SOUS LES BOULETS DU MORDOR

1Ère PARTIE : DE CAPE ET D'ACIER

- Monseigneur ? M'interpelle la voix haute perchée d'un enfant.

- Mouais ? Réponds-je préoccupé.

- Ils sont là, me dit-il simplement.

Je ricane en entendant un truc aussi inutile.

- On pourrait difficilement les manquer… Commente-je en regardant les champs de Pelennor obscurcis par les troupes ennemies.

Depuis le balcon de ma chambre où je suis accoudé, je peux voir les immenses quantités d'orques qui ont marché depuis la cité en ruine d'Osgiliath. C'est tout con, les champs verts jusque-là sont maintenant noir de monde, au sens propre comme au figuré. Je n'ai même pas besoin de la longue-vue que je tiens en main pour les contempler.

Heureusement, le vieux Gandalf a réussi à empêcher l'intendant de faire des bêtises. Dire que cet abruti congénital a osé s'exclamer en pleine place publique que tout était perdu et qu'il fallait fuir.

Franchement, il y'a des coups d'épée qui se perdent dans cette cité.

Mais nous avons un autre souci, les premiers chiffres véhiculés par les estafettes de Limain nous annoncent entre soixante-dix et quatre-vingt mille orques, trolls de guerre, Suderons et autres Orientaux. Sans compter des catapultes, des tours de siège et autres engins tout aussi réjouissants les uns que les autres.

- Le Noir Seigneur s'est déplacé en nombre pour nous déloger, commente Limain en regardant la masse en bas des murs.

- Dommage pour lui, mais la place est prise. Il va bien falloir qu'il se fasse une raison, commente-je à mon tour, ce qui le fait rire un peu jaune.

- Ils sont si nombreux… Marmonne le seigneur Calembel pour la énième fois.

- Leur nombre a au moins autant d'importance que la taille de leurs burnes à l'heure actuelle, le rabroue-je gentiment. Tant que les murs tiennent, ils peuvent être dix fois plus nombreux que ça ne changerait rien pour nous.

- Mais les murs ne tiendront jamais sous une telle multitude ! S'exclame Dervorin. Nous ne sommes pas assez nombreux pour les tenir !

- Vous ferez de votre mieux je n'en doute pas, dis-je en lui adressant un sourire encourageant. Mais soyez sûrs d'avoir une voie de retraite quand les choses tourneront au vinaigre. D'ici là, tenez les boucliers fermes et faites-leur pleuvoir l'enfer sur la tête ! Si tout se passe bien… Enfin, je devrais plutôt dire "comme prévu" à défaut de "bien", dis-je après un instant d'hésitation. Nous vous retrouverons avec les troupes de renfort sur la place d'Elendil.

Il hoche la tête, triste mais déterminé à venger la mort annoncée de son cher Faramir. J'espère juste qu'il ne se laissera pas bêtement tuer pendant l'assaut.

- Tout le monde est en état de marche ? Demande-je à Limain.

Celui-ci s'est de lui-même imposé comme second car il s'est révélé très compétent dans la gestion de nos troupes et des estafettes. Mine de rien, les gamins rendent de bons services et ils courent vite. Dans une cité aussi pleine de marches et de paliers, ils rendent de meilleurs services qu'un homme à cheval.

- Presque me dit-il avec un air contrarié. Dame Elisia conteste le placement de ses troupes.

Mais quelle emmerdeuse celle-là !

Je grogne de mécontentement et me dirige à grands pas vers la cour. S'il y'a bien un endroit où je n'ai aucun doute de la trouver, c'est bien là.

Je la repère dès mon entrée à sa grande cape brune et sa longue chevelure noire. Elle me tourne le dos et je marche vers elle à grands pas. Les deux hommes avec qui elle parlent me désignent et elle se tourne pour me voir arriver.

- Tout va bien ? Lui demande-je sarcastiquement.

Elle me jette un regard d'une froideur d'iceberg.

- Tout va parfaitement, merci de vous en soucier, réplique-t-elle glaciale.

- Ho très bien, dis-je. J'avais juste une question, ce ne sont pas vos archers que je vois là-bas, dans la rue ? Demande-je en lui désignant ses hommes.

- Ce sont eux en effet, me dit-elle.

- Ça alors ! M'exclame-je faussement surpris tout en feignant un air d'incompréhension. J'étais pourtant sûr d'avoir vu passer un ordre leur demandant de se poster sur les toits. Me serais-je trompé ?

Étant donné que tous les ordres sortent de mon bureau, j'aimerais bien voir qu'elle ait le culot de me répondre "oui".

- Je ne vois pas l'intérêt de poster mes archers sur les toits, me répond-t-elle. Nous sommes hors de portée de tout ce que nos adversaires peuvent nous envoyer depuis les champs de Pelennor et la même règle s'applique à nous. Ils ne serviront à rien sur les toits.

Je la regarde avec un sourire agacé.

- Et au sujet des grosses chauves-souris du Mordor, vous avez prévu quelque chose en remplacement ?

- Les Chauve-souris ? S'étonne-t-elle. Je n'ai jamais entendu parler que le Mordor usait de ces animaux au combat.

- Mais si, dis-je en plaquant mes mains contre mes joues et en agitant les doigts. Vous savez, les gros trucs tout noirs, avec de grandes dents pointues qui vous boulottent un cavalier et son cheval et qui portent sur leur dos un truc encore plus moche enroulé dans des haillons qu'on appelle des "Nazgûls". Vous ne voyez vraiment pas ?

Elle comprend très vite que je la tourne en ridicule et elle semble ne pas apprécier du tout.

- En ce cas, si vous êtes inquiets au sujet de vos "chauves-souris" pourquoi ne pas poster vos hommes sur les toits ? S'exclame-t-elle avec force en tapant du doigt sur mon plastron d'armure à chaque mot.

- Parce que j'ai bien peur que si "mes hommes", doivent monter sur les toits pour faire ce boulot, je leur désignerais comme première cible d'entrainement les inutiles avec des arcs qui ne font rien dans la rue, réponds-je d'une voix doucereuse mais sans plus sourire du tout.

Elle me regarde avec un air à la fois scandalisé et horrifié.

- Vous n'oseriez pas ! S'exclame-t-elle.

- Je vais me gêner tiens ! Continus-je doucement. On ne vous a jamais appris que si vous vouliez de l'aide il fallait être prêt à en donner aussi ? Moi c'est une leçon qui m'a couté un œil et presque la vie. Alors croyez-moi, quand je parle d'abattre les inutiles, je suis on ne peut plus sérieux !

- Vous êtes un…

- Oui ? La coupe-je avec un rictus hargneux. Vous souhaitez continuer à argumenter et que d'autres hommes montent sur les toits ?

Elle se tait, mais je la sens prête à exploser.

- Ludovic ! Tous les hommes à leurs postes ! S'exclame-t-elle avec une hargne non dissimulée en se tournant vers un homme brun que je ne connais pas.

Dans un grand tourbillon de cape colérique, elle me plante là pour aller secouer ses hommes et les envoyer sur les toits. Plus je la fréquente et plus je la déteste cette femme. Elle est trop inquiète de la santé de ses archers et en même temps elle semble vouloir retirer un maximum d'honneur de leur part. On jurerait un banquier très fier de ses sous, qui veut les investir mais sans prendre le risques de perdre le moindre centime. Et vous avez beau lui répéter sur tous les tons qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs, elle essaie quand même de voir si elle n'est pas plus maligne que les autres.

