Avertissement : évocation explicite mais non graphique d'activités sexuelles
Dimanche 28 janvier 1996
Chère Marie,
Le journal ce matin a continué sur sa lancée d'hier. Je suppose que les « vrais » journalistes sont en week-end eux aussi, et qu'on aura la suite du spectacle demain. J'ai découvert aujourd'hui comment Harry reçoit son courrier : il a ordonné qu'il ne le reçoive plus dans la Grande Salle, mais dans son bureau de la suite des Fondateurs, sauf le courrier dangereux ou suspect, soumis aux mêmes filtres que le reste du courrier entrant au château.
Je me suis réveillée toute seule dans son lit ce matin - ce qui est assez perturbant, en fait -, et du coup, je l'ai cherché, avant de le trouver dans son bureau, en train de trier le courrier. Et il y a des centaines de lettres, facile. Heureusement pour lui, Hedwig dispose de sa propre boite pour déposer le courrier qu'elle transporte, et il peut aussitôt isoler les plus importants, comme ses avocats ou Amelia Bones. Mais il doit quand même regarder le reste, au cas où une lettre de Gringotts ou du Ministère se soit glissée parmi les courriers des « fans ».
Du coup, nous avons passé la matinée jusqu'au cours de culture et politique à dépouiller le courrier. Heureusement que la suite comporte sa propre cuisine, nous avons pu prendre notre petit déjeuner en même temps. Par curiosité, nous avons séparé le courrier en trois tas : le courrier véritablement important ou personnel destiné à Harry, les lettres de ceux qui le soutiennent, et celles de ceux qui soutiennent Dumbledore. Finalement, nous avons été très satisfaits de découvrir que les deux dernières piles sont de taille équivalente. C'est une excellente nouvelle parce que les gens ont naturellement tendance à envoyer du courrier pour protester plutôt que pour encourager. Donc si les deux piles sont équivalentes, l'opinion publique à l'extérieur de Hogwarts est sans doute aussi en faveur de Harry.
Le cours de culture et politique, assuré par Draco et Neville, est très intéressant. Ce matin, ils ont brossé un tableau de la société magique britannique : les communs, les nobles, l'influence de chacun, la hiérarchie au sein de la noblesse, le Wizengamot, la différence de traitement juridique entre les Lords et les communs, mais également entre les communs de différent statut du sang. Hermione a été proprement choquée de découvrir qu'elle dispose, en tant que Née-Moldue, d'à peine plus de droits qu'un Moldu face à des personnes plus haut dans la hiérarchie magique. Heureusement, son statut de protégée Potter lui attribue des droits équivalents à ceux de la haute noblesse, mais ce n'est pas le cas des autres Nés-Moldus. De même, apparemment, aucun Né-Moldu ne pourra dépasser le rang de gratte-papier au Ministère. Aucun Sang-Mêlé ne pourra être à la tête d'un des huit plus gros services, à moins d'être noble. La discrimination est bien réelle et bien ancrée dans les mentalités, si bien que tout le monde trouve ça parfaitement normal.
« Pourquoi Dumbledore, s'il se prétend ami des Moldus et Nés-Moldus, n'a rien fait contre ça ? j'ai demandé. Il était président-sorcier du Wizengamot, avait les voix Potter à son service... Il avait largement de quoi faire pencher la balance en sa faveur.
–C'est la raison pour laquelle ma grand-mère n'aime pas Dumbledore, a répondu Neville. Il a souvent proposé des lois moins discriminantes, mais il n'a rien fait pour empêcher la partie adverse de les vider de leur contenu et d'en faire des coquilles vides. Les Longbottom et les Bones n'ont pas autant de poids que les Potter, et s'il ne contre pas une motion, nos voix ne suffisent pas à protéger une loi.
–Tout le monde au Wizengamot sait que Dumbledore n'est pas très vindicatif pour protéger ses propres propositions de loi promouvant l'égalité, a ajouté Draco. Père s'arrange toujours pour ne pas pouvoir être présent lorsqu'on discute des lois sur l'égalité des sorciers, parce qu'il sait que ceux de son bord officiel ne comprendraient pas qu'il ne pousse pas l'avantage devant une telle... faiblesse. Il espère toujours que sans chef de file présent, son camp sera moins enclin à discuter la loi. Ça a moyennement marché jusque là, mais ça a pu épargner quelques textes.
