Lundi 22 janvier 1996

Chère Marie,

La journée a été animée, mais plutôt de façon amusante. Draco a affiché aujourd'hui son camp, sans aucune ambiguïté possible, et avec toute l'arrogance et le sens de la mise en scène des Malfoy. J'ai adoré, personnellement. Et nous avons un nouvel emploi du temps, pour étudier tout ce qui fera de nous de bons mages. Il y a du travail.

Ça a commencé au petit déjeuner, avec le journal. Comme on le pensait, la Une ne parlait pas pour une fois du procès Weasley, mais de la famille Malfoy.

Disparitions inquiétantes chez les Malfoy. Lord Malfoy craint que l'on cherche à utiliser sa femme et sa fille comme moyen de pression.

En gros, l'article racontait que Narcissa et Cassiopeia avaient disparu samedi lors d'une sortie à Diagon Alley, et qu'elles n'étaient jamais rentrées au Manoir. Entre les accusations que c'est inadmissible de s'en prendre à une famille de nobles, personne n'est finalement en sécurité, que fait donc le Ministère, Lucius a glissé ses craintes de voir la vie de sa femme et de sa filles utilisées pour obtenir de l'argent (la richesse des Malfoy est célèbre et ils ne s'en cachent pas) ou le faire céder sur certaines opinions politiques (on ne précise pas lesquelles).

Petit à petit, toute la Grande Salle s'est remplie en rumeurs diverses sur le sujet, avec de nombreux regards vers Draco. Il est arrivé assez tard, ayant pris son temps pour prendre une douche après l'entraînement sportif de ce matin (et sans doute pour briefer Blaise et les autres), et tout le monde étudiait sa réaction. Mais il ne lisait pas l'article, mais une lettre qu'il venait de recevoir. Il avait les sourcils levés en signe d'incrédulité, sa moue narquoise habituelle, et je sentais son amusement. Puis il s'est penché vers Blaise à côté de lui pour récupérer le journal et le lire et là, réaction à laquelle personne ne s'attendait : il a éclaté de rire.

Ça a amené un grand silence sur la Grande Salle. Il a l'air de ne pas s'en être rendu compte, mais il nous a prouvé qu'il savait parfaitement ce qu'il faisait : un bol de pop-corn est apparu devant nous, les quatre mages de Gryffindor, clin d'œil à ma remarque à McGonagall : si je fais apparaître du pop-corn, c'est qu'il va y avoir du spectacle. Ça a attiré vers lui l'attention de Neville et Hermione, qui tournaient le dos à la table des Slytherins.

Il lisait avec une emphase théâtrale les déclarations de son père à Blaise, qui souriait largement. Dans le silence, tout le monde entendait parfaitement son ironie. Puis il a terminé, beaucoup plus froidement :

« Mon père est vraiment un crétin. Comme si quiconque allait s'imaginer qu'il dépenserait un Gallion ou renoncerait à servir Voldemort contre la vie de Mère ou de Cassi. Heureusement qu'elles sont en sécurité. »

Il y a eu de nombreuses exclamations, et j'ai senti sa satisfaction, même si rien ne s'est affiché sur son visage : il venait de reconnaître qu'il sait parfaitement où elles sont. Pansy l'a compris aussi et s'est penchée vers lui pour lui murmurer quelque chose qui a fait rire Draco et il a répondu, sur un ton égal mais qui a porté dans toute la salle, redevenue très silencieuse, attentive à ses moindres paroles :

« Si je sais où elles sont ? Ça ne te regarde pas, Pansy. La première chose que tu feras, c'est rapporter mes propos à mon père. Tu sais ce qu'il vient de m'écrire ? Qu'elles ont été mises en sécurité par les fidèles de Voldemort, afin de s'assurer que je m'allierai bien à eux l'été prochain. Face-de-Serpent ne veut sans doute pas laisser passer l'unique chance d'avoir un vrai mage dans ses rangs... » il a ricané.