- Non mais… Gromelle-je à mon intention. Faudrait voir à pas pousser mémé dans les orties non plus.

Je sors dans la rue pour contrôler qu'elle fait bien ce qu'on lui dit, mais elle semble au moins connaître son affaire pour diriger ses hommes et les envoie avec une rapidité étonnante vers leurs postes. Très vite, les rues du quartier Noble se vident un peu et des bouquets de casques et d'arcs fleurissent sur les toits des emplacements stratégiques que nous avons désignés.

Espérons que maintenant ils feront leur boulot.

- La voie diplomatique eut sûrement porté de meilleurs fruits à long termes, commente Limain d'un air songeur en arrivant dans mon dos.

- Que la voie diplomatique aille se faire pendre ailleurs, j'ai une bataille à gagner ! Réponds-je dans un grognement.

- J'espère qu'elle se fera une raison, soupire-t-il. Sinon elle pourrait bien vous réclamer justice quand tout cela sera fini.

- Si tout cela se termine et qu'il y'a encore quelqu'un pour me réclamer justice, alors je serais très content de plaider coupable, dis-je en me retournant pour rentrer dans la maison à grands pas.

Je croise Dervorin en sortant qui rameute son escorte et lui serre la main en lui souhaitant bonne chance. Il me répond par un pâle sourire, mais je vois de l'acier dans ses yeux. J'espère franchement qu'il ne fera pas de conneries, je l'apprécie trop pour vouloir le perdre.

Le reste de la journée n'est qu'une longue suite de préparations en tout genre, et je me retrouve plus souvent assis que debout pour lire les documents qu'on m'apporte. État des stocks de munitions pour les archers, réserves de vivres et d'eau potable pour les troupes, fournitures médicales et abris pour les blessés, demandes de matériel supplémentaire pour certaines escouades spécialisées, notes des forges pour l'entretiens du matériel. Je croule sous les papiers à tel point que c'est presque un soulagement quand Calembel crie depuis son balcon.

- ÇA A COMMENCÉ !

Bordel, il était temps ! Bon, avoir l'air calme et décontracté… MAIS ON NOUS ATTAQUE, JE SUIS CENSÉ FAIRE ÇA COMMENT ?

- Ha, enfin… Commente-je en faisant mine de me concentrer sur une facture de forgeron pour des pointes de flèches en acier.

Des cris, des grondements et des bruits de bataille commencent à s'élever de la cité.

J'essaie de me concentrer sur ce que je lis, mais je ne fais en réalité que tendre l'oreille pour essayer de distinguer ce qu'il se passe à l'extérieur. Les petits commentaires de Calembel ne m'aident qu'assez moyennement.

- Ces blocs sont énormes ! Maudits soient-ils ! Comment… HO NON ! LES THERMES DU PREMIER NIVEAU S'EFFONDRENT !

- Calembel, pourriez-vous vous calmer s'il vous plaît ? Je ne m'entends plus penser, dis-je en essayant de paraître aussi calme et flegmatique que possible.

- Mais les dégâts sont affreux ! S'horrifie-t-il. Il tombe du roc comme s'il en pleuvait !

- C'est la guerre, lui dis-je en songeant à la bataille que j'ai orchestrée aux gués de l'Isen. Ce n'est ni une promenade ni une partie de plaisir.

- Mais enfin…

- Calembel, vous avez deux fois l'âge de notre jeune protégé, reprends calmement Limain en levant les yeux de la carte de la cité qu'il regardait sur une autre table. Mais le voyez-vous qui s'agite dans tous les sens en s'exclamant sur l'horreur de ce qu'il se passe en bas ? C'est affreux, j'en conviens tout à fait, mais qu'y changerez-vous en vous exclamant à chaque pierre tombée ? En vous agitant ainsi, vous ne ferez qu'inquiéter vos hommes et les démoraliserez. Cela peut sembler dur, mais pour que vos hommes tiennent, il faut que ces destructions gratuites ne semblent pas vous atteindre.

Calembel réfléchis quelques secondes avant d'hocher la tête d'un air déçu.

- Vous avez raison Limain, comme toujours. C'est juste que j'enrage de ne point bouger alors que la bataille se déroule à nos portes !

- Nous bougerons, lui dis-je pour le rassurer. Mais souvenez-vous que la précipitation ne nous aidera pas.

- Mais n'y a-t-il pas quelque chose que nous puissions faire en attendant ? Porter secours aux réfugiés des niveaux-bas par exemple ? Ou bien accueillir les blessés des murs ?

- L'armée régulière a déjà ces missions à mener, réponds-je en soupirant. Si nous nous en mêlons maintenant, nous risquons juste d'augmenter le chaos ambiant. Rien n'est pire pour une foule que deux personnes qui hurlent des instructions contraire.

Ses épaules s'affaissent quelque peu et il nous regarde d'un air d'impuissance qui me fait ressentir de la compassion pour lui. Malgré sa grande gueule, Calembel est un homme intègre et entier. Du moins, plus que moi, constate-je avec dépit.

Quand ais-je commencé à me moquer du désespoir d'autrui déjà ? En Isengard ? Non, j'ai commencé bien avant. Dans mon monde, les gens sont centrés sur leur réussite personnelle. Et si pour cela il faut piétiner des centaines de personnes et les faire travailler comme des esclaves pour assouvir vos ambitions, et bien surtout il ne faut pas hésiter. Car sinon, la seule chose qu'on y gagne c'est qu'un autre vous passe devant et le fasse à votre place tout en vous écrasant aussi au passage. Ici, il reste beaucoup de gens qui pensent aux autres avant eux. Je trouve qu'ils ont bien de la chance pour ça.

- Calembel, je pense que vous devriez rejoindre vos hommes, dis-je doucement. Rassurez-les et dites-leur bien qu'ils vont coller aux troupes du Mordor la correction de leur vie. Dans un moment comme celui-ci, le simple fait de vous voir et de vous entendre vaudra pour eux tous les encouragements du monde.

Il me jette un regard surpris et je lui retourne un sourire amical. J'aime bien cet homme un peu tumultueux et j'ai envie de lui remonter le moral autant que d'éviter qu'il se ronge les sangs pour rien.

- C'est une bonne idée ! S'enthousiasme Limain. Calembel, vous qui aimez les ordres, je crois bien que vous venez d'en recevoir un !

Malgré que cet homme ait au moins deux, si ce n'est trois fois mon âge, il acquiesce et sort. Je n'attends pas deux secondes pour entendre sa voix tonitruante à l'extérieur. Il harangue à tout va en disant que ce jour est un jour de gloire longtemps attendu et tout un charabia de discours d'encouragement. Mais à mon avis, il pourrait tout aussi bien enchaîner les jurons, il le dit sur un ton tellement convaincu et convainquant que je pense que les hommes lui répondraient tout aussi fort sans trop savoir de quoi on leur parle.

- C'est un bon orateur, constate Limain.

- Et vous un fieffé manipulateur, dis-je d'un ton ironique avec un sourire en coin. Vous avez sauté sur la première occasion pour lui confisquer la vue du balcon sur les ravages en contrebas.

