Chapitre 47

AU CHAMP D'HONNEUR

Dans l'air qui s'alourdit de secondes en secondes de fumée et de cendre, la cavalerie du Rohan est difficile à distinguer depuis les remparts du quatrième niveau. Mais bon, de toute façon ce n'est pas exactement comme si ça m'intéressait beaucoup. Nous sommes désormais incapables de sortir des derniers niveaux de la cité où nous nous sommes barricadés suite à mon idée de mettre le feu au troisième niveau de la cité.

Jusque-là, ça pourrait encore aller. Sauf qu'il reste encore au Mordor un type d'attaquant encore capable de venir nous emmerder.

Et devinez quoi ? C'est justement le plus chiant de tous !

- NAZGHÛLS ! Hurle un homme depuis le sommet de sa tour de garde.

Juste après, les griffes de l'ignoble monstre que chevauche le spectre se referment sur lui et l'emportent pour le relâcher dans les flammes du troisième niveau.

Quelque part, je suis reconnaissant que la fumée et les flammes me cachent ce spectacle. Par contre, je ne peux pas m'empêcher de penser que je devrais être dehors à essayer de les repousser.

J'ai suivi le général jusqu'au corps de garde le plus proche, une sorte de petite forteresse dans la cité. Et depuis c'est devenu le nouveau QG. Je suis assis sur une chaise, le seul parmi les hommes ici rassemblés. À ma gauche se tient Calembel, son bras en écharpe, l'ai un peu hagard.

Moi j'étais en haut de la muraille quand les portes se sont refermées sur ses hommes. Lui était derrière les portes, à tempêter pour qu'on les rouvre. Mais personne ne lui a obéi et il a entendu ses hommes mourir à travers elles. Ça lui a fait un sacré choc. Autant perdre des hommes au combat semblait l'avoir relativement peu affecté, mais les perdre ainsi semble lui avoir donné un sale coup au moral. À le regarder, j'ai l'impression qu'il a vieilli de plusieurs années d'un coup.

Le général Minalhelm, dont j'ai finalement pensé à demander le nom, se trouve au centre de la pièce avec ses autres capitaines, en train de discuter autour du plan sur le même ton que s'ils prenaient le café.

J'ai appris que Minalhelm avait été retiré du service par l'intendant parce que celui-ci refusait de se plier à toutes ses décisions. Depuis, le poste de général du Gondor avait été occupé par le propre fils de l'intendant, feu Boromir du Gondor. Le poste devait revenir à Faramir à la mort de son grand-frère, mais l'intendant l'avait jugé trop faible pour le reprendre, alors il en avait gardé les attributs.

Joli cumul de fonction, monsieur l'intendant-général-en-chef du Gondor… On dirait un titre de dictateur de république bananière…

Outre le fait que ça me l'a fait paraître plus sympathique, j'ai aussi appris après coup que Gandalf lui avait demandé de reprendre son poste et de me demander de l'assister. Et c'est ce que je me retrouve à faire : jouer les assistants.

Sauf que passer ainsi d'un rôle primaire à un rôle secondaire me plaît moyen. C'est très frustrant d'avoir eu tout votre pouvoir décisionnel et de vous le faire reprendre par quelqu'un que vous connaissez à peine.

Donc je ronge mon frein dans cette pièce, attendant que parfois on veuille bien m'adresser la parole. Mais je ne suis pas un militaire et je ne fais pas partie de la hiérarchie, ça on me l'a bien fait savoir.

Maintenant que j'ai récupéré mes sensations, j'ai à nouveau l'impression d'être coincé dans mon armure et j'ai une cheville qui trouve toutes les occasions de m'élancer violement. Ce qui non seulement me fatigue mais me rend également prompt à la colère.

- Allons-nous attendre encore longtemps qu'ils daignent s'intéresser à nous ? M'agace-je à voix basse, espérant obtenir une réaction de Calembel.

Celui-ci tourne vers moi un regard creux et hausse les épaules.

Autant pour la réaction, un mur de brique serait plus émotif…

Dès le départ, je savais que nous ne pourrions pas nous illustrer plus que l'armée du Gondor, mais j'espérais pouvoir réussir à tirer mon épingle du jeu pour m'en servir plus tard. Maintenant, l'occasion est en train de me filer entre les doigts.

C'est alors que le général se tourne vers moi.

- Aviez-vous prévu une autre surprise au cas où les orques arriveraient à passer ? Me demande-t-il sérieusement.

- Continuer à dresser des barricades en travers des rues et remonter vers le palais petit à petit. C'était mon plan principal. J'avais surtout prévu que s'ils atteignaient le sixième niveau, alors nous étions vraiment foutus.

- Soyons optimistes, la cavalerie du Rohan est arrivée et elle taille l'ennemi en pièces, reprend Minalhelm. Avec un peu de chance, l'ennemi prendra la fuite.

Je ricane.

