Mardi 23 janvier 1996
Chère Marie,
Le spectacle continue aujourd'hui : après le procès Weasley jeudi dernier et les jours qui ont suivi, la « disparition » de Narcissa et Cassiopeia hier, aujourd'hui, ce sont les motifs d'inculpation de Dumbledore dans le journal. Apparemment, les Aurors ont atteint l'extrême limite de la garde à vue avec lui, et ont été finalement obligés de confirmer les chefs d'inculpation pour pouvoir le garder en prison. Le titre de la Une aujourd'hui :
Le chef de file de la lumière accusé de crimes dignes d'un Lord Noir
On y retrouve toutes les accusations officiellement portées par Harry et ses avocats : maltraitance, abus de position dominante, mise en danger de la vie d'autrui, abus d'influence, manipulations magiques illégales, incitation au meurtre, incitation au suicide, incitation à la torture... et j'en passe et des meilleures, plusieurs de ces chefs étant aggravés par le fait qu'ils ont été commis sur un ou des mineurs. On y retrouve surtout le nom de la principale victime, Harry lui-même.
Et c'est là que commence le drame : les journaux, depuis novembre dernier (mon arrivée, étrange coïncidence) ont redoré le blason de Dumbledore (qui était d'ailleurs président-sorcier du Wizengamot lors de la session de clôture, tu te souviens ?) tout en continuant à ridiculiser Harry. Donc, aujourd'hui, je te laisse deviner leur angle d'approche de cette histoire... Vont-ils accepter les faits et s'offusquer qu'on puisse faire vivre ça à un enfant, et plein de personnes entourant cet enfant ?
Non, c'est présumer de l'intelligence de la presse magique britannique... Leur explication continue dans la lignée des derniers mois : Harry n'est qu'un garçon particulièrement troublé, qui aurait besoin d'un suivi psychologique intense et urgent au vu du monde qu'il s'est créé dans sa tête, et le plus grave étant que des adultes commencent à le suivre. Le journal annonce également, en guise de promesse, que Dumbledore a recruté trois des meilleurs avocats du pays.
Je m'attends donc à une réponse énergique de sa part, via ses avocats, dès l'édition de demain. Ça commence à sentir le nettoyage de linge sale en public. Dans l'édition d'aujourd'hui, les avocats de Harry ont simplement expliqué que « Lord Potter préfère se consacrer désormais à l'avenir, et laisser toutes ces histoires entre [leurs] mains compétentes, afin de réparer les torts causés dans le passé et tourner définitivement cette page sordide. Il n'est donc disponible pour aucune déclaration. »
Comme hier, le silence est tombé peu à peu sur la Grande Salle, à la fois sous le choc de cette terrible histoire impliquant leur directeur et le Survivant, et aussi pour voir s'il y aurait du spectacle.
Ils ont été déçus. Harry a bien lu le journal, mais l'a repoussé calmement. J'ai bien senti qu'il faisait un effort pour contrôler ses émotions, de la colère, de la tristesse, de la honte, de la douleur, mais rien de tout ça n'apparaissait sur son visage. Il paraissait extraordinairement calme et stoïque.
Il a préféré se concentrer sur le courrier qu'il a reçu de ses avocats, expliquant ce qu'ils comptaient faire : essayer de maintenir une image digne de Harry, cherchant la discrétion sur toute cette histoire, qui relève avant tout du privé. Ils lui demandent de faire la même chose au château, afin que tout corrobore et apporte du poids au procès : apparemment, l'image publique des parties en conflit compte presque autant que les faits.
Il a également reçu une lettre d'Amelia Bones indiquant précisément ce qui s'était passé : Dumbledore n'a rien avoué, ils doivent donc se reposer sur les preuves apportées par les avocats. Les Aurors travaillent à les étoffer, mais ce sera plus long et sans doute plus sordide que si Dumbledore était passé aux aveux. C'est ce qu'il veut, sans doute : s'il doit tomber, autant entraîner Harry avec lui.
Il a reçu une dernière lettre, enfin, d'Augusta Longbottom, qui le prévient que malgré toutes les précautions de ses avocats, une grande partie de toute cette histoire sera certainement rendue publique, et il doit se préparer à voir tous ces faits racontés dans les journaux, critiqués par les lecteurs, et les prises de paroles absurdes des différentes personnes au pouvoir, cherchant à s'attirer les faveurs d'un parti ou de l'autre, selon ce qu'ils estiment être les chances de chacun.
« Vu ce qu'il y a de marqué dans ce torchon, on peut dire que le Ministère a déjà choisi son camp... j'ai marmonné.
–Et bien il tombera de haut, » a répondu Harry sèchement.
Je l'ai observé un moment, puis j'ai pris sa main en émettant une vague de confort et d'affection. Il ne faut surtout pas qu'il oublie qu'il n'est plus tout seul. Il y a Hermione, Neville, moi, même Draco dans une certaine mesure, et Sirius et Remus, et Augusta, Amelia et ses avocats pour défendre ses intérêts, et les jumeaux, Ginny, Susan, Hannah, et d'autres pour amis, qui le croient et qui le soutiennent. Il n'est pas tout seul.