–Et malgré le fait que le Wizengamot sait parfaitement que Dumbledore n'est pas un défenseur si convaincu de l'égalité de tous, il a gardé son image de magicien noble et défenseur de la lumière ? s'est étonnée Hermione.
–Ce qui se passe au Wizengamot reste au Wizengamot, a répondu Draco. Il n'y a que cent vingt six membres, qui vont à la rigueur en informer leur famille, mais nous sommes loin de l'ensemble de la population magique de Grande Bretagne. Cela arrange le Wizengamot que Dumbledore garde cette prestance, parce que du coup, ça en fait un interlocuteur recherché lors des discussions internationales, et donc la Grande Bretagne, malgré son étroitesse d'esprit, reste un pays sur lequel on compte.
–En plus, les membres du Wizengamot qui désirent vraiment que les choses changent ne sont pas nombreux, a ajouté Neville. Ils savent parfaitement que si on commence à accepter l'égalité au travail, dans les tribunaux, pour les Nés-Moldus et les Sangs-Mêlés, bientôt ce seront les droits des membres du Wizengamot qui seront réexaminés, et ils n'ont pas envie de perdre leurs privilèges.
–Je suppose que seuls des Sangs-Purs peuvent être élus, parmi les communs ? j'ai demandé.
–Officiellement, les Sangs-Mêlés ont le droit d'être aussi élus, parce qu'il ne faut pas se voiler la face, sur les cinquante nobles disposant d'un siège permanent, au moins dix sont des Sangs-Mêlés, dont et surtout les Potter, a répondu Draco. Mais en réalité, ils auront bien du mal à rallier le nombre de soutiens nécessaires pour pouvoir se présenter. Je crois que sur les quatre dernières élections, il n'y a que trois Sangs-Mêlés sur les centaines de candidats qui se sont présentés, et aucun des trois n'a été élu.
–Les Potter sont forcément des Sangs-Mêlés ? a demandé Harry.
–Oui, a répondu Draco. Manon t'a dit l'autre jour que la seule règle concernant les mariages au sein de la famille Potter est de ne pas épouser un Sang-Pur, au sens absolu du terme : il faut qu'au moins un des grands-parents de ta promise soit Moldu, même si ses deux parents sont sorciers.
–C'est la règle des quartiles qui s'applique chez les sorciers britanniques pour déterminer la pureté du sang ? j'ai demandé.
–Oui, a répondu Neville. Quatre grands-parents moldus, cela fait un Né-Moldu.
–Même si les deux parents sont sorciers ?
–Oui. Si Hermione épouse un Né-Moldu, leur enfant sera considéré légalement comme un Né-Moldu. Mais ses petits enfants seront des Sangs-Mêlés, puisque au moins deux de leurs grands-parents seront sorciers. Pour être considéré comme Sang-Pur, il faut que les quatre grands-parents soient sorciers.
–Et dans les familles les plus extrêmes, a ajouté Draco, pour être considéré comme véritable Sang-Pur, il faut que les quatre grands-parents soient eux aussi des Sangs-Purs.
–Ça doit réduire sacrément le nombre de Sangs-Purs... j'ai soufflé.
–Oh oui, a répondu Neville en hochant la tête. Selon leurs critères, même moi ne suis pas un Sang-Pur : un des grands-pères de ma grand-mère était un Moldu. Par contre, cette règle des quartiles rend la règle d'union des Potter plutôt souple au final. Près de soixante-dix pour cent de la population magique est née-moldue ou sang-mêlé. En plus, cette règle ne concerne que celui qui doit prendre le titre de Lord. Les filles Potter n'y sont pas soumises et peuvent épouser qui elles veulent, et les hommes non-héritiers ont la même liberté.
–Pourquoi seul le futur Lord y est soumis ? a demandé Harry.
–Pour préserver la puissance magique de la famille en empêchant que les mariages se passent toujours dans le même cercle fermé.
–Et ça n'a jamais posé problème ? a demandé Harry. Imaginons que je sois tombé amoureux de Ginny, de Susan ou de Daphne ?