J'ai senti l'amusement de Harry, Hermione et Neville à côté de moi. Draco n'avait pas froid aux yeux : il était assis au milieu d'une table remplie de fidèles ou futurs fidèles. D'un geste parfaitement visible, il a déchiré la lettre de son père :

« Père ne sait pas où sont Mère et Cassi, et ne le saura jamais. J'aurais bien dit qu'il ne le saura pas tant qu'il ne changera pas de camp, mais je sais qu'il ne laissera jamais tomber ce crétin de pseudo-Lord. Il a oublié la première règle d'un Malfoy : ne s'agenouiller devant personne. Qu'il continue donc à... craindre pour leurs vies, elles sont beaucoup mieux là où elles sont. »

Il a balancé négligemment le journal sur la table, fait disparaître la lettre dans une poignée de flammes, avant d'attraper une pomme et se lever en la croquant avec une indifférence soigneusement étudiée. Sauf qu'au lieu de sortir de la Grande Salle en profitant d'avoir tous les yeux sur lui, il s'est avancé vers nous et a déclaré tranquillement, sans trace aucune de son agressivité habituelle :

« On se voit ce soit, après les potions de Nestral ?

–Bien sûr, a répondu Harry sans hésiter. Tu connais le mot de passe de la suite des Fondateurs. »

Draco a affiché un léger sourire avant de se détourner et sortir de la Salle, sous les murmures et les nouvelles rumeurs. Harry n'avait pas besoin de préciser que Draco connait le mot de passe, sauf pour attirer l'attention de tout le monde sur ce point. Il a joué le jeu.

Mais le spectacle n'était pas tout à fait terminé. Draco avait choisi ouvertement son camp, mais il manquait encore un choix public, à la table des Slytherins. Pansy s'est tournée vers Blaise, furieuse :

« Et toi, tu le laisses faire ? Il est en train de trahir sa famille et tu le laisses faire ? Quel genre de meilleur ami es-tu ?

–Le genre qui le soutient dans ses choix et sait que le traître, ce n'est certainement pas lui. Il l'a dit : la devise de sa famille, c'est de ne s'agenouiller devant personne, et certainement pas devant un usurpateur de Sang-Mêlé. »

Les murmures se transformèrent en une vague d'exclamations et de cris : Voldemort, un sang-mêlé, mais non, voyons ! C'est le plus grand mage noir de tous les temps, un Lord en puissance ! Blaise a ricané devant la réaction des étudiants de la Salle et s'est tourné vers moi et a crié :

« Nestral ! J'en veux aussi ! »

J'ai eu un moment de doute : qu'est-ce qu'il voulait aussi ? Puis j'ai compris en voyant son sourire et son aura clairement amusée : du pop-corn. J'ai fait apparaître un petit saladier, ai versé de notre pop-corn dedans jusqu'à en faire déborder histoire que tout le monde voit bien le contenu, et je l'ai fait léviter jusqu'à lui. Il m'a remerciée d'un signe de tête souriant et a repris son petit déjeuner, parsemant ses œufs brouillés de pop-corn (je ne discute plus du goût étrange des Anglais. Après presque trois mois avec des adolescents anglais, j'ai renoncé).

Nous avons ignoré les discussions houleuses dans la salle et terminé notre petit-déjeuner tranquillement. J'ai juste pris un moment pour prendre mon livre de communication pour prévenir Draco du soutien ouvert de Blaise : Blaise aura certainement besoin de protection, à l'avenir. Personne n'osera s'attaquer à Draco, mais Blaise n'est qu'un sorcier, beaucoup plus vulnérable.

Quand nous sommes allés en cours de potions, Draco attendait devant la porte, un livre dans une langue incompréhensible sur les genoux. Il a souri en nous voyant arriver, toujours fier de son coup de théâtre dans la Grande Salle. Il a sorti un livre de sa poche :

« Tiens Manon, le livre dont je t'ai parlé samedi. J'ai croisé Sirius en venant ici, il me l'a fait passer. J'ai aussi les livres pour attaquer l'apprentissage du vieux breton, » a-t-il ajouté pour nous quatre.

Harry a hoché la tête :

« On s'y mettra vendredi. Joli spectacle, tout à l'heure. Tu n'as pas peur de ne pas pouvoir entrer à Slytherin, maintenant ?