- Avouez quand même que l'on s'entend mieux désormais, me répond le seigneur boiteux en me retournant un sourire de crapule.

Je ne peux qu'en conve…

Je ne finis pas ma phrase, un énorme fracas retenti dans la maison qui tremble soudain de tous ses murs. Puis un gigantesque hurlement de bête enragée s'élève suivit par un autre d'humain paniqué.

- Nazgûls !

D'énorme morceaux de maçonnerie tombent à l'extérieur de l'étage supérieur de l'hôtel privé de Calembel et emportent le balcon dans un fracas de tonnerre tandis que le plafond se lézarde sur toute sa longueur. J'ai à peine eu le temps de bondir de ma chaise que j'ai été obligé de me rattraper à mon bureau pour conserver l'équilibre. Tous mes papiers si méticuleusement triés s'envolent dans tous les sens pour se répandre au diable-vauvert et Limain s'aplatis au sol avec un cri de surprise.

- HORS D'ICI ! Beugle-je tandis que le tremblement se calme mais que les fissures du plafond s'aggravent de seconde en seconde. TOUT S'EFFONDRE !

Je me précipite vers Limain qui tente de se lever avec difficulté et lui saisit le bras sans ménagement pour le tirer à l'extérieur. Mais un bout de plafond tombe à ce moment précis, et Limain hurle. Un bloc de maçonnerie gros comme un lit à baldaquin vient de lui tomber sur la jambe gauche et de tout broyer dans un grand bruit mouillé de pierre et de chair fracassé. Je tire pour le dégager, mais des lambeaux de chairs et de tissu le retiennent sous la maçonnerie. Paniqué, je tire Din en priant pour qu'elle fonctionne.

JE T'EN PRIE, J'AI BESOIN D'AIDE !

Une présence ardente s'enflamme à travers mon bras jusqu'à mon esprit. Elle brûle avec une force que je ne reconnais pas et embrase aussi bien mes forces que mes pensées. En l'espace d'un instant, la lame d'acier devient spectrale et les forts sentiments de Din m'assaillent. Colère, haine, amour, plaisir, envie et douleur. Sa soif de sang semble encore plus vive que d'ordinaire et elle gémit d'extase quand la lame s'abat sur le moignon de jambe de Limain. Celui-ci ouvre la bouche pour hurler, mais ses yeux se révulsent avant qu'un seul son ne franchisse ses lèvres et il s'évanouit. Je me précipite hors de la pièce et dévale les escaliers menant à la sortie quatre à quatre, le corps du seigneur boiteux sous le bras comme s'il s'agissait d'un sac de patates particulièrement encombrant.

Je termine en dérapant hors du bâtiment qui termine de s'écrouler, sous le regard médusé des hommes présents.

- GUÉRISSEUR ! M'écris-je en fendant la foule en direction des tentes de soin.

Deux femmes jaillissent hors de l'abri de fortune et se précipitent vers moi tandis que les hommes s'écartent. Je leur confie Limain, surpris d'avoir la tête aussi froide alors que je viens d'activer Din. Tout autour de moi, les hommes fixent ma lame comme s'ils venaient de voir un fantôme. Ce qui est en partie le cas puisque Din'Ganar est toujours sous forme spectrale. Même Calembel semble en avoir la chique coupée pour une fois. Je me tourne vers lui aussitôt débarrassé de Limain. Je ne sais pas pourquoi, mais je tiens une rage folle contre le connard qui vient de me forcer à trancher la jambe à un handicapé.

- OÙ EST L'IMMONDE CHAROGNE DE FILS DE PUTE QUI A ATTAQUÉ L'HÔTEL ? M'écris-je hors de moi.

- Heu… Se contente de répondre Calembel en fixant Din.

Fait chier ! Faut tout faire soi-même !

Je porte la main à ma bouche et siffle les archers sur le toit qui se tournent avec une expression ahurie, dans ma direction.

- DESCENDEZ-MOI CETTE SALETÉ À SON PROCHAIN PASSAGE, J'AI DEUX MOTS À LUI DIRE ! ET SI ELLE N'EST PAS DESCENDUE, C'EST MOI QUI MONTE VOUS DESCENDRE !

Je me retourne et scrute tout autour de moi pour repérer ce fumier au cœur tiède qui doit bien trainer quelque part. Je repère finalement non pas un, mais trois zoziaux bien moches qui tournent comme des vautours au-dessus de la cité. L'un d'eux commence d'ailleurs à descendre dans notre direction.

- CELUI-CI ! JE LE VEUX EN BAS ! Dis-je en désignant la bête de mon épée.

Je ne prends pas la peine de me retourner, je veux voir ce connard se payer la chute de sa vie.

Les archers crient et j'entends des ordres qui fusent de gauche à droite, je discerne même la voix d'Elisia dans le lot. Pour une fois, mon emmerdeuse fédérale semble être à son affaire.

Alors que la bête ailée fond sur nous, une volée de flèches obscurcis le ciel en provenance d'un peu partout dans le quartier noble. Je regarde les traits filer vers leur cible jusqu'au moment où, d'un mouvement presque méprisant, celle-ci s'écarte du danger et pousse un autre cri alors que les flèches lui passent à côté. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à hurler. Je m'y mets aussi, mais de frustration.

Faut VRAIMENT tout faire soi-même ici !

Je me retourne pour me précipiter vers une échelle en voyant la bête fondre en piqué sur les archers qui désertent leurs toits en criant de peur. Avant que j'arrive au sommet, la bête a redéployé ses ailes, saisi deux hommes dans ses pattes massives et est reparti avec pour les larguer plus loin. Pas besoin de connaître la théorie de Newton sur la gravité pour comprendre qu'une chute de trois niveaux de la cité blanche est mortelle. Les cris de ces hommes me font remonter d'autres souvenirs et j'ai l'impression d'entendre mes orques hurler et se débattre sous la charge des Rohirrims.

J'atteints le toit d'un bâtiment quelconque en jurant comme un dératé. Les mots qui me reviennent le plus souvent à la bouche restant sans doute "salopard" et "fils de pute". Pendant ce temps, l'autre empaffé a eu le temps de décire un large virage en l'air et semble vouloir revenir nous dire bonjour.

C'est ça, approche fumier, je vais te fumer façon vingt-et-unième siècle moi…

Je regarde autour de moi mais ne vois que des archers qui courent en essayant de trouver un abri contre le prochain assaut.

Bande de lâches, plus couards les uns que les autres !

Je me penche dans la rue et apostrophe un soldat.

- Toi ! Ta lance ! Immédiatement ! Ordonne-je.

- L'homme me regarde d'un air incertain pendant une ou deux secondes avant de tourner son arme pour me tendre le manche.

- Merci ! Dis-je par réflexe en réalisant à peine l'incongruité de remercier quelqu'un à qui je viens de réquisitionner son arme.

Je saisi le manche et cherche le point d'équilibre de ce maudit bout de bois. Je le trouve vite et réalise que le dragon tout moche semble m'avoir repéré car il fonce droit sur moi en beuglant son cri strident, accompagné dans sa cacophonie par le cri de son cavalier.

