Vendredi 19 janvier 1996

Chère Marie,

Finalement, je ne t'ai pas écrit hier. La réunion a en effet été très animée. Et plutôt violente verbalement et psychologiquement. Des paroles pas franchement très agréables ont été échangées. Et j'ai craqué. J'ai perdu le contrôle de mes émotions, j'ai hurlé sur quelques personnes, et personne n'a réussi à me calmer. Du coup, Sirius et Remus ont quasiment donné leur bénédiction à Harry pour qu'on passe la nuit ensemble. Pomfrey voulait me donner une potion de sommeil, soutenue par McGonagall. Officiellement, c'est d'ailleurs ce que j'ai fait.

Alors qu'en fait, Harry et moi sommes allés directement dans sa chambre après la réunion. Rien de bien subversif pendant la nuit, je crois que j'ai passé des heures à pleurer dans les bras de Harry. Je lui ai raconté, beaucoup de choses, dont ce fameux souvenir et les conséquences que ça a eu, et ce que je ressens à cause de ça depuis dix jours.

C'est un amour, franchement. Il m'a écoutée sans m'interrompre, sans s'endormir, en me consolant... Il a été exactement ce dont j'avais besoin. On aurait pu croire que m'étaler pendant des pages et des pages dans ce journal me suffirait, mais lui parler m'a fait beaucoup de bien. En fait, je crois que c'est ce que voulaient les Maraudeurs en acceptant qu'un couple d'adolescents passe la nuit ensemble. D'après le comportement de Remus aujourd'hui en cours de Défense, qui n'a pas eu de commentaires suggestifs mais m'a demandé si ça allait mieux, c'est ce que j'ai déduit de leur approbation. Sans doute savaient-ils que Harry serait beaucoup trop chevaleresque pour qu'on ait le moindre rapport sexuel alors que je n'allais visiblement pas bien, même si je le lui ai plus ou moins demandé (exigé ? allumé ?) pour avoir une sorte de shot d'émotions pour oublier le reste, comme on peut se prendre une cuite.

Non mais sérieusement... Tu peux te dire qu'un mec ayant connu un certain nombre d'aventures serait peut-être un peu plus coulant sur ses valeurs morales quand il a une fille sexy et quasiment à poil qui s'offre à lui... Mais non. Môssieur Potter n'a pas cédé. Ni hier soir, ni ce matin. À présent, j'en suis contente, ça m'aurait fait mal que ma vraie première fois se fasse sous le coup d'émotions mal gérées, mais sur le coup, c'est terriblement frustrant, et c'est sur lui que j'ai commencé à m'énerver, avant de m'effondrer pour de bon.

Enfin bon. La journée d'hier a été franchement pourrie, dès le petit déjeuner. C'est toi qui dis que les jeudis, c'est pourri ? Ben là, c'est le cas. Sans doute une de mes pires journées à Hogwarts. Au petit déjeuner, on a reçu le Daily Prophet, qui annonçait la mise en examen de Molly Weasley à cause des accusations d'empoisonnement à l'Amortentia sur sa propre fille et sur Hermione, accusations portées par son mari. Je t'ai agrafé une copie de l'article (comme ça, tu vois à quoi ressemble un article issu d'un journal magique) et sa traduction. Tu remarqueras que dès qu'il s'agit de Harry, les journalistes ont le jeu facile sur le titrage, avec son surnom de Survivant (Boy-Who-Lived).

Le Garçon-Qui-A-Survecu : Le Garçon-Qui-A-Eté-Forcé-d'Aimer ?

C'est une affaire assez sordide concernant le Survivant, Harry Potter, qui a été portée hier à notre connaissance. Le nouveau Lord Potter semble décidément incapable de passer plus d'une semaine sans paraître d'une manière ou d'une autre dans nos colonnes. Cependant, cette fois-ci, nous avons la conviction qu'il se serait passé de ce genre de presse. En effet, il est impliqué dans une histoire d'empoisonnement à l'Amortentia et de contrat de mariage illégal. Rassurez-vous, cependant, l'adolescent est cette fois du côté des victimes, puisque ces accusations ont été portées non pas contre lui, mais contre Molly Weasley, la femme du Directeur du Service des Détournements de l'Artisanat Moldu Arthur Weasley, qui est d'ailleurs celui qui a porté cette affaire devant la justice.

Que s'est-il passé qui place Harry Potter en victime de la famille de son meilleur ami, Ronald Weasley, tous deux scolarisés ensemble à Hogwarts ? Notre reporter a bien voulu s'occuper de l'enquête, et tenez-vous bien, chers lecteurs, c'est sans doute l'une des histoires les plus glauques que nous pourrons aborder cette année, et pourtant, nous sommes encore en janvier.

En 1985, un contrat de mariage a été conclu entre le tuteur de Harry James Potter, qui, jusqu'à l'émancipation du jeune Lord, n'était autre que Albus Dumbledore, le président-sorcier du Wizengamot rétabli au mois de novembre dernier suite à l'arrestation spectaculaire de la Deatheater Dolores Umbridge à Hogwarts même, et actuellement en arrestation pour un motif encore inconnu, et Molly Weasley, épouse du Chef de Famille Weasley et mère de sept enfants. Ce contrat engage le Survivant à l'unique fille de la famille Weasley, Ginevra, qui a un an de moins que Mr Potter.

Sans doute désireuse de s'assurer du bon déroulement de ce contrat de mariage qui unirait sa famille à la plus riche et prestigieuse famille de Grande Bretagne, Mrs Weasley a estimé qu'il était préférable de préparer convenablement sa fille. Et donc, en plus d'une éducation que bon nombre de familles respectables qualifieraient de lavage de cerveau, elle n'a pas hésité à soumettre son dernier enfant à différentes potions dont, ces derniers mois, de l'Amortentia, estimant sans doute que sa fille de quatorze ans est à présent en âge de passer à une relation plus approfondie avec son promis.

Elle est également accusée d'avoir soumis à l'Amortentia la deuxième amie du jeune Potter, Miss Hermione Granger, afin qu'elle développe une relation avec Ronald Weasley. Aucun contrat de fiançailles n'a été évoqué entre le jeune homme de sang pur et son amie d'origine moldue.

Les deux jeunes filles font aujourd'hui l'objet d'une cure de désintoxication suivie, afin de se débarrasser des effets à long terme de l'Amortentia, connue pour sa force.

D'après le dossier que nous avons pu lire, Harry Potter a également fait l'objet d'"encouragements", même si rien ne peut nous confirmer aujourd'hui l'utilisation ou non de philtres d'amour plus ou moins illégaux. Nous n'avons pas été en mesure de le joindre pour obtenir sa version des faits.

Les avocats de Mr Weasley, les très respectés Maîtres Dercy, Juliet et Corny (qui sont également les conseils de la famille Potter depuis douze générations), ont déclaré que leur client n'avait rien à nous dire, mais nous ont assuré que ce contrat de mariage est caduc. « Les Potter n'acceptent aucun contrat les engageant de cette manière s'ils n'ont pas été signés par un Potter, a déclaré Maître Juliet. Mr Dumbledore, même s'il estimait sans doute bien faire, n'avait certainement pas l'autorité nécessaire pour engager le futur Lord Potter dans un contrat de fiançailles, et encore moins de mariage. De plus, Molly Weasley, bien que préoccupée, nous en sommes certains, des mêmes inquiétudes que Mr Dumbledore au sujet de l'avenir et du bonheur de sa fille, n'avait elle non plus pas l'autorité nécessaire, puisque la conclusion d'un tel contrat est réservée au Chef de Famille, actuellement Mr Arthur Weasley lui-même. Nous ne chercherons donc pas à faire annuler ce contrat, puisqu'il n'a de toute façon aucune valeur légale. Cependant, nos inquiétudes vont sur les motifs de la conclusion de ce contrat et du traitement ensuite infligé à Miss Ginevra Weasley en dehors de toute connaissance et autorisation de son père et Chef de Famille, ainsi qu'à Lord Harry Potter, qui bénéficie pourtant du statut spécial des Très Anciennes et Très Nobles Familles magiques britanniques, et Miss Granger, aujourd'hui protégée de la famille Potter. »

Nous leur souhaitons donc de faire toute la lumière sur cette sombre affaire. Est-ce la raison de l'arrestation de Mr Dumbledore ? Les avocats de Mr Weasley et Lord Potter nous ont certifié que non, même s'ils comptent également porter ce dossier contre lui.

En tout cas, quelle que soit l'issue de l'enquête et du procès qui s'ensuivra, la famille Weasley est à présent une famille brisée : Arthur Weasley, toujours via ses avocats, a fait savoir qu'il entamait une procédure de divorce contre sa femme, afin d'assurer la sécurité de leurs deux enfants encore mineurs. La plupart de ses fils lui auraient déjà affiché leur soutien.

Nous suivrons avec attention l'évolution de cette histoire, en espérant qu'elle n'ait pas de conséquences néfastes sur les histoires sentimentales des jeunes gens concernés. Les rumeurs annoncent que Lord Potter, après une période plutôt volage, se serait enfin engagé dans une relation, avec personne d'autre que la voyageuse spatio-temporelle Manon Nestral, qui est également une de ses camarades de classe, ce qui expliquerait sans doute sa réaction très vive à la découverte du nouveau projet de loi encadrant les voyageurs spatio-temporels lors de la session de clôture 1995 du Wizengamot.

Au sujet des aventures de Harry Potter, lire p5

Au sujet du projet de loi concernant les voyageurs spatio-temporels, lire p12

Au sujet de l'Amortentia, de ses effets et de ses conséquences juridiques, lire p23.

Comme tu peux le découvrir, c'est particulièrement joyeux. On continue à insulter plus ou moins subtilement la légitimité de Harry, et toute cette histoire est complètement déballée au grand jour. Et je suis sûre que les journalistes ont été ravis de pour une fois pouvoir raconter une histoire sordide sur Harry sans rien avoir à inventer...

Dans notre groupe d'amis, c'est Hermione qui reçoit le Daily Prophet. D'habitude, elle le lit seule, et nous donne une version allégée des nouvelles, s'il y a quelque chose d'intéressant. Cette fois, elle a eu un cri de surprise, puis a rougi et s'est cachée derrière le journal, en masquant soigneusement la Une.

« Qu'est-ce qui se passe ? a demandé Harry. Quelque chose qui nous concerne ?

–Non non. »

Hermione est peut-être une excellente magicienne, une très bonne Occlumens, et très intelligente, mais c'est une piètre menteuse. Certainement que pour elle, Slytherin n'a jamais été envisagé. À sa réponse, c'était évident que ça concernait quelqu'un d'entre nous. Un coup d'œil autour de la Grande Salle, où tous ceux qui avaient également reçu le journal le lisaient avec une attention presque malsaine, le commentaient autour d'eux, et regardaient dans notre direction. Je ressentais excitation, curiosité et médisance. C'était grave. Harry a soupiré :

« Hermione... Autant nous le dire tout de suite plutôt que l'apprendre par les rumeurs de l'école. Qu'est-ce qui se passe ? »

Hermione a hésité, puis a cédé et nous a tendu son journal. Neville et moi avons lu par dessus l'épaule de Harry, chacun d'un côté. J'ai remarqué qu'autour de nous, le silence se posait petit à petit sur la Grande Salle, trahissant le choc des élèves, et surtout leur expectative d'un potentiel spectacle. Les humains me dégoûtent parfois...

Harry a soupiré à la fin de sa lecture, et je l'ai vu examiner chaque Weasley. Ron était assis plus loin, en face de Lavender et Parvati qui commentaient activement l'article, alors qu'il dévorait en toute insouciance son petit déjeuner. Ginny était à côté de Hermione, et attendait avec une curiosité polie qu'on veuille bien lui raconter. Les jumeaux étaient non loin d'elle, en train de discuter avec animation avec leur ami Lee Jordan, sans doute au sujet de nouveaux produits pour leurs farces et attrapes. Ils étaient tout aussi inconscients que Ron de la situation, dans leur bulle de créativité.

Harry a hésité, puis a lancé un morceau de pain dans leur direction pour attirer leur attention.

« Les Weasley, vous devriez lire la Une d'aujourd'hui. »

Il a attendu que les jumeaux rejoignent Ginny pour leur tendre le journal. Ginny a pâli à la lecture, et j'ai vu les jumeaux, derrière leur masque neutre (ce qui est déjà un signe en soi), retenir leur colère, non pas face à leur père ou leur petite sœur ou même Harry, mais simplement par rapport au fait que leur vie était ainsi étalée en première page du journal le plus lu de la Grande Bretagne magique (à ce sujet, non, ce n'est pas le seul journal avec le Quibbler (le Chicaneur, dans la traduction française des livres), il y en a d'autres, mais comme c'est quasiment un journal ministériel, c'est lui qui a la plus forte audience).

Puis le spectacle tant attendu par les autres a commencé. Apparemment, Ron a fini par décoller la tête de son assiette et comprendre que les murmures autour de lui le concernaient indirectement et il a lu l'article parce qu'il a soudain surgi à côté des jumeaux, aussi furieux qu'eux, mais pas pour les mêmes raisons :

« C'est de ta faute ! »

Il pointait un doigt accusateur vers moi. J'avoue que je n'ai pas compris ce qu'on pouvait me reprocher cette fois. Je n'ai pas signé le contrat, pas drogué sa sœur, pas décidé de porter l'affaire devant les tribunaux, pas engagé les avocats...

« Tu n'aurais pas mis ton nez dans nos affaires, nos parents ne divorceraient pas ! »

Ah... Donc, on en revient toujours au même avec lui : j'ai tout déclenché avec ma curiosité mal placée... Avant, j'en aurais ri, mais depuis mardi dernier, ça me rappelle de façon désagréable l'avertissement de Dumbledore... Harry m'a prise par l'épaule pour me soutenir, et les jumeaux ont encadré Ron :

« Ne prends même pas la peine de répondre, Manon, on va expliquer quelques petites choses à notre cher petit frère.

–Vous prenez sa défense ?

–Elle n'a pas besoin qu'on prenne sa défense parce qu'elle n'a rien fait ! s'est exclamée Ginny, à la surprise de tout le monde. Par Merlin, Ronald, tu mets tout ce qui ne va pas ces derniers temps sur le dos de Manon, mais est-ce que tu t'es demandé une seule fois ce que Harry ou moi pouvions ressentir face à cette histoire ? Ton meilleur ami et ta petite sœur ? ou même Hermione ? Ta meilleure amie pour laquelle tu dis avoir des sentiments ?

–Ce ne sont que des mensonges... a déclaré Ron avec fermeté.

–C'est un diagnostic neutre qui a détecté la présence d'Amortentia, crétin ! Personne ici n'est coupable de quoi que ce soit ! Les seuls coupables, ce sont Dumbledore et Maman ! »

Hermione s'est levée pour prendre Ginny contre elle et a regardé les jumeaux :

« On va déplacer cette conversation dans un endroit plus privé, vous en pensez quoi ?

–Excellente idée, a dit Fred. Ron, tu nous suis en silence ou je te bâillonne ! »

Ron a fait mine de protester, et George a bloqué sa langue, avant de l'entraîner hors de la salle, sous les yeux de tout le monde.

« Ça va ? » m'a demandé Harry quand tous les cinq sont sortis.

Je l'ai regardé, stupéfaite : c'est lui qui fait la Une du journal pour une histoire pas jolie jolie, et c'est à moi qu'il demande si ça va ?

« Euh... C'est à toi qu'on devrait poser la question.

–Ça va, a répondu Harry avec un petit sourire. Je suis au courant depuis un moment, et je m'attendais à ce que ça fasse la Une. J'ai l'habitude, et ce n'est que le début. Toi, par contre, tu n'as peut-être pas l'habitude d'être autant insultée.

–Bouc-émissaire du collège, tu te souviens ? Il en faut plus que ça pour me déstabiliser.

–Bon. Tu aideras Ginny ?

–Évidemment. »

Mon ton façon « Mais comment tu peux oser demander ça, c'est évident, franchement » l'a fait rire, et il m'a embrassée rapidement, avant de reprendre son petit déjeuner, comme si de rien n'était. Je n'en revenais pas. Il a pris les choses avec un calme olympien. Il s'est complètement moqué de ce qu'on pouvait dire au sujet de cet article ou de lui ou de ce qui venait de se passer. Question flegme, je dois prendre des leçons, c'est juste hallucinant. J'ai beau affirmer que les insultes de Ron ne me font rien, ce n'est pas vrai, même si en effet, il en faut plus que ça pour que je perde pieds. Mais peut-être que c'est pareil avec lui et qu'il est plus doué que moi pour le cacher, question d'habitude.

Là où j'ai failli perdre pieds, c'est quand un hibou a posé une enveloppe rouge et fumante devant moi. Une nouvelle Beuglante. Et je n'avais aucune envie de découvrir ce qu'elle contenait, après la première que j'ai reçu. Elle a commencé à hurler avant que j'ai le temps de faire quoi que ce soit :

« MANON NESTRAL,

ESPÈCE DE PUTE JE-SAIS-TOUT !... »

La Beuglante n'a pas eu le temps d'aller plus loin dans ses insultes : j'ai brusquement senti la colère, non, la rage, de Harry à côté de moi et la Beuglante a explosé, comme si elle était déjà arrivée à sa fin. J'ai regardé le papier en flammes tomber devant moi, choquée. Là, par contre, ça va plus loin qu'un doigt accusateur et quelques mots durs. J'ai senti plus que entendu le silence lourd sur la Grande Salle. Tout le monde en quatrième année et plus a reconnu la voix de Mrs Weasley.

« Qu'est-ce que c'était que ça ? »

Nous nous sommes retournés, et nous avons vu McGonagall, Flitwick et Snape s'avancer. Harry a grogné :

« Visiblement, Mrs Weasley partage l'avis de Ronald.

–Qu'est-ce qui s'est passé avec cette Beuglante ? a demandé Flitwick. Elle n'avait pas l'air d'être à sa fin.

–L'avantage d'être mage, a répondu simplement Harry. Hors de question que Manon ait à écouter ce tissu de monstruosités. Est-ce que vous pouvez empêcher les Beuglantes de passer, Madame la Directrice ?