–Ils n'oseront jamais s'en prendre à moi, a répondu Draco avec assurance. S'il le faut, je leur rappellerai que je n'ai pas peur de me servir de l'ensemble de mes pouvoirs. Et dans mon dortoir, Crabbe et Goyle sont des imbéciles, Nott ne fera rien tant qu'il n'aura pas choisi, ce serait crétin de sa part de m'attaquer s'il a encore peut-être l'intention de me rejoindre, et Blaise est un frère.

–Un frère qui a proclamé ouvertement son soutien, a ajouté Hermione.

–Il sait ce qu'il fait. »

Son indifférence était surtout un moyen de prouver aux Slytherins qui commençaient à se rassembler devant la porte en attendant le début du cours que Blaise sait se défendre et que si Draco est aussi confiant, il faut peut-être se méfier du meilleur ami plus connu pour son exubérance joyeuse que pour ses prouesses magiques.

Crabbe et Goyle se sont approchés, menaçants :

« Alors, Malfoy, on trahit sa famille pour Potter et sa Sang-de-Bourbe ? »

Harry n'a même pas eu le temps de s'énerver : Draco a éclaté d'un rire moqueur :

« Vous êtes vraiment des imbéciles, tous les deux. Qu'est-ce que vous n'avez pas compris quand j'ai dit que ma famille ne s'agenouillait devant personne ?

–On le fera payer à ta chère petite Cassi.

–Encore faudrait-il que vous puissiez la trouver. »

Le calme de Draco, non simulé, face à une menace explicite sur sa petite sœur chérie a eu au moins le mérite de faire réfléchir les Slytherins.

Toute la journée, ça a continué comme ça : des attaques et insinuations des Slytherins, toujours sous le choc du choix de Draco, et les réponses tour à tour moqueuses, tranquilles, arrogantes, mais jamais énervées, de Draco. Au grand choc de toute l'école cette fois, il a discuté avec nous tranquillement, presque amicalement. Ce n'est pas une nouveauté de le voir gentil avec moi, mais avec Harry, Hermione et Neville, après plus de quatre ans d'agressivité entre eux, c'est apparemment perturbant.

Le coup final a été porté lors du dîner : Draco est venu s'installer avec nous. Il voulait revoir mon programme de rattrapage, et notre programme d'entraînement.

« Qu'est-ce que tu fous là, Malfoy ? a demandé Ron agressivement.

–Je viens parler emploi du temps et acquisition de connaissances, Belette. Va fuir à l'autre bout de la table si tu ne veux pas que ton pauvre cerveau explose. »

Ah, revoilà le Draco habituel. D'un certain côté, j'ai envie de dire « ouf ! » : je n'ai pas envie d'un Draco gentil. Harry est gentil, Neville est gentil, Hermione est gentille... Avec qui je m'amuse si Draco est gentil ? Harry sait parfaitement se moquer ou théâtraliser les choses, il a du mordant, mais il n'est pas... méchant. Même avec la perte de leur amitié, avec Ron, il ne lui a jamais balancé une insulte. Il s'est montré agressif uniquement quand Ron m'a insultée. Il sait être terrifiant quand il le veut, mais ce sera en réponse à une menace, jamais de sa propre initiative. Draco, si.

Il a ignoré les regards stupéfaits et/ou assassins autour de la table et s'est assis d'autorité entre Hermione et moi.

« Bon. Manon, montre ton emploi du temps. Voici le mien. Potter, ton entraînement de Quidditch est le samedi après-midi, c'est ça ?

–Oui.

–OK. Alors sur quoi tu as encore besoin de travailler, Manon ?

–Les potions, les runes, l'astronomie, j'ai répondu. Mais c'est quasiment terminé, les runes. L'astronomie, c'est juste une heure supplémentaire à la fin du cours, donc ça ne me fait pas perdre une soirée supplémentaire. Et les potions, il me faut surtout de la pratique.

–J'y ai pensé, à ça, a approuvé Draco. Il y a un labo, dans la suite des Fondateurs. Et si on en profitait pour se faire un stock de potions essentielles ?

–Oui, j'y pensais aussi, a répondu Hermione. J'ai fait une liste, d'ailleurs.