Toute la journée, il a été un peu tendu. La publicité de toute cette affaire le travaille, c'est évident. Alors, après le dîner, je suis allée voir Remus à la table des professeurs et je lui ai demandé de rendre visite à Harry pour lui changer les idées. Sirius et lui n'ont pas fait traîner les choses : dès le dîner terminé, ils sont venus nous rejoindre dans la suite, où on s'était installés pour travailler. Harry a froncé les sourcils en les voyant :
« Qu'est-ce que vous faites ici ?
–C'est moi qui leur ai demandé de venir, j'ai répondu aussitôt. C'est ton parrain et ton oncle. Ta famille.
–Et alors ? Je vais bien, Manon ! Je te l'ai dit cent fois ! »
J'ai été choquée par son éclat de colère. Je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse me reprocher d'avoir invité son parrain et son oncle adoptif dans la Suite. Et pourtant, c'est le cas. Et chez lui, j'ai senti de la colère et de l'humiliation.
De l'humiliation ? Pourquoi ? Parce que je lui ai proposé le soutien des deux dernières personnes de sa famille ? En quoi c'est une humiliation ?
« Tu as l'air d'aller bien, en effet, j'ai ricané. Cette histoire va être horrible, on le sait tous. Ça ne sert à rien de nous isoler chacun dans notre coin. À cinq, nous sommes plus forts, tu te souviens ? Ça vaut aussi pour sept, dix, vingt... Plus nous serons nombreux à nous soutenir, plus nous serons forts. Non seulement pour ça, mais pour tout le reste.
–Tout le reste ? Tu veux tout leur dire, c'est ça ? s'est emporté Harry. Allez, vas-y ! Va leur parler de magie noire ! Va leur parler de nos héritages ! Manon, des gens tueraient pour avoir ton héritage, tu en es consciente ?
–Bien sûr que oui ! »
Je commençais à être en colère à mon tour et je me suis levée pour faire face à lui.
« Bien sûr que j'en suis consciente ! Comme je suis consciente que je n'ai pas trois mois d'expérience en ce qui concerne la magie ! Tu crois que ça ne me fait pas peur ? Tu crois que je ne me demande pas quand va finir cet état de grâce où on me laisse relativement tranquille par rapport à mon pouvoir, pour m'attaquer, m'affaiblir et essayer de détruire ce que nous représentons ? Tu sais ce qui me rassure, ce qui me fait tenir ? C'est le fait que vous soyez là, tous ! Que tu sois là. Et Hermione, Neville, Draco, Sirius et Remus, McGonagall et Snape, Augusta et Amelia... Je ne suis pas toute seule, et c'est ce qui me rend plus forte ! Et c'est pareil pour toi ! Ne nous mets pas à distance quand tu as besoin de nous ! »
Il a continué à me regarder avec colère, puis il a tourné les talons pour disparaître à l'étage. J'étais sous le choc. C'est notre première dispute. C'est la première fois que je ne réussis pas à l'atteindre et à l'apaiser, avec mes émotions ou mes mots.
Sirius a suivi Harry, et c'est Remus et Hermione et Neville qui ont essayé de me consoler. Honnêtement, j'ai un peu l'impression d'avoir fait foirer les choses. J'ai tendance à le couver, il faut le reconnaître : à vouloir le soutenir émotionnellement dès qu'il ne va pas bien, alors que, si ça se trouve, il veut juste que je sois physiquement présente. Mais même si je reconnais que je suis peut-être un peu fautive, je n'irai pas faire le premier pas : c'est lui qui m'a rembarrée sans me dire ce qui ne va pas, en préférant m'accuser de ne rien comprendre à la situation. Et tu le sais : je déteste quand on me prend pour une idiote.
Comme tu peux le deviner, je ne suis donc pas particulièrement de bonne humeur ce soir en me couchant. D'ailleurs, j'ai refait la route vers le dortoir des Gryffindors. Bon, je vais me coucher et essayer de dormir sans trop réfléchir...
Bisous
Notes de l'auteur :
Il fallait bien que ça arrive, une dispute dans le couple ! :)
Et vous aurez régulièrement des extraits de la presse. Je trouve ça marrant, dans les fics, alors j'ai décidé de le faire aussi :)
Sinon, le week-end qui vient, je vais avec ma meilleure amie à une convention sur le Seigneur des Anneaux à Paris. On monte le vendredi et on redescend le lundi. Je serai donc à la maison à temps pour publier le prochain chapitre, mais si vous commentez en anonyme à partir de jeudi, il se peut que je n'ai pas le temps d'inclure ma réponse dans le prochain chapitre...
J'ai hâte ! On va être déguisées en Hobbit ! :)
À lundi prochain !
MAJ le 19/11/2017