- Ou alors les orques se réfugieront dans la ville et attendront que les cavaliers débarquent de leurs montures. Et alors on verra qui rigolera, mais moi personnellement je parie sur celui qui a des trolls de guerre blindés dans des rues aussi petites et étroites.

Un cri de Nazgûl retentit à l'extérieur et je ne résiste pas à l'envie de l'envoyer se faire mettre.

- HO LA FERME ! Gueule-je à l'encontre de la fenêtre.

Le général soulève un sourcil à mon action, mais ne pipe pas mot.

- Je pense pour ma part que nous devrions tenter une sortie, intervient un capitaine. Dès que les flammes seront retombées, nous pourrions sortir et les repousser vers les plaines pour les livrer en pâture aux cavalier Rohirrims.

J'hausse les épaules, le plan semble censé. Si nous empêchons les orques de se cacher dans les niveaux inférieurs de la cité en les leurs reprenant, les chances de gagner cette bataille augmenteront sérieusement.

- Cette idée ne me paraît pas plus mal qu'une autre, commente-je sans entrain.

- Elle me paraît la meilleure applicable, approuve le général. Mais il serait idiot de ne pas penser à nos défenses. Visiblement vos hommes se sont préparés à cela jeune homme ?

J'hoche la tête pour confirmer.

- Dans ce cas, le plan est simple. L'armée régulière va effectuer une sortie à pied sitôt les flammes calmées et votre Ordre de la Croix d'Acier…

- De Fer, le corrige-je. C'est "l'Ordre de la Croix de Fer".

- De Fer, excusez-moi, reprend-t-il un peu agacé par la coupure. Vous garderez la cité en attendant.

J'hausse les épaules, ça ne m'a pas l'air idiot.

- Pourquoi pas ? Dis-je. De toute façon, je n'ai pas assez d'hommes pour tenter une sortie par moi-même.

- Vous en avez au moins, commente-t-il. Alors ne vous plaignez pas.

- Vous avez raison, soupire-je.

Un autre cri de Nazgûl retenti à l'extérieur et ça commence à profondément me porter sur les nerfs.

Personne n'a une petite baliste ou un scorpion ici ?

- Bien, je vous laisse aller organiser vos hommes. Nous avons une offensive à planifier pendant ce temps, me dit-il en me congédiant de la main.

J'acquiesce et deux hommes de Calembel viennent m'aider à me relever. Nous quittons la pièce avec le vieux seigneur sur nos talons.

- Ce n'est pas votre faute, dis-je à voix basse en constatant à quel point Calembel est silencieux. Je n'aurais pas dû leur faire prendre un tel risque. Le blâme me revi…

- La faute incombe à ce général sans cœur, grommelle alors Calembel d'un ton lourd de colère. Vous n'êtes nullement à blâmer. Qu'attendre d'autre d'un chien de l'intendant…

Je tourne un regard surpris dans sa direction, mais il ne me regarde pas, il est plutôt occupé à fixer la porte de la salle que nous venons de quitter, le poing crispé sur la poignée de son épée.

Oulà… Il y'a de l'orage dans l'air…

Je ne peux pas dire que je ne suis pas soulagé qu'il ne m'en veuille pas, et même si ce n'est pas tout à fait faux, il me semble que Minalhelm n'y est pas forcément pour tout. Mais je ne souhaite absolument pas me retrouver avec la faute sur le dos. C'est pourquoi, par lâcheté ou que sais-je encore, je préfère ne pas le détromper.

Nous sommes ramenés à une taverne abandonnée où je retrouve dame Elisia, le chef des mercenaires du seigneur Luri, Dervorin et le second du seigneur Limain. Un jeune homme du nom d'Alexandre. Bizarrement, son nom de famille est aussi Limain, mais il m'affirme ne pas être le fils du seigneur en question malgré son jeune âge.

Je suis assis à côté d'eux tandis que dehors ça ne cesse de crier de se cacher.

On dit "se mettre à couvert" bande d'amateurs !

Bon, quand on regarde qui commande, on peut douter de qui est le plus amateur entre le chef de l'ordre et celui qui crie de se cacher. Mais je ne suis pas ici pour introduire le vocabulaire militaire de mon monde maintenant.

- Bon, Messieurs-Dames, le plan du général Minalhelm est de procéder à une sortie sitôt l'incendie du troisième niveau calmé pour aller soutenir la cavalerie du Rohan.

Ils hochent la tête, écoutant calmement pour une fois.

- Pendant qu'ils procéderont ainsi, nous aurons la tâche de défendre les murs et de leur tenir la place au chaud.

Cette fois, j'ai plusieurs réactions. Un ricanement de la part du chef des mercenaires, un air étonné de la part de "Limain bis" et enfin un grognement agacé de la part d'Elisia.

- Ils vont se couvrir de gloire dehors pendant que nous sommes relégués à des tâches subalternes ! Crache Elisia avec son habituel air mécontent.

- Sortir achever les blessés quand il n'y a plus aucun risque, voilà bien toute la mesure de l'armée du Gondor, ricane le mercenaire. Tout à fait le genre de leur intendant.