–Pour toi qui n'as pas de frère, ça pose problème, a répondu Draco. Mais si tu avais un frère, on t'aurait laissé le choix entre prendre le titre de Lord et renoncer à ton amour, ou renoncer à ton titre et épouser qui tu veux.
–C'est déjà arrivé ?
–Ton grand-père, Charles Potter, était le second, a répondu Neville avec un sourire. William, celui qui aurait du être l'héritier, est tombé amoureux d'une Sang-Pur et a renoncé à son titre. Ça ne pose pas trop de problème aux Potter, tant que le Lord en titre épouse une Sang-Mêlée ou une Née-Moldue.
–Du coup, chaque nouvelle épouse Potter est brusquement introduite dans la noblesse magique sans y avoir eu aucun lien avant ? j'ai demandé en fronçant les sourcils.
–Non, pas forcément, a répondu Neville en secouant la tête. Draco l'a dit : sur les cinquante sièges permanents du Wizengamot, il y en a toujours environ dix qui sont occupés par des Sangs-Mêlés. Hannah Abbott est une Sang-Mêlée, sa mère est une sorcière née-moldue. Harry pourrait épouser Hannah, qui a déjà connaissance des règles de la noblesse magique. Mais oui, dans les faits, ce sont souvent des femmes sans aucun titre que les Potter épousent, même s'ils ont toujours favorisé des sorcières puissantes et qu'ils ont eu parfois des surprises sur certains héritages, comme avec ta mère, Harry.
–Il y a beaucoup de familles qui ont des règles bizarres concernant les mariages ? a demandé Hermione.
–Les Potter sont la seule famille de la haute noblesse à refuser que leur Lord épouse une Sang-Pur, a répondu Draco. D'habitude, c'est plutôt l'inverse. On m'a choisi Pansy parce qu'elle est Sang-Pur depuis plus de vingt générations. Ça se voit, d'ailleurs... » a-t-il ajouté en grognant.
J'ai eu un petit rire. Pansy Parkinson n'est pas une jolie fille. Elle n'est pas franchement laide à la base, mais son maquillage, ses tenues et ses manières, au lieu de l'embellir, lui donnent un air plutôt ridicule de poupée artificielle. Mais comme c'est la reine des vipères à Slytherin, personne ne lui dit rien, à part Draco, qui peut compter sur son statut de Malfoy et ce contrat de mariage pour lui dire franchement ce qu'il pense d'elle.
D'après les rumeurs, elle aurait du succès auprès des garçons, parce qu'elle serait douée pour la fellation. Vues les mœurs de Draco (ou en tout cas les rumeurs à ce sujet...), je ne suis pas sûre qu'il se contente de ça chez une fille. Mais comme ça peut être fait rapidement entre deux cours, ça explique le succès relatif de Pansy, qui fait apparemment rude concurrence à Lavender. Apparemment, être la promise d'un Malfoy l'aide aussi pas mal : les garçons apprécieraient l'idée de profiter d'une fille qui sera plus tard mariée à un des nobles les plus puissants du royaume.
D'ailleurs, je t'ai dit que depuis que je sors avec Harry, j'ai eu des tas de propositions plus ou moins indécentes de la gente masculine ? C'est hallucinant, ça, ils n'ont peur de rien ! Alors ça va des gars qui estiment qu'ils pourront m'apporter bien plus que ce novice de Potter (alors même qu'il est depuis le milieu de sa quatrième année celui avec le plus de conquêtes actuellement à Hogwarts), que Potter, en bon chevalier, est sans doute trop coincé et ils pourront me faire découvrir de nouvelles expériences... Euh, non merci. Si je ne suis pas prête à passer à l'action avec un garçon à qui je confierais ma vie, je ne vois pas comment je pourrais l'être avec un illustre inconnu. Le problème ne vient pas du comportement de Harry, qui doit être parfaitement respectable au lit (il n'aurait pas eu autant de succès sans ça), mais de moi. Même si nous nous gardons bien de dire à haute voix que vie sexuelle il n'y a pas. D'autres garçons me promettent au contraire une vie plus tranquille, loin des projecteurs pas forcément reluisants qui brillent sur Harry. Ceux-là ont sans doute oublié que je suis mage et voyageuse temporelle. Les projecteurs, je n'ai pas besoin de Harry pour y avoir droit, même si en effet, pour l'instant, la presse me laisse tranquille.