–Pourquoi ça ne m'étonne pas ? a soupiré Draco. Montre ça, Granger. »

Hermione a sorti une longue liste de son sac, que Draco a étudiée. Il a remplacé certaines potions par d'autres que je ne connais pas, et il en a ajouté des nouvelles. Ça couvre beaucoup de domaines, principalement de la médicomagie : anti-poisons divers, potions et baumes pour la cicatrisation, potions de régénération sanguine pour compléter le sang en cas d'hémorragie (ils connaissent les transfusions, mais ne les pratiquent que très rarement, à cause de la magie dans le sang, qui peut créer un lien indésirable entre donneur et receveur, comme pour les transplantations d'organes), potions pour le sommeil, contre le stress...

Il y a également des potions plus douteuses, comme le Polynectar ou le Veritaserum. Mais Harry est un Potter, et ça fait apparemment partie de ses privilèges de fabriquer lui-même ces potions pourtant fermement contrôlées par le Ministère. On trouve également des potions pour créer des états de confusion, pour plonger quelqu'un dans une sorte de stase, des potions explosives, des poisons divers et variés, des fumigènes, des potions qui font fondre certains matériaux... Tout un arsenal de potions d'attaque, donc.

Au final, c'est presque deux cent potions qu'on peut trouver sur cette liste, dont la moitié sont interdites ou contrôlées par le Ministère.

« Et tu veux faire ça en rattrapage de potions avec Manon ? s'est étonné Neville.

–Je veux qu'on fasse ça tous les cinq, l'a contredit Draco. Granger n'est pas mauvaise, Potter non plus quand il veut bien se concentrer sur ce qu'il fait, et toi, tu as besoin de pratiquer pour prendre de l'assurance, comme Manon. Si on vous met tous les deux sur des potions de niveau de cinquième année maximum, et que Granger et moi nous gardons les potions les plus compliquées, ça va parfaitement le faire.

–Mais il faudra plus d'une soirée par semaine pour réaliser toute cette liste, a fait Harry.

–Pour les potions de niveau scolaire, jusqu'aux NEWTs, elles peuvent soit se réaliser sur une soirée, soit acceptent de reposer pendant une semaine, soit supportent la stase facilement. Il faut qu'elles puissent être réalisées en classe. Pour les autres, je ne vous les laisse de toute façon pas faire, et laissez-moi faire de mon temps libre ce que je veux. Granger, tu es la bienvenue, mais tous les trois, vous n'approcherez pas de ces chaudrons à moins de faire vos preuves.

–Ça nous laisse quoi ? j'ai demandé.

–Beaucoup de potions de médicomagie, quelques potions du type explosives ou de fusion... Il y a du boulot, t'en fais pas. Donc, vous êtes d'accord ? »

Nous nous sommes regardés, tous les quatre, puis j'ai senti l'acceptation venir chez tout le monde, et j'ai répondu :

« OK, on fait ça : lundi, potions pour tout le monde. Ensuite ? Il faut que Harry, Neville et moi travaillons la médicomagie, et vous aussi, Hermione et toi, même si c'est à moindre échelle. Il faut que tous les cinq travaillons la magie mentale. Oui, toi aussi, Neville, j'ai ajouté en voyant sa surprise. Tu es un mage, tu as un certain pouvoir, même si ça ne vaut pas le nôtre. Je veux apprendre le maniement d'une dague, et vous, les garçons, vous devez de toute façon travailler l'épée. Neville et Harry sont chevaliers-mages, et ont besoin de travailler dessus. Toi la magie noire, et je veux apprendre ça aussi. Harry a besoin de découvrir toutes les subtilités juridiques et politiques d'un Lord. Il faut aussi que...

–Stop ! s'est exclamé Harry. OK, tu as réussi ton pari de faire cinq années d'études en une, ce n'est pas pour autant que maintenant, tu dois nous noyer sous le travail.

–Harry, il y a un criminel dehors qui n'attend que la moindre petite occasion pour te tuer, et nous tuer aussi. Tu as deux prophéties sur la tête. Tu as besoin, nous avons tous besoin, de maîtriser le plus possible nos pouvoirs. Nous aurions du apprendre tout ça dès l'enfance, mais malheureusement, il va falloir faire vite.

–Calme-toi, Manon, on va y arriver... » a dit Neville d'une voix douce.