–Je ne suis que Directrice par interim, je n'ai pas accès aux diverses protections du château. »

Harry a réfléchi un moment, puis je l'ai senti se décider et il s'est tourné vers moi :

« Dans tes possibles, pour faire valoir mes droits : Choixpeau ou méditation ? »

Je n'ai pas pu empêcher un sourire : il avait déjà réfléchi à la situation, et en avait tiré deux conclusions intéressantes :

« Ça dépend. Demande au Choixpeau.

–Professeur, j'ai cours de Métamorphose avec vous en première heure, a fait Harry en se tournant vers McGonagall. Est-ce que vous m'autorisez à être en retard et à avoir une conversation avec le Choixpeau dans votre bureau ? Je crois qu'il est plus que temps que quelqu'un prenne le contrôle des protections du château. Les Beuglantes ne sont pas le seul problème qui est passé à travers les mailles du filet, ces dernières années. »

McGonagall a hésité et consulté ses deux collègues, qui ont tous les deux hoché la tête. Puis elle a fini par dire :

« Bien. Prenez le temps qu'il vous faudra. Je vais mettre Poppy au courant, si jamais cela doit vous fatiguer. Si vous avez besoin de quitter le bureau directorial, faites savoir par un moyen ou un autre où vous vous rendez. »

Harry a accepté immédiatement, heureux d'avoir finalement pleine licence. Les mesures de sécurité qu'elle demandait étaient raisonnables.

« Manon connaît bien ma signature émotionnelle. Si jamais je dois aller quelque part, je lui enverrai un message émotionnel. Nous avons Métamorphose, puis Défense, ce matin. Si ce n'est pas vous, ce sera le Professeur Lupin qui sera au courant.

–Parfait. Le mot de passe est Paces. »

Harry s'est levé immédiatement. Il m'a murmuré de conserver ma Carte du Maraudeur et mon livre de communication sous les yeux jusqu'à ce qu'il revienne, et il est sorti de la Grande Salle presque à la course. Je n'avais même pas encore eu le temps de me remettre de la Beuglante qu'il avait disparu.

Bon sang, si même moi suis dépassée, maintenant...

Le plus étrange a été sans doute les Professeurs, qui n'ont absolument pas remis en cause les propos de Harry. Je crois qu'ils sont dangereusement habitués aux bizarreries de sa part. Ils sont repartis vers la table des professeurs, Snape s'attardant juste le temps de s'assurer que Ginny avait bien un traitement au sujet de l'Amortentia, ce sur quoi je l'ai rassuré. Rassurer Snape... Ha ha.

Évidemment, ça n'a absolument rien arrangé côté rumeurs. Enfin...

Neville est resté avec moi jusqu'au cours de Métamorphose. Son calme m'a fait du bien. Sa timidité est en train de disparaître, et il devient un garçon de plus en plus affirmé. Mais il n'a pas le tempérament ombrageux de Harry, ou même de moi. Et là, au petit déjeuner, ça m'a fait du bien de discuter de plantes calmement avec lui. Le sujet n'avait pas vraiment d'importance, il s'en est rendu compte, mais ça m'a changé les idées et ça m'a apaisée, pour que je puisse aller en cours normalement. Devant la porte de la salle de classe, nous avons retrouvé Hermione et Ron, ce dernier rouge de colère et de honte. Il m'a lancé un regard noir, mais n'a rien osé me dire. Apparemment, d'après ce que Hermione m'a dit une fois que nous nous sommes installées, il s'est pris un sacré savon.

Pendant le cours, j'avais le livre de communication et la Carte du Maraudeur ouverts devant moi. Le Professeur McGonagall l'a vu mais n'a rien dit : elle savait que je servais de relais pour Harry, et depuis que je suis mage, la Métamorphose est encore plus facile qu'avant : il me suffit de comprendre les concepts, plus besoin de formules magiques. Du coup, j'ai presque fini les rattrapages, et j'arrive maintenant à conjurer aussi bien que Hermione. J'ai passé la partie pratique du cours à expliquer ça à Neville et Draco. Draco était installé derrière nous, entre Blaise et Daphne.

« Ça se saurait, si c'était aussi simple... a protesté Draco.

–Tu connais beaucoup de mages, toi ? À part nous, évidemment, j'ai ajouté rapidement en le voyant ouvrir la bouche, narquois. C'est aussi simple. Sinon, comment tu expliques que moi qui pratique la magie depuis moins de trois mois arrive à conjurer ?

–Ce qui est d'ailleurs fondamentalement injuste... a râlé Blaise.

–Désolée, Zabini. Allez, Malfoy, range ta baguette et au travail ! Métamorphose moi ce cahier en arbre de papier. »

Draco a froncé les sourcils et s'est exécuté. Avec un peu trop de manque de confiance en soi ou d'enthousiasme, j'en sais rien, mais trop de pouvoir : l'arbre a grandi en croissance accélérée et menaçait de prendre une taille réelle. Très joli travail de magie, mais pas pratique dans une salle de classe. J'ai vite annulé la métamorphose, alors que tout le monde se tournait vers nous.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? a demandé McGonagall. Mr Malfoy, pourquoi ne faites-vous pas l'exercice demandé ?

–C'est de ma faute, professeur, je suis intervenue. Je voulais lui prouver qu'en tant que mage, il n'a pas besoin de baguette même pour une métamorphose, et j'ai voulu commencer par quelque chose d'inanimé.

–Heureusement, d'ailleurs... a fait Blaise d'une voix goguenarde. Imagine que tu lui aurais demandé de transformer ça en souris... On aurait eu droit à des souris géantes dans toute la salle. »

Il y a eu des exclamations dégoûtées, mais Hermione a souri :

« Ça peut être une idée. On les enfermera et on s'en servira pour nos exercices du matin. »

Elle a aussitôt transformé sa feuille de parchemin en une grosse souris, presque aussi grosse qu'un castor, et l'a rapidement capturée sous ses mains.

« Quoi ? a-t-elle demandé en voyant les regards stupéfaits autour d'elle. Elles ne me serviront pas, mais à vous quatre, elles seront très utiles. Pour moi, je n'ai qu'à faire des lapins. »

Elle m'a placé d'autorité la souris dans les mains et a métamorphosé une deuxième feuille en lapin blanc avec des tâches noires et des poils plutôt longs, trop mignon, que tu as juste envie de prendre dans tes bras pour faire un câlin.

« Ooooh ! je me suis exclamée, peinée. Il est adorable ! Tu vas pas le tuer, dis ? »

Je lui ai rendu la souris et j'ai pris le lapin dans mes bras pour lui faire un câlin. Pauvre bête... Draco s'est pris la tête entre les mains, visiblement désespéré :

« OK... Donc nous avons un prédateur qui trouve ses proies trop mignonnes pour les attaquer... On va aller loin... »

Les deux Slytherins à côté de lui ont ricané, mais je ne me suis pas laissée perturber : j'ai tendu le lapin à bout de bras devant lui, façon Simba sur le Rocher aux Lions :

« Dis que ce n'est pas mignon !

–C'est mignon, mais c'est également excellent en ragoût. »

Il a fait un geste de la main évasif, et un éclair vert a frappé le lapin, qui s'est affaissé, parfaitement mort. J'ai plissé les yeux :

« On dirait un Avada Kedavra.

–C'en était un, a répondu Draco avec nonchalance. Je vous ai parlé d'outils la dernière fois. À la base, l'Avada Kedavra sert à tuer proprement, sans souffrance et sans effusion de sang les bêtes destinées à la consommation humaine. La haine qu'on doit éprouver est une sécurité pour ne pas que ce soit utilisé trop facilement par des sorciers envers les humains. On n'en a pas besoin face à un animal. Essaie, » a-t-il ajouté en désignant la souris qui se débattait dans les mains de Hermione.

J'ai regardé Neville et Hermione, ne sachant pas si je devais le faire. J'en avais envie, curieuse de savoir ce qu'on ressentait à pratiquer de la magie noire, mais j'avais peur de faire peur aux autres élèves autour de moi. Leur confiance en moi n'est déjà pas très solide, s'ils me voient en plus jeter de façon insouciante un AK... Hermione a fini par hausser les épaules. J'ai soupiré :

« Ça se passe comment ?

–L'Avada Kedavra fait cesser instantanément toute activité vitale : le cœur et les poumons. Il faut que tu veuilles ça. Inutile de penser à la formule. Comme tu me l'as rappelé, tu es mage.

–Pas de haine ?

–À moins que tu ne sois une fervente protectrice de la vie animale au point de considérer la vie d'une souris conjurée comme une vie humaine, non. Juste le besoin de la tuer proprement. »

J'ai étudié Draco. Aucune tromperie, ni méchanceté, ni cruauté dans son aura. Juste de la curiosité, la même que celle de Hermione face à une nouvelle connaissance. D'ailleurs, j'étais en train de ressentir cette curiosité de la part de Hermione également. Aucune peur de sa part. Bon. Si Hermione estime que ça passe... Je lui ai fait signe de poser la souris et j'ai inspiré un coup, avant de me concentrer. Faire cesser le cœur et les poumons. C'est... radical, comme méthode. Je comprends mieux pourquoi ça demande une certaine haine pour être pratiqué envers un humain. Mais Draco a raison : ce n'est qu'une souris conjurée, et même si ça avait été une vraie souris, ce n'est qu'un rongeur loin d'être en voie de disparition. Cœur, poumons. Concentration, volonté. Éclair vert. Souris morte.

« Alors ? m'a demandé Draco.

–Je comprends pourquoi on a mis comme sécurité de devoir éprouver de la haine pour l'utiliser envers un humain. C'est... extrême. Et dire qu'un sorcier peut simplement utiliser deux mots sans vraiment savoir ce que ça implique.

–Oui. C'est pour ça que le sort a cette protection, mais que les mages peuvent la contourner, a reconnu Draco. Ils savent ce qui se passe derrière le sortilège, et ça fait réfléchir à deux fois avant de l'utiliser pour autre chose que de l'abattage alimentaire.

–Tu t'y connais trop bien en magie noire, Ferret ! » s'est exclamé Ron, dégoûté.

À la grande surprise de tout le monde, Draco n'a même pas pris la peine de s'énerver et a simplement levé les yeux au ciel :

« Évidemment que je m'y connais, je suis à la fois Malfoy et Black ! Par contre, il serait temps qu'on ré-explique aux sorciers les principes fondamentaux de la magie noire...

–Mr Malfoy ! s'est exclamée McGonagall, choquée.

–Vous avez entendu mon explication, il y a dix jours, Professeur, a répliqué Draco fermement. Est-ce que vous pensez qu'elle n'est pas à la portée d'élèves de quatrième année ou plus ? Je ne parle pas d'enseigner la magie noire, mais juste qu'on arrête cette putain d'assimilation entre magie noire et mage noir. La magie noire peut servir à sauver des vies, bon sang !

–Tu peux ramener ce lapin à la vie ? s'est étonnée Lavender.

–Non, bien sûr que non, il est mort... a répondu Draco avec une certaine impatience. Aucune magie humaine ne peut ramener les morts.

–Qu'est-ce qui s'est passé avec Tu-Sais-Qui, alors ? » a ricané Ron.

Draco n'a pas caché sa surprise et nous a regardées, Hermione et moi. Apparemment, il s'attendait à ce qu'on ait mis le meilleur ami de Harry au courant. Nous avons toutes les deux secoué la tête. Il a soupiré :

« Je ne sais pas ce qui s'est passé. Faudrait certainement demander à Potter pour ça. Lui y était, pas moi. Mais c'est une certitude : la magie noire ne ramène pas les morts. Elle peut créer un semblant de vie, comme avec les esprits ou les Inferi, mais ce ne sera pas la vie. Ce lapin est mort. Et comme il est conjuré, on ne pourra même pas le manger. Manon, voilà l'occasion de pratiquer la Disparition. Tu as déjà travaillé ça ? C'était au programme de l'année dernière. Le concept est l'inverse de la Conjuration : disperser les atomes qui constituent ta création pour qu'ils se dissolvent dans l'air. Et bien sûr, tout comme tu dois combiner les molécules présentes dans l'air pour les transformer en quelque chose de viable, tu casses les molécules de ton objet pour qu'elles puissent être dispersées dans l'air. »

OK. J'avais compris cette étrange conception de la physique-chimie vue par les magiciens pour la maîtrise de l'Apparition et de la Conjuration, je devrais y arriver pour la Disparition. D'ailleurs, toi aussi, tu préférerais cette physique-chimie là : pour les sorciers, pas de tableau périodique, de composition de l'air en... en quoi d'ailleurs ? Azote, oxygène, dioxyde de carbone, eau et d'autres choses, c'est ça ? Pour eux, l'air est composé de molécules... d'air... Et oui... Et d'eau, à la rigueur, pour ceux qui sont assez avancés dans leur magie pour se servir de l'eau ambiante dans l'air (comme Hermione parce que c'est son élément ou Draco parce que l'air est le sien...). Les os d'un animal ne sont pas du carbone, du calcium et des tas d'autres choses mais... de l'os. Pareil pour les chairs, pour les nerfs, pour tout... Bon, ils ont compris que le sang servait à véhiculer plein de choses, donc non, ce ne sont pas des molécules de sang.

C'est quand même étrange qu'ils aient la finesse suffisante pour distiller et séparer les éléments d'une potion afin de les reconnaître sans autre chose qu'un chaudron, quelques cornues et petits alambics, mais qu'ils soient si nuls en ce qui compose la matière. Mais ça vient peut-être du refus des sorciers britanniques d'intégrer les Nés-Moldus et leurs connaissances, et ailleurs dans le monde, ils sont plus avancés ? Faudrait que je fasse des recherches à ce sujet, quand j'aurais le temps.

En attendant, du coup, j'ai fait disparaître mon lapin (pauvre lapin... Il était vraiment chou...) et Hermione s'est exercée avec la souris, juste pour le plaisir de voir qu'elle y arrivait aussi bien sans baguette qu'avec.

« Bien, a déclaré McGonagall. Cinq points pour Miss Nestral. Miss Granger, vous maîtrisiez déjà le sort. Pratiquez maintenant l'exercice du jour. »

Hermione, Draco et moi avons soupiré en chœur. C'était assez marrant, quand j'y repense. La studieuse Hermione, l'arrogant Malfoy, et moi, qui me fous un peu de mes leçons, d'accord sur le fait que l'exercice du jour est moins intéressant que la conversation qu'on vient d'avoir. J'ai fait un signe à Hermione, et elle a réalisé l'exercice sans baguette : créer une statuette à partir d'un bloc de pierre (exercice de deuxième année, mais ça nous laisse place à la créativité pour la suite : ) et l'animer de façon à ce qu'elle agisse de manière à peu près autonome.

Hermione a créé un petit singe, qui plaçait ses mains sur ses yeux et les enlevait à intervalles réguliers. J'ai souri et j'ai réalisé mon exercice en créant un petit singe qui plaçait ses mains sur la bouche et je l'ai fait s'installer à côté de celui de Hermione. Je me suis tournée vers Neville, mais il n'avait pas l'air de comprendre l'allusion. Alors je me suis tournée vers Draco, qui a hoché la tête et fait léviter son bloc de pierre jusqu'au bureau de Hermione, où il lui a fait prendre la forme du troisième singe, celui qui se couvre les oreilles. Aucun de nous trois n'avait sorti sa baguette.

Neville a compris alors la signification de notre petite démonstration, et s'est alors amusé à créer un quatrième singe. Ce singe est venu embêter le singe de Hermione, qui a voulu prévenir le mien, mais il ne voyait pas le danger, et ne pouvait pas le retransmettre de façon adaptée à celui qui ne pouvait pas parler pour transmettre à celui qui de toute façon n'entendait rien.

Que personne ne dise que Neville est un imbécile : il a rendu notre métaphore accessible à tous ceux qui ne connaissaient pas l'histoire des trois singes. C'est la situation exacte dans laquelle est le monde sorcier britannique aujourd'hui. McGonagall l'a bien compris d'ailleurs, puisqu'elle a froncé les sourcils, mais nous a quand même accordé dix points chacun, puisqu'on a réussi l'exercice.

Du coup, elle nous a laissés tranquilles avec nos théories sur la magie jusqu'à la fin du cours, pendant que je surveillais du coin de l'œil la Carte du Maraudeur (point vert Harry Potter toujours immobile dans le bureau directorial) et le livre de communication. Hermione a voulu savoir si les autres Impardonnables avaient d'autres utilisations à l'origine. Draco nous a expliqué que le Cruciatus en tant que sort était effectivement un sort de torture, mais est dérivé à la base de médicomagie : exciter le système nerveux, dans certains contextes, peut être utile pour réveiller un cœur fatigué, apparemment. Un peu comme les électrochocs non-magiques. L'Imperium est aussi utilisé en médicomagie, encore aujourd'hui, notamment avec les patients présentant de graves troubles du comportement, afin de les aider dans leur traitement sans devoir les attacher dès qu'on doit leur faire prendre un médicament.

La réflexion de tous les deux m'a donné une idée, que j'ai marqué sur le livre de communication. Je n'y arriverai pas toute seule, de toute façon :

« Combiner médicomagie (Galaad), magie de l'esprit (Nimue) et magie noire (Mordred/Morgane?) pour soigner les parents de Neville ? »

Tous les trois ont senti leur livre de communication s'activer et ils ont lu ma suggestion avec surprise. Neville m'a regardée longuement :

« C'est possible ?

–Je n'en sais rien. C'est pour ça que j'ai mis un point d'interrogation. Draco, tu as fait un test d'Héritage ?

–J'y vais ce week-end. Potter a contacté son chargé d'affaires pour ça.

–Parfait. Avec un peu de chances, tu auras accès au coffre britannique de Morgane. Ou Mordred. On a besoin de leur appui en magie noire.

–Tu sais que Morgane n'a que des Héritières, comme Merlin n'a que des Héritiers ? Ils sont respectivement Grande Prêtresse et Grand Druide d'Avalon. »

J'ai ouvert de grands yeux et il a eu un petit rire :

« L'avantage de plonger dans de très vieux livres de magie noire, c'est qu'on apprend ce genre de choses.

–Euh, non, je ne savais pas, j'ai fini par répondre. Bah, tant pis, pas de coffre britannique pour Morgane. Il reste encore Mordred.