Le plus amusant, ce sont ceux qui n'hésitent pas à me faire une proposition devant Harry. Dans ces cas-là, même si je la sens, Harry ne montre pas son envie de me protéger et de remettre plus ou moins violemment l'importun à sa place. Il affiche une expression poliment amusée, et me laisse répondre avec un intérêt curieux. Cela vexe encore plus les garçons que s'il avait répondu : il ne les considère même pas comme des menaces à son couple. Quand il a vu que ça marche plutôt bien et qu'en plus, il a l'occasion de me voir gênée et ne sachant pas quoi répondre (est-ce que je dois les rembarrer sèchement parce qu'après tout, mon copain est à côté et ils ne manquent pas de culot ? Mais en même temps, il faut du courage pour oser faire ça, et je n'ai pas forcément envie de les humilier...), il continue.
Il est même en train de transformer ça en jeu plus ou moins érotique. La dernière fois (ce midi pendant le déjeuner), il s'est amusé à me caresser la cuisse de plus en plus près de l'entrejambe, sachant parfaitement que ça me ferait de l'effet. Eh oui... Ce n'est pas parce que je refuse encore tout rapport sexuel que je suis complètement insensible, et il ne le sait que trop bien. Du coup, j'étais encore plus gênée et bafouillante, même si ça n'avait plus grand chose à voir avec la proposition du garçon (un Ravenclaw de sixième année, qui avait décidé de jouer sur ses connaissances approfondies sur le sujet... Les adolescents et leurs clichés...).
Bon, cessons cette digression qui commence à s'éterniser, et revenons sur ce cours. Neville et Draco nous ont du coup expliqué les principales règles en matière d'unions qui peuvent exister chez les sorciers, et surtout dans la noblesse : les contrats de fiançailles, principalement, avec les clauses qui changent selon les familles impliquées. Les Malfoy exigent par exemple que l'épousée n'ait pas eu de précédente union ni d'enfant hors mariage. Heureusement pour Pansy, les Malfoy ne font pas partie de ceux qui exigent la virginité au moment du mariage (contrairement aux règles traditionnelles des Black : sang pur absolu et virginité obligatoire pour les deux époux). Les Longbottom, comme les Potter, n'aiment pas du tout les contrats de fiançailles.
Les contrats de mariage (conclus lors de l'union en elle-même) restent généralement assez souples pour les Potter et les Longbottom, obligeant simplement les deux partis à être absolument fidèles. Les Longbottom autorisent même le divorce (pas les Potter, comme la plupart des familles de la haute noblesse). Harry a été surpris de découvrir qu'un contrat de mariage type est déjà prêt pour lui auprès de ses avocats, contenant les clauses habituelles demandées par les Potter, certaines aménageables par Harry ou sa future épouse, et d'autres inconditionnelles (le patrimoine matériel doit rester dans la famille Potter, par exemple, et si le couple décide de vivre séparément, la garde des enfants doit être équitablement partagée entre les deux parents).
Du coup, on a appris plein de choses dans ce cours : comment les nobles régulent tant leurs relations qu'ils en font des contrats à tout va, comment la discrimination envers tous ceux qui ne sont pas de sang-pur est tant ancrée dans les mentalités qu'on trouve ça tout à fait normal qu'un Né-Moldu n'ait pas les mêmes droits que les autres lors d'un procès ou lorsqu'il recherche un travail... Je suis d'accord avec Hermione : c'est quelque chose qu'on devrait enseigner à tout Né-Moldu, plutôt que de les laisser croire qu'ils peuvent faire le métier qu'ils veulent. Hermione veut travailler dans la justice, et elle n'a pas le droit, à cause de sa naissance, d'exercer le métier d'avocate, encore moins de juge, ni d'occuper un poste à responsabilité dans le département de la Justice magique du Ministère. C'est une belle et vaste connerie. Ils doivent perdre tout un tas de talents à cause de leur bigoterie.