Viens bouffer saloperie ! Qui si frotte…

Je saisi la lance en position inversée, écarte légèrement les jambes tout en baissant mon centre de gravité et en me présente de flanc. J'essaie de me souvenir du vague cours de lancer du javelot de mon prof de gym quand j'étais encore à l'école. L'histoire avec l'accélération dû à la rotation du corps et tout ça…

La créature continue de me charger même s'il me semble que son cavalier a compris le truc et essaie de la faire changer de trajectoire. Mais il est un peu tard pour virer et ce truc n'a pas exactement de freins d'urgence.

S'Y PIQUE !

Je fais un pas en avant et je plante mon pied tout en imprimant une énorme torsion à mon buste. Simultanément je propulse la lance en avant. Sauf que je me suis pris un peu trop à la dernière seconde et je réalise que je n'aurais pas le temps de la lâcher avant qu'elle touche. Je resserre ma prise inconsciemment sur la lance et me prépare à l'impact. Avant la fin de mon mouvement, je sens une forte résistance et presque aussitôt le bois de la hampe casse sous l'impact, laissant un petit morceau dépasser de la jointure entre l'abdomen et la patte qui essayait de m'agripper là où la pointe s'est fichée.

L'animal hurle à nouveau, tente de se rattraper à la dernière seconde mais glisse et s'encastre lamentablement dans la paroi du bâtiment adjacent au toit où je me trouvais.

Trouvais au passé car j'ai eu juste le temps de pousser sur mes jambes pour me jeter en arrière au moment où la lance a cassé et que j'ai réalisé que j'allais me faire écraser.

Bénie soit Din et les réflexes améliorés qu'elle me confère.

J'ai pu échapper de justesse à l'écrasement, mais j'ai quand même fait une chute d'un étage qui s'est achevée sur du pavés pas confortable pour deux sous. L'impact est extrêmement douloureux, mais je sais que je n'ai rien de cassé par miracle. Qui plus est, la douleur m'empêche de sombre dans l'inconscience et je hurle une injure en me relevant péniblement.

Je remarque du mouvement du côté de la bête et vois une forme sombre et en haillons qui se relève aussi dans la même rue que moi. Je reste un instant très surpris avant de sourire méchamment.

- Jackpot !

Le Nazgûl Crie soudain et dégaine une longue épée de sa robe. Je lui rends la pareille en hurlant à mon tour et en chargeant comme un dératé.

- BÂÂÂÂÂTAAAAARD !

Din'Ganar devient spectrale en un instant et je décris une large courbe descendante en biais vers cette enflure, certains d'ignorer l'arme qu'il élève à ma rencontre pour le trancher en deux. Mais à mon énorme surprise, Je sens l'impact résonner dans mes avant-bras jusqu'à mes épaules quand ma lame rencontre celle de mon adversaire. S'ensuivent quelques secondes de silence stupéfait que le Nazgûl met à profit pour faire glisser mon épée le long de la sienne et me déséquilibrer. L'instant d'après, il la relève pour porter un coup en travers de mon torse. Le choc de l'arme contre ma plaque de torse me fait brutalement revenir à la réalité et je réagis comme un idiot en lui retournant mon gantelet dans la gueule.

Ma réaction et si instinctive et inattendue que je touche alors que le Nazgûl semble aussi avoir pris un instant pour réaliser que je ne porte pas une bête armure d'acier. Je sens un choc mou lorsque je heurte sa tête.

- Sale enfoiré ! T'as une arme capable d'arrêter Din !

J'entends un crissement contre mon armure et je recule d'un pas pour me dégager. Cette petite enflure essayait de me glisser la pointe de son arme dans une jointure de l'armure.

C'est qu'il perd pas le Nord cette salope !

Je reprends mon arme à deux mains, fait un pas en avant et tente une taillade horizontale. Le Nazgûl pare avec aisance et riposte aussitôt, me forçant à faire un pas de côté en catastrophe pour éviter un coup de pommeau dans la figure. L'instant d'après, il a fait passer sa lame par-dessus son épaule et me l'abat en direction de la jointure entre l'épaule et le cou comme un coup de marteau. Je lève Din en catastrophe et intercepte l'arme. L'instant d'après, je donne un coup de botte blindée en direction de son torse et il accompagne le coup en se lançant en arrière.

Saleté ! C'est un putain de maître d'arme !

Il se reprend souplement sur ses jambes et se remet en position de garde. Je l'imite avec un temps de retard. Je réalise gentiment que je suis dans une sacrée merde, mon adversaire est beaucoup plus fort que je ne le pensais. En fait, il navigue même largement au-delà de mes propres compétences. Ne seraient-ce mes performances physiques largement au-dessus de la moyenne, je serais probablement déjà embroché. Dans mon poing, Din'Ganar frémit de désir de tuer ce qui ne m'aide pas vraiment à me concentrer. Je suis déjà très surpris de disposer d'autant de capacité de réflexion alors que mes dernières expériences avec Din'Ganar libérée avait plus des allures de furie Berserk incontrôlable. Même ma rage du début s'est estompée, peut-être la surprise de tomber sur un adversaire que je ne peux pas trancher sans me soucier de ses protections ? Par contre, ce que je sens bien, c'est que j'ai super mal au dos là où je suis tombé. Le choc a été bien atténué par l'armure, mais j'ai quand même encaissé cher.

Bon, je fais quoi maintenant ?

En face de moi, le Nazgûl semble aussi se poser la question. Il reste immobile et me fixe depuis les profondeurs de son capuchon.

Bon, parait que la meilleure défense c'est l'attaque…

Je me précipite en avant et abaisse ma lame pointe en avant pour essayer de l'embrocher. Il fait un pas de côté au dernier moment et riposte en biais dans le sens inverse et j'ai juste le temps d'interposer mon canon d'avant-bras pour empêcher l'arme de toucher une faille au cou. J'en profite pour tenter de trancher horizontalement à nouveau, mais l'encapuchonné fait un petit pas en arrière, dans un style presque dansant, et esquive ainsi facilement ma lame.

- Mais tu vas arrêter de sautiller comme une danseuse étoile ! M'énerve-je en faisant un pas en avant et en tentant une nouvelle attaque horizontale.

Un nouveau pas en arrière de sa part met mon adversaire hors de portée et me fait grogner sous l'effort et la frustration.

- D'accords mon couillon… Tu veux la jouer à l'épuisement puisque t'es un putain de morvos increvable, hein ?

L'autre se contente de lâcher une main et de me faire signe d'approcher, son épée toujours levée.

- Dans tes rêves, connard ! Dis-je en me remettant en garde.

Tu veux que je vienne ? Viens-y toi pour voir…

Nous passons quelques secondes sans bouger avant que le Nazgûl finisse par se mouvoir à lent pas chassés autour de moi. Je le suis en modifiant ma position pour pouvoir tourner sur moi-même.

Jusque-là, il a surtout profité de sa technique pour parer et contre-attaquer immédiatement derrière, mais on dirait qu'il est moins enclin à lancer les hostilités lui-même…

Puis soudain, l'encapuchonné s'élance dans un tourbillon d'étoffe noire et fauche en direction de mes jambes. J'interpose Din'Ganar et me lance l'épaule en avant à sa rencontre, ce qui semble le surprendre assez car sa figure vient s'écraser contre mon épaulière dans un bruit mat et avec un choc mou. J'enchaine immédiatement en plongeant le coude vers son abdomen mais cette enflure semble s'enrouler sur lui-même et glisse dans mon dos ave une agilité déconcertante. Je jure en essayant de suivre et parviens de justesse à intercepter le coup d'épée qui s'apprêtait à taillader le creux de mon genou droit. Par contre, l'instant d'après je vois trente-six chandelles quand son propre coude me cueille au menton.

