mon estomac se révolte contre moi et je suis secoué de haut-le-cœur qui me forcent à me retenir au mur d'en face. Je respire bruyamment par la bouche pour me calmer et aussi encombrer ma gorge d'air afin d'éviter que mon dernier repas ne remonte.

Je vois du coin de l'œil la fille s'approcher en vitesse après avoir posé son panier. Mais au moment où elle pose sa main sur mon bras, je la repousse.

- C'est bon, grogne-je mécontent de moi. Ce n'est qu'un malaise passager. Je vais aller m'allonger et dans quelques minutes il n'y paraîtra plus.

Elle me regarde d'un air dubitatif.

- Vous êtes sûr de vous ? Me demande-t-elle.

- Non, mais ça vaut la peine d'essayer, ricane-je froidement. De toute façon, je ne peux pas me permettre de tomber malade. Surtout en ce moment.

Il m'a tellement crié dessus que ça m'en a rendu malade, c'est tout. Un sentiment de gros malaise peut être mal interprété par le corps je pense. Le reflexe naturel quand les intestin semblent ne pas bien fonctionner, c'est de les évacuer. Donc j'ai l'impression d'avoir envie de vomir, mais je pense que ça doit être psychosomatique.

- Vous voulez que je vous aide à regagner votre chambre ? Me propose-t-elle poliment.

- Non merci, mais c'est gentil de l'avoir proposé, soupire-je.

Je me tiens d'une main à la paroi et retourne à ma chambre, ressassant sans cesse ce qu'il vient de se passer. Arrivé à la piaule, je ne me sens pas vraiment mieux. J'ai l'impression d'avoir une brique dans l'estomac qui essaie de se faire la malle sans trouver de sortie.

Mais à peine me suis-je assis qu'on toque à la porte.

- Qui est là ? Grogne-je.

- C'est Hanna. Puis-je entrer ?

Ho non, pas maintenant !

- Pour quel motif ? Dis-je espérant gagner du temps.

- Elisabeth m'a dit que vous étiez souffrant. Tout va bien ?

- Tout va bien, je ne voudrais pas te retenir, dis-je en m'effondrant sur le lit.

- Ça ne me dérange pas… Commence-t-elle à travers la porte.

- Moi si ! La coupe-je d'un ton presque féroce.

Elle ne dit plus rien et il me semble qu'elle doit être partie. Je me laisse aller un moment sur le lit mais on revient toquer à la porte. Plus fort, cette fois.

C'est quoi qu'elle comprends pas dans "non" ?

- Je suis indisponible ! Dis-je d'une voix hargneuse.

La porte s'ouvre malgré tout et je commence à ouvrir la bouche pour tancer la personne qui se pointe quand je remarque avoir affaire à l'épouse de Dutombil. Pour une raison inconnue, ça me coupe la chique aussi sec.

- Vous ne semblez pas trop mal, constate-t-elle d'un ton calme.

- Qu'est-ce que vous foutez ici ? Grogne-je étonné.

- C'est Hanna, répond-t-elle simplement en s'approchant après avoir fermé la porte. Vous vous y prenez n'importe comment.

- Ha… Dis-je.

- Et Elisabeth nous a dit que vous sembliez sur le point de vous effondrer après avoir été grondé par votre maître.

Je ne réponds pas, mais je foudroie le tapis du regard.

- Je commence à comprendre quel genre d'homme vous êtes maître Ignis. Je m'étonnais aussi que rien ne semble pouvoir vous atteindre malgré votre jeune âge. Pourtant, vous êtes aigri et amer comme un vieillard.

- Et alors ? La coupe-je agacé.

- Vous avez été très proche d'un parent âgé, je me trompe ?

Je réfléchis plusieurs secondes avant d'hocher la tête. Me souvenir de ma vie "d'avant" m'est soudain très pénible.

- Mon grand-père paternel est probablement la personne que j'admire et que je respecte le plus dans ma famille. Peut-être même plus que mon père.

- Et c'est une personne au cynisme marqué je présume ?

- On peut dire ça, concède-je de mauvaise grâce.

- Et vous l'avez copié étant jeune. Depuis, vous vous comportez comme lui.

- Et alors ? M'agace-je. Que je sache, ce n'est pas interdit.

- Dites-moi, que fait votre grand-père quand il a de la peine ou des soucis ?

Je la regarde plusieurs secondes, pris de court. Je réalise que je n'en ai pas la moindre idée.

- Je n'en sais rien, dis-je.

Elle me fait un sourire bizarre. Une sorte de mix entre un sourire condescendant et un air d'évidence.

- Et donc, vous ne savez pas comment réagir en cas de problème parce que vous n'avez pas pu copier cela de votre modèle. Ainsi, vous gardez pour vous tous vos problèmes, comme votre grand-père semble le faire. Sauf que vous ne pouvez pas le faire éternellement. Personne ne peut garder toute sa vie secrète. Cela fait juste trop de choses à garder sur la conscience. Il y'a une limite chez chacun, elle peut être plus basse ou plus grande suivant la personne. Mais une fois cette limite atteinte, on ne peut plus tout garder pour sois. Et comme vous ne savez pas que faire quand vous atteignez cette limite, votre corps réagi comme s'il était malade, mais en réalité c'est votre esprit qui l'est. Et il souffre suffisamment pour avoir des répercutions sur votre santé d'après ce que je comprends.

- Merci docteur, mais je ne vois pas ce qui vous permet de dire cela, grince-je.

- Vous savez, mon ancien métier est le refuge favoris des gens comme vous, me dit-elle. Plus qu'un plaisir physique, ce que cherchent beaucoup de nos client c'est la possibilité de se vider la tête en faisant quelque chose d'agréable et surtout de penser à autre chose. J'en ai même connus certains qui payaient des filles juste pour qu'elles les écoutent et compatissent à leurs malheurs.

Les prostituées sont les psychologues du moyen-âge…

- Et donc ? Dis-je. Vous êtes en train de me conseiller d'aller au "jardin des roses" ?

- Pas forcément, glousse-t-elle. Mais si vous avez envie de parler, je pense pouvoir vous écouter.

- C'est surprenant…

- Quoi donc ? S'étonne-t-elle.

- Que vous vous proposiez vous. J'aurais cru que vous m'auriez suggéré Hanna.

Elle secoue la tête à ces mots.

- Elle n'a pas encore la maturité nécessaire pour prendre de la distance par rapport à ce que vous dites. Au contraire, elle risque de se sentir concernée par ce que vous avez à dire et elle pourrait très mal le prendre.

J'hausse les épaules.

- Parce que vous si ? Je sais que vous dites en avoir entendu des vertes et des pas mûres, mais on parle quand même de l'homme pour lequel votre fille a le béguin. Passer votre temps à m'écouter risque de lui faire croire que vous essayez de vous interposer.

- Il faudra que je lui explique correctement, convient-elle. Mais elle sait que j'aime son père et que je ne musarde jamais. Et puis, puisque c'est pour votre bien, si elle vous aime vraiment elle ne s'opposera pas.

Je réfléchis quelques secondes avant d'acquiescer. Elle hoche la tête avec un sourire aimable avant de se lever.

- Au fait, dis-je. Je ne connaît même pas votre prénom.

- Je m'appelle Lucie, dit-elle amusée. Lucie Dutombil, née Lucie Herdsat.

- Merci Lucie, dis-je.

- Si vous m'appelez par mon prénom, puis-je user du vôtre Faust ?

- Bien sûr.

- Alors, à demain jeune homme.

Je la salue quand elle sort puis me rallonge sur mon lit.

Chic, je me suis trouvé une psy…