–Je vous tiendrai au courant samedi soir. »

J'ai hoché la tête en me retournant vers ma place. Donc, apparemment, prêtresse d'Avalon n'est pas le titre suprême, aussi énorme qu'il soit déjà. Pourquoi est-ce que je suis Héritière de Morgane et pas Grande Prêtresse ? Et il n'a jamais été fait mention de Druidisme pour Harry. Faut-il que nous passions une initiation pour ça ? J'espère que le coffre français de Morgane nous donnera quelques réponses. À ce rythme, on n'est pas prêts de comprendre les écrits de Merlin et Viviane.

Soudain, je me suis redressée et je me suis tournée vers Draco :

« Vieux à quel point, ces livres ?

–Euh... Très vieux.

–Pas écrits en anglais ?

–Non. En langue gaélique, ou en brittonique, comme le vieux breton, la langue que devaient justement parler Merlin et compagnie. »

J'ai eu un sourire :

« Tu comprends le vieux breton ?

–C'est mieux pour lire des livres dans cette langue, a répondu Draco en se demandant clairement où je voulais en venir.

–Tu pourrais nous l'apprendre, à nous quatre ?

–Vous voulez apprendre la magie noire ?

–Non, simplement notre héritage magique. Les livres originels sont dans cette langue. Certains ont des traductions dans diverses langues plus modernes, mais je ne crois pas que nous en ayons trouvé en anglais moderne, à part Harry dans le coffre de Lancelot. Hermione, tu en as trouvé, finalement, chez Nimue ?

–Non. Vieil anglais, époque shakespearienne.

–Pareil chez Galaad, j'ai soupiré. Et c'est du coup super dur pour moi dont l'anglais n'est pas ma langue maternelle. Et nous avons deux héritages, un pour Harry, et un pour lui et moi, qui nous sont complètement inaccessibles parce qu'aucune traduction n'a jamais été faite.

–Deux héritages, dont un uniquement pour Potter ?

–Oui. Attends. »

J'ai fouillé dans mon sac pour trouver la copie de la lettre de Viviane. J'avais déjà réussi à transcrire les oghams en lettres modernes, mais les mots ne faisaient pas plus sens. J'ai tendu les deux feuilles à Draco, qui les a étudiées un moment en silence. À côté de lui, Daphne a haussé les sourcils :

« Des oghams ? C'est très vieux, comme méthode d'écriture...

–Oui, j'ai soupiré. Et c'est étrange de le trouver par écrit sur parchemin. Normalement, il se trace à l'angle de pierres.

–C'est parce que l'écriture oghamique porte elle aussi sa propre magie, a répondu Draco distraitement. Ils connaissaient l'alphabet latin. S'ils avaient voulu écrire avec cet alphabet, ils l'auraient fait. Je comprends ta lettre, Manon. Potter et toi êtes concernés ?

–Oui.

–Vous aurez du boulot. Une soirée par semaine, tous les quatre. Cours sur le vieux breton. Choisissez votre soirée, mais pas le mardi ni le mercredi, c'est mon entraînement de Quidditch.

–Vendredi soir, a alors proposé Hermione. Manon n'a plus rattrapage de Métamorphose.

–Bien. On ne commence pas demain, mais la semaine prochaine. Je vais demander à Mère de m'envoyer mes livres d'apprentissage.

–Ton père ne dira rien ? j'ai demandé en fronçant les sourcils.

–Toi et Potter avez hérité des trois héritages les plus convoités des sorciers. Les connaissances liées sont inestimables, et il verra certainement l'intérêt à ce que certaines soient traduites, afin qu'elles aient leur chance de nous échapper.

–J'ai parlé de deux héritages.

–Oui, mais tu as parlé de la France, aussi. »

J'ai souri. Non, je n'en avais pas directement parlé, j'en étais certaine. Par contre, il avait du comprendre l'intérêt de la précision "britannique" après que j'ai parlé du coffre de Morgane. J'ai pris le livre de communication et fait une liste de tout ce qu'on avait découvert pour l'instant : nos héritages, nos pouvoirs, nos éléments, notre Animagus... Je t'ai mis une copie, ça peut t'être utile à toi aussi de faire le point, et je sais que ce journal est de toute façon protégé.

«Liste à compléter au fur et à mesure que le profil magique se précise (ou s'étoffe, pour les malheureux concernés...) :

Harry :
- Héritier (y compris magique) de Merlin (éléments), Viviane (divination), Lancelot (combat), Galaad (médicomagie), Nimue (esprit), membre de l'Ordre de la Table Ronde, membre de l'Ordre d'Avalon, futur Grand Druide de l'Ordre d'Avalon (?)
- Héritier des Fondateurs de Hogwarts
- Archimage
- Éléments : ombres, foudre, lumière (?), magie (?)
- Animagus : jaguar des ombres, Bolt, jaguar noir, 1m20 (4ft) au garrot, yeux verts, éclair blanc sur le front

Manon :
- Héritière de Morgane, prêtresse et gardienne d'Avalon, membre de l'Ordre d'Avalon, future Grande Prêtresse de l'Ordre d'Avalon (?)
- Héritière magique de Morgane (France), Viviane, Galaad, Nimue
- Mage empathe
- Élément : feu
- Animagus : léopard des flammes, Flamme, panthère au pelage doré et aux tâches brunes, 1m (3ft) au garrot, yeux marrons

Neville :
- Héritier magique de Lancelot, Galaad, membre de l'Ordre de la Table Ronde, membre de l'Ordre d'Avalon
- Mage biologiste
- Élément : terre
- Animagus : renard des montages, Blast, renard blond-châtain, 1m (3ft) au garrot, yeux bleus

Hermione :
- Héritière de Morgane (branche britannique), membre de l'Ordre d'Avalon
- Héritière magique de Nimue
- Mage analyste mentaliste
- Élément : eau
- Animagus : louve des glaces, Icepaws, louve argentée, 1m20 (4ft) au garrot, yeux marrons

Draco :
- Mage en magie noire
- Élément : air
- Animagus : Hibou des tempêtes, Duke, hibou grand duc gris foncé et blond, 1m (3ft) de haut, yeux gris »

J'ai haussé ensuite un sourcil en direction de Draco et il a hoché la tête sans ouvrir son livre, à cause de ses deux voisins. Néanmoins, il a compris ce que je venais de faire. Nous avons besoin de savoir les uns les autres ce que chacun possède. Et entre ce qu'on a expliqué tour à tour à différentes personnes, dur de savoir qui sait quoi. Au moins, avec cette liste, nous savons qu'au moins nous cinq sommes au point, et après tout, c'est l'essentiel.

Hermione et Neville regardaient la liste en hochant la tête, d'accord avec l'idée. J'ai vu Neville prendre un crayon et ajouter, en face de son nom :

« Hériter de Merlin, Viviane, Lancelot (branche secondaire : second fils de Lancelot et Elaine : Almaric) »

Ah ? J'avais lu son nom dans le Lancelot-Graal offert par Harry à Noël, mais je ne m'étais pas attardée sur le personnage. Je n'en avais jamais entendu parler, et je me disais qu'il n'avait pas grande importance dans l'histoire. Je me suis finalement sans doute trompée.

Le cours était écoulé aux trois quarts quand j'ai vu le point de Harry se déplacer sur la carte du Maraudeur. Mais il ne se dirigeait pas ni vers la salle de Métamorphose, ni vers celle de Défense contre les Forces du Mal. En fait, il se dirigeait vers un couloir du cinquième étage, très rarement utilisé. J'ai donné un coup de coude à Hermione pour qu'on suive à deux. Le point de Harry s'est arrêté au milieu du couloir, puis il s'est avancé vers le mur et... a disparu. Nous nous sommes regardées, Hermione et moi, et au moment où on se demandait visiblement s'il fallait paniquer ou non, j'ai senti une vague émotionnelle rassurante à la signature familière, et un message est apparu sur le livre :

« Tout va bien, je suis entré dans une tour non répertoriée sur la Carte. C'est la Tour des Fondateurs. Je vais y rester un moment, d'après Seth (c'est le nom que Godric Gryffindor a donné au Choixpeau). Je suis déjà entré en contact avec Lady Hogwarts, mais elle insiste pour que je fasse reconnaître mon Héritage complet avant de me laisser les commandes. Le Choixpeau avait annoncé notre conversation initiale comme "rapide", donc ça m'étonnerait que je vous voie avant le déjeuner.

Pas de messages ni de réponse, s'il vous plait, je ne dois pas être dérangé. Je désactive temporairement la communication. Au fait, bonne idée, cette liste, Manon. Vous m'expliquerez cette histoire de Grand Druide ?

Soyez sages. »

« Crétin... » j'ai murmuré en français en voyant sa dernière ligne.

C'est lui qui disparaît complètement de la carte, vers un lieu que personne n'a du fréquenter depuis les Fondateurs, et c'est lui qui nous demande d'être sages ? Quel culot ! Bon, au moins, on sait où il est, qu'il va bien, et qu'il n'est pas prêt d'arriver. Heureusement, l'exercice de Métamorphose sera simple à expliquer.

Derrière moi, j'ai entendu Draco ricaner quand il a lu le message sur le carnet de Neville :

« Il a de l'humour, ton Gryffindor... Ce n'est pas comme si c'était lui qui disparaissait dans un endroit inconnu du château tandis que nous sommes gentiment en classe... »

Ah, tu vois, je ne suis pas la seule à le penser ! C'est Harry qui se retrouve plus que raison dans les ennuis, pas nous !

Nous n'avons pas eu de nouvelles jusqu'à la fin du cours de Défense. Nous avons prévenu McGonagall et Remus que tout allait bien, que l'absence de Harry était normale.

En DCFM, nous avons étudié le Patronus ! Pas beaucoup de monde est arrivé à faire un Patronus corporel, malgré les encouragements de Remus (« Harry y est arrivé à treize ans ! –Mais c'est un mage ! –Pas à l'époque, il avait relativement la même puissance que vous ! Vous avez deux ans de plus, pas de Dementor à l'horizon, il n'y a aucune raison que vous n'y arriviez pas... »). Du coup, je suppose que ceux qui n'y sont pas arrivés doivent se sentir un peu idiots.

C'est assez amusant, parce que nos Patroni, aux quatre mages présents, sont les formes que nous prenons en tant qu'Animagi. Pas de loutre, donc pour Hermione (je m'en doutais depuis que j'ai appris que c'est l'animal préféré de Rowling, tout comme Hermione est le personnage dans lequel elle s'est le plus investie...), mais une louve. La forme particulièrement agressive de nos Patroni a d'ailleurs surpris nos camarades de classe. Leur brillance aussi. Et visiblement, avoir un petit copain aide pas mal, parce que c'était ma panthère le Patronus le plus lumineux, et je l'avais alimentée avec le souvenir de nos moments ensemble. Et je ne sais pas sur quoi s'est basé Draco, mais il était proche second.

Parmi les autres étudiants, Parvati a produit une gazelle, très gracieuse et vive. Seamus a un ours, assez petit, mais plutôt trognon, je trouve. Mon léopard a voulu jouer avec lui, et il s'est caché direct derrière le renard de Neville. Pourtant, les Patroni sont plein de bonnes émotions, et pas agressifs pour un sou envers tout ce qui n'est pas basé sur la magie noire ou les émotions négatives.

Les autres Gryffindors (Ron, Dean et Lavender) n'y sont pas arrivés, mais ils ont produit un bon bouclier, donc Remus leur a simplement demandé de continuer à pratiquer : un Patronus corporel permet plus d'indépendance, puisque tant qu'on est concentré sur des émotions positives, le Patronus existera, et on pourra utiliser la baguette pour autre chose.

Parmi les Slytherins, seul Blaise est arrivé à produire un Patronus corporel : un loup, plus petit que celui de Hermione. Apparemment, les Patroni, comme les Animagi, respectent les instincts naturels primaires des animaux qu'ils représentent, puisqu'il s'est vite soumis à Icepaws, puis il s'en est désintéressé pour aller retrouver l'ours de Seamus, sans doute moins effrayant à ses yeux.

Du coup, je me demande si Harry a bien un cerf (Hermione m'a confirmé que c'était la forme qu'il prenait jusque là) ou si ça a changé pour le jaguar depuis que le verrou a explosé. Remus nous a dit qu'il était en train d'enseigner le Patronus à toutes les classes à partir de la cinquième année, même s'il n'exige de Patronus corporel qu'en septième année (et qu'il insiste lourdement dessus à partir de la cinquième année, donc).

Au déjeuner, nous avons donc demandé aux jumeaux s'ils avaient déjà travaillé le sort. Dommage, c'est non. Ils ont cours de DFCM le mardi et le mercredi, et Remus a décidé de commencer avec notre classe, en pensant que Harry serait présent et pourrait faire une démonstration. Bon, finalement, il en a eu quatre autres à la place. Parvati a passé le déjeuner à montrer sa gazelle, très fière d'elle. Je suis sûre que son bonheur de la produire suffit à la générer, tellement elle dégage de bonne humeur dans son aura d'émotions.

Je suppose qu'au fur et à mesure de la semaine, on va voir de plus en plus de Patroni dans la Grande Salle. Quand on a dit aux jumeaux que nos Patroni sont nos Animagi, ils ont compris pourquoi on ne les affichait pas tant. La plupart des étudiants ont beau savoir qu'un Patronus est une simple projection d'émotions positives, voir une panthère d'un mètre au garrot peut en effrayer plus d'un. J'ai pas envie de traumatiser les premières années... (Surtout parce que c'est Hermione qui doit les consoler, en tant que Préfète, et qu'elle me tuera si c'est à cause de moi qu'ils sont effrayés).

Nous étions en plein repas quand nous avons eu des nouvelles de Harry. Pas en le voyant nous rejoindre dans la Grande Salle, mais par nos livres de communication :

« Rejoignez-moi tous les quatre, les Fondateurs veulent vous rencontrer. Cinquième étage, aile Ouest, tapisserie avec le griffon, le serpent, le corbeau et le blaireau, annoncez vos noms, la tapisserie vous laissera le passage, vous êtes attendus. »

J'ai jeté un coup d'œil vers la table de Slytherin, où Draco venait de découvrir le message dans son propre livre. Il a soupiré, a annoncé quelque chose à Blaise, et nous a rejoints, Hermione, Neville et moi, au bout des tables devant celle des Professeurs.

« Tu as cours de quoi, cet après-midi ? je lui ai aussitôt demandé.

–Runes et Divination. »

Nous sommes allés voir McGonagall pour lui annoncer la "convocation" de Harry. Elle a froncé les sourcils :

« Et vous savez pourquoi ?

–Il n'a absolument rien dit, a dit Hermione.

–C'est assez malpoli de sa part, d'ailleurs, a dit Draco d'une voix contrariée. Juste "venez là immédiatement".

–Il était certainement pressé, j'ai répliqué pour le défendre. Nous ne savons pas combien de temps ça va prendre, du coup.

–Bien, je préviens vos professeurs de cet après-midi et votre directeur de maison, Mr Malfoy. Essayez d'être de retour pour le dîner et la réunion de ce soir. »

Soulagés d'avoir officiellement son autorisation, nous sommes partis. Évidemment, quatre mages qui quittent en même temps et en groupe la Grande Salle, ça a attiré les regards, mais bon, ça, va falloir sans doute nous y faire. Nous nous sommes rendus donc au cinquième étage. Je ne suis jamais allée à cet étage, et apparemment, Neville et Draco non plus. Hermione le connaissait via ses balades nocturnes avec Harry et Ron. Comme c'est un couloir peu fréquenté, il est pratique pour éviter les rondes des préfets ou de Filch (Rusard dans la traduction française, le concierge). Nous avons rapidement trouvé la tapisserie, et comme demandé, nous nous sommes annoncés.

Aussitôt, la tapisserie s'est écartée et nous a fait découvrir un passage secret, plutôt étroit mais éclairé régulièrement par des torches. Je ne sais pas pourquoi ces torches m'ont frappées à cet endroit, c'est le seul moyen utilisé pour éclairer les couloirs de Hogwarts. Peut-être à cause de l'étroitesse du passage. Ou parce que je me demandais ce qui m'attendait et que c'est dans ce genre de moment que tu notes les détails stupides et/ou inutiles.

Le passage montait raide, mais pas pendant longtemps. Nous avons vite atteint une deuxième porte, que Neville a ouverte avec hésitation. Draco a mis en avant qu'il était le seul Slytherin avec trois Gryffindors et que par conséquent, il n'y avait aucune raison que ce soit lui qui passe le premier. La galanterie est une valeur qui se perd, ma p'tite dame... Nous sommes arrivés dans ce qui ressemble à une suite. Et complètement surprenante pour Hogwarts.

C'est une pièce entièrement ronde, immense et lumineuse, avec de grandes baies vitrées sur une bonne moitié de la surface des murs, en face de nous. Il y a même un balcon au delà de ces baies vitrées. La pièce contient un grand salon suffisamment spacieux pour accueillir une quinzaine de personnes, avec ses deux canapés, ses fauteuils et ses poufs autour d'une table basse en métal et bois, un espace dînatoire avec la même capacité, une grande cuisine aménagée complètement ouverte sur la pièce (elle en occupe pratiquement un tiers, en fait), des bibliothèques le long des murs, une immense cheminée, des lustres au plafond, un ameublement étonnamment design, avec des matériaux bruts et plutôt nobles, mais dans un style résolument moderne. Les murs et le plafond sont blancs, avec des poutres apparentes en bois clair, les meubles sont en bois brut ou en métal brossé, les tissus sont noirs, bronze, or ou argent, et on trouve de nombreux livres et artefacts exposés dans les bibliothèques. Et au centre exact, un escalier tournant mène sur un étage.

Et comme une fleur, Harry tranquillement installé dans un des canapés, avec un déjeuner complet devant lui, en train de discuter avec... un tableau, disposé au dessus de la cheminée. Il se tourne vers nous à notre entrée, avec un immense sourire :

« Ah ! Désolé de vous déranger en plein repas, du coup, voilà de quoi le terminer. Installez-vous !

–Où sommes-nous ? a demandé Hermione.

–La tour des Fondateurs, je l'ai dit dans le carnet, non ? a répondu Harry en fronçant les sourcils, se demandant s'il avait oublié d'en parler.

–Mais encore ?