Cette fois je n'ai rien vu venir et je chancelle en arrière. Aussitôt, il plonge en avant et je ne peux que misérablement agiter mon épée devant moi pour essayer de le dissuader.

La lame de mon adversaire semble glisser tout droit vers le creux entre ma cuirasse et ma cuisse gauche. Dans un dernier effort pour éviter le pire, je lève la jambe pour interposer ma botte et perds le peu d'équilibre qu'il me restait.

Je tombe comme un débutant, mais ma chute me permet de réussir à lui shooter le bras suffisamment fort pour le faire dévier et au final la lame ne fait que ripper sur mon plastron d'armure. Un hurlement strident retenti dans lequel il me semble entendre de la frustration. Je roule sur moi-même et me relève dans le même mouvement, clignant de l'œil pour éclaircir ma vue.

Okay, en fait il est pire en attaque qu'en défense… Je suis mal barré.

Je n'ai même pas le temps de souffler qu'à nouveau mon adversaire remonte à l'assaut. Cette vipère enchaîne alors les coups avec une vitesse et une grâce surprenante, me rappelant fortement le style des elfes, mais avec des pas plus brutaux et des mouvements plus secs. Je suis obligé de me débattre pour parer ses attaques, incapable de placer la moindre riposte. La lame noire vient frapper plusieurs fois contre mon armure et ce sont surtout mes canons d'avant-bras qui dégustent. Mon expérience avec le prince du Rohan m'aura au moins appris à m'appuyer autant sur ma vitesse augmentée et mon armure pour contrer un adversaire plus doué et aussi rapide que moi. Heureusement que cette armure est en Mithril, sinon je serais mort. Les frappes que j'encaisse auraient depuis longtemps fait plier n'importe quelle armure d'acier, si ce n'est perforé.

Mes avant-bras s'engourdissent de plus en plus et Din'Ganar enrage entre mes mains, mais j'ai de plus en plus de peine à la tenir tant l'encapuchonnée frappe fort contre mon armure. Presque chacun de ses coups soulèvent des gerbes d'étincelles. Puis aussi soudainement qu'il avait commencé, l'assaut s'interromps. Trop heureux de pouvoir marquer une pause, je recule de trois pas et me remet en garde, regardant autour de moi pour essayer d'évaluer la situation et trouver quelque chose avec lequel riposter. Je réalise alors tout juste que le quartier est un champ de ruines autour de nous, et pour cause, sa monture se déchaine contre mes hommes. Ivre de rage, elle hurle et agite sa queue à la manière d'un fouet tout en frappant de la tête et mordant dans tout ce qui lui passe sous le nez, envoyant voler hommes, chevaux et maçonnerie sans la moindre distinction.

- Tsss… Grogne-je de façon agacée. Je veux le même pour Noël…

En face de moi, le Nazgûl agite son épée de manière étrange, comme s'il s'échauffait.

Endurant… Fort… Bonnes qualités… Entends-je soudain dans ma tête.

La voix est atone et sèche comme un vieux morceau de cuir, rien à voir avec la voix suave et passionnée de Din'Ganar.

Mais arrêtez de tous vous inviter dans ma tête !

Pas trop tard… Nous rejoindre… Rejoindre le camp… Des vainqueurs…

Je sens soudain un torrent de sentiment possessif et de jalousie déferler de Din'Ganar.

MON FAUST ! Discerne-je à peine dans une sorte de parodie de langage qu'aucune prononciation ne pourrait rendre tant ces mots sont chargés de sentiments plus que de signification.

Sorcellerie… Bon… Plus fort… Pouvoir… Conquête… Richesse… Terres… Femmes… Toi les avoirs… Si Servir nous…

NON ! À MOI ! MON FAUST ! PAS POUR TOI ! PAS POUR TON MAÎTRE !

Heu… j'ai voie au chapitre ou pas du tout ? Tente-je en contemplant cette étrange joute mentale entre deux esprits qui semble aussi peu élaborés l'un que l'autre.

Si… Pas avec nous… Alors contre nous… Lui mourir… Et servir quand même… Termine le Nazgûl en relevant son épée en position de garde.

Cette fois, sentant venir l'assaut, je fais un pas en arrière au moment où la Nazgûl amorce son pas en avant et sa lame fauche le vide devant moi. Je plante le pied et entends crisser la protection en Mithril de ma botte. Mon adversaire tente de se jeter en arrière, mais je me projette en avant et le saisi de ma seule main libre par le poignet qui lui sert à tenir son épée. Je poursuis sur mon élan, forçant comme un dératé sur mes cuisses, visant à le renverser, ou au minimum, le pousser an arrière. Par chance pour moi, il s'emmêle les pieds dans son grand manteau et tombe en arrière dans un hurlement à vous glacer le sang. Din'Ganar ne veut rien en savoir, elle voit rouge et veut s'abreuver de la vie de ce voleur de maître. Avant d'avoir bien compris, je pousse en avant et la lame fantomatique grésille en se plantant droit à travers le torse de mon adversaire. J'accompagne le mouvement en tombant dessus de tout mon poids et sent mon épaule protester violement contre ce traitement quand nous touchons le sol.

Ébahi, je regarde le Nazgûl étendu sous moi, la lame de Din sortant en perpendiculaire à l'angle de son corps.

Putain ! J'ai gagné ?

Un énorme cris aigu m'apprend que non et je reçois un coup de gantelet dans le casque de la part du spectre. Je roule, tenant toujours Din qui hurle de frustration en se sentant extraite du corps de mon adversaire.

D'un mouvement sec, je projette mes jambes par-dessus ma tête et roule sur mon épaule pour me mettre à genoux et profiter du reste de l'élan pour me remettre debout.

- Hey ! Tu devrais être mort ! M'exclame-je scandalisé.

Pauvre fou… Nous sommes déjà morts… Depuis longtemps… Aucun homme ne peut nous tuer… Me répond le spectre en se relevant d'une façon assez étrange et acrobatique.

Mais c'est de la triche !

Cette fois je sens vraiment le désespoir commencer à poser ses griffes sur mon esprit. Ce salopard est plus habile que moi, au moins aussi rapide et même si je suis le plus fort grâce à l'anneau, ça ne lui fait rien.

TUE ! M'intime Din'Ganar dans mon esprit. Sa colère et sa soif de mort plus omniprésente dans mon esprit que jamais.

JE NE PEUX PAS LE TUER ! IL EST IMMORTEL !

- TU FAIS CHIER ! M'exclame-je désespéré en repassant à l'attaque.

Je tente de viser les jambes mais le spectre fait un léger bond au-dessus de ma lame et attaque du haut l'instant d'après, me forçant à me jeter sur le côté en catastrophe. J'ai déjà encaissé trop de coups et mon corps s'est en grande partie recouvert de bleu sous mon armure qui me font souffrir au moindre impact.

Réfléchis ! Réfléchis ! Réfléchis ! Réfléchis ! Réfléchis ! Réfléchis ! Réfléchis ! Il y'a forcément un moyens ! Rien n'est invulnérable !