C'est alors que Neville a fait une remarque qui nous a tous frappés :
« C'est peut-être ça, notre mission, en tant que mages : faire en sorte que chacun ait ses chances... »
Il y a eu un silence, puis Hermione a sorti son livre où était marquée la prophétie. Elle a répété un vers :
« Alors sera venu le temps de l'égalité et de l'humilité. »
J'ai regardé Harry, frappée. En effet, dans les images provoquées par la prophétie, j'avais vu une ère où la naissance n'avait plus d'importance, où les Nés-Moldus ne devaient pas se battre bec et ongle pour protéger leurs maigres acquis. Harry a du suivre le même fil de pensée parce qu'il a hoché la tête :
« C'est possible. En tout cas, nous en avons le pouvoir et la légitimité. Cinq personnes, et à nous cinq, nous avons deux Sangs-Purs, dont un qui correspond aux critères les plus absolus, un Sang-Mêlé, deux Nées-Moldues. Nous avons trois nobles et deux des communs. Nous avons tous les cinq un prestigieux héritage magique. Même si ce n'est pas notre but, selon cette prophétie, nous en avons le pouvoir...
–Et dans ce cas, tu acceptes qu'on remette en cause les acquis de la haute noblesse ? a demandé Draco en fronçant les sourcils.
–On peut donner à tous les communs des droits égaux sans remettre en cause quoi que ce soit dans la noblesse, a répondu Hermione immédiatement. Tous les communs ne sont pas sang-mêlés ou nés-moldus, il y a des Sangs-Purs parmi eux. »
Il y a eu un moment de flottement, puis j'ai dit :
« OK, on note ça, mais pour l'instant, on a d'autres priorités : découvrir nos pouvoirs, se débarrasser définitivement de Dumbledore et de Voldemort. Une fois ça fait, on pourra se consacrer à la société magique britannique. »
Ils ont accepté, et Hermione a noté la proposition de Neville en dessous de la prophétie, en piste d'interprétation, puis nous sommes allés déjeuner.
Pendant le déjeuner, ça a donc été la rencontre avec ce charmant Ravenclaw, et la réaction pour le moins surprenante de Harry. À peine le Ravenclaw s'est éloigné que je me suis tournée vers Harry pour lui crier dessus :
« Mais ça ne va pas ! Qu'est-ce qui te prend de faire ça à table ? En public ?
–Qu'est-ce que tu as fait ? a demandé Seamus à Harry.
–J'ai eu la main baladeuse, a répondu Harry tranquillement, très satisfait de lui-même.
–Et alors ? s'est étonné Dean, surpris que ça provoque une telle réaction chez moi.
–Et alors ce gars a proposé à Manon des... hem... connaissances approfondies en matière de sexe en oubliant que l'essentiel est de connaître de manière approfondie sa partenaire. Ces Ravenclaw devraient pratiquer plus souvent au lieu de se contenter de la théorie. »
En parlant, il avait remis sa main où elle avait été sur ma cuisse, et il l'a laissée là pour toute la fin du repas, même s'il s'est montré moins... explorateur. Mais si je l'ai laissé faire, c'était parce qu'il était hors de question pour moi qu'on aille à l'entraînement sans avoir passé un moment à deux. Heureusement pour moi, c'était aussi ce qu'il avait en tête. Comme nous avions ensuite une bonne heure avant l'entraînement, nous avons pris notre temps pour redescendre de notre nuage.
Et j'ai posé les questions qui me taraudent depuis le déjeuner : est-ce qu'il commence à s'impatienter ? et comment est-ce que je saurais que je suis prête ? J'accepte d'aller plutôt loin dans nos câlins. Basiquement, la seule zone hors limite, c'est la culotte. Parfois, Harry se laisse emporter et y porte la main, mais je me braque à chaque fois. Ce n'est pas que je ne veux pas, c'est que je ne peux pas. À chaque fois, il s'excuse, et reprend son câlin et cherche à trouver et donner du plaisir autrement. Et il y arrive, le bougre. Ça devient franchement frustrant, ce blocage. Et ça doit être d'autant plus frustrant pour lui que s'il ne peut pas mettre la main dans ma culotte, j'ai également du mal à mettre la mienne dans la sienne.
D'où ma question sur l'impatience. Ce n'est pas parce que je bloque que je suis une pure oie blanche, et je me doute bien que le pauvre, ça doit lui demander un contrôle du tonnerre à chaque fois qu'on se laisse emporter dans un câlin. Je ne l'ai jamais vu se toucher, ou même jouir, alors que je sais qu'il a du désir : je le sens à la fois physiquement et dans son aura, émotionnelle et magique. Et pourtant, il trouve une certaine forme de satisfaction dans nos câlins.