Je l'ai regardé, puis j'ai regardé Harry, qui avait l'air blessé et vexé. Il n'a pas du apprécier mon ton légèrement agressif... J'ai soupiré :

« Désolée. J'ai peur de ne pas être à la hauteur.

–On a tous peur, chérie, mais on va s'en sortir, a répondu Harry, plus détendu. Mais nous épuiser à la tâche ne nous mènera à rien. Il faut qu'on s'en tienne à l'essentiel.

–Malheureusement, ce que vient de dire Manon est l'essentiel, a déclaré Draco d'une voix tranquille. Elle aurait pu ajouter la découverte de chacun de nos héritages, au sens historique et culturel du terme, et pour elle et sans doute toi, Potter, religieux. Elle s'est contentée des connaissances pratiques. Comment caser tout ça dans un emploi du temps sans nous surmener ?

–En laissant l'escrime et la pratique des armes et du combat lors de l'entraînement du dimanche et des sessions du matin, a répondu Hermione. Ensuite, Manon a semblé dire beaucoup de choses, mais ça se résume à quelques grands thèmes : magie de l'esprit, médicomagie, magie noire, et culture et politique. Quatre thèmes.

–Le vieux breton, j'ai ajouté.

–Ah oui. Cinq. Mais c'est gérable. Le dimanche après-midi sera fatiguant, alors on met quelque chose qui ne demande pas trop d'effort le dimanche matin : culture et politique. Pour tout le monde. Draco et Neville, vous serez nos professeurs, à tous les trois. Vous avez deux visions de la noblesse magique et de la politique, et ça sera utile. Lundi soir, après le dîner, potions. Mardi soir, avant le dîner, on peut travailler sur la magie de l'esprit. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire pendant des heures, et les deux heures de pause entre la fin des cours et le dîner suffiront largement. Ensuite, après le dîner, Draco a entraînement de Quidditch, ce qui nous laisse libres pour faire nos devoirs. Mercredi, nous avons Astronomie après le dîner, et aussi Quidditch pour Draco, alors on ne fait rien. On garde avant pour les devoirs. Jeudi, avant le dîner reste libre, et après le dîner, on attaquera la magie noire quand Manon aura terminé les Runes. Vendredi, rien avant le dîner, et après, ce sera vieux breton. Samedi matin, médicomagie. Samedi après-midi, Harry a entraînement, donc temps libre pour nous. Dimanche matin, donc, culture et politique, et dimanche après-midi, le club de Remus. Et bien sûr, tous les matins sauf le dimanche, sport et entraînement avant le petit déjeuner. »

Au fur et à mesure, elle a rempli l'emploi du temps, finalement quasi similaire en charge de travail à celui que j'avais à mon arrivée. Il y a juste le samedi matin en plus, mais nous sommes de toute façon levés à cause du sport avant le petit déjeuner, et les deux heures de magie de l'esprit du mardi, mais c'est un allègement par rapport à avant où nous avions une heure tous les soirs avant d'aller nous coucher.

Elle a dupliqué l'emploi du temps en cinq exemplaires, qu'elle a ensuite remplis avec notre emploi du temps scolaire respectif, avant de nous donner le parchemin final. Nous l'avons observé en silence, tous les quatre. Puis j'ai soufflé :

« Wouah... Ça, c'est de la capacité d'organisation !

–Hermione, j'accepte de suivre ce planning, à une condition, a annoncé Harry.

–Quoi donc ? a demandé Hermione, méfiante.

–Tu ne me dis rien par rapport aux OWLs. Je m'organise comme je veux pour les révisions, et je révise ce que je veux et autant que je veux. »

Draco et moi avons ricané devant la lutte que cela demandait à Hermione d'accepter de laisser passer ça. Finalement, elle a reconnu que c'était tout de même plus important que des examens, que Harry était pour la plupart sûr d'avoir de toute façon.

« OK, a-t-elle finalement dit. Aucun de vous quatre. Je vous laisse tous les quatre en paix pour vos OWLs si on se tient à cet emploi du temps.

–Comme si j'allais te laisser faire, de toute façon, a dit Draco, avec tout son mépris Malfoyen. Mais OK, si ça te rassure de tout mettre dans des cases et si ça rassure Manon de savoir qu'on va pouvoir tout étudier, alors je veux bien suivre cet emploi du temps.