Le spectre se tourne sur lui-même et utilise l'élan acquis par la descente de son épée pour remonter avec une tranche horizontale dévastatrice que je parviens tout juste à parer. Mes avant-bras protestent et je sens mes poignets qui ne demandent qu'à céder. L'impact me fait ressentir des fourmis dans les mains et je réalise que je suis hors d'haleine.

C'est pas bon, je m'épuise pour rien là !

TUE ! M'exhorte Din'Ganar de toute la puissance de ses émotions brute. ÉTRIPE ! TRANCHE ! CASSE ! BROIE ! CHARCUTE !

DIN TU NE M'AIDES PAS LÀ !

Je sens un mix entre une peur panique et une colère brûlante se répandre dans mes veines et le résultat est tout sauf agréable. J'ai l'estomac qui se noue de peur en même temps que la rage qui me tord les tripes.

Mon adversaire repart dans un enchaînement de plus en plus rapide et je suis à nouveau forcé d'intercepter des coups avec mon armure car je ne bouge pas ma longue épée assez vite pour tout parer. Chaque impact me donne envie de hurler de douleur et me rend la respiration difficile. Un coup mal paré vient déraper sur le casque et le choc me sonne assez pour que le coup de pied au torse qui suit juste derrière me projette contre le mur d'une quelconque bâtisse. Je me rattrape difficilement de tomber à genoux et m'appuie contre le mur en essayant de retrouver mon souffle. Mon adversaire s'est à nouveau interrompu, en position de garde.

Merde… J'ai aucune solution… La seule fois que je l'ai touché, ça a juste traversé sans faire plus dégâts… Comment on tue quelque chose qui est déjà mort ? C'est pas possible… Je ne peux vraiment rien faire ? C'est tout juste si j'arrive à la retenir, mais là je vais clamser à ce rythme…

Quand on ne peut pas tuer… Mais il semble avoir déjà entendu ça quelque part non ?

Je me souviens soudain de Grumash et de son sourire torve devant des Uruks qui viennent de lui poser la même question. Et surtout de sa réponse.

Quand on ne peut pas tuer, alors on mutile ! Sans jambes et sans bras, c'est toujours beaucoup moins dangereux !

- Connard d'orque manchot… Dis-je avec un sourire dégoûté. Tu pouvais pas me suivre jusqu'ici…

Le spectre lève sa lame.

DIN JE VEUX TOUT CE QUE TU AS !

Je n'ai pas attendu la suite, soudain mes jambes et mes bras semblent exploser de l'intérieur tandis que Din déverse toute sa puissance.

- HEIN DUCON ? M'exclame-je en faisant brutalement un pas en avant et en fauchant au niveau des genoux.

Le mouvement le surprend et il n'esquive que trop tard. Je sens parfaitement la lame trancher chairs et os et le spectre s'effondre en arrière, un hurlement strident résonnant dans mes oreilles.

- QUAND ON PEUT PAS TUER, ALORS ON MUTILE ! M'exclame-je d'une vois pleine de rage. ON VA VOIR CE QUE TU VAUX SANS JAMBES ET SANS BRAS ESPÈCE D'ANGUILLE DE MERDE !

J'avance sur lui quand brutalement ma cheville droit me fait faux bond une douleur blanche m'aveugle, me forçant à me rattraper au bâtiment que je viens de lâcher.

Merde ! Ça c'est le nerf !

D'un coup, un orage de griffes, de crocs et d'ailes noires se dessine en périphérie de mon champ de vision et le Nazgûl pousse un nouveau cri.

Merde ! La bestiole vient chercher son cavalier !

- Hoooo non ! Ça il n'en est pas question… Dis-je en boitant vers mon adversaire. Je vais te trancher tous les membres et je me servirais du reste comme mannequin d'entraînement.

Je sens la rage me gagner jusqu'au bout et mes idées commencent à m'effrayer moi-même. Je ne veux pas juste qu'il meurt, je veux qu'il souffre. Je veux qu'il hurle jusqu'au moment où j'en aurai assez et lui arracherai les cordes vocales. Je veux qu'il voie sa propre déchéance jusqu'au moment où je lui crèverais les yeux. Je veux qu'il S'étouffe avec sa propre bile jusqu'à ce que je le cloue à un mur. Je veux qu'il renifle sa propre merde jusqu'au moment où je lui arracherais le nez. Je veux lui faire bouffer ses propres intestins et me servir de ce qu'il restera pour le pendre.

Je vois rouge mais suis une telle boule de douleur que j'ai l'impression de me mouvoir au ralenti comme dans un cauchemar. Je boite et mes mouvement son gourds.

- SEIGNEUR IGNIS ! S'exclame soudain une voix tandis que quelqu'un me rentre dedans. Je suis projeté sous un porche et hurle de douleur lorsque mon dos encaisse un énième choc. L'instant d'après, le serpent volant dépasse ma position et ramasse son maître dans une griffe avant de prendre pataudement son envol.

NON ! IL M'ÉCHAPPE !

- REVIENS ICI SALE LÂCHE ! Hurle-je de tous mes poumons. BATÂRD ! ENFANT D'PUTAIN !

Je tente de me relever mais ne réussit qu'à m'étaler sur le ventre. La rage en même temps que mes forces commencent à s'éteindre.

- JE TE RETROUVERAIS ! TU M'ENTENDS ? Hurle-je en agitant mon poing fermé en direction du serpent ailé qui rapetisse dans le ciel. COURS TE CACHER ! AUCUN TERRIER NE SERA ASSEZ PROFOND POUR QUE TU M'ECHAPPES ! AUCUN VOLCAN NE SERA ASSEZ CHAUD POUR M'EMPÊCHER DE TE TROUVER ! AUCUN GLACIER NE SERA ASSEZ FROID POUR ME RALENTIR ! TU M'ENTENDS ? JE VAIS TE TRAQUER COMME UN CHIEN ! ET JE TE CRÈVERAIS COMME UN CHIEN !

J'arrête gentiment de gueuler car non seulement je n'en ai plus la force, mais en plus j'ai tellement mal aux abdominaux que j'ai l'impression qu'un lutin malfaisant est en train de me les scier à la scie à métaux. Un sifflement admiratif me fait tourner la tête. Dans les rues aux alentours, des dizaines de soldats et de mercenaires de ma petite armée me regardent bizarrement. Je reconnais même Calembel au milieu d'eux. Et mon emmerdeuse fédérale juste à côté.

Et merde… Comme si j'avais besoin qu'elle me voie comme ça…

Tout à coup, Calembel éclate de rire.

- Vous quand vous maudissez, vous ne le faites pas à moitié ! S'exclame-t-il. Prenez-en de la graine messieurs ! Non seulement il affronte un Nazgûl de front et seul, mais en plus il gagne et trouve le moyen de le mettre en fuite !

Deux hommes se penchent pour me prendre par les avant-bras.

- OOOUUUAAAÏÏÏÏÏEEEEEEEE ! MAIS QUELLE PAIRE DE CON ! M'exclame-je en m'arrachant à eux pour tenter de masser mes muscles endoloris à travers mon armure. Ce qui a une efficacité plus que limité.

Calembel repart d'un grand rire tonitruant et fait demander une civière. On me transporte vers son ancien hôtel privé qui s'est plutôt transformé en champ de ruines.

- Et Limain ? Demande-je à Calembel.