–Ici, c'est la Suite des Fondateurs. À l'étage, il y a les chambres, et encore au dessus, les espaces de travail. Aussi complet que Lions' Rock, sauf que c'est pour moins de dix personnes, alors que Lions' Rock est adapté pour une petite armée. »

Il a eu un léger rire. Nous nous sommes regardés, puis j'ai haussé les épaules et je me suis installée à côté de lui pour me servir dans les plats posés sur la table basse. Un bien meilleur repas que ce qui était servi dans la Grande Salle, si tu veux mon avis. Et j'ai regardé le tableau.

Quatre personnes, deux hommes, deux femmes, dans des tenues clairement médiévales. Un homme en rouge et or, l'autre en vert et argent. Une des femmes en bleu et bronze, et la deuxième en jaune et noir. Je crois que je n'ai pas besoin d'aller plus loin pour que tu devines de qui il s'agit. J'ai ouvert de grands yeux :

« Les Fondateurs de Hogwarts ? »

Ceux-ci ont ri, et Godric Gryffindor s'est incliné :

« Lord Godric Potter, dit le Gryffindor, pour vous servir, gente damoiselle. Voici ma noble épouse, Lady Rowena Ravenclaw, et voici nos amis, Lord Salazar Slytherin et Lady Helga Hufflepuff. Nous étions en train de faire connaissance avec notre descendant. Nous sommes surpris de découvrir qu'il aura fallu plus de mille ans pour que nos deux lignées se rejoignent.

–Avec la règle des Potter demandant de ne jamais épouser de Sang-Pur, ça a du compliquer les choses...

–Quoi ? s'est étonné Harry. Qu'est-ce que c'est que ça encore ?

–Tu demanderas les détails à Draco, c'est lui qui me l'a appris il y a dix jours.

–Merci du cadeau, Manon... » a protesté Draco.

Néanmoins, son inclusion dans la conversation l'a encouragé à se remettre du choc de l'endroit et de la compagnie, et il s'est installé dans un fauteuil en cuir doux couleur argent, et s'est servi à son tour. Hermione et Neville ont rapidement suivi. Harry a fait les présentations :

« Voici ma petite amie, Manon Nestral.

–Petite amie est un terme moderne pour désigner une jeune fille à qui on fait la cour ? a demandé Salazar en haussant un sourcil curieux.

–C'est un terme pour désigner une jeune fille avec laquelle on a une relation amoureuse qui n'est pas encore au stade des fiançailles. Ça vient après la cour, a répondu Harry avec un sourire.

–Vous pouvez avoir une relation sans vous fiancer ?

–Les mœurs se sont assouplies depuis votre époque, j'ai répondu. Harry et moi ne sommes pas fiancés, et pour l'instant, rien ne nous oblige à l'être un jour. Si on estime qu'on est bien ensemble et qu'on a finalement envie de consacrer notre vie à l'autre, alors on prendra cette décision. Mais généralement, on se laisse le temps de... tester... notre relation avant de prendre ce genre de décision. Harry et moi sommes ensemble depuis trois semaines, c'est un peu juste encore... »

Hermione et Neville ont eu un petit rire et Draco un reniflement méprisant. Les Fondateurs ont semblé intéressés par le sujet, mais ont sans doute reconnu que ce n'était pas le moment de l'approfondir. Rowena m'a demandé :

« Et qui êtes-vous ?

–Je suis Manon Descosses, Française et voyageuse temporelle. Ici, je porte le nom de Nestral, qui est le nom de ma mère, afin de protéger ma famille actuellement en France. Je viens d'une époque suffisamment récente pour qu'il y ait actuellement une petite Manon en train de grandir en France sans se douter que son futur est à Hogwarts en même temps. Je pensais jusqu'à ce voyage être une non-magicienne. Ma magie a été bloquée quand j'étais enfant. Expliquer pourquoi prendrait beaucoup de temps et n'explique pas qui je suis. J'ai débloqué ma magie en arrivant ici, et nous avons découvert que je suis une mage, doublée d'une empathe, et que je maîtrise l'élément feu. J'ai découvert également que j'ai parmi mes ancêtres Morgane la Fée, dont je suis descendante par la branche française. Apparemment, cela fait de moi une prêtresse et gardienne d'Avalon.

–Avez-vous été initiée aux mystères d'Avalon ? m'a demandé Godric.

–Non, sire. Je pensais approfondir ces connaissances et cet héritage cet été, quand je serai libre de mon emploi du temps d'étudiante à Hogwarts. Cela me laisse le temps de régler d'autres... soucis, entre temps.

–Oui, le jeune Lord Potter nous a parlé de ses mésaventures et de votre rôle, ces dernières semaines, a fait Rowena en hochant la tête. Êtes-vous héritière magique de certains membres d'Avalon ?

–Oui, madame : Morgane elle-même, mais aussi Viviane, Nimue et Galaad.

–Morgane ? a répété Salazar. Cela fait de vous une potentielle Grande Prêtresse, donc.

–C'est ce que j'ai découvert ce matin.

–Autre chose à votre sujet ?

–Pas à ma connaissance, sire.

–Bien. Et vous, gente damoiselle ? a fait le magicien en se tournant vers Hermione, installée de l'autre côté de Harry.

–Je suis Hermione Granger. Je suis également mage, et aussi analyste et mentaliste. Mon élément est l'eau. Je suis également descendante de Morgane, mais par sa branche britannique. Je suis héritière de Nimue. J'ai été élevée comme une Moldue jusqu'à l'âge de onze ans, mes parents ne maîtrisent pas la magie. Et à onze ans, j'ai reçu ma lettre pour Hogwarts, et nous avons découvert la magie. Je sais que je suis mage depuis trois semaines.

–Hermione Granger ? a répété Helga. Êtes-vous celle parmi vous qui êtes amie avec le jeune Harry depuis votre première année ici ?

–En effet, madame, a répondu Hermione en rougissant.

–Bien, a souri Helga avec affection. Et vous, jeunes hommes ? »

Neville et Draco se sont regardés, et Neville a fait signe à Draco de commencer.

« Je suis Draco Malfoy, héritier de la Très Ancienne et Noble Famille Malfoy. Je descends également de Morgane, par sa branche masculine, commençant avec Mordred. Je suis mage, avec une forte affinité pour la magie noire. Mon élément est l'air. Je possède mes pleins pouvoirs depuis dix jours, et je ne sais pas encore de qui je suis héritier magique. Je dois l'apprendre après-demain. Étant héritier d'une famille magique, j'ai toujours eu connaissance de son existence. J'ignore si Harry vous l'a dit, mais les Potter et les Malfoy ne sont naturellement pas alliés.

–C'était déjà le cas à notre époque, a répondu Godric. Je suis surpris de voir que vous vous entendez bien. »

Les deux garçons ont eu un petit rire, et Draco a répondu :

« Jusqu'aux dernières vacances, nous nous vouions une haine complète et réciproque. Puis Harry a débloqué ses pouvoirs, découvert l'Occlumancie, et appris à maîtriser ses émotions, ce qui l'a rendu plus raisonnable à ce sujet.

–C'est surtout le fait que Manon s'est toujours bien entendue avec toi, et que depuis qu'elle est là, tu nous as beaucoup moins insultés, Hermione et moi, a ajouté Harry.

–Sans doute ça y a joué aussi, a répliqué Draco avec son sourire narquois. Et il y a dix jours, en débloquant mes pouvoirs, nous avons également supprimé quelques mauvaises influences, dont certaines me demandaient justement de haïr Hermione et Harry. Du coup, depuis, sans être vraiment amis, nous avons des rapports plus courtois et civilisés, comme deux personnes issues de deux grandes familles nobles doivent en avoir, quelles que soient leurs alliances et opinions.

–Je suppose que vous êtes dans ma maison, a souri Salazar.

–En effet, Sire, a répondu Draco avec le même sourire. C'est d'ailleurs un immense honneur de vous rencontrer. De vous rencontrer tous les quatre.

–Oui oui, a répondu Godric avec un geste insouciant de la main. Et vous, jeune homme ? a-t-il demandé en se tournant vers Neville.

–Je suis Neville Longbottom, futur Lord Longbottom. Je suis mage et biologiste et mon élément est la terre. Les Longbottom sont issus d'une branche secondaire de Lancelot, ce qui fait que j'ai Lancelot et ses parents parmi mes ancêtres. Et je suis héritier magique de Lancelot, Galaad et Nimue. J'ai déjà été fait chevalier-mage.

–Excellent ! a souri Godric. Quelle est votre arme de prédilection ?

–L'épée, sire.

–Très bien ! Vous aurez donc sans doute l'opportunité d'apprendre à mon descendant à se servir de l'épée qu'il porte ?

–C'est prévu, » a souri Neville.

Il y a eu un léger flottement, puis Rowena a pris la parole :

« Jeune Harry nous a parlé de votre petit groupe de mages. Comme nous, vous représentez une extraordinaire complémentarité. Courage, intelligence, ruse, loyauté, ambition... Nous savons qu'un mage isolé est déjà quelque chose de rare, mais la présence de cinq mages en un endroit donné est quelque chose d'exceptionnel, et il est déjà écrit que vous aurez une grande destinée. Nous avons décidé de vous aider. Jeune Harry aura les privilèges sur le château, en tant qu'héritier magique et par le sang. Cependant, nous pouvons faire de vous également des héritiers magiques, et vous transmettre certaines de nos connaissances. D'après ce que nous entendons depuis ce matin, chacun d'entre vous quatre peut être désigné comme héritier d'un de nous quatre. Lord Potter, pouvez-vous récupérer la boîte dont nous nous sommes servis tout à l'heure ? »

Harry s'est levé et s'est avancé droit vers une des bibliothèques pour récupérer dans un rayonnage une boite en bois rectangulaire et plutôt plate. Une fois à nouveau assis, il a ouvert la boite et nous avons vu quatre petites sphères de verre coloré : rouge, jaune, vert et bleu. Chaque sphère peut tenir dans la main.

« Lord Potter a déjà acquis notre Héritage magique complet, a continué Rowena. Cependant, vous n'aurez pas droit à cet héritage complet, mais seulement à celui d'un d'entre nous. Les connaissances que vous acquerrez sont rares, et nous vous demanderons de ne pas les divulguer plus que raison. Lady Hermione, c'est vous qui hériterez de mes connaissances. Prenez la boule bleue. »

Harry a sorti la boule bleue de la boite et l'a posée dans la paume ouverte de Hermione. La sphère s'est aussitôt comme remplie de fumée, et Hermione a ouvert de grands yeux. Rapidement cependant, elle les a fermés, et son aura s'est teintée de curiosité et de soif de connaissance. Elle souriait, donc ce qu'elle voyait devait lui plaire. Puis la boule a repris son aspect translucide, et Hermione a ouvert les yeux. Immédiatement, elle s'est tournée vers Rowena :

« Merci, Dame Ravenclaw, c'est un précieux cadeau. »

Elle a reposé la boule dans son emplacement et s'est redressée, visiblement satisfaite. Harry avait un sourire complice, mais Neville, Draco et moi attendions d'en savoir plus. Hermione a du le comprendre, car elle a souri :

« Dame Ravenclaw avait des connaissances rares en magie de l'esprit, mais aussi en sortilèges et enchantements, et surtout comment les créer. »

Ah oui, en effet, ça peut se révéler extrêmement utile. Godric a pris le relais :

« Lord Longbottom, en tant que chevalier-mage, vous êtes mon héritier. Prenez la boule rouge. »

Neville a obéi. Comme avec Hermione, dès la boule placée dans sa paume, elle s'est remplie de fumée. Il est resté immobile un moment, jusqu'à ce que la fumée disparaisse et la boule retrouve sa transparence. Une fois la petite sphère rangée, Neville nous a regardés :

« Lord Gryffindor était le combattant. Ce que je viens d'apprendre compense largement les faiblesses de mon éducation sans père ou homme de l'Ordre de la Table Ronde. »

Harry a hoché la tête avec un grand sourire :

« Du coup, pour l'épée, ce sera aussi beaucoup plus facile : maintenant que j'ai la théorie, il me... suffira... d'apprendre à avoir la fluidité gestuelle qui vient avec la pratique. Sans compter toute la magie de combat. Sirius va avoir une bonne surprise dimanche ! »

Nous avons tous ri : Sirius a été très fier dimanche dernier de battre un mage Potter. Il a complètement refusé de tenir compte du fait qu'être mage ne suffit pas, il faut aussi avoir les connaissances et la condition physique. Harry est en train de récupérer petit à petit sa condition physique, et il a à présent certainement plus de connaissances qu'en ont eues son père et son grand-père avant lui.

Helga a pris la parole, attirant à nouveau notre attention :

« Mon héritière est Lady Manon, avec son empathie et sa loyauté. Prenez la boule jaune. »

J'ai obéi et découvert qu'au contact de ma paume, non seulement la boule se remplit de fumée, mais prend aussi une douce chaleur. Puis ça a été un déluge d'informations dans mon esprit, et j'ai été très heureuse d'avoir un paysage mental bien construit qui m'a permis de rapidement les assimiler et les classifier. Helga Hufflepuff était la voyante et la guérisseuse du groupe. J'ai appris en quelques minutes l'équivalent d'années d'apprentissage en médicomagie, et j'ai également découvert comment utiliser mon potentiel de divination, hérité par Viviane. Notamment, j'ai découvert que la formulation des prophéties est importante, parce que c'est elle qui permet à d'autres personnes disposant du don de divination de les interpréter correctement : les mots provoquent des images mentales. J'ai hâte de tester ça avec la prophétie de Dumbledore.

J'ai reposé la boule dans son emplacement, et j'ai expliqué :

« Me voilà avec des connaissances à faire baver de jalousie Pomfrey. Et Trelawney. Et Susan, puisque visiblement, Lady Hufflepuff était également très douée au tir à l'arc et a estimé intéressant de transmettre les bons gestes et la bonne technique. Lady Hufflepuff ? Neville est aussi héritier de Galaad. Est-ce que je pourrais lui transmettre certaines de vos connaissances ?

–Bien sûr. Mes connaissances sont pour la plupart issues de cet héritage, a acquiescé Helga. Cependant, si le jeune Neville est un véritable Gryffindor, ne perdez pas de temps à lui enseigner tous les domaines de la médicomagie et focalisez-vous sur ce qui peut servir pendant ou après un combat. »

J'ai hoché la tête avec un sourire, appréciant le conseil, et je me suis tournée vers Neville :

« Tu vas aimer : beaucoup de soins d'urgence se font avec des plantes quasiment à l'état brut. Je viens de plus que rattraper ce qui me manquait en Herbologie. »

Neville a eu un petit rire. Enfin, Salazar a pris la parole :

« Et donc, jeune Lord Malfoy, étudiant de ma maison, vous êtes également mon héritier. Il vous reste la boule verte. »

Draco a hoché la tête et pris la sphère que lui tendait Harry. Quelques minutes plus tard, il souriait également :

« Potions. Et magie noire. Tout ce que j'aime. Et l'épée également. Père m'avait enseigné les bases, il estime que ça fait partie du prestige de la noblesse, mais ce sont de jolies danses de cour, par rapport à ce que je viens d'apprendre.

–Et encore, a souri Salazar, j'ai du panache et de l'élégance, par rapport à la brutalité de Godric.

–Ma... brutalité me permet de gagner chaque combat que nous engageons, cher ami, a ricané Godric.

–Vous n'avez plus d'épée aujourd'hui, alors inutile de vous pavaner, l'un comme l'autre, a tranché Rowena en voyant Salazar prêt à répondre. Bien, jeunes gens, maintenant que vous avez découvert ces connaissances, si vous retourniez en classe, pour d'autres connaissances ?

–Pourrons-nous vous parler à nouveau ? j'ai demandé.

–Bien sûr. Ce tableau est notre seul tableau, ici, a répondu Godric. Et cette suite est celle de l'Héritier. Jeune Harry y loge donc, désormais. Vous pourrez nous rencontrer dès que vous lui rendrez visite. »

Nous avons tous ouvert de grands yeux stupéfaits, puis j'ai éclaté de rire :

« Ah donc cette histoire de meilleure suite du château est vraie ! Harry, je peux venir ici ? » j'ai demandé d'un ton aguicheur.

Ça les a fait rire tous les quatre, et Harry m'a attirée plus près de lui avant de m'embrasser sur le front. Nous n'avons pas eu beaucoup d'intimité, depuis ce qui s'est passé la semaine dernière. C'est de ma faute : j'ai du mal à accepter qu'on me touche après ce que je viens d'apprendre. Un peu comme un complexe de la victime de viol, mais avec presque quinze ans de retard.

« Ça m'étonnerait que McGonagall soit d'accord, a répondu Harry, mais tu sais que tu es la bienvenue. C'est valable pour tous les trois aussi, d'ailleurs : il y a des salles d'entraînement, un laboratoire de potions équipé, une bibliothèque... Draco, la bibliothèque contient une grande partie de la collection de Salazar, dont les livres ont été considérés comme trop dangereux pour quitter l'école pour des collections privées ou être mis à disposition des étudiants, même dans la Réserve.

–Bien. Ça veut dire que Dumbledore ne les connaît pas.

–Non, certainement pas. Seul un héritier peut s'installer ici, même s'il est issu d'un seul des quatre fondateurs. Les Potter ont souvent utilisé la suite au fil des siècles, mais Dumbledore n'y a jamais eu accès.

–À ce sujet ! je me suis exclamée. Est-ce que Tom Marvolo Riddle est également votre héritier magique, Lord Slytherin ? »

Salazar a fait une grimace :

« Le jeune Potter aurait du préciser que seuls les héritiers magiques peuvent s'installer ici. Cela fait longtemps que je ne reconnais plus les Gaunt et leur descendance. Ils ont préféré miser sur l'exclusivité du sang sorcier plutôt que sur la continuité à long terme de la lignée. Je n'aurais pas eu la chance d'avoir un enfant avec ma charmante Helga, le sang de Slytherin aurait complètement disparu.

–Vous ne prônez pas la pureté du sang et le fait que la magie doit être réservée aux sorciers de souche ? a demandé Draco en fronçant les sourcils.

–Cela vous déçoit-il ?

–Non, c'est juste ce qu'on nous apprend de vous. On m'a toujours dit que Slytherin était la plus grande maison de Hogwarts parce que c'est la seule à refuser les Nés-Moldus.