Hé bé… Ça ne vole pas haut l'estime dans le coin…

Je me tourne vers Calembel, mais même s'il ne dit rien, je constate qu'il n'en pense pas moins à son regard assassin à la carte.

Héla, n'allez pas me faire des coups tordu vous !

- Si cela leur plaît, je préfère les laisser faire, dis-je avec circonspection. Nous avons perdu beaucoup d'hommes et j'aimerais vraiment éviter d'en perdre plus que nécessaire.

- Cela risque de ne guère s'arranger, commente Limain bis. Les hommes qui tentent de repousser les Nazgûls sont en train de se faire réduire en charpie.

- Concentrons nos effort là-dessus alors, soupire-je.

- Difficile, notre seul homme capable de les affronter est incapable de tenir debout seul… Commente Calembel.

- Dame Elisia ? S'étonne Dervorin en la regardant.

- NON ! Hurle-t-elle en foudroyant le pauvre Dervorin du regard. POUR LA CENTIÈME FOIS, JE NE SUIS PAS UNE TUEUSE DE NAZGÛLS !

- Un ton plus bas je vous prie, dis-je en grimaçant à cause du niveau sonore.

- C'est de votre faute ! S'exclame-t-elle à peine moins fort. Vous et votre fichue rumeur !

- Bon très bien c'est ma faute ! Conviens-je. Mais si moi j'arrive à faire quelque chose, ne peut-on imaginer que vous aussi ?

- Nous ne sommes pas tous des foudres de guerre comme vous ! Me rabroue Elisia. Nous ne tiendrions pas une minute contre un seul de ces spectres.

- Je ne suis pas si incroyable que cela… Grommelle-je en rougissant.

- Vous ne vous êtes jamais vu vous battre ou quoi ? Continue Elisia. C'est vous la tornade de coups ! Pas moi !

- Bon ça ira bien là ! M'énerve-je pour l'interrompre. De toute façon je ne peux pas affronter un autre Nazgûl là tout de suite.

Un hurlement strident retentit dans la rue et une forme ailée passe en rase-motte, emportant au passage un soldat en armure du Gondor pendant que les autres courent d'un abri à l'autre pour éviter d'être le suivant sur la liste.

- En tout cas on ne peut pas rester ici à ne rien faire ! Tranche-je. Nous devons trouver un moyen de les éloigner de nos hommes sans quoi je ne donne pas cher de nous. Elisia, vos archers peuvent remonter sur les toits ?

- Ils le peuvent, mais cela ne servira à rien si nous n'avons pas un plan ! Ces choses semblent se ficher comme d'une guigne de nos flèches !

- Les Nazgûls craignent le feu non ? Demande Limain bis. Pourquoi ne pas enflammer vos flèches ?

- Ils craignent le feu ces cons-là ? M'étonne-je.

Pour le coup, Elisia semble être sans voix. Et moi aussi d'ailleurs. Si j'avais su, j'aurais prévu un lance-flammes.

Hooo… Y'a une idée à creuser là je sens…

- Vous avez du pétrole ? Demande-je avec un sourire mauvais.

- Non, mais nous avons de la poix, intervient Calembel. C'est plutôt bon pour enduire les flèches.

- Ha ? Dis-je déçu.

J'essaie de me rappeler ce qu'est la poix et pourquoi on en enduirait des flèches.

Là comme ça de base je dirais que c'est un poison… Mais il me semble que je me goure…

Elisia elle a esquissé le premier sourire que je l'ai jamais vu faire et rien que ça, ça me fait flipper. Surtout que ce n'est pas un gentil sourire. Ça c'est le sourire du chat qui vient de trouver une souris qui boitte.

- Nous allons les renvoyer dans leur enfer ! S'exclame-t-elle avec entrain.

- C'est normal que je ne comprenne pas ? Demande-je complètement largué.

- Où est cette poix ? Demande-t-elle à Calembel en m'ignorant superbement pendant que je me débats dans les affres de l'incompréhension.

- Au cinquième niveau, dans ma maison. Je vous y conduis, lui dit Calembel en sortant avec elle.

Heu… et moi dans tout ça ?

- Je vais rejoindre mon poste, soupire Dervorin en roulant un parchemin qui vient de lui être transmis. Je vais faire partie des troupes de sortie.

- Heu… Oui, oui, bonne chance… Dis-je un peu en manque d'inspiration.

- Il faut que je mette mes hommes hors de portée de ces monstres volant, me dit le chef mercenaire avant de sortir, suivit de près par Limain bis, qui dit qu'il va faire de même.

Je reste donc seul dans la taverne, le cul collé à ma chaise car incapable d'en bouger.

Ah… Ben bravo, pendant que tout le monde bosse, moi je m'emmerde au bistro…

Je regarde autour de moi, mais en-dehors des deux hommes qui me servent de déambulateur, je n'ai d'un coup plus rien à faire.