Celui-ci fait une grimace gênée.

- D'après les guérisseuses de la maison de guérison, il a perdu beaucoup de sang et maintenant, seule sa volonté décidera s'il vit ou non.

- Alors il vivra, dis-je en riant jaune. S'il y'a bien une personne dont je ne m'inquiète pas de la volonté de vivre, c'est bien Limain.

- Monseigneur Ignis ! S'exclame soudain une bonne femme en habits bleu et blanc. Vous avez une mine de déterré ! Vous êtes tout vert.

- Au dernière nouvelle, j'appartenais plus au règne animal que végétale, plaisante-je. Le vert n'est pas exactement ma couleur de prédisposition.

- Enlevez-lui vite son armure, il faut voir ce que ce spectre a bien pu lui faire.

- Vous voulez dire, en dehors de lui faire lâcher des bordées de jurons dignes d'un matelot ivre ? Demande Calembel avec un sourire.

- On m'a rapporté qu'il hurlait comme un porc qu'on égorge lorsqu'on lui touche les bras.

- On a plus le droit d'être douillet dans cette armée ? Grogne-je.

- Monseigneur, quand on hurle, c'est qu'on a mal. Et quand on a mal, ça signifie qu'il faut se faire soigner.

- Mouais… Admets-je de mauvaise grâce tandis que deux demoiselles plus jeunes me retirent mes pièces d'armure. La plus vieille se tourne vers moi et écarquille les yeux.

- Par le sang de mes ancêtres ! Mais qu'avez-vous donc fait ?

Moi je dois avouer que je me sens beaucoup moins compressé en simple vêtements, mais je réalise vite qu'en fait, c'est parce que je suis couvert d'ecchymoses qui ont méchamment enflé sous mon armure.

Hors ça, rigole Calembel. Vous êtes-vous battu à coup de saucissons pour avoir pareillement enflé durant votre combat ?

- Ha, ha, ha… grince-je, contemplant le résultat. La prochaine fois je vous laisse le Nazgûl et moi je fais mumuse avec le zoziaux.

- Sans façon, me dit Calembel. Je n'ai ni votre vitesse ni votre agilité à l'épée. D'ailleurs, votre petite démonstration semble avoir fait fort effet à notre chère dame Elisia.

- Ha ? M'étonne-je.

- Ho oui, elle est partie pour affronter le Nazgûl sitôt que vous l'avez abattu, mais quand nous l'avons trouvée, elle était paralysée en train de vous regarder le dos.

Là je m'énerve.

- Et aider, elle aurait pas pu ? M'exclame-je rageusement.

- Et bien, outre le fait que les Nazgûls sont des morts-vivants immortels, leur cri a pour effet de paralyser de peur la plupart des mortels qu'il ne fait pas fuir. J'en reste encore bouche bée que vous ayez si bien réussi à résisté à ce cri.

- Mariez-vous et vous n'aurez plus jamais peur des cris aigus, plaisante-je.

- Mais je suis déjà marié, s'étonne-t-il.

- Votre épouse doit être trop tranquille alors, dis-je avec un sourire.

La guérisseuse tousse dans son poing et je comprends assez qu'elle n'apprécie pas les blagues sexistes.

La suite n'est que douleur car il faut éviter que mes bleus ne gonflent trop, alors on les refroidis avec des compresses humides et ensuite on les bande bien serré.

Mon dieu, j'ai pas signé pour devenir le Christ de ce monde !

Le pire, c'est que ce n'est même pas une douleur franche, ce sont juste des élancements permanents sur tout le corps et c'est probablement ce qui les rends si horribles. Je termine en momie en deux temps trois mouvements. À côté de moi, Calembel continue de se tenir informé par les gosses de Limain, mais il a très vite la tête qui tourne et ne se rappelle plus des coordonnées des secteurs tels que nous les avions définis avant la bataille.

- Faites-vous mander une carte, lui dis-je. Et j'espère que vous vous souvenez bien de ce que vous avez à faire parce que là je me sens un peu faible.

Calembel tremble et n'est sûr de rien, ça se voit, malgré qu'il essaie de faire croire le contraire avec plus ou moins de succès. Je pousse un profond soupir et lui demande de me rapprocher la table avec la carte. La guérisseuse monte sur ses grands chevaux en me voyant m'asseoir sur le bord de mon lit, mais je lui explique calmement que si je veux pouvoir limiter le nombre de patient de sa charmante maison de guérison, j'ai besoin de pouvoir voir ce qu'il se passe.

Pendant les premiers temps de la bataille tout se passe "bien". Quoique le terme soit très mal usité. La tenue des murs du premier niveau nous coûte des centaines de blessés et des dizaines de morts dès les premières minutes d'engagement. Heureusement que Dervorin nous fait parvenir des rapports personnellement car sinon nous serions sourds et aveugles au niveau des défenses du mur. Nous apprenons rapidement que pendant que je faisais le zouave avec l'autre encapuchonné, les tours d'assaut ont été amenées aussi près que possible des murs lors de la première vague, mais qu'elles ont pu être repoussée, au prix hélas de trop nombreux blessés et morts. Mais les tours ont permis à un truc encore plus monstrueux encore de s'approcher des portes et très vite les rapports de Dervorin se font alarmant sur la chose.

- Il panique… Constate-je en recevant l'un des derniers rapports.

- Il y'a de quoi, murmure Calembel d'un ton atterré. Les grandes portes d'Airain ne sont jamais tombées depuis la fondation de la cité. Si elles sont brisées…

- Ce sera la curée dans la cité. C'est vrai. Mais n'oubliez pas que nous nous sommes préparés à cette éventualité.

J'omets intentionnellement de lui rappeler que cela faisait partie de nos scénarios "catastrophe". Il est déjà assez remué comme ça le pauvre bougre.

- Calembel, il faut changer nos plans ! Avec le temps de décalage qu'ont ces messages, les grandes portes pourraient être déjà tombées. Il faut déployer nos hommes dans le second et troisième niveau tout de suite ! Appliquez les schémas d'embuscade que Limain avait développée et bloquez-les dans les ruelles ! N'oubliez pas, frappez vite et repliez-vous aussitôt !

- À vos ordres ! Acquiesce-t-il en me lançant une telle claque dans l'épaule qu'avec le bleu qui s'y trouve, j'ai les yeux noyés de larmes avant d'avoir compris ce qu'il m'arrivait. Ho ! Pardon !

Ch'est rien… Dis-je en serrant les dents à m'en faire un claquage musculaire.

- Nous avons un problème, intervient alors la voix de dame Elisia.

Je me tourne vers elle, elle se trouve debout dans l'encadrement de la porte. Elle n'a plus l'air aussi butée et bornée qu'avant.

- Un autre problème ? Demande-je soupçonneux.

- Oui, Galiar est mort. Un pan de maçonnerie l'a écrasé, nous informe-t-elle d'une voix neutre.

- Zut ! S'exclame Calembel. Ses hommes n'étaient fidèles qu'à lui ! Nous venons de perdre nos troupes d'avant-garde !

- Pas tout à fait, le corrige dame Elisia, ce qui me fait soulever encore plus haut mon sourcil. Ils sont d'accords de se battre, mais uniquement s'ils ont un vrai commandant pour les mener en première ligne.

- Et ils ont donné un exemple ? Demande-je soupçonneux. Vous ?