–Je ne refuse pas les Nés-Moldus en soi. Je pense simplement que leur intégration devrait se faire différemment. Déjà, un Né-Moldu est une menace pour le Secret Magique. À notre époque, cela ne posait pas trop de problèmes : il n'y avait pas de loi à ce sujet, juste de la prudence élémentaire, et si un noble d'un certain rang décidait d'assumer l'éducation d'un enfant, ses parents ne se posaient pas de questions. L'enfant était amené ici, et il envoyait de temps en temps des lettres enjouées où il racontait que tout ce qu'il apprenait était merveilleux, et il avait pour interdiction de parler de quoi que ce soit, même à ses parents ou sa fratrie. Aucun non-magicien n'avait donc à connaître l'existence de la magie. Grâce à la fréquentation de cette suite par les Potter, nous avons appris peu à peu que cela était de moins en moins possible. Je suppose que les parents de Miss Granger sont tout à fait au courant du don de leur fille.

–Bien sûr, a répondu Hermione en fronçant les sourcils. Ils ont le droit de savoir pourquoi ils paient une école privée.

–Voilà la différence entre votre époque et la mienne. A l'époque, un Né-Moldu était parrainé par un sorcier, qui était celui qui prenait en charge le coût de l'éducation. Les parents non-magiciens ne payaient rien. Je suppose que cela ne devrait pas trop être compliqué, même aujourd'hui, d'expliquer à des parents que leur enfant a un don rare, une grande intelligence, un don pour un certain art, une certaine science, qui justifie l'envoi en pensionnat, sans pour autant trahir le secret magique. C'est ce que je prônais.

–Pourquoi il n'y a pas de Nés-Moldus à Slytherin ?

–Il y en avait quand l'intégration des Nés-Moldus commençait obligatoirement par une année préparatoire, avant même l'entrée réglementaire à Hogwarts. Ils pouvaient ainsi découvrir les us et coutumes des sorciers et s'intégrer plus facilement. Je demande à mes étudiants d'avoir de l'ambition pour le monde sorcier. Ce n'est pas quelque chose que l'on trouve dans l'esprit d'un enfant qui découvre ce monde depuis moins de deux mois. J'ai cru comprendre qu'il y avait toutefois des exceptions ?

–Oui, a répondu Draco. Il y a une Née-Moldue dans mon année, mais c'est la seule de toute la maison, pour l'instant.

–Et le motif de votre dispute avec les trois autres fondateurs ? j'ai demandé.

–La magie noire. Je voulais qu'on puisse offrir une initiation à la magie noire à partir de la troisième année, afin d'en découvrir les principes fondamentaux, et l'enseigner véritablement à partir de la sixième année. Mes trois amis ont estimé que ce sont des connaissances trop dangereuses à mettre entre les mains de mineurs. Mon but n'était pas que chaque sorcier puisse pratiquer la magie noire, car je reconnais qu'elle entraîne chez la plupart une soif de pouvoir malsaine. Je voulais simplement qu'on reconnaisse que la magie noire n'est pas une magie de meurtriers, et que toute magie est avant tout basée sur l'intention. On peut guérir avec la magie noire et tuer avec la magie blanche. L'enseignement véritable de la magie noire à partir de la sixième année ne se serait fait qu'avec des étudiants triés sur le volet.

–Où est le désaccord ? a demandé Draco. Cela me semble raisonnable.

–Raisonnable pour vous qui êtes mage comprenant instinctivement la magie noire, a répondu Rowena, mais ce n'est pas le cas des sorciers. Ce sont des connaissances beaucoup trop sensibles pour être enseignées dans une école. Nous préférons, pour ce genre de connaissances, tout comme pour les connaissances dont vous avez tous héritées aujourd'hui, les réserver à des apprentis, après l'école et hors contexte scolaire. Des personnes que nous avons choisi personnellement et que nous pourrons accompagner pendant des années. Enseigner la magie noire pendant deux ans à un groupe nous a semblé... mal avisé.

–Mais il y aurait pu y avoir quand même l'initiation à la magie noire, dans ce cas. Juste la phase de démystification.

–Qui était comprise dans d'autres cours, a répondu Godric, notamment les cours axés sur le combat, la défense ou le soin. Il n'était pas utile d'avoir un cours dédié à ce sujet. Cela n'aurait fait que rendre cette magie encore plus singulière. Nous avions déjà prévu de distribuer des avertissements concernant certains sorts, comme les sorts de découpe ou d'explosion. Nous pensions qu'il était plus sage d'aborder la magie noire de la même façon.

–Vous le regrettez ? a demandé Harry.

–Oui, a reconnu Godric. Avec les mentalités qui se sont beaucoup trop moralisées, ces avertissements concernant la magie noire sont simplement devenus une interdiction pure et simple de sa pratique. Un vrai cours où on aurait pris le temps de parler de ce que c'est, de son rôle et de son utilisation aurait permis d'éviter cette mentalité.

–Donc nous ne vous trahirons pas si nous demandons à notre directrice actuelle la possibilité d'aborder la magie noire, pour l'instant dans le cours de défense contre les forces du mal, puis si possible dans un cours dédié ? a demandé Hermione.

–Tant qu'il ne s'agit que de connaissances générales destinées à reconnaître ce qu'est vraiment la magie noire, non, a répondu Rowena.

–D'où te vient cette idée ? a demandé Harry à Hermione.

–Nous avons eu un débat intéressant à ce sujet en Métamorphose, ce matin. »

Hermione et Draco ont raconté à Harry ce qui s'était passé en cours ce matin : les Impardonnables, et les Patroni. Harry a semblé intéressé. Lui aussi avait aimé l'explication de Draco dans l'infirmerie il y a dix jours, et il pensait que c'était dommage que tout le monde n'en bénéficie pas. Cela permettrait d'éviter de taxer quelqu'un de mage noir pour un sortilège sortant un peu des sentiers battus, ou des compétences rares (comme le Fourchelangue, mais je dis ça, je dis rien...). Lorsqu'on a expliqué que nos Patroni prennent la forme de notre Animagus, il a à son tour lancé son Patronus. Et nous avons vu un jaguar. J'ai soupiré : je ne verrai jamais le beau cerf.

« Pourquoi ça te déçoit autant ? a souri Harry.

–Parce que ton Patronus en forme de cerf est aussi célèbre que ta baguette à la plume de Phoenix ou ta cicatrice, dans les livres et les histoires additionnelles. »

Je n'emploie jamais le terme "fan-fiction" avec eux. Je crois que j'ai peur de leur réaction au terme de "fan". Ils m'ont regardée bizarrement et j'ai haussé les épaules :

« J'y peux rien ! Ce sont les livres ! Les trois ont leur importance dans l'histoire !

–Ma cicatrice et ma baguette sont liées à Voldemort, d'une certaine manière. C'est le cas de mon Patronus ? a demandé Harry en fronçant les sourcils.

–Non, j'ai répondu avec un sourire rassurant. Mais dans les livres, il n'est jamais question de ton héritage. Le cerf, c'est Prongs, un des rares liens que tu as avec ton père. À présent, tu as d'autres moyens de te lier à nouveau à l'histoire de ta famille et de ton père, donc ce n'est pas si grave si tu n'as plus le cerf. L'avantage, c'est que tu n'étais pas là en cours aujourd'hui, et que personne ne sait que ton Patronus n'est plus ce cerf. Donc, si tu en as besoin un jour alors que tu as besoin de rester anonyme, il ne te trahira pas. »

Harry a semblé songeur un moment, puis a hoché la tête :

« Et personne n'a posé de question par rapport à vos Patroni ?

–Si, bien sûr, a répondu Neville. Nous avons dit que c'était des animaux normaux, mais que la taille était due au fait que nous sommes mages, certainement. J'ai un renard et Draco un hibou, c'est pas plus choquant d'une antilope ou un ours. Blaise aussi avait un loup. Il y a juste la panthère qui a surpris, mais Manon a haussé les épaules, en disant que les panthères l'avaient toujours fascinée plus que beaucoup d'autres animaux.

–Tu ne leur as pas dit que c'était parce que tu ronronnais bien quand on savait te caresser ? » s'est moqué Harry.

J'ai rougi. Honnêtement, y a pas beaucoup moins subtil que ça. Et Neville ne m'a pas aidée :

« Je crois qu'après la discussion sur le Kama Sutra au dîner de reprise, elle est prudente...

–Vous parlez de Kama Sutra à la table des Gryffindors ? est intervenu Draco avec un sourire. Mais c'est que les Lions sont plus intéressants qu'on le pense... Qui en a parlé ?

–Devine... j'ai grogné. Lavender et Parvati, qui veux-tu que ce soit d'autre ? Elles me demandaient des détails sur ma vie sexuelle. J'ai eu la bêtise de dire que j'avais entendu dire quelque part que le Kama Sutra sorcier était différent du Kama Sutra non sorcier et qu'on avait l'intention de tester. En fait, j'en savais rien du tout, je voulais juste les choquer pour qu'elles arrêtent. Et non seulement je découvre que c'est en effet le cas, mais elles me parlent des différentes positions. Je ne connais même pas le Kama Sutra normal ! Et toi, Harry, je te jure que si tu parles de cette histoire de ronronnement en public... Archimage ou pas, tu vas sentir ma fureur...

–Transforme-toi et essaie de ne pas ronronner pendant cinq minutes, » m'a défiée Harry en guise de réponse.

J'ai plissé des yeux, méfiante. Je sais qu'à chaque fois qu'il a voulu caresser Flamme, ça a marché : en deux secondes, je ronronnais plus fort qu'un moteur. Mais c'est Harry. Flamme est encore plus sensible aux auras que moi, d'une certaine manière, et répond également à ça. Quand Harry me caresse, il le fait avec ses mains, mais aussi avec ses émotions et sa magie. Même humaine, j'y suis sensible, alors forcément, en tant que chat... Harry a eu un sourire machiavélique :

« Draco, tu as déjà vu Flamme ?

–Non. Quand je lui ai montré Duke, elle a dit que Flamme serait trop déboussolée dans une salle de potions.

–Pas faux. Tu aimes les chats ?

–Plus que les chiens.

–Manon ? Flamme doit résister cinq minutes à Draco. Pas à moi, je sais que tu ne vas pas y arriver. »

Je les ai regardés tous les deux. Harry était moqueur et impatient de me montrer qu'il avait raison, et Draco curieux et amusé. Neville et Hermione aussi étaient amusés. Dans leur aura, ça se voyait qu'ils pensaient que j'allais perdre lamentablement... Bon sang, je passe pour un gentil chaton qui ronronne dès qu'on le câline... Je suis une panthère deux fois plus grosse qu'une panthère normale, avec des griffes extra-longues et extra-acérées, une mâchoire assez puissante pour porter une proie comme une antilope en haut d'un arbre, je peux courir vite, sauter haut, et on me prend juste pour un chaton ronronnant... C'est... vexant.

« Hermione, c'est toi qui chronomètres.

–Tu ne me fais pas confiance ? a demandé Harry d'un ton trop angélique.

–Non, » j'ai répondu, catégorique, ce qui l'a fait rire.

Je suis peut-être vexée (et je le suis vraiment...), mais j'aime bien le voir comme ça, joueur et détendu. Bon, pour le coup, c'est à mes dépends, mais ça change du Harry trop sérieux qui pense que le poids du monde est sur ses épaules. Là, c'est juste un ado qui se fout de la gueule de sa copine. Il a quinze ans, quoi.

Je me suis donc levée et je suis allée derrière le canapé, où il y a plus d'espace, avant de me transformer.

Les odeurs de la pièce sont étranges. Il y a du très vieux qui côtoie du neuf. C'est déroutant. Et je reconnais les odeurs de Harry et Hermione, mais je ne connais pas encore les deux autres. Neville était déjà transformé la fois où il m'a vue, et ça change son odeur. Doucement, je m'avance vers lui pour le renifler.

« Ça va Manon ? » me demande-t-il.

Oui, je vais bien. Je veux juste connaître ton odeur. Il tend une main vers moi et je la renifle un instant, avant d'y appuyer le museau. Il me caresse légèrement, et je m'éloigne vers l'autre garçon, de l'autre côté du salon.

« Harry, enlève ta main, tu triches ! »

Je m'immobilise. C'est la voix de Hermione. Je me tourne vers Harry et je le vois la main tendue vers moi, à quelques centimètres à peine de mon pelage. Je sens à la fois sa culpabilité, son amusement et son désir. Il a vraiment envie de me caresser. Je m'esquive rapidement, et j'entends, avec mes oreilles de félin, son grognement frustré. On joue, Harry, c'est toi qui l'as voulu. Je m'approche de Draco. C'est la première fois qu'il rencontre Flamme. Je le vois ébahi et admiratif. Il lève les yeux vers Harry :

« Bolt est beau, mais Flamme est magnifique. Beaucoup plus légère et gracieuse.

–Et tous les deux sont compagnons, dit Harry d'une voix neutre.

–T'inquiète, je n'ai pas envie de te piquer ta copine. Je dis juste qu'elle est belle, c'est un fait, » répond Draco d'une voix indifférente.

Il est sincère. Il n'y a aucun désir, aucune convoitise, dans son attitude. Il est juste admiratif. Il tend la main, mais s'arrête à quelques centimètres de moi.

« Je peux ? »

Ben oui... C'est le but du jeu... Je pousse sa main avec mon museau pour la guider vers le haut de ma tête. Il sourit et la fait glisser sur le pelage. Je m'approche plus près et je me couche sur le flanc, à ses pieds. Il rit :

« C'est vrai que tu n'as pas l'air très dangereuse, comme ça. »

Je tourne vivement la tête vers lui, avec un petit rugissement. Je le vois se raidir. Ah ! Avec lui, ça marche ! Les autres, c'est parce que ce sont des Gryffindors inconscients, certainement. J'entends le rire de Harry et je tourne la tête vers lui :

« Oh oui, ma belle, tu es une terreur... »

Il triche : il me caresse de sa voix, de son regard, de ses émotions, de sa magie. La main de Draco n'est rien à côté de ça, juste une taquinerie dans ma fourrure. Draco s'en rend compte, d'ailleurs, parce qu'il rigole :

« Manon serait humaine, je suis sûr qu'elle considérerait ton attitude comme de l'allumage.

–Je suis certaine que Flamme aussi, réplique Hermione. Harry, tu remontes tes boucliers émotionnels et tu te tais. Mieux, tu montes tes boucliers et tu sors de la pièce.

–Ah, je n'y suis pour rien si elle est trop sensible !

–C'est une panthère ! Quand je parle à Crookshanks comme ça, il ronronne déjà avant même que je le touche. Et c'est juste un familier, pas mon compagnon. Alors tu es fair-play, et tu l'ignores. Je suis sûre que tu as des tas de choses à échanger avec tes aïeux. »

J'entends les garçons rire et des exclamations outrées venir d'un endroit bizarre. Au dessus de la cheminée. Il y a des créatures au dessus de la cheminée ? Je dresse les oreilles et je me tends, attentive.

« Qu'est-ce qu'elle a ? » demande Draco.

Je ne lui accorde pas d'attention. Hors de question que je manque l'apparition des créatures. Elles doivent être toutes petites !

« Manon, c'est un tableau, fait la voix de Harry. Flamme ! Écoute-moi ! »

Je tourne la tête vers lui, frustrée. Il tend la main vers un cadre :

« C'est un tableau. Tu te souviens ? Un tableau magique, avec des représentations de sorciers, qui peuvent bouger et parler. »

Je penche la tête. Ah oui. Le souvenir est loin. Si loin des préoccupations d'une panthère, comme de savoir reconnaître son environnement ou les autres personnes à proximité. Ou apprécier la main qui se promène dans sa fourrure. Les doigts sont légèrement crochetés, et massent la peau en même temps qu'ils caressent. Je me détends, sors de ma tension de chasse, et me rallonge.

« Elle est bien nerveuse, fait une voix de femme en provenance du tableau.

–C'est son empathie, » explique Harry.

Je décroche de l'explication. Je m'en moque en fait, je sais déjà pourquoi je réagis comme ça : je suis Flamme avant d'être Manon. Mais ce dont je me moque moins, ce sont les accents calmes de la voix de Harry, l'affection qu'il a quand il parle de moi. Et toujours la main dans mon pelage. Je suis bien.

« Elle ronronne, » fait la voix de Draco, tout sourire.

Ah ? Ah oui, je ne m'en étais même pas rendue compte.

« Deux minutes et vingt sept secondes, dit Hermione, et je la vois essayer de contenir son amusement.

–Ah, chérie, on est loin des cinq minutes, » dit Harry en riant franchement.

Mais son aura dégage toute son affection, et je ferme les yeux en ronronnant un peu plus fort. Hermione rit à son tour, puis déclare :

« Bon, Manon, test largement échoué, et si tu nous revenais ? »

Tant pis, j'étais bien. Je me lève pour m'écarter de Draco et retrouve ma forme humaine.

Je suis allée immédiatement m'asseoir contre Harry dont j'ai quémandé la tendresse. Heureusement, il ne s'est pas fait prier. Rapidement, Hermione a rappelé le conseil de Rowena Ravenclaw : retourner en classe. Hermione, Draco et moi avons Runes, alors que Neville et Harry sont libres jusqu'à leur heure de Divination. Ils décident tous les deux de rester dans la suite, pour commencer à exploiter la salle d'entraînement. Harry nous prévient que nous pouvons accéder à la suite quand nous voulons. Le mot de passe du moment ? Purr (ronronnement...). Je vais l'étriper, un jour. Au moins, ça aura fait rire tout le monde.

La journée se serait arrêtée là, j'aurais pu dire qu'elle s'était beaucoup mieux terminée qu'elle n'avait commencé. Mais ce n'est pas le cas.

Hermione et moi étions dans la suite de Harry en train de discuter avec Rowena de magie de l'esprit, après être revenues du cours de Runes. Depuis les vacances, Hermione travaille sans relâche la magie de l'esprit pour réussir à créer une sorte de réseau de télépathie entre nous, un peu comme ce que Harry et moi faisons avec l'empathie, sauf que cela fonctionnerait avec nos pensées. Du coup, comme je suis aussi héritière de Nimue, elle m'a incluse dans la conversation avec Rowena. En plus, je sais comme ça fonctionne avec l'empathie, et on veut savoir si c'est reproductible avec les pensées.