Yeah ! j'ai fait en levant les bras au ciel. Draco Malfoy vient d'approuver une suggestion de Hermione Granger ! Tout espoir d'humanité n'est pas perdu ! »

Ça a fait rire tout le monde autour de nous. Mais il avait raison : j'étais soulagée. Ça fait des jours que je me demande comment on va pouvoir surmonter la masse de travail qui se présente à nous, et qui grossit à chaque fois que l'un de nous découvre un héritage supplémentaire, et voilà que Hermione, en trois coups de cuillère à pot et deux de baguette magique, parvient à tout mettre dans des cases comme Draco dit, et tout est organisé ! C'est magique ! C'est toujours pareil, en fait : j'ai des idées plein la tête, mais je ne sais pas du tout comment les organiser : déjà, lorsqu'on travaillait à deux sur nos disserts de philo, c'était toi qui organisais tout ce que je pouvais balancer, et maintenant, c'est la deuxième fois que Hermione me sauve d'une surcharge de travail en organisant proprement mon emploi du temps...

Harry m'a attirée contre lui en me prenant par la taille :

« Ça va mieux ? »

J'ai hoché la tête avec un grand sourire. Oh oui, ça va mieux. On va y arriver. On va donc y passer nos soirées, mais on va y arriver. À quoi, on ne sait pas encore... Vaincre Voldemort, c'est sûr. Mais aussi cette foutue deuxième prophétie. Seconde prophétie. Hors de question qu'il y en ait une troisième...

Après le dîner, donc, Draco et moi sommes allés voir Snape à la table des professeurs pour lui annoncer que désormais, nos potions se feraient dans la suite des Fondateurs. Il a d'abord refusé :

« Hors de question que des élèves fassent des potions sans contrôle dans ce château.

–Severus, a dit Draco très sérieusement, en se moquant de la familiarité alors qu'on était dans la Grande Salle. Même sans l'héritage de Slytherin, je suis aussi bon que toi. Tu ne nous aurais jamais laissés sans surveillance toutes ces semaines sans ça, Manon et moi.

–Mais je pouvais contrôler à la fin la qualité de la potion.

–Quand a été la dernière fois où tu as trouvé un défaut dans mes potions ? »

Snape a regardé son filleul, qui lui a fait un sourire rassurant :

« J'ai l'héritage de Slytherin en plus, maintenant. Des connaissances dont même toi, tu n'as pas idée. Ça ne craint absolument rien. Et ces potions sont destinées à notre usage personnel. On n'a pas envie de prendre des risques sur nous-mêmes...

–Et nous n'expérimenterons rien, j'ai ajouté. Nous suivrons les recettes de Draco, et Draco contrôlera la qualité. À chaque fois, il m'a donné la même note que vous, quand j'ai rendu une potion les lundis soirs. Il sait ce qu'il fait. Faites confiance à son côté Slytherin pour savoir qu'il ne prendrait pas cette décision sans en avoir soigneusement pesé les conséquences ! »

À ces mots, Snape a ricané, et a hoché la tête :

« Sur ce point, je ne peux pas vous contredire, Miss Nestral. Bien. Vous avez de toute façon le niveau d'un élève de cinquième année à présent, et il ne vous faut que de la pratique, et je crois que Draco ne vous lâchera pas sur ce sujet. Allez-y. Mais si je vois une seule potion d'origine suspecte se balader dans le château...

–Vous aurez toute raison de soupçonner les jumeaux Weasley, » j'ai répondu avec un grand sourire.

Il a grogné mais nous a laissés partir. Draco est retourné vers les Slytherins pour mettre Blaise au courant de notre nouvel arrangement, et je suis retournée près des Gryffindors pour dire à Harry, Hermione et Neville que c'était bon pour qu'on fasse des potions dans le laboratoire de la suite des Fondateurs. Non pas qu'on ait réellement besoin de l'autorisation de Snape, mais ça nous semble à tous plus correct comme ça.