- Non, vous, me dit-elle en me désignant du doigt.

Je reste muet de surprise.

- Ils veulent le héros qui terrasse des Nazgûl pour les mener au front. Ils ont ajouté que pour un homme pareil, ils le suivraient sans hésiter jusque dans la gueule d'Angband.

Je ricane.

- Ben voyons, comme c'est pratique… Dis-je mi-amusé, mi-dédaigneux. Sauf que "le héros qui terrasse des Nazgûls" il est à la maison de guérison et on lui a dit de rester tranquille. C'est bête hein ?

- Et alors ? Me demande-t-elle. Je croyais que nul volcan ou que nul glacier ne pourrait arrêter votre traque ? Alors que sont quelques bleus ?

Salope…

Je lui fais un sourire bien à moi, je pense que je vais le baptiser "sourire de psychopathe N°1".

- Vous savez quoi ? Vous avez raison Elisia. D'ailleurs, vous allez venir avec moi, nous constaterons ensemble le bon placement de vos archer, qu'en pensez-vous ?

- Je n'en attendais pas moins, répond-t-elle sans varier de ton. Je vais faire préparer votre cheval.

Elle sort ensuite, me laissant assez surpris. Moi qui pensais la dissuader en lui rappelant mes menaces, je commence à penser que je viens de tomber dans un piège.

- Voilà qui règle donc la question semble-t-il, commente Calembel d'un ton satisfait.

- Voilà qui ne règle rien du tout ! S'interpose la guérisseuse. Cet homme est un hématome ambulant. Il ne pourra pas faire le moindre geste dans son armure sans trembler de douleur, alors se battre lui est tout bonnement impossible.

Pas faux, en même temps, je suis dans une pharmacie…

- Vous n'auriez pas de l'opium dans votre stock de plante séchées ? Demande-je.

- Quoi ? Mais il n'en est pas question jeune homme ! S'insurge la dame avec un air ahuri. Vous ignorez les effets que les graines de pavots peuvent avoir sur votre organisme.

- Je les connais, l'interromps-je. Constipation, somnolence, nausées, vomissements et autre joyeusetés pour ne citer que les moins graves.

Elle me regarde l'air ahurie.

- Je ne comprends pas, que viens faire une fleur de jardin dans cette conversation ? Demande Calembel.

- Les graines de pavot sont de puissant inhibiteur de douleur, lui explique-je rapidement. Elles ne me guériront pas, mais me permettront de bouger normalement pour quelques heures.

- Hors de question ! M'interromps à nouveau la bonne femme. Si vous êtes blessé, vous ne le sentirez nullement et risquez d'aggraver vos blessures sans vous en rendre compte.

- Madame, si je ne sors pas d'ici pour diriger mes hommes, personne ne le fera à ma place, dis-je d'un ton ferme. Alors si vous ne voulez pas que je m'écroule comme une masse au premier soubresaut de cheval, parce que je vais sortir d'ici de toute façon, vous feriez mieux de me donner de quoi me battre, sinon vous aurez ma mort sur la conscience !

Elle me regarde encore quelques secondes avant de partir en grognant que les hommes sont trop buté pour les laisser faire la guerre.

Mon armure Calembel, et ce morceau de cuir ! L'enfiler à nouveau va être tout, sauf une partie de plaisir.

Je mords dans le cuir tanné et je commence à souffrir sitôt que j'enfile les pièces de mon armure. Je m'y sens soudain compressé de toute part, comme si on essayait de me faire rentrer dans un carcan trop petit. La guérisseuse arrive vers la fin avec le pavot et je dois avouer qu'il était temps, je me sentais tourner de l'œil. Le temps de terminer d'enfiler mes affaires, je commence à sentir les picotements de perte des sensations à mes extrémités. Je n'ai été endormis de cette façon qu'une fois dans ma vie, pour une opération et je ne retrouve pas avec plaisir ce genre d'impression. Mais au moins la douleur décroit sur l'ensemble de mon corps. Je me sens toujours à l'étroit dans mon armure, mais au moins je recommence à pouvoir bouger. Même si j'ai l'impression que mon corps a encore enflé dans des proportions dantesques, mais je sais que c'est une illusion de mes sens endormis.

Je sors pour trouver mon emmerdeuse avec mon cheval tenu par la bride. Je me souviens alors que ce cheval ne m'appartient pas.

- Faites-mois trouver une autre monture, grogne-je agacé de ne pas y avoir pensé plus tôt.

Elle me regarde avec un regard étonné.

- Mais d'après les hommes c'est votre cheval non ?

- Non, il appartient au roi du Rohan, il me l'a juste prêté et je ne vais pas aller le risquer sur un champ de bataille.

La demoiselle regarde alors le cheval d'un œil neuf et acquiesce d'un geste précis avant d'ordonner qu'on m'apporte un cheval de guerre. Bien que j'ignore la différence entre un cheval normal et un cheval de guerre. Pour moi, un bourrin c'est un bourrin.

On m'amène une autre monture du nom d'Adelaïs. Au nom, pas besoin d'être vétérinaire pour deviner que c'est une jument. Un animal à la robe et à la touffue crinière blanche.

Plus cliché et voyant, tu pouvais pas idiote ?

Je monte péniblement en selle, aidé par Calembel et quelques caisses agencées en escalier. Je serre les dents au moment de pauser on cul sur la selle, mais étrangement, je me sens moins mal que je ne le pensais. Mes fesses ont dû avoir moins mal que le reste de mon corps.

- Calembel, dirigez-vous avec vos hommes vers le troisième niveau. Nous allons organiser la résistance au deuxième pendant ce temps.

- À vos ordres ! S'exclame-t-il plein d'enthousiasme.

- Elisia… Commence-je en me tournant vers elle.

- Mes hommes sont déjà prêts à vous suivre, me coupe-t-elle. Et les hommes de Galiar attendent dans la rue.

- Vous avez laissé quelques archers pour couvrir cet endroit ? Questionne-je soupçonneux.

- Oui, et ils savent que je les abattrais personnellement s'ils quittent leur poste sans mon accords.

Je lève un sourcil très haut. Je ne comprends pas ce retournement de situation et ça me mets vraiment mal à l'aise.

Elle monte sur un cheval et se mets juste derrière moi, attendant le signal de départ.

Bon, et un aller simple pour l'enfer, un !

Je lève le bras et fait signe à notre colonne d'avancer. Nous retrouvons les hommes de Galiar dans la rue, toute une bande de solide gaillards tous doté d'énormes espadons et d'une armure de plate réduite pour faciliter leurs mouvements. Ils se mettent silencieusement en rang derrière moi, juste devant les archer d'Elisia.

Je descends les rues, assez incertain de quoi faire ensuite, et je dois avouer que passer les portes vers le cinquième niveau me noue l'estomac. Alors que Din recommence à palpiter d'impatience à mon côté, nous passons devant la Vigne et je constate que le bâtiment a été barricadé. J'ignore si ça servira à quelque chose cependant, cet hôtel n'a jamais été conçu à but défensif et ça se voit très bien.

À moi de faire en sorte qu'ils n'aient jamais besoin de voir si cela fonctionne.

Je descends vers le quatrième niveau et croise les premiers réfugiés. Et en-dessous, un enfer où le feu s'est déjà installé avant nous.