Brusquement, j'ai senti une vague de terreur en provenance de Harry. Je n'avais jamais ressenti une peur aussi intense. Puis, rapidement, dans nos livres ouverts (nous notions au fur et à mesure nos idées), une seule phrase est apparue, de la main soignée de Draco :

« Harry a une prophétie. »

Merde. C'est la première pensée qui m'est venue. Il est lui aussi héritier de Viviane, et il a lui aussi reçu les connaissances de Helga en matière de Divination. Nous avons répété la phrase à voix haute pour la Fondatrice, et elle a hoché la tête sérieusement :

« C'est toujours choquant, la première fois. Lady Manon devrait le rejoindre. Entre son empathie et leur lien affectif, elle sera à même de l'aider. Et s'il lui récite la prophétie, elle pourra aussi en partager l'interprétation. Les prophètes sont généralement seuls, et c'est ce qui rend leur tâche si lourde. Profitez d'être deux. »

J'ai plié en vitesse mes affaires, sauf la Carte du Maraudeur, et je me suis précipitée vers la tour de Divination (c'est pour ça que j'avais besoin de la carte : je me servais des points de Harry et de sa classe comme boussole). Quand j'ai déboulé dans la classe, c'était le grand chambardement : Harry était entouré de ses amis, Draco à une distance respectable mais quand même attentif, et la professeur de Divination aux petits soins pour son si étrange élève.

Elle est vraiment aussi loufoque qu'elle est décrite dans les livres. Il n'y a que ses yeux qui font moins peur que dans les films, sinon, c'est le même empilement de châles et de breloques, les mêmes couleurs passées, les mêmes cheveux d'un auburn déteint... Elle survolait presque littéralement Harry, l'étouffant de paroles et de ses châles.

Je l'ai poussée pour me faire une place, et elle m'a lancée un regard noir :

« Vous n'êtes pas une de mes élèves...

–Je n'ai pas besoin de vos feuilles de thé pour avoir le don de divination, j'ai répondu sèchement, avant de me concentrer sur Harry : Eh, chéri, je suis là... Est-ce que ça va ?

–Les possibles... Les possibles sont horribles... »

J'ai froncé les sourcils, puis j'ai levé les yeux vers Neville, qui faisait heureusement partie du groupe d'amis qui l'entouraient :

« Il l'a récitée à voix haute ?

–Oh, il l'a presque hurlée, en panique. C'était pas beau. Et à la fin, il s'est mis à pleurer, avant d'entrer dans cet état de choc.

–Quelqu'un a-t-il eu la présence d'esprit de noter la prophétie ?

–Oui. »

Il m'a tendu son carnet de communication et j'ai vu une prophétie, plutôt longue, de la main de Draco. Il maintient les apparences de Slytherin distant, mais il fait attention. Béni soit-il. J'ai commencé à la lire et j'ai écarquillé les yeux : les mots provoquaient des images, des sortes de visions. J'ai brusquement rejeté le carnet, effrayée.

« Manon ? s'est inquiété Neville en le ramassant. Tout va bien ?

–Désolée, j'ai été surprise. Une prophétie horrible, tu dis ? Je vais m'asseoir avant de lire. »

Je me suis installée dans un pouf libre, et j'ai récupéré le carnet avec un faible sourire de remerciement. Je le sentais mal. Très mal. Ce n'était pas de la voyance, juste un pressentiment. La réaction de Harry, la panique des autres autour... Ce n'est pas bon signe du tout. J'ai inspiré un bon coup, et j'ai commencé la lecture. J'ai demandé à Draco de te faire une traduction. Je ne peux pas poser les yeux sur les mots sans avoir les images. La version française me donne presque la même réaction, un peu affaiblie par la traduction. Donc feuille agrafée, pour ne pas que j'ai à l'écrire.

Quand les éléments seront réunis, quand la magie sera maîtrisée,
Quand les deux héritiers des anciennes croyances seront choisis,
Quand la magie noire et la magie blanche seront à nouveau alliées,
Viendra le temps de la libération pour les Cinq.
Alors sera annoncé le temps de la renaissance, de l'espérance et de la foi.
Alors sera annoncé le temps de l'égalité et de l'humilité.
Les Cinq unis traverseront les épreuves, les flammes et la douleur,
Et lorsque enfin ils seront complets,
Ils deviendront les porteurs de cette nouvelle ère.
Les éléments réunis, la magie maîtrisée, annoncent les Cinq nouveaux Seigneurs.
Les Cinq divisés traverseront les épreuves, les flammes et la douleur,
Et lorsque les tensions seront apaisées,
L'équilibre du monde sera atteint.
Les connaissances maîtrisées, la magie partagée, annoncent la Cinquième Ère.

C'est une prophétie, ce n'est pas à prendre au sens littéral. Quand j'ai lu cette prophétie, des images ultra-violentes me sont venues : guerre, mort, destruction, douleur... Mais aussi la paix, l'espoir, la vie. Si j'ai bien compris, on va devoir traverser l'enfer avant d'atteindre la paix. Et cette prophétie nous concerne bien : c'est nous que j'ai vu dans les images qu'elle a provoquées. Brr... Je savais qu'en étant cinq mages, on avait une destinée, mais je ne suis pas sûre d'avoir envie de vivre celle-là.

La lecture de la prophétie m'a plongée dans pratiquement le même état de choc que Harry, et sur le coup, j'ai complètement oublié que j'étais dans une salle de classe, dans un cours auquel je n'appartiens même pas... Puis j'ai senti quelqu'un me prendre par les épaules, et ça m'a ramenée sur Terre. C'était Neville, en face de moi :

« Eh ! Manon ! »

J'ai secoué la tête pour m'éclaircir les idées, puis j'ai regardé autour de moi. Tout le monde était silencieux à présent, et nous regardait avec un mélange de curiosité et de frayeur.

« J'ai... J'ai réagi comment ? j'ai demandé.

–Tu étais paralysée, et tu criais. Dis-moi que ça ne nous concerne pas...

–Désolée, j'ai grimacé. Et Harry ? »

Neville s'est décalé. Harry était toujours sur son pouf, les jambes repliées contre lui, la tête appuyée sur ses genoux, cachant son visage.

« Il refuse de bouger, m'a expliqué Neville.

–Helga a dit que la première prophétie a un effet violent sur la personne qui l'émet. Et celle-là n'annonce pas des licornes et des papillons, alors ça peut se comprendre.

–Les... Les épreuves, les flammes et la douleur ?

–S'il n'y avait que cette ligne qui faisait peur, je crois qu'il s'en remettrait. Dès les éléments réunis, ça part en vrille. Je peux avoir quelque chose à boire ? »

Une tasse de thé a été placée dans mes mains, et je l'ai bue rapidement, en me moquant complètement de la chaleur du liquide. Puis je me suis levée et je me suis agenouillée devant Harry. Bon, à moi de prouver que je suis une empathe à présent. J'ai émis une vague d'apaisement, principalement vers Harry, mais aussi en direction du reste de la classe. Ça a marché pour tout le monde, puisque j'ai senti la frayeur disparaître. Mais Harry s'est à peine détendu. Alors j'ai fait courir mes mains dans son dos, comme une caresse, et j'ai murmuré des paroles rassurantes, avec des mots doux, des choses du genre : « tout va bien se passer » ou « nous sommes ensemble », « à cinq, on va y arriver »... Des paroles un peu creuses, mais l'idée était surtout qu'il comprenne que cette fois, il n'est pas seul dans la galère. Nous sommes cinq. Finalement, il a redressé la tête et m'a regardé avec colère :

« Tu as vu toi aussi la souffrance.

–Je l'ai vue, chéri, mais nous sommes cinq. J'insiste dessus, parce que c'est important. Nous ne sommes pas seuls, chacun dans notre coin.

–Il n'y aura pas de paix pour nous tant que nous ne serons pas... complets. Et je n'ai pas envie d'être complet si c'est de cette manière.

–Et pourtant, c'est ce qu'on va faire. Parce que c'est nécessaire. Parce que si tu veux vivre ta vie tranquillement, tu n'as pas le choix. On va le faire, et on va y arriver. Il n'y a pas de date donnée, mais il n'y a pas d'alternative, alors on va le faire, et on va réussir, parce que nous sommes comme ça. On va y arriver. Ça nous prendra un an, cinq ans, dix ans, vingt ans... peu importe, on va y arriver. Je n'ai jamais accepté l'échec, et ça m'étonnerait que Malfoy accepte aussi d'échouer, et il est impliqué. Et Hermione aussi n'acceptera jamais. Et tu sais que toi et Neville non plus n'accepterez pas d'avoir traversé tout ça pour rien. Nous sommes cinq ! »

Cette fois, il me regardait plus calmement. Il commençait à reprendre pied. Il a soupiré :

« Et qu'est-ce que tu fais là ?

–Je suis empathe et tu es mon petit ami. Il me faut plus qu'un château d'écart pour ne pas percevoir quand tu es dans une telle détresse. »

Il a eu un petit sourire.

« Ça va mieux ? » j'ai demandé.

Il a hoché la tête et comme pour le prouver, il a (enfin !) déplié ses jambes en respirant plusieurs fois profondément.

« Tu te sens de finir le cours ?

–Oui.

–Pas d'héroïsme, d'accord ? Si tu te sens mal, tu sors d'ici, et tu rentres chez toi ou à l'infirmerie. Et pour la prophétie, ne la laisse pas te travailler. Tu sais que les images qu'elle envoie ne sont pas à prendre littéralement et ne sont qu'un complément d'interprétation aux mots. On va y réfléchir tous ensemble, hors de question que tu te laisses obséder par elle. OK ?

–Est-ce que j'ai le choix ? a demandé Harry avec un petit sourire.

–Non. Neville, tu le surveilles ?

–Compte sur moi.

–Super. Vous savez où nous trouver, Hermione et moi, après les cours. À tout à l'heure. »

J'ai hésité quand même à quitter la classe. Harry me faisait de la peine. J'avais envie de le serrer contre moi jusqu'à ce qu'il soit vraiment bien.

« C'est bon, Nestral, a fait soudain Draco. On arrête le show. Potter a ses nourrices qui l'aideront s'il bat un cil de travers. Tu le retrouveras entier au dîner, t'en fais pas. »

Je l'ai regardé un instant. Il paraissait arrogant et méprisant, mais comme souvent, ce n'était qu'une apparence. Il était en train, à sa manière détournée, de me rassurer. Et il avait raison. Autour de Harry, tous les Gryffindors faisaient front. Il n'y a que Hermione et moi qui ne faisons pas Divination en cinquième année. Même Ron était là, près de Harry, profitant du fait que nous ne pouvions pas être là, toutes les deux, pour essayer de reconstruire son amitié avec Harry. Harry n'était pas tout seul et en effet sous bonne surveillance. J'ai inspiré à mon tour, lui ai souri et ai quitté la classe pour retourner auprès de Hermione.

Neville et Harry nous ont rejointes après le cours. Draco était avec les autres Slytherins, dont il ne veut pas se couper. Et comme après le dîner, il y avait la réunion de l'Ordre prévue, il a préféré passer le temps entre les cours et le dîner avec eux. Nous avons passé le temps à plaisanter, se détendre, faire nos devoirs... Tout pour ne pas penser à cette nouvelle prophétie ou à la réunion qui s'annonçait.

Pendant le dîner, nous avons découvert que ce qui s'était passé en cours de Divination commence à circuler dans l'école : Harry Potter a fait une prophétie, et Manon Nestral a pu l'interpréter. Les jumeaux Weasley, Ginny, Luna, Susan et Hannah se sont installés avec nous, les deux Hufflepuffs et la Ravenclaw se moquant complètement de ne pas être à la bonne table. Ce sont les jumeaux qui ont attaqué le sujet :

« Alors ? Petit Harrykin fait concurrence à Trelawney ?

–J'ai assumé mon héritage des Fondateurs, a dit Harry d'un ton tranquille, et ça comprend la transmission de certaines connaissances et certains dons. Helga Hufflepuff était une voyante. Je suppose que l'ambiance de la classe de Divination aura au moins servi à quelque chose, au lieu du contenu du cours.

–Et Manon ? »

Nous nous sommes regardés, en hésitant. Est-ce qu'il fallait dire que les Fondateurs ont transmis chacun leur pouvoir à l'un de nous quatre ? Neville a haussé les épaules, Hermione aussi. J'ai sorti mon livre de communication, et j'ai demandé à Draco. La réponse est venue rapidement : il préférerait que non, mais si on doit le faire, alors on le fait. Je le comprends. C'est un héritier de Slytherin à présent, et maître de la magie noire. Ça fait de lui quasiment tout ce que veut être Voldemort. Ce genre de révélations est dangereuse pour lui, à la fois vis-à-vis de Voldemort qui se montrera certainement encore plus déterminé à le recruter pour le contrôler, ou à le tuer s'il sent que Draco représente une menace, ou vis-à-vis de ses camarades de classe qui, s'ils ont peur de Harry et de son Fourchelangue, ne peuvent pas bien réagir en découvrant l'héritage magique de Draco. Alors je me suis contentée de répondre :

« Ça fait partie des drôles de pouvoirs dont j'ai hérité et qui avaient été bloqués avec le verrou, d'où le fait qu'on ne le découvre que tard. »

Je ne mens pas. J'avais une prédisposition à la divination, puisque Viviane m'a choisie comme héritière avant que Helga Hufflepuff me transmette ses connaissances. J'ai soupiré :

« Je me demande quelles autres surprises ces pouvoirs vont nous révéler, à chacun de nous...

–Tu savais avant aujourd'hui que tu étais prédisposée à la voyance ? m'a demandé Susan.

–Oui, même si je n'ai jamais su comment me servir de mon don. Mais j'ai découvert dans des lectures que si je lis ou entends une prophétie, avec sa formulation exacte, alors je la verrais de la même façon que la personne qui l'a émise. C'est le but de l'étrange formulation des prophéties : déclencher les bonnes images d'un prophète à l'autre.

–Et cette prophétie parle de quoi ? a demandé George.

–De nous, des cinq mages. Apparemment, nous aurions une... mission... » j'ai ricané.

Ou comment enfoncer les portes ouvertes. Je suis une voyageuse qui n'a pas choisi de voyager. Forcément que j'ai une mission. Et nous sommes cinq mages, chose assez unique en soi. Forcément que nous avons une mission. Cette prophétie est là plus pour les autres que pour nous, en fait : elle confirme que nous avons une mission, et que le chemin pour la réaliser ne sera pas de tout repos.

Après le repas, nous sommes allés en salle 11, pour la réunion de l'Ordre. La salle contenait un grand cercle de tables, comme une salle de réunion dans un bureau. Apparemment, on attendait du monde. Et en effet :

McGonagall, Snape et Flitwick, Madam Pomfrey, Remus, Sirius, Harry, Hermione, Neville, Draco et moi, les jumeaux, Ginny, Ron, rien que pour ceux présents à Hogwarts. Il y a eu aussi les parents Weasley, Bill et Fleur, Charlie venu en éclair de Roumanie, Kingsley, Tonks, Andromeda, Moody, Fletcher, Vance, Jones, Doge, (les trois derniers sont des ultra-fidèles de Dumbledore), et d'autres que je n'avais jamais rencontrés. Amelia Bones, Augusta Longbottom, David Abbott étaient également présents, sur invitation de McGonagall. Presque cinquante personnes en tout.

McGonagall a attendu que tout le monde soit là et s'est levée :

« Bienvenue à tous pour cette réunion extraordinaire. Un ordre du jour chargé aujourd'hui : nous devons désigner un nouveau dirigeant, accepter de nouveaux membres, et vous informer de tout ce qui a pu se passer depuis un mois.

–Un nouveau dirigeant ? a répété Doge, un vieil homme (c'est celui qui est annoncé comme le camarade de classe de Dumbledore dans le septième livre, celui qui a écrit la nécrologie, tu te souviens ?) Mais c'est Albus qui a fondé l'Ordre et qui l'a toujours dirigé !

–Mais Albus est actuellement en arrestation, et les motifs sont beaucoup trop graves pour qu'on puisse espérer moins qu'une condamnation à vie à Azkaban, » a répondu McGonagall.

Sa réponse a provoqué de nombreux murmures. Nous avons parlé à beaucoup de personnes, ces dernières semaines, mais en fait, ça reste assez limité.

« Et ces accusations viennent de la petite Nestral, je suppose ? » est intervenue Molly Weasley.

Ah, je me demandais quand elle allait intervenir. Ni Ron, ni elle, n'avaient encore rien dit au sujet de notre présence, à Draco et moi. J'ai voulu répondre, mais Amelia Bones m'a prise de court :

« Et qu'avez-vous à reprocher à la petite Nestral ? »

Non, non, mauvaise idée ! Ne pas lancer Molly Weasley dans une tirade !

« Elle a tout bouleversé ! Nous avions un Ordre qui fonctionnait, avec un chef efficace et qui avait la présence politique nécessaire pour faire avancer les choses ! Nous étions une famille ! Nous avions Harry avec nous, presque un fils pour moi ! Hermione aussi, je la considérais comme ma deuxième fille ! Et voilà qu'elle arrive, et qu'elle embobine Harry avec ses belles paroles et ses manières aguicheuses ! Elle lui monte la tête contre nous tous ! Elle a réussi à lui faire croire que nous sommes les ennemis de Harry et qu'un Malfoy, un Malfoy ! est un ami ! Je parie que c'est une Deatheater ! »

Il y a eu des exclamations choquées. Pas tant par rapport à l'idiotie des propos de Mrs Weasley, mais par rapport au fait qu'une Deatheater pouvait être parmi eux. J'ai soupiré.

« Silence ! je me suis exclamée. OK, je comprends que vous ayez des doutes, je suis une quasi-inconnue et aucune possibilité de vérifier mon passé parce que je suis une voyageuse. Moi aussi, si une personne arrivait comme un cœur, j'aurais des doutes. Professeur Snape, avez-vous du Veritaserum ? Je veux bien répondre aux questions que Harry, et exclusivement Harry, me posera.

–Pourquoi lui ? a demandé Moody.