Ou alors si, me faire soigner…

De toute façon, ce n'est pas comme si mes généraux avaient pris l'initiative de faire sans moi.

- Messieurs, je crois que je pourrais avoir l'usage d'une béquille, dis-je à mes deux gugusses.

- Ha, c'est pas nous qui nous en plaindrons, me fait l'un des hommes. Attendez ici monseigneur, je vais vous en chercher une.

Il va…

L'instant d'après il sort.

Ha d'accord… Autant pour l'image…

À sa décharge, il est de retour une dizaine de minutes plus tard avec une béquille en bois, du même genre que j'avais à Rivendell, le type qui vient se coller sous l'épaule.

Bon c'est pas plus mal j'imagine…

Je le remercie pour la béquille et du coup, les charge de m'escorter jusqu'à la maison de guérison que j'ai quitté au sixième niveau. Je fais simplement transmettre par un gosse à mes "commandants" que je m'y rends.

La première partie pour quitter la zone harcelée par les Nazgûls est assez sportive. Faire du "course-couvert-course-couvert" en béquille est une activité particulièrement ridicule. Surtout se jeter au sol en sachant qu'on a des bleus un peu partout.

Bordel, cette bataille n'a pas fait trois heures que je suis déjà à moitié raide.

Mais sitôt les abords de la porte quittés, les choses se calment, au milieu du niveau, en-dehors des rues vides, les choses semblent presque normales.

C'est assez perturbant de voir la cité dans cet état. Je n'ai jamais vu les rues aussi vides. En-dehors des lointains bruits de bataille je n'entends que le claquement récurrent de ma béquille contre les pavés des rues.

Je me retourne pour regarder le mur derrière lequel brûle le troisième niveau de la cité.

- C'est tellement irréaliste, commente-je à haute voix.

- Qui l'eut cru en effet ? Acquiesce l'un des hommes de Calembel. Voir un jour la cité blanche subir un siège.

Je le regarde sans répondre. Il a la mine de quelqu'un de blasé, que cela n'étonne pas outre mesure. Mais pour moi qui vient d'un pays en paix depuis très longtemps, l'idée même de me trouver si près et si loin en même temps d'un champ de bataille est une sensation nouvelle et pas des plus agréables.

Bon, j'ai déjà été aussi près de plusieurs champ de bataille, j'y suis même entré et sorti plusieurs fois en plus ou moins bon état.

Mais quelque chose a changé. Je n'avais jamais eu cette impression, celle d'être dans le bon camp, même quand je combattais pour l'Isengard en ayant perdu la mémoire. J'ai toujours eu l'impression de me battre uniquement pour rester en vie. Cette fois, j'ai plutôt l'impression de me battre pour quelque chose de plus grand que ma petite personne. Et le sentiment n'est pas désagréable.

- Bon, les guérisseuses ne vont pas se déplacer pour ma petite personne, commente-je en soupirant. Il faut que je retourne à la maison de guérison.

Je grimace en constatant que je n'ai que des chemins en pentes et des escaliers pour y retourner.

Chic de la marche à pieds…

Nous repassons par la porte du cinquième niveau quand il me vient à l'esprit que je pourrais passer chercher le cheval que le roi Théoden m'a prêté. Vu que l'auberge de "La vigne" n'est pas loin, je bifurque pour m'y rendre.

- Monseigneur, où allez-vous ? Me demande l'un des hommes.

- J'ai un cheval dans une auberge pas loin, explique-je en continuant. Je vais aller le chercher.

Les hommes me suivent jusqu'au moment où je peux voir l'entrée de l'auberge… Et la foule amassée devant.

Que se passe-t-il ?

Je fronce les sourcils et approchant. Une sorte d'agitateur publique se trouve sur une pile de barriques et hurle des choses que je ne comprends pas bien en montrant souvent du doigt l'auberge. J'apostrophe le premier homme que je trouve et lui demande ce qu'il se passe avant de remarquer qu'il tient une cognée de bûcheron.

- Ce qu'il se passe M'sire ? Mais on va déloger l'espion d'not belle cité !

- L'espion ? M'étonne-je en entendant un truc pareil. Quel espion ?

- Té ! L'bronzé et sa catin pardi ! On a vu qu'y avait plein d'autres comme lui qui sont dans l'armée du Mordor alors c'est sûr que c't'un traître ! Probable même que c'est d'sa faut' si la grand' porte l'est tombée. Moi j'vous l'dis, y m'a toujours semblé louche ! Trop aimable pour qu'ce soit honnête !

Je blêmi en entendant une absurdité pareille. Et d'un coup je commence à comprendre que l'autre gaillard sur son tonneau est un extrémiste. Son discours n'est en réalité qu'un appel à la haine et à la violence. Voilà pourquoi j'avais cette impression étrange de comprendre des mots en français tout en n'en comprenant pas le sens.

Bordel ! On n'a pas besoin d'un pogrom maintenant !