Du coup, après le dîner, au lieu d'aller dans les cachots, nous sommes allés au cinquième étage, dans la suite des Fondateurs. Tous, sauf Harry, qui avait son rendez-vous avec McGonagall au sujet des protections du château. Encore deux étages de plus à grimper dans la suite, et nous voilà dans ce laboratoire dont nous a parlé Harry. Je ne l'avais encore jamais vu. Du troisième étage de la suite, je ne connaissais jusqu'à ce soir que la bibliothèque et une des trois salles d'entraînement polyvalentes. Au deuxième, nous avons chacun notre chambre avec une salle de bain. Il n'y a que Harry qui occupe la sienne en permanence, il est trop heureux de pouvoir se passer des ronflements et des sarcasmes de Ron. Mais à présent, c'est là que Hermione, Neville et moi venons prendre notre douche après le sport : cinq étages de moins à monter par rapport à la tour de Gryffindor, et les douches sont individuelles. Du coup, même si nous n'habitons pas vraiment ici, nous avons quand même pas mal d'affaires.

Le laboratoire de potions est une pièce plutôt grande, avec de grandes fenêtres sur l'extérieur. Ça change des cachots où seule la lumière des bougies et des torches vient éclairer l'endroit. Bon, là, on est le soir, et c'est également le cas, mais on sait qu'en journée, on y verra le soleil, et psychologiquement, ça a son importance. Il y a des tas d'objets que je ne connais pas. Vu la tête des autres, ce n'est pas forcément parce que je suis ici depuis peu de temps. Il n'y avait que Draco qui semblait parfaitement à son aise. Il a examiné la pièce pendant plusieurs minutes, appréciant les réserves, la petite bibliothèque, les nombreuses tables de travail, et un immense tableau blanc au mur, avec une grille tracée dessus.

« Qu'est-ce que c'est ? » j'ai demandé.

Draco y a jeté un coup d'œil et a eu un immense sourire :

« Un tableau d'organisation. Ça permet de savoir, quand on fait plusieurs potions, où on en est, combien de temps encore il faut les laisser reposer, et si elles sont en attente d'une nouvelle étape ou non. Très pratique, surtout quand plusieurs de ces potions sont longues à préparer. On va s'en servir. Bien ! Alors, Neville et Manon, je vous veux là. Ce sont les établis pour les potions les plus simples. Je veux savoir ce que vous valez vraiment avant de vous mettre sur quelque chose de plus élaboré. Si vous vous débrouillez bien, on montera en niveau. De toute façon, il faut faire toutes les potions de la liste. »

Il a épinglé la liste à côté du tableau d'organisation, et a noté les quantités qu'il souhaitait fabriquer. Puis il s'est tourné vers Hermione :

« Tu connais un moyen de gérer simplement les stocks d'ingrédients et de potions terminées ?

–Oui, des registres. On fera ça ensemble.

–On va faire ça tout de suite, alors. Manon, la potion cicatrisante est de niveau de quatrième année, ça te dit ?

–Ça marche pour moi.

–Neville, même niveau pour la potion Pepper-Up. OK ?

–OK. Les recettes ? »

Draco nous a donné chacun la recette, et nous a expliqué comment lier la recette et le chaudron au tableau d'organisation. Rapidement, deux cases se sont retrouvées occupées : une pour chacune de nos potions. Puis lui et Hermione ont commencé à créer un livre de stock.

Hermione s'est occupée des enchantements sur le livre, qui indique non seulement l'état du stock en temps réel, mais tient compte également des spécificités d'acquisition des ingrédients (certains ne peuvent être acquis qu'à certaines périodes de l'année, ou du mois...) et du temps de préparation des potions pour indiquer quand refaire les stocks. Il tient compte également des dates de péremption des ingrédients et des potions qui ne supportent pas la mise en stase (le sang d'animaux magiques, par exemple, comme le dragon). Bref, de l'excellent travail.

Ils ont ensuite commencé à préparer du Polynectar et du Veritaserum, deux potions qui demandent au moins un mois de préparation (trois pour le Veritaserum), sachant que de toute façon, les premières étapes prennent peu de temps. Deux cases en plus sur l'organiseur, et le registre des ingrédients qui se met à jour. La magie, c'est quand même souvent impressionnant.