–Parce que je suis mage et lui aussi. Que ça implique des choses dont vous n'avez pour l'instant pas idée. Et tant que nous ne pourrons pas vous les expliquer dans les bonnes conditions, il vaut mieux que cela reste confidentiel. Harry sait ce qui doit rester confidentiel ou non. Je veux bien répondre à ses questions. Un interrogatoire sous Veritaserum devrait faire l'affaire, non ? »

J'ai entendu des murmures approbateurs. Snape m'a regardée un instant, comme s'il me testait, puis a sorti de ses robes une petite fiole transparente. Il a versé trois gouttes sur ma langue. J'ai avalé, et quelques instants plus tard, je me suis sentie un peu dans le brouillard. Harry s'est levé pour se mettre face à moi. Je l'ai vu lancer un regard menaçant face à la foule :

« Je pose les questions. Une seule question de la part d'un de vous, et il n'aura plus jamais l'occasion de parler de sa vie. Bien, on commence. Manon, comment t'appelles-tu ?

–Manon Danièle Descosses. »

Murmures, et Mrs Weasley :

« Elle a menti sur son nom !

–Manon, pourquoi t'es-tu présentée comme Manon Nestral ? m'a demandé Harry.

–Nestral est le nom de ma mère. Je ne savais pas quand je suis arrivée s'il fallait que je protège ma famille en France ou non. J'ai décidé de donner ce nom par mesure de précaution. »

Impossible de mentir ! Impossible ! C'est absolument terrifiant !

« Quelle est ta date de naissance ?

–20 juin 1987.

–De quelle année viens-tu ?

–2008.

–Quel âge as-tu ?

–J'ai vécu vingt-et-une années, mais j'ai depuis mon arrivée ici physiquement quinze ans.

–Sais-tu pourquoi tu es ici ?

–Non.

–Sais-tu comment tu es venue ici ?

–J'ai eu un accident de circulation et quand je me suis réveillée, j'étais ici.

–As-tu choisi de venir ici ?

–Non.

–Nous connaissais-tu avant de venir ici ?

–Oui. Vous êtes des personnages de roman.

–Croyais-tu en notre existence réelle avant de venir ici ?

–Non.

–Pratiquais-tu la magie avant de venir ici ?

–Oui. Mais elle a été bloquée à mes huit ans, et je ne l'ai plus pratiquée depuis, et je ne me souvenais plus que j'avais un jour pratiqué la magie.

–Es-tu mage ou sorcière ?

–Mage.

–Quels sont tes dons additionnels ?

–L'empathie, la divination, la médicomagie, Animagus, et l'élément feu.

–Maîtrises-tu tes dons ?

–Non. Je les connais et ai commencé à les pratiquer, mais je ne les maîtrise pas complètement.

–Pourquoi es-tu devenue amie avec moi ?

–Parce que je connaissais ton personnage des livres et histoires que j'avais lus avant de venir ici, et j'avais envie de te connaître pour voir si c'était vrai.

–Et c'était vrai ?

–Oui et non. Beaucoup de choses étaient vraies, mais il y a aussi des choses que j'ai découvertes.

–Pourquoi sors-tu avec moi ?

–Parce que je t'aime. »

Murmures autour de nous. J'ai entendu Neville et Draco ricaner, puis une exclamation de douleur. Hermione a du donner un coup de coude à l'un des deux.

Harry a ouvert de grands yeux, et mon moi intérieur qui essayait de contrôler mes réponses sans succès a grimacé. Dis donc, ce sérum t'apprend la vérité à toi aussi, c'est fou... J'ai vu son aura s'adoucir, et il a continué :

« Est-ce que tu as l'intention de me manipuler ?

–Non.

–Est-ce que tu as l'intention de m'éloigner de Ronald Weasley ?

–Oui. »

Exclamations, et Molly Weasley qui se lève :

« Vous voyez !

–Taisez-vous, Mrs Weasley, a répliqué Harry froidement. Manon, pourquoi veux-tu m'éloigner de Ron ?

–Parce qu'il est ami avec toi uniquement pour ta célébrité et ta richesse. Et parce qu'il permet à Dumbledore de te contrôler indirectement.

–Es-tu certaine de ce que tu dis ?

–Oui. Ronald avait des influences magiques sur lui qui l'ont forcé à devenir ton ami et à taire sa jalousie. Et tu avais des influences sur toi pour que tu deviennes son ami.

–Comment ces influences ont-elles été découvertes ?

–Quand nous sommes allés tous ensemble rendre visite à Mr Weasley à St Mungo, nous sommes allés voir un Guérisseur pour qu'il fasse un diagnostic de notre état physique, magique et mental.

–Pourquoi faire ce diagnostic ?

–Parce que avant les vacances, j'ai découvert que toi et Hermione aviez un verrou sur votre magie.

–C'est la seule chose qui a motivé cette consultation ?

–Non. Dans ce que j'avais lu avant de venir ici, il y avait des versions qui parlaient de contrôle de toi et de tes amis avec des sortilèges divers. Je voulais vérifier.

–Pensais-tu que les résultats seraient positifs ?

–À cause des verrous, oui.

–Pourquoi es-tu méfiante envers Dumbledore ?

–Quand je suis arrivée, je ne contrôlais pas mon empathie, et tout ce que j'ai perçu de lui, c'est de l'ambition, de la manipulation et du calcul. Il voulait savoir comment mon arrivée allait pouvoir lui servir. J'ai eu peur de lui. Et ensuite, quand j'ai compris que c'était Dumbledore, j'ai voulu lui laisser une chance : dans les livres, c'est un gentil. Mais il est vraiment manipulateur et égocentrique.

–Pourquoi a-t-il été arrêté ?

–Pour son rôle dans les tortures infligées à ma famille et moi quand j'avais huit ans, et pour avoir bloqué ma magie.

–Pourquoi vous a-t-il torturés ?

–Parce qu'il n'a pas apprécié que j'intervienne dans ses projets et que tu échappes à son contrôle. Parce que j'ai posé des questions et été curieuse, tous ses plans sont tombés à l'eau, et il ne l'a pas supporté.

–Sers-tu Voldemort ?

–Non.

–Crois-tu en ses idéaux ?

–Non.

–Que comptes-tu faire à présent ?

–Aider à faire disparaître Voldemort en faisant souffrir le moins de personnes possibles. Et découvrir mon héritage magique.

–Merci Manon. D'autres questions ? » a-t-il ajouté à la foule.

De nombreux non, mais Mrs Weasley s'est levée :

« Comment as-tu manipulé Harry pour qu'il sorte avec toi et oublie ma Ginny ?

–Je n'ai pas manipulé Harry. C'est Harry qui a fait le premier pas, à chaque fois.

–Comment as-tu cherché à le séduire ?

–Je n'ai pas cherché à le séduire. Je ne séduis jamais personne.

–Et tu penses qu'on va croire ça ?

–Je suis sous Veritaserum, je ne peux pas mentir.

–Tu as allumé Harry pour le détourner de Ginny ! Pourquoi ?

–Je n'ai rien fait. Je ne suis pas capable de séduire. J'avais trop peur d'être en couple pour séduire qui que ce soit.

–Peur d'être en couple ? s'est étonné Arthur. Pourquoi ?

–Ne réponds pas ! » s'est exclamé Harry.

Mais la question avait été posée. Et même si moi non plus je n'avais pas envie de répondre, la réponse est venue toute seule. Et même si le Veritaserum empêche normalement d'exprimer des émotions, le combat pour lutter contre la réponse était si fort que j'étais en train de pleurer quand j'ai dit :

« Parce que j'ai été violée à huit ans et qu'ensuite, tous les garçons qui se sont intéressés à moi l'ont fait pour se moquer de moi ou pour profiter de mon corps. »

Grand silence choqué. Harry a inspiré profondément, puis a déclaré froidement :

« C'est terminé. Professeur, antidote. »

Snape n'a pas réagi au ton autoritaire de son élève et s'est contenté d'obéir. Trois gouttes d'antidote, et je retrouve toute ma lucidité. Aussitôt, Harry m'a serrée contre lui, et je lui en ai été reconnaissante. Les larmes de ma lutte et de la honte après ma réponse avaient besoin de couler.

« Tu le savais, Harry ? » a demandé Hermione à côté de moi.

Il a simplement hoché la tête. Il sait ça et bien plus. Il a été là lorsque j'ai raconté mon plus mauvais souvenir, c'est à lui que j'ai raconté mes déboires sentimentaux... Puis est venue la remarque de trop, la goutte qui a fait déborder le vase :

« Violée et pourtant tu écartes les jambes en quelques jours. »

Ronald Weasley dans toute sa splendeur...

J'ai explosé. Je suis incapable de te retranscrire ce que j'ai dit. Avec presque vingt quatre heures d'écart, je suis encore trop choquée par ce que j'ai pu dire. Je l'ai violemment pris à partie, et quand Mrs Weasley est intervenue pour le défendre, elle en a pris pour son grade aussi. Je n'ai jamais été comme ça. Quand j'ai commencé avec Ron, j'ai crié, hurlé même, au sujet de sa jalousie, de ses remarques mesquines, de sa crétinerie, bref, de tout ce que tu as pu lire jusqu'ici, et que je lui ai jeté à la figure sans prendre aucune pincette (non, j'aurais plutôt pris un gros marteau, pour le coup...).

Mais quand Mrs Weasley est intervenue, j'étais si en colère que j'ai arrêté de hurler. Je n'ai jamais été aussi furieuse de ma vie. Et surtout, c'était la première fois que j'osais laisser parler ainsi ma colère. Je n'ai pas crié, pas hurlé, c'était un ton calme, froid, cruel. Le vocabulaire était beaucoup plus poussé qu'avec Ron, sur qui je criais presque instinctivement. Je lui ai reproché sa méchanceté, son aveuglement par rapport à Dumbledore, son attitude malsaine vis-à-vis de ses enfants et de Harry, la honte qu'elle représentait pour la famille. Des mots horribles, très durs et blessants. Au début, elle a continué à me répondre, toujours en criant, mais à la fin, elle était tellement choquée par mes propos et mon attitude qu'elle ne disait plus rien.

Personne n'osait intervenir, d'ailleurs. Après la réunion, les quatre autres m'ont dit qu'en plus de mon ton et de mon attitude, ma magie s'était faite menaçante aussi. Neville a dit qu'il trouvait Harry dangereux quand il se mettait en colère, mais que là, j'avais prouvé que je n'étais pas moins redoutable que lui.

C'est moi qui me suis calmée toute seule. J'ai dit à Molly et Ron que deux personnes qui traînaient un tel poids de honte derrière eux ne pouvaient pas être admis dans l'Ordre, c'était impossible qu'on leur fasse confiance, et qu'il était hors de question qu'ils assistent à la suite de la réunion. Je les ai magiquement forcés à sortir. Puis je me suis tournée vers le reste du groupe et j'ai dit que tous ceux qui pensaient comme eux, qui refusaient de voir les horreurs que Dumbledore a infligé à Harry, à moi et ma famille, pouvaient sortir aussi. L'Ordre a besoin de personnes intelligentes réfléchissant par elles-mêmes et capables de prendre des décisions selon leur propre système de valeur, et pas parce qu'un grand gourou leur aura dit que c'est ce qu'il faut faire et penser.

Trois autres personnes sont sorties, dont Doge.

Enfin, je me suis assise à côté de Harry, qui était trop choqué pour faire quoi que ce soit, et je me suis tournée vers McGonagall :

« Vous savez qui je suis et quelles sont mes motivations. Point de l'ordre du jour suivant. Nommer un nouveau chef, c'est ça ? »

C'était ça. McGonagall a eu besoin de quelques minutes pour vraiment reprendre le contrôle de la réunion, mais ensuite, tout s'est déroulé selon l'organisation. Un nouveau chef a été décidé. Beaucoup ont voulu nommer Harry. Harry leur a rappelé que ce n'était pas à un gamin de quinze ans de mener une guerre, mais ils ont répliqué qu'il était la figure de proue de la résistance contre Voldemort. Dumbledore y a veillé, et il a réussi sur ce plan-là. Draco est alors intervenu en disant que c'était le rôle d'un Potter d'être à la tête du mouvement contre les Ténèbres. C'était la première fois qu'il parlait. Ça a attiré l'attention de tout le monde. Finalement, Hermione a exigé qu'on en discute rapidement en privé tous les cinq. Après une discussion plutôt houleuse (Hermione et moi avons eu du mal à être convaincues), Harry a présenté sa réponse :

« Vous voulez un garçon de quinze ans à la tête de l'Ordre ? »

Nombreux hochements de tête.

« OK. Alors, si vous voulez que ce soit moi, vous allez devoir nous accepter tous les cinq.

–Cinq chefs ? s'est étonnée McGonagall.

–Exactement, a répondu Harry avec assurance. Cinq chefs. Cinq mages. Plusieurs personnes pour s'assurer que plus jamais ce sont les intérêts personnels qui prévalent, mais un nombre restreint pour ne pas bloquer les prises de décision. Des pouvoirs et des mentalités différentes pour permettre un débat éclairé. C'est ça, ou alors vous renoncez complètement à Harry Potter à la tête de l'Ordre. »

Il y a eu vote, et une écrasante majorité pour cette décision. Nous voilà donc tous les cinq à la tête de l'Ordre du Phoenix. Et on va faire bouger les choses... Le point suivant à l'ordre du jour a été d'informer tout le monde de ce qui se passait. Nous leur avons donc raconté succinctement ce qui s'était passé ces dernières semaines. Nous avons juste caché beaucoup de choses concernant nos pouvoirs réels, et surtout, ce qui s'est passé aujourd'hui, entre l'héritage des Fondateurs et la prophétie.

Mais Harry a dit qu'il avait réussi à faire reconnaître son héritage magique, qu'il contrôle désormais la magie de Hogwarts aussi bien que celle de Lions' Rock. Et qu'il comptait bien emménager dans la suite des Fondateurs, pour profiter de ses aménagements. McGonagall, agissant cette fois en tant que directrice, a accepté, à condition qu'aucun autre d'entre nous n'emménage aussi (c'était surtout adressé à moi, reconnaissons-le).

Enfin, nous sommes passés à l'action : intégration officielle de Neville et de Draco, mais également d'Amelia, de David et de Augusta. Quand il y a eu des protestations au sujet de Draco, ma réponse a rapidement calmé les choses :

« Draco a prêté un serment bien plus contraignant que tout ce que vous avez pu jurer en entrant dans l'Ordre. Pettigrew aurait prêté un tel serment il y a quinze ans, les Potter seraient en vie. J'ai d'ailleurs bien envie de faire en sorte que chaque membre de l'Ordre prête un tel serment.

–Tout le monde sauf les cinq d'entre vous, bien sûr... s'est moqué Fred, gentiment.

–Draco est un des cinq. Mais si tu y tiens. »

Je me suis levée et j'ai sorti ma baguette :

« Moi, Manon Descosses, jure sur ma magie et ma vie que je ne sers ni ne servirai, en aucune manière, celui qui se fait appeler Lord Voldemort, ni quiconque qui veuille du mal aux mages et leurs alliés. Je jure de ne transmettre directement ou indirectement aucune information concernant l'organisation qui se fait appeler l'Ordre du Phoenix, ainsi que les autres mages et leurs alliés, à Voldemort ni quiconque ayant de mauvaises intentions envers les mages. Je jure également de mettre mes connaissances en matière de magie sous toutes ses formes au service des autres mages et de leurs alliés. Qu'il en soit ainsi. »

J'avais repris la structure du serment de Draco, que j'avais poussée un peu plus loin, en mettant l'accent sur les mages et non l'Ordre. La baguette s'est illuminée un instant, puis j'ai fait apparaître du thé pour tout le monde.

« Voilà. Ma priorité va aux autres mages, mais ce serment contient aussi le secret concernant les activités de l'Ordre. Je ne trahirai ni Harry, ni vous. »

Il y a eu un silence impressionné, puis Hermione s'est levée et a prononcé exactement le même serment. Puis Neville, Harry, et enfin Draco, qui a complété son premier serment avec la promesse de servir les mages avant tout le reste. Il y a eu un moment de flottement, puis Kingsley a dit :

« Il faudrait formuler un serment de base, que chaque nouveau membre doit prêter. Nous en avons un pour l'instant, mais il nous demande simplement de partager les convictions de l'Ordre et de tout faire pour que sa mission soit menée à bien. C'est assez facile à contourner. »

Nous avons donc travaillé ensuite sur un serment que chaque sorcier adhérant à l'Ordre puisse prêter sans compromettre des engagements précédents, tant qu'ils ne sont pas néfastes à l'Ordre et ses convictions. Finalement, nous nous sommes arrêtés sur ça :

« Moi, [nom complet de la personne], jure sur ma magie que je sers en toute bonne foi l'Ordre du Phoenix. Je jure de ne jamais trahir les secrets de l'Ordre, notamment mais non exclusivement ses membres, ses actions et ses objectifs. Je jure que je ne sers ni ne servirai celui qui se fait appeler Lord Voldemort, ou toute personne ayant pour objectif de supprimer les libertés de tous les sorciers. »

Pas de serment sur la vie (se voir privé de sa magie est déjà quelque chose d'assez terrible, pour un sorcier), et les informations essentielles de l'Ordre sont protégées : qui fait quoi. Un par un, tous autour de la table ont prêté le serment.

Ensuite, nous avons commencé à réformer l'Ordre. Nous leur avons expliqué que protéger la prophétie n'a pas d'intérêt en soi, puisque le contenu de la prophétie n'apporte absolument rien à la cause. Par contre, Voldemort le croit, et pour l'instant met tous ses efforts dans l'acquisition de la prophétie, ce qui fait que nous pouvons dans une certaine mesure prévoir ses actions. Ils ont accepté de continuer à « protéger » le Département des Mystères, histoire de ne pas indiquer qu'ils savent à présent que ça ne sert à rien. Mais au moins, ils savent ce qui se passe et pourquoi ils sont là.

Nous avons ensuite abordé les moyens de communication. Pour l'instant, pour convoquer les réunions, on se contacte les uns les autres par hibou, poudre de Cheminette ou directement. Si quelqu'un est isolé, il n'a aucun moyen d'avertir les autres qu'il a potentiellement besoin d'aide. J'ai alors parlé des Gallions utilisés par l'AD dans le cinquième livre. Snape, Draco et Harry ont tout de suite fait le lien avec la Marque des Ténèbres, et j'ai reconnu que l'idée était en effet tirée de là, mais qu'on ne tatoue rien dans la peau, qu'il s'agit juste d'un Gallion avec un sortilège Protéiforme.