Sans donner d'explication à mes soldats, je fends la foule en direction de l'agitateur principal, J'y mets pas mal de force et je soulève beaucoup de protestation. L'essentiel de la population n'est pas aussi jeune que celui que j'ai arrêté, pour la plupart ce sont de bon soixantenaires ou dans cette tranche d'âge et ils tolèrent très mal mes bousculades intempestives. Au moment où j'arrive enfin à la hauteur de l'orateur, j'écarte sans ménagement deux hommes bien assez âgés pour être mes grands-pères et l'interromps en gueulant.

- CELA SUFFIT ! AU NOM DE L'ORDRE, JE VOUS ARRÊTE !

L'homme baisse la tête vers moi, un air surpris sur la figure et je sens les regards de la foule me piquer la nuque. Il ne doit pas être très grand, des cheveux bruns peu soignés, des habits élimés mais solides d'un travailleur de basse classe, d'un physique sec et noueux comme un coup de trique.

Il ne reste pas surpris très longtemps et me désigne soudain du doigt.

- JE VOUS CONNAIS VOUS ! VOUS ÊTES LE SEIGNEUR QUI POURCHASSE LES HONNÊTES GENS LA NUIT POUR LES DÉCAPITER !

C'est à mon tour de lui jeter un regard surpris.

- INUTILE DE FAIRE CETTE TÊTE AVEC MOI ! Exulte le gaillard sur ses tonneaux. JE VOUS AI RECONNU AU PREMIER REGARD ! VOUS ÊTES CE BORGNE QUI A ASSASSINÉ LE FILS RULIAN !

- JE N'AI ASSASSINÉ PERSONNE ! M'exclame-je hors de moi. C'ÉTAIT DE LA LÉGITIME DÉFENSE !

- MÊME FACE AUX FAITS, IL NIE ! CET HOMME VEUT MUSELER LA VOIX DE LA RAISON ! CONTEMPLEZ LA JUSTICE CORROMPUE DE NOTRE CITÉ QUI RELÂCHE DES TRAÎTRES PARCE QU'ILS SONT RICHES ! OU QUI LAISSENT DES ÉTRANGER NOUS VOLER CE QUI NOUS REVIENT PARCE QU'ILS SONT RICHES !

- C'EN EST ASSEZ ! M'exclame-je en saisissant de mon bras libre la cheville de l'agitateur.

À peine ais-je fais ce geste qu'un bruit de bois cassé ainsi qu'un violent choc sur la tête m'interrompent. Je chancelle alors que mon regard se trouble.

Un bruit de chair déchirée me parvient alors que je me retourne et je vois l'épée d'un des hommes qui m'accompagnent dépasser du ventre d'un vieillard qui tient encore un gourdin improvisé brisé. L'autre s'est tourné et hurle sur la foule de s'écarter. Mais celle-ci gronde comme un animal en colère et s'approche plutôt que d'obéir.

Maudits soient les fauteurs de troubles !

Je grogne d'agacement et porte la main à Din'Ganar, priant pour qu'ils ne me forcent pas à la dégainer.

- QUE TOUT LE MONDE RECULE ! REJOIGNEZ VOS ABRIS OU JE SERAIS FORCÉ D'AVOIR RECOURS À LA FORCE !

C'est peine perdue, dans quinze secondes je les ai sur le coin du râble…

Soudain, un cri de guerre incompréhensible retenti de l'arrière et je contemple avec stupeur un guerrier Oriental maniant un cimeterre dans chaque main qui tournoie de gauche à droite comme un danseur dans la foule. Celui-ci a pris tout le monde par surprise et, dès les premières éclaboussures de sang, la panique gagne les gens qui s'enfuient en désordre dans tous les sens.

Bordel mais il sort d'où lui ?

- SUR MOI ! M'exclame-je pour les soldats en dégainant.

À voir comme il bouge ce gaillard n'est pas à son coup d'essai. Ça risque de jouer serré !

Les hommes de Calembel se placent de chaque côté de moi, légèrement en avant, épées et boucliers brandis. Mais notre adversaire semble ne pas se préoccuper de nous et hurle des paroles qui, au ton, doivent être des insultes à la populace qui fuit les lieux.

L'homme est grand, on le devine mince malgré son armure d'écailles dorées comme du bronze. Un grand casque de la même couleur aux arrondis rappelant un peu une tête de dragon très stylisée lui protège la tête tandis qu'un voile de la même couleur noire que les habits amples qu'il porte en-dessous cache sa figure et ne révèle que ses yeux. Ses bottes à pointes relevées portent également des protections en forme d'écailles ainsi que ses gants.

- POSE TES ARMES ! Ordonne-je dans une tentative peu convaincue d'avoir des résultats.

Le guerrier masqué tourne la tête dans ma direction et ouvre des yeux surpris.

- Mais enfin maître Ignis… C'est moi ! S'exclame alors le guerrier avec la voix de Dutombil.