Mes questions l'ont fait rire, un vrai rire franc, pas du tout moqueur. Il m'a expliqué que quand il me dit "je t'aime", il le pense (ça, je le sais, je le vois dans son aura à chaque fois), et donc non, il n'est pas en train de s'impatienter. Il y a bien plus que du sexe, entre nous. À vrai dire, il trouve même presque excitant l'absence de rapports sexuels pour le moment. Il sait que ça viendra. Et pour une fois, il ne sait pas quand, et ça l'enthousiasme presque autant que le reste de notre relation. Le jour où ça arrivera, ce sera voulu et désiré des deux côtés, et ça ne pourra être que beau. En attendant, il adore ces câlins, et il trouve très encourageant le fait que la zone interdite diminue au fur et à mesure. J'ai froncé les sourcils quand il m'a dit ça, et il m'a dit qu'avant qu'on commence à dormir ensemble (c'est donc tout récent), la zone hors limite correspondait à une sorte de bikini-shorty (il ne l'a pas décrit comme ça, c'est moi qui résume pour que tu puisses visualiser facilement). Il y a encore quelques jours, il n'aurait pas pu me faire le coup de ce midi dans la Grande Salle.
Et le pire, c'est qu'il a raison. Comment il sait quand il peut aller un peu plus loin, j'en sais rien, mais je ne me suis même pas rendue compte que je lui laissais de plus en plus de libertés. De même, je refuse de mettre la main dans son boxer, mais il la sent parfaitement se balader sur le boxer, chose que je ne faisais pas il y a quelques jours.
Donc non, il ne s'impatiente pas. Il sait que j'ai besoin de temps, mais que ça vient petit à petit. Et comment je saurais quand je suis prête ? Sans doute le moment venu. Ça ne le perturbe pas plus que ça. Un jour, ça se fera, tout simplement. Sa nonchalance m'a fait comprendre que je me prends beaucoup trop la tête. Ça ne sert à rien d'anticiper le moment où ça se passera, de le planifier. Ça se passera, et voilà tout. On sait déjà qu'on peut se faire confiance, et on a déjà une certaine intimité, qui s'approfondit de jour en jour. Et un jour, le sexe paraîtra comme l'évolution naturelle du jour précédent. C'est comme ça qu'il l'envisage, en tout cas.
Par contre, il m'a fait promettre quelque chose à laquelle je ne m'attendais absolument pas : aller voir Madame Pomfrey bientôt, pour que je découvre la prévention façon sorcière. Ce n'est pas le même système que pour les non-magiciens (chez les sorciers, ni la pilule, ni le préservatif, n'existent), et c'est très différent entre les hommes et les femmes. Lui-même est déjà protégé, depuis qu'il a commencé à avoir une activité sexuelle, mais ce ne serait pas mal que je me protège également de mon côté, histoire non seulement de ne pas prendre de risques, mais également de déclencher un suivi. Apparemment, magie ou non, les femmes se doivent d'avoir des consultations de gynécologie. Joie... Mais je lui ai promis. C'est en effet raisonnable, et c'est gentil de sa part de me prévenir que tout ce que je connais du monde non-magique n'est pas valable pour le monde magique.
Puis c'est lui qui m'a posé une question inattendue : pourquoi je ne parle pas de ça à une amie, à Hermione par exemple ? Elle sait que nous ne couchons pas vraiment ensemble. Et elle a déjà vécu sa première fois (avec Viktor Krum). Elle pourrait elle aussi me dire tout ça, le fait qu'il faut que je laisse venir les choses, que ça se passera ou non, mais que ça ne sert à rien de planifier. J'ai ri : j'imagine mal Hermione avoir ce genre de propos. Pourtant, si elle a déjà vécu sa première fois, c'est qu'elle en est capable.
Mais en tout état de cause, c'est avec Harry que je vis ma relation, pas avec Hermione. C'est lui qui est capable de me dire s'il s'impatiente ou pas, c'est lui aussi qui sait comment je me comporte quand nous sommes tous les deux. Je sais que la plupart des filles vont en parler avec leurs copines, comme les mecs entre eux, mais j'ai toujours trouvé ça idiot : chaque sexe a une vision particulière des attentes et des désirs de l'autre, et souvent, ces conversations unisexes donnent lieu à des préjugés complètement absurdes. Autant en parler directement avec la personne concernée, non ?