Nous avons passé plusieurs heures dans le laboratoire, et il était près de vingt-trois heures quand nous nous sommes rendus compte qu'il serait peut-être temps de nous coucher. Harry nous avait rejoints depuis une heure, et faisait une potion explosive, qui se fait en trois quarts d'heure. En faisant la potion, il nous a raconté les résultats de sa rencontre avec McGonagall.

Elle n'a pas accès aux protections du château, lui seul y a accès, et ce sera le cas même quand elle sera officiellement directrice : elle sera notifiée de certains éléments de sécurité essentiels, mais ne pourra pas changer les protections sans l'accord de Harry. Ils ont renforcé les protections concernant les artefacts de magie noire, ont mis en place un système de surveillance des agressions, qui fait qu'une alerte apparaît dans la salle des Professeurs et chez les Préfets-en-Chef si une agression se passe dans le château. Ils ont revu les filtres de courrier, pour que aucun message suspect ou dangereux n'arrive dans la Grande Salle. L'élève et son directeur de maison recevront tous les deux une notification. Enfin, ils se sont assurés que toutes les protections en place sur le château sont utiles et fonctionnent bien.

Enfin, Harry a officialisé la possibilité pour le château (qu'il appelle Lady Hogwarts) d'agir de lui-même s'il sent une menace non répertoriée par les différentes protections : supprimer la menace, la confiner, l'expulser, renforcer les boucliers... Mais s'il agit de lui-même, il doit en informer Harry et la directrice. Bref, plutôt de bonnes choses.

Le couvre-feu de vingt-et-une heures était passé depuis longtemps, et nous avons tous eu la flemme de nous rendre dans nos dortoirs respectifs. Du coup, nous voilà installés dans nos chambres de la suite.

Je t'écris de ma propre chambre, qui est très belle. Simple, mais belle, avec des murs tout blancs, un lit queen size sans baldaquin (c'est la première fois que je vois un lit sans baldaquin depuis que je suis arrivée ici, je crois que ça vaut la peine d'être signalé), un bureau, une armoire, un mini salon avec un petit canapé et un fauteuil autour d'une petite table basse devant la cheminée, et une porte vers ma salle de bain personnelle, toute aussi blanche que ma chambre. Les tissus du lit, des rideaux et du salon sont rayés de noir, argent et taupe. Pas beaucoup de couleur, mais c'est assez graphique, finalement.

Et il y a des posters. Pas des tableaux, mais des posters, une impression sur papier glacé. Je ne savais pas que les sorciers faisaient ça aussi, en dehors des posters de Quidditch dont on parle dans les livres et des posters de stars que j'ai vus dans les coins de Lavender et Parvati, dans notre dortoir. Là, ce sont des posters un peu du même genre que ceux que j'ai à la maison : des paysages oniriques, fantastiques, et très légèrement animés (c'est comme ça que je sais qu'ils sont de fabrication sorcière) : les arbres du premier poster bougent un peu et des oiseaux de nuit volent devant les étoiles qui scintillent, et dans l'autre, la brume de la clairière bouge et prend des aspects irisés. Et je suis persuadée d'y avoir vu des fées... Ces posters sont encore plus beaux que ceux que j'ai chez moi à Lyon !

Bon, je te laisse, il est minuit passée, et je dois me lever dans moins de quatre heures... Aïe... Je crois que quatre heures de sommeil, en fait, c'est mon seuil psychologique minimum. Si je dors quatre heures, ça me va encore, mais si je dors trois heures cinquante, j'ai l'impression que je ne vais finalement pas dormir du tout. Alors zou ! je file !

Bisous et bonne nuit !


Notes de l'auteur :

J'ai du créer avec ce chapitre le véritable emploi du temps complet de ces jeunes gens, histoire de vérifier que tout colle bien au niveau des volumes horaires. J'en ai profité pour vérifier que les cours déjà mentionnés sont cohérents au fil de l'histoire.

Bref, s'il y en a parmi vous qui aiment vérifier ce genre d'élément, amusez-vous ;) Au fil de la première partie, vous devriez pouvoir reconstituer l'ensemble de l'emploi du temps de Manon au moins, peut-être même des autres mages :)

À lundi prochain !

MAJ le 19/11/2017