Pour le coup, les bras m'en tombent. Au sens propre comme au figuré car la pointe de Din tinte au sol. Les deux soldats de Calembel me regardent d'un air surpris, ne sachant visiblement pas quoi en penser non plus.

- Dutombil ? M'exclame-je surpris.

Celui-ci rengaine un de ses cimeterres et décroche un coin de son foulard pour me laisser voir sa figure. Cette fois, c'est ma mâchoire qui se décroche.

- Vous semblez surpris, constate Dutombil d'un air étonné.

- Un peu que je le suis ! Depuis quand savez-vous manier une épée ?

- Depuis ma plus tendre enfance. J'étais Sayyid Salih dans mon pays.

- Vous étiez quoi ? Ne puis-je m'empêcher de demander.

- Vous traduiriez ça par "maître d'armes" ou "seigneur des épées", mais la traduction ne rend pas justice à mon titre, me répond-t-il. Ça signifie que j'étais à la fois le seigneur et le meilleur bretteur de ma province.

- Vous étiez noble ? M'étonne-je.

- Pas au sens où le peuple du Gondor l'entend, mais oui, j'avais quelques prérogatives.

Je regarde autour de moi, un peu perdu et remarque alors un autre détail : s'il a bien soulevé quelques gerbes de sang, Dutombil n'a pas fait le moindre mort. Le seul cadavre est celui que le soldat qui m'accompagne a fait.

- C'était intentionnel de ne tuer personne ? Demande-je plus calmement.

- Tuer des innocents aurait souillé l'honneur et la réputation de mes lames, me répond l'aubergiste comme si c'était l'évidence même. Ils ont beau être bêtes, je ne vais pas risquer un tel parjure pour de telles bêtises.

- Par contre tu n'hésites pas à n'en faire qu'à ta tête ! Retenti soudain la voix de Lucie avec la rudesse d'un orage prêt à éclater.

L'un des homme de Calembel se tourne vers moi, l'air déboussolé.

- Qu'est-ce qu'on fait monseigneur ? On attaque ?

- Hé ! Non ! Baissez vos armes ! M'exclame-je en réalisant qu'ils sont toujours en position de garde.

Les deux hommes obéissent et suivent la scène comme moi.

Nous voyons Lucie sortir de l'hôtel, et hésiter en voyant le cadavre derrière nous. Mais elle continue quand même pour se planter devant son mari, les poings sur les hanches. Dutombil, malgré son armure et ses armes, semble se ratatiner devant elle et baisse les yeux d'un air coupable.

On voit bien qui porte la culotte dans ce couple… Une main de fer dans un gant de velours…

- Ma colombe, commence Dutombil d'un ton caressant. Je n'ai fait que venir en aide à monsieur Ignis qui a tenté de calmer la foule…

- Monsieur Ignis est bien assez fort pour se défendre tout seul, nous l'avons tous constaté lors de son arrestation, le coupe-t-elle. Je ne pense pas qu'une foule de gueux puisse vraiment le mettre à mal.

- Excuse-moi ma chérie, intervint son mari d'un piteux ton d'excuse. Mais sur un champ de bataille ceux qui sont les plus dangereux sont les novices car on ne peut prévoir leurs réactions…

- Je m'en moque ! Qu'avais-tu à sauter ainsi accoutré au milieu de cette foule ? S'ils n'avaient que des doutes, maintenant ils ont des certitudes !

- Mais ils ont attaqué les premiers…

- Laissez tomber Dutombil, soupire-je en grimaçant. Dans cette histoire nous serons forcément les fautifs. Vous parce que vous êtes un étranger, moi parce que j'ai tué un protestataire.

- Heu… Sauf votre respect monsieur, c'est moi qui l'ai embroché, m'interromps l'un des hommes de Calembel.

- Je pense qu'il vaut mieux dire que c'est moi, dis-je en haussant les épaules. Ça vous évitera des ennuis pour la suite.

- Des ennuis ? Pour vous avoir défendu ? S'étonne-t-il. Qu'est-ce que c'est que cette histoire, on ne condamne pas le garde d'un noble quand celui-ci défend son seigneur non ?

- Sauf que je ne suis pas noble, lui dis-je en soulevant un sourcil.

Cette fois, ce sont mes deux zigomars qui ouvrent des yeux de la taille de soucoupes.

- Vous n'êtes pas noble ? S'étonne le deuxième. Mais alors pourquoi tout le monde vous appelle "monseigneur" ?

- Qu'en sais-je ? Ils ont commencé le premier jour en me voyant.

- Ha ? S'étonne poliment Dutombil en me regardant. J'ignorais aussi que vous fussiez roturier.

- Je ne vois pas ce qui vous permettrait de penser le contraire.

- Les manières déjà, énumère Dutombil en comptant sur ses doigts. Vous avez la politesse d'un homme de pouvoir. Votre richesse, dit-il en levant un deuxième doigt. Vous dépensez sans compter et vous n'avez pas l'air d'avoir autrement de commerce à gérer. Vos habitudes, vous avez les petites manies d'une personne habituée au luxe. Votre manière de parler, on sent une véritable autorité derrière vos mots et dans votre ton. Et enfin votre force au combat, on devine un très long entraînement pour arriver à une puissance physique comme la vôtre, ce qui est difficile autrement qu'en étant né noble et formé à défendre ses terres et ses gens.