Et ça me rassure, aussi, d'en parler avec lui. D'une certaine manière, c'est ma façon de lui montrer que je ne suis pas bloquée pour le plaisir de le titiller en attendant qu'il me supplie sur ses deux genoux ou qu'il perde patience. Je veux l'impliquer. Il m'aide beaucoup avec sa façon de vivre notre relation, et ces discussions, c'est ma pierre à l'édifice. L'effort n'est pas unilatéral. J'ai confiance en lui, et je veux qu'il le sache. Je sais que grâce à lui, un jour, j'arriverai à passer par dessus ces blocages et ces cauchemars.
Il n'a pas répondu tout de suite après ça, mais il a fini par dire :
« Tu vois, c'est pour ça que je me moque que tu me dises "je t'aime" ou non. Quand tu me dis que tu me fais confiance alors qu'on parle de nous et de toi, ça vaut bien un "je t'aime". Un jour, tu le diras, mais en attendant, je sais que c'est déjà le cas. »
J'ai été scotchée en entendant ça. Il n'a pas tort. Beaucoup de couples seraient plus que ravis d'avoir la confiance que j'ai à présent en Harry. Surtout que ce n'est pas la confiance d'une fille aveuglée par ses sentiments et la beauté de son premier amour. C'est quelque chose qui s'est construit sur de l'amitié, et qui a été plus ou moins certifié par mon empathie. Elle a de vraies raisons d'être, au delà du « il est tro bô, je peu plu me pacé de lui ! » (c'est super chaud d'écrire comme ça, en fait ! Comment ils font pour croire que ça leur fait gagner du temps ?). Blague à part, tu crois que je suis amoureuse ? Tu crois qu'on peut être amoureuse sans vraiment savoir qu'on l'est ?
C'est une des occasions où j'aimerais vraiment que tu sois là, pas seulement pour te raconter, mais aussi pour qu'enfin, tous ces questionnements dans ce journal aient des pistes de réponse... Les filles ici me connaissent depuis trois mois. Elles n'ont jamais rencontré la Manon tellement sous contrôle qu'elle pouvait affirmer avec certitude ne jamais avoir été amoureuse, ne jamais avoir été fan de quelqu'un, même si j'aime beaucoup de choses. Et là, j'avoue que je ne sais plus du tout où j'en suis. C'est à la fois agréable, parce que ces émotions sont bien, mais aussi effrayant, parce que j'aime savoir ce que je ressens, et que là, ce n'est pas le cas. J'ai peur de me retrouver émotionnellement engagée dans quelque chose qui me dépasse, et qui finisse par me faire mal. Mais en même temps, est-ce qu'il ne faudrait pas que j'arrête de me blinder à tout va et accepte de prendre des risques, quitte à en souffrir un peu, mais à en ressortir grandie ? Bon sang, ce sont des questions qu'on est censée se poser à l'adolescence, pas quand on est une jeune femme à l'aube de sa vie professionnelle et dont les amies sont en couple, mariées, avec des enfants...
Bon, ça tourne un peu en rond, tout ça... Ce n'est pas ce journal en papier qui me fournira des réponses... Alors on va continuer avec la même attitude que ces dernières semaines : on regarde où tout ça me mène. Je n'ai pas vraiment d'autre possibilité, de toute façon...
En attendant, continuons la journée : l'entraînement s'est bien passé. Draco nous a montré quelques trucs de magie noire très utiles, ainsi que la manière de les contrer. Harry et Neville nous ont montré de la magie de combat, avec notamment la possibilité d'accélérer ses mouvements pendant un cours laps de temps (quelques secondes, dizaines de secondes maximum), très pratique lorsqu'on veut lancer une attaque surprise. Mais ça brûle beaucoup d'énergie et de magie, donc ce n'est pas à utiliser très souvent. Hermione a montré comment étourdir un adversaire sans utiliser de potions ou de sortilèges, juste avec la magie de l'esprit.