Mais un Gallion, ça se perd. Dans le cinquième livre, c'était une bande d'adolescents au pouvoir d'achat limité par le fait qu'ils étaient dans un pensionnat. Mais là, nous avons des adultes qui vont faire leurs courses et achats. Finalement, nous avons opté pour un médaillon à porter en bracelet ou en collier. L'endroit du médaillon comporte un motif au choix de la personne, mais l'envers affichera la date, l'heure et le lieu de la prochaine réunion. Les médaillons permettront aussi un contact d'urgence, et dans ce cas, afficheront chez tous le lieu de la personne en danger.

Un autre point abordé a été le Quartier Général de l'Ordre. Nous avons tous convenu de changer le Gardien du Secret de Grimmauld Place, qui redeviendra Sirius. Remus et Hermione vont s'en occuper ce week-end. Tant que Harry n'a pas étudié les mesures de sécurité de Lions' Rock, le Quartier Général restera là où il est, mais il a promis de voir ça avec Tippy au début des vacances d'été.

Et enfin, j'ai abordé le point qui me tenait à cœur mais qui va complètement révolutionner la mentalité de l'Ordre : la nécessité pour tout le monde de s'entraîner physiquement et magiquement au combat. Dès que le retour de Voldemort sera reconnu du grand public, il va y avoir des vraies attaques, et les Aurors auront bien besoin du soutien de l'Ordre, surtout si le Ministère continue à faire la sourde oreille aux besoins financiers du département. Les Aurors du groupe ont été les premiers à soutenir la motion, Amelia en tête, mais les autres étaient un peu moins enthousiastes, fortement adeptes du concept de Dumbledore qui consiste à ne surtout pas tuer (voire ne pas faire mal à) l'adversaire. Draco a tranché :

« Je sais parfaitement comment se bat un Deatheater, j'ai passé mes vacances de Noël avec eux. Mr Weasley ? Vous m'affrontez ? Si vous me battez, nous renonçons à cette idée d'entraînement. Si je vous bats, tout le monde s'entraîne. Je remplace l'Avada Kedavra par un jet de lumière, j'allège le Cruciatus à une sensation désagréable mais non douloureuse, mais je laisse l'Imperium tel quel. Ne vous retenez pas. »

Arthur a regardé Harry, McGonagall, Snape et Kingsley en hésitant, et tous ont marqué leur approbation. Snape a dégagé un espace dans la salle pour qu'ils puissent faire leur duel. Ils se sont mis en garde et Snape a compté jusqu'à trois. Il avait à peine terminé que Draco lançait son premier Cruciatus. Arthur s'est effondré en sifflant de douleur, mais ne semblait pas souffrir autant qu'il aurait du. Draco avait effectivement allégé son sort. Il lui a à peine laissé le temps de récupérer qu'il envoyait le sort suivant. Draco a joué avec Mr Weasley pendant quelques minutes, et s'il avait été un véritable Deatheater, Arthur aurait été en charpie. Et finalement, il a arrêté le jeu et lancé un jet de lumière verte qui a laissé une tâche de peinture sur la robe de Mr Weasley. Draco a rangé sa baguette et s'est approché de Arthur pour l'aider à se relever.

« Vous êtes mort. Et j'ai joué avec vous, comme un Deatheater le ferait. Je n'ai même pas utilisé mes connaissances spécifiques en magie noire. Vous n'avez rien pu faire contre moi, même pas lever votre baguette contre moi. Vous n'êtes pas de taille. Vous n'êtes pas entraîné. Face à mon père ou ma tante, vous ne tiendrez pas deux minutes. Entraînez-vous si vous voulez survivre. »

En parlant, il a soigné les quelques coupures légères sur Arthur. Lui-même n'avait absolument rien. Sa déclaration a jeté un froid sur la réunion, puis Moody a dit :

« Voilà pourquoi j'ai insisté à chaque réunion pour qu'on s'entraîne. Un sorcier adulte vient de se faire battre à plate couture par un môme de quinze ans qui a utilisé le panel de base de tout Deatheater. Je ne suis pas paranoïaque, s'entraîner est une nécessité. »

Finalement, tout le monde a accepté l'idée. Moody sera l'entraîneur permanent, et selon leur calendrier, les autres Aurors compléteront l'entraînement. Harry, Neville et Draco ont promis d'aider aussi, chacun dans leur compétence.

Puis Harry a abordé le dernier point de la réunion :

« Draco nous a rejoint, mais son père reste un Deatheater. Il faut qu'on protège Narcissa Malfoy et Cassiopeia.

–Qui est Cassiopeia ? a demandé Bill.

–Ma petite sœur, a répondu Draco. Elle a sept ans. Dès que Père apprendra que je me suis joint à vous, il le fera payer sur ma mère et elle, pour que je revienne vers lui.

–C'est un moyen de pression efficace ? a demandé Charlie.

Très efficace. J'ai juré sur ma vie de ne pas vous trahir, mais ça ne suffira sans doute pas si Cassi est en danger. Et ça, il le sait parfaitement.

–Il nous faut donc extraire Narcissa et Cassiopeia du Manoir Malfoy, a enchaîné Harry.

–J'ai quelque chose à vous proposer, a dit alors Draco. Ma mère emmène souvent Cassi avec elle quand elle sort voir des amies ou faire du shopping. Et avec la présence régulière de Voldemort au Manoir, elle sort très souvent.

–Voldemort est au Manoir Malfoy ? a répété Amelia Bones en fronçant les sourcils.

–Euh... Oui... L'Ordre devait être au courant, non ? a répondu Draco, déstabilisé.

–En effet, a répondu McGonagall. Dumbledore a jugé que nous n'étions pas de taille à intervenir.

–Forcément, sans entraînement, a ricané Draco, avant de continuer : en tout cas, c'est facile de justifier une sortie mère-fille, pendant laquelle elles seront plus vulnérables pour... disparaître. Ensuite, ne reste plus qu'à leur trouver un abri.

–Avec le nouveau Fidelius, elles pourront être en sécurité à Grimmauld Place, a proposé Sirius.

–Tu enfermes une gamine de sept ans là-bas, toi ? s'est étonné Harry. C'est déjà déprimant pour nous, qu'est-ce que ça doit être pour un enfant. Si Madame la Directrice est d'accord, je vais à Lions' Rock et les ajoute au registre. Qu'elle puisse voir la lumière du jour, cette pauvre petite...

–Tu n'as pas peur que Narcissa invite du monde ? a demandé Charlie.

–À Lions' Rock ? C'est le domaine des Potter, a répondu Harry. Seul un Potter peut décider qui a accès, et si un invité a de mauvaises intentions envers un Potter ou ses protégés, le domaine l'expulsera. Même si Narcissa est finalement du côté de Voldemort, ce dont je doute franchement, ce n'est pas parce qu'elle sera à Lions' Rock qu'elle pourra faire quoi que ce soit contre nous.

–Va pour Lions' Rock, alors, a décrété Hermione. Quand pourront-elles être amenées là-bas ?

–Draco est mineur, est intervenu Snape, et samedi après-midi, je dois l'emmener faire une reconnaissance d'Héritage magique à Gringotts. Narcissa doit déjà nous y rejoindre. Si Potter veut bien pendant ce temps préparer le registre de Lions' Rock, nous pourrons aller directement de Gringotts au domaine Potter.

–Je ne savais pas qu'un mineur devait être accompagné... a dit Harry en fronçant les sourcils. Pourquoi n'ont-ils pas exigé la présence de mon tuteur ou des parents de Hermione ?

–Parce que tu étais déjà Lord, j'ai répondu. Ils t'ont fait accepter ton titre avant. Et pour Hermione, ses parents ne sont pas magiciens, ça doit être la raison.

–Peut-être, a répondu Harry. OK pour le registre. Je vous l'ouvrirai samedi matin, à tous les quatre. Angie va me tuer, Lord et mage ou pas, si je ne suis pas à l'entraînement samedi après-midi. »

Il y a eu des rires. Quoi qu'il se passe, le Quidditch continue. Harry s'est tourné vers McGonagall :

« Je sais que je n'ai pas besoin de votre autorisation pour quitter Hogwarts, mais j'essaierai à chaque fois de vous prévenir, donc samedi, je ferai une petite excursion. »

Elle a hoché la tête, et il a continué :

« Et j'aimerais que quelqu'un soit là pour les accueillir. Est-ce que Manon pourra être à Lions' Rock l'après-midi ? »

McGonagall m'a regardée un instant, puis a donné son accord. Il y a donc un plan. J'ai senti le soulagement de Draco à côté de moi : sa mère et sa sœur seront très vite en sécurité. La réunion s'est terminée dessus, et nous avons juste passé encore quelques minutes à créer les premiers médaillons : nous avons utilisé des Noises, que Neville avec son pouvoir de terre et moi avec mon pouvoir de feu avons modelées pour obtenir des médaillons, en les insufflant de notre magie pour qu'ils soient incorruptibles et surtout non-duplicables. Hermione a ensuite créé les sortilèges qui leur permettront de fonctionner. Les cinq nôtres sont les "maîtres" : nous pouvons modifier à l'envie le texte sur les médaillons des autres. Les autres ne peuvent envoyer de message qu'en cas de besoin.

Puis nous avons réellement terminé la réunion. Tout le monde est parti au fur et à mesure. J'ai alors réalisé combien j'avais été tendue pendant toute la réunion, sur mes gardes. Harry s'en est rendu compte car il a demandé à Sirius si c'était possible que j'aille dormir avec lui. Remus m'a observée et a acquiescé. Pomfrey aussi a noté mon état, et a aussitôt proposé une potion de sommeil. Harry l'a prise sans faire de commentaires, et sans lui signaler, ainsi qu'à McGonagall, qu'il était déjà décidé que je dorme avec lui.

Du coup, voilà comment je me suis retrouvée à passer la nuit avec mon petit ami (et je n'en reviens toujours pas que j'ai dit que je l'aimais sous Veritaserum...) sans qu'il se passe absolument rien. Et nous avons tous les deux soigneusement évité de parler de cette déclaration d'amour inattendue. À vrai dire, je ne m'y suis même pas attardée pour le moment. C'est ridicule, quand même. Moi qui ai toujours mis une soigneuse distance avec les hommes, je tombe amoureuse d'un mec en moins de trois mois ? C'est vrai que je suis bien avec lui, qu'il me fait de l'effet, et pas que physiquement : son aura et sa présence m'apaisent, et j'ai besoin dans une certaine mesure qu'il soit heureux pour que je le sois vraiment, mais de là à dire que je l'aime... Voyons...

La journée d'aujourd'hui a été beaucoup plus calme, tranquillement normale. Ça fait du bien, de temps en temps. J'ai eu mon rattrapage de Runes avec Daphne tout à l'heure. Elle m'a dit que Blaise avait finalement annoncé qu'il soutenait Draco. Apparemment, il y a eu une histoire dans le dortoir des garçons, et Blaise a préféré prendre position et montrer qu'il ne laissait pas tomber son meilleur ami. Draco est discret sur ses amitiés, mais quand il devient ami avec quelqu'un, c'est généralement solide. Et donc Blaise a dit stop au jeu des Deatheaters. Il se moque des conséquences sur sa famille : sa mère vit en Grèce, avec son dixième ou onzième époux, et il n'a pas de frère et sœur. Le Manoir Zabini est vide, personne ne craint rien. C'est un peu triste, en fait. Draco passe pour le grand méchant, mais il a quand même une famille. Blaise est quelqu'un qui, sans l'amitié de Draco, ne vaut pas grand chose pour la société magique britannique. Et il n'a personne pour lui. Tu m'étonnes qu'il ait décidé d'afficher qu'il ne laissait pas tomber sa meilleure amitié.

Nous n'avons pas vu Draco en dehors des cours aujourd'hui. J'ai senti de la peur dans son aura. Il s'inquiète pour demain. Je suppose que tant que Narcissa et Cassiopeia ne seront pas en sécurité, il ne prendra pas le risque de s'afficher trop avec nous. Tant qu'il a l'air de mettre de la distance, les Deatheaters doivent espérer le convaincre de les rejoindre, et ses parents et sa sœur sont en sécurité. Même si sans doute la disparition de Narcissa et Cassiopeia aura des conséquences sur Lucius, la priorité de Draco (et sans doute de Lucius) est de les mettre toutes les deux à l'écart, que les deux hommes puissent mener leur jeu en évitant les... dégâts collatéraux.

Quand je suis arrivée à la suite de Harry après mon cours de rattrapage, il était en plein entraînement avec Neville. Ça se voit que Neville a l'habitude d'avoir une épée dans les mains. Harry a l'enseignement de Godric Gryffindor, et une forme physique chaque jour meilleure, mais ça ne compense pas l'habitude des gestes imprimés dans le corps. Tous les deux veulent devenir de vrais chevaliers-mages : l'épée doit devenir si naturelle qu'ils s'en servent aussi pour parer les attaques magiques, laissant leur autre main pour la pratique de la magie. Une lame qui sert à la fois pour l'attaque et la défense, physique comme magique.

Sirius et Remus étaient là. Dommage, je n'ai pas vu leur réaction à leur entrée dans la suite. Par contre, j'ai bien vu que Sirius n'osait plus se moquer des garçons, maintenant : avec ce qu'ils ont appris hier, ils peuvent le battre sans problème.

Comme ils travaillent maintenant l'épée, comme Draco, que j'ai la théorie du tir à l'arc, et Hermione a appris à se servir d'une dague avec l'héritage de Ravenclaw, Remus a dit que lors de nos cours particuliers avant l'entraînement global, les matins, il nous ferait également travailler les abdos et les muscles du bras. Mais cette fois, tu ne m'entendras pas me plaindre... Hé hé. Après plusieurs semaines intensives sous la houlette de Remus, ça ne me fait plus peur. Me supprimer des heures de sommeil, je râle, mais modifier le contenu du cours, ma foi, ça peut se faire...

Tu y crois, toi ? Je vais devenir une vraie sportive ! Ha ha, on aura tout vu... De la samba dans mon salon où on n'a pas tenu deux minutes à une sportive qui te fait des tours de lac et des pompes et des extensions de tous les muscles sans se plaindre... Je vais exploser les scores à la wii après ! Mais bon, j'aime bien la silhouette que ça me fait. Je suis encore plus canon qu'à mon arrivée (en toute modestie, hein ?). J'ai compris qu'il y a mince et mince. Il y a mince des filles qui n'ont pas de graisse mais pas de muscles, et il y a mince des filles sportives. Je deviens du deuxième type, avec un joli ventre bien ferme, et des jolis bras pas tout raides, et des jambes bien galbées et tout. Et comme c'est intensif mais pas au niveau professionnel, ben je garde les rondeurs féminines (poitrine, fesses...) donc c'est juste trop bien !

Là, je suis de retour dans mon dortoir. Demain matin, après le petit déjeuner, Harry et moi allons ensemble à Lions' Rock, et Harry rentrera à l'heure pour son entraînement de Quidditch. On va prévenir Angelina pendant le petit déjeuner, histoire qu'elle ne panique pas en ne le voyant pas de la matinée.

Donc, sport demain matin, et donc... bonne nuit ! Bisous ma belle !


Note de l'auteur :

J'ai beaucoup hésité à le laisser en un seul chapitre... Car comme vous pouvez le constater, il est encore plus long que le chapitre que vous avez eu en juin dernier (celui du 21 décembre 1995). Mais je ne veux pas casser le rythme d'un chapitre par semaine...

Quelques petites remarques sur certains éléments du chapitre :

Je me suis inspirée de mon propre lapin pour décrire celui de l'histoire. Ma Lily (sans lien avec Lily Potter) est trop mignonne !

Je ne sais pas si c'est clair dans l'histoire, mais héritier de sang et héritier magique sont deux notions différentes : un héritier de sang est un descendant direct, et cela peut donner quelques droits financiers et/ou légaux. Par exemple, Hermione est héritière de sang de Morgane, et cela lui donne donc accès à l'Ordre d'Avalon et ses prérogatives légales. Un héritier magique n'est pas forcément héritier de sang, mais une personne que le magicien ou la magicienne célèbre considère comme descendant spirituel. C'est une personne qui partage une certaine sensibilité magique et d'idée avec le magicien ou la magicienne dont il clame l'héritage. Toujours pour Hermione, elle n'a pas d'affinités particulières pour la magie noire ou pour la magie celtique. C'est pour ça qu'elle n'est pas héritière magique de Morgane, même si elle en est descendante. Par contre, elle aime tout ce qui touche à l'esprit, et elle est adepte du christianisme, comme Nimue, dont elle est du coup héritière magique.

Dans le monde magique, bien entendu que l'héritage de sang a son importance, c'est la base de toute la société Sang-Pur, mais l'héritage magique apporte encore plus de prestige. Et surtout, on a tendance à cacher quand un aïeul prestigieux refuse l'héritage magique (comme Voldemort qui est descendant direct de Slytherin, mais qui n'en a pas reçu l'héritage magique).

Ces héritages de sang et magiques auront un rôle à jouer dans la suite de l'histoire, donc je préfère m'assurer que la distinction est claire :)

Enfin, la prophétie que vous découvrez dans ce chapitre est un élément qui aura son rôle à jouer dans le long terme de cette histoire. Disons que c'est un but ultime. Son importance va être progressive : je vais assez peu en parler au début, puis au fil de l'histoire, elle va prendre de plus en plus de poids. Vous la verrez donc assez peu dans cette première partie, mais ça ne veut pas dire que je l'ai oubliée ;)

Réponse aux guests reviews :

Artena : tu reviens au bon moment ! Un peu plus, et tu aurais eu une montagne à lire ! :) Contente de te revoir parmi nous !
Et même si j'adore vos réactions, publier tous les jours serait beaucoup trop, à la fois pour vous qui n'aurez certainement pas le temps de lire un chapitre par jour (sauf pour les gros lecteurs), et pour moi, car chaque chapitre demande du temps à préparer pour la publication, puis pour répondre aux reviews... Un chapitre par semaine est déjà un bon rythme pour une histoire aussi longue, je trouve ;)

À lundi prochain !

MAJ le 05/11/2017 : fautes + correction des propos de Salazar Slytherin : le Secret Magique n'existait pas à l'époque de la fondation de Hogwarts...