- Mon entraînement ? M'étonne-je. J'ai fait tout au plus trois à quatre mois d'entraînement. Ma manière de parler je la tiens de mon grand-père, mes habitudes de mes parents, mon argent de Gandalf, et mes manières de mon enseignante d'école. Je n'ai aucun titre ni aucun mérite, j'ai copié ce que je voyais dans mon enfance.

Là je sens bien que les hommes de Calembel sont sciés. Pour un peu ils en tomberaient sur le cul.

- En attendant, ta place n'est pas ici dans ce costume ridicule, reprend Lucie qui n'a pas perdu le Nord pendant que nous discutions. Tu vas rentrer te changer !

- Mais et si les orques arrivent ? Se défend Dutombil. Si je suis déjà en armure je pourrais les combattre plus efficacement…

- Faust et l'armée sont là pour ça. Toi tu es hôtelier et ta place est derrière ton comptoir ! Alors maintenant rentre à l'intérieur et vas remettre ton tablier ! Pense un peu à nos filles ! Que vont dire les gens s'ils apprennent que tu t'es comporté comme un barbare pendant l'attaque de la ville ?

Sous mes yeux, Dutombil pousse un profond soupire et lève les bras, vaincu. Il se dirige ensuite d'un pas funèbres vers la porte de son hôtel.

- Vous êtes un peu dure avec lui, si je puis me permettre, dis-je à Lucie alors qu'elle s'apprête à lui emboîter le pas. Il voulait juste nous aider.

- Il voulait surtout ressortir cette vieillerie qu'il entretient comme un trésor depuis que je le connais, me contredit-elle en grognant de manière fort peu féminine.

Elle le suit un pas en arrière comme un garde-chiourme qui contrôle que son prisonnier s'exécute bien.

Autant elle a des avis très ouvert sur le sexe, autant elle rigole pas avec sa position dans le couple…

- Vous ne vouliez pas un cheval monsei… Monsieur ? Me demande alors l'un des gardes.

- Ho putain le con ! M'exclame-je en me frappant le front. J'avais complètement zappé ! DUTOMBIL !

Le couple se tourne vers moi alors qu'ils s'apprêtaient à passer la porte.

Zut, c'est vrai ils ont le même nom de famille puisqu'ils sont mariés. Bordel, j'oublie tout le temps !

- Heu… Bernard ! Dis-je après avoir dû fournir un effort pour me rappeler son prénom. J'ai besoin de mon cheval !

- Bien sûr, acquiesce-t-il. Je vous retrouve dans la cour tout de suite.

J'hoche la tête et me dirige lentement vers la cour arrière, essayant de limiter au maximum mon boitement. Quand j'essaie d'ouvrir le portail, celui-ci est verrouillé de l'intérieur. J'hausse les épaules et m'appuie contre l'un des murs de pierre à côté du portail. Je commence à me sentir vraiment très fatigué. Je n'ai plus qu'une envie, c'est de me trouver un lit pour m'y allonger et me taper un léger coma de quelques siècles.

Peu après, nous entendons le loquet glisser et le portail s'ouvre. Dutombil a repris son habituel tablier et porte à nouveau des vêtements Gondoréens. Il ouvre le portail et je vois que le cheval que m'a prêté le roi du Rohan est déjà prêt, harnaché et tout.

- Merci Dutombil, dis-je en soupirant. Je commence à avoir de la peine à tenir debout.

Il me regarde d'un air évaluateur avant de répondre.

- C'est vrai que vous semblez pâle. Des déboires sur le champ de bataille ?

- Pas mal de bleus et une cheville qui me fait souffrir, mais sinon ça va. Je n'ai aucune blessure ouverte, bénie soit l'armure de Golwynn.

Il hoche la tête d'un air compréhensif et me tend les rênes du cheval.

Je grogne en montant dessus et les deux hommes de Calembel doivent m'y aider à la seconde tentative pour parvenir à un résultat. Je pose la béquille en travers de mes genoux et gémis silencieusement quand je dois enfiler ma cheville douloureuse dans l'étrier adéquat. Je salue Dutombil d'un signe de tête alors que je fais tourner le cheval. Celui-ci me retourne un étrange salut en claquant ses talons, en joignant ses mains bizarrement et en penchant le buste.

Lors du trajet en direction du haut de la cité, je suis interrompu par les hommes de Calembel qui s'arrêtent pour voir de nombreux traits enflammés s'échapper du quatrième niveau et faire reculer les Nazgûls.

Bon, ils l'ont finalement trouvée leur essence.

Quoique je me demande si c'est bien du pétrole qui brule sur leurs flèches. Mais le résultat est le même, les vilaines chauves-souris se font moins pressante sur la cité alors que le feu semble se faire moins violent.