Et moi... ben moi, je me suis occupée de soigner tout ce petit monde une fois ces démonstrations terminées. Je ne suis pas mauvaise en magie noire. Je comprends les concepts plus vite que Hermione, et j'ai plus de facilités que les autres à la pratiquer. Peut-être que ça vient de mon héritage de Morgane. La magie de combat n'est pas mon fort. Je me débrouille, mais je suis nettement moins douée que Neville et Harry, dont c'est évident que c'est le point fort. La magie de l'esprit, c'est comme la magie noire : je ne suis pas la meilleure (c'est incontestablement Hermione), mais je ne suis pas loin derrière.
J'ai l'impression que la théorie de Draco se confirme : je n'ai pas vraiment de spécialité, même si j'ai des affinités avec certains aspects de la magie. Je suis douée en magie, mais plus généraliste que les autres, avec une nette tendance à préférer la magie « intellectuelle » (magie de l'esprit, magie noire, médicomagie, divination...) à la magie « pratique » (magie de combat, enchantements, métamorphose...). C'est tout moi, quoi. Tu fais travailler mon cerveau, tout va bien, mais si tu veux faire travailler également mes bras et mes jambes, ou me faire travailler sur quelque chose de trop... trivial... ben il y a plus personne...
Là, on a terminé l'entraînement, Remus a été assez gentil pour nous laisser une heure afin de nous reposer, finir nos devoirs, faire ce qu'on veut... avant le dîner. Ce qui m'arrange.
Ce soir, j'ai promis aux filles que je passerai un peu de temps avec elles, elles veulent que je leur explique le nail art. Je leur ai promis avant les vacances et je leur ai offert du vernis à Noël. Tiens, j'ai trouvé des OPI, d'ailleurs, j'ai pensé à toi. Pas d'Internet ici, je suis incapable de savoir depuis quand cette marque existe. Et en 1996, c'est pas encore la mode du nail art, donc les marques sont nettement moins nombreuses. Par contre, c'est la mode des couleurs pop, flashy et acidulées, donc il y a quand même un chouette choix de couleurs chez les marques existantes. Allez, je vais faire mumuse avec des couleurs et des pinceaux et m'en mettre plein les doigts (est-ce que j'ai pensé à acheter du dissolvant ?).
C'est certes superficiel au possible, mais ça me permet aussi de ne pas me couper de mes autres camarades de maison et de classe, et de ne pas me recroqueviller dans mon petit cercle de proches mages. Je sais que je me sens plus à l'aise avec un nombre restreint de proches, mais je ne peux pas me le permettre si je veux que le groupe de mages que nous formons puisse avoir une influence à l'avenir. Je ne veux pas être ce genre de déesse toute puissante et inaccessible, qui répand la divine parole ou providence, comme tu veux, au gré de ses humeurs et de ses lubies. Je veux rester... normale. Donc, soirée filles à Gryffindor, avec quelques Hufflepuff et Ravenclaw (Parvati a invité Padma, qui amène des copines, il y a Susan et Hannah et une autre de leurs copines, Luna aussi, je crois...). Tu sais quoi ? Une soirée filles, une vraie soirée filles, genre pyjamas, potins, thé, grignotage et esthétisme, je n'ai jamais fait ça de ma vie... Alors j'ai bien l'intention de laisser mes neurones de côté ce soir...
Bisous ma belle !
Notes de l'auteur :
Ce chapitre a été écrit avant que je découvre mon asexualité (comme toute la première partie, d'ailleurs), donc les questions que se posent Manon sur son couple ou sa façon d'y réagir sont celles que je me posais à l'époque.
Néanmoins, je pense qu'elles sont adaptées à une jeune femme qui vient de découvrir qu'elle a été violée, et qui cherche à "guérir" de cette histoire, donc j'ai laissé tel quel.
Sur une note plus légère, j'ai effectivement eu une phase nail art, même si elle était en 2013, au moment où j'ai commencé à écrire cette histoire (oui, ça fait déjà 4 ans que je suis dessus...)
Et demain, je vais aller vois les Animaux Fantastiques avec ma meilleure amie ! :) Je suis super excitée ! Qui l'a vu ? Qu'en avez-vous pensé ? (pas de spoiler s'il vous plait, à la fois pour moi et ceux qui peuvent lire les commentaires ;) )
À lundi prochain !
MAJ le 19/11/2017