Le général va bientôt sortir…

Je sais que ça ne sert à rien, mais pour le geste, je porte ma main à mon front et tente d'imiter un salut militaire de mon monde.

Je ne vais pas vous souhaiter de les envoyer en enfer, il ne faut jamais souhaiter le malheur à autrui. Je vais plutôt vous souhaiter de revenir entier.

Je termine mon salut et reprends la route d'un clappement de langue. Un petit quart d'heure plus tard, je débarque devant la maison de guérison et réalise que ce ne sera pas aussi simple que je l'avais espéré.

Les blessés s'entassent de tous côtés, beaucoup sur des paillasse grossière et toutes les soigneuses semblent courir dans tous les coins.

Autant pour les soins…

J'en arrête une au passage.

- Monseigneur Limain est-il ici ?

Elle hoche la tête après une seconde d'hésitation.

- Il est sur le balcon du deuxième étage.

J'hausse un sourcil, mais la soigneuse se dégage pour repartir avec son bassinet d'eau rougie de sang et disparais en un tournemain.

J'hausse les épaules, après-tout, pourquoi pas ? Un blessé sur un balcon, c'est envisageable aussi non ?

La montée des escaliers m'est extrêmement pénible. De un parce que je me sens de plus en plus fatigué. De deux, parce que les marches sont un peu trop hautes à mon goût, ce que je ne parviens à comprendre dans l'un des rares endroits qui devrait être adapté à des personnes à mobilité réduite.

Quand je pousse finalement les portes du balcon, j'ai l'impression d'avoir changé de monde. Une légère brise rafraîchi un balcon de pierre éclairé par les premiers rayons de soleil de la journée et secoue des fleurs bleues plantées dans de larges pots inclus dans la balustrade du balcon. Une grande chaise longue accueille le seigneur boiteux qui, pâle comme un linge, n'en a pas moins les yeux ouverts. Tout ici semble respirer le calme et la tranquillité qu'il n'y a pas dans les niveaux inférieurs

- Putain, vous êtes plus costaud que vous en donnez l'impression, ne puis-je m'empêcher de remarquer.

Il tourne les yeux dans ma direction et me fait un pâle sourire.

- Les demoiselles que vous citez si bien ne se remettraient pas de ma disparition, commente-t-il d'une toute petite voix. Je ne puis donc ainsi les décevoir.

Je me surprends à glousser et, avisant une chaise normale à ses côtés, m'y laisse tomber avec un grognement de douleur. Au loin, on devine la bataille qui fait rage hors des murs de la ville et je siffle d'admiration en constatant à quel point les cavaliers Rohirrims ont réussi à clairsemer les rangs ennemis.

- La vache, c'est plus puissant que je ne le pensais la cavalerie…

- Pourtant, ils semblent désorganisés… Commente Limain pensivement. Un problème de commandement peut-être ?

- Peut-être admets-je. Les cavaliers ont tendance à se désemparer facilement quand leur chef tombe.

- Il est à espérer que celui-ci ne tombe pas.

- Il a intérêt, j'ai un cheval à lui rendre, grogne-je d'un ton amusé.

Je regarde en bas, l'intervention de grosses bébêtes ressemblant à des éléphants semble mettre pas mal de pagaille dans les rangs des cavaliers. Sans compter qu'on dirait qu'un Nazgûl en particulier semble cercler au-dessus du champ de bataille alors que ses petits copains emmerdent les défenseurs du quatrième niveau.

Puis soudain, la monture du Nazgûl fond au milieu de la mêlée.

Aïe ! Je n'aimerais pas être celui qui va se le prendre en pleine poire !

À ces grandes distances, il m'est impossible de différencier les détails, et encore moins les gens. C'est tout juste si la monture du Nazgûl me permet de savoir où il se trouve.

Le machin secoue les ailes un moment avant de partir bizarrement en arrière. Je comprends qu'il lui est arrivé un truc quand il s'effondre en arrière.

- Bordel… Quelqu'un a réussi à s'occuper d'un de ces trucs…

- Ce doit être un sacré colosse… acquiesce doucement Limain.

L'idée me fait soudain trembler. Le seul colosse que je connaisse dans les troupes du Rohan, c'est Mewyn, et c'est une quiche au combat.

Ou elle a méchamment progressé, ou alors ce n'est pas elle…

Mais d'ici il est impossible de savoir ce qu'il se passe plus bas. Nous restons donc silencieux de longues minutes à regarder la bataille comme si elle ne nous concernait pas.

Finalement, porté par la douce chaleur ambiante, la fatigue et la position à peu près confortable que je me suis trouvé sur ma chaise je sens mes yeux qui commencent à se fermer tout seuls.

Bah, je peux bien piquer un petit roupillon, personne va en mourir…

Sans plus d'arrière-pensée, je trouve le moyen de m'endormir au milieu de la plus épique des batailles que j'ai jamais